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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Funérailles apocryphes de Kerdévot

Billet du 18.05.2018 - Enquête sur les origines de cette scène violente du retable flamand de Kerdévot où l'on voit trois soldats aux mains tranchées.

Le cortège funèbre de Kerdévot est formé de la Vierge allongée sur un brancard porté par les apôtres Pierre à la tête de la défunte et Paul devant, saint Jean ouvrant le chemin en tenant la palme resplendissante, et les autres apôtres en procession. Cette Translation (du latin "transitus") de la Vierge qui suit l'épisode de la Dormition et précède l'Assomption et le Couronnement, n'est pas très souvent représentée dans l'iconographie chrétienne classique.

Cette rareté est sans doute due au fait que les sources primitives de ce mystère marial sont présentes uniquement dans quelques textes apocryphes qui ont été condamnés très tôt par l'Église catholique.

Les écrits apocryphes chrétiens mettant en scène le mystère de la Vierge Marie, à savoir essentiellement le pseudo-Méliton de Sardes, le livre de Jean sur la dormition et l'homélie de saint Jean Damascene, datent des 6e et 7e siècles. Des poèmes en latin en ont été produits, « Transitus Beatae Mariae Virginis » ("La translation de la bienheureuse Vierge Marie"), et des copies et commentaires insérés en 1261-1266 dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. On connaît même une copie imprimée en 1530 d'un poème breton non daté « Tremenvan an Ytron Guerches Maria » ("Le trépas de madame la Vierge Marie").

Pour l'épisode représenté sur le retable de Kerdévot, à savoir la punition divine des mains coupées lors de la procession funèbre de la Vierge, les textes apocryphes parlent d'un offenseur juif nommé Jéphonias (et Ruben dans une variante plus tardive) et le présentent comme un « Prince des prêtres ».

Or, à Kerdévot, ce sont trois soldats qui sont punis de sacrilège, et non un seul prêtre. Les deux premiers soldats tenant une lance sont à terre avec chacun une main tranchée, et le troisième est debout avec ses deux mains collées au brancard. Comme  dans les

  écrits du 6-7e siècle, la « Légende dorée » de Voragine mentionne un prince des prêtres, mais par contre il existe une version nestorienne plus ancienne, issue de l'apocryphe du pseudo-Jean, qui nomme expressément un « soldat Jôphanâ » ("le Jéphonias de l'apocryphe grec").

Si l'on pousse un peu plus l'observation de la scène représentée à Kerdévot, on note que l'armure du soldat de droite est ornée de la tête à la taille d'une bandelette ressemblant à un attribut de haut prêtre juif : on a sans doute là le double personnage Jôphanâ-Jephonias, mi prêtre mi soldat, qui sera guéri de sa blessure par un saint Jean le regardant avec compassion.

Nous n'avons trouvé que quatre représentations artistiques de la scène
(Miracle de la Vierge, Zompini)
(Miracle de la Vierge, Zompini)
de la translation de la Vierge : dans deux peintures respectivement à Venise (de Gaetano Zompini) et à Troyes, sur les vitraux de la cathédrale de Chartes, et sur une icône orthodoxe. Ces œuvres présentent la légende initiale du méchant prêtre juif ; mais elles n'ont ni la richesse, ni l'originalité des funérailles de Kerdévot.
Image:Square.gif En savoir plus : « La scène des funérailles du retable flamand dans les sources apocryphes du christianisme »

2 Une fin de carrière remarquée

Billet du 12.05.2018 - « Le Guay (Prosper-François) demeurant au Cluyou, commune d'Ergué-Gabéric, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 14 Août 1865 en qualité de conseiller de Préfecture. Enregistré registre 47 fol. 61 n° 109604 », Grande Chancellerie.

Les sources utilisées sont d'une part la base Léonore de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, et d'autre part le dossier du personnel de la Préfecture de Quimper contenant 37 pièces retraçant la carrière du conseiller Prosper Le Guay.

Le dossier des Archives départementales inclut tout d'abord une lettre de candidature plutôt laconique de Prosper Le Guay au poste de conseiller de préfecture en avril 1848 : « Mes amis et quelques uns des vôtres m'engagent aujourd'hui à faire cette démarche près de vous ». Avocat de formation, il exerce à cette date une double profession : agriculteur dans sa propriété du Cleuyou et juge au tribunal de commerce de Quimper.

Sa lettre d'offre de service est adressée au « citoyen com-missaire » qui est la nouvelle dénomination du poste de préfet depuis la révolution de février, et se termine par la tonitruante et belle formule de politesse « salut et fraternité ». Sa deuxième lettre d'octobre 1848 est plus classique car le précédent titre de préfet est déjà rétabli.

Dès janvier 1849 il est nommé Conseiller de préfecture et un décret de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, confirme immédiatement son entrée dans le Conseil de la préfecture de Quimper.

En 1852, le préfet Charles Richard, nouvellement arrivé à Quimper, établit une fiche de renseignement très détaillée sur son collaborateur, apportant des informations pratiques (état-civil, expériences professionnelles, familles maternelle, paternelle et conjugale, fortune), mais aussi sur ses qualités humaines :
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgM. Le Guay est un auxiliaire très utile pour un Préfet ; son zèle et son ordonnance ne se démentent jamais. Il est aimé d'estime de tout le monde. »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgM. Le Guay se renferme exclusivement dans l'exercice de ses fonctions de Conseiller de préfecture. Le temps qu'il lui reste, il l'emploie à l'exploitation de sa propriété située à 3 kilomètres de Quimper. »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgCaractère très bienveillant. Excellentes relations et très étendues. M. Le Guay s'adonne à l'agriculture avec succès. D'heureuses tentatives en culture ont contribué à augmenter sa fortune. Aime beaucoup l'horticulture. »

En février 1861 il est promu secrétaire général par le ministre de l'Intérieur sur proposition du préfet Richard. En août 1865, la Grande Chancellerie lui accorde le grade de chevalier de la Légion

 
d'honneur en qualité de conseiller de préfecture du Finistère. Dans son dossier des Archives nationales, on trouve une demande datée de 1938 envoyée par un historien quimpérois aux fins de connaître le dossier de nomination d'un préfet nommé Le Guay. On lui envoie celui du conseiller Prosper Le Guay, car l'autre dossier n'existe plus, car le titulaire a été radié. En effet Gilbert Le Guay, préfet de Quimper de 1879 à 1881, a été rayé des listes de la Légion d'honneur pour raison d'escroquerie (affaire de la Société centrale de Dynamite).

En janvier 1866 il est promu vice-président du conseil de préfecture par Napoléon, Empereur des Français, sur avis du préfet Richard, avec pour mission de remplacer ce dernier en cas d'absence : « C'est à M. Le Guay, toujours du Conseil de Préfecture, qu'est, depuis longtemps, confié le soin de présider les réunions en mon absence. M. Le Guay est un homme timide et qui n'a peut-être pas une habitude suffisante de la parole ; mais il a l'esprit droit et ne manque pas de l'intelligence des affaires. Ses collègues ont, d'ailleurs, pour lui beaucoup de déférence, et il jouit à Quimper de l'estime et de l'affection générales. ». Cette nomination sera confirmée en 1868.

En 1868 c'est l'heure pour Prosper Le Guay de faire une demande de pension de retraite à l'administration. La réponse est tout d'abord négative, ses années de services de 1849 à 1868 étant inférieures à 20 ans. Une enquête est diligentée pour retrouver ses tout premiers bulletins de salaires, et il présente aussi un certificat médical. Cela n'empêche pas « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français » de le nommer en août 1868 « conseiller de préfecture honoraire ».

Le préfet Richard, mis aussi en retraite en 1868 avec pension, reste à Quimper jusqu'à la date de son décès en 1888. Deux ans avant, en 1886, Prosper Le Guay décède à l'âge de 80 ans, en son manoir du Cleuyou, en ayant pu goûter quelques années de retraite près de ses plantations.
Image:Square.gif En savoir plus : « 1848-1868 - Légion d'honneur et carrière du conseiller en préfecture Prosper Le Guay »

3 Le 15e gothique et renaissant de Kerdévot

Billet du 05.05.2018 - « Parmi les grandes chapelles construites dans le même temps que la nef de Quimper, Notre-Dame-de-Kerdévot figure en bonne place. Bâtie dans la seconde moitié du XVe siècle, on peut imaginer ici la présence d'un maître formé sur le grand chantier voisin. », Philippe Bonnet.

Tout au long du 15e siècle plusieurs chantiers successifs ont été menés pour finaliser l’élévation de la chapelle de Kerdévot. Roger Barrié, conservateur général honoraire du patrimoine, a étudié les différents éléments d’architecture de l’édifice  : « La chapelle fut commencée par le mur du chevet raidi, à l'extérieur, par six contreforts droits, et, à l'intérieur par deux murs de refend que terminent deux groupes de trois colonnes dans le chœur. Les premières colonnes du chœur sont encore dans la tradition du gothique de la première moitié du XVe siècle qui souligne clairement la fonction des supports autour d'un noyau central. »

Pour la datation il propose : « L'analyse du chœur de Kerdévot laisse apparaître la progression de la construction. Tout d'abord, à partir de 1470 environ, mise en place des colonnes au revers du chevet ; puis élévation des colonnettes pour donner plus d'élan au volume du chœur. La nef et l'ensemble du massif occidental restent en projet, et l'aménagement intérieur, notamment le recouvrement par une charpente et la pose des vitraux du chœur dont l'un d'eux porte la date de 1489. »

On peut donc dire que l’élévation du cœur, du chevet et de la maitresse-vitre de Kerdévot est contemporaine au chantier voisin de la cathédrale de Quimper. Pour Roger Barrié, il est probable que la nef, c’est-à-dire la partie occidentale, et la finalisation de la couverture ont été exécutées qu’après l’an 1500.

Une autre hypothèse est proposée par Philippe Bonnet, professeur associé à l’université de Bretagne-Sud et conservateur en chef du patrimoine : « Tout en observant que les premières colonnes du chœur sont encore dans la tradition du gothique de la première moitié du 15e siècle, R. Barrié propose pour l´édifice une chronologie basse : implantation du chœur dans les années 1470, achèvement du mur du chevet vers 1480, construction de la nef dans les premières décennies du 16e siècle. Il nous semble au contraire, à voir l´homogénéité du parti, que l´œuvre peut fort bien s´inscrire en totalité dans la seconde moitié du 15e siècle. À cet égard, la simplicité des chapiteaux et des grandes arcades de la nef peut être interprétée comme une volonté de hiérarchiser les espaces par le biais du décor, plutôt que comme l´indice d´une campagne tardive. »

Philippe Bonnet résume ainsi les nombreux traits stylistiques communs de Saint-Corentin et de Kerdévot :

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgla coexistence des formes en plein-cintre et des arcs brisés, des nervures en pénétration et des chapiteaux,  »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgla modénature qu'on retrouve identique à la croisée du transept de Quimper et à l'arc triomphal de Kerdévot,  »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgle répertoire formel des portes, des remplages et des pinacles. »

Et il rejoint Roger Barrié sur ce constat : « En bref, tout indique que les travaux de la chapelle ont été conduits au 15e siècle en parallèle avec le grand chantier quimpérois, ou du moins dans sa suite immédiate, par des maîtres formés sur celui-ci. »

Gildas Durand a, quant à lui, remis en perspective un élément incontournable de la chapelle en le datant du siècle de la construction de la chapelle : « La Maestà de Kerdévot date probablement de la seconde moitié du 15e siècle, et semble-t-il plus précisément du dernier tiers de ce siècle. Cela coïncide trop avec la période de construction de la chapelle pour ne pas proposer une importation contemporaine, ou de peu postérieure ».

 
Son article complet sur la statuaire de Kerdévot est publié en 1989 dans le cadre du cinquième centenaire de la chapelle de Kerdévot. Il est complété par une étude parue en parallèle dans les dossiers du Centre régional archéologique d'Alet.

Pour lui, la provenance de la maestà de Kerdévot n'est pas flamande comme l'autre oeuvre majeure de Kerdévot (le retable) : « Toutes les références nordiques que l’on pourrait trouver à An Intron Varia Kerdevot sont des œuvres italianisantes. C’est bien en Italie qu’il faut chercher des répondants à l’œuvre d’Ergué-Gabéric ».

Il s'agit d'une maesta, une vierge trônant entourée d’angelots. La Maestà est un terme italien désignant la Vierge Marie en majesté et de face, dans une attitude hiératique, assise sur un trône, entourée d'anges, et portant éventuellement son enfant Jésus. La représentation du trône y est matériellement importante et imposante.

Les visages de la Vierge et des angelots ne sont ni bretons, ni nordiques. Le drapé, nullement flamand, est lui aussi italien dans son rejet des cassures trop marquées. Le voûtement du trône par une grande valve de coquille saint Jacques se retrouve notamment dans Botticelli et Cosmé Tura.

Pour Gildas Durand, il s’agit d'une « grande oeuvre importée d'Italie » à laquelle il y a lieu « d’attribuer la paternité à un atelier du Nord de l'Italie », et plus précisément « des années 1480 comme période où ces madones étaient à la mode, entourés de riches et puissantes architectures renaissantes, aux décors parfois symboliques, et auréolées de putti. »

Et enfin, « Par sa majesté, la Maestà de Kerdévot mérite un renom autrement plus grand que celui dont elle aura bénéficié jusqu'alors. »

Image:Square.gif En savoir plus : « Le 15e siècle gothique et renaissant de la chapelle de Kerdévot », « DURAND Gildas - La statuaire à Kerdévot », « BARRIÉ Roger - La construction de la chapelle de Kerdévot au XVème siècle », « BONNET Philippe - Historique et description de la chapelle de Kerdévot »

4 Restaurations de patrimoine antique

Billet du 28.04.2018 - « Il y a une douzaine d'années vous fîtes l'acquisition à la commune de Scrignac de la chapelle en ruines de Coatquéau, que vous avez depuis magnifiquement restaurée à Scaër. Accepteriez-vous de me revendre le petit cimetière de Coatquéau avec les débris de la chapelle et de la fontaine sacrée qui s'y trouvent encore ? », abbé Jean-Marie Perrot, 3 octobre 1932.

Fils de Herry Caouissin, le secrétaire de l'abbé Perrot, Youenn Caouissin vient de publier aux Editions Via Romana une biographie complète écrite comme des mémoires et basée sur des archives personnelles inédites. L'abbé Jean-Marie Perrot (1877-1943) a été un des acteurs du Mouvement breton du début du 20e siècle, notamment via l'association culturelle catho-lique Bleun-Brug créée en 1905.

L'abbé Perrot, recteur de Scrignac à partir de 1930, fait reconstruire un sancturaire à Coat-Quéau pour remplacer la vieille chapelle en ruines dont les pierres avaient été vendues en 1925 et transportées par l'entrepreneur René Bolloré près de sa papeterie de Cascadec en la commune de Scaër.

Dans le livre de Youenn Caouissin, les circonstances du déplacement de la chapelle et des reconstructions sont expliquées par l'abbé Perrot grâce à une lettre inédite d'octobre 1932 qu'il adresse à René Bolloré. L'abbé a des propos bienveillants à son égard : « Je savais en lui écrivant que je m'adressais à un chrétien, à un homme de cœur, et je ne fus pas déçu ».

La lettre est un rappel de l'importance du site de Coatquéau et la demande d'une rétrocession du terrain pour y rebâtir un sanctuaire. René Bolloré accepte la restitution des lieux sans contrepartie financière et cède les pierres non utilisées dans la construction de la chapelle de Cascadec.

La lettre de 1932 n'aborde pas le sujet du calvaire de Coatquéau remonté dans la propriété gabéricoise de l'industriel. « Il était aussi dans son intention de restituer le calvaire » semble regretter l'abbé Perrot.

En guise de conclusion l'abbé Perrot rappelle que René Bolloré est remercié de sa dotation en étant désigné comme le parrain de la cloche principale du nouveau sanctuaire. René Bolloré est décédé en janvier 1935 et n'assiste donc pas à l'inauguration du site de Stanquéau en 1937. Il est étonnant au passage que l'abbé Perrot ou son biographe attribue à M. Bolloré le prénom de Ronan en lieu et place de René.

Image:Square.gif Article : « CAOUISSIN Youenn - Vie de l'abbé Yann-Vari Perrot »

 
Dans la biographie de l'abbé Perrot, il est rappelé que l'affaire de 1925 a été connue du grand public par un article et photo du journal parisien de « L'Illus-tration ». Nous avons retrouvé cet encart, mais aussi les chroniques de l'Ouest-Eclair très vindicatives au niveau régional.

L'article d'Ouest-Eclair daté du 27 avril, au titre accrocheur « Comment on met à l'encan un calvaire », dénonce les faits en affichant une certaine lassitude : « Jusqu'au dernier moment on espéra que l'achat ne serait pas opéré. Il fallut bien se rendre compte du fait accompli. La population s'intéressa assez peu à cet événement, on n'en saisit pas la gravité ».

L'action du curé de Scrignac qui avait proposé de remonter le calvaire devant l'église paroissiale fut sans effets : « M. Grall, curé de Scrignac, s'est en vain élevé du haut de la chaire contre la mise à l'encan d'un monument respectable aux yeux de tous, datant du 16e siècle ».

Après une première mise à prix de 6.000 francs, le dernier enchérisseur pour 10.900 francs sera M. Le Rumeur, ancien agent-voyeur, qui représentait M. René Bolloré, propriétaire des papeteries d'Odet en Ergué-Gabéric et de Cascadec en Scaër.

L'article de L'Illustration reprend le même titre que celui de l'Ouest-Eclair, « Un calvaire à l'encan », à savoir mis aux enchères, et publie aussi la photo des ruines derrière la base du calvaire.

La défense du patrimoine antique est le sujet principal : « Notre-Dame de Coatquéau était, jadis, un lieu de grande vénération. De l'ancienne église, qui se dressait, fort belle sous le dôme imposant de très vieux arbres, il ne reste plus les ruines d'une chapelle et une croix monumentale en granit de Kersanton. »

Image:Square.gif Article : « La vente de la chapelle et du calvaire de Coat-Quéau

En février 1928 le même journal « L'Illustration » publiera un article et une photo de la nouvelle chapelle de Cascadec.

5 Les mineurs de Kerdévot sont lockoutés ...

Billet du 21.04.2018 - « Lock-out, s.m. : du mot anglais signifiant "enfermer dehors" qualifiant une "grève patronale", une fermeture provisoire d'une entreprise, décidée par l'employeur pour répondre à une grève ouvrière ». Une double grève en 1927 analysée au travers des archives et des journaux.

Le dossier conservé aux Archives départementales du Finistère contient plusieurs rapports adressés au préfet par l'ingénieur en chef des mines et par le capitaine de gendarmerie de Quimper sur le lock-out de 1927. À la demande du Ministère du travail, un formulaire détaillé est aussi rempli par les services de préfecture en février 1928.

Les rapports portent sur les conditions de revendications des ouvriers se mettant en grève le 11 octobre à la mine d'antimoine de Kerdévot, sur le lock-out et les licenciements prononcés le 12, et sur les suites un mois plus tard lorsque la mine ré-ouvre avec de nouvelles machines.

Via le premier rapport de l'ingénieur on apprend que la mine de Kerdévot créée en 1913 a été remise en exploitation en avril 1927 avec un effectif de 10 ouvriers, avec une croissance de mois en mois jusqu'aux 46 de septembre, lequel personnel est essentiellement occupé au fonçage du puits principal qui a atteint les 21 mètres 75 de profondeur. L'ingénieur en chef émet un avis sur la nature de la grève : « Il semble qu'on soit en présence d'une grève de meneurs, plutôt que d'une véritable grève pour salaires ».

Dans le rapport d'octobre de la gendarmerie, les objectifs de la revendication salariale sont précisés : « Les mineurs ont demandé 36 francs par jour au lieu de 22 et les manœuvres 25 francs au lieu de 18 ». Et la décision de la direction d'un lock-out est sans appel : « Ce directeur, présent sur les lieux aujourd'hui, m'a déclaré avoir fermé la mine avec l'intention de reprendre le travail dans un mois environ ».

Le 2e rapport du capitaine, daté du 15 novembre, donne les conditions de reprise un mois plus tard avec 4 ouvriers de fond et 7 manoeuvres avec des salaires revus à la baisse : « Les manœuvres reçoivent le même salaire que précédemment, soit 18 francs par jour. Les mineurs subissent une diminution de 1 franc par jour et touchent 21 francs au lieu de 22. »

À titre de comparaison, on trouvera dans l'article un tableau statistique des salaires moyens journaliers versés en 1927 aux mineurs du nord de la France, lesquels sont de l'ordre de 32-33 francs, soit un tiers plus élevé que ceux de Kerdévot.

  Le rapport détaillé de 1928 précise les caractéristiques des nouvelles machines installées : « un moteur semi-diesel, une pompe électrique et un compresseur d'air qui ont permis de diminuer la main d'oeuvre dans une proportion importante ».

Image:Square.gif En savoir plus : « 1927 - Lockout suite aux revendications salariales aux mines d'antimoine de Kerdévot »

Les trois journaux L'Ouest-Eclair, Le Finistère et Le Progrès du Finistère, malgré leurs sensibilités républicaines ou catholiques respectives, abordent strictement de la même manière le mouvement de grève à la mine d'antimoine de Kerdévot devenant un lockout par décision de sa direction : « Quarante ouvriers de la mine d’antimoine de Kerdévot, en Ergué-Gabéric, ont menacé de faire grève si leurs salaires n’étaient pas relevés ... Le travail serait repris dans un mois environ. »

Le journal national L'Humanité par contre s'insurge et fait un vif plaidoyer de la cause ouvrière dans son édition du 16 octobre :

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgLes ouvriers, au nombre de 40, étaient payés jusqu'à ces derniers temps 17 fr. 20 par jour. Ce chiffre parait incroyable au moment où le prix de la vie est si élevé. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgUne augmentation de salaire qui devait porter à 4 francs le taux horaire de l'ouvrier du fond. Augmentation tout à fait justifiée qui aurait fait des journées de 32 francs, et non de 36, comme le disent les journaux locaux. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgAux ouvriers, qui malheureusement n'ont pas encore compris la nécessité du syndicat, à s'organiser sans plus attendre. Tous unis, ils sauront imposer des salaires leur permettant de vivre. »

Image:Square.gif En savoir plus : « Lockout et revendications des ouvriers de la mine d'antimoine, journaux loc. Humanité 1927

En fait, en 1927, les luttes sociales sont nombreuses, notamment dans les ports du littoral sud-breton touchés par une grève des pêcheurs. À Ergué-Gabéric, les ouvriers sont majoritairement employés soit comme commis agricoles, soit comme carriers, et dans ces milieux ruraux l'esprit syndical n'a que peu d'emprise.

Les observateurs le précisent bien dans leurs rapports au préfet : « À aucun moment le calme n'a cessé de régner », « Il n'est pas à craindre que l'ordre soit troublé ».

6 Une moitié se trouve sur le grabat ...

Billet du 14.04.2018 - « Cessez, dit le médecin au chirurgien, il n'y a plus rien à faire, on ne le sauvera pas. Bianchon et le chirurgien replacèrent le mourant à plat sur son grabat infect », Honoré de Balzac, Le Père Goriot.

Cette semaine l'analyse d'une liasse de documents conservée aux Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine incluant des rapports et tableaux sur l'évolution et les conséquence d'une épidémie de dysenterie qui a touché Ergué-Gabéric, Briec et quelques autres communes entre 1779 et 1787.

Le dossier démarre par une lettre datée de septembre 1786 du subdélégué Le Goazre de Quimper à l'intendant à Rennes : « Le sieur Denys recteur du Grand Ergué m'écrivit le vingt sept de la manière plus pressente, une moitié des habitants de sa paroisse se trouve sur le grabat, l'autre moitié chancelle, plusieurs sont morts et beaucoup d'autres très mal. »

La maladie épidémique déclarée à Ergué-Gabéric et Briec est vraisemblablement la dysenterie qui est une maladie infectieuse grave se traduisant par des diarrhées et crampes abdominales, et une mortalité importante. Le nombre d'habitants de la paroisse est d'environ 1500 âmes. Si le nombre de morts en 1786-87 est de 200 sur 2 ans, le plus grand pic de décès annuels reste l'année 1779 : 159 morts, soit plus du double d'une année normale et plus de 10% de la population totale (cf. étude démographique).

Dans la lettre du subdélégué il est question aussi de la fin de l'épidémie à Briec, laquelle s'est propagée à Ergué-Gabéric où des secours sont demandés : « Les malades pauvres de Briec se rétablissent, le cour du mal est arrêté ... À peine le mal cesse-t-il d'un cotté qu'il se reproduit d'un autre (au Grand Ergué). ... le peuple de cette paroisse a réellement bezoin de secours, et que la présence du chirurgien y est d'autant plus nécessaire que M.M. les prêtres sont eux-mêmes grabataires.  »

Les remèdes utilisés par les médecins et chirurgiens sont faits exclusivement de « miels, syrops et vinaigre ». Les sirops et les boissons vinaigrées sont accompagnés de produits à base de plantes et préparations diverses dont un rapport donne précisément la quantité précise délivrée à Ergué Gabéric pendant le passage du chirurgien Kerjean : deux livres de manne (suc purgatif du frêne), une demie livre de senné (plante laxative), une livre de sel de plomb (effets constipatifs), quatre onces de sel de nitre (maux d'estomac), huit onces de crême de tartre (purge de bitartrate de potassium), une once de "semen contra" (plante vermifuge) et enfin six onces de jalap (poudre purgative de tubercule).

Les paiements des honoraires du médecin (celui qui établit le traitement) et du chirurgien (celui qui applique le traitement) sont déclenchés par l'intendant de Bretagne, au vu des rapports et certificats. Le tarif journalier est différent : 6 livres pour le chirurgien et 15 pour le médecin.

Les pièces de 1786 concernant Ergué-Gabéric incluent également un rapport sous forme de tableau, adressé à la subdélégation de Quimper pour les mois de septembre et octobre 1786 quant à l'état des 91 malades du Grand Ergué visités par le chirurgien Kerjean et le médecin Jean-Baptiste Le Breton.

  Huile d'Honoré Daumier, Philadelphia Museum of Art :

En octobre 1786 sur Ergué-Gabéric, on décompte 87 personnes guéries, 94 attaqués de la maladie, mais aucun mort récente. On trouvera dans le rapport la liste des personnes traitées, toutes qualifiées de pauvres et réparties en deux catégories, la « première classe » et la « dernière classe », suivant leur ressources. Les deux classes sont soignées gratuitement, la dernière bénéficiant en plus d'une aide alimentaire, c'est-à-dire du bouillon, du riz et éventuellement un peu de pain.

L'intendant, en charge d'obtenir les fonds et les remèdes nécessaires, est le destinataire des rapports et du tableau récapitulatif. Sur le tableau le médecin et le recteur Denys certifie le travail réalisé par le chirurgien pendant 31 journées entières : « il s'est acquitté avec zèle et intelligence des devoirs de son état ». Le recteur appose également son nom dans la colonne des personnes soignées de la première classe, en bas de la liste des 90 autres malades, et juste avant la signature du capitaine .

En avril 1787 le chirurgien Kerjean et le médecin Le Breton font une nouvelle visite plus courte à Ergué-Gabéric pour contrôler l'évolution de l'épidémie qui est en régression. Les remèdes distribués sont de nouveau les « miels, syrops et vinaigre », et l'apothicaire Arvennou est payé 25 livres par le receveur des Domaines et Droits de Bretagne pour la délivrance aux malades de Briec, Ergué-Gabéric et Locmaria.

Le sentiment du chirurgien Yves-Marie Kerjean après son premier passage est le suivant : «  Il semblerait, par le petit nombre de personnes traitées dans cette paroisse, qu'elle a été moins maltraitée que la paroisse de Briec. Cependant par le grand nombre de convalescents que j'y ai trouvé en arrivant, il me parait que relativement à l'étendue des deux paroisses, celle d'Ergué-Gabéric a autant souffert que celle de Briec, la maladie est la même partout ».

En savoir plus : « 1786-1787 - Rapports médicaux sur le traitement de l'épidémie à Ergué-Gabéric »

7 Le poste d'institutrice adjointe

Billet du 07.04.2018 - Merci à Pierrick Chuto de nous avoir gentiment signalé cet intéressant dossier. À noter aussi ses conférences du week-end, ouvertes à tous, sur le thème "Blancs contre Rouges" samedi 7 avril à Quimper, 14 H 30, espace associatif, 53 impasse de l'Odet, organisée par le C.G.F. (Centre généalogique du Finistère) et dimanche 8 avril à Pont-Croix, 15 H, espace culturel Louis Bolloré, à l'initiative de l'association "Les ouvriers de Saint Vincent".

Cette affaire, révélée par huit lettres de 1924-25 conservées aux Archives Départementales du Finistère, se passe dans un contexte de « concurrence achar-née » entre le clan catholique soutenant les écoles privées confessionnelles et le parti des républicains défendant l'école laïque communale.

Les effectifs des deux classes de l'école de filles du bourg sont en constante diminution depuis 1918 : « Nombre d'élèves en 1922 : 30 - - - 1923 : 18 - - - 1924 : 22 ». C'est la raison pour laquelle la préfecture et l'académie envisagent la suppression d'emploi de l'institutrice adjointe et de n'y conserver que le seul poste de directrice de Mme Borrossi.

Le républicains d'Ergué-Gabéric réagissent en organisant une pétition de protestation : « Il est possible que la municipalité, en majorité cléricale, donne à cette mesure un avis favorable, mais nous, républicains fermement laïques, nous avons l'honneur de protester de toute notre force contre cette suppression ».

Les arguments développés pour le maintien en place de l'institutrice adjointe sont :

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgLa diminution des élèves à l'école des filles du bourg doit être attribuée tout d'abord à une négligence de la part de l'administration, qui en 1919, lors du départ de Mme Le Coroller, a attendu deux mois pour pourvoir le poste. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgPendant ce laps de temps, plusieurs élèves ont naturellement quitté l'école publique pour aller à l'école libre, mais il est certain que petit à petit ces élèves reviendront. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgLa diminution de l'effectif a ici, comme partout ailleurs, une autre cause, c'est le nombre peu élevé des naissances pendant les années de guerre. Cela n'est que momentané. »

Les pétitionnaires sont d'une part les conseillers municipaux minoritaires, à savoir Jean-Louis Le Roux de Lézouanac'h, Jacques et Auguste Laurent, et Jean-Louis Huitric, et d'autre part les militants locaux du comité républicain (Troalen, Poupon, Louis Le Corre, Le Grand P., Balès Louis, Balès Jean, Kergorlay).

  Localisation en 1925 de l'Ecole Communale de Filles au bourg :

Du côté de la municipalité, la majorité autour du maire Louis Le Roux vote pour la suppression, mais le résultat du vote est très serré, à savoir 7 voix pour et 5 voix contre. Le chef de file républicain Jean-Louis Le Roux remportera d'ailleurs les élections municipales suivantes en mai 1925.

En mars 1925, l'inspecteur d'académie, dans l'éventualité d"une inversion de la courbe de fréquentation, délivre sa conclusion : « À la rentrée nous aviserons. S'il y avait lieu, alors, de supprimer un emploi, il faudrait agir prudemment et commencer par le laisser vacant - en ajournant la suppression administrative. »

En 1927, lors d'une enquête sur le pensionnat de pupilles que la directrice de l'école de filles a pris en charge en plus de sa classe, deux classes sont toujours ouvertes, mais avec un effectif encore plus réduit : « 1ère classe : 8 élèves. 2e classe : 2 élèves. ».

L'emploi de l'institutrice adjointe a bien été supprimé, et les écoles confessionnelles progressent, avec notamment la création des écoles privées à Odet en 1928-29 par René Bolloré.

En savoir plus : « 1925 - Suppression du poste d'institutrice adjointe à l'école de filles du bourg »

8 Chroniques d'avril et bande dessinée

Billet du 31.03.2018 - Trois mois se sont déjà écoulés depuis le dernier Kannadig, un premier trimestre certes un peu frisquet, mais qui a vu quand même la sortie hebdomadaire des billets du Grand-Terrier, de manière à pouvoir vous les proposer comme prévu dans ce bulletin en cette fin mars.

En couverture du présent bulletin, on remarquera le blason d’un griffon sur un fonds de carte, du Stangala en l’occurrence : c’est l’occasion de raconter la légende du chevalier Caznevet de Kerfors.

Ensuite trois articles sur les sites miniers et les chantiers archéologiques, et de présentation des statues restaurées de la chapelle Saint-André.

Les quatre chapitres suivants portent sur des documents anciens du 17e siècle, dont le dernier de 1674 qui est une pièce unique d’histoire régionale : « le voiage d’Alexandre de Rennes à Brest, et son retour ».

Et pour finir, on a privilégié les aspects culturels : un poème de Déguignet, une nouvelle bande dessinée, un article de journal en l’honneur de Bacchus, et la sortie d’un film en DVD.

Et enfin, le bulletin s’achève par un hommage à un passeur de mémoire inter-générationnelle, Jean Guéguen qui, dès ses 12 ans, rêvait déjà de travailler chez Bolloré.

Image:Square.gif En savoir plus : « Kannadig n° 41 Avril 2018 » (Visualiser en ligne et imprimer le bulletin)

  Cette semaine une autre publication : le dessinateur Christophe Babonneau, le scénariste Stéphane Betbeder et le coloriste Axel Gonzalbo se sont de nouveau associés pour produire les 94 pages du tome 2 de la BD mettant en scène le paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet avec une justesse renouvelée de traits et d'ambiances colorées.

Il s'agit ici de sa période militaire dans l'armée française engagée dans les conflits de Crimée, en Italie piémontaise, en Algérie et en Kabylie, ceci après les 30 premières pages qui sont consacrées à son apprentissage en Bretagne des techniques agricoles et de l'écriture. Comme dans le tome 1 le fil rouge est tenu par les scènes et citations du Déguignet âgé écrivant ses mémoires.

Tel que nous le montre la couverture, le point d'orgue de ce tome est bien le siège de Sébastopol en Crimée avec la prise de la tour Malakoff le 8 septembre 1855, et ce sujet est traité de façon exemplaire.

Par contre nous sommes plus circonspects sur la campagne d'Italie qui nous semble trop brève (deux planches seulement), et surtout sur celle en Algérie qui n'est vue que par les combats en Kabylie. Rien sur le paisible séjour au port de Collo et ses discussions avec le gardien du phare. Rien non plus sur le déplacement à la frontière tunisienne où il découvre le couscous offert par des tribus soumises et des fouilles archéologiques à Tébessa.

Déguignet n'a pas décrit ses ennemis comme des "fellagas" d'un autre conflit plus récent et faire dire au vieux Déguignet « J'aurais pu le tuer comme j'ai tué ce kabyle dans ce village des montagnes de Babords » nous semble hors contexte.

Par ailleurs la campagne mexicaine n'est pas abordée dans ce tome 2, mais vraisemblablement, nous l'espérons du moins, elle le sera dans le prochain tome 3.

Image:Square.gif En savoir plus : « BABONNEAU Christophe et BETBEDER Stéphane - Mémoires d'un paysan bas-breton Tome 2 » (dans les points de vente habituels depuis le 28 mars)

9 Voyage d'un carme à Kerfors en 1674

Billet du 24.03.2018 - Il faudra plus qu'un billet pour rendre compte de l'oeuvre poétique et « satyrique », des voyages et indignités du frère Alexandre de Saint Charles Borromée, un ouvrage dans la Pléiade sera peut-être nécessaire, avec les annotations présentant les éléments de contexte historique.

Jusqu'à présent nous connaissions cette relation de voyage grâce à l'historien Arthur de La Borderie qui fit publier en 1884 deux courts extraits dans l'Anthologie des poètes bretons du 17e siècle d'Olivier de Gourcuff, sous le chapitre « Voiage du Père Alexandre de Rennes à Brest, et son retour ».

Nous avons transcrit intégralement l'original de cette pièce, conservé dans le fonds des Carmes des Archives départementales de Rennes, à savoir 1538 vers de 8 pieds sur 27 pages d'un cahier cousu de 27 pages calligraphiées d'une très belle écriture.

L'auteur est un frère carme, Alexandre de Saint Charles Borromée de son nom de religion, étudiant en théologie au couvent des carmes de Ploermel en 1669. Après quelques remontrances de la part de ses supérieurs, il est au couvent de Dol en 1672 et à Rennes en 1673. À la fin décembre 1673 il part de Rennes pour quelques mois en voyage en basse-Bretagne jusqu'à Brest.

Il part en voyage car sa position de frère des Carmes est très discutée par les autorités de son ordre, du fait d'indiscipline, falsification de signature de révérend, port d'épée et de pistole, déplacement non autorisé, vers et chansons « satyriques ». En mai 1672 sa lettre de défense est signé « Très humble et plus soumis religieux, Carme indigne ». Mais cette résignation ne suffira car d'autres accusations seront postées contre lui avant son départ, notamment une accusation de geste déplacé sur une carmélite.

Il quitte Rennes le 20 décembre 1673 exactement, et parcourt à pied, cheval et bateau, s'arrêtant dans des monastères ou des gîtes offerts par des hôtes généreux tout au long de ces étapes : Mordelles, Plélan-le-Grand, Beignon, Ploermel,Vannes, Auray, Port-Louis, Hennebont, Quimperlé, Quimper, Pont-l'Abbé, Quimper, Langolen (Trohanet), Quimper, Locronan, Lanvaux, Brest, Le Releck-Kerhuon (Lossulien, Keréon), Landerneau, Daoulas, Lopérec (Keranhoat), Irvillac (Trounevezec), Hanvec (Kerviler), Quimper, Ergué-Gabéric (Kerfors), Langolen (Trohanet), Ergué-Gabéric (Kerfors, Kerdévot), Quimper, Edern (La Boissière), Briec (Kerobezan, Sainte-Cécile), Laz (Trévarez), Gourin (Tronjoly), Motreff (Brunolo), retour Rennes vraisemblablement courant juin 1674.

La datation est rendue possible par les nombreux événements rapportées qui ponctuent ses rencontres, notamment l'enterrement du chanoine Vincent de Kerouartz à Daoulas le dimanche des rameaux, et la difficile introduction du nouveau recteur Marc Tanguy à Edern.

  Le double passage par Ergué-Gabéric est marqué par une relation presque fraternelle avec Jean de La Marche, seigneur de Kerfors qu'il rencontre lors de l'aller vers Brest, et chez qui il séjourne à son retour au moment du pardon de Kerdévot une semaine après Pâques.

Les vers à la gloire du seigneur de Kerfors (page 8) : « J'y vy, ah ! l'illustre que c'est Jan de La Marche, arrest, arrest, Quoique j'en parle dans la suitte Il ne faud pas que je le quitte À ce moment sans l'embrasser, Je t'embrasse sans me lasser Mille et mille fois mon La Marche Tu auras bien part en ma parche, Mes vers rendront ton nom connu Lorsque le temps sera venu ».

Le pardon de Kerdévot (page 22) : « De ce lieu nous nous transportons Pour voir ce grand amas de monde Qui dans ce lieu ce jour abonde ; Un nombre de processions Font icy leurs incessions ; Je me souviens de trois ou quattre, Que je nommeray pour m'ébattre : Ellian, et Landrevarzec, Les deux Ergué, surtout Briec, Qui vient enseignes déployées ».

Ce qui frappe dans le récit du frère Alexandre tout au long de sa villégiature, c'est la part importante accordée aux ripailles et libations : « Si je voulois faire rappord De la vie qu'à Kerfors on meine Tout le long de cette sepmaine D'un an je ne serois au bout On mange, boit, joüe, somme tout ».

Globalement le poète n'est pas avare de compliments sur ses hôtes gentilshommes, prêtres, abbés ou militaires, mais ce n'est pas toujours le cas, on le sent très libre dans ses appréciations, parfois mêmes œcuméniques comme au fort Louis près de Lorient : « Ce capitaine valeureux, Me fournit son lit, et sa table, Jamais huguenot plus aimable ».

Cette liberté de ton fait que le document versifié apporte indiscu-tablement un éclairage inédit et non encore exploité sur la Bretagne du 17e siècle.

* * *

En savoir plus : « ST CHARLES BORROMÉE Alexandre (de), Le voiage de Rennes à Brest et son retour », « GOURCUFF Olivier (de) - Anthologie des poètes bretons du 17e siècle »

10 Déboutements à la Réformation de 1680

Billet du 17.03.2018 - En 1660 Colbert lance la Réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des déclarations des sujets du roi, roturiers ou nobles, vis-à-vis de propriétés incluses dans le domaine du roi et pour lesquelles sont dus des droits et impôts divers.

Les déclarations pour Ergué-Gabéric ont pour but aussi la validation des prééminences, de droits de justices et de coutumes, de ligence ou de suites pour les terres incluses dans chacun des domaines nobles revendiquant les rentes de leurs domaniers.

En analysant les sentences des commissaires de la Réformation du gros registre des comptes de la Chambre des comptes de Nantes, on remarque à Ergué-Gabéric de nombreux déboutements partiels, notamment sur les droits de coutumes, voire sur des droits de justice seigneuriale. On n'est pas loin de la fin de l'Ancien Régime, 109 années avant la Révolution Française.

Pour essayer de comprendre un peu, on a analysé les cas intéressants et différents de deux seigneurs de manoirs et domaines voisins : Guy de Charmoy pour Lezergué, et Jan de La Marche pour Kerfors.

Le déclarant du domaine de Lezergué, est l'héritier et cousin de Guy Autret, à savoir Guy de Charmoy, « sieur de Kerarret ». Ses successeurs seront au 18e les de La Marche, de la même famille que ceux de Kerfors.

Le seigneur de Lezergué prétend disposer encore en 1680 de prééminences très conséquentes au sein de l'église paroissiale, avec tombes, armoiries, bancs privés, lisières, ainsi que des droits dans d'autres chapelles. Et même « un droit de haulte basse et moyenne justice et patibulaires aux facultés de s'exercer sa juridiction et justice sur les hommes et vassaux de la dite terre ».

Il pousse le bouchon jusqu'à déclarer en droits de coutumes des contrats très restrictifs pour ses domaines, contrairement à ce qui se fait normalement dans le cadre du domaine congéable en Cornouaille.

Le résultat ne se fait pas attendre, les autorités en charge de la Réformation du domaine royal prononcent un double déboutement : « le dit de Charmoy sieur de Kerarret a esté débouté du droit de hautes moiennes et basses justices et de celuy de coustumes », ce qui implique l'interdiction des poteaux de justice et l'annulation de certains droits abusifs.

  La décision de déboutement des droits de justice et de coutumes sera contestée par les successeurs de Guy de Charmoy, mais sans succès avéré. La décision de la Réformation du domaine royal servira pour la reprise de certaines mouvances comme le Mélennec et Poulduic au 18e siècle par leurs détenteurs roturiers, en l’occurrence Lizien et Pétillon, qui obtiendront leur indépendance vis-à-vis du fief de Lezergué et le droit de payer leurs rentes directement au roi.

En savoir plus : « 1680-1682 - Papier terrier et déboutement de réformation du domaine de Lezergué »

La déclaration du domaine de Kerfors et de ses dépendances est faite par Jan de La Marche « de la succession de deffunct Escuyer Yves Delamarche seigneur de Kerfors son père ».

Il déclare aussi des prééminences pour sa maison de Kerfors, notamment en l'église paroissiale : « une tombe enlevée estant en voute et arcade », et dans la chapelle de Saint-Guénolé.

Ces prérogatives de noblesse ne semblent pas contestées par les commissaires chargés de la réformation du domaine du roi. Par contre Jan de La Marché est débouté de « tous les droits de greffes, ligences, mouvances » qui seront désormais « réunis au domaine de sa majesté sous sa garde royale ».

Par rapport à Lezergué, la sentence de déboutement de Kerfors est complètement différente, mais à terme cela se terminera de la même façon, à savoir le démantèlement du domaine noble.

En savoir plus : 1680-1682 - Papier terrier et déboutement de réformation du domaine de Kerfors »

La semaine prochaine, en lien avec le précédent seigneur de Kerfors, il y aura comme un scoop éditorial : l'oeuvre inédite et complète intitulée « Le voiage d'Alexandre de Rennes à Brest, et son retour de Brest à Rennes » avec des détails sur l'amitié de Jan de La Marche et un frère carme, poète « maudit » du 17e siècle.

* * *
En ce qui concerne le billet de la semaine dernière, merci à Christian Cabellic, grand connaisseur du passé fondateur de la paroisse d'Ergué-Gabellic, pour nous avoir rappelé que le combat de Caznevet de Kerfors avait été également raconté par Louis Le Guennec dans son « Histoire de Quimper Corentin et son canton », et pour nous avoir dévoilé son conte de Bretagne pour les enfants sur le même sujet.

11 Les exploits de Caznevet de Kerfors

Billet du 10.03.2018 - Louis Le Guennec a raconté maintes fois cette légende du griffon ou dragon ailé du Stangala qui fut vaincu par Mahonec, jeune noble amoureux de la commune de Cuzon, mais une variante locale purement gabéricoise prétend que le vrai héros se prénommait Caznevet ...

On tire cette information notamment d'une évocation très bien documentée de l'animal le plus mystérieux du bestiaire légendaire breton dans un livre publié initialement en 2010 et réédité en 2017 par les éditions des Montagnes Noires, « Le dragon en Bretagne, mythes et symboles » de Claire Arlaux.

Et parmi les nombreux exemples, les gargouille et sablières de la chapelle de St-Guénolé, et la légende du griffon du Stangala :

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 27 : « Dans une végétation luxuriante, des soldats observent avec envie un gibier fantastique, oiseaux, dragons et même des dauphins. Des têtes de dragons ornent aussi les embouts des blochets (Chapelle saint Gwennolé d'Ergué-Gabéric, XVIe siècle). »

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 82 : « Deux légendes au moins signalent des dragons aux portes de Quimper dans les gorges du Stangala qui dominent l'Odet. Un éperon rocheux y est nommé ar Griffonez, la griffonne, mais c'est bien de dragons qu'il s'agit à Cuzon comme à Ergué-Gabéric. Dans l'ancienne paroisse de Cuzon, le jeune Mahonec est amoureux d'une jeune fille de Penhoat ... » (cf. les articles sur cette légende racontée par Louis Le Guennec).

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 83 : « Le petit dragon immortalisé sur la chapelle du Quélennec à Ergué-Gabéric »

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 84 : « Une variante se raconte quelques kilomètres plus loin sur le territoire d'Ergué-Gabéric. C'est un chevalier de la paroisse, Caznevet de Kerfors, qui vient à bout du dragon du Stangala. En guise d'exorcisme, la bête a pris place sur un rampant de la chapelle du Quélennec qui domine l'Odet.  » (Louis Le Guennec a aussi raconté cette histoire dans « Histoire de Quimper Corentin et son canton », ainsi que Christian Cabellic dans un joli conte de Bretagne).

 
Si le jeune et pauvre gentilhomme de Kermahonet en Cuzon peut être le héros et vainqueur du dragon du Stangala, on peut penser que le chevalier gabéricois Caznevet de Kerfors fût également capable d'un tel exploit guerrier. Ce dernier a vraiment existé, il est présent à la montre militaire de Carhaix de 1481, où il pose « en brigandine », une armure très souple qui permet d'abattre une bête diabolique d'un trait d’arbalète.

De plus les Kerfors ont fondé la chapelle de St-Guénolé au village du Guélennec, peut-être en souvenir de l'exploit de l’aïeul : « connoist estre fondateur d'une chapelle construite en la dicte parroisse en l'honneur de Monsieur Sainct Guenolay pour avoir icelle esté bastie en son fond par la concession de ses prédecesseurs, et avoir un escusson taillé en bosse dans le pignon occidantal au dessus la principalle porte d'icelle et estre fondé de mettre et aposer ses armes en tous endroitz d'icelle. » (déclaration de réformation du domaine royal en 1680).

Et enfin, la chapelle de St-Guénolé est à proximité immédiate de l'éperon du Griffonez comme on peut le voir sur la carte établie par le commandant Ernest Debled en 1935.

En savoir plus : « ARLAUX Claire - Le dragon en Bretagne, mythes et symboles », « LE GUENNEC Louis - Histoire de Quimper Corentin et son canton », « CABELLIC Christian - Le combat de Canezvet de Kerfors contre le griffon du Stangala »

12 Une vie papetière depuis ses 12 ans

Billet du 03.03.2018 - « J'ai gardé un excellent souvenir de "chez Bolloré". Je me suis plu pendant mes 35 ans à Odet, le travail était intéressant, pas trop physique, je travaillais souvent une paire de ciseaux dans chaque main. »

En novembre 2013, alors qu'il avait 87 ans, Jean Guéguen était invité au manoir d'Odet au nom du groupe Bolloré par la cadreuse et réalisatrice Mylène Mostini d'ITV pour participer avec Jean Cognard à la réalisation d'un film de témoignages d'anciens de la papeterie, ce dans le cadre de la future commémoration des 200 ans de l'entreprise familiale.

En attendant la projection de cette vidéo lors de l'événement et grande fête du bicentenaire en 2022, voici la transcription de quelques extraits, pour rendre un hommage à ce grand passeur de mémoire inter-générationnelle décédé le 24 février 2018 dans sa 92e année.

En 1938, alors qu'il n'a que 12 ans, il a un seul rêve : travailler à la papeterie, et son maître lui obtient, en récompense de sa réussite au certificat d'étude, une visite des bâtiments où l'on préparait la pâte et confectionnait le papier : « C'est comme ça que j'ai visité l'usine, des piles raffineuses, à la centrale électrique, à la chaufferie, et aux machines à papiers mêmes. J'avais bien aimé la visite et me suis dit que j'aimerais bien travailler là plus tard. Et c'est ce qui s'est produit, après une période de 6 ans comme employé à la boulangerie paternelle. ».

Pendant 35 ans au laboratoire, de 1948 à 1983, il a pu suivre les différents types de fabrication de l'usine :

Image:Right.gifImage:Space.jpgle papier à cigarettes : « la charge, c'est-à-dire la quantité de carbonate de chaux ou d'autres produits chimiques qu'on mettait dans le papier pour qu'il brûle assez facilement. On avait plusieurs différences de papiers, du papier non combustible qui n'avait aucune charge et qui s'éteignait tout de suite. C'était d'ailleurs un papier que les bretons aimaient beaucoup car ils étaient toujours en train de tirer sur leurs mégots, ça devait être de l'OCB numéro 4 et non du 8. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgle papier carbone : « Je devais contrôler aussi les eaux, pour voir si elles n'étaient pas trop colorées. Surtout quand on faisait du papier carbone coloré. Des fois il arrivait qu'à Quimper ils disent que "chez Bolloré" ils sont en train de faire du papier noir, du vert, du rouge ... »

Image:Right.gifImage:Space.jpgle papier condensateur : « Pour ce papier vers 1965 un autre directeur technique a été nommé, M. Caro, qui a demandé à travailler dans nos salles, ce qui fait qu'on a déménagé et on est allé travaillé dans ce qu'on appelle la rue Doaz, ce mot voulant dire pâte en breton. »

Puis vinrent en 1983 :

Image:Right.gifImage:Space.jpgle regret et la tristesse de tout arrêter : « J'ai toujours été cantonné dans ce milieu labo, ça ne bougeait pas beaucoup,

 

c'était toujours les mêmes contrôles qu'on faisait. Mais malgré tout, ça a été très dur de voir l'usine fermer. »

Image:Right.gifImage:Space.jpget le plus beau des cadeaux : « j'ai pu avoir aussi la médaille du centenaire que j'ai gardée bien précieusement, cette médaille qu'avait eu ma grand mère en 1922. C'est grâce à un collègue que je l'ai eue : quand les bureaux d'en bas ont fermé, les bureaux de Jean Le Gall, Jean Ascoêt a trouvé plusieurs médailles du centenaire, et il m'en a offert une. La grande médaille qui fait 6 cm de diamètre, sur laquelle sont gravées les 4 patrons. »

En savoir plus : « Souvenirs de 'chez Bolloré' depuis les 12 ans de Jean Guéguen en 1938 », « Nécrologie (Télégramme) »

Deux extraits audios ci-contre (cf. les transcriptions dans l'article) :
  • 01 : grand-père cocher de Mme Bolloré et grand-mère aux "pilhoù"
  • 05 : visite de l'usine en 1938 après la réussite au certificat d'études

13 Une reine poursuivie par Cromwell

Billet du 24.02.2018 - Cette semaine les facsimilés de deux numéros de 1644 de la Gazette de Renaudot, l'un de la Bibliothèque municipale de Lyon, l'autre de la BnF-Gallica, pour lesquels Guy Autret de Lezergué fournit le récit du débarquement en Bretagne d'une reine d'Angleterre.

Extrait de la Gazette datée du 6 août 1644
Extrait de la Gazette datée du 6 août 1644
L'auteur gabéricois évoque le double reportage de la Gazette dans une lettre qu'il adresse à son correspondant Pierre d'Hozier depuis sa résidence de Lezergué : « J'ay receu la vostre du 14 de ce mois & je vois par l'article qui est dans la Gazette que vous avés prins la paine de montrer ma relation à Renaudot. Je vous aye envoié une seconde plus ample du depuis, laquelle aura encore peu servir au dit Renaudot » (publiée par le comte de Rosmorduc page 83 dans son ouvrage de 1899 sur ses correspondances).

Les gazettes ont été créées en 1631 par Théophraste Renaudot avec l'appui du ministre d'État Richelieu. Les deux articles sont publiés respectivement les 6 et 31 août 1644, le premier dans les pages Gazette n° 93, le second dans les Extraordinaires n° 103. La Gazette fait 8 pages au total avec une quinzaine d'informations brèves de quelques paragraphes chacune. Les Extraordinaires, par opposition aux Nouvelles ordinaires qui sont le 3e type de gazette, incluent deux à trois compte-rendus beaucoup plus longs. Contrairement aux Extraordinaires qui ne contiennent aucun décor hormis la lettrine de début de texte, les titres des Gazettes et des Nouvelles ordinaires incluent une vignette avec respectivement les lettres stylisées G et N.

En 1644 les gazettes sont généralement datées et envoyées le samedi à ses abonnés, avec quelques numéros complémentaires en semaine. La pagination et la numérotation des gazettes, suivant leur nature, se font chaque an en démarrant par le n° 1 au début de janvier. Ainsi le 6 août 1644 deux numéros, le n° 92 et le n° 93 de l'année 1644, sont publiées aux pages 629-632 et 633-640, l'un pour les Nouvelles Ordinaires, l'autre pour la Gazette. Pour cette dernière la vignette est estampillée d'un G et de cette maxime : « guidée du ciel, j'adresse et par mer et par terre ».

Le texte de Guy Autret pour l'article du 6 donne bien le contexte historique de ce voyage : « De Brest, le 26 Juillet 1644. La Reine d'Angleterre est aujourd'hui arrivée en cette ville sur un vaisseau Holandois, monté de quarante pièces de canon : contre lequel le Vice-Amiral du Parlement de Londres a tiré 80 coups de canon ». En effet, Henriette Marie, sœur de Louis XIII, mariée avec le roi anglais Charles Ier, est en fuite avant que son époux ne soit exécuté lors de la première révolution anglaise menée par Oliver Cromwell.

 
Extraordinaires de la Gazette datée du 31 août 1644
Extraordinaires de la Gazette datée du 31 août 1644

La reine d'Angleterre vient d'accoucher d'une fille à Oxford avant d'embarquer : « Elle est tellement incommodée de ses couches ». La légende, non rapportée dans la Gazette, dit aussi que, face aux canons ennemis des Parlementaires anglais, elle demanda à son capitaine : « Quand vous ne pourrez plus me défendre, tuez-moi. ». En tout cas, la gazette précise que, débarquée gràce à une chaloupe de Dinan, elle n'est pas vraiment rassurée dans un premier temps : « Toute la coste estant en armes, l'obligea de faire mettre un mouchoir au haut d'un baston. »

Dans le deuxième article du 31 août, après un rappel de l'accostage très mouvementé, c'est un véritable article « people » que nous produit avec force détails Guy Autret, à savoir la tournée d'une star internationale qui « fut fort bien receue par toute la Noblesse & le peuple »:

Image:Right.gifImage:Space.jpgà Brest, par la Damoiselle de Rohan, ses Officiers, et René de Rieux.
Image:Right.gifImage:Space.jpgà Chateaulin, par l’évêque de Cornouaille et les députés de Quimper.
Image:Right.gifImage:Space.jpgà Quimper, par les sieurs de Kerharo, de Talhoet et du Botilieau, ainsi que Julien Furic, sieur du Run, qui lui fit une « belle harangue ».
Image:Right.gifImage:Space.jpgà Rosporden, par René de Rieux, ancien évêque de Leon.
Image:Right.gifImage:Space.jpgà Hennebont, Vannes et Nantes, par le marquis de Molac, gouverneur de Quimper et de Dinan.

A chaque étape de nombreux carrosses accueillent la Reine et sa cour, et le marquis de Molac met à sa disposition un « carrosses à six chevaux. Le voyage se poursuit hors la Bretagne, en passant par Angers, Saumur, Amboise et Tours, jusqu'à Bourges où l'attend le prince de Condé.

Henriette Marie restera en France, ne reverra plus jamais le roi son mari, et se retirera au couvent de la Visitation de Chaillot où, après sa mort, Bossuet prononcera une de ses plus célèbres oraisons.


En savoir plus : « Le voyage en Bretagne d'Henriette Marie, reine déchue d'Angleterre, La Gazette 1644 », « Lettre du 29 août 1644 de Guy Autret à Pierre d'Hozier (Rosmorduc, XXI) »


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