Actualités, archives 2019 - GrandTerrier

Actualités, archives 2019

Un article de GrandTerrier.

Jump to: navigation, search
Frame


Billets récents : [Billets hebdos]

Autres archives : [Billets archivés de l'année en cours] - [Billets archivés de 2018] - [Billets archivés de 2017] - [Billets archivés de 2016] - [Billets archivés de 2015] - [Billets archivés de 2014] - [Billets archivés de 2013] - [Billets archivés de 2012] - [Billets archivés de 2011] - [Billets archivés de 2010] - [Billets archivés de 2009] - [Billets archivés de 2008] - [Billets archivés de 2007]



Sommaire

Frame

[modifier] 1 Une lettre remerciant la providence

Billet du 28.12.2019 - Folio 111 du registre des délibérations de 1851 à 1879 conservé aux Archives Municipales d'Ergué-Gabéric : délibération du conseil du 23.06.1867 incluant la lettre envoyée à Napoléon III (cf fac-similé ci-dessous) suite à la tentative d'attentat à son encontre et celle du tsar Alexandre II.

L'attentat eut lieu au bois de Boulogne, un coup de feu contre le landau découvert impérial ayant été tiré par un dénommé Antoni Berezowski, fils de nobles polonais. Un placard est publié par la préfecture de police : « Personne n'a été atteint. L'assassin a été arrêté immédiatement ». Comme il est coutumier à cette époque, une lettre de soutien politique et citoyenne est rédigée en mairie d'Ergué-Gabéric et transmise à l'Empereur.

L'importance politique du soutien du conseil municipal à l'Empereur est telle que la lettre est publiée dans le registre de ses délibérations. Cette adresse collective s'adresse personnellement à Napoléon III qui est 3 fois apostrophé par le titre de « Sire ! », et par ailleurs par les termes « l'élu de la nation française » et « l'Empereur des Français ».

Le texte démarre pompeusement par cette phrase : « La divine providence qui veille sur tout a encore voulu dans ces derniers jours montrer sa puissance en Vous sauvant si miraculeusement ». Cette providence, une fois de plus, « a prouvé au monde entier que l'élu de la nation française est bien celui qu'elle a choisi et entre les mains duquel elle désirait mettre les destinées de la france ».

La salutation finale de la lettre est : « Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince Impérial ». Le souverain russe, qui est la vraie cible du terroriste patriote polonais, est désigné par les mentions de « votre souverain hôte » et « vos augustes personnes » au premier paragraphe.

Alexandre II est en visite en France, car cette année-là la France accueille une section russe pour la première fois dans une Exposition universelle parisienne. Le Tsar est invité par Napoléon III à visiter l’Exposition universelle de Paris, avec également l'objectif de renouer une alliance entre les deux États. Mais l'attentat au bois de Boulogne va faire capoter les discussions de rapprochements.

 

Ceci malgré le fait que l'assassin ne fut pas chanceux avec son pistolet à deux coups. C'est le cheval qui reçoit la première balle. Le second canon de l’arme lui éclate dans la main, et il est sérieusement blessé à la main droite, il veut crier « vive la Pologne » mais un agent le réduit au silence ; on évacue alors le blessé qui échappe de peu à un lynchage par la foule.

Dans leur lettre, les gabéricois l'accusent en ces termes : « ces hommes méchants qui n'aspirent qu'au mal, qui veulent tout détruire et qui ne désirent que la guerre civile ».

Cette allusion à la guerre civile est sans doute une interprétation des conditions de l’insurrection en Pologne, alors dans l’empire de Russie, qu'Alexandre II a réussi à mater, et que le patriote polonais a voulu venger.

Berezowski échappe à la peine de mort, mais est seulement condamné à un emprisonnement au bagne de Nouvelle-Calédonie, ceci grâce à une brillante plaidoirie de son avocat Emmanuel Arago. Cette clémence entraîne une aggravation des tensions entre la France et la Russie.

Berezowski fait l'objet d'une demande d'amnistie en 1906, mais son état d'aliénation ne permet pas sa libération, et il meurt en 1916 à l’hôpital du Marais de l’île Nou.

En savoir plus : « 1867 - Lettre à l'Empereur Napoléon III suite à l'attentat du 6 juin »

[modifier] 2 Une crèche de Noël en verre

Billet du 22.12.2019 - C'est bientôt la fête de Noël : c'est l'occasion de rester sur le thème des vitraux de la semaine dernière et de vous présenter la première lancette en registre inférieur de la maîtresse-vitre de St-Guinal, datée de 1516, et représentant une Nativité en très bon état de conservation.

Sur cette Nativité, la Vierge Marie et Joseph sont de part et d'autre du berceau en osier de l'Enfant Jésus ; au-dessus de la tête de saint Joseph brille l'étoiles des Mages, un âne et un bœuf assistent à la séance de prière et d'adoration.
La comparaison avec la scène de la Nativité sur la baie 1 du chevet de l'église St-Fiacre de Guengat (photo ci-contre à gauche, extraite du blog de Jean-Yves Cordier) est très instructive pour la lisibilité car le carton central des deux vitraux est identique :

Image:Right.gif les personnages de Joseph et Marie (on y voit bien l'emplacement des mains à Guengat, et à noter ce même bouton à l'encolure du manteau maternel),

Image:Right.gif entre les parents, les têtes de l'âne et du bœuf (plus facilement repérables par rapport au vitrail de l'église St-Guinal).

Image:Right.gif le nouveau-né dans un panier en osier garni de paille (en largeur à St-Fiacre, suite à restauration, et non en position haute).

D'où le croquis reconstitutif placé en médaillon sur l'image de droite.

La croix des mages est visible sur les deux vitraux au-dessus de la tête de Joseph, stylisée sur un fond rouge damassé (décor régulier et répétitif d’inspiration orientale) à Ergué-Gabéric et gravé à Guengat. En arrière plan se détache le mur d'une étable au toit de chaume, ce dernier étant conservé en grisaille et jaune d'argent à St-Guinal.

Les parties supérieures sont très différentes. À Guengat ce sont des murailles crénelées et des éléments sculptés de l'architecture d'un palais. À Ergué-Gabéric on devine la forme d'une bannière, des décors armoriés, et de part et d'autre une colombe et un animal ailé qui ressemble à une hermine passante.
 

Comme l'a noté Roger Barrié dans sa thèse, la technique de «  sertissage en chef d’œuvre » est timidement employée dans la scène de la Nativité de St-Guinal, par le maître-vitrier. Il s'agit d’incrustation de verres, souvent ronds, tenu par un plomb, à l’intérieur d’un autre verre plus grand et de couleur différente. Ce travail, extrêmement délicat, permettait au compagnon d’obtenir sa maîtrise, d’où le nom de « chef d’œuvre », ceci pour affiner certains éléments de décor.

En savoir plus : « La Nativité de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Guinal »

[modifier] 3 Corpus Vitraerum à Saint-Guinal

Billet du 15.12.2019 - Deux vitraux authentiques et bien conservés depuis leur élévation dans l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric en 1515-1517.

L'authenticité des deux anciennes verrières de l'église St-Guinal d'Ergué-Gabéric est due à leur ancienneté, du début du XVIe siècle, et de la préservation de la majeure partie des ajours d'origine. Ces deux vitraux font partie de la rétrospective sur le site Internet http://www.lavieb-aile.com de Jean-Yves Cordier des 16 œuvres attribuées ou attribuables aux peintres vitriers cornouaillais Le Sodec.

L'analyse technique et description picturale de ces vitraux sur les thèmes de la Vie du Christ, de la Vierge ou d'Arbre de Jessé ont fait l'objet en 1978 d'une thèse très bien étayée par Roger Barrié.

Ces travaux ont été résumés et complétés en 2005 dans l'inventaire « Corpus Vitraerum » des Vitraux de Bretagne de Françoise Gatouillat et Michel Hérold qui notent, pour l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric, qu'il faudrait aussi inclure la petite verrière placée au sud de la maîtresse-vitre, car elle est aussi ancienne et très probablement livrée aussi à la fondation de l'église St-Guinal dans les années 1515-1517.

En effet, omise par Roger Barrié dans sa thèse, elle représente le couple de donateurs nobles d'Ergué-Gabéric, François Liziart et Marguerite de Lanros (en médaillon sur le photo-montage ci-contre). Ces derniers résidaient dans leur petit manoir de Kergonan entre 1481 et 1540.

Quant au maître verrier présumé du 16e siècle, Jean-Pierre Le Bihan, intervenu sur place pour l'entretien de la maîtresse-vitre de St-Guinal, confirme les rapprochements thématiques des cartons des verrières étudiées, et ajoute qu'il constate aussi, même pour les vitraux non signés, une fréquence importante d'inscriptions similaires indéchiffrables avec des groupes de 3 lettres, marquées à Ergué-Gabéric par une double combinaison SVOE (SVO ET VOE).

La généalogie des Sodec se transmettant leur atelier familial de Quimper est ténue, mais on note au moins au moins deux prénoms : Olivier  et  Laurent.  Roger  Barrié  avance  l'hypothèse

 

qu'Olivier a été le maître d'oeuvre des premières Vie du Christ, dont celle de St-Guinal, et que l'Arbre de Jessé de Kerfeunteun est une réalisation collective d'Olivier et Laurent, ce dernier répliquant ensuite le style Renaissance. Il mentionne aussi un Gilles Le Sodec pour un vitrail destiné à Brasparts. Et pour les décennies précédentes au 15e siècle, il signale un Sodec exerçant à Nantes, ville qui pourrait être la provenance familiale des vitriers quimpérois.


Nota : dans le prochain bulletin de la Société Archéologique du Finistère, un article d'Hervé Quéinnec sera publié sur la verrière de l'Arbre de Jessé de Kerfeunteun, oeuvre aussi signée Le Sodec.

En savoir plus : « Les deux verrières authentiques de St-Guinal de 1515-17 et l'atelier Le Sodec », « GATOUILLAT et HÉROLD - Corpus Vitrearum, les vitraux de Bretagne », « BARRIÉ Roger - Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle »

[modifier] 4 La première école des filles

Billet du 08.12.2019 - Document 2 O 788, ex 2 O 410, Archives dép. du Finistère : échanges en 1886 entre la Préfecture, l'Académie et le maire d'Ergué-Gabéric à propos des travaux de transformation de l'ancienne maison d'école en école publique des filles, suite à l'ouverture de l'école neuve des garçons.

La première maison d'école ouverte à Ergué-Gabéric en 1855-56 est une « école spéciale aux garçons », et jusqu'en 1886 les jeunes filles sont exclues de scolarisation. Le 21 juillet 1867 une demande préfectorale d'étude d'une solution d'école mixte essuie un refus du conseil municipal : « Considérant qu'il n'y a pas de local pour recevoir les filles, et qu'en supposant un emplacement convenable trouvé, la commune, vu l'état de ses fonds ajourne pour le moment la création d'une école de filles ».

En 1882 une solution alternative est actée : « La commune d'Ergué-Gabéric, dite le Grand Ergué, n'a qu'une école de garçons. Après de longues et vives instances, elle s'est décidée à créer une école de filles, ou plutôt à bâtir une maison d'école qui sera destinée aux garçons, et à conserver, après quelques appropriations, et modifications, le local actuel à une école publique de filles. ».

La nouvelle école est située à l'ouest du bourg chef-lieu, et l'ancienne dorénavant réservée aux filles à l'est. Trente ans après l'accueil des garçons, les filles ont donc accès à l'école communale dans cette petite école à classe unique et nécessitant travaux de réparation, et la désignation d'une institutrice.

La dépense nécessaire à la nouvelle école des garçons s'élève à 27.500 francs, alors que l'estimation initiale des réparations nécessaires à « l'appropriation » de l'ancienne classe par les filles est de 902 francs. Mais le maire « est d'avis qu'on ne fasse pour cette année que les dépenses strictement nécessaires »,  et  réduit

 
(L'école publique des filles au bourg en 1935)

les frais à 350 francs. Les travaux, réalisés de gré à gré, sont exécutés juste avant la rentrée de 1886 par des « ouvriers menuisiers et couvreurs ».

Et de ces travaux de rentrée, la fourniture des cabinets a été exclue, car, fin mai 1887, le maire écrit à l'architecte départemental Joseph Bigot : « les lieux d'aisance de la maison d'école des filles d'Ergué-Gabéric sont à peu près terminées ». Pour les garçons, sur le devis initial de 1854, le confort avait été moindre, n'ayant prévu que des « fosses des latrines » et des « planchers châtaignier pour latrines avec sièges ».

En savoir plus : « 1886 - Ouverture de l'école communale des filles dans la maison d'école du Bourg »

[modifier] 5 Levées de dîmes médiévales

Billet du 01.12.2019 - Etude des comptes du temporel et de la dîme ecclésiastique levée dans les paroisses directement dépendantes du Seigneur évêque de Cornouaille, registres conservés aux Archives Départementales du Finistère (1 G 372 et 1 G 373).

Dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1973, André Lévy a produit une étude pour les 9 paroisses citées dans les quelques 100 folios des deux registres du temporel de l'évêché : Plogonnec, Cuzon, Ergué-Gabéric, Plomodiern, Kerfeunteun (Lautudy), Landudec, Coray, Gourin et Pleyben. Ces documents d'archives sont notamment intéressants pour ses rapports de levées de dîmes.

En 1682, un document décrivant les dépendances gabéricoises dépendant du seigneur évêque de Quimper précise encore : « Luy est aussi deu sur toutes les terres ensemencées en ladite paroisse la dixme à la dixiesme gerbe ». En 1464 c'est déjà le cas, l'évêque est le grand décimateur qui collecte cet impôt à la place du curé desservant, car il est le propriétaire noble de nombreuses terres et fermes pour lesquelles il touche des rentes et droits seigneuriaux.

Les comptes du temporel de 1464 et 1466-71 (l'année 1465 est manquante) sont difficiles déchiffrables du fait de leur calligraphie médiévale et des abréviations comptables. Nous les avons reproduits in-extenso dans l'article, car il est très probable qu'ils contiennent des informations inédites non encore transcrites et analysées.

Nous avons isolé et transcrit les passages sur les levées de la dîme gabéricoise, dont le texte est presque identique d'année en année : « La dixme de Ergué caber fermé à Jehan Pappe : 5 setiers » (1469).

La dîme est un impôt en nature versé aux autorités ecclésiastiques locales sur toutes les récoltes roturières. Elle est normalement perçue annuellement par le curé de la paroisse pour ses dépenses, sauf exception comme à Ergué-Gabéric où elle est collectée par l'évêque (lequel est sensé lui rétrocéder une « portion congrue »).

Pour organiser la perception, l'évêque délègue ses pouvoirs à un fermier qui se rémunère sur les levées. Ces dernières se font directement dans les champs juste avant la récolte, le fermier venant sur place faire les prélèvements, normalement à raison d'1/10 de la récolte, qu'ils revend ensuite avant de reverser le montant net au décimateur.

Pour Ergué-Gabéric, le fermier se nomme Jehan Pappe, en charge pour 5 années entières, et Guillaume Bronnec pour l'année 1468. Les chiffres annuels sont en croissance, de trois sétiers la première année à 6 la dernière, et décomposent pour moitiés en blé de froment et en seigle. Pour l'année 1466 le décompte précis gabéricois est de cinq (v) sétiers et trois (iii) renées.

 
(graphique extrait de l'étude d'André Levy)

Les unités de mesure des céréales collectés en 1464-1471 sont donc doubles : « Deux unités sont utilisées dans les actes : une unité écrite en abrégé R, sans doute la renée : une autre, l'estier, peut-être le setier » (André Lévy).

Notre interprétation est que les collectes de dîmes les plus importantes, pour Plogonnec, Cuzon et Ergué-Gabéric, sont mesurées en setier, de l'ordre de 200 litres (soit un tonneau), alors que la renée est une mesure environ 20 fois plus petite (un 24e de tonneau).

Dans les registres des comptes du temporel, sur les lignes suivant les levées de dîme on note aussi une spécificité : la taille paroissiale qui mériterait également une étude spéciale. Il ne s'agit pas de l'impôt direct classique de l'Ancien Régime, car la Bretagne est exemptée de taille et de gabelle, mais d'un autre impôt collectif collecté par l'évêque grand décimateur.

En savoir plus : « 1464-1471 - Dixmes et comptes du temporel de l'évêché de Cornouaille », « LÉVY André - Les dîmes d'après le temporel de Quimper »

[modifier] 6 Photo-souvenirs de la classe 1958

Billet du 23.11.2019 - Trente-un gars et filles né(e)s en 1938 formant la classe 1958 d'Ergué-Gabéric, photographié(e)s l'année de leur 20 ans.

Au début et au 2e tiers du siècle dernier, une classe était une sorte de coterie ou de clan pouvant regrouper quelques dizaines de jeunes gens d'une même commune, et nommée par l'année de leur 20 ans, l'année où ils étaient généralement appelés au service militaire.

Et leur premier rassemblement cette année-là était festif et donnait lieu à une photo souvenir. La classe 1958 photographiée ci-contre est formée des jeunes gens, mais aussi pour la première fois des jeunes filles, nouveauté qui leur vaut le qualificatif « d'avant-garde ».

Merci à Pierrot Riou pour nous avoir communiqué la photo, ainsi qu'à René Le Reste de la classe 1956 et à Raymond Feunteun de la classe 1957 pour avoir identifié des têtes.

Néanmoins, comme la photo est un peu floue, l'attribution des noms n'est pas certaine, et certaines erreurs peuvent s'y glisser. Appel aux bonnes volontés supplémentaires pour continuer le travail, et éventuellement aux participants pour les anecdotes relatives à la fête de classe, aux chapeaux et aux écharpes de miss.

  • 1. Anne-Marie Le Moigne, ép. Y. Bréus
  • 2. Clothilde Rivoal
  • 3. Pierrot Riou
  • 4. Germaine Guéguen
  • 5. Guy Saliou
  • 6. René Donnard
  • 7. René Laurent
  • 8. Edith Rannou, ép. A. Le Bihan
  • 11. Mlle Letty ? de Kerdévot.
  • 12. Paul Le Roux, Kernévez
 
        24 25 26 27 28   29 30 31  
10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23
                    8 9
     1    2  3    4  5    6  7
  • 13. Emile Beulz
  • 14. Eugène Poupon
  • 15. Jeanine Mévellec, ép. R. Le Berre
  • 17. Annick Thomas
  • 21. Denise Laurent, ép. J. Istin
  • 23. Jean-Claude Chatalic ?
  • 24. Jean-Louis Feunteun
  • 25. Mllle Pennec
  • 27. Anne-Marie Stervinou, ép. Quéau
  • 28. Yves Le Berre
  • 31. François Nédélec, commerçant au bourg
En savoir plus : « 1958 - Les gars et filles de la classe nés en 1938 »

[modifier] 7 Wohltätigskeitafest der Kriegegefangenen

Billet du 17.11.2019 - En juillet 1941 le maire de la commune d'Ergué-Gabéric demande au préfet et à la Feldkommandantur 752 de Quimper l'autorisation d'organiser une fête au profit des prisonniers de guerre : correspondance conservée aux Archives départementales du Finistère.

(Arrivée des troupes allemandes à Quimper en 1940. Pierre Cavellat, ADF)

La numérisation de la correspondance entre la Préfecture du Finistère et la Feldkommandantur par les services des Archives départementales se poursuit en cette année 2019, avec la mise à disposition des documents de la période allant du 26 juin au 26 novembre 1941.

Ces archives constituent un témoignage direct des conditions de vie sous l’occupation allemande, et incluent entre autres notamment les initiatives des gabéricois pour aider leurs prisonniers de guerre.

Sous la cote 200 W 4 2804, on trouve en effet cette double lettre de début juillet 1941, rédigée en français et en allemand par la préfecture de Quimper, à l'attention de la Feldkommandantur (structure départementale de commandement de l’armée allemande en zone française occupée). On y apprend que le maire d'Ergué-Gabéric a formulé une demande pour organiser une fête dont les bénéfices seront destinés aux prisonniers de guerre français.

Le préfet, Alexandre Maurice George, donne son autorisation pour la fête du 13, veille de fête nationale, mais est tenu depuis la fin juin d'en informer la Feldkommandantur. Et il précise dans son courrier que le comité local va organiser « ein Wohltätigskeitafest zu Gunsten der Kriegegefangenen der Gemeinde abzuhalten. Dieses Fest soll in der Halle Balès von ERGUE-GABERIC stattfinden. » (une séance récréative au profit des prisonniers de guerre de la commune. Cette séance aura lieu Salle Balès au bourg d'Ergué-Gabéric.)

 

Cette « Halle Balès » est une salle de spectacle et de bal située au bourg derrière la boulangerie détenue par la famille Balès. Cette boulangerie sera plus tard, en 1944, le lieu d'un événement notable de résistance : c'est dans le four, tout à côté de la salle de fête, que François Balès et ses amis sont brûlé les papiers du STO après leur cambriolage.

La solidarité vis-à-vis des prisonniers de guerre est bien ancrée à Ergué-Gabéric en juillet 1941, car on peut lire dans les entre-filets des journaux d'époque des quêtes organisées à leur profit. Ainsi dans la Dépêche de Brest du 5 juillet, cette collecte organisée lors d'un mariage qui rapporte 95 francs.

Quant à la salle et commerce Balès, repris par la suite par les Nédélec, tout a été complètement démoli lors de l'été 2019, dans le cadre de la rénovation du centre-bourg :

En savoir plus : « 1941 - Une fête au profit des prisonniers de guerre sous le contrôle de la Feldkommandantur »

[modifier] 8 Le son des cloches de Kerdévot

Billet du 09.11.2019 - Enquête sur les caractéristiques et les origines des cloches historiques de Kerdévot : un grand merci à Jean-Yves Cordier pour ses connaissances sur les fondeurs finistériens et à Vincent Gaudemard de l'association des fabriciens et amis de Kerdévot pour ses clichés de la cloche Le Moine.

Kerdévot a la chance d'avoir toujours ses deux cloches anciennes opérationnelles, l'une fondue en 1704 par François Le Moine, et l'autre coulée en 1803 à Nantes par un fondeur dénommé Lambert. Le son des deux cloches lors du dernier pardon le 8 septembre 2019 dernier :

La plus grande des cloches, suspendue du côté sud du clocher, fait 93 cm de diamètre et est ornée d'un médaillon de l'Immaculée-Conception. « On voit très bien aussi les emblèmes servant de séparation entre les mots, la croix pattée, la fleur-de-lys, et l'hermine » complète Jean-Yves Cordier, auteur d'une étude documentée sur les fondeurs de cloches de l'ancien-régime en Finistère sur son site www.lavieb-aile.com.

Les inscriptions gravées sur la première cloche de Kerdévot sont en deux parties (cf photos dans l'article) :

Partie haute : "Me IAN BAUDOUR recteur d'Ergué Gabel"

Parte basse : "François LE MOINE m'a faite en l'année 1704"

Jean Baudour, originaire de Lannilis, est prêtre et recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant 38 ans, de 1678 à 1716. Il a consigné de nombreuses observations dans ses registres paroissiaux, lesquelles ont été transcrites et analysées par le mémorialiste Antoine Favé.

Le fondeur de Kerdévot en 1704, François Le Moine ou Lemoyne, est réputé être « fondeur du Roy à Brest », ce qui veut dire que, vraisemblablement, la cloche de Kerdévot a été fondue dans une des fonderies brestoises.

D'autres fondeurs Lemoine, sans doute apparentés, sont originaires des fonderies très célèbres de Villedieu-les Poêles en Basse-Normandie : Pierre Antoine Le Moyne aurait réalisé la cloche de l'hôtel de ville de Paris détruite en 1871.

La vie familiale et civile du très discret finistérien François Lemoine est absente des registres BMS (Baptêmes, Mariages, Sépultures), seules ses œuvres de « maître saintier » (synonyme de fondeur) sont connues. Il exerce principalement en région quimpéroise, car en 1702 il livre une cloche pour Briec ; en 1706, une cloche pour Plogonnec ; en 1708, la cloche « Le Sébastien » de Saint-Mathieu de Quimper. Et avec son collègue Thomas Le Soueff, François Le Moyne livre en 1701 la cloche nommée « Corentin » de la cathédrale de Quimper.

Il réalise également une cloche pour Plogonnec en 1733 avec Etienne Lemoine (1705-1771) de Quimper, lequel n'est pas son fils, mais peut-être son neveu : le père d'Etienne, Julien, était-il un

 

frère de François ? Peut-être seraient-ils venus tous deux de Normandie ce qui explique leurs absences respectives dans les registres BMS finistériens.

La deuxième cloche de Kerdévot, fondue en 1803, soit 99 ans après celle de François Le Moine, est suspendue du côté nord du clocher, et fait 76 cm de diamètre, avec cette double inscription gravée :

"Dédiée à Saint Jean l'Evangeliste, Mr A.L. DUMOULIN, Recteur d'Ergué-Gabéric. GEROME CREDOU, fabrique de Kerdévot"

"LAMBERT m'a faite à Nantes l'an 1803"

La cloche a été livrée après la période troublée de la Révolution, sous les hospices du recteur Alain Dumoulin de retour de son exil en Bohème, et du fabricien Jérôme Crédou. L’événement, à savoir par exemple le remplacement d'une cloche fêlée ou défectueuse, ayant provoqué la commande de 1803 n'est pas connu. Et le fondeur Lambert n'est pas précisément identifié pour l'instant, ni la fonderie nantaise qui a produit la cloche.

En savoir plus : « Les deux cloches multiséculaires de la chapelle de Kerdévot »

[modifier] 9 Paléographie médiévale à Kerfors

Billet du 02.11.2019 - Transcriptions complètes et intégrales de la déclaration en 1488 de Caznevet de Kerfors suite au décès de sa mère Katherine, et cinq années plus tard de sa propre succession au profit de son fils aîné Charles (Archives Départementales de Nantes, B2012/4).

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland

Les seigneurs de Kerfors ont détenu leur manoir éponyme en Ergué-Gabéric pendant quatre générations, la première détentrice identifiée étant une dame Katherine décédée en 1488.

Le 12 décembre 1488, Caznevet de Kerfors, fils aîné de Katherine, fait une déclaration de succession de ses terres dépendant du domaine de Kerfors en y portant la marque de sa signature. Contrairement à la note crayonnée de 1498, il est bien daté de 1488, et si la défunte est qualifiée de « naguères décédée », la précision « la levée l'an dudit décès » semble attester de sa mort récente.

L'original de ce document est une pièce unique conservée aux archives départementales de Nantes, sur un papier légèrement parcheminé de 25 cm environ, et a été transcrit par Nathalie Calvez dans le cadre de ses études d'histoire médiévale.

Le domaine de Kerfors est composé de son manoir, de son moulin et des « villaiges » dépendants : Kervihan (ou Kerbihan), Keranverien (aujourd'hui Kervreyen), Parcanlan (un manoir y est mentionné), Keranechcrasec, et Kerdrein en Briec, auxquels s'ajoutent en 1488 des terres héritées d'autres nobles locaux comme François Liziart à Kerdudoel (Kerdudal) et Jehan de Coatnanezre à Quilihuezec (Quillihuec). Sans oublier, près de Parcanlan, une mine de terre à poterie, une « migne de terre de lacquelle on faict des pots située « près le grant chemin qui mesne de la ville de Kempercorentin au bourg de Coray » et exploitée par trois potiers.

  Pour chaque village et chaque tenancier, les rentes payées au seigneur de Kerfors sont mentionnées. Hormis un chapon dû par le fermier de Kerdudal, et des rentes numéraires payées notamment par les potiers, tous les autres paient annuellement un, deux ou trois mesures de froment, seigle et orge. L'unité de mesure céréalière est la « res » (du mot "rase"), c'est-à-dire le contenu d'un récipient normalement rempli à ras-bord.

La nature rase vaut pour le froment et le seigle, mais pour l'avoine la « res » est qualifiée de « comble », c'est-à-dire que la hauteur en son milieu dépasse le bord du baquet, en conformité avec « la mesure de Kempercorentin».

( Archives le Loire-Atlantique, Série B, Cote B 2012, Kerfors, année 1488 )

Le 20 septembre 1493, le document de 1488 est reproduit presque à l'identique pour authentifier le décès de Caznevet de Kerfors et la nomination de son fils aîné Charles comme héritier, « pour en faire la levée l'an dudit déceix par cause du debvoir de rachat ». L'ensemble des biens, hormis les héritages Liziart et Coatanezre, sont repris avec des droits de rente en diminution. Ainsi les potiers ne doivent plus annuellement que quarante sous, à savoir deux livres, alors qu'ils payaient dix livres en 1488.

En savoir plus : « 1488-1493 - Aveux de successions de Katherine de Kerfors et de son fils Caznevet »

[modifier] 10 Première mixité scolaire à Lestonan

Billet du 27.10.2019 - Demande de gémination des écoles communales des filles et des garçons de Lestonan. Documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : lettre de demande rédigée et signée Jean Lazou, lettre d'appui de l'Académie, et position favorable du Conseil Municipal.

La gémination d'école primaire consiste à proposer des classes uniques de niveaux de garçons et de filles, afin d'optimiser le nombre d'instituteurs et d'institutrices. La loi Brenier du 12 février 1933 décide de la gémination de toutes les écoles spéciales à une ou deux classes. Le ministre qui va s’employer à la faire appliquer est Anatole de Monzie, moyennant l'accord obligatoire des municipalités.

En septembre 1933, l'instituteur Jean Lazou dirigeant L'école publique des garçons de Lestonan et son épouse Francine celle des filles vont être précurseurs dans cette évolution vers la mixité, ce notamment parce que l'effectif de trois instituteurs n'est pas suffisant pour accueillir le nombre prévisionnel d'élèves de la nouvelle rentrée scolaire, et surtout le « nombre de divisions » ou niveaux d'âges très étalés.

Jean et Francine Lazou, tous deux militants communistes, sont très sensibles à l'égalité des chances scolaires des filles par rapport aux garçons. C'est donc avec sincérité que l'instituteur défend son projet et rédige une demande manuscrite au maire de la commune : « les garçons et les filles de même âge et de même force seraient répartis entre les 3 maîtres de Lestonan, ce qui ferait : a) Une classe enfantine. b) Une classe comprenant le cours préparatoire et le cours élémentaire. c) Une classe comprenant le cours moyen et le cours supérieur. ».

L'inspecteur primaire d'Académie émit un « avis très favorable » qu'il transmet également au maire en lui demandant « de bien vouloir amener votre Conseil municipal à donner un avis favorable afin que la nouvelle organisation des classes puisse être réalisée ».

 
( L'école de Lestonan en 1885, ADF 2 O 788 )

La délibération du conseil municipal a lieu le 1er octobre 1933, et a priori le débat a dû être vif, car la mixité des garçons et filles à l'école est loin de faire l'unanimité. Ainsi, à Lestonan, cinq ans auparavant, deux écoles privées distinctes ont été ouvertes avec l'appui de l'entrepreneur catholique René Bolloré, et il n'est pas question d'y réunir les filles et les garçons dans les mêmes classes et cours de récréation.

Pour l'école publique, le conseil émet un avis favorable, en émettant toutefois trois réserves : 1/ Les cours de récréation doivent rester séparées (la demande des Lazou avait déjà acté cette séparation), 2/ « Les sexes séparés en classe et dans les cours. » (cela signifie que, comme à l'église, les pupitres des filles sont d'un côté de la classe, et les garçons de l'autre), et enfin 3/ La mesure est provisoire et ne vaut que tant que Mr Lazou en assure l'exécution.

Ce n’est qu’en 1965, avec la circulaire du 15 juin, que la mixité deviendra le « régime normal de l’enseignement primaire », avec des cours uniques par tranche d'âges et des classes de niveau.

En savoir plus : « 1933 - Mixité et gémination des écoles publiques des filles et des garçons de Lestonan »

[modifier] 11 Les biens nationaux à Kernaou

Billet du 19.10.2019 - Archives privées et documents conservés aux Archives Départementales du Finistère : le document d'estimation de 1794 par deux experts habilités, le sommier des comptes l'émigré noble François Louis de La Marche, et la vente par adjudication en 1795 à l'avoué Jean-Marie Le Roux.

La métairie de Kernaou, exploitée par René Le Maguer, est une propriété foncière de François-Louis (orthographié "Jean Louis" dans le document d'estimation) de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre. Mais les biens déjà vendus en bien nationaux, à l'instar de Kernaou, ne seront pas restitués aux héritiers nobles.

L'estimation des biens des 21-25 brumaire de l'an 3 (11.11.1794) se fait sur 5 jours en présence des experts Salomon Bréhier et Jean-Marie Le Roux, de l'officier municipal Jean Le Jour, et du domanier René Le Maguer.

La maison principale (MM sur le plan ci-contre) est en « grosse taille couverte d'ardoise et manquant de grosse réparation » et qualifiée de « maison manalle » (à l'allure d'un manoir). Elle est dotée de « deux grandes fenêtres à son rez-de-chaussée, une grande cuisine et large vestibule » et « un grenier en toute course de la maison » de 45 pieds de long, soit 14,50 mètres. La belle porte ouvragée n'est pas mentionnée, ce qui semble indiquer un ajout plus tardif, les pierres maçonnées tranchant sur les pierres de "grosse taille" (cette porte arrondie à pinacles ayant pu être transférée d'une maison manalle voisine comme Kervreyen, après la Révolution).
La suite des bâtiments, « vis-à-vis la dite maison à son bout du levant », est le Pavillon (lettre P sur le plan), « en moëlon couvert d'ardoises », lequel était, encore au 20e siècle dernier, désigné sous le nom de « Maner kozh » (vieux manoir). En 1794 il est composé à son rez-de-chaussée d'un « appartement sans feu et servant de crèche » et au-dessus d'une « chambre à feu pratiquée par un perron en dehors en pierre ».

La maison principale était occupée par les tenanciers, l'appartement et la chambre étaient vraisemblablement réservé aux propriétaires fonciers, nobles avant la Révolution, lorsqu'ils venait se mettre au vert ou chasser. Cette pratique s'est maintenue au 19e siècle comme en atteste un bail daté de 1824 : « Les propriétaires se réservent la maison dite "Le Pavillon" qu'ils pourront fréquenter quand et par où bon leur semblera. »

La suite de la description des lieux mentionne deux crèches (cr1 et cr2 sur le plan) à l'ouest du pavillon, « en moëlon et couvert de gleds » (chaume). On notera la présence de « fendasses » (ouverture en "fente") et d'un mur intérieur de soutien dit « arras ».

Une grange (gr sur le plan) est signalée au nord de la maison principale, séparée de cette dernière par l'aire à battre (ab sur le plan). Au sud de la maison manalle, dans la cour ou placitre intérieur, on trouve le puits et le « pors à frambois » (code pf sur le plan), c'est-à-dire l'endroit où était entassé le fumier des bêtes.

 

L'estimation porte sur l'ensemble des terres dépendant du manoir de Kernaou, en excluant la deuxième division constituée de la petite ferme Ty-Plouz au nord et aujourd'hui disparue. La surface totale de la première division est de 34,5 journaux, c'est-à-dire 17 hectares.

Le montant estimé pour une mise en vente du lot tient compte des réparations à effectuer sur la maison principale et se monte à 4100 livres. Lors de la vente aux enchères du 19 floréal de l'an 3 (08.05.1795) la mise à prix démarre à 10.000 livres. Il s'en suit quelques propositions de surenchères, dont celle de Kernafflen, le vice-président du directoire du district de Quimper. In fine le citoyen Jean Marie Le Roux fait son unique offre à 38000 livres et emporte la mise.

Jean-Marie Le Roux, est avoué à Quimper, beau-frère de Salomon Bréhier, et tous deux éteient cosignataires du rapport d'expertise de Kernaou. En devenant adjudicataire, il pourrait être soupçonné de conflit d’intérêts, mais ce genre de situation est très fréquente à l'époque.

Jusqu'aujourd’hui Kernaou est resté la propriété des descendants des Le Roux, ce par le biais des femmes. En commençant par Julie Le Roux, fille de Jean Marie, et qui se marie à un Jean Le Bastard dont hériteront les Lunven, les Kerselec, et enfin la famille de Kerlivio. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio :

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication du manoir de Kernaou »

[modifier] 12 Bulletin Kannadig d'octobre

Billet du 12.10.2019 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises de l'été 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, treize articles sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les chaumières, penntys et manoirs sympathisants.

Pour commencer, un article sur la couleur bleue/glaz via une exposition de photos et une collection de peintures à l’huile.

Ensuite deux évocations sur les suites de chutes de clocher, l’un sur la flèche sculptée de Kerdévot, l’autre sur les démarches de restauration à Saint-Guinal.

Les quatre sujets suivants sont aussi sur des thèmes religieux : des prés sous l’invocation d’un saint mystérieux, l’analyse de trois cantiques, l’application de la loi Goblet dans les écoles privées du Bourg et de Lestonan.

Trois documents d’archives du 15e au 17e siècle sont étudiés : la sentence royale en 1682 pour la tenue de Croas-ar-Gac, un mémoire sur la noblesse gabéricoise du 15e et 16e, et enfin le rentier de Botbodern pour la mouvance de Kerdilès.

La période révolutionnaire n’est pas oubliée : le sommier des comptes des émigrés et la vente de Kervreyen en bien national. Et enfin, on termine par la fontaine du Roi Soleil et son platane tutélaire.

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 47 Octobre 2019 »


Par ailleurs, quid des annales ?

Nous avons décidé cet été de les publier uniquement en années paires, ce qui permettra de sortir courant 2020 le n° 2 en incluant deux nouveaux dossiers complets inédits : la Révolution et les Écoles. Le n° 1 des annales de 2018 est aussi en cours de réimpression, avec quelques petits compléments et retouches.

En savoir plus : « Annales du GrandTerrier »


Que la fin d’année 2019 nous incite tous à être encore plus inventifs et curieux !

 

[modifier] 13 Archives privées du 16e siècle

Billet du 05.10.2019 - Rentier des rentes payées au seigneur de Botbodern d'Elliant par les détenteurs des mouvances proches en Elliant et de Kerdilès en Ergué-Gabéric : grand merci à Loïc Le Roy de Kerderrien de nous avoir communiqué ce document issu du fonds d'archives privées de Louise De Guengat.

Le document est très bien conservé et l'écriture est élégante, mais néanmoins, du fait de son ancienneté, il n'est pas facile à décrypter, ce qui peut expliquer certaines transcriptions lacunaires pour l'instant. C'est l'occasion de pratiquer un peu de paléographie, notamment le déchiffrage des chiffres romains minuscules tels qu'ils étaient calligraphiés au 16e siècle.

La mouvance de Kerdilès, dont l'origine toponymique serait le « lieu des tilleuls », est située en bordure est de la commune d'Ergué-Gabéric et à proximité immédiate du manoir du Botbodern en Elliant.

Au 16e siècle les propriétaires nobles du domaine de Botbodern sont les Tromelin (héritiers des Rosmadec), dont la dernière du nom est Marie de Tromelin, veuve d'Alain de Guengat (mort en 1531) qui décède en 1547. En 1536 il est question de «  sieur et dame de Guengat Sr de Botbodern, Kerongar et Kerlenic », laquelle dame est Marie de Tromelin, et le sieur le fils (Jacques) ou le petit-fils (René) d'Alain.

En 1550-51 la dame de Botbodern étant décédée à son tour, les rentes des mouvances sont vraisemblablement dues au petit-fils René de Guengat, décédé en 1563.

Norbert Bernard, dans son étude « Chemins du Ve au XVIIe siècle à Ergué-Gabéric », précise les six mouvances dépendant de la seigneurie de Botbodern : Méout vian, Méout vras, Keryan, Kerveil, Kerveguen, Kerdilès. La dernière est qualifiée de mouvance majuscule (lettre B) alors que les 5 autres sont dites minuscules (b).

 

Le rentier de Botbodern de 1550-51 ne comprend que les paiements des mouvances majuscules, à savoir 7 villages elliantais (Kerancorre, Mesfal, Kerdanyc, Keradenen, Kerlenyc, Kerongar, Kerlangnez), et « Kerdyllès » en Ergué-Gabéric. Le titre de 1551 est « ce quy a esté percu davecques les homes de Botbadern l'an mil cynq cent cinquante ung », et celui de 1552 « ce que les homes de Botbadarn ont payé à la seynct Mychel lan myl cinq cent cynquante et deulx ».

Tous les paiements annuels sont en nature, soit en animaux (1 ou 2 chapons, à savoir des jeunes coqs châtrés, ou un mouton), soit en céréales (froment, orthographié « fourmant », avoine, seigle et mil). Cette dernière céréale, appelé aussi millet en Afrique, aux grains ronds et jaunâtres, est cultivée localement et apprécié en laitage.

Au village de Kerdilès, les fermiers débiteurs de Botbodern sont au nombre de 8, dont le principal est Allayn Connan. En 1551 il doit « 4 renées fourmant - 8 renées seglle - 2 renées myl pour deux ans - 6 renées avoyne - 2 chapons » (cf. fac-similé ci-dessus).

L'unité de mesure des céréales au 16e siècle est la « renée », qui peut-être soit comble (par défaut, avec dépassement du rebord en son milieu), soit rase. Cette mesure est réputée généralement représenter un 1/24 de tonneau, ce qui doit être assez voisin d'un boisseau de 13 litres.

En savoir plus : « 1551-1552 - Kerdilès dans le rentier de la seigneurie de Botbodern »


** FLASH ** FLASH ** FLASH ** FLASH ** FLASH **


La réédition enrichie et augmentée du livre publié en 2013 « Les exposés de Creac'h-Euzen » sort en librairie le 15 octobre 2019. Elle inclut des précisions et nouvelles découvertes inédites sur les enfants trouvés du 19e siècle en région quimpéroise, notamment ceux nés ou accueillis sur le territoire gabéricois. Son auteur, Pierrick Chuto, vous propose une souscription pour un prix de 19 euros au lieu de 25. Attention au délai court, l'offre n'est valable que jusqu'au 14 octobre. Plus d'infos sur http://www.chuto.fr/

[modifier] 14 Les biens nationaux de Kervreyen

Billet du 28.09.2019 - La description de la métairie de Krevreyen confisquée à l'émigré noble François-Louis de La Marche père et son acquisition aux enchères par le citoyen Vincent Simon Mermet de Quimper, au travers du document d'estimation de 1794, et l'adjudication aux enchères en 1795.

La ferme de Kervreyen, exploité par René Lozac'h, est une propriété foncière de François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué qui s'est réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe. En 1803 ils sont tous les deux amnistiés avec une main-levée de séquestre.

Mais les biens vendus en biens nationaux, comme la « ferme manalle » de Kervreyen, ne seront pas restitués aux héritiers nobles. Telle qu'elle est décrite dans le document d'estimation des 1er, 2, 3, 4, 5 et 6 messidor de l'an 2 (09.06.1794) par les experts Le Blond et Bréhier, c'est « une ferme considérable dans son étendüe », tellement étendue que les administrateurs du Directoire profitent de cette expertise pour réintégrer certaines terres dans le lot d'adjudication voisin, à savoir « la petite ferme ditte ruine de Kerfort  ».

La description de Kervreyen commence par la « maison manalle maçonné en brossage et couvert de gleds ». L'adjectif « manal » indique bien que cette grande bâtisse de 58 pieds (18 m 58), avec étage et grand grenier couvert de « gleds » (chaume) et de pierres taillées en joints brossés, avait l'allure d'un imposant manoir. Le premier étage constituait les « appartements » avec ses deux portes ouvertes au nord accessibles par un escalier de pierres.

Placée sur le plan cadastral établi en 1834, la maison manalle (cf code MM sur le plan ci-contre) est orientée ouest-est au milieu de corps de ferme. La configuration actuelle, aujourd'hui dégagée, atteste de sa démolition probable au 19e siècle et de la reconstruction d'autres bâtiments orientés nord-sud de part et d'autre.

Dans l'ordre du document d'estimation les deux bâtiments attenant à la maison manalle sont des crèches (cf code cr1 et cr2) et au milieu, de part et d'autre est le « pors à frambois » (cf code pf), c'est-à-dire l'endroit où était mis le fumier des bêtes.

La crèche au nord (cf code cr3) fait la limite de l'aire à battre et d'un deuxième « pors à frambois ». Du côté du levant on a un puits (la margelle a été déplacée récemment) et un four à pain (un beau four est visible aujourd'hui plus au sud à l'entrée du corps de ferme.

Cette crèche aujourd'hui constitue une belle maison, mais ne dispose pas des mêmes surface et hauteur que la « maison manalle » avant la révolution. À l'ouest de cette crèche, présence d'une grange aux dimensions inférieures à celle qu'elle a aujourd'hui, ayant été vraisemblablement rebâtie au 19e siècle.

On note ensuite dans le document, une maison et ses deux crèches « au couchant », à l'ouest sur le chemin de Kerfors, lesquelles ont disparu sur le plan cadastral de 1834.

Par contre le cadastre fait apparaît deux bâtisses non signalées en 1794, à l'est des maisons principales de Kervreyen. L'une est une petite maison carrée, appelée communément « Pavillon », l'autre un bâtiment sans doute agricole. Le pavillon était vraisemblablement une maison de villégiature construite par le nouvel acquéreur, Vincent Simon Mermet qui habitait la ville de Quimper et qui venait ici au vert, probablement pour l'exercice de la chasse.

 


Les terres cultivables de Kervreyen sont nombreuses, et au plus près des bâtiments il y a de nombreux « courtils » (jardins), dont la plupart sont déclarés plantés d'arbres fruitiers. Même si la ferme de Kerfort est désormais allotie avec des terres proches qui étaient intégrées auparavant à Kervreyen, certaines grandes parcelles au nord et sud de Kerfort sont maintenues dans Kervreyen avec une clause spéciale : « il sera deub passage pour fréquenter les terres disjointes de Kervreien ».

Le nouveau domaine de Kervreyen alloti et mis en vente par adjudication compte au total 76 journaux et 9 cordes, ce qui fait un peu plus de 37 hectares. Le prix estimatif de l'ensemble, c'est-à-dire des bâtiments, terres labourables, prés, bois, fruitiers, est de 8135 livres.

L'adjudication a lieu le 19 floréal an 3 (08.05.1795), et la première enchère est offerte pour 12.000 livres par le citoyen Mermet. Le citoyen Le Blond, coauteur de l'estimation faite un an auparavant, démultiplie l'offre à 40.000 à la 2e enchère. Et ensuite c'est une escalade entre Mermet et le citoyen Calloc'h, pour finir à 100.400 livres octroyées par Mermet le Jeune.

Vincent Simon Mermet, dit le Jeune par opposition à son demi-frère Pierre Marie de 3 ans son aîné, est un négociant de Quimper d'une famille ayant fait fortune dans le commerce de draps et de vin. La famille Mermet de Quimper compte des membres des loges locales de francs-maçonnerie, notamment le demi frère de Vincent Simon et son neveu.

Il faut noter aussi le fait exceptionnel que Kervreyen est resté la propriété jusqu'aujourd’hui des descendants des Mermet, ce par le biais des femmes. En commençant par Céline Mermet, fille de Vincent Simon, et qui se marie à Guillaume Le Guay du manoir gabéricois du Cleuyou. Pour preuve l'arbre familial établi en 1983 par Jean de Kerlivio (cf lien dans l'article).

En savoir plus : « 1794-1795 - Estimation et adjudication de la métairie de Kervreyen »

[modifier] 15 Kantikoù Brezhoneg e Breizh-Izel

Billet du 21.09.2019 - Les cantiques bretons sont des chants sacrés populaires chantés à l’occasion des messes et pardons en Basse-Bretagne.
Vision de Jean-Marie Déguignet : « Dans les derniers couplets de toutes ces complaintes, il est toujours fait appel à la bourse des ouailles pour dire des messes pour la conversion des impies et des hérétiques et pour la délivrance des âmes du purgatoire, surtout pour les âmes abandonnées  ».

Dans ses « Mémoires d'un paysan bas-breton », publiées en 2001 en version intégrale, Jean-Marie Déguignet (1834-1905) présente trois de ces cantiques, très connus encore aujourd'hui, en citant un ou plusieurs couplets et en donnant sa vision critique, tout en soulignant leur beauté et l'importance qu'ils avaient pour ses concitoyens :

Image:Right.gifImage:Space.jpgA. « M'hoc'h ador, ma Doue ma c'hrouer », "Je vous adore, Dieu mon Créateur", en page 141.

Image:Right.gifImage:Space.jpgB. « Guerz ar garnel », "la ballade du charnier ou de l'ossuaire", en page 462.

Image:Right.gifImage:Space.jpgC. « Kantik ar baradoz », "le cantique du paradis", en pages 464 et 474.

Le premier cantique a les faveurs de Déguignet pour sa mélodie reconnaissable entre toutes (cf. enregistrement de Yann-Fanch Quemener ci-dessus) : « il se chante sur le plus bel air que je connaisse en breton ».

Le couplet cité par le paysan bas-breton est la prière à l'ange gardien, invoqué par lui, enfant, pour le préserver de l'esprit du mal : « Va mirit ouz an drouc-speret ». Mais ayant quand même des mauvaises pensées, malgré sa prière, Déguignet pose ce trait d'humour : « C'était à lui de répondre de moi, et non à moi de répondre de lui ».

 

Le second cantique dit du charnier a été écrit en 1750 par Fiacre Cochart, prêtre de Ploudaniel. On chantait jadis cette « Guerz ar garnel » le jour des morts dans nos cimetières bretons, au moment où la procession funèbre arrivait devant l'ossuaire.

Cette procession a d'ailleurs été fort bien décrite par Anatole Le Braz : « La foule s'avance, clergé en tête, en un long serpentement noir, dans le gris ouaté du crépuscule ; le vent gonfle les surplis des prêtres, les mantes des femmes, hérisse les chevelures floconneuses des vieillards, attise les cires ardentes aux mains des enfants de chœur. Devant l'ossuaire on s'agenouille, et l'assistance entonne une sorte d'incantation pleine à la fois d'angoisse et de fougue, et qui secoue les chanteurs eux-mêmes d'un inénarrable frisson ... ».

Dans la « Guerz ar garnel », ce sont les ossements qui s'adressent aux vivants : « Ni zo bet war ann douar o rén kerkoulz ha c'houi, O tiviz, hag o vale , oc'h eva , o tibri » (Nous avons vécu sur terre, tout comme vous, Nous avons devisé, marché, bu, mangé). Déguignet s'en sert pour dénoncer la tristesse voulue par les clercs tonsurés qui ont composés les cantiques « pour effrayer leurs troupeaux », alors que les bretons étaient « gais et riants, en vrais enfants de Bacchus », même devant la mort.

Le troisième est le célèbre cantique du paradis. Il a été collecté par Hersart de La Villemarqué dans son anthologie du « Barzaz Breizh » de 1841. On l'attribue généralement à Michel Le Nobletz (1577-1652), mais la tradition populaire voudrait qu'il fût composé par saint Hervé en personne.

Déguignet le qualifie de « joli cantique breton » et défend l'idée que son contenu a pour but de tromper les ouailles, de « détacher complètement leur cœur des biens de ce misérable monde, de ne jamais songer qu'aux biens précieux et éternels de l'autre monde ».

Il compose même, pour se moquer, des variantes des paroles du cantique : « Jesus peguen bras ve - Plujadur an dudze - Mar c'helfen kaouet tout - Ar c'hreyen ac ar yout » (Jésus, combien grand serait - Le plaisir de ces gens - S'ils pouvaient avoir tout - La chèvre et le chou).

En savoir plus : « L'évocation des cantiques bretons par Jean-Marie Déguignet »

[modifier] 16 Interventions pour restaurer un clocher

Billet du 14.09.2019 - En janvier 1837, le conseil de fabrique demande en langue vernaculaire une aide financière au roi Louis-Philippe pour couvrir les dépenses de reconstruction du clocher de l'église paroissiale St-Guinal terrassé par la foudre, ultime étape d'une campagne de lobbyisme politique.

Cette lettre en breton présente ainsi le contexte afin d'obtenir les subsides nécessaires à la restauration : « "Aotrou Roue, Ar bloavez 1836 a zo bet, e gwirionez, leun a drubuillou evidom. Gwall glaharet om bet o klevout oh bet-c'hwi teir gwech war-bouez beza drouglazet hag an avel e-neus diskaret tour iliz ar barrez d'an eil e viz c'hlouevrer ... » (Sire le Roi. L'année 1836 a été, en vérité, pleine de soucis pour nous. Avec une grande douleur, nous avons appris que vous avez été trois fois sur le point d'être assassiné et le vent a abattu la tour de notre église paroissiale le second jour de février).

Constatant l'habileté de la lettre, dans sa version traduite en français, la générosité royale abonde une somme de 300 francs à verser au curé d'Ergué-Gabéric. Mais en parallèle des actions en lobbyisme politique ont été menées par les gabéricois auprès du conseil général, de la préfecture, de l'évêché, des ministres, pour pouvoir mettre en exécution la reconstruction du clocher de l'architecte Bigot et de l'entrepreneur L'Haridon.

Grâce au dossier préfectoral conservé en série V « Cultes 1800 - 1907 » aux Archives Départementales du Finistère (cf les documents originaux et les transcriptions en fin d'article), on en sait un peu plus sur ces démarches et sur les circonstances qui ont décimé le clocher en plein bourg le 2 février 1836, « par l'effet d'une tempête d'autant plus redoutable que le fluide électrique y présidait ».

On apprend notamment que la chute des pierres du clocher n'a fait aucune victime : « Ce sinistre aurait sans doute occasionné des malheurs incalculables, si la providence n'avait veillé sur nous. C'était l'heure de la grande messe de la fête, qui, fort heureusement, se célébrait ce jour-là, à la chapelle de Kerdevot, située à une distance d'environ une lieue du bourg. »

Les dégâts matériaux sont considérables : « Ce clocher de forme pyramidale a été renversé et sapé jusqu'à sa base ». La tornade n'a laissé aucune chance de survie, non plus, aux deux cloches : « L'une des cloches a été brisée en plusieurs morceaux, la seconde est fendue de manière à ne rendre aucun son ».

 
Les travaux de restauration incluent leur remise en service : « Les deux cloches brisées seront refondues, chacune d'elles pèse 260 kilogrammes à 1fr 90c le kilo, prix moyen, eu égard au déchet de la veille matière »

On dispose du devis détaillé de l'entrepreneur L'Haridon, maître-maçon à Pleyben, sur les plans de l'architecte départemental et diocésain Joseph Bigot. Certes on peut regretter « une élévation moindre que l'ancien clocher », mais la nouvelle tour est solide, et les nouvelles pierres taillées sont extraites de la carrière locale de Crec'h-Ergué, car « les pierres en provenance et notamment celles avec moulures, ont été généralement brisées ».

Quant aux aides publiques pour financer les travaux, ce n'est pas la lettre en breton au roi Louis-Philippe début 1837 qui a permis de récolte, mais une lettre pétition du 3 avril 1836 au ministre de la Justice et des Cultes signée des membres du conseil municipal : « Ce désastre a plongé les habitants dans la consternation, en songeant à l'impossibilité où ils se trouvent de porter d'eux-mêmes, un remède à un si grand malheur ... Notre seul espoir, en coopérant autant que nos moyens nous le permettent, est en vous, Monsieur le Ministre, et dans le conseil général du département. »

Le ministre garde des sceaux, Paul-Jean-Pierre Sauzet, répond personnellement en demandant au préfet d'instruire le dossier. Son successeur à la justice, Jean-Charles Persil, accordera 500 francs sur les fonds de l'Etat et la même somme sera votée par le conseil général, via le député Jean-François Le Gogal de Toulgoët. Mais localement les habitants feront mieux en donnant au total 1100 francs.

En savoir plus : « 1836-1837 - Lettres et archives relatives à la chute du clocher St-Guinal et sa restauration »

[modifier] 17 Patrimoine naturel de Kervreyen

Billet du 07.09.2019 - Wikipedia : « Un arbre remarquable est un arbre repéré pour diverses particularités. Il relève donc d'un patrimoine par sa rareté, ses dimensions, sa position, son âge ou encore sa force symbolique. Le patrimoine en question est naturel, culturel, paysager ... »

Dans la série « patrimoine naturel », voici une petite collection de photos présentant l'if, le chataignier, le platane et la « fontaine du roi soleil » se trouvant au village de Kervreyen.

Cet immense platane déploie ses branches et son tronc noueux sur le bord du chemin menant à Kervreyen, près d'un petit étang ou zone humide en eau pendant l'hiver, et fait de l'ombre à une fontaine toute proche.

On peut également admirer près du pignon ouest de la maison principale de Kervreyen un très bel if, remarquable et plus que centenaire également ; et sur  le  chemin, à  gauche  en  montant

  vers Krevreyen, un châtaignier avec un tronc au diamètre impressionnant ; et enfin dans le bois jouxtant Kernaou un hêtre majestueux (cf. la galerie de photos des arbres dans l'article).

La fontaine de Kervreyen, toujours en eau, est communément appelée la « fontaine du roi soleil » car un soleil est gravé sur sa pierre intérieure.

En ce mois de septembre 2019, la fontaine est bien visible, après un défrichage des orties et des herbes folles. La pierre arrondie en arc au-dessus de la source est en place, et des pierres ouvragées en aval bloquent l'eau, tout en laissant le filet s'écouler vers la zone basse humide.

De part et d'autre d'autres pierres sont tombées, et il serait intéressant de compléter le puzzle de l'ouvrage.

Les anciens des villages avoisinants se rappellent de ce lieu comme d'un endroit rafraîchissant par grande chaleur. Et ils se souviennent aussi qu'entre la fontaine et le petit étang le cresson était abondant et apprécié.

En savoir plus : « Un platane avec sa fontaine, et autres arbres remarquables de Kervreyen »

[modifier] 18 Sommier des comptes des émigrés

Billet du 31.08.2019 - Ouverture du chantier d'analyse de l'affaire des biens nationaux confisqués aux nobles gabéricois ayant fui leurs terres à la Révolution pour s’exiler à l'étranger : pour démarrer un tableau global de la situation est proposé, des analyses détaillées devant être publiées prochainement.

À titre donc d'illustration, un gros registre inédit, dit « n° 122 de l'inventaire », constitué pour Ergué-Gabéric de 57 folios recto-verso et conservé aux Archives Départementales du Finistère sous la cote 1 Q 2403.

Ce sommier comptable a pour but de noter toutes les dépenses et recettes enregistrées pendant la période de séquestre des biens nationaux nobles confisqués aux nobles exilés à l'étranger, ce avant les adjudications aux enchères, les dons, amnisties, cessions privées ou adjonctions au domaine agricole de la légion d'honneur.

Plus de 90 lieux - manoirs, métairies et fermes - confisqués sont inventoriés, pour lesquels sont indiqués le nom du noble émigré propriétaire foncier, le tenancier « à domaine » ou « à ferme » avec le montant de la rente, les impôts payés aux nouvelles autorités, les remboursements de dépenses, les dates de vente, de dons et de la main-levée finale.

Le registre est basé sur un classement et une répartition sur les six familles nobles émigrées, les Lamarche père et fils détenant plus de la moitié des lieux (55 sur un total de 90) :

Image:Right.gifImage:Space.jpgDerval : Joseph Derval, seigneur de Kergoz en Plomeur, héritier des Kersulgar de Mézanlez, lieutenant au régiment du roi, est émigré en Angleterre à la Révolution et exécuté en 1795 à Vannes. Dans les actes d'adjudication ce sont les sœurs de Joseph, Pauline

  et Angélique, qui sont considérées comme les propriétaires. Les lieux détenus sont le manoir de Mezanlez, lequel échoit par adjudication au citoyen Jean-Marie Le Roux, le moulin de Mezanlez, Kergonan, Bohars, Kergamon, Ruebernard et Lostanquiliec.

Image:Right.gifImage:Space.jpgRohan : Les Rohan-Guéméné : Henri-Louis-Marie de Rohan, prince de Guéméné, a émigré en Suisse, puis en Allemagne, puis dans l'armée autrichienne, mais les terres des Rohan autour de Kerjestin leur avaient déjà été confisquées lors des événements de la Ligue pour être intégré au domaine du roi. Les lieux séquestrés sont situés à l'est de la commune : Keranroué, moulin du Faou, Kermoisan, Keriou. Tous ces lieux ne sont pas privatisés, mais constituent désormais le domaine agricole de la légion d'honneur comme l'indique le registre : « donné à la légion d'honneur suivant lettre du directeur général du 13 pluviôse an 12 ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgDonge : L'émigré du vicomté de Donges n'est pas précisément identifié : s'agit-il d'un Kerhoent, héritier de Guy-Marie de Lopriac († 1764), comte de Donges, marquis d'Assérac et seigneur de Botbodern ? En tout cas il s'agit bien ici du domaine de Botbodern, localisé ici à Ergué-Gabéric, mais en réalité à Elliant, et ses tenues à Kerdilès et Kerdévot.

Image:Right.gifImage:Space.jpgGeslain : Marie-Hyacinthe Gélin, engagé comme officier chouan dans l'armée de Cadoudal, mort à Quimperlé en 1832, est le propriétaire foncier noble du domaine de Pennarun. Les lieux confisqués sont le manoir et le moulin de Pennarun, de nombreuses dépendances au bourg, et les villages de Boden, Squividan, Loqueltas, Kerellou. Le manoir est attribué au citoyen Vinoc de Quimper à la vente aux enchères.

Image:Right.gifImage:Space.jpgLamarche père et fils : François-Louis de La Marche, le père, est émigré et décédé sur l'île de Jersey en 1794 et Joseph-Louis-René de La Marche, le fils, est exilé sur l'île Grande-Terre de la Guadeloupe. Ils seront amnistiés, à titre posthume pour le père, et certains biens resteront dans la famille de La Marche. Les lieux séquestrés sont le manoir de Lésergué (une fiche très laconique dans le registre, si ce n'est « à Lamarche fils » du fait de l’amnistie), les ruines de Kerfort, la tenue et le moulin de Kernaou (adjugé à Jean-Marie Leroux), la tenue de Kervreyen (acquise par Simon Mermet), et 50 autres lieux.

Image:Right.gifImage:Space.jpgTintigniac : François-Hyacinthe de Tinténiac, émigré à Londres fin octobre 1794, où il a rejoint son fils Vincent (un officier chouan surnommé le « loup blanc », mort à l'issue du débarquement anglais de Quiberon) et sa fille Anne-Josephe, est le propriétaire foncier noble du manoir et moulin du Cleuyou. Sont également confisqués le manoir de Kerampensal, la métairie à couteaux (Coutilly) et la tenue de Sulvintin.


En savoir plus : « 1793-1805 - Sommier des comptes ouverts avec chaque émigré pour les biens nationaux »

[modifier] 19 Nuances de Glaz et Bleu Kerdévot

Billet du 24.08.2019 - Il ne reste plus qu'une semaine et demie pour aller à la chapelle de Kerdévot admirer la belle exposition photos « Glaz an Erge Vras », 30 grands tirages concoctés par le photographe quimpérois Bernard Galéron sur le thème du « Glaz », ce fameux bleu-vert breton naturel et multiforme.

Le cœur de cette expo Galéron, avec ses portraits en costumes et certains paysages du pays glazik, a déjà été exposé en 2018 à Quimper. Pour l'été 2019 à Kerdévot, une douzaine de portraits de figures locales et d'éléments de patrimoine proche a enrichi ce thème de la couleur « glaz » en breton recouvrant tous les bleus, et aussi le vert de la nature : la mer sous tous les temps, les volets bleus et les pelouses ou les arbres sont tous « glaz » (par contre une peinture verte est « gwer »).

Avec la palette de bleus, verts et gris, on a affaire à un véritable exercice de style, comme si c'était un cahier de tendances pour une collection de mode.

Présentées comme des tableaux sur des chevalets, les 34 photos au format A1 ont été imprimées dans le studio du photographe sur du papier toilé grâce à une grosse imprimante aux 9 cartouches d'encre. L'impression est ensuite tendue sur un cadre de bois pour un résultat impressionnant ; on peut même commander un exemplaire de chaque photo - sans le chevalet - pour un prix tout à fait raisonnable.

Les figures locales portraitisées en lien avec Ergué-Gabéric sont Hervé Jaouen (l'écrivain habitant à proximité), Ursula et Werner Preissing (les propriétaires du manoir du Cleuyou), Bernez Rouz (le journaliste bretonnant), Jean Billon (le chanteur de kan-ha-diskan et de gwerz), les mains malaxant un pain bara-bio.

Les paysages ou éléments exposés du patrimoine du territoire gabéricois sont la chapelle, le chêne et la fontaine de Kerdévot, le Stangala (la rivière d'Odet et la pointe de Griffonez), le calvaire de Stang-Luzigou.

Et on notera enfin qu'à Kerdévot c'est le bleu qui prime : toutes les portes, grilles, fenêtres de la chapelle et de la sacristie ont tous un même bleu tendre qui a l'honneur de figurer au catalogue des 72 couleurs historiques des Peintures Malouinières, une entreprise bretonne spécialisée dans les peintures à l'huile pour le patrimoine.

Le bleu « Kerdevot - J02 » n'est ni un bleu « La Royale - J04 », plus foncé, ni un « bleu de Paris - J01 », tirant sur le vert, et encore moins un vulgaire bleu marine.

 


La présentation dans le catalogue en est très poétique : « Dans le gris du granit, la vie de Finistère n'a de roche que le nom. Kerdevot réveille la rocaille et la mousse qui s'ennuient. L'éternité frémit, elle a vu la lueur. ».

La valeur numérique du Bleu Kerdevot peut être définie par le triplet hexadécimal #3286cc ou par le code couleur RVB 50 134 204, ce qui donne visuellement à l'écran :
        
En savoir plus : « Bernard Galéron, exposition 'Glaz an Erge Vras' à Kerdévot » et « Le bleu Kerdevot »

[modifier] 20 Photos et munificence à Odet-Lestonan

Billet du 17.08.2019 - Les archives académiques des inspections dans les écoles privées de Sainte-Marie et Saint-Joseph de 1928 à 1937 et les photos du photographe Etienne Le Grand collectées lors de la préparation en 2010 de la fête des 80 ans de l'école organisée par Gwenaël Huitric.


L'école privée des filles de Lestonan a été inaugurée et bénie le 28 septembre 1928 en présence de son fondateur René Bolloré et de l'évêque de Quimper Adolphe Duparc. Comme l'écrit le journal diocésain : « La population tout entière était massée dans la cour, admirant l'école merveilleusement décorée. Ce n'était partout que fleurs, banderoles et guirlandes, disposés avec un goût très sûr. ».

Le photographe quimpéroise Etienne Le Grand, natif du hameau Menez-Groas où est construite l'école, est venu sur place pour immortaliser l’événement, comme l'attestent les 6 clichés suivants retrouvés dans les archives familiales locales et exposés lors de la fête des 80 ans en 2010 :

Image:Right.gifImage:Space.jpg photo 1 - Le patron René Bolloré accueillant respectueusement l'évêque à la descente de sa voiture.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 2 - L'évêque Monseigneur Duparc saluant la population en entrant dans l'école.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 3 - Le clergé de dos devant les enfants, et un homme sur une échelle posant une croix.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 4 - Les petites filles ayant fait leur première rentrée coiffées d'une couronne de fleurs.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 5 - La procession des enfants, du clergé et des notables dans la cour.

Image:Right.gifImage:Space.jpgphoto 6 - La cérémonie dans la grande salle de classe tout enguirlandée.

En savoir plus : « Photos de l'inauguration de l'école Sainte-Marie en 1928 »

Autre témoignage, le dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère, sous la côte ADF 1 T 1471, et comportant 34 documents, incluant en plus des années 1928-29 les inspections jusqu'en 1937 à chaque changement de directeur ou de directrice.

Contrairement aux décennies précédentes (cf. billet de la semaine dernière), la loi Goblet de laïcisation des écoles privées est devenue moins restrictive dans les années 30, car désormais l'éducation nationale autorise la présence de religieuses et de frères dans les classes et à la direction des écoles confessionnelles.

Ainsi à Lestonan, les écoles privées de filles et de garçons érigées en 1928-29 à Lestonan par  René Bolloré,  patron  des  papeteries

 

d'Odet, sont dirigées respectivement par la congrégation religieuse des Filles du Saint-Esprit et par les frères de l'Instruction chrétienne de Ploërmel fondée par l’abbé de La Mennais.

Les rapports d'inspection suite à l'ouverture des deux écoles sont très élogieux : « les trois classes lesquelles réalisent les conditions de confort les plus modernes », « notez que les classes sont dotées du chauffage central », « l'école est pourvue de 6 cabinets de 1 m 10 de profondeur, de 6 urinoirs avec fosse septique », « établissement qui fut tout simplement construit avec munificence » (grande générosité) ...

Les déclarations d'ouverture sont faites par les directrices et directeurs, tous d'obédience religieuse et dont l'état de formation et de service est fourni. Les sœurs sont formées à Saint-Brieuc, et les frères de Ploermel ont du passer leur noviciat. Les frères forment une congrégation laïque masculine, ce qui veut dire qu'ils sont affectés à l'enseignement, mais n'ont pas le statut de prêtre.

La première directrice est Francine Le Rest, née au Folgoët en 1903 : « à Saint-Brieuc chez les Sœurs du Saint-Esprit où j'ai fait mon éducation de 1919 à 1923. ». L'Inspecteur primaire rend ainsi un avis quant à la compatibilité de son statut religieux avec l'exigence d'éducation laïque : « elle satisfait aux conditions d'âge, de capacité, de laïcité, de nationalité, de moralité exigées par la loi. »
Le premier directeur est Grégoire Salaün, né à St-Goazec en 1903, études achevées en 1929, prénom de religion Euchariste-Marie. Il restera à Lestonan jusqu'en 1931 et quittera la communauté de Ploermel en 1941.

Les autres directeurs et directrices de 1931 à 1937 sont :

  • 1931 : Jean-François Guiriec, né à Lopérec en 1899
  • 1932 : Jeanne Daëron, née à Plonévez-du-Faou en 1910
  • 1935 : Monique Kerjean, assistée de Mlles Meudec et Malléjac
  • 1936 : François Nédellec, né à Lambézellec en 1898
  • 1937 : Jeanne Bodolec, née à Langolen en 1910

Jusqu'en 1934 l'école Sainte-Marie est déclarée sans pensionnat. Lors de l'inspection d'octobre 1935, un dortoir est signalé et les effectifs sont les suivants : « Nombre d'élèves inscrits : 73, présents; 72. Nombre d'internes 23, dont 13 demi-pensionnaires. ».

En savoir plus : « 1928-1937 - Inspections académiques d'ouverture des écoles Ste-Marie et St-Joseph »

[modifier] 21 La laïcité selon la loi Goblet

Billet du 10.08.2019 - Les rapports d'inspections de rentrées scolaires à l'école privée des filles du bourg d'Ergué-Gabéric à l'occasion des changements des directrices laïques, dans des conditions d'occupation militaire des locaux en 1914 et de fermeture de l'école en 1916 pour cause d'illégalités et d'insalubrité.

En 1912-1919, après les agitations des années 1902-1905 - fermeture de l'école confessionnelle tenue par les sœurs de la congrégation du Saint-Esprit -, la loi de René Goblet du 30 octobre 1886 est appliquée pour le contrôle de l'activité scolaire de l'unique école primaire privée d'Ergué-Gabéric. Aucune religieuse n'est sensée y exercer le métier d'institutrice, les maîtresses sont obligatoirement des jeunes femmes laïques.

Les rapports d'inspections systématiques contiennent les dossiers des institutrices accédant au poste de directrice, laquelle est assistée de deux ou trois institutrices adjointes. Leur âge (21 ans au minimum), leur diplôme obligatoire de capacité (à savoir le brevet élémentaire), et leurs domiciles et activités précédentes (elles ne peuvent pas être religieuses) sont vérifiés pour établir le bordereau d'autorisation d'exercer et d'ouvrir l'école à chaque rentrée de septembre.

Ces jeunes institutrices sont en l’occurrence :

Image:Right.gifImage:Space.jpgMelle Donnard (avant 1912).

Image:Right.gifImage:Space.jpgAdèle Guiziou (1912 à 1915) : 21 ans en 1912.

Image:Right.gifImage:Space.jpgMarie Gourret (1915 à 1916) : 22 ans en 1915.

Image:Right.gifImage:Space.jpgAmélie Le Berre (1916 à 1917) : 26 ans en 1916, la première candidature d'Anne Rannou (déjà institutrice adjointe) est refusée car elle n'a que 20 ans en septembre 1916, et les deux autres institutrices en poste ont respectivement 16 ans et 17 ans.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEuphrasie Hélou (1917 à 1918) : 39 ans en 1917, a exercé auparavant le métier de professeur de français à Lublin en Russie.

Image:Right.gifImage:Space.jpgMonique Kerjean (1918 à 1919) : 34 ans en 1918, a déjà été directrice à Montesson (Seine-et-Oise) et à Audierne.

À la rentrée de 1914 une surprise attend la directrice Adèle Guiziou : « J'ai l'honneur de vous informer que l'école libre des filles d'Ergué-Gabéric étant occupée militairement ne peut procéder à l'ouverture de ses classes ». La guerre entre la France et l'Allemagne ayant été déclarée le 3 août, l'école privée du bourg d'Ergué-Gabéric est réquisitionnée pour la mobilisation locale des soldats bretons.

Heureusement une solution est trouvée pour accueillir provisoirement les élèves : « J'ai trouvé un local composé de deux salles attenantes sises au bourg dans lesquelles j'ai l'intention d'ouvrir les classes jusqu'à cessation de l'occupation de notre établissement par les soldats ».

En 1916 de multiples rebondissements émaillent la rentrée à l'école privée : la directrice se déclare démissionnaire, une institutrice déjà en poste âgée de 20 ans propose sa candidature, l'école ouverte illégalement doit fermer.

En octobre une deuxième inspection relève une anomalie grave : « La fosse d'aisance se trouve dans le jardin, qui est lui-même séparé de la cour par un mur. Les urines et les matières fécales s'y déversent par trois ouvertures percées obliquement dans ce mur ;

 

à la base de la fosse se trouve une autre ouverture par laquelle les excréments s'écoulent dans une sorte de 2e fosse en terre et à ciel ouvert ... », ce qui entraîne une nouvelle fermeture pour motifs sanitaires.

Et enfin, en novembre, l'inspecteur relève une autre anomalie : l'école n'a pas déclaré son pensionnat, en évoquant maladroitement a posteriori l'existence d'une simple « pension de familles ». La nouvelle directrice Amélie Le Berre doit demander la reconnaissance officielle de ses deux dortoirs d'élèves internes.

Les effectifs d'élèves accueillies dans l'école privée sont relativement importants, et supérieurs à ceux de l'école publique, comme l'écrit le maire à l'Inspecteur primaire en 1916 : « 67 enfants à l'école publique. 107 à l'école privée », ce qui fait une répartition de 50 élèves dans chacune des deux classes.

Près de la première classe, une grande pièce est réservée au réfectoire, « La cour est vaste et close. Les classes et le préau sont convenablement installés ». La capacité d'accueil des dortoirs à l'étage est également précisée dans les rapports d'inspection : 37 écolières dans l'un (obligation de deux surveillantes) et 16 dans l'autre (une surveillante).

Les postes de surveillantes des dortoirs, de la cour et du réfectoire étaient tenus vraisemblablement par les religieuses (dont la sœur Félicienne présente à l'école depuis 1898), car l'obligation de personnel laïque de la loi Goblet n'était applicable qu'aux postes d'institutrices. Le rôle « de la religieuse qui appuie et corrige ses déclarations » comme vraie autorité masquée artificiellement par les maîtresses d'école, est même relevé par l'Inspecteur de l'enseignement primaire.


En savoir plus : « 1912-1919 - L'école primaire privée des filles du bourg en période de guerre »

[modifier] 22 Les têtes sculptées "rastas" de Kerdévot

Billet du 03.08.2019 - La flèche supérieure du clocher de Kerdévot reconstruit en 1702 après sa chute « à cause du tonnerre et un tourbillon de vent » en février 1701, est dotée de quatre têtes sculptées très expressives, aux « mèches de la peur » (traduction littérale de dreadlocks).

Dans son registre, le recteur de la paroisse précise ainsi les circonstances de l'accident : « Le jour de la chandeleur, environ sept heurs du matin. Le tonnerre et un tourbillon de vent sapérent la tour de la chapelle de notre Dame de Kerdevot par la chambre des cloches et les mate(riaux) de la Dite tour tomberent en partie sur François le Gonidec comme il estoit prés d'entrer dans (l'église) pour entendre l'office Divin. »

L'ancien cantique « Itron Varia Kerdevot » composé onze ans après en conserve le souveir : « Breman eus bet unnec vloas da Vouel or Chandelour, Gant curun hac avel-foll e voa couezet an tour. Ma voa surprenet un den, allas ! dindan ar vein. Daouzec carrat assuret a voa couet var e guein. » (Maintenant il y a eu 11 ans à la fête de la Chandeleur A cause du tonnerre et du vent fou, le clocher tomba, Un homme hélas, fut surpris par les pierres Douze charretées au moins étaient tombées sur son dos).

Les 4 statues sont placées sur chaque face de la flèche au-dessus de la chambre des cloches. On pourrait faire un rapprochement avec des « blochets » aux quatre coins d'un transept représentant

  généralement les quatre évangélistes, mais ici aucun attribut ne permet de reconnaître un personnage biblique.

Ce ne sont pas non plus des gargouilles ou des « crossettes  » placées habituellement en bas des rampants de pignon, ou des masques plats de protecteurs car leurs têtes sont ici entières et même représentées avec leur coiffure et grosses mèches de cheveux. De part et d'autre des quatre têtes et légèrement en-dessous on peut voir des masques dits « grotesques ».

AU SUD, côté calvaire : cette tête est assortie d'une moustache en forme de guidon, d'une avancée frontale arrondie de couvre-chef, et de mèches de cheveux apparentes à l'arrière.

À L'OUEST, entrée principale : face au parvis cette tête est imberbe, les longues mèches au vent, et doit plus subir les intempéries, car les joues sont garnies de lichen.

AU NORD, long de la route : la tête, comme son vis-à-vis du sud, a une belle moustache, ses dreadlocks étant par contre plus nouées avec un bandeau avant central semblable à un casque de cycliste.

À L'EST, côté du toit : la tête est imberbe, la bouche et les joues formant une grimace, les mèches cachant les oreilles et l'avancée en pointe d'un couvre-chef ressemblant à une casquette médiévale.

Qui représentent donc ces quatre statues ? Des personnalités locales de l'époque comme le recteur Ian Baudour, le fabricien Hervé Le Masson, les nobles Geslin de Pennarun, de La Marche de Lezergué, ou alors des figures imaginées par les sculpteurs et placées si haut que personne ne peut en fait les admirer : les zooms d'appareil photos n'ont pas encore été inventés.

En savoir plus : « Les quatre têtes sculptées du clocher de la chapelle de Kerdévot »

[modifier] 23 Domaine royal de Kroas-ar-Gac

Billet du 27.07.2019 - Une ancienne tenue en lisière de Quélennec autour du calvaire dit « Croix du Gac », via l'acte de dénombrement A87 des Archives Départementales du Finistère et son inscription au registre papier terrier de 1682 de la Chambre des Comptes de Nantes conservé aux Archives Nationales.

Les anciens, dans les années 1980, avaient gardé la mémoire d'un calvaire qui aurait été réalisé par un dénommé Le Gac avant qu'il soit détruit sous Louis-Philippe pour restaurer la chapelle voisine de Saint-Guénolé : « On dit que sans enfant l'homme aurait légué tous ses biens dans le coin » (article de Laurent Quevilly, Ouest-France 17.06.1987).

Heureusement la piéta du calvaire a été conservée sur place, protégée encore aujourd'hui dans son abri de pierres. Par contre aucun écrit n'avait jusqu'à aujourd'hui été trouvé pour authentifier l'héritage du sieur Le Gac.

Dans le registre du papier terrier de 1682, on vient de découvrir que ce Le Gac était, il y a bien longtemps, le propriétaire de toutes les terres autour du calvaire, et à la réformation du domaine en 1682 cette « terre autrefois apellée la tenüe du Gac » est déclarée comme tenue « prochement soubz le Roy notre sire ». En fait, en 1447, soit 230 ans plus tôt, un dénommé Guiomarch Le Gac déclarait détenir au Quélennec des terres dépendant de l'abbaye de Landévennec pour lesquelles il payait des droits seigneuriaux.

Au total ce sont plus de 50 parcelles de terres pour moitié cultivables (« terres chaudes ») ou incultes (« terres froides ») qui constituent cette tenue, réparties entre les villages habités de Quélennec, Pennaneac'h, Beg-ar-Menez, et la rivière d'Odet, incluant donc également les lieux-dits de Vruguic (noté « ar bruguer ») et Stang-Odet.

Les surfaces des parcelles sont mesurées pour la plupart en cordées, pour les plus grandes en journaux : en moyenne elles font 200 cordées, soit 2,5 journaux, c'est-à-dire 120 ares ou 1,2 hectare. Ce qui donne une surface totale de la tenue du Gac d'environ 60 hectares. Un champ « Parc ar croas » de près de 700 cordées (420 ares) est signalé à proximité du calvaire.

Toutes les terres sont situées de part et d'autre du « chemin dudit lieu à la dite croix du gac », le dit lieu étant d'une part Quélennec, et par ailleurs Pennaneac'h car le calvaire est placé à égale distance des deux villages. Les cinq personnes qui déclarent l'héritage de Le Gac sont domiciliées à Quélennec pour quatre d'entre elles, et la cinquième à Kerveady.

 

Détenteurs d'une ancienne dépendance d'un domaine noble distant, les propriétaires de la tenue du Gac en 1682 doivent payer une rente annuelle de 28 sols tournois au « seigneur et dame de Baregan, à chacun terme de la Chandeleur payable à Querdevot au dit Ergué ».

Les autres servitudes et devoirs sont désormais dus au roi : « roture et simple obéissance, devoirs de lods, ventes et rachats, droit de chambellenage, foy hommage, et suitte de cour et moulin ».

En savoir plus : « 1682 - Déclaration et sentence royale pour l'ancienne tenue de la croix du Gac »

[modifier] 24 Saint Guénolé ou saint Guénaël ?

Billet du 20.07.2019 - Au sommaire cette semaine : la transcription par Norbert Bernard de la copie de 1751 de l'acte de dénombrement A87 des Archives Départementales du Finistère, la lettre réponse de Fañch Morvannou sur saint Guénolé conservée aux Archives Municipales de Quimper, et l'inscription au registre papier terrier de 1680-82 de la Chambre des Comptes de Nantes conservé aux Archives Nationales.

Un presbytère au bourg, mais aussi un jardin à Pennarun, et deux prés sacrés entre Keranroux et Tréodet, tels étaient les biens déclarés par la paroisse dans le cadre de la Réformation du domaine royal lancée par Colbert.

Ces biens déclarés par la paroisse comme « tenus du roi » sont considérés en 1681 comme des biens roturiers, comme plusieurs dizaines biens fonciers gabéricois à la fin du 17e siècle. Contrairement au traitement des biens nobles, le roi n'exige pas du roturier un véritable hommage seigneurial, mais simplement les « devoirs d'obéissance », la « suite de cour » (justice royale), le paiement des droits de rachat et pour certains la chefrente que les nobles doivent aussi pour leurs domaines ou fiefs.

En l’occurrence, pour le presbytère paroissial, les rentes sont exonérés, mais par contre une obligation royale d'ordre ecclésiastique est ajoutée, à savoir les « prières et oraisons ». Les biens déclarés par le « général » (assemblée paroissiale) de la paroisse sont la maison du presbytère au bourg, le jardin voisin près du manoir noble de Pennarun, et enfin deux « prés fauchables » plus éloignés, à la lisière quimpéroise entre Keranroux et Tréodet et détenus depuis au moins l'an 1570.

C'est au sujet de ces deux prairies que Norbert Bernard s'est adressé en décembre 2001 au linguiste et historien Fañch Morvannou [1], car les parcelles sont déclarées au nom d'un saint mystérieux : « Sant Quenoe », et une chapelle en ruines est réputée être attenante aux prés.


Fañch Morvannou lui répond « Ce Sant Quenoe m'intrigue. Cela peut être une transcription de Sant Guenole. », mais « avec deux accidents : 1) perte du l, 2) transcription (fautive) du G en Q », et par ailleurs il existe bien une autre chapelle Saint-Guénolé distante de 5 km.

Sur l'acte A87 recopié en 1751, le copiste hésite manifestement avant d'écrire « Sant Quenoe », recouvrant une version rayée qui semble être « Sant Quenré ». Cette transcription

  en Quenoe est confortée par le registre du papier terrier consultable aux Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689 dans sa mouture de 1680-82 (cf écriture cursive ci-après).


Mais la réponse de Fañch Morvannou est surprenante car centrée uniquement sur saint Guénolé, alors qu'il a publié un ouvrage savant sur saint Guenaël qui est une autre possibilité toponymique.

En effet le lieu où sont situés les deux prés est réputé être le lieu de naissance de saint Guenaël, abbé successeur de Guénolé à Landévennec et saint patron de la paroisse d'Ergué-Gabéric. On dit qu'il y avait là une fontaine consacrée et une belle croix dédiée à saint Guénaël (cf croquis ci-contre du chanoine Abgrall).

Le nom du saint est localement orthographié « Sant Guinal » à Ergué-Gabéric, et on peut donc supposer que le Q de Quenoe peut aussi cacher soit le G de Guinal, soit celui de Guénolé. Ensuite on sait que Guenaël est aussi orthographié Guenault/Guenaut, ce qui n'est pas éloigné d'un Quenoe au e final muet. « Affaire à suivre » écrivait Fañch Morvannou dans sa lettre à Norbert Bernard en décembre 2001.

En savoir plus : « 1681 - Inventaire des biens tenus roturièrement du Roi par la maison presbiteralle »

[modifier] 25 Haute noblesse à plèbe nobiliaire

Billet du 13.07.2019 - « Nous avons, pour combler les lacunes des montres militaires et des enquêtes de réformations, une troisième source, constitué par les aveux et dénombrements ou les minus de rachats », Nathalie Calvez, Repérage de la population noble, page 17.

La noblesse en Basse-Cornouaille aux XVème et XVIème siècles, Université de Bretagne Occidentale, Mémoire de maîtrise de 1990, sous la direction de Jean Kerhervé. Ce mémoire de plus de 300 pages soutenu par Nathalie Calvez en juin 1990 est un travail remarquable méconnu qui donne une description inspirée et documentée de la noblesse des années 1400-1600 en basse Cornouaille bretonne : « Quiconque se promène en Bretagne, en prenant son temps, peut constater la présence de nombre de portes ouvragées, de bâtiments plus cossus que ne devraient l'être les corps de ferme habituels, qui dénotent noble, le "manoir". La Bretagne n'est-elle d'ailleurs pas réputée pour cela ? Or, il n'y aurait pas eu de manoirs sans nobles ... ».

Le territoire analysé est toute la pointe sud-ouest du département actuel du finistère, des paroisses occidentales de Plogoff à Penmarc'h jusqu'au territoire d'Ergué-Gabéric à l'est de Quimper (cf carte de la page 6 ci-contre).

Le plan du mémoire, à la fois précis et didactique, est construit en trois parties : I. Caractères généraux  ; II. Les niveaux de noblesse : La haute noblesse, La moyenne noblesse, Petite noblesse et plèbe nobiliaire ; III. Un certain mode de vie (cf sommaire détaillé en ligne). Il permet d'expliquer les caractéristiques sociales de l'époque et de donner des exemples au travers des transcriptions inédites à partir de documents d'archives pour la plupart de 1480-1540 conservés aux archives départementales de Nantes.

Pour ce qui concerne Ergué-Gabéric, les nobles sont cités à de nombreuses reprises, notamment aux pages suivantes :

Image:Right.gifImage:Space.jpgPages 7 et 147 : Les jardins et courtils, présents dans les aveux, laissent supposer qu'il existe une culture maraîchère. Description : « Le manoir de Quenechgongar, o les maisons, estaige, parc, court, jardrins, vergers, courtilz ». Source : A.L.A. B 2012/8, Ergué-Gabéric, Aveu de Jehan de Bennerven, folio 1 recto.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 73 : En 1460, au décès de son père, Jean du Fou, miseur de Quimper, puis chevalier, conseiller et chambellan du roi, hérite à

 

Ergué-Gabéric du manoir de Kerjestin, alors à ferme, et des villages de Keranroes, Kerriou, Kermoysan et Kernech-Daniel. Dans le chapitre « La haute noblesse », la grande famille de Rohan est largement représentée en basse-Cornouaille, et on peut y inclure aussi la paroisse d'Ergué-Gabéric car le domaine local de Kerjestin de Jean du Fou passe dans l'escarcelle des Rohan après 1492.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 123 : Charles de Coettanezre dans un aveu de 1540 par son curateur Alain de Pennisquin pour le manoir de Lezergué « o ses maisons, courtils, creches, cours, étables, colombier, moulin, pourpris, jardins, rues, sartraycis et bois de haute futaie et de taillis et revenants, terres chaudes et froides » dont le revenu annuel est de trois livres, auquel il faut ajouter 63 livres pour la métairie et toutes les autres tenues, et le revenu de sa charge d'une vingtaine de livres, soit un total de moins de 100 livres.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 178 : les nobles exercent également dans le clergé séculier, généralement ce sont de petits nobles qui exercent la prêtrise. Par exemple « Missire Yves Le Guen, prebstre », possessionné à Lestonan en Ergué-Gabéric. Aveu rendu par Pierre de Kerfors en 1540.

L’intérêt du mémoire pour Ergué-Gabéric est essentiellement dans le travail de transcription de 11 documents d'archives datés de 1464 à 1541, aux cotes B2011, B2012 et B2013 des « Aveux et dénombrements de la sénéchaussée de Quimper ». Quand on sait la difficulté de déchiffrer ces pièces anciennes, les 44 pages de transcriptions sont très précieuses (cf. fac-similés dans l'article).

Ces documents sont des descriptions de leurs manoirs et tenues gabéricoises pour leurs propriétaires nobles, à savoir François de Lysiard pour Kergonan en 1540, Caznevet Kerfors pour le dit lieu en 1488 et 1493, Pierre de Kerfors en 1539, Jehan Kersulgar en 1500, Jehan de Bennerven pour Cnechcongar en 1463, 1483, 1493 et 1540, Charles de Coattanezre pour Lesergue en 1540, Thomas Kermorial pour Melenec en 1541.

En savoir plus : « CALVEZ Nathalie - La noblesse en Basse-Cornouaille aux XVème et XVIème siècles »

[modifier] 26 Les chroniques de l'été grandterrien

Billet du 06.07.2019 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du 2e trimestre 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.bzh, 32 pages au format papier A5 agrafées et envoyées par la poste dans les chaumières sympathisantes.

Pour commencer, un article sur le trésor d’orfèvrerie cultuelle datant de l’époque XIV et siècle suivant.

Puis, deux articles scolaires, l’un à propos de l’obligation d’instruction primaire après la loi de 1833 et l’autre sur l’imbroglio du projet d’une école mi-publique mi-privée à Saint-André en 1929.

Les deux sujets suivants concernent les militants et résistants communistes à Lestonan, à savoir les Lazou, Le Louet et Le Herpeux.

Ensuite les sports, le foot et le vélo, dans une vidéo inédite, et les fêtes sonorisées de la St-Jean et St-Pierre selon Déguignet.

Quelques documents d’archives datés de 1790-1837 sont également analysés : les arrestations et interrogatoires d’un jeune sorcier turbulent, la cession du presbytère à la commune et fabrique après la Révolution, et enfin la réquisition des parcelles de bois à fabriquer des sabots pour cause de pénurie et spéculations.

Et enfin, le bulletin de ce trimestre se finit en chanson : il s’agit des différentes versions d’un chant breton d’un conscrit de 1840 qui exhorte Notre-Dame de Kerdévot à le protéger avant qu’il ne parte en Algérie combattre les Maures.

Que l’été et le soleil 2019 brillent pour tout le monde !

* * *

Un jeu pédagogique estival a été ajouté au bulletin et devrait permettre d’animer les visites guidées de la chapelle de Kerdévot pendant tout l’été.

Le principe est simple : c'est un jeu de piste de 7 étapes de découverte des richesses du lieu dont il faut trouver les pays d’origine ou de référence, pour réviser tranquillement nos connaissances géographiques en dehors de tout programme scolaire.

Les pays en question sont dans le désordre : FLANDRE, ITALIE, PRUSSE, PAYS DE GALLES, ESPAGNE, VIETNAM, BRESIL.

 


Visionner le bulletin : « Kannadig n° 46 Juillet 2019 »

Jouer en ligne : « Un jeu à base d'énigmes pour une visite guidée de la chapelle de Kerdévot »

[modifier] 27 De Lestonan jusqu'au maquis de l'Argonne

Billet du 29.06.2019 - LE LOUET (Mathias), Je viens de la part de Fernand. Récits de la Résistance et de prison 1941-1944, édité à compte d'auteur par J. Le Louët (Saint-Evarzec), achevé d'imprimé en février 2004 sur les presses des Impressions du Sagittaire (Cesson-Sévigné)

Dans ce livre édité par sa veuve Jacqueline, Mathias Le Louët (1921-1987) raconte ses souvenirs d'enfant de Lestonan et de jeune adulte entré dans la résistance, de son arrestation en mars 1943 comme pro-communiste, de son procès et détention dans différentes geôles du gouvernement de Vichy, et enfin de son évasion et passage dans le maquis en 1944.

Né à Briec, il arrive très tôt avec ses parents à Ergué-Gabéric : « J’avais trois ans lorsque mon père trouva de l’embauche, comme manœuvre, à la papeterie d’Odet (Bolloré), fabrique de papier à cigarettes, située à une dizaine de kilomètres de Quimper. Mes parents se rendirent acquéreurs d’une modeste petite maison de deux pièces et d’un petit jardin d’environ quatre cents mètres carrés situé dans le village de Lestonan, sur la commune d’Ergué-Gabéric. »

Son regard de futur militant social lui fait noter une injustice constatée localement dans les années 1926-27 : « Deux ans après, M. Bolloré, le potentat de la papeterie, fit construire à ses frais, sur un terrain lui appartenant, deux écoles libres, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles. Il mit en demeure ses ouvriers d’y inscrire leurs enfants pour la rentrée d’octobre. Un seul ouvrier refusa. Il était athée et, chose rare à l’époque, marié civilement. Il était sourd et muet. Malgré son infirmité et ses grandes qualités professionnelles, il fut licencié le jour de la rentrée scolaire.  »

Par la force des choses Mathias Le Louët intègre l'école publique de Lestonan : « Quant à moi, mes parents furent donc contraints de m’envoyer à l’école privée. Je n’y restai qu’un an. En effet, dans le courant de l’année, Bolloré avait acheté deux nouvelles machines et congédié un certain nombre de manœuvres, devenu personnel en surnombre. Mon père faisait partie de cette charrette de licenciés. »

Il se lie avec le couple d'instituteurs laïques : « M. et Mme Lazou étaient deux pédagogues extraordinaires, doués chacun d’une grande conscience professionnelle. Ils étaient aimés, estimés et respectés de toute la population. Une ou deux fois par semaine, M. Lazou organisait à titre bénévole des cours du soir pour les jeunes

 

agriculteurs. » Lieutenant dans l'armée françaises, Jean Lazou est tué au combat lors de l'offensive allemande de 1940.

Mathias Le Louët est arrêté en mars 1943 dans un rendez-vous avec un policier qui lui délivre un mot de passe falsifié d'agent résistant de liaison : « Il me demanda du feu et, après qu’il eut allumé sa cigarette, me dit : "Je viens de la part de Fernand". C’était le mot de passe convenu. »
Fernand est le pseudo de René Le Herpeux, résistant et gendre de Francine Lazou. Cette dernière est interpellée également.

Emprisonné et interrogé, il signe une reconnaissance d'activités communistes, alors qu'il ne s'était encarté jusqu'à présent qu'au mouvement du Front National de lutte pour la libération. Il est condamné à deux ans de prison, et Francine Lazou à un an.

Il connaîtra successivement les prisons de Vitré, Poissy, Melun, Châlons-sur-Marne. Les colis en provenance de Lestonan sont les bienvenus, notamment grâce à Anne-Marie Combot, épouse Manach, venue remplacer sa sœur Francine Lazou comme institutrice à l'école primaire de Lestonan : « Si vous n'avez pas encore acheté de Sarcoptol, ce ne sera pas la peine de me l'expédier. Par contre je n'ai plus de plumes et si Madame Manach y pense, elle sera bien aimable de me mettre quelques-unes dans mon prochain colis. »

Après son évasion et une période près de Sainte-Ménéhould dans le maquis de l'Argonne Marnaise, il revient à Lestonan en octobre 1944 : « Tous les habitants du village manifestèrent leur joie, même ceux, peu nombreux (deux ou trois je crois), qui avaient eu l’impudence de dire à mes parents après avoir appris mon arrestation : "C’est bien fait pour lui, il n’avait pas besoin d’être communiste". »


En savoir plus : « LE LOUET Mathias - Je viens de la part de Fernand »

[modifier] 28 La loi Guizot d'instruction primaire

Billet du 22.06.2019 - « La loi du 28 juin 1833 dispose dans son article 9 que toute commune est tenue soit par elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d'entretenir au moins une école primaire élémentaire », Comité d'Instruction Primaire de Quimper, 1841.

Cette loi proposée par François Guizot, ministre de l'Instruction publique, et qu'il contribua activement à mettre en place, précède celles de Jules Ferry. Un des textes majeurs de la monarchie de Juillet, il impose que chaque commune doit, dans les six ans qui suivent, devenir propriétaire d'un local d'école, et loger et entretenir un ou plusieurs instituteurs.

En réalité il faudra attendre 1856, date d'ouverture de l'école communale de filles, pour cela devienne réalité à Ergué-Gabéric, car l'instruction primaire n'est pas une priorité communale, comme le démontrent les nombreux atermoiements municipaux :

Image:Right.gifImage:Space.jpgDès le 1er septembre 1833 le ton est donné : « Le Conseil municipal pense qu’une instruction primaire serait inutile dans cette commune, voyant la proximité de Quimper, et surtout notre bourg ne se trouvant pas au centre de la commune. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgL'argument de la localisation est important car le débat autour d'un projet de translation du Bourg vers le quartier de Lestonan divise la population de la commune.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn mai 1834 le maire consent, toujours comme réponse à la loi du 28 juin 1833, à mettre le salaire annuel d'un instituteur de 183 francs dans le budget communal.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn 1841 le conseil est réticent à s'associer aux communes de Kerfeunteun et Ergué-Armel pour la construction d'une maison centrale : « Est d'avis de conserver les fonds que la commune a en caisse, pour y construire plus tard une maison d'école. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn fin d'année le comité d'instruction primaire de Quimper, devant le refus gabéricois de s'associer, rappelle la loi, et enjoint le maire à nommer un instituteur ou une institutrice qui sera, si refus d'obtempérer, nommé et affecté d'office aux élèves de la commune d'Ergué-Gabéric.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn novembre 1847 le conseil informe le préfet que la commune est désormais prête financièrement pour la construction ou la location d'une maison d'école, mais recommande d'éviter que le bâtiment ne soit « placé au milieu de la masse des cabarets de la commune et dans une position qui n'en permettrait l'accès qu'à une faible part de la population ».

 

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn 1848 le conseil prend acte de l'approbation de leur nouveau choix de maison d'école au bourg par le préfet, et le mois suivant du rejet préfectoral pour raisons de préférence d'un déplacement hors du bourg.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn janvier 1849 le conseil s'émeut de la tentative de pression du préfet sur le maire, comme s'il voulait leur faire « revivre l'enfer du déplacement du bourg chef-lieu de la commune » en plaçant ailleurs la nouvelle école.

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn 1850, le comité quimpérois d'instruction primaire demande à l'inspecteur d'académie d'intervenir suite à une nouvelle délibération : « le conseil municipal d'Ergué-Gabéric exprime le vœu qu'il soit établi dans cette commune une école mixte dont la direction serait confiée à des sœurs. »

On ne peut pas dire que cette dernière position, défendue de manière lapidaire comme un « avantage réel dans l'institution des sœurs », bien qu'elle ne soit pas interdite par « l'instruction publique et la liberté de l'enseignement » de 1833, n'est pas vraiment dans l'esprit de la loi Guizot.

En savoir plus : « 1833-1850 - Positions municipales sur la loi Guizot d'instruction primaire »

[modifier] 29 Une guerre des écoles évitée en 1929

Billet du 15.06.2019 - Le désaccord du recteur Louis Pennec face au projet de l'industriel René Bolloré de créer une école laïque dans le quartier rural de Saint-André, au travers de documents conservés aux Archives Diocésaines de Quimper et de Léon.

En juin 1929, Louis Pennec, recteur d'Ergué-Gabéric depuis 1914, est amené à donner son avis à l'Inspecteur diocésain Octave Salomon sur le projet de René Bolloré de créer une école laïque à Saint-André au centre de la paroisse d'Ergué-Gabéric, alors que l'industriel vient de construire deux écoles privées de filles et de garçons, à proximité immédiate de l'école laïque de Lestonan qu'il compte transformer en « asile de vieillards et de son usine à papiers d'Odet.


Le désaccord du recteur est donné sans détour : « Affaire malheureuse à mon avis, et pour moi incompréhensible de la part de Mr Bolloré ... Et chose extraordinaire je me trouve d'accord avec les conseillers opposants, mais naturellement pour des motifs tout différents ... L'influence d'une école plus centrale avec des instituteurs et institutrices très laïques ne peut être que pernicieuse. »

Lorsqu'il écrit à son évêque Adolphe Duparc le chanoine Salomon surenchérit : « On va donc établir à St-André une école de garçons et une école de filles ! Résultats : les instituteurs et institutrices n'ayant plus devant eux le prêtre pour combattre leur sinistre influence, vont faire ce qu'on fait partout, et plus vite qu'ailleurs : déchristianiser le pays ... Ce que je redoute le plus, c'est la création des écoles de hameau, car c'est le loup dévorant les brebis, sans que le Pasteur puisse les défendre. »

Un des arguments qui portent à l'époque est la peur de la répétition de l'affaire de Lesconil : « voilà 4 paroisses souillées, Langolen, Elliant, Landudal, Ergué, ce sera un nouveau Lesconil » (cf. ci-contre la carte décalquée par le chanoine indiquant les paroisses impactées par le foyer corrompu potentiel de St-André). La commune de Plobannalec-Lesconil étant déchirée entre paysans cléricaux à Plobannalec et marins-pêcheurs laïques à Lesconil, une nouvelle paroisse a été créée en 1924 à Lesconil où un recteur missionnaire tente de convertir des paroissiens en organisant des prêches sur les quais du port de pêche. Ceci a très bien été décrit par Pierrick Chuto dans son livre « Du Reuz en Bigoudénie. Blancs de Plobannalec et Rouges de Lesconil (1892-1938) ».

Finalement, face aux arguments des ecclésiastiques craignant le développement d'un foyer de résistance laïque, René Bolloré abandonne son projet d'école laïque à St-André en notifiant sa décision le 22 juillet au conseil municipal et en évitant ainsi une poussée ultime de guerre des écoles.

Le recteur Louis Pennec soulève aussi le problème de l'organisation du ministère dans deux lettres, l'une au vicaire général en septembre, et l'autre à l'évêque en décembre 1929. La première concerne la répartition laborieuse entre les 3 prêtres

 
paroissiaux et Auguste Hanras, vicairenommé en résidence à la papeterie Bolloré d'Odet par l'Evêché. Le recteur se félicite d'avoir conclu un accord avec M. et Mme Bolloré : « Trois fois par semaine, pour Madame Bolloré et les femmes de l'Usine, une messe serait dite vers 7h 1/2 par le clergé de la paroisse d'Ergué-Gabéric. », toutes les autres messes continuant à être assurées par le vicaire en résidence.


La seconde lettre est adressée à Monseigneur Duparc pour le supplier de conserver une équipe paroissiale de 3 prêtres en plus du vicaire d'Odet : « Même après la nomination du vicaire en résidence à Odet la paroisse d'Ergué reste encore une paroisse étendue et difficile à desservir. [...] il y a donc des paroissiens très éloignés qui réclament, le Dimanche, une messe à l'une des trois chapelles, dont Kerdévot très fréquentée. Il me semble impossible de leur donner satisfaction avec un seul vicaire. ».


Le dernier document est daté de janvier 1930 et concerne une enquête diligentée par l'Evêché suite à certains reproches remontés par René Bolloré et par le recteur quant à l'inefficacité du vicaire d'Odet. Il est notamment accusé de favoriser le manque de dynamisme de l'association sportive des « Paotred Dispount » créée et financée par l'entreprise d'Odet. Pour comprendre les tenants et aboutissants, le représentant diocésain veut convoquer les Paotred qui déclinent : « Ils ont fait dire qu'ils viendraient si on les payait l'un 50 f par dimanche, d'autres 12 francs. »

Auguste Hanras ne restera à Odet que jusqu'en 1931, il sera muté à Taulé, puis recteur à Combrit. Les vicaires de l'équipe paroissiale de Louis Pennec assureront les missions d'aumônier en résidence à la papeterie, notamment les abbés Le Gall et Le Goff.

* * *

En savoir plus : « 1929 - La critique des initiatives de René Bolloré par le recteur Pennec »

[modifier] 30 Militants communistes et résistants d'Odet

Billet du 08.06.2019 - Autour de Jean et Francine Lazou, instituteurs à Odet-Lestonan, la mémoire des militants gabéricois affiliés au P.C.F., engagés dans la résistance, dans le dictionnaire des militants ouvriers et résistants finistériens d'Eugène Kerbaul.

Le journaliste et militant communiste Eugène Kerbaul a produit cet incontournable dictionnaire des militants ouvriers et résistants finistériens de la période 1918-1945, et parmi ces résistants on note les fiches de Jean Lazou, Francine-Jeanne Lazou, Mathias Le Louët et René Le Herpeux.

Les Lazou sont tous deux instituteurs à Lestonan depuis 1926. Eugène Kerbaul résume le sort de Jean Lazou au début de la 2e guerre mondiale : «  Mobilisé en 1939. Lieutenant dans l'armée françaises tué au combat lors de l'offensive allemande de 1940 ». Et son action militante avait commencé très tôt à Ergué-Gabéric : « Militant du P.C.F. dans la région quimpéroise au cours des années 30. Il avait organisé des cours du soir d'instruction générale et d'agriculture pour les jeunes paysans et ouvriers. »

Son épouse Francine, appelée Jeanne dans le réseau de résistants quimpérois : « Elle sera arrêtée le 2 mars 1943 dans la même affaire que Mathias Le Louet, condamnée à un an de prison par les juges de Pétain pour propagande résistante en avril 1943 ». Elle est libérée le 9 mars 1944 ; interdite de séjour dans le Finistère, elle part pour Paris chez une de ses sœurs et y restera jusqu'à la Libération de Paris. Elle revient ensuite à Lestonan pour y continuer à exercer son métier d'institutrice.

Le père de Mathias Le Louet, originaire de Briec, déménage à Lestonan lorsqu'il devient employé à la papeterie Bolloré. Mathias fréquente l'école publique et a pour maître Jean Lazou : « Il adhère au P.C.F. clandestin sous l'occupation allemande à la Noël 1940, par Le Herpeux, à Quimper et il faut sa première distribution de tracts résistants en janvier 1941 à Ergué-Gabéric ».
En fait comme il l'écrit dans son livre-souvenirs, il adhère au Front National, qui n'est pas à l'époque le parti d'extrême droite mais le mouvement communiste de résistance, et il n'adhère au P.C. qu’une fois la guerre terminée.

Le Louet est arrêté dans le hall de la gare de Quimper le 1er mars 1943 alors que des contacts présumés résistants, qui sont en fait des policiers de la Police Spéciale de Rennes, l'abordent avec cette phrase servant en principe de mot de passe : « Je  viens  de  la  part  de  Fernand »

 
(lequel Fernard est le pseudo de René Le Herpeux). Mathias s'évade de prison, et après-guerre il a « une intense activité militante à Quimper. Son épouse Jacqueline sera longtemps au bureau de l'U.D.-C.G.T. du Finistère » et publiera son livre en 2004 sous ce titre « Je viens de la part de Fernand ». Mathias et Jacqueline Le Louet ont chacun leur fiche dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social de Jean Maitron.

René Le Herpeux, étudiant en médecine à Rennes et dirigeant des étudiants communistes, fait la connaissance de sa future épouse Malou Lazou, laquelle fait également ses études à Rennes. Le Herpeux intègre la famille Lazou de Lestonan, où il se lit également avec Mathias Le Louet. « Il sera arrêté, alors qu'il est devenu médecin, en mars 1944, à Paris. Déporté à Blumenthal il participa à l'organisation d'évasions, mais déclarait " je suis médecin, je reste pour les copains ". » Après la libération du camp il est abattu à Lücbeck lors du bombardement du cargo dans lequel il tient le poste de médecin-infirmier.

Bien que les résistants gabéricois ne soient pas tous revenus au pays, Guillaume Kergourlay note néanmoins dans son mémoire « Au pays des vivants et des morts » que les communistes de Lestonan-Odet d'après-guerre sont réputés dans sa commune d'Elliant pour être les plus virulents de la région : « en juin 1946, nouvelles élections d'une Assemblée constituante et en octobre un ultime référendum adopte enfin la Constitution de la Quatrième République ... Il y a à gauche les socialistes, et plus à gauche les communistes qui sont actifs et virulents, et plus à gauche que l'extrême-gauche on trouve même des trotskistes dont le noyau dur et actif vient nous voir depuis Lestonan et les Papeteries Bolloré. »
En savoir plus : « Les résistants communistes d'Ergué-Gabéric en 1939-45 », « KERBAUL Eugène - Militants du Finistère (1918-1945) »

[modifier] 31 Corn-boud pour faire braire les paesles

Billet du 01.06.2019 - On sonnait du corn boud ... Non, je n'ai vu nulle part, quoique j'aie vu bien des musiques, une semblable à celle-là. Le Dieu Triton, le trompette de Neptune, ne savait pas faire de la musique semblable. » Jean-Marie Déguignet, Mémoires d'un paysan bas-breton, Intégrale page 119.

Jean-Marie Déguignet (1834-1905) a bien décrit dans ses mémoires comment se passaient les fêtes villageoises de la Saint-Jean (24 juin) et de Saint-Pierre (29 juin) dans les campagnes de Basse-Bretagne au 19e siècle.

Jean-Marie Déguignet s'oppose à là l'idée qu'il n'y avait qu'un feu unique à la Saint-Jean, ce « Tantad », feu du 24 juin autour duquel quelques paysans se rassemblaient pour dire des grâces.

Pour lui « c'était au contraire une des plus grandes réjouissances des paysans bretons, où tout le monde d'un même village se trouvait depuis les plus vieux jusqu'aux nourrissons. Il y avait deux feux et par conséquent deux fêtes nocturnes, et non un ; le premier s'appelait non Tantad, mais bien Tan San Yan en l'honneur duquel on l'allumait et l'autre, quatre ou cinq jours après s'appelait Tan San Per. »

Tout le monde participait au feu : « On y brûlait des charretées de lande, de ronces et d'épines ; et chaque habitant, grands et petits, pauvres et riches, était obligé d'y apporter un fagot ou une brassée d'épines en s'y rendant sous peine d'amende ou d'avoir un doigt coupé. »

Le début des réjouissances était annoncé de façon à être entendu de très loin : « On annonçait la fête par des coups de fusil, puis de grands coups frappés sur de grandes bassines en cuivre et on sonnait du corn boud. Et on y jouait une musique que je n'ai jamais vu jouer nulle part ailleurs. »

La pratique du corn-boud était la suivante :

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgOn posait une bassine sur un trépied puis un individu prenait deux joncs de pré très longs et résistants et les posait en travers sur la bassine au fond de laquelle on mettait de l'eau ; »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgalors, une femme qui avait l'habitude de traire les vaches prenait ces joncs que le premier tenait appuyés sur le bord de la bassine, se mettait à tirer sur ces joncs en faisant [glisser] ses doigts tout le long, absolument comme si elle eût tiré sur les trayons d'une vache. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgAlors, comme chez les spirites et mieux sans doute, la bassine se mettait à trembler et à danser sur le trépied »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgpuis deux ou trois autres femmes ou enfants tenant des clefs suspendues à des fils les mettaient en contact avec l'intérieur de la bassine. Ces clefs de différentes grosseurs faisaient des notes différentes par leur trépidation sur le bord de la bassine en mouvement. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgcela faisait une musique extraordinaire qui s'entendait d'un bout de la commune à l'autre, surtout quand, dans les grands villages on employait plusieurs bassines de grandeur et d'épaisseur différentes. »

  Ensuite « les jeunes gâs s'essayaient au saut du feu, jeu assez dangereux car il y en avait qui s'y brûlaient les pieds. Il s'agissait de sauter par dessus le feu qui avait plusieurs mètres de largeur, et lorsque la flamme était à sa plus grande hauteur. »

Vidéo Youtube dans laquelle on voit des amis s'essayer au tirage de joncs (attendez les séquences 1:47 ou 2:20 pour entendre le son grave) :

Extrait de l'album « Mamalasecska » du groupe de fest-noz du Pays de Dol-de-Bretagne Rozaroun, plage n° 12 Laridé, le paesle est joué par Cécile Louyer :

À Jersey on faisait aussi "braire les peiles" comme l'atteste ce texte en vieille langue Jèrriaise (Wikipedia) :

Faithe braithe les peîles est eune couôteunme qué nou soulait pratitchi l'travèrs d'la Nouormandie et la Brétangne. Nou l'fait acouo par des bords en Brétangne, et nou-s'a ravigoté la bachinn'nie en Jèrri à ches drein. Nou fait braithe les peîles à la St. Jean pouor chasser les mauvais esprits. I' faut un bachîn, un ros (du jonc) et dé l'ieau. Deux pèrsonnes peuvent faithe braithe la peîle: iun tchi tcheint l'ros sus l'bord du bachîn, l'aut' à traithe lé ros auve de mains mouoillies. La tressonn'nie du ros fait tressonner tout l'bachîn et nou vait coumme tchi qu'l'ieau bouort et danse. La braithie fait eune manniéthe dé mûsique.


En savoir plus : « Les deux fêtes des feux de Saint-Jean et de Saint-Pierre selon Jean-Marie Déguignet »

[modifier] 32 Une vitrine religieuse grand siècle

Billet du 18.05.2019 - Où il est question de belles pièces d'orfèvrerie religieuse des 17e et 18e siècles, classées au titre des Monuments historiques le 10 mars 1994, et depuis ce printemps 2019 exposées dans une vitrine sécurisée dans l'église paroissiale Saint-Guinal d'Ergué-Gabéric.

Pierre-Marie Auzas et René Couffon ont noté la beauté de ces pièces d'orfèvrerie dans leurs inventaires « L'orfèvrerie religieuse bretonne » (1955) et « Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper » (1959).

La liste complète des pièces est celle de l'édition réactualisée du répertoire Couffon :

Image:Right.gifImage:Space.jpgCalice et patène n°1, argent doré, du 18e siècle ; poinçon de l'orfèvre Guy-Baptiste Gérard sur le calice et celui d'Augustin-Jean Mahieu sur la patène

Image:Right.gifImage:Space.jpgCalice n°2, argent, du 17e siècle

Image:Right.gifImage:Space.jpgCiboire en argent, époque Louis XIV, poinçon de l'orfèvre Joseph Bernard

Image:Right.gifImage:Space.jpgBoîte aux saintes huiles en argent, poinçon d'A.-J. Mahieu, seconde moitié du 18e siècle

Image:Right.gifImage:Space.jpgEncensoir et navette en argent, époque Louis XIV ; poinçon de Joseph Bernard sur l'encensoir

Image:Right.gifImage:Space.jpgLampe de sanctuaire en argent, époque Louis XIV, poinçon de Joseph Bernard

Image:Right.gifImage:Space.jpgCroix d'autel et six chandeliers en argent, époque Louis XIV

Image:Right.gifImage:Space.jpgQuatre chandeliers en bronze, 17e siècle, ou du 18e siècle comme le suggère Louis Le Guennec .

De l'encensoir (cf photo Le Doaré ci-contre), de l'époque Louis XIX et du maître orfèvre Joseph Bernard de Quimper, il écrit : « Bien peu ont été conservés et bien peu sont en bon état, car ils sont malmenés par les enfants de chœur ... L'encensoir se compose de deux parties : la coupe avec pied, qui parfois, comme à Ergué-Gabéric (F.), est décorée de têtes d'angelots ailés rapportés et de gros fruits, et le couvercle ajouré. Un système de chaînes réunit le tout et permet le balancement et l'encensement. »

Des chandeliers d'autel il précise : « Le seul bel ensemble que nous connaissions est celui de l'église Saint-Guénaël, à Ergué-Gabéric (F.), qui comprend, avec la croix d'autel, six chandeliers (2 grands, 2 moyens, 2 petits). L'ensemble est d'époque Louis XIV, et probablement parisien. »

Louis Le Guennec complète dans le bulletin de la Société d'Archéologie du Finistère : « L'église d'Ergué-Gabéric possède six beaux chandeliers d'argent du XVIIIe siècle, trois grands, trois moyens et trois petits. Ces derniers ont une ornementation soignée, décelant le faire d'un habile orfèvre. J'y ai relevé deux types de poinçons, un T surmonté d'une couronne, qui pourrait être la marque du bureau de Quimper à l'époque, et deux fleurons ou fleurs de lys superposées, surmontées d'une couronne, avec la lettre A accolée à la fleur inférieure. Sur le pied de deux ou trois  de  ces  chande-

  liers sont les trois lettres séparées B. A.R. Il y a aussi une jolie croix d'argent ayant pour unique poinçon le T couronnée. »

Alors que P.-M. Auzas suggère une réalisation parisienne du 17e siècle, Louis Le Guennec note l'existence de poinçons lettrés T ou A qui contrairement aux 2 ou 3 syllabes des maîtres orfèvres dénotent une production probable du 18e siècle signée par une communauté de jurande. Par contre il est peu probable que la lettre T désigne la jurande de Quimper, laquelle a utilisé les lettres A à D, mais plutôt celle Morlaix dans les années 1779-1780. Par contre les initiales B A R ne correspondent pas à un atelier d'orfèvre breton connu.

Hormis l'encensoir, deux autres pièces datées du 17e siècle, le ciboire d'une part et la lampe de sanctuaire autrefois dans la chapelle de Kerdévot d'autre part, proviennent le maître orfèvre Joseph Bernard qui signe par un poinçon I. B. à l'hermine héraldique couronnée. Joseph Bernard (1647-1719), formé à Paris et d'autres villes, a livré notamment de nombreuses pièces pour la cathédrale de Quimper et l'église de Pont-Croix, et 16 rues en Bretagne portent son nom.

Les deux autres maîtres orfèvres identifiés sont Augustin-Jean Mahieu, dont le poinçon aux lettres A I M a été insculpé en 1779 et Guy-Baptiste Gérard qui démarre sa carrière en 1721. Le premier signe la patène (petite assiette) et la boîte aux saintes huiles en argent. Le deuxième est identifié pour le calice en argent doré.

* * *

En mars 2019, toutes les pièces d'orfèvrerie gabéricoises des 17e et 18e siècles, accompagnées d'objets religieux plus récents, ont été installées dans une armoire métallique avec vitre blindée contre le bras nord du transept :

© Benoit Bondet de La Bernardie (Le Télégramme)
En savoir plus : « Trésor d'orfèvrerie religieuse de l'époque Louis XIV à l'église St-Guinal », « La vitrine du trésor de Saint-Guinal, Le Télégramme 2019 », « AUZAS Pierre-Marie - L'orfèvrerie religieuse bretonne »

[modifier] 33 Un presbytère confisqué puis restitué

Billet du 11.05.2019 - « Je déclare me dessaisir par le présent, de la propriété du susdit presbytère et dépendances, sans exception, moyennant l'emploi ci-après de la sus-dite somme de 973 francs, la subrogeant dans tous mes droits ce touchant », testament du recteur J.-G. Le Bescou, le 28.08.1821.

La vente des presbytères n'a pas été systématique pendant la Révolution française. En effet le 20 décembre 1790, un décret soustrait de la vente des biens de l'Église, chaque fois que cela est possible, un logis convenable servant de presbytère au prêtre de chaque paroisse ainsi qu'un demi arpent de terre utilisé comme jardin.

Mais, au départ du recteur réfractaire Alain Dumoulin, le logis presbytéral gabéricois est resté vide et pour cette raison l’aliénation est exécutée. C'est l'avoué-expert Salomon Bréhier de Quimper, négociant-propriétaire franc-maçon, maire de la commune d'Ergué-Gabéric de 1808 à 1812, qui emporte la vente pour 1790 francs.

En 1804 il afferme le presbytère, à savoir qu'il fixe un montant annuel à 120 francs par an, tout en proposant un futur prix de vente du fonds à 3000 francs. C'est la commune qui paie le loyer annuel pour y loger son prêtre.

De 1806 à 1811, il propose à plusieurs reprises à la commune le rachat de l'immeuble et du jardin attenant pour la somme de 4000 francs, soit plus du double de sa valeur d'acquisition. Il justifie l'écart par les réparations et divers frais couverts pendant les 15 ans passés.

Mais, si le conseil municipal est favorable à cette transaction, ce n'est pas pour autant que l'acquisition municipale peut se faire, car il manque « l'approbation de monsieur le préfet du finistère et l'autorisation de sa majesté empereur et roi et ses ministres ». En effet Napoléon, même dans le cadre du Concordat, n'est pas favorable aux annulations des ventes passées de biens de l'église.

Jusqu'à peu, on ne savait pas comment cette histoire s'était résolue, à savoir comment le presbytère avait retrouvé son statut d'antan. C'est en consultant la liasse 2 Q 191 des Archives Départementales concernant l'administration des domaines en 1926 que le mystère s'est éclairci.

On y apprend que, devant la difficulté de convaincre les autorités impériales, Salomon Bréhier et son épouse ont décidé en 1814 de vendre l'immeuble et son jardin au recteur occupant, Jean-Guillaume Le Bescou.

 

Sept ans après, le recteur rédige son testament et y explique son geste d'acquisition du presbytère : « il m'est dû 973 francs par la fabrique de l'église communale d'Ergué-Gabéric, au nom de laquelle j'ai entendu acquérir le presbytère de la dite commune suivant contrat du 24 février 1814 ».

La formule « fabrique de l'église communale » indique bien la nation complexe de la propriété. Le conseil de fabrique est certes responsable du culte paroissial, mais ses biens immobiliers - essentiellement l'église-lieu de culte entretenu par la commune et le presbytère privatisé, puis restitué - sont bien en théorie des propriétés municipales.

De ce fait, le paiement du reste dû au recteur défunt pour la restitution du presbytère se fait en deux temps en 1823-24  : le conseil de fabrique dans un premier temps règle le montant, et dans un second temps le maire s'engage à rembourser la fabrique de l'avance de fonds.

Cette ambiguïté communale et paroissiale perdurera au moins jusqu'en 1926, car les administrations des domaines sont encore indécises plus de 100 ans après sur le statut fiscal du presbytère. C'est d'ailleurs par cet échange contradictoire entre le Receveur et le Directeur des domaines que nous disposons aujourd'hui des documents originaux testamentaires et des arbitrages entre conseils municipaux et de fabrique, lesquels dévoilent le dénouement de la fin de séquestre d'une bâtisse « historique ».

En savoir plus : « 1796 - Vente du presbytère des domaines nationaux », « 1804 - Affermage et conservation provisoire du presbytère », « 1806-1811 - Tentatives d'acquisition du presbytère par la commune », « 1814-1824 - Héritage du presbytère et transfert de propriété à la commune », « Jean-Guillaume Le Bescou, recteur-desservant (1810-1822) »

[modifier] 34 Paotred-dispount et Vallée blanche en 1959-60

Billet du 04.05.2019 - Une vidéo N&B de 20 minutes filmée par Alain Quelven où on voit les bénévoles en plein travaux de terrassement de leur patronage, deux matchs de foot des Paotred Dispount sur leur terrain de Keranna-Odet, et les courses cyclistes de Chateaulin et de la Vallée-Blanche à Stang-Venn

Alain Quelven (1912-1984) est natif de Garsalec en Ergué-Gabéric, sa famille s'étant ensuite installée à Keranguéo. Pendant la guerre 1939-45 il est déporté en Allemagne et en Autriche d'où il s'évade quatre fois. Travaillant comme comptable à la papeterie Bolloré d'Odet avant et après guerre, il connaît bien les milieux sportifs et associatifs du quartier de Lestonan. Dès 1956, il se lance dans le ciméma amateur, fixant sur la pellicule la vie de sa commune : kermesses, matchs de football des Paotred, courses cycliste, pardons de Kerdévot.

La vidéo numérotée 14159 est conservée sous le titre « Courses cyclistes » dans la collection des films amateurs de la Cinémathèque de Bretagne à Brest.

Voici ci-après le chrono du film en 4 parties (selon le compteur précis défilant en bas d'écran) :

1.Image:Space.jpg00:00Image:Space.jpgàImage:Space.jpg02:09Image:Space.jpg: Travaux de remblai au terrain de football de Keranna en Ergué Gabéric.

2.Image:Space.jpg02:09Image:Space.jpgàImage:Space.jpg10:50Image:Space.jpg: 1er mai 1960, partie amicale de football "célibataires/mariés", suivie en 04:00 du match de l'équipe des Paotred-Dispount à Keranna (Odet=4, Visiteurs=1).

3.Image:Space.jpg10:50Image:Space.jpgàImage:Space.jpg14:30Image:Space.jpg: Circuit cycliste de l'Aulne 1959 à Châteaulin, remporté au sprint par Jean Gainche devant Louison Bobet et Joseph Groussard. Spectateurs sur les gradins, différents coureurs dont Jo Velly (11:22), Louison Bobet (11:31, 11:54), Federico Bahamontes (10:50, 11:28) , Jean Graczyk (11:16) Charly Gaul (11:42), Henry Anglade (11:54, 14:17), Job Morvan (11:45), François Mahé (11:45), Roger Rivière (12:06).

4.Image:Space.jpg14:30Image:Space.jpgàImage:Space.jpg19:03Image:Space.jpg: Dimanche 23 août 1959, 2ème Grand critérium de la vallée blanche à Ergué-Gabéric, avec les pitreries de Jean Nouy (14:40), Mario Cotti aux commentaires, victoire de Hubert Ferrer de l'équipe Mercier-Hutchinson.

Cette vidéo est très intéressante car elle présente un quartier où tout le monde vit ensemble, il y a 60 ans, des moments de convivialité, notamment par des activités sportives et festives. Ce sont des jeunes gens à l'époque, et aujourd'hui ces anciens partagent leurs souvenirs. On espère vivement qu'ils se reconnaîtront sur la video et qu'ils pourront identifier ceux qui ont hélas disparu.

Essayons donc par exemple de repérer chacun des joueurs des Paotred qui sont filmés en plan large sur leur terrain : Jean Hascoet, Anselme Andrich, Laurent Huitric, Jean et Michel Perrot, les frères Bourbigot Jean, François et Marcel, Lanig Meur, Fernand Niger, Fanch Ster, et les non joueurs comme Jean Gall.

  Cinémathèque de Bretagne :

Arrêts sur images pour identification des personnes connues :

En savoir plus : « Foot à Keranna, critérium cycliste de Stang-Venn en 1959-60, vidéo d'Alain Quelven »

[modifier] 35 Des "botoù-koad" ou sabots de bois

Billet du 27.04.2019 - « J’aime la Bretagne, j’y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le son sourd, mat et puissant que je cherche en peinture. », Paul Gauguin s’installant à Pont-Aven en 1888 à son ami Emile Schuffenecker.

Les propriétés des Nobles et de l'Église ont été saisies, nationalisées et vendues lors de la Révolution française pour résoudre la crise financière. Les manoirs, chapelles et presbytère, métairies, terres agricoles et convenants sont donc privatisés, mais également les coupes de bois.

Dans la sous-série 1Q « Séquestre des bois et forêts » des Archives Départementales du Finistère, il est question de trois saisies organisées, la première est une adjudication de coupes de taillis appartenant au propriétaire noble émigré du manoir de Pennarun, la deuxième est la confiscation de hêtres pour fabriquer des sabots sur le même domaine de Pennarun, et à Lezergué, et la troisième des pieds d'arbres pour sabots également sur les terres de Lezergué et le long de l'allée de la chapelle de Kerdévot.

L'expert en charge de l'estimation du prix des coupes est Gabriel Gestin, garde des bois « abandonnés par les émigrés ». Le propriétaire dé-saisi de Pennarun est « l'émigré Geslin », c'est-à-dire Marie-Hyacinthe de Geslin (1768-1832), un chouan qui s’illustrera dans l'armée de Georges Cadoudal.

L'adjudicataire de cette première coupe est le bien-nommé Corentin Bourgeon, qui devra respecter les règles usuelles listés dans le rapport d'adjudication, notamment de favoriser la repousse en laissant un nombre légal de baliveaux.

  Quelques mois après la vente aux enchères du bois taillis de Pennarun, le garde des bois Gabriel Gestin est chargé d'identifier sur les terres des nobles expatriés des plantations de hêtres pour en faire des sabots. Car cette ressource est devenue vitale pour cause de pénurie et il convient de désigner les lieux réquisitionnables : « où il existe des bois propres à en fabriquer des sabots et les désigner pour faire cesser la pénurie de cette chaussure qui depuis déjà longtemps est montée en une valeur intolérable ».

La loi du 29 septembre 1793, dite du « maximum général » et listant 39 articles de première nécessité à contrôler, a considéré que le prix du sabot devait être limité.

Le garde des bois trouve un certain nombre de hêtres à Pennarun, Lezergué et près de Kerdévot, lesquels arbres étant à maturité pour être débités en sabots. Les prix estimés se mesurent en pieds d'arbres : à Pennarun entre 11 et 15 livres le pied suivant sa circonférence et sa hauteur, alors qu'à Lezergué-Kerdévot il est à 3 à 4 livres, ce qui fait quand même un prix bien supérieur à celui des coupes de bois taillis (30 livres le journal ou demi-hectare).

En savoir plus : « 1794 - Estimations et adjudications de bois taillis ou à sabots à Pennarun et Lezergué »

[modifier] 36 De Kerdévot à Alger en chanson

Billet du 20.04.2019 - Cette semaine une enquête sur une chanson en langue bretonne collectée dans deux inventaires de « Kanaouennoù », l'un de Gabriel Milin en 1961, l'autre d'Hyppolite Laterre et Francis Gourvil en 1911, et enfin en 1905 dans le journal bretonnant « Ar Vro » par l'abbé Henri Guillerm.

Cet inventaire de 99 chants au total, publié en 3 numéros en 1961-62, contient dans son tome 2 deux pages dactylographiées 227 et 228 avec le texte en breton du chant n° 78 daté de 1840 où il est question de la chapelle de Kerdévot et de toutes les chapelles de Cornouaille qu'un soldat appelé à servir en Algérie va devoir quitter.

Cette version collectée par Gabriel Milin, titrée « Kimiad eur c'hervevod d'he bro » (adieu d'un cornouaillais à son pays), inclut 6 couplets de 8 vers et un refrain impétueux « allo, allo ; allo, allo, adeo da iaouankiz, na meuz mui da c'hoarzin. » (allo, allo ; allo, allo, adieu à la jeunesse, ce n'est plus le temps de rire.).

La guerre de conquête de l'Algérie par la France est le contexte de la chanson, et plus précisément la seconde période de guérilla contre l'émir Abdelkader en 1832-1847, car la campagne d'Alger s'est achevée en 1830. En effet les soldats cornouaillais doivent embarquer pour Alger en 1839-40 : « Rak hervez prophetezou Er blavez daou uguent Gand brezel ha klevejou » (Car suivant les prophéties, en l'année quarante, par la guerre et les maladies).

Le but avoué est de combattre l'ennemi arabo-musulman, qualifié de "Maure" : « Me a meuz klevet 'Lec'h ma yaon da gombati N’euz 'met morianed O laza neket pec'het Rak n’int ket kristenien  » (j'ai entendu que là où nous allons combattre il n'y a que des Maures. Les tuer, ce n'est pas péché, parce qu'ils ne sont pas chrétiens), contrairement aux Anglais, les classiques "rudes / méchants" (« gwal ») adversaires.

Le 2e couplet est entièrement à l'organisation d'un dernier pèlerinage à Ergué Gabéric : « C’hui mignonezet devod Euz a barrez Ergue, Da 'ti Itron Varia-Kerzevod, C’hui yalo adarre, Da lakat ho koulaouenn ‘Tal ann aoter heno Ha lavaret eur beden Evid potret ho pro. » (Vous, amis dévots, de la paroisse d'Ergué, chez Notre-Dame de Kerdévot, vous irez encore. Mettez vos cierges là, auprès de l'autel, et dites une prière pour les gars de votre pays.).

Page 328 Gabriel Milin précise l'autre source déjà publiée, sous un autre titre (« Kanaouen soudard »), à savoir l'inventaire « Kanaouennou Breiz-Vihan de l'imprimeur Hyppolyte Laterre et le linguiste Francis Gourvil.

Le chant est rapporté par Pauline Le Moal de Carhaix, et les auteurs signalent une autre publication dans la revue « Ar Vro » par l'abbé Guillerm. On se reportera à la présentation de ce même chant collecté par Gabriel Milin en 1961 pour en connaître le contexte historique et local.

  L'originalité de l'édition Laterre-Gourvil est de proposer une partition et une traduction des 6 complets en français.

Voici une interprétation à la flûte en bois (© GC Gières 38) :


Comme l'indiquent Laterre et Gourvil, le chant « Kenaouen Soudard » est publié dans la revue « Ar Vro » en tant que travail de collectage du prêtre quimpérois Henri Guillerm, vicaire à Ergué-Armel.

Il s'agit de la première recension historique de ce chant daté explicitement de 1840. Le chant est orné d'un croquis d'un petit clocher qui peut faire penser à celui de la chapelle Kerdévot, bien que moins élancé.

Mais le complet V qui précède l'évocation de la guerre est bien consacré entièrement à un pèlerinage dans ce lieu central du pays de Cornouaille, Kerdévot orthographié et prononcé « Kerzeot » en breton (dans la version de Gabriel Milin le lieu est écrit « Kerzevot »): « C’hui mignoned devod Euz a barrez Ergue, Ti ‘n Itron Varia-Kerzeot C’hui ialo adarre  » (Vous, amis dévots, de la paroisse d'Ergué, chez Notre-Dame de Kerdévot, vous irez encore).

En savoir plus : « MILIN Gabriel - Kanaouennou, Gwerin 1-3 », « LATERRE Hyppolyte et GOURVIL Francis - Kanaouennou Breiz-Vihan », « Kanaouen Soudard, une chanson collectée par l'abbé Guillerm, Ar Vro 1905 »

[modifier] 37 Les chroniques du printemps grandterrien

Billet du 13.04.2019 - « Plans Ménard … Procès de la bande de Poux » : ouverture et 4e de couverture du Kannadig, et naturellement bien d'autres articles publiés tout au long du premier trimestre 2019, le tout au format papier A5 agrafé et envoyé par la poste dans les chaumières sympathisantes.

Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du 1e trimestre 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet du Grandterrier.

Pour commencer, un article sur les plans inédits de l’architecte René Ménard, ami nantais de René Bolloré et chargé par lui de la conception d’un nouveau manoir, chapelle, conciergerie, cité ouvrière, tombe familiale, monument aux morts et école privée.

Puis, trois articles à propos des biens nationaux des chapelles, et du décret impérial pour la restitution publique de Kerdévot.

Ensuite place à la langue bretonne : le nom de notre commune dans le dictionnaire diachronique Devri, et le château de Lezergué dans la revue Feiz-ha-Breiz.

Les trois guerres sont aussi à l’honneur dans trois articles : 1871 par la condamnation d’un fédéré communard, 1914-18 via le livre d’or des morts pour la France, et 1944 par l’arrestation d’une communiste gabéricoise pro-ftp.

Retour au breton dans les années 1950 par l’interview d’un producteur de lait. Suivi de l’évocation de l’arrivée de l’électricité dans la presse, les photos et les témoignages d’anciens.

Pour les arts et spectacles, c’est J.-M. Déguignet qui est triplement célébré : one-man show, pièce de théâtre et BD.

Et enfin la demande de révision du procès de la Salleverte pour raisons d’iniquité : Gaston Poux accuse l’enquêteur d’être un commissaire « marron ».

Que l’année 2019 continue à être belle et innovante ! Kenavo : KEN [kén] = "jusque" et A VO [a vo] = "il sera" ...

Le bulletin : « Kannadig n° 45 Avril 2019 »

 

[modifier] 38 Livre d'or des poilus de 1914-18

Billet du 06.04.2019 - Un grand projet a été initié par l'Etat français en 1929 pour constituer d'un Livre d'or national comprenant les noms des morts tombés pour la France, sous la forme d'un livre de 120 volumes luxueusement reliés qui devaient être déposés au Panthéon.

Avant le dépôt au Panthéon qui fut finalement abandonné, une vaste consultation auprès des municipalités fut lancée en 1929 pour constituer des listes fiables de ces « Morts pour la France » pendant la guerre 1914-18, en se basant sur la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre ». La préparation de ces livres d'or complète des travaux de recherche effectués lors de l'édification en 1920-25 des monuments aux morts dans chaque commune.

Le dossier de travail d'Ergué-Gabéric, conservé aux Archives Nationales sous la cote 19860711/172, comprend une correspondance entre le maire et le ministre des pensions, des bordereaux rectificatifs et le livre d'or finalisé d'Ergué-Gabéric comportent 117 noms de soldats des armées de terre. On y trouve 5 noms qui ne sont pas sur les plaques du monument aux morts, et 11 noms du monument ont été exclus du livre d'or.

Les exclusions sont les suivantes :
Image:Square.gifImage:Space.jpgdeux marins, le ministère de la marine devant fournir également ses propres listes pour le livre d'or à déposer au Panthéon.
Image:Square.gifImage:Space.jpgles soldats morts en dehors du front, à domicile à Ergué-Gabéric par exemple, qu'ils soient décédés suite à blessures de guerre ou non.
Image:Square.gifImage:Space.jpgles natifs hors de la commune et ayant été déclarés comme résidant dans une autre commune en 1914 ; c'est le cas de François Moullec mort au front le 10 novembre 1918, né à Briec et marié à Ergué-Gabéric en 1917.

Le maire de la commune, Pierre Tanguy, participe activement au livre d'or. Le 28 septembre 1929 il envoie une lettre au ministre des pensions proposant 19 inscriptions supplémentaires. Parmi ceux-ci les lieux de naissance et de domicile peuvent être différents, la règle étant qu'un soldat peut être inscrit dans deux livres d'or.

 

Les Morts de la liste gabéricoise sont tous simples soldats, hormis cinq sergents (DUVAIL François Emile, LE BACON Hervé, LE DE Louis Pierre Marie, LE MEUR Hervé Jean, RANNOU Jean Pierre), un maréchal des logis (LE ROUX Jean Marie Joseph), un brigadier (LE YAOUANC Jean Pierre) et quatre caporaux (LE MENN Hervé Marie, PORIEL Jean René Marie, RIOU Yves Pierre, TANGUY Jean Marie).

Ils sont pour la plupart incorporés dans des régiments d'infanterie ou d'artillerie, et trouvent la mort sous le feu de l'ennemi dans les tranchées de Somme, Meuse, Aisne, Marne et des Ardennes.

Le dernier poilu tombé pour la France est RANNOU Michel Marie, du village du Réunic, soldat du 1er RMA, mort le 31 décembre 1918 à Odessa, soit deux mois après l'armistice. Son régiment de marche d'Afrique est arrivé le 17 décembre dans ce port de Russie dans le but de déloger les dernières troupes allemandes, mais aussi pour soutenir l'armée volontaire Russe contre le tout nouveau pouvoir bolchevique.

En savoir plus : « 1929-1931 - Le Livre d'or des Morts pour la France d'Ergué-Gabéric »

[modifier] 39 Un architecte nantais à Ergué-Gabéric

Billet du 30.03.2019 - Cinq liasses de documents inédites, conservées aux Archives Départementales de Loire-Atlantique dans le Fonds René Ménard (1876-1959), un architecte breton au service de René Bolloré. Versement par dons en 2015 et 2016, collationnement et communication au public début 2019.

Dans les liasses référencées, on découvre plus de 115 calques originaux de plans différents, la plupart en très grand format 80cm x 1m20, certains étant agrémentés de croquis colorés. Il s'agit de constructions dans la propriété de l'industriel papetier René Bolloré à Odet (manoir, chapelle, papeterie),
dans le quartier de Lestonan (cité ouvrière, école privée) et dans le cimetière d'Ergué-Gabéric (caveau familial, monument aux morts). Il y a aussi dans ces liasses, quelques plans concernant l'usine sœur de Cascadec, et certains plans non localisés comme les maisons d'ingénieurs (peut-être un projet non exécuté à Odet).

La première liasse contient les plans finalisés en décembre 1910 du manoir d'Odet, dont les importants travaux d'extension seront réalisés l'année suivante. Une carte postale est agrafée aux plans détaillés pour la visualisation du nouveau manoir après les travaux.

Dans la deuxième liasse, on trouve les plans et croquis, datés de juin 1921, de construction et d'aménagements intérieurs (au-tel, niches pour statues ...) et extérieurs (ouvertures, clocher, chœur ...) de la chapelle St-René qui sera exécutée pour les fêtes du centenaire de l'usine le 8 juin 1922. On peut noter deux variantes du petit clocher, avec simple chambre de cloches ou double (dernière solution retenue).
 
Certains plans de cette liasse portent sur les entrées du site industriel d'Odet, notamment la cantine de Ker-Omelette et le projet du petit bâtiment de la conciergerie en 1927.
Dans la deuxième liasse J9 il y a aussi les plans de la cité ouvrière de Ker-Anna bâtie en 1918-19, avec en plus des reproductions bleutées de photos, et une belle photo des maisons achevées où l'on distingue même des mères de famille en habits traditionnels.

Les liasses J10 et J11 incluent respectivement les plans du caveau familial des Bolloré dans le cimetière communal, et le monument aux morts de 1914-18 dans ce même cimetière.

C'est la dernière liasse J12 qui est la plus fournie en plans et croquis, datés d'avril à septembre 1928 et portant sur la construction de l'école privée de Sainte-Marie à Lestonan. Dans une lettre annexée aux plans, adressée par l'architecte Réné Ménard à son ami René Bolloré, on découvre une intimité et solidarité entre les deux hommes : « Quant à la construction et à l'aménagement de l'Ecole je donne pour ma part la consigne, que tu ne démentiras pas, je pense, de ne rien négliger pour avoir un résultat parfait, une école modèle, à l'abri de toute critique impartiale, et digne en tous points de son fondateur. »

En savoir plus : « 1910-1928 - Les plans gabéricois de l'architecte René Ménard pour l'industriel René Bolloré »

[modifier] 40 Ergué et Lezergué en breton diachronique

Billet du 23.03.2019 - Diachronique, adj. : qualifie la diachronie, c'est-à-dire l'évolution des variantes linguistiques dans le temps. La méthode diachronique est opposée à la présentation synchronique standard ne listant qu'une définition et orthographe de manière horizontale et à un moment de son histoire.

Comme le présentait lui-même Martial Ménard, son dictionnaire diachronique, encore dit historique, « regarde les mots d'une langue sous un aspect vertical, depuis l'apparition du terme jusqu'au jour d'aujourd'hui, ou de sa disparition si elle a eu lieu » (OF 27/05/2016).

Son dictionnaire diachronique breton DEVRI compte aujourd'hui 65728 entrées, alors qu’en septembre 2016 il en comptait 60248. Certaines entrées ne sont illustrées que par un seul et unique exemple, alors que d'autres sont très longues et peuvent couvrir plusieurs pages.

L'entrée qui nous intéresse, celle de la commune d'Ergué-Gabéric documentant les variantes bretonnes de son nom, a été spécialement enrichie par Hervé Le Bihan autour des déclinaisons « An Erge-Vras » et « Erge-Gaberig ». On notera qu'il n'a pas omis les « Erc'hié-Vrâz » et « Erc'hie-Vras », formes que nous avons déjà présentées car elles peuvent expliquer, après re-transformation en français, notre GrandTerrier favori.

Les 14 variantes unitaires différentes sont ordonnées suivant les dates de leurs relevés pendant tout le 19e siècle et le début du 20e siècle. Pour chaque occurrence la référence écrite précise, soit une publication reliée ou des feuilles volantes, est présentée sous forme d'une abréviation inscrite dans un corpus et d'une pagination / numérotation.

Ainsi, le corpus inclut essentiellement des livres de collectages de chansons et expressions populaires (OLLI, FUB, GBI ...) , et des journaux entièrement en breton comme le « Feiz ha Breiz (FHB pour la période 1865-1884 et FHAB pour 1900-1943), ou des almanachs.

La recherche du nom communal dans ces sources a permis aussi de compiler des dictons ou chansonnettes comme « TRIVEDER KERNE  : Person Kemper a zô skolaer, / Ann hini Erc’hié-Vrâz marrer, ... » (TRIADE DE CORNOUAILLE : Le recteur de Quimper est instituteur, / Celui du Grand-Ergué, écobueur).

Et cette recherche sert aussi à présenter les deux toponymes de Kerdévot et de Lezergué. Un grand nombre des sources présentées par Hervé Le Bihan, que ce soit pour les variantes de noms, les dictions ou les toponymes, ont déjà été présentées sur le GrandTerrier.

Mais ce n'était pas le cas de celui qui est signalé pour le manoir de Lezergué (cf. ci-contre). Il s'agit d'un article de novembre 1923 dans le périodique catholique breton « Feiz ha Breiz », signé des initiales G.P. combinaison de Guennec et de Perrot.

En savoir plus : « Erge-Vras dans le dictionnaire diachronique de Martial Ménard et d'Hervé Le Bihan »

 

Le mémorialiste Louis Le Guennec (1878-1935) a fourni le croquis du manoir et les éléments historique qu'il a publié en français dans les années 1920-30. Yann-Vari Perrot (1877-1943), fondateur du journal Feiz ha Breiz et du mouvement Bleun Brug, a écrit le texte en breton et les commentaires d'inspiration religieuse.

Il y a dans cet article une évocation nostalgique du lieu tel qu'il était du temps des guerres de religion, avec la figure de l'historien Guy Autret qui avait élu domicile à Lezergué et dont l'érudition tranchait avec la sauvagerie de son parrain Guy Eder de la Fontenelle : « Gwella pez a zo, ar filhor ne voe tamm ebet henvel ouz a baeron.  » (Heureusement que le filleul n'était vraiment pas comme le parrain).

La figure de l'évêque rebelle Jean-Français de La Marche, né à Lézergué, est aussi celle du dernier évêque du Léon, exilé et mort à Londres, après le démantèlement de son évêché à la Révolution.

Par chance le manoir ne sera pas vendu par le "gouvernement" de la Révolution : « Kastell Lezergue n'eo ket bet laket e gwerz gant gouarnamant an Dispac'h ». Mais les paysans qui l'occupent en 1923 l'ont laissé à moitié à l'abandon, et seul un riche acquéreur pourrait garantir sa conservation.

C'était l'un des plus beaux manoirs de Cornouaille, « unan eus kaera maneriou Bro Gerne », doté d'une impressionnante et rare volée d'escaliers de pierre, « an dereziou mein da bignat er zolier ».

En savoir plus : « Un article en breton sur Lezergue signé G.P., Feiz ha breiz 1923 »

[modifier] 41 Meurtre de René Lasseau à la Salle-Verte

Billet du 17.03.2019 - « Odieusement condamné, le 9 juillet 1948 à 15 ans de travaux forcés et à la peine accessoire de 20 ans d'interdiction de séjour par la Cour d'Assises du finistère, alors que je suis innocent, ma conscience et ma dignité d'homme se refusent à accepter cette iniquité. », Gaston Poux 1949.

Cette affaire a eu localement un immense écho de fin 1946 jusqu'au procès aux Assises en juillet 1948, car l'enquête a duré de longs mois et les meurtriers ont été recherchés dans un climat de peur et de psychose. Les journaux régionaux ont rendu compte de l'enquête, et le procès a été à la une de l'hebdomadaire « Détective » sous le titre « Voici, aux Assises de Quimper, LA BANDE À POUX (BEND-EN-LAOU) qui terrorisa longtemps la campagne bretonne », avec un jeu de mot scabreux sur le patronyme POUX (Laou désignant le poux en breton, "penn-laou" étant l'insulte suprême de "tête de poux").

Et voici qu'en 1949-50 le supposé chef de bande Gaston Poux fait une demande de révision de son procès où il a été condamné à 15 ans de travaux forcés, en rédigeant une déclaration de 28 pages dactylographiées. Ce dossier, conservé aux Archives Nationales, est accompagné de nouvelles auditions et de rapports circonstanciés rédigés par la Police judiciaire de Rennes. Ces documents donnent une vision différente des faits repris par les journaux lors du jugement des Assises de Quimper.

Le rapport de Gaston Poux pour sa « libération dont le couronnement sera la reconnaissance officielle de (s)on innocence et (s)a réhabilitation. » est frappant par le ton de sincérité et de violence contenue contre un commissaire qu'il considère comme « marron ». Les détails de son arrestation et l'instruction à charge contre lui et son acolyte présumé Henri Bourmaud sont dignes d'un scénario de roman policier.

Le contexte du meurtre est une expédition punitive un soir de 23 décembre 1946 avec tir de mitraillette « américaine » contre le fils aîné dans la cour de la ferme de la « Salle-Verte » tenue par son père René Jean Lasseau. Cela se passe alors que la victime est en train de soigner et donner à manger à ses chevaux.

Un prisonnier de guerre allemand, Walter Buskis, qui aide le jeune Lasseau à l'écurie, assiste impuissant à la scène et évite la fusillade. À cette époque, de nombreux prisonniers de guerre étaient réquisitionnés dans les fermes gabéricoises. Nous ne savons pas à quelle date le prisonnier de la Salle-Verte a été libéré, mais certains, à l'intar d'Helmut Homilius à la ferme de Kerautret, sont restés à Ergué-Gabéric jusqu'aux années 1950.

Les agriculteurs devaient prouver leur patriotisme pendant l'occupation et pouvaient disposer l'aide d'un prisonnier, moyennant hébergement. La famille Lasseau est considérée comme « joui(ssant) à Ergué-Gabéric d'une considération parfaite ». Il n'en reste pas moins que la recherche du meurtrier et de ses complices est problématique, car la première enquête du commissaire Guy Kergoet, venu de Rennes, est vaine.

La deuxième enquête est menée tambour battant par le commissaire Georges Le Leyour affecté à Quimper grâce à une série de dénonciations et de faux témoignages. Le procès aux Assises aboutira à des peines sévères de travaux forcés à perpétuité pour le meurtrier présumé (Henri Bourmaud) et de 15 ans suivis de 20 ans d'interdiction de séjour dans le finistère pour le complice chef de bande.

 

Ce dernier considère qu'il s'agit d'un complot à connotation politique : « Je ne suis pas originaire du pays, je suis un étranger, dont "suspect". Ne me liant pas facilement, je suis jugé fier. ». Gaston Poux, natif du Jura, habite Paris avant-guerre, et est venu s'installer en Bretagne en 1939 en se mariant à une nommée Renée Lucas, débitant à Ergué-Armel. Il tiendra avec elle le café-tabac au 2 route de Rosporden, dans un quartier qui jouxte l'entrée de la commune d'Ergué-Gabéric.

Les accusations politiques sous-jacentes qui motivent le commissaire Le Leyour sont dues aux accointances de Gaston Poux avec le Parti Social Français qui certes prône la résistance, mais défend une ligne très conservatrice et anti-communiste. L'accusé conteste ce militantisme, se contentant d'avoir « collaboré, et cela de façon bénévole, à un hebdomadaire de vrais résistants ». Le commissaire est accusé d'avoir ameuté « la presse, en l'incitant même à se livrer à une campagne perfide, violente, qui à elle seule, a créé une psychose, une folie quasi-générale soigneusement entretenue, l'ambiance contre laquelle la Justice elle-même ne pouvait plus rien. »

Guy Kergoet est chargé en 1950 d'une troisième enquête à la suite de la demande de révision. Il reprend les éléments d'argumentation de Gaston Poux en concluant « la participation du groupe BOURMAUD-FILLIS-QUINET dans l'affaire dite "de la Salle-Verte" peut être mis en doute », ceci en mettant en exergue les incohérences du dossier d'accusation, et par là même les exactions du précédent commissaire chargé d'enquête.

Mais cela ne suffira pas pour réhabiliter les condamnés Poux et Bourmaud, car d'une part la preuve de leur innocence n'est pas formellement apportée, et seule la culpabilité établie d'un autre meurtrier pouvait, semble-t-il, constituer un élément nouveau nécessaire à la révision éventuelle du procès. Gaston Poux décédera en 1974 à Colmar dans le Haut-Rhin, à l'âge de 81 ans, soit 26 ans après sa condamnation.

En savoir plus : « 1949-1950 - Demande de révision du procès de la tuerie de la Salleverte »

[modifier] 42 Troisième et dernier tome de la BD

Billet du 09.03.2019 - Ce mercredi 6 mars les éditions Soleil ont font paraître dans leur collection "Soleil Celtic" la bande dessinée « 3. Le Persécuté », confectionnée par Babonneau - Betbeder - Gonzalbo et inspirée des « Mémoires d'un paysan bas-breton » de Jean-Marie Déguignet.

Comme dans les deux précédents tomes, les paysages et personnages dessinés de Christophe Babonneau sont élégants et bien ficelés, et on y retrouve avec plaisir certains lieux fréquentés par Déguignet sur la fin de sa vie, comme la gare de Quimper, le Stangala alias Stang-Odet, la chapelle de Kerdévot, le village de Quélennec, la ferme de Toulven, ...

Par contre, au niveau de la trame narrative et du choix des sujets, on ne peut être que très critique, et peut-être encore plus pour ce dernier tome :

Image:Right.gifImage:Space.jpgOù sont passés les délires de persécutions de Jean-Marie Déguignet qui font la matière des 450 dernières pages des mémoires ? Hormis de nombreuses planches sur son mariage et ses combats de modernisations agricoles, ses longs poèmes incantatoires, ses « Rimes et Révoltes », et les violents brocards contre ses contemporains sont comme absents de la BD.

Image:Right.gifImage:Space.jpgLes nombreuses observations de la vie politique faites par Déguignet dans ses mémoires, et notamment les victoires électorales des républicains, l'affaire Dreyfus ou l'expulsion des congrégations, n'ont pas la faveur d'une seule bulle (ou phylactère en langage savant).

Image:Right.gifImage:Space.jpgPages 87 et 88, Déguignet cède ses cahiers à un mémorialiste pour 100 francs, et le nom de ce dernier, Anatole Le Braz, n'y est pas du tout mentionné. Alors qu'on sait l'importance de cet épisode, la publication partielle et tardive des cahiers dans la Revue de Paris, la rédaction de nouveaux cahiers et les critiques acerbes que Déguignet prononcera à son encontre.

Image:Right.gifImage:Space.jpgSignalons quelques autres inepties : la consommation de cigarettes par Jean-Marie Déguignet page 70-71 est peu plausible car, même s'il gérait un débit, le tabac dans les années 1880 est utilisé essentiellement pour la pipe ou pour chiquer ; la présence page 13 de vaches et de cochons dans l'enclos de la chapelle de Kerdévot est incongrue (les  animaux  étaient  auto-

 

risés sur le placitre ombragé, mais interdits en deçà de l'entour sacré délimité par un muret et des échaliers).

En savoir plus : « BABONNEAU Christophe et BETBEDER Stéphane - Mémoires d'un paysan bas-breton Tome 3 »

[modifier] 43 Un décret pour Kerdévot en 1809

Billet du 02.03.2019 - Cette semaine, un dossier trouvé aux Archives Nationales, dans la série AF des Rapports Ministériels datés de 1809 et contenant une lettre du ministre des cultes à son empereur Napoléon, le texte du décret impérial de la donation de Kerdévot et un document notarié daté de 1804.

Félix Bigot de Préameneu est le ministre des cultes depuis 1808, en remplacement de Jean-Étienne-Marie Portalis, tous deux ayant été les principaux rédacteurs du code civil napoléonien. Préameneu connaît bien Kerdévot et les chapelles bretonnes puisque, né à Rennes, il a été avocat du Parlement de Bretagne.

Le 15 mars 1809 il écrit donc à son roi et empereur : « Sire, Jérome Crédou propriétaire de la chapelle de Kerdévot, située en la commune d'Ergué-Gabéric département du finistère, en a, par acte devant notaire du 16 ventise an 12, fait donation à la fabrique de l'Eglise succursale dudit Ergué-Gabéric. M. l’Évêque de Quimper a fait déclaration sur l'acceptation, sauf l'approbation de votre Majesté, conformément à l'article 73 de la loi du 19 germinal an X. J'ai l'honneur de prier Votre Majesté, de vouloir bien l'accorder par le Décret dont je joins le projet au présent Rapport. »

En bref, le texte du décret impérial est le suivant : « Napoléon, Empereur des Français, Roi d'Italie et protecteur de la Confédération du Rhin, ... Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Article 1. Le maire de la commune d'Ergué Gabéric, département du finistère, est autorisé à accepter la donation de la chapelle de Kerdévot située audit Ergué Gabéric, faite en faveur de la fabrique de l'Eglise de la dite commune, par Jérome Crédou, »

Ce formalisme fait suite à une interrogation en 1807 du desservant d'Ergué-Gabéric et de son évêque sur la nature de la restitution de la chapelle sous forme de don ou de vente et sur les intentions réelles du propriétaire des lieux depuis 1794. Avec un décret impérial de donation, qui plus est à la fabrique et au maire par délégation civile, la phase de privatisation est annulée et la situation est clarifiée.

Dans le dossier de préparation du décret, le document notarié signé en mars 1804 dans lequel le citoyen Jérome Crédou restitue la chapelle qu'il a acquise au moment de l'adjudication des Biens Nationaux en 1794, est annexé : « il déclare

 

n'avoir fait que pour empêcher la profanation de la dite Eglise qui pouvait être utile à la dite commune d'Ergué-Gabéric, en conséquence il déclare par le présent faire don de la dite chapelle au profit de la dite commune pour l'avantage d'icelle ». Le document adressé au ministre des cultes a été contresigné en 1806 par le président du tribunal de première instance de Quimper comme gage d'authenticité et de moralité.

Mais en juillet 1809, soit 5 mois après le décret impérial, la polémique va reprendre : dans un autre document notarié, on apprend en fait que Jérome Crédou, lors de la ventes aux enchères de la chapelle suite à confiscation par les autorités révolutionnaires, n'étaient qu'un prête-nom, qu'il n'avait pas avancé les 6.000 lires pour l'acquisition,
car cette somme avait fait l'objet d"une quête auprès des paroissiens qui voulaient protéger le lieu d'une appropriation privée.

Donc, avec la promulgation du décret officiel signé de l'empereur des français, l'affaire se finit bien et la chapelle peut redevenir patrimoine communal.

En savoir plus : « 1809 - Décret Napoléonien de donation de Kerdévot en faveur de la fabrique de l'église »

[modifier] 44 Aliénation de chapelles tréviales

Billet du 23.02.2019 - « L'an troisième de la République française une et indivisible, le huit floréal neuf heures du matin, ... avons procédé à l'adjudication définitive indiquée à ce jour des biens nationaux dont la publication a été faite conformément au décret. »

Les propriétés de l'Église qui ont été saisies, nationalisées et vendues lors de la Révolution française forment, au même titre que les biens nobles expropriés, les biens nationaux. Ces derniers ont été vendus à des propriétaires privés pour résoudre la crise financière concomitante à la Révolution, mais les édifices religieux, hormis les ruines, seront très vite restitués à la commune.

À Ergué-Gabéric, il y a lieu de distinguer d'une part les chapelles tréviales et d'autre part les biens religieux de la fabrique au niveau paroissial, à savoir église et presbytère. Les chapelles tréviales étaient des biens de l'église au service d'une sub-division de la paroisse, bien qu'ayant dépendu auparavant de seigneuries locales ou distantes (Quistinic ou Landévennec).

Les chapelles d'Ergué-Gabéric, au nombre de six, sont chacune localisées dans une « trève » distincte, c'est-à-dire une succursale de paroisse, subdivision rendue nécessaire par l'éloignement du lieu de culte paroissial au bourg. La plus grande est celle de Kerdévot, ensuite les deux chapelles opérationnelles de St-Guénolé et St-André, et enfin les trois édifices en ruine de Ste-Appoline, St-Joachim et St-Gildas.

Les documents disponibles sont d'une part des procès-verbaux d'expertise et d'estimation, datés des 5 à 10 brumaire de l'an 3 (soit en octobre 1794), et d'autre part les minutes de ventes aux enchères datées du 8 floréal de l'an 3 (soit en avril 1795).

Dans le document d'expertise de Kerdévot, la formule décrivant les lieux comme « dépendant du ci-devant fief de Quistinic en Edern » semble étrange au premier abord. Certes au 16e siècle plusieurs mouvances d'Ergué-Gabéric dépendaient de ce domaine de Quistinic/Chataigneraie, notamment Squividan, Le Lec, Tréodet. Mais les prééminences premières et supérieures de la chapelle de Kerdévot sont réputées être elliantaises par les seigneurs de Tréanna et de Botbodern. Néanmoins l'idée d'une dépendance de Quistinic pourrait être défendue si l'on accepte que le blason central de la maitresse-vitre est celui des Liziart, apparentés aux Liziart de Trohanet et aux seigneurs de Quistinic.

La chapelle de Saint-Guénolé est dite située « au grand Quéllennec dépendante de la ci-devant abbaye de Landévennec et sans dépendances, ni issues ». Elle est effectivement dédiée au premier abbé de Landévennec, et dans des aveux datés de 1647 et 1656, les terres du Guelennec sont déclarées en chefrente avec « foi et hommage » et dîme au seigneur abbé de Landévennec et la fontaine et la chapelle de « Monsieur Sainct guenolle » y sont mentionnées. Par contre on ne trouve pas de mention de la chapelle dans les chartes du cartulaires de Landévennec.

 

1. Kerdévot 2. Saint-Guénolé 3. Saint-Joachim 4. Saint-André 5. Ste-Appoline 6. Saint-Gildas
Estimations 800 l 400 l 120 l 100 l 80 l 70 l
Ventes 6000 l 630 l 125 l 395 l 85 l 75 l
Acquéreurs Jérôme Crédou Alain Rannou Laurent Le Corre Pierre-J Crédou Marie-M Merpaut Alain Rannou
Origine Quistinic Landéven-nec Lezergué Lamarche Lamarche Pennarun
Dimensions 22 m x 13 x 6 16 m x 9 x 4 16 m x 9 x 4 11 m x 6 x 5 17 m x 5 x 2,6 14 m x 5 x 2,6
Suites Restituée Restituée Privée Démolie Démolie Démolie

Quant aux quatre autres chapelles elles sont sur des « terreins » des seigneurs locaux, les La Marche de Lezergué - La Marche Père pour Saint-André et Fils pour Saint-Joachim et Sainte-Appoline - et les Geslin de Pennarun pour la chapelle de Saint-Gildas. Toutes ces chapelles sont soit en ruine, soit « en mauvaise réparation ».

Pour les prix estimés et d'adjudication, il y a un gros écart entre ceux de la chapelle de Kerdévot (800/6000 livres), Saint-Guénolé (400/630) et les autres autour de cent livres. On constate quand même que la chapelle de Saint-André, classée 4e, a été sous-estimée au départ, car ses enchères atteignent plus de 3 fois la valeur de Saint-Joachim, classée 3e au moment des estimations.

Les acquéreurs qui emportent les enchères de ces chapelles sont tous gabéricois, à l'exception de Marie-Madeleine Merpaut, négociante quimpéroise, qui a acquis la chapelle de Sainte-Appoline en même temps que le manoir voisin du Cleuyou. Les adjudicataires d'Ergué-Gabéricois sont trois agriculteurs et Laurent Le Corre, aubergiste au bourg.

Les chapelles seront restituées à la commune au moment du Concorcat en 1804, sauf celle de Saint-André et les édifices en ruine qui resteront privées. Au moment de la restitution de Kerdévot les langues vont se délier : face aux réticences de Jérome Crédou pour se séparer de son acquisition, il sera fait état de la réalité de son rôle de prête-nom et de l'organisation d'une grande quête des paroissiens pour récolter 6000 livres et protéger le lieu-saint d'une privatisation. Cela se passera plus sereinement pour Saint-Guénolé, mais par contre les pierres des chapelles en ruine seront utilisées ou vendues pour d'autres constructions.

* * *

Prochainement sur GrandTerrier, on s'intéressera aux autres « biens nationaux », c'est-à-dire aux biens de la fabrique (presbytère, église), ainsi qu'aux manoirs et mouvances nobles.

En savoir plus : « 1794-1809 - Aliénation des biens du clergé mis à disposition de la Nation », « 1794-1795 - Estimation et vente de la chapelle de Kerdévot » + docs équivalents des 5 autres chapelles tréviales.

[modifier] 45 Un état civil tenu par un prêtre

Billet du 16.02.2019 - Dans leurs versions numérisées par les Archives départementales du finistère, les 34 folios recto-verso du tout premier registre d'état civil des naissances de la commune d'Ergué-Gabéric couvrant l'an 2 de la nouvelle république française une et indivisible, à partir de janvier 1793.

En janvier 2019, les Archives départementales du Finistère ont mis à disposition une grande partie des registres paroissiaux et d’état civil de la commune d'Ergué-Gabéric conformément au tableau ci-dessus.

En fait, à ce jour, seuls les registres paroissiaux d'avant 1793, les fameux BMS (Baptêmes, Mariages et Sépultures), restent sous support de micro-films, les autres ayant été numérisés à partir de leur support papier d'origine avec une qualité obtenue bien supérieure aux micro-films.

Les registres numérisés des naissance (N) sont disponibles sur Internet pour la période 1793-1915 et en salle pour les années 1616-1936 ; les registres de mariages (M) et de décès (D) sont visibles sur Internet pour la période complète 1794-1936.

Le décret de l'Assemblée Législative du 20 septembre 1792, veille de sa dissolution, définit un nouveau mode de « constater l'état civil des citoyens », en remplacement des registres paroissiaux et désormais à la charge de la nouvelle administration communale. Le décret s'applique à Ergué-Gabéric 3 mois seulement après cette date, le nouveau registre étant adopté en janvier 1793.

Ce premier registre historique d'état civil de la commune contient 145 articles ou actes pour la période de début 1793 à septembre 1794, ce en 3 parties :

Image:Right.gifImage:Space.jpgfolios 1 à 22 en recto-verso : articles 11 à 120 du 9 février 1793 à 29 floréal (18 mai 1794). A noter d'une part que les 10 premiers articles (2 folios de janvier) sont manquants et que le dernier folio a été numéroté n° 2 par erreur sur le site des Archives départementales.

Image:Right.gifImage:Space.jpgfolios 23 à 28 en recto-verso : articles 1 à 25 supplémentaires à partir du 30 floréal (19 mai) jusqu'au 5e jour des « sanculotides » (21 septembre 1794)

Image:Right.gifImage:Space.jpgfin de folio 28 à folio 34 : tables des naissances, avec pour chaque nom-prénom de nouveaux-nés, et le « rôlle » de son enregistrement (c'est-à-dire le folio + 2, car la table référence les deux premiers rôles manquant) et le n° d'article de l'acte.

C'est seulement le 24 novembre 1793, c'est-à-dire le 4 frimaire de l'an 2, que le nouveau calendrier révolutionnaire devient obligatoire dans tous usages civils. Dans le registre d'Ergué-Gabéric, ce changement d'écriture des dates de naissance a lieu 19 jours après le décret, à savoir le 23 frimaire, ce à l'article 80 du folio n° 16.

Quant aux officiers publics en charge de l'écriture des actes, il faut noter pour Ergué-Gabéric une particularité : autant pour les premiers actes l'officier Jean Le Jour est bien laïc, autant pour les 25 derniers et pour les actes du registre suivant,  derrière l'officier

 

public Rolland Coatmen, se cache le recteur assermenté de la paroisse. Rolland Coatmen a pris la succession du recteur réfractaire Alain Dumoulin qui s'est exilé à Prague.

Rolland Coatmen remplira sa mission d'officier public en rédigeant les actes d'état civil jusqu'au 17 messidor de l'an 3 (05.07.1795). En 1798 alors qu'il est recteur de Quéméneven, il sollicitera un certificat au maire d'Ergué-Gabéric qui le rédige ainsi : « Nous signant officiers municipaux de la commune d'Ergué-Gabéric canton rural de Quimper département de finistère certifions que le citoyen Rolland Coatmen pensionnaire ecclésiastique a résidé dans notre commune depuis l'an 1792 jusqu'à l'an 3 de la République, qu'il a donné pendant la résidence toutes les preuves possibles de civisme »

En savoir plus : « 1793-1794 - Le premier registre d'état civil des naissances de la commune »

[modifier] 46 Gwerzhañ al laez ha charreat teil gwechall

Billet du 09.02.2019 - « René Danion, deus an Erge-Vraz, a gont deomp penaos 'oa ar vuhez ba' feurm e zud en amzer e vugaleaj », René Danion d’Ergué-Gabéric, nous raconte comment était la vie à la ferme familiale du temps de son enfance, interview de Lors Jouin en 2017 pour BeCeDia Sevenadurioù.

René Danion, né en 1932, est un agriculteur, installé à 18 ans à Kerhamus en Ergué-Gabéric après son école d'agriculture au Nivot en 1950, à la suite de ses grands-parents et parents, « faisant du lait » comme eux et livrant directement lui-même ses clients quimpérois.

Il a été interviewé récemment, pour parler des livraisons de lait et de l'entraide pour le fumier (cf transcription et traduction complètes de l'interview en fin de l'article qui lui est consacré), a été publiée sur le site bcd.bzh/becedia, sur la chaine video « Komzoù brezhoneg » de Lors Jouin qui a pour vocation de recueillir auprès de bretonnants natifs les parlers et les accents qui font la diversité de la langue bretonne.

Faire du lait, et non du beurre, telle était la vocation des trois générations de Danion à Kerhamus. La ferme étant située en bordure ouest de la commune, à proximité de la ville de Quimper, René Danion évoque les livraisons de son lait aux clients de Quimper (pâtissiers, restaurants, épiceries ...), non pas par camion citerne, mais dans des pots en alumimium de 20 à 30 litres qu'il fallait porter : « podoù ugent litrad ... lod a oa pounneroc'h ivez ...bez e oa unan hag a oa tregont litrad e-barzh ».

Il compare la qualité appréciée de son lait, par rapport à celui collecté et vendu par la coopérative : « Ne oa ket "pareil" nann ... n'eo ket memes blaz ken  ». Le mot « blaz » (et non du nez, bien que le terme veut aussi dire odeur !) évoque « son goût qui n'était pas pareil ». La raison de la différence était en partie due à la quantité de crème (« an dienn » en breton) conservée dans le lait de Kerhamus.

On notera aussi l'expression bretonne « an hanter keroc'h » qui souvent est dite en français « à moitié plus cher » par les bretonnants, alors qu'en fait il s'agit du double, la moitié étant appliquée en breton au prix total, et non au prix de départ.

  unauthorized usage of addHtml extension.

Lors des livraisons quotidiennes à Quimper, il est aussi question des commandes de légumes (sacs de pommes de terre, choux pommés ...), de balles d'avoine qu servaient de matelas aux bébés, de bois de chauffage et de barriques de cidre.

La deuxième partie de l'interview porte sur l'importance autrefois du charroi et épandage du fumier. René Danion a écrit de belles pages sur ce sujet dans le premier chapitre de son livre « L'entraide agricole à Ergué-Gabéric de 1930 à 1960 ».

L'intérêt est ici d'entendre le descriptif de cette activité en langue bretonne : « neuze en em sikouriñ evid ar ...evid charreat teil da gomañs », où « charreat teil » (charroi de fumier) est le transport de tout le fumier des crèche dans les champs, une grosse journée de travail en fin d'année avant que les domestiques s'absentent 10 jours pour négocier leurs gages.

Quatre à cinq personnes par charroi étaient nécessaires. Et parmi eux, celui qui était surnommé « an tenner a-dreñv » (le tireur arrière), chargé avec son croc (« kreier don ») de faire tomber au sol le fumier de la charrette.

En savoir plus : « Rene Danion deus an Erge-Vras, Komzoù brezhoneg gant Lors Jouin », « René Danion, agriculteur-éleveur à Kerhamus »

[modifier] 47 Une gabéricoise féministe en résistance

Billet du 02.02.2019 - « Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes - Ni l’orgue ni la prière aux agonisants - ... Vous vous étiez servi simplement de vos armes - La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans », Louis Aragon, Strophes pour se souvenir, cérémonie d'inauguration de la rue du Groupe-Manouchian.

On connaît aujourd'hui l'arrestation en 1943 du groupe Manouchian par la Brigade spéciale no 2 des Renseignements généraux de la police française. Ces jeunes francs-tireurs et partisans communistes ont fait partie de la branche MOI (Main-d'Ouvre Immigrée) de l'organisation FTP (Francs-tireurs et Partisans) et fusillés au Mont-Valérien. L’affiche rouge ci-contre de propagande allemande a été placardée massivement en France sous l'Occupation pour dénigrer ces résistants communistes.

Jeanne Le Pape est arrêtée en 1944 par la même Brigade Spéciale. Elle est née le 5 septembre 1895 à Pennanec'h de parents journaliers agricoles. Elle se marie en 1919 avec Alain Le Corré né en 1890 dans le village voisin de Quélennec.

À la lecture du compte-rendu de son interrogatoire par les Renseignements Généraux on apprend que :

Image:Right.gifImage:Space.jpgElle est domiciliée en 1937 à Saint-Denis en région parisienne « dans un logement au loyer annuel de 1.000 francs »

Image:Right.gifImage:Space.jpgEn 1941 son mari décède, et son fils né en 1920 « est en Allemagne » (sans doute dans un camp de prisonniers ou de STO).

Image:Right.gifImage:Space.jpgAvant guerre, journalière de profession, elle travaille à la mégisserie Floquet, spécialisée dans le tannage de cuirs à St-Denis, et est embauchée ensuite par les établissements Cams en août 1943.

Image:Right.gifImage:Space.jpgAvant 1939 elle milite au sein de « l'Union des Jeunes Filles de France », affiliée au Parti Communiste, pour défendre l'égalité des droits avec les hommes, aussi bien dans le domaine politique qu'économique.

Elle est arrêtée le 5 mai à l'occasion d'une rafle parmi les relations de Lucien Briffaut et Germaine Debail, deux membres actifs des FTP qui préparent une action contre un officier de police : « Le 4 courant, un homme et une femme qui semblaient surveiller, rue de Nanterre à La Garenne, un immeuble habité par un inspecteur du Commissariat de Colombes, ont été appréhendés. »

Au total 34 personnes sont arrêtées et chez certains de la documentation et une machine à écrire, ainsi que des armes, sont trouvées : «  3 pistolets, 3 grenades, 50 déto ..., 3 mitraillettes, 6 chargeurs ». Jeanne, appréhendée alors qu'elle rend visite à Germaine Debail apparaît dans la liste des « hébergeurs, agents de liaison et autres complices ». Elle se désolidarise de son amie qu'elle a connue chez Floquet avant guerre en invoquant une affaire de location de logement vacant : « Lorsque je voyais Debail, elle ne me parlait pas de son activité politique ; d'ailleurs je la voyais très rarement. »

Les brigades spéciales (BS) de la préfecture de police de Paris spécialisées dans la traque aux « ennemis intérieurs », principalement communistes, prisonniers évadés ou réfractaires au STO, sont très organisées et très liées aux polices allemandes. Pour la rafle « Briffaut et autres » de mai 1944, la BS n° 2 a rédigé de nombreuses fiches et rapports d'opérations et d'interrogatoires

 

dans lesquels transparaît l'éthique nazie. Notamment ce qualificatif de « race aryenne » indiqué systématiquement pour identifier les interpellés, y compris bien sûr Jeanne Le Pape.

La courageuse féministe sortira de prison et connaîtra la Libération de Paris en août 1944. Elle décède à l'age de 79 ans le 6 mai 1975 à Argenteuil, près de Saint-Denis.

* * *

Grâce au dossier d'interpellation de mai 1944, Jeanne Le Pape a désormais sa notice en tant que native d'Ergué-Gabéric dans « Le Maitron », le dictionnaire biographique des mouvements ouvriers et sociaux :

« LE CORRÉ Jeanne, Marie, née LE PAPE. Née le 25.09.1895 à Ergué-Gabéric (Finistère), fille de journaliers, mariée dans sa commune natale le 29 juin 1919 avec Alain, Joseph Le Corré, mère d’un enfant, journalière à Saint-Denis (Seine), Jeanne Le Corré était l’une des animatrices de l’Union des comités de Femmes de l’Ile de France en 1939 ... ».

En savoir plus : « MAITRON Jean - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social », « 1944 - Arrestation de la féministe Jeanne Le Pape, communiste et sympathisante FTP », « Jeanne Le Pape, journalière féministe et militante communiste »

[modifier] 48 Spectacle et pièce de théâtre en 3 actes

Billet du 26.01.2019 - « Et dans les théâtres, nous avions une faveur spéciale et précieuse : pendant que les civils étaient obligés de faire queue et de rester grelotter l'hiver des heures entières pour avoir une place, nous autres, il nous suffisait d'arriver dix minutes avant l'ouverture des portes pour y entrer librement, en passant entre deux haies de civils qui enviaient notre bonheur. » (Intégrale des Mémoires d'un paysan bas-breton, cahier n° 7, p. 34)

Jean-Marie Déguignet, s'il vivait aujourd'hui, serait surpris de savoir qu'au moins deux pièces et représentations contemporaines sont consacrées à ses réflexions autobiographiques et philosophiques, l'une composée par un professionnel médico-social et passionné de linguistique, et l'autre jouée par un comédien français reconnu.
La première est un drame historique en 3 actes écrit par Benoit Corriol : 1. L'empire, 2. La guerre, 3. La paix. La référence au libre-penseur Jean-Marie Déguignet n'est pas explicite, mais on peut naturellement y reconnaître une libre interprétation de ses « Mémoires d'un paysan bas-breton ».

Le personnage principal lui-même est prénommé François Marie, fils de Jean Marie, comme s'il y avait eu un dédoublement de personnalités entre le « père prévoyant et prométhéen » et le fils « plutôt fragile et malingre » et « solide et résistant durant sa carrière militaire ». Parmi les autres personnages, on notera entre autres l'apparition intéressante d'un Le Bras en « ami fidèle d'enfance ».

La force et valeur de cette pièce de théâtre sont intrinsèquement dans les déclamations incantatoires d'un véritable « conquérant du XIXe siècle »  :

Image:Right.gifImage:Space.jpgLa 4e de couverture est tout simplement un poème d'inspiration Homérique : « - Heureux qui comme lui a fait un long voyage - Et comme celui là qui conquit sa liberté - Dans la folle mer, au prix de sa sérénité - Le feu, le sang ; le chemin devint sauvage ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpgLa croyance de François Marie en les bienfaits de la science est très ancrée : « La science, elle est en toute chose, bien plus sûrement que Dieu ... Peut-être qu'en comprenant les mouvements des abeilles, nous comprendrons la marche du monde. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgSes colères contre le religieux sont réécrites avec force : « Les écrits fripons de vos cardinaux soupèsent la doctrine de la foi au regard des pièces d'or. La sainteté vendue comme les indulgences. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgNéanmoins une espérance positive transparaît au moment du testament réadapté au public de la pièce : « Je vois les lumières de l'électricité et de la lune se refléter dans les flaques de cette place goudronnée. Moins de pavé pour défendre la république. Le peuple saura bien faire vivre la démocratie comme nous l'avons fait, les générations avant eux ... »

La seconde représentation est un spectacle conçu en 2008, s'inspirant directement des « Mémoires d'un paysan bas-breton » :

  fils de mendiant, il s’engage dans l’armée de Napoléon III et s’intéresse aux religions qui n’ont jamais cessé de s’affronter ; de retour au pays, il se marie et exerce le métier potier et essaie de trouver le sens du monde et de sa vie.

Quant au titre, on ne peut pas s'empêcher de penser aux « Rêveries du promeneur solitaire », ouvrage inachevé de Jean-Jacques Rousseau rédigé entre 1776 et 1778, où l'auteur délivre des réflexions autobiographiques et philosophiques.

Le potier parle, de ses voyages et des religions, tout en activant son tour de potier et montrant ses poteries d'argile :

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Quel Jésus ? Il a vécu là autrefois à Jérusalem. Il parait qu'autrefois cet homme-là il disait qu'il était le Fils de Dieu ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« À peu près dans la même région, quelques siècles plus tard, voilà qu'un arabe, un certain Mohammed, se met à faire à peu près les mêmes discours à propos de Dieu ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Alors c'est la guerre, tout simplement la guerre. Les religions pour qu'elle se fassent reconnaître et se faire respecter, ça a toujours été par la violence ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Heureusement il n'y a pas que de la colère, il y a aussi de la beauté. C'est vrai, la religion catholique, elle est ce qu'elle est, mais quelle beauté artistique elle a engendrée ... »

En savoir plus : « CORRIOL Benoit - François Marie », « Rêveries d'un potier solitaire par Loïc Pichon »

[modifier] 49 Breton dans l'armée fédérée en 1871

Billet du 19.01.2019 - Les malheurs d'un fils de journalier d'Ergué-Gabéric pendant la guerre de 1870 et la Commune de Paris au travers de ses condamnations militaires, son rejet de demande de grâce et sa notice dans le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social.

D'aucuns affirment que, pendant la Commune de Paris, les bretons se sont illustrés uniquement dans les rangs des Versaillais, avec Thiers, pour mater les insurgés de Paris. Le document ci-dessous prouve qu'il existe des exceptions, que certains finistériens ont été du côté des communards et ont subi ensuite la répression militaire des vainqueurs.

Notre natif d'Ergué-Gabéric s'appelle Yvon Queinnec, Yves-Marie sur son acte de naissance en 1845, et son père journalier agricole loue cette année-là un penn-ty dans le village de Quélennec. Sans doute les Queinnec connaissent-ils Jean-Marie Déguignet, enfant de Quélennec entre 1838 et 1848, qui deviendra aussi militaire et écrira ses « mémoires de paysan bas-breton ».

Yvon Queinnec monte d'abord sur Paris pour y exercer le métier de « valet de chambre ». En pleine guerre contre la Prusse il est engagé volontaire dans le 4e régiment de zouaves. Et en janvier 1871 il participe à la prise de la redoute de Montretout en St-Cloud, au-dessus de Garches, occupée par l'armée prussienne. Dans le rapport d'enquête de 1872 Queinnec dit y avoir été blessé, mais le rapporteur ajoute « dit-il », comme s'il ne le croyait pas du tout.

Ensuite Queinnec change de camp, et il va se battre dans les rangs de l'armée fédérée : « Sous la commune il a appartenu à la 2e batterie d'artillerie de la 5e légion ». Au mois de mai il est de service pendant 3 jours sur les barricades fortifiées de la porte Maillot, juste avant le 21 mai qui est le début de la semaine sanglante.

Quand il sera jugé, il essaie de se justifier comme il peut devant les enquêteurs et les militaires en charge de la répression : « Son système de défense consiste à alléguer qu'il a été contraint de servir, et qu'il s'est borné à faire la cuisine, excuse trop souvent invoquée pour qu'elle puisse être admise. »

Le 21 mai, l'armée versaillaise étant entrée dans Paris, il se replie derrière les barricades du Panthéon. Il rentre se reposer chez lui rue d'Ulm, près du Panthéon, et le 23 mai il est fait prisonnier.

Son histoire, relatée dans le document d'archives ci-dessous, ne s'arrête pas là : comme 20.000 communards arrêtés à Paris, afin d'alléger les prisons versaillaises surchargées, il est mis dans un train et transféré sur un « ponton » dans un port comme Brest où ils sont les plus nombreux à y être emprisonnés. Les pontons sont de vieux vaisseaux désaffectés, sur lesquels on entasse les prisonniers. Chaque ponton abrite de 700 à 900 hommes enfermés dans les batteries (emplacement des canons, sur les anciens vaisseaux de guerre), dans une quasi-obscurité.

 
[Barricade à la porte Maillot, mai 1871]

Et là, Queinnec se fait remarquer par un acte d'insubordination, il est condamné en février 1872 par le 1er conseil de guerre maritime à 6 mois d'emprisonnement « pour rébellion sur les pontons, envers un agent de la force armée. »

La condamnation finale pour sa participation à la Commune de Paris sera prononcée le 8 mai 1872 par le 13e conseil de guerre : « condamnation à un an d'emprisonnement et à cinq ans de surveillance de la haute police, pour participation à l'insurrection de Paris. »

Un recours en grâce est formulé par des « personnes se disant parents ou amis du condamné », et parmi ceux-ci sans doute son jeune frère François-Alain qui est caporal d'armes. La demande est refusée et il est « transporté à la maison de correction de Vitré » ; on ne sait pas ce qu'il deviendra par la suite.

* * *

Sur la base de ces informations, essentiellement celles du dossier de recours en grâce, Yvon Queinnec a désormais sa notice en tant que natif d'Ergué-Gabéric dans « Le Maitron », le dictionnaire biographique des mouvements ouvriers et sociaux :

« QUEINNEC Yves, Marie. Né le 1er novembre 1845 à Ergué-Gabéric, arr. de Quimper (Finistère) ; célibataire ; valet de chambre. Il était engagé volontaire au 4e régiment de zouaves pour la durée de la guerre et avait été blessé, dit-il, à Montretout. Sous la Commune, il fit partie de la 2e batterie d’artillerie de la Ve légion ... ».

Six autres personnalités nées ou ayant séjourné à Ergué-Gabéric ont, comme Yvon Queinnec, leur fiche dans Le Maitron et on vous les présentera très prochainement.

En savoir plus : « MAITRON Jean - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social », « 1872 - Condamnation d'Yvon Queinnec pour insurrection par le 13e conseil de guerre », « Yvon Queinnec, engagé volontaire et communard condamné pour insurrection »

[modifier] 50 La Fée Electricité à Ergué-Gabéric

Billet du 12.01.2019 - Coupures de presse de 1932-33, comptes-rendus de conseils municipaux de 1937-38 pour autoriser des emprunts pour l'extension du programme d'électrification de la commune, son financement, des photos commémoratives et des témoignages sur ce « bienfait de nos campagnes. ».

Les documents de 1937-38 concernent l'extension du l'acheminement de l'électricité sur la commune, notamment pour desservir 3 fermes isolées (Kervern, Penvern et Kerlavian) à l'est de la commune, et détaillent le coût des opérations pour la commune et de son financement par une hausse d'impôt.

Le projet de réseau électrique rural du département du finistère est lancé dans les années 1930 avec création d'entreprises et syndicats d'électrification. Dans la région quimpéroise, jusqu'aux nationalisations d'après-guerre, deux compagnies se partagent les installations : la société Lebon et Cie, une entreprise de Dieppe spécialisée initialement dans l'éclairage au gaz et reconvertie dans le conrant alternatif, et Sud-Finistère électrique, entreprise créée en 1919 pour distribuer le courant continu. Pour la pose des poteaux en ciment ajouré c'est la société Cabagno qui est sollicitée.

En février 1932 le député Maurice Bouilloux-Lafont, élu de la 1ère circonscription Quimper, annonce l'accord de financement : « Subvention principale et complémentaire payable dans la limite des disponibilités budgétaires s'élevant à 42% des dépenses qui seront réellement faites »

Le premier chantier amène l'électricité et l'éclairage au bourg et à Lestonan dès 1933, et dessert la majorité des fermes et villages en 1934-37. Si l'on prend comme référence les subventions accordées aux trois communes de Pluguffan, Plomelin et Ergué-Gabéric, on peut calculer que pour cette dernière le coût de l'électrification est de l'ordre de 185 000 francs (233 940 / 3 / 0,42).

En 1938 un surcoût de 43 260 francs pour l'extension du réseau sur la partie est de la commune est autorisé par le conseil municipal et par le préfet.

Cette dépense est financée à hauteur de 42% par le ministère de l'agriculture, et le reliquat par un emprunt de 20 ans à la Caisses des Dépôts et Consignation qui entraîne d'un impôt exceptionnel de 7 centimes : en fait il faut comprendre 7 centimes pour un euro de contribution, soit une hausse de 7% sur les trois impôts collectés au niveau communal (foncier, habitation et patente).

Comme le coût du premier chantier s'élève à 4 fois le montant du projet d'extension, on peut estimer que l'électrification rural d'avant guerre de la commune aura généré une hausse de 35% de contribution fiscale de la part des habitants de la commune.

[Détail de la grande fresque "La fée électricité" de Raoul Dufy, Expo Inter. 1937]

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1937-38 Extension du réseau électrique communal »

 
[Arrivée de l'électricité et éclairage public au Bourg en 1933]

La photo ci-dessus a été prise au bourg lors d'une fête de commémoration organisée vraisemblablement par le syndicat intercommunal d'électrification de la région de Quimper. À droite on peut voir un poteau électrique en béton ajouré mis en place par l'entreprise Cabagno.

Après guerre, dans les années 1950, l'électrification s'est poursuivie pour atteindre les hameaux les plus éloignés et des postes transformateurs supplémentaires de quartier ont été installés. Ces extensions de réseau amenaient l'électricité dans des maisons qui n'avaient pas eu la possibilité d'être branchées et, à chaque fois, les habitants fêtaient l’événement comme il se doit.

Ainsi par exemple en 1953, on organise à Garsalec une inauguration officielle du transfo de Guilly-Vraz, un vin d'honneur (cf. la photo dans l'article) et une soirée dansante au café-épicerie Quelven : « Un vin d'honneur était organisé au bistrot Quelven l'inauguration du poste transfo de Guilly-Vraz qui eut lieu en fin de matinée au cours de laquelle est restée en mémoire locale la phrase biblique prononcée m'a-t-on dit par Jean-Marie Quéau de Parc Land, adjoint au maire : "Que la lumière soit et la lumière fut". Après le vin d'honneur, un bal fut organisé le soir dans la même salle par des musiciens amateurs secondés par un électrophone et un micro. » (René Le Reste).

Le progrès est indéniable : « Par la suite la fée lumière équipa progressivement les maisons du quartier ... On mit au rébus la lampe pigeon, et on découvre l'ampoule électrique, une 25 watt, super pour les devoirs des écoliers. » (René Le Reste)

En novembre 1955 on pose un transformateur à Kerroué pour desservir enfin tous les villages de l'est de la commune le long de la route d'Elliant, de Keristin et Kerdilès au moulin du Jet : « Avec la mise sous-tension du poste de Kerroué, Ergué-Gabéric termine pour ainsi dire son plan d'équipement électrique. Il reste cependant le poste de Méouet en construction et quelques branchements isolés qui, nous le pensons, seront bientôt réalisés. » (Le Télégramme). Même le recteur Gustave se déplace pour la cérémonie d'inauguration et bénit le poste transformateur.. Et tout le monde est invité au vin d'honneur « pour arroser comme il se doit cette étape dans le modernisme qui ne doit pas s'arrêter en si bon chemin pour le bienfait de nos campagnes. ».


Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Souvenirs d'électrification rurale dans les années 1932-1955 »

[modifier] 51 Les chroniques de la bonne année

Billet du 05.01.2019 - « En verre et contre tous … au 1er mai 1934 » : ouverture et 4e de couverture du Kannadig, et très bonne année 2019.

Tout d’abord un article sur les admirables vitraux contemporains et controversés de la chapelle de Kerdévot posés en 1994-97.

Puis les guerres de Napoléon via ses voltigeurs et fusiliers gabéricois et une mise à jour sur la dernière patrouille du 10 novembre 1918.

Déguignet est abordé au travers de ses cahiers qui viennent d’être numérisés et mis en consultation sur Internet, et aussi vu par un autre écrivain, Hervé Jaouen.

Côté Bolloré, c’est la procession de la Fête-Dieu en 1918, une double généalogie familiale, des arbres qui seront bientôt les plus hauts de France, et le cri de la S.F.I.O. et du comité de défense laïque en 1927.

Deux documents inédits sur la famille noble Rozerc’h du manoir de Pennarun, respectivement en 1594 et 1617.

Et pour finir ce bulletin, une histoire de gilet jaune le 1er mai 1934 à Paris, non pas sur les Champs-Elysées, mais rue Nationale, aux abords de la cité Jeanne-d’Arc.

Par ailleurs les annales 2018 sont toujours disponibles au prix de 17 euros. Et on a déjà démarré la préparation des annales de 2019 qui seront normalement prêtes plus tôt dans le courant de l’année.

Que 2019 soit une année belle et innovante !


Bloavezh mat d’an holl !


Feu !! A-raok !!

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 44 Janvier 2019 »