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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Sommaire

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1 Le bourg dans les années 1940

Billet du 23.09.2017 - Avant la guerre de 1939-45 les nombreux commerces étaient des lieux incontournables du bourg d'Ergué-Gabéric.

Leur description et localisation sur plan ont été préparées par Jean Le Reste, ancien maire et gabéricois de naissance, ce avec l'assistance de Gaëlle Martin, employée communale chargée du patrimoine. Grand merci à eux deux ! Et toutes autres photos ou infos sur cette période seront bien sûr les bienvenues.

À droite cette ancienne photo d'une rue du bourg avant-guerre et l'image Google d'aujourd'hui au même endroit : autrefois il y avait bien plusieurs commerces dans cette rue de Kerdévot, tout d'abord la boulangerie Balès qui faisait également café et épicerie et un peu plus loin la mercerie et les bonbons de Marie Keraval.

Image:Right.gif cliquer sur la vignette pour agrandir.

Quatorze commerces, incluant les cafés, tabacs, épiceries, tissus, quincaillerie, boulangerie, boucheries, sabotier et salles de danse, ont été identifiés comme ouverts en ces années 1940, à savoir dans l'ordre du plan ci-contre les familles commerçantes Thomas, Bihannic, Poupon, Lennon, Le Dé, Heydon, Balès, Rospape, Troalen, Henry, Keraval et Bernard.

1. Chez Thomas – épicerie, noces, atelier de menuiserie, vente de vélos.

2. Chez Bihannic – boulangerie, café, cabine téléphonique.

3. Chez René Poupon – quincaillerie, plomberie, électricité, tout le nécessaire pour la maison ou la ferme, bar et café.

4. Café de la mairie – tenu par François Lennon – meilleur muscadet du coin. Presse : la Dépêche et l’Ouest-Eclair – épicerie tenue par sa femme – repas de noces à l’arrière, accès par une cour intérieure.

5. Hervé Balès, taxi, et Catherine Le Dé – épicerie, bonbons, tissus. La grand-mère de Catherine Le Dé, madame Chiquet, vivait avec le couple et aidait Catherine Le Dé dans son commerce.

6. Chez Corentin Heydon – bistrot, chaussures, sabots, socques, cirage, clous, semelles de caoutchouc, lacets.

7. Boulangerie de Jean Balès – épicerie, café. Le fournil est à l'arrière. Reprise de la boulangerie par les Nédélec après guerre, avec également la boucherie suite au rachat à Charles Bizien.

8. Local utilisé par le boucher Pierre Rospape de Lestonan, à l’arrière de la boulangerie, près du fournil et de la salle de danse.

 

9. Salle de danse et de noces à l’arrière de la boulangerie – représentations de théâtre, JAC notamment, projection de films.

10. Chez Troalen, Alain – bureau de tabac, timbres postaux et fiscaux, café.

11. Salle de noces au bout de chez Troalen.

12. Dans la cour du bureau de tabac, remise utilisée par le boucher Michel Henry de Lestonan qui venait une à deux fois par semaine.

13. Chez Marie Keraval [1] – mercerie, bonbons. Avant la mercerie de Mme Le Berre, née Marie Keraval, le commerce était détenu par Mme Le Corre.

14. Sabotier Yves Bernard.

En savoir plus : « Localisation et présentation des 14 commerces du bourg dans les années 1940 »

2 Decimam de Erge in pace dimittet

Billet du 16.09.2017 - « Cartulaire, s.m. : registre qui contient les titres de propriété ou les privilèges temporels d'une église ou d'un monastère. »

Entre 1901 et 1909, le chanoine Peyron a entamé une analyse et une transcription des textes en latin des copies intégrales quimpéroises des trois cartulaires originaux conservés à la Bibliothèque nationale de France, et parmi les actes étudiés certains constituent les toutes premières mentions de la paroisse d'Ergué-Gabéric. Ce travail nous a donné l'idée et la curiosité de les étudier plus en détail et d'aller rechercher les originaux sur le site Richelieu de la BnF.

Les trois cartulaires 31, 56 et 51 sont à la fois redondants et complémentaires. Les deux premiers cartulaires, 31 et 56, ont été rédigés à la fin du 13e siècle au 15e, le 51 par contre n'ayant été initié qu'au 14e siècle. Même si la rédaction ne démarre qu'en fin 13e ou 14e, certains actes reproduits peuvent être datés du 12e siècle ou du début du 12e siècle. De nombreux actes ayant étant dupliqués sur les 3 cartulaires, leur numérotation a été refaite par Paul Peyron (cf n°s des "actes P.P." ci-dessous).

Les actes relatifs à la paroisse globale d'Ergué et de sa partie issue d'Ergué-Gabéric, en incluant ses villages et ses personnages, sont les suivants :

Image:Right.gif 1169 ou 1170 - Restitution de dîme à l'église d'Erge par l'évêque - Acte P.P. : 16, p. 46-48. Cart. 56, folio 4.

Image:Right.gif 1267 - Confirmation des dons des précédents évêques par Yvo Cabellic - Acte P.P. : 103, p. 161-163. Cart. 56, folio 54.

Image:Right.gif 1275 - Don d'un chanoine pendant l'épiscopat d'Yvo Cabellic - Acte P.P. : 116, p. 175-176. Cart. 56, folio 34 et cart. 31.

Image:Right.gif 1325 - Obit de Maitre Yves concernant le village de Botsinsic en Ergue Gaboric. Acte P.P. : 202, p. 257. Cart. 51, folio 35.

Image:Right.gif 1327 - Legs pour Henri Morgan, recteur ecclésiastique d'Ergue Gaburic. Acte P.P. : 217, p. 270-271. Cart. 51, folio 34.

Image:Right.gif 1368 - Taxe des bénéfices payée à Rome pour Ergue-Gabic. Acte P.P. : 4, p. 11. Cart. 56, folio 43 et cart. 31, p. 107.

Image:Right.gif 1416 - Liste des évêques de Cornouaille dont Yvo Cabellic, bone vite - Acte P.P. 2, p. 4-6. Cart. 56, folio 59.

Nous nous sommes attachés à détailler ces actes, notamment ceux de 1169-70 et de 1325 citant respectivement pour les toutes premières fois Ergué et Ergué-Gabéric.

L'objet de l'acte de 1169-70 est d'énumérer les points d'accords arbitrés par l'Archevêque de Tours entre les Evêques et chapitres de Cornouaille sur plusieurs points et chefs : « Quedam littere archiepiscopi de quadam concordia inter episcopum et capitulum corisopitense ».

Sur la datation en fin de l'accord « III° kalendas Aprilis » qui est imprécise, le chanoine Peyron fait cette extrapolation : « Le 3 des calendes d'Avril, c'est le 30 Mars. L'année n'est pas spécifiée, mais on doit la chercher entre l'avènement de Geoffroy, évêque de Quimper en 1168, et la mort de Josse, archevêque de Tours, en 1171, soit l'année 1169 ou 1170. »

Extrait de la transcription latine du passage relevant de la paroisse d'Ergué : « Episcopus decimam de Erge in pace dimittet ecclesie sue, si constiterit legitime eam prius fuisse donatam ad opus ecclesie » (L'Évêque laissa à son église la dîme de Erge pour faire la paix, comme elle était légitimement due avant tout pour les besoins de l'église).

La dîme est une redevance en nature exigée par l'Eglise pour assurer l'entretien des prêtres desservants des paroisses et pèse essentiellement sur les produits de la terre (grains, paille, foin, chanvre, etc.). La dîme est prélevée dans le champ, sitôt la récolte terminée, et le jour de la récolte est annoncé au prône de la messe de paroisse, afin que le décimateur puisse procéder à la collecte « à la quinzième gerbe ».

 
(Acte de 1169-1170, Cartulaire 56 de Quimper, BnF Richelieu.)

Ici on a affaire à un cas d'école, car Mgr Geoffroy, évêque de Quimper, joue le rôle de gros décimateur avec la seule obligation de ne reverser qu'une « portion congrue » à son recteur. Mais les autorités ecclésiastiques de Tours jugent que, « pour faire la paix » (in pace), l'évêque doit céder l'entièreté de la dîme au desservant de l'église d'Ergué, « comme elle était légitimement due » (si constiterit legitime eam).

L'orthographe pour Ergué est bien « Erge » (sans accent et sans "u") et désigne la grande paroisse d'Ergué, regroupant Ergué-Armel et Ergué-Gabéric, avant le démembrement en deux entités entre 1170 et l'année 1244 quand apparaît le nom « Erge-Arthmael », alors que la forme « Ergue Gaboric » n'est utilisée qu'en 1325 .



(Acte de 1325, Cartulaire 51 de Quimper, BnF Richelieu.)

L'objet du document de 1325 est un « obit » attestant le revenu d'une vente organisée pour célébrer l'anniversaire du décès de maitre Yves, trésorier du chapitre de Cornouaille. La datation est précise, à savoir deux jours avant la Saint-Martin de l'année 1325 : « die sabbati ante festum beati Martini hyemalis anno Domini Mo CCCo vicesimo quinto ».

La transcription latine du passage relevant de la paroisse d'Ergué est la suivante : « sitis apud Botsinsic in parrochia de Ergué-Gaboric » (à proximité de Botsinsic en la paroisse d'Ergué-Gabéric). Bien que Paul Peyron lise « Botsinsic », on peut aussi transcrire en « Botsuisic » car la place du « i » n'est pas bien marquée dans la graphie d'origine.

En fait le village aujourd'hui disparu de « Botsinsic » / « Botsuisic », ou Botzeusic au 17e siècle, était au centre d'une trève qui comprenait neuf villages dans la partie sud-ouest de la paroisse d'Ergué-Gabéric, avec une chapelle entre les villages de la Salle-Verte et du Méleneg.


En savoir plus : « PEYRON Paul - Cartulaire de l'église de Quimper », « 1169-1170 - Restitution de la dîme d'Erge par l'évêque dans le cartulaire de Quimper », « 1325 - Obit de trésorier concernant Botsinsic en Ergue Gaboric dans le cartulaire de Quimper »


3 Chant du Credo royal à Kerdévot

Billet du 09.09.2017 - Les 9 et 10 septembre 2017 : « Marche priant le samedi à 18h suivie d'une procession aux lumières. Le dimanche, messe à 9h et 10h30, vêpres et procession à 15h, fest deiz ». La fin du pardon en 1911 : « Et tous s'éloignent comme à regret, en se disant : Nous reviendrons. »

Il y a 106 ans, les journaux locaux font un large écho du pardon et livrent de nombreux détails sur son déroulement. « Le Courrier du Finistère », « Le Progrès du Finistère » publient le long courrier d'un pèlerin quimpérois, « Je reviens de Kerdévot, pardon célèbre entre tous ceux de Cornouailles. ».

Les textes publiés sont rigoureusement identiques à deux petite nuances près : le commentaire appuyé sur la présence du maire et la phrase de conclusion « Nous reviendrons ». Dans la Semaine Religieuse, le courrier est encore plus long et empreint de considérations ecclésiales. Quant au journal républicain « Le Finistère », le pardon n'y est même pas mentionné, seule la foire aux bestiaux du lundi, créée en 1881, y est annoncée.

Le début du courrier adressé aux journaux est un beau descriptif des longues caravanes qui, depuis le petit jour, se dirigent vers la chapelle : «  Pèlerins isolés qui s'en vont pieds nus, le chapelet à la main ; familles au complet dans une voiture trop étroite que traîne la bonne bête de la ferme. Ici des groupes d'ouvriers ... Le père pousse allègrement la petite voiture où repose, à moitié endormi, le plus jeune enfant. Aux relais, parfois le bébé passe sur les bras du papa ... On entend bientôt la plainte grossissante des mendiants qui implorent la piété des pèlerins. »

Une fois arrivé sur les lieux on chante beaucoup, notamment les cantiques en breton : « Tous redisent avec entrain les couplets du naïf cantique à N.-D. de Kerdévot ». Il s'agit là du cantique composé en 1881 par le quimpérois Jean Salaün sur l'air du « Laudate Mariam » et dont le refrain est dédié à la Sainte Vierge : « Mam Doue, ô Guerc'hez, Bezit hor c'harantez ».

Mais le point d'orgue est le « credo royal » chanté en latin : « Tout ce peuple enlevait avec enthousiasme le chant magnifique du Credo royal ». En 1911 le concile de Vatican II n'a pas encore francisé le culte catholique, et la messe en latin dite royale, composée en 1669 par Henry Dumont pour être dite dans la chapelle royale de Louis XIV, est restée très populaire en France en ce début de 20e siècle.

Après la grand'messe, la fête, « le jeu populaire et profane », occupe le placitre ombragé : « À un moment donné, du point où je me trouve placé, la chapelle disparaît, cachée dans un feuillage épais. La flèche semble s'élancer du tronc même du vieux chêne, rare débris du grand bois qui ornait autrefois le placitre ». Ce vieux chêne a fait le bonheur de peintres et dessinateurs de la 2e moitié du 20e siècle comme Per Corre ou Charles Homualk. En 1911 également la présence d'un peintre observateur de la procession et de la fête est signalée.

Le privilège de faire la procession en portant « les croix, les bannières et les statues » est donné « aux paroissiens et paroissiennes du Grand-Ergué. Tous s'honorent de cette distinction. » Et chose étonnante le maire Louis Le Roux et ses deux adjoints sont également dans le cortège « ceints tous trois de leur écharpe tricolore ». Et le journal « Le Courrier » retient ce commentaire : « Leur présence est un exemple pour tous et la preuve de la bonne entente du clergé et des magistrats municipaux ».

 

En venant le dimanche le pèlerin peut espérer recueillir une indulgence plénière pour les « âmes du purgatoire », c'est-à-dire pour ses proches défunts qui étaient encore au Purgatoire pour expier leurs fautes. Les conditions pour bénéficier de l'indulgence sont dites « ordinaires », c'est-à-dire l'obligation formelle de se confesser, de communier et de faire une prière canonique. En 1911 cette facilité est également accordée le jour de la foire aux bestiaux, c'est-à-dire le lundi. Ce jour-là « on confessera, à Kerdévot, jusqu'à la dernière messe qui se dira vers 8 heures.  ».

Très occupés à dire les messes et entendre les confessions, « les prêtres de la paroisse, aidés pourtant de nombreux confrères du voisinage, suffisent à peine à entendre tous ceux qui se présentent ». Le recteur Louis Lein n'est pas cité comme intervenant notable, hormis ces mots « Après le prône de M. le Recteur ».

Par contre les autres orateurs ecclésiastiques qui montent en chaire sont à l'honneur : le chanoine Bargilliat, l'abbé Picard, vicaire de Landudal, l'abbé Brénéol, maitre d'études à Saint-Vincent, le chanoine Orvoën, curé de la cathédrale St-Corentin de Quimper. Ce dernier fait une prédication remarquée sur le cœur pur de la Vierge Marie et « invite ses auditeurs à contempler les éloquentes sculptures du rétable de l'autel ; ... Tous suivent, émus, les leçons que l'orateur dégage de ces vieux panneaux de chêne ». Les tableaux du rétable anversois du 16e siècle servent de « Taolennoù » ou tableaux de mission.

En savoir plus : « Les caravanes de pèlerins au pardon de Kerdévot, Courrier/Progrès du Finistère et SR 1911 »

4 Présentation des futures annales

Billet du 02.09.2017 - « Il y avait d'ailleurs à côté des annales, documents écrits et authentiques, une tradition orale qui se perpétuait parmi le peuple d'une cité, non pas tradition vague et indifférente ...  », Fustel de Coulanges, "La Cité antique", Librairie de Louis Hachette et Cie, 1864, page 218.

Lorsque l'idée de fêter les 10 ans du site GrandTerrier a germé, on a tout de suite pensé à éditer un almanach, avec comme support le calendrier des saints celtiques et bretons qu'on avait concocté en 2008. Mais, après discussions, d'aucuns nous ont dit que c'était légèrement vieille France et qu'il y avait mieux à faire que de renouveler l'échec de l'« Almanak Breizh Izel » de Luzel et Gaidoz en 1872.

On a creusé les contours du projet : publication renouvelée annuellement, tirage professionnel de 100-200 pages grand format, monographie d’histoire et mémoire de la commune et de ses villages, mélanges universitaires ou miscellanées [1] à l'instar du "Fureteur breton" de Maurice Le Dault ..., et on a abouti à ce concept d'annales.

Pourquoi des annales ? Parce que, tout d'abord, Grégoire de Rostrenen avait ainsi défini le mot breton « Annaloù » : « an histor hervez ar reiz eus ar bloazyou  » (histoire de ce qui s'est passé chaque année). Le Littré donne aussi cette courte définition : « Dans le style élevé, histoire ». Le dictionnaire TLFi est plus prosaïque sur la notion de publication : « Périodique à caractère scientifique publié dès le 19e siècle à partir des recueils d'observation annuels ».

Le plan retenu pour les annales suit un découpage chronologique des grandes époques qui ont marqué l'histoire de notre commune :

Image:Right.gif Les périodes Antiques, des temps préhistoriques jusqu'à l'occupation romaine - Faille sud-armoricaine, allées couvertes, villages de chasseurs cueilleurs, voie romaine.

Image:Right.gif Les saisons Médiévales, les années où les rares sources documentaires créent des légendes – Moine voyageur, trésor des chartes, fondations, ordres de chevalerie et noblesses.

Image:Right.gif L'époque Renaissance, le temps des 16 et 17e siècles quand les nobles faisaient la loi – Domaines congéables, tenues nobles, chapelles gothiques, écrivain sous Louis XIII.

Image:Right.gif Le siècle des Lumières, le 18e siècle qui marque la fin de l'Ancien Régime - Château rénové, cahiers de doléances, chouans et billig rouge, émigration et biens nationaux, dictionnaire latino-celtique.

Image:Right.gif Les années Rurales, le monde essentiellement rural au 19e siècle - Domaine de la Légion, cadastre Napoléon, déplacement du bourg, papeterie d’Odet, procès des sorciers, un paysan bas-breton écorché.

Image:Right.gif Les transformations Sociales, conflits et émergence d'une ville au 20e siècle - Poussée républicaine, séparation des églises, guerres 14 et 39, urbanisation, abandon du breton, crises économiques.

Pour constituer les annales, il a été décidé de mettre en ligne les versions préparatoires, et même d'organiser une discussion sur le choix des sujets retenus, à raison de 2 ou 3 par période. Chaque article de 3 ou 4 pages au format A4 est sensé représenter un sujet sur lequel on a assez d'éléments pour qu'il

 
Maquette de couverture
Maquette de couverture

soit représentatif de sa période et qu'il puisse constituer un chapitre d'une monographie historique communale de référence.

Prenons un exemple de choix d'article sur les années dites rurales du 19e siècle. Les cinq articles candidats sont pour l'instant « Le développement à Odet d'une fabrique et collectivité papetières par des journaliers agricoles », « La confiscation de biens nationaux pour la constitution du domaine de la Légion d'Honneur », « Les procès d'Yves Pennec, sorcier voleur, et de Pierre Nédélec, guérisseur de la rage », « Les plans et matrices du cadastre Napoléon et la disparition des communs de village », « Un paysan bas-breton en lutte contre l'église catholique et les croyances populaires ». Lesquels ont votre préférence ?

Au-delà de ces articles institutionnels, les annales pourront inclure des articles signés d'auteurs et des tribunes où tout le monde pourra exprimer une opinion ou un témoignage. Le graphisme et les illustrations qui formeront aussi le ciment de la brochure est également à l'étude et en discussion. Le compte à rebours est démarré, il ne nous reste plus que quatre mois pour éditer les annales de janvier 2018.

En savoir plus sur ce projet et son degré d'avancement : « Annaloù 2018 - Annales du GrandTerrier n° 1 »

5 Enquête sur le breton en 1902

Billet du 26.08.2017 - « L’évêque diligente une enquête dans les trois cent dix paroisses du diocèse. Les recteurs bretonnants font souvent preuve de mauvaise volonté pour remplir ce questionnaire jugé inquisitorial. », Pierrick Chuto, "IIIe République et Taolennoù".

Il s'agit d'une enquête de l’évêque de Quimper sur la pratique de la langue dans ses paroisses, dans un contexte où l'église et les congrégations sont la cible d'Emile Combes, ministre de l'Intérieur et des Cultes, lequel se bat également contre les langues régionales. Les différentes pièces sont conservées aux Archives Diocésaines de Quimper sous la cote 4F17 et ont fait l'objet d'un dossier sur le site Internet du diocèse : http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/.

La circulaire Combes du 29 septembre 1902 présente aux prêtres bretons, le choix entre faire le catéchisme en français quand un minimum d'enfants le comprennent, ou alors se faire notifier la suspension de leur traitement. Pour les paroisses autour de Quimper Pierrick Chuto ajoute : «  À Penhars, sur les trente enfants âgés de neuf à dix ans qui sont inscrits au catéchisme paroissial, trois seulement sont capables d’apprendre le catéchisme en français. À Plomelin et Pluguffan, aucun enfant n’en est capable, alors qu’à Ergué-Gabéric, un seul (né à Paris) le peut. »

Le questionnaire de Monseigneur Dubillard d'octobre contient 6 questions : 1° Enfants en première communion (Ergué-Gabéric : 63, âgés de 10 ans) ; 2° Combien comprennent facilement le français ? (E.-G. : "un, né à Paris") ; 3° Combien ne comprennent que le breton ? (E.-G. : 180 enfants au total de plus de 9 ans) ; 4° Combien comprendraient un catéchisme en français ? (E.-G. : "5 ou 6") ; 5° Y-a-t il plusieurs types de catéchisme (E.-G. : "un seul catéchisme, Breton") , 6° Instructions paroissiales, c'est-à-dire les sermons et prédications, en français ou en breton ? (E.-G. : "en Breton seulement").

Le recteur Jean Hascoêt qui est connu pour ses positions de défense de l'église et des congrégations religieuses contre les actions des gouvernements de la République, est ici un peu provoquant dans sa réponse : comment peut-on penser qu'un jeune natif d'Ergué-Gabéric puisse maitriser la langue française ? A l'extrême rigueur s'il est né à Paris cela est envisageable. Et donc, à Ergué-Gabéric, en 1902, la communication, au niveau de la paroisse et des séances de catéchisme, se fait exclusivement en Breton, mot que le recteur orthographie avec une majuscule.

Le compte-rendu de l’enquête dans la Semaine Religieuse est un peu plus nuancé, que ce soit au niveau des 310 paroisses, ou celui du nombre des enfants et paroissiens : dans 95% des paroisses le catéchisme est majoritairement en breton et les instructions paroissiales sont à 63%, et si l"on rapporte aux nombre d'enfants ou paroissiens les chiffre sont respectivement de 70% et 62%.

La conclusion de l’Évêché est un appel à revoir la loi Combes sur l'obligation du catéchisme en français  : « La langue bretonne s'impose nécessairement, et vouloir la proscrire ce serait équivalemment interdire l'instruction religieuse dans ce beau et chrétien diocèse ».

 

L'archiviste Jean-Louis Le Floc'h et Fanch Broudic ont étudié les documents de l'enquête et ses suites politiques. Le premier : « L'été 1902, dont on sortait, avait été "chaud". C'étaient les expulsions des Soeurs ... Cette fois c'étaient les prêtres qui se trouvaient directement visés. On a estimé qu'il s'agissait là d'une mesure contre le clergé et les fidèles bas-bretons qui avaient été très actifs au cours des manifestations de l'été. ».

Fanch Broudic, dans son article « L’interdiction du breton en 1902 : une étape vers la Séparation », relève l'importance de la langue régionale : « Il s’avère que ce conflit entre l’Église et l’État à propos de « l’usage abusif de la langue bretonne dans la prédication et le catéchisme » est une source de première importance pour apprécier la situation linguistique de la Basse-Bretagne à la fin du 19e siècle et au début du 20e ... La correspondance adressée par les prêtres du Finistère à leur évêque nous apprend-elle tout d’abord que dans les communes rurales, les sermons sont exclusivement dispensés en breton. »

Le 9 janvier 1903, Emile Combes prononce 31 suppressions de traitement de prêtres finistériens, avec comme motif « usage abusif de la langue bretonne ». Étonnamment Jean Hascoët échappe à cette sanction, sans doute parce qu'il était établi que la population rurale gabéricoise ne comprenait vraiment pas le français, et que ses réponses au questionnaire épiscopal étaient très allusives, sans contestation frontale, au second degré uniquement : « un, né à Paris ».


Image:Right.gif En savoir plus : « 1902 - Enquête diocésaine sur l'usage du breton à Ergué-Gabéric »


Rappel  : La première conférence d'Annick Le Douget, ancienne greffière aux tribunaux de Quimper et spécialiste de l'histoire de la justice et de la criminalité en Bretagne, aura lieu dans le cadre du Café littéraire à Pouldreuzic, mardi prochain 29 août à 18 heures 30, pour présenter son nouveau livre « Guérisseurs et sorciers bretons au banc des accusés, Finistère, 1800-1950 » (cf. détail dans le billet du 12.08.2017).

6 Pénurie et tickets de rationnements

Billet du 19.08.2017 - « En plus de l'alimentation, il y avait d'autres tickets de rationnement sur beaucoup de produits manufacturés ... Aussi fallait-il faire appel au système D pour survivre à la pénurie ... Dure époque comparée à celle de nos jours ou l'on croule sur le trop plein !  », René Le Reste.

L'article de cette semaine porte tout d'abord sur les annonces relevées en 1943 dans les journaux « La Dépêche de Brest » et « Ouest-Eclair », puis les souvenirs des anciens gabéricois à propos de ces tickets détachables d'approvi-sionnement dans les commerces et enfin les anecdotes locales de débrouillardises face à la pénurie des denrées et biens de consommation.

En effet, l'historien et officier de police Alain Le Grand, lors de la préparation de son livre « Le Finistère dans la guerre 1939-1945 », a recopié deux entrefilets du journal de la Dépêche de Brest du 27 avril 1943 annonçant les distributions de tickets de rationnement, l'une au Huelgoat, et l'autre à Ergué-Gabéric. La note de lecture est conservée aux Archives Départementales du Finistère.

L'annonce pour Ergué-Gabéric donne les jours de convocation des bénéficiaires par groupes alphabétiques de leurs patronymes : « aujourd'hui mardi 27 avril, A à I ; mercredi 28, G à L ; jeudi 29, M et N ; vendredi 30, O à Z ».

Chaque famille reçoit dès 1941 une carte de rationnement nominative pour les produits textiles, le tabac et l'alimentation. Et ensuite mensuellement, ou plus tard trimestriellement, des feuilles de tickets détachables sont distribuées en mairie. Les tickets n'exonérent pas les citoyens de payer les produits aux commerçants. La généralisation du système vise à une répartition équitable des produits entre tous, ce rationnement prenant fin courant 1949.

Les tickets sont distribués chaque mois pour les denrées alimentaires, essentiellement « pain, viande, matières grasses », et suivant les catégories (*) d'âges et de besoins en nourriture. La catégorie J2 par exemple inclut les jeunes des deux sexes âges de 6 a 12 ans révolus, et la catégorie T les travailleurs se livrant a des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire. Les « J2 » ont droit à 1/2 litre de lait par jour auquel les adultes n'ont pas droit, et en revanche, les adultes peuvent acheter les rations de vin.

Un jour de distribution spéciale est organisé pour les « bénéficiaires de suralimentation et de régimes », c'est-à-dire les personnes déclarés malades ou handicapées qui peuvent bénéficier de rations supplémentaires. Sinon, hormis ces exceptions, les rations journalières individuelles, sont en moyenne de 250 grammes de pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse et 6 grammes de fromage. Avec un tel rationnement, la nourriture d'un homme ne dépasse pas 1200 calories/jour alors qu'il est généralement admis qu'il en faut 2400.

Dans les annonces parues dans le journal Ouest-Eclair et qui annoncent les distributions des tickets de juin, octobre et décembre 1943, un jour spécial est prévu pour les commerçants. En effet ils doivent, chaque mois, faire l’inventaire des tickets reçus de leurs clients pour pouvoir se réapprovisionner auprès de leurs fournisseurs. Et en juin uniquement une distribution est faite aux jeunes adultes d'Ergué-Gabéric : « les jeunes gens nés en 1919 (4e trimestre), 1920, 1921 et 1922 », c'est-à-dire ceux âgés de 21 à 24 ans.

Jean Le Reste, ayant vécu son enfance à Ergué-Gabéric et un mandat de maire entre 1983 et 1989, a aujourd'hui un souvenir précis des tickets de rationnement distribués par la mairie pendant et après la guerre : « Ils étaient attribués en fonction de la composition de la famille et on les utilisait chez les commençants. Ma famille faisait ses courses chez Thomas, au bourg. On allait en famille, le samedi soir. Mon  père  bavardait

 

avec Jean Louis, le menuisier, et ma mère faisait ses provisions, moyennant tickets, avec Catherine qui s'occupait du commerce. Cela se terminait par une boisson chaude ! Lorsque je suis allé au lycée La Tour d'Auvergne, en 1946, les tickets existaient encore. »

Son cousin René Le Reste, né en 1936, se souvient également de cette époque et de son enfance gabéricoise :

« Il me revient cette anecdote, dont j'ai été témoin vers 1944 - 45 chez Quelven à Garsalec que nous appellions "An Ostilidi", bistrot et épicerie, là où ma mère prenait la plupart de son alimentation rationnée avec des tickets J2 J3 (*), une "termajie" (**) de passage qui voulait aussi avoir un pot de confiture pour un de ses enfants : mais Marie Quelven lui répondait inlassablement : "je ne peux pas, je suis rationnée, je n'ai que selon les tickets de mes clients et vous vous n'êtes pas notée ici. Si je vous donne je priverai une de mes clientes". Malgré tout, Marie est restée inflexible malgré la forte insistance de son interlocutrice. »


Image:Right.gif En savoir plus : « 1943-1946 - Pénurie et distribution des feuilles de tickets de rationnement », « THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain - Le Finistère dans la guerre 1939-1945 »


Dans le livre des deux correspondants départementaux du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, on peut relire également les pages consacrées au célèbre cambriolage du centre S.T.O. de Quimper en janvier 1944, avec la participation du groupe de jeunes résistants d'Ergué-Gabéric autour du boulanger Fanch Balès. Dans le tome 2, il est question d'opération de résistances au Stangala et près de chapelle de St-Guénole, de la bataille de Quimper dans le section du Rouillen, et de la mort de l'otage Jean-Louis Le Meur.


Notes :

  • (*) Les catégories de tickets de rationnement en fonction des types de bénéficiaires : A - Adultes de moins de 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force. C - Cultivateurs de 12 ans et sans limite d’âge se livrant personnellement aux travaux agricoles. E - Enfants des deux sexes âges de moins de trois ans. J1 -Jeunes des deux sexes âges de trois a 6 ans révolus. J2 - Jeunes des deux sexes âges de 6 a 12 ans révolus. J3 - Jeunes de 13 a 21 ans, ainsi que les femmes enceintes. V - Vieillards de plus de 70 ans dont les occupations ne peuvent autoriser un classement en catégorie C. T - Travailleurs se livrant a des travaux pénibles nécessitant une grande dépense de force musculaire.


  • (**) Termaji, "An termaji" : signifie en breton, le ménestrel, le batelier, mais aussi le forain car le terme vient d’une modification du terme français « lanterne magique » qui est l’ancêtre du cinéma. En effet, les forains, durant les pardons et les foires bretonnes, projetaient des images grâce à une lanterne magique. Le terme a été banalisé pour désigner les gens du voyage.

7 Guérisseur et très honnête homme

Billet du 12.08.2017 - « À chaque époque, une certaine représentation du monde et des choses, une mentalité collective dominante anime, pénètre, la masse entière de la société ... Elle est le fruit d'héritages lointains, de croyances, de peurs ... », Fernand Braudel, Grammaire des civilisations.

Cet ouvrage d'Annick Le Douget, en librairie depuis quelques jours seulement, est une véritable thèse de sociologie historique, documentée via de très nombreux compte-rendus de procès et d'archives judiciaires, donnant un éclairage inédit sur la façon dont on pratiquait la médecine populaire dans nos campagnes bretonnes au cours des deux siècles précédents.

En partant du constat que le Finistère est un désert médical au 19e siècle (en 1805 on n'y compte 1,33 docteur en médecine pour 10.000 habitants), on comprend mieux le rôle des guérisseurs et des rebouteux. Ce sont eux qui sont consultés pour soigner les maladies, et les procès pour exercice illégal de la médecine, généralement initiés par les médecins en manque de clientèle, ne font que confirmer le rôle globalement positif de la médecine clandestine.

La plupart des guérisseurs et rebouteux du 19e siècle sont inculpés sous le coup de la loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803) qui promeut un monopole des officiers de santé et des docteurs en médecine. Mais deux chapitres de l'étude d'Annick Le Douget abordent aussi les cas particuliers des charlatans de foire, vendeurs de pilules miraculeuses et sorciers des campagnes qui sont jugées pour faits d'escroqueries.

Parmi les nombreux cas de guérisseurs, celui de Pierre Nédélec de Kergoant en Ergué-Gabéric, évoqué en pages 97 à 99. En décembre 2012 Bernez Rouz avait également évoqué cette affaire dans un bulletin de l'association Arkae.

Jean-Marie Déguignet dit de lui en 1868 qu'il est « ancien maire, le plus riche et le plus considéré de la commune » (Intégrale des mémoires, p. 341). Ici en 1877 les appréciations sont les mêmes : « le dit Nédélec passe pour un très honnête homme, il est un des bons propriétaires de la commune », « Je connais le sieur Nédélec, depuis fort longtemps, pour un très honnête homme ».

Néanmoins en 1877 il est « inculpé d'exercice illégal à la médecine » suite à une enquête de gendarmerie après des morsures d'un chien « arragé » constatées dans la commune de Melgven où le guérisseur gabéricois est venu « panser » et soigner les animaux (porcs, poulets, chiens) et humains blessés.

« Depuis 25 ans que je connais le secret de guérir de la rage, ... j'ai toujours réussi à guérir les personnes que j'ai traitées » déclare-t-il aux gendarmes. Louis Pasteur n'ayant pas encore inventé son vaccin, la maladie est mortelle et entraine la folie, dont la phobie de l'eau, l'hydrophobie étant synonyme de rage à l'époque.

L'une des filles de l'honnête homme, Marie Perrine, âgée de 28 ans est également accusée d'avoir prodigué des soins et des médicaments à Rosporden. Son père essaie de la disculper (« elle avait été envoyée par lui pour porter des médicaments »), mais les gendarmes ne peuvent l'interroger car elle est partie pour plusieurs jours au pèlerinage de Rumengol.

Les pratiques de Nédélec pour remédier au mal de la rage était de « panser » les plaies des morsures, peut-être en utilisant un onguent ou cataplasme, et à délivrer un médicament « liquide de sa composition » sous la forme d'une « fiole » qui servait à frictionner le corps des animaux ou personnes, ce pendant les quelques jours qui suivaient « le jour de l'accident ».

 

A priori le docteur en médecine de Quimper connait et ne s'oppose pas au guérisseur d'Ergué-Gabéric : « Mr Chauvel père, médecin à Quimper me connait bien et on peut lui demander des renseignements sur moi ». Mais, du fait qu'il risque la désapprobation de son ordre, le docteur Chauvel se rétracte prudemment devant les gendarmes : « il croit agir avec connaissance de cause, il ne peut que faire arriver des accidents ... et il n'a(urait) jamais dû être autorisé par personne pour soigner cette maladie. »

Pierre Nédélec se fait manifestement payer pour ses traitements et délivrances de médicament, mais devant la justice il présente ces paiements comme des oboles : « Le nommé Lancien m'a également prié avec instance pour recevoir dix francs qu'il m'a mis dans ma poche (et je croyais qu'il n'y en avait que cinq), il a ajouté qu'il voulait payer pour ceux qui n'avaient pas le moyen. »

Le jugement final de l'audience en correctionnel le 14 juin 1877 fait état d'une condamnation symbolique pour exercice illégal de la médecine avec une amende très modique de 5 francs.


Image:Right.gif En savoir plus : « LE DOUGET Annick - Guérisseurs et sorciers bretons, 1800-1950 », « 1877 - Pierre Nédélec, guérisseur de la rage, condamné pour exercice illégal de la médecine »


La première conférence d'Annick Le Douget, ancienne greffière aux tribunaux de Quimper et spécialiste de l'histoire de la justice et de la criminalité en Bretagne, aura lieu dans le cadre du Café littéraire à Pouldreuzic, le mardi 29 août à 18 heures 30, pour présenter son nouveau livre « Guérisseurs et sorciers bretons au banc des accusés, Finistère, 1800-1950 ». Venez nombreux !

8 Geslin de Bourgogne et Pennarun

Billet du 05.08.2017 - Un mystère planait sur la famille Geslin qui a occupé au 17e et 18e siècle le manoir de Pennarun en Ergué-Gabéric : d'où venaient-ils et comment s'étaient-il établis là ? La réponse est dans un document d'archives de 1680, dit "papier terrier".

En 1660 Colbert lance la réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des aveux et déclarations de propriété des sujets du roi, depuis le paysan jusqu'aux seigneurs locaux. En Bretagne cela donna lieu au registre papier terrier de la Chambre des Comptes de Nantes.

Les originaux sont conservés aux Archives Départementales de Nantes ou siégeait la cour des comptes. Notre transcription est basée sur la copie complète des Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689.

Aux folios 209 à 217 concernant le domaine de Penanrun, on découvre que familles se déclarent co-propriétaires du manoir de Penarun, les « advouants », sont :

Image:Right.gif les Glemarec du manoir de la Forest à Kerfeunteun, en l’occurrence Pierre François Glémarec « sieur de Trevaras, baschelier en théologie de la faculté de Sorbonne », et ses sœurs Marguerite (épouse Geslin) et Louise (épouse Guegan).

Image:Right.gif Jan Hyacinthe Guegan, du manoir de Querulut en Plobanalec.

Image:Right.gif les Geslin du manoir de Bourgogne à Lantic près de Saint-Brieuc, à savoir François Geslin et son fils Jan (alias Jean-Baptiste).

Il s'agit de la succession d'Alain Glémarec, époux de Françoise Rozerc'h qui détenait également le manoir de La Forêt en Kerfeunteurn, et dont l'héritage en provenance de deux écuyers Vincent Rozerc'h est explicité dans document transcrit.

Quant aux Geslin, par alliance aux Glémarec, ils vont prendre la suite des propriétaires de Pennarun, le fils Jean-Baptiste, mineur en 1680, s'y installera. Cela était la coutume pour les grandes familles nobles d'acquérir de nouveaux châteaux et manoirs et d'y expatrier l'un de ses enfants comme châtelain occupant.

Jean-Baptiste Geslin est connu pour avoir avec son demi-frère Christophe pris à partie un dénommé Marolles St-James, et toux deux mis aux écrous. les 3 générations suivantes des Geslin vont occuper le manoir de Pennarun jusqu'à la Révolution et l'insurrection des Chouans (cf arbre ci-contre).

Une des caractéristiques de Pennarun est d'être situé dans le bourg, et de ce fait la formule consacrée est « le manoir de Penanrun duquel despand tout le bourg d"Ergué Gaberic ». On apprend aussi que les Glémarec ont hérité aussi de tenues supplémentaires au bourg par des échanges du messire Guy Autret, seigneur du domaine de Lezergué proche du bourg

En 1680 les prééminences des seigneurs de Pennarun dans l'église paroissiale sont les mêmes que celles transcrites dans les actes de 1731 et 1752 : « deux tombes armoyées des armes de la dite seigneurie de Penanrun, l'une au pied du maistre autel, et l'autre au plus bas bout à bout, avec un escabeau accoudoires sur la dite tombe inférieure ».

 
Croquis de Pennarun en 2002 par Jean Istin et généalogie des Geslin :

L'église, le cimetière, les placitres, et toutes les maisons, terres, courtils, bois de haute futaie du bourg sont rattachés au domaine noble. On notera aussi « la grande rabine conduisant du dit manoir de Penanrun au dit bourg d'Ergué, et à l'occidant en partye sur chemin nommé Caront ar cosquer ». Ce dernier "Cozquer", le vieux village en breton, marque sans doute les restes d'un ancien bourg médiéval.

La propriété noble de Pennarun inclut aussi de très nombreuses « tenues », réparties sur le territoire de la paroisse et données en gérance en « domaine congéable », c'est-à-dire sans cession du foncier et possibilité pour le seigneur propriétaire de congédier les tenanciers au terme du bail annuel.

Les villages gabéricois sont Boden Bridiry, Guilly Bihan, Querhelou, Tréodet, Parc Tudal, Loqueltaz, Parc Quellennec, Lehec, Squividan, Becarmenez, Quermorvan, Parc Bedan, Pennaneach ; et Kerambellec en Ergué-Armel.

Image:Right.gif En savoir plus : « 1680 - Papier terrier et dénombrement du manoir noble de Penanrun », « Le manoir de Pennarun », « Les Geslin, seigneurs de Pennarun aux 17 et 18e siècles »

9 Un jeudi de Pentecôte en 1922

Billet du 29.07.2017 - « Les Bolloré aimaient beaucoup les fêtes. À la fête du centenaire de l'usine, en 1922, tout était pour rien. On pouvait faire du manège tant que l'on voulait. Il y en a qui en ont vraiment profité. », Laurent Huitric de Menez-Groaz

En 1922 il n'y pas la moindre ligne dans les journaux pour relater la fête des 100 ans des papeteries fondées en 1822 par Nicolas Le Marié et dirigées ensuite par 3 générations de Bolloré, et à laquelle plus de 1000 personnes furent invitées. Et pourtant les journaux locaux sont nombreux à cette époque : Le Finistère, le Progrès du Finistère, l'Union Agricole, le Courrier du Finistère, l'Ouest-Eclair, la Dépêche de Brest ...

La raison en est sans doute que l'évènement n'est pas typé à 100% républicain ou conservateur. Les journaux, tous marqués nettement sur l'échiquier politique, ont une tendance à enjoliver des faits-divers qui sont de nature très proche de leur sensibilité ou à critiquer, par opposition, les articles des journaux concurrents. Ici on a certes affaire à un industriel qui est certes conservateur et très catholique, mais l'implication dans la fête de tout le personnel est socialement et politiquement plus républicaine. D'où le silence des journaux de tous bords qui ne savent a priori pas quelle position tenir.

De ce fait la date exacte de la fête de 1922 aurait été oubliée, si ce n'est que le poème de Théodore Botrel commence par ces mots « En ce jeudi de Pentecôte ». Et en guise de confirmation, le document inédit présenté ci-dessous, à savoir l'original du programme de la fête corrigé à la main, précise qu'il s'agit bien du jeudi 8 juin 1922, les usines étant arrêtées pour l'occasion. Les libations se poursuivront le jour suivant, et même tout le week-end.

En 1982 Fanch Mao de Stang-Odet s'en rappelle encore très bien : « Ca a duré huit jours. Ils avaient caché du vin dans la rivière, dans le ruisseau, dans le bois, partout. ». Et Marianne Saliou d'ajouter : « On avait envoyé le Botrel qui avait composé une chanson sur le centenaire ... C'était quelqu'un de Nantes qui organisait la fête. Il y a eu beaucoup de bonshommes saouls. Pendant longtemps après, on a trouvé dans le bois de l'usine des bouteilles vides.  ». Par ailleurs on a conservé également les 55 cartes postales du photographe Villard et les textes des discours du patron René Bolloré et de l'abbé André-Fouêt.

Quant au programme officiel de la journée du jeudi, il est très précis sur les horaires : « 8H30 arrivée du personnel de Cascadec ... 9 Heures MESSE ... 10 Heures Courses ... 11 Heures Remise de décorations ... 11 Heures Déjeuner ... 3 Heures Attractions ... ». Et la soirée du jeudi se terminera par une séance de cinéma, des danses et un feu d'artifice.

La messe en début de journée est dite dans la petite chapelle de l'usine d'Odet, fraichement restaurée et dédiée comme il se doit à saint René. Pour les courses à pied, le programme précise les catégories et les prix octroyés aux gagnants, jeunes gens, hommes mariés, femmes et vétérans. La remise des décorations est faite par le Préfet du Finistère en personne.

 

Pour agrémenter le repas il est indiqué « Chansons par Monsieur Théodore BOTHREL », lequel vient de rentrer d'une tournée outre-Atlantique et composera le poème « Les Cloches du Centenaire ». Les distractions de l'après-midi sont multiples : « Mats de cocagne - Danses aux binious - Chevaux de bois - Balançoires - Lancement de Bombes surprises et de Baudruches - Exhibition de poids et haltères. »

Image:Right.gif En savoir plus : « 1922 - Organisation de la fête du centenaire de la Papeterie de l'Odet »

Les cartes postales du photographe Joseph-Marie Villard diffusées à grande échelle ont joué le même rôle qu'un facebook et un youtube aujourd'hui. On peut y voir les figures réjouies des nombreux participants, les sommités sur leur 31, le personnel décoré, les habits traditionnels ...

L'ensemble de 55 cartes postales numérotées forme un ensemble varié de scènes où se mélangent le personnel, les gymnastes, les danseurs, des personnalités officielles, dont le préfet, des clients étrangers, les familles Bolloré et Thubé de Nantes, ... Pour faciliter la compréhension un diaporama a été constitué en 2007 avec l'aide d'Henri Le Gars et de Jean Guéguen dont les commentaires, principalement d'identification des personnes, ont été inscrits en bas de chaque image de carte. Les 55 cartes ont été réparties sur 6 thèmes principaux.

Image:Right.gif En savoir plus : « Fête du centenaire de la Papeterie Bolloré en 1922, collection Villard »

10 Fin de l'Union sacrée en 1919

Billet du 22.07.2017 - Merci à Jean-François Douguet d'avoir présenté ce magnifique entre-filet républicain dans son livre sur la Grande Guerre et à Pierrick Chuto pour avoir relevé cet épisode local dans le contexte de l'opposition "blancs - rouges" très marquée dans notre région cornouaillaise.

L'article du journal « Le Finistère » daté du 15 septembre 1919 rend compte du conflit entre les républicains voulant célébrer une fête commémorative de la Grande Guerre dans l'esprit de l'Union sacrée et le recteur Louis Pennec qui fait interdire le bal au nom de la morale chrétienne.

L'Union sacrée est le nom donné au mouvement de rapprochement politique qui a soudé les Français de toutes tendances politiques ou religieuses lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, et qui est ici mis à mal par les positions antagoniques des clans laîcs et catholiques.

Cette cérémonie patriotique eut lieu le dimanche 9 novembre 1919 à Ergué-Gabéric : « une fête des Poilus organisés par les démobilisés de la commune. Fête réussie en tous points ... ». Sauf le bal qui était prévu pour combler « leur désir d'être à la joie ce jour-là ».

En fait les organisateurs ont demandé naïvement au recteur de venir procéder à une cérémonie religieuse en l'honneur des disparus. Et sa réponse est cinglante : « Le service religieux ne sera célébré qu'à la condition que le bal n'eût pas lieu »

Le recteur va « jusqu'à juger de façon très inconvenante les paroissiennes qui assisteraient au bal ». La formulation est assez volontairement ambiguë pour que le terme d'inconvenance puisse s'appliquer aussi bien au recteur, aux paroissiennes dévergondés ou au bal lui-même.

Le journal républicain remarque en conclusion que le recteur aurait pu être plus flexible du fait que ses trois vicaires (*) ont été mobilisés, et sous-entend en quelque sorte que son intransigeance est due au fait que lui-même personnellement n'a pas connu le front.

Et la conclusion de l'article est plutôt sibylline : « Singulière façon de perpétuer l'union sacrée cimentée au front ! Insister serait cruel ...  »

Quand le recteur Louis Pennec décède en 1943 il aura droit à une nécrologie dithyrambique : « en 1914, recteur à Ergué-Gabéric, et c'est là, qu'en 1935, à l'occasion de ses noces d'or, Monseigneur l'Evêque voulut récompenser sa prudence, sa charité, sa douceur et son zèle sacerdotal, en lui conférant la mosette de doyen honoraire !  ». De l'art de concilier le zèle et la douceur !

 

Quant à la mosette, il s'agit de cet élégant petit manteau couvrant les épaules que l’ecclésiastique peut porter fièrement à titre honorifique.

Image:Right.gif En savoir plus : « Interdiction du bal des poilus et intransigeance du recteur Pennec, Le Finistère 1919 », « Louis Pennec, recteur (1914-1938) »

(*) : Jean-François Douguet donne page 77 les noms des trois vicaires (Corentin Breton, Théophile Madec, François Le Gall) dans un extrait d'interview dans le journal paroissial : « Les vicaires ne tardèrent pas à être mobilisés et le recteur dût seul assurer le service de la paroisse. Monsieur Breton, mobilisé à Quimper, peut quelquefois rendre service pour le ministère dans la paroisse. Monsieur Le Gall, après avoir été réformé, fut successivement auxiliaire à Fouesnant, à Edern, à Morlaix. Monsieur Madec put rarement aider au service de la paroisse en raison de ses obligations militaires. Le bedeau lui-même fut quelquefois mobilisé. »

11 Un saint, son cantique et sa statue

Billet du 15.07.2017 - Saint patron de la paroisse d'Ergué-Gabéric, il est l'enfant natif du village de Kerrouz, au bord de l'Odet, avant d'être appelé à l'abbaye de Landévennec par saint Guénolé. Il n'est donc pas étonnant que notre Guénhaël trouve sa place au panthéon du monachisme breton.

C'est l'archiviste diocésain et chanoine Jean-Louis Le Floc'h qui communiqua à Fanch Morvannou cette copie manuscrite du cantique de saint Guinal, conservée aujourd'hui sous la cote 8N2-1-017, en lui précisant qu'elle est « transcrite manifestement par un enfant ». Nous en publions aujourd'hui le facsimile.

Il n'y a ni date, ni signature, ni indication du timbre sur lequel le cantique était chanté. Le texte court, un refrain et 5 strophes, est une demande au saint pour être protégé de tout dommage et toute méchanceté, ce pour les malades, les enfants, les jeunes gens, le bétail, et finit par un « Gant e sikour, Satan morse Ne c’hello trec’hiñ tud Erge » (Avec son aide, Satan jamais Ne pourra vaincre les habitants d'Ergué).

Signalons aussi un extrait d'un autre texte d'une comptine ou cantique quimpérois publié dans Feiz ha Breiz en 1926  : « Roomp amzer Da Wennole, Da zont d'ar gêr, Eus an Erge, Da zont d'ar ger eus an Erge, Gant Gwenêl e ziskib neve neve »
  (Donnons du temps à saint Gwenolé, en revenant à la maison, depuis Ergué, en revenant d'Ergué à la maison, avec Gwenael son nouveau disciple).

Saint Gwennaël, nommé aussi Guénaël, Vinel, Guenault et Guinal, alors qu'il vivait son enfance à Ergué-Gabéric, aurait été remarqué à Quimper par saint Guénolé, le fondateur de l'abbaye de Landévennec, et l'aurait désigné comme son disciple et successeur. Outre son rôle de deuxième abbé de Landévennec, la vie du saint ermite a été remplie de nombreux voyages avant de se fixer jusqu'à sa mort dans le dernier ermitage à Locunel en Lanester.



Une grande statue de saint Guinal/Guénaël sera sans doute bientôt dressée à la Vallée des Saint de Carnoêt. Une souscription est en cours et gageons que les donateurs gabéricois du lieu de naissance du saint sauront compléter la mise qu'ont déjà constituée les nombreux généreux souscripteurs de Lanester où le saint est également adoré.

Au 12.07.2017 il ne manque plus que 34% des 15.000 euros nécessaires pour réaliser le projet. Cliquez ci-contre, et vous pourrez, même pour 10 euros, être le compagnon de cette grande aventure populaire.

L'association de la Vallée des Saints étant reconnue d'intérêt général à caractère culturel, tout don est déductible des impôts (articles 200 et 238 bis du CGI, 66% pour un particulier et 60% pour les entreprises).

Image:Right.gif Articles pour en savoir un peu plus : « Cantique de saint Guinal d'Ergué-Gabéric », « Guinal, 115e statue de La Vallée des Saints, Le Télégramme 2017 », « Saint Gwenhaël (6e siècle) », « MORVANNOU Fañch - Saint Guénaël »

Nota : cet été la statue monumentale d'un autre saint bien connu à Ergué-Gabéric va été réalisée à Carnoët : sant Alar. On en reparlera.

12 Mémoires Kannadig en balades

Billet du 08.07.2017 - « La mémoire. Qu'est cette mémoire ? C'est ta richesse, ton avoir. C'est tout ce que tu peux et pourrais imaginer. C'est aussi le rêve. » Philippe Métayer, L'Orpailleur de Blood Alley, Montréal, Le Cercle du Livre de France, 1974.

Pour nos premières balades historiques en ce second trimestre 2017, nous avons exploré le lieu sauvage et méconnu de la vallée du Stangala. En commençant par une randonnée sur la crête de Griffonez, dans les grottes de Toul-ar-veleien, près du monstre de Beg-a-grip. En poursuivant par un voyage dans le temps au manoir noble voisin du 15e au 17e siècle.

Ensuite on lira avec plaisir le journal du voyageur brestois Jean-François Brousmiche qui a sillonné le Finistère en 1829-31 et qui y décrit le moulin à papier d’Odet et le manoir de Lezergué.

Après, on se baladera du côté des îles avec GwenAël Bolloré producteur d’un film qui a fait date dans l’histoire du cinéma breton. Et on analysera le projet de fabrique de pâte hors sol de son père René en 1923.

Du côté des écoles, on s’intéressera d’une part à la pompe et aux conditions d’hygiène de l’école communale en 1929, et d’autre part aux épidémies de rougeole, dysenterie et teigne dans les écoles du bourg de 1908 à 1921.

Pour ce qui concerne l’inventaire des églises et chapelles lors du Concordat entre 1804 et 1814, les curés desservants de la paroisse doivent répondre aux questionnaires diocésains.

En plein 19e siècle, Déguignet a dévoilé dans ses mémoires la curieuse légende du chat noir ; aujourd’hui un conteur contemporain, Maurice Poulmac’h, la narre joliment en langue bretonne.

La chapelle de Kerdévot sera peut-être aussi pour vous un lieu de promenade estival : on vous propose un jeu d’énigme pour égayer votre visite. Et on en profite pour révéler la localisation d’un exemplaire du vieux cantique de Kerdévot, celui de 1712 : il est conservé à l’abbaye de Landévennec.

Et enfin pour finir notre balade, nous vous révélons ce qu’on considère comme un vrai scoop : la plus vieille mention d’Ergué réputée datée du 12e siècle est sans doute apocryphe.

 

Pour le prouver on est allé à la source photographier les originaux du trésor des chartes à Paris.

Lecture en ligne du bulletin trimestriel, avec fichier pdf pour l'impression en recto-verso : « Kannadig n° 38 Juillet 2017 »

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