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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.


Sommaire

Modifications récentes : [Journal des MàJs]

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [À la une]

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1 Testament olographe humaniste

Billet du 18.11.2017 - « La bonté se place au-dessus de la générosité parce qu'elle n'a rien à voir avec les convenances », Abla Farhoud

Cette semaine on découvre la personnalité d'un ancien maire d'Ergué-Gabéric et avoué franc-maçon, ainsi que ses nombreux biens patrimoniaux, grâce à un testament et autres documents conservés aux Archives Départementales du Finistère, fonds de l'étude Kervella, notaire à Quimper. François-Salomon Bréhier est âgé de 84 ans quand il décède en 1845 dans sa résidence de Mezanlez en Ergué-Gabéric. Huit ans auparavant, en juin 1837, il avait rédigé un testament olographe.

La formulation principale de ses dernières volontés est la suivante : « je donne et lègue à ma domestique Eliza ou Isabelle Marzin, jardinière, demeurant à Quimper, tous les objets mobiliers et le ménagé que j'ai à ma résidence de Mésanlez, les vêtements à mon usage, ainsi que mon linge de corps, la table et lit, les légumes et fruits de mon jardin, à l'exception de mon mobilier de Quimper, de mon argenterie, de mes livres, de mes armes que je réserve expressément au profit de mes enfants. »

En fait dans les années 1835, soit 8 ans après le décès de son épouse en 1827, Salomon Bréhier a procédé à la vente et partage de ses biens immobiliers, en discussion avec ses enfants, et avec comme contrepartie la possibilité pour lui de disposer d'une rente pour vivre retiré à Mezanlez jusqu'à la fin de ses jours. Sa domestique Eliza a ses faveurs, avec en outre le souhait de « lui faciliter les moyens d'entreprendre après mon décès un petit commerce et de procurer une étape à ses enfants » en lui léguant une somme de 150 francs.

Les biens mobiliers de Mezanlez font l'objet d"un inventaire dans le testament daté de 1837, et on y remarque une « pipe à cidre », c'est-à-dire un grand fût, qui appartient à un dénommé Le Gay, qui n'est autre très certainement que Guillaume Le Guay, châtelain du manoir du Cleuyou.

L'ensemble de l'immobilier des époux Bréhier fut par contre l'objet de ventes et de partage entre les enfants. Les biens concernés sont d'abord un héritage de la génération précédente, que ce soit la métairie et manoir de Quillihouarn en Ergué-Gabéric, ou Kermadoret en Trégunc. Par contre la maison familiale de la rue Royale (alias Obscure, et aujourd'hui

 

Elie Fréron) de Quimper et le manoir de Mezanlez-Pennanmenez sont des acquisitions plus récentes.

Pour Mezanlez, c'est probablement en tant qu'ancien avoué-expert des biens nationaux confisqués à la Révolution que Salomon Bréhier put l'acheter. De même le presbytère du Grand Ergué, dit à tort du Petit Ergué dans l'inventaire établi après décès, fut acquis par l'avoué et maire d'Ergué-Gabéric.

L'ensemble des ventes est achevé en 1835 par Salomon Bréhier après le décès de son épouse, et très discuté par leurs nombreux enfants. C'est sa fille Arsenne qui conteste le plus les options prises, mais Salomon lui envoie une lettre très habile pour obtenir sa procuration : « Tes frères et sœurs me pressent de terminer, mais comment faire, puisque tu t'y opposes. J'ai trouvé un moyen dont je vais te faire part mais il faut me promettre le plus grand secret ...  » et il signe « ton père et ami ».

Certes les revenus immobiliers restent dans la famille, mais le contenu du testament n'indiquant que les legs à la domestique n'a pas, a priori, été communiqué à la famille car aucun papier du dossier notarial ne le mentionne. La volonté du défunt étant marquée sans doute par des convictions humanistes franc-maçonnes, on imagine néanmoins la surprise générale le jour d'ouverture du document, dans un milieu et époque où la moralité est de rigueur.

En savoir plus : « 1845 - Testament de François-Salomon Bréhier au profit d'Eliza Marzin, domestique »

2 Domaine protestant de Keristin

Billet du 11.11.2017 - Grâce à la publication d'un document daté de 1592, on sait maintenant que le protestantisme eut un écho historique au 16e siècle sur les terres catholiques d'Ergué-Gabéric, ceci expliquant aussi pourquoi à la Révolution le domaine sud-est de la commune soit rattaché à la couronne.

Ce document énumère les terres nobles près de Quimper et Chateaulin confisquées à leurs propriétaires protestants, dits « hérétiques et fauteurs d’hérésies », par la Ligue Catholique ou « Saincte Union ». Parmi ces terres on remarquera le domaine gabéricois de Keristin, propriété Rohan de Guéméné et de Gié. Ce document a été l'objet d'une communication en janvier 2005 par le regretté Norbert Bernard, et son travail de transcription et d'annotations a été publié sur le Internet Tudchentil. On trouvera sur GrandTerrier les clichés de l'original conservé aux archives départementales du finistère, ainsi qu'une transcription manuscrite anonyme qui a été archivée dans la même liasse.

Les 29 terres en question sont, par ce document d'avril 1592, sont qualifiées de « baulx à ferme des terres saisies apartenantz aux hérétiques et fauteurs d’hérésies en la jurisdiction de Kempertin et baillaiges de Chastaulin et baillées à ferme par nous Guillaume Le Baud, seneschal de ladicte jurisdiction ».

Les rentes des baux sont exprimées en écus, sols et deniers. Pour Daoulas une double formule est notée : « six centz quarante livres tournois et pour ce VIc XL # faisant en escues II c XIII [é] XX s.  », ce qui donne la règle de conversion, à savoir qu'un écu vaut trois livres tournois ou 60 sols.

Le document est signé par Guillaume Le Baud, sénéchal de la juridiction de Quimper, lequel est chargé d'authentifier le transfert des terres dans le domaine du roi et du paiement des rentes semestrielles. On apprend également comment la Ligue Catholique conduite par le duc de Mercœur a préparé cette opération : « l'estat fourny par le dict Quelennec le 23e jour de novembre dernyer à MM. Du Plessix d'Aradon et de la Courroucerye, commissaires deputtés par ce pays pour les affaires de la Saincte Union».

La seigneurie de Keristin est la dernière de la liste des terres confisquées. Il s'agit du vaste domaine noble, appelé également Kerjestin, situé au sud-est de la commune   d'Ergué-Gabéric   le

  long de la vallée du Jet, et composé des convenants suivants : Meil-Faou, Quenec'hdaniel, Keriou, Kermoisan, Keranroué, Kerdevot, Kerveguen, Lezouanac'h.

Ce domaine était au 15e siècle propriété de la famille du Fou, seigneurs de Rustéphan en Nizon. Avec le décès de Jean du Fou, en juin 1492, le domaine de Kerjestin passa dans les mains de sa fille Renée. Cette dernière s’était mariée la même année à Louis III de Rohan, seigneur de Guéméné, et transféra le bien à la famille de Rohan-Guéméné.

Dans le document de 1592 le nom du propriétaire noble et protestant n'est pas indiqué pour Keristin, mais seulement les représentants du roi nommés pour encaisser les rentes.

Le domaine, en cette fin de 16e siècle est toujours par héritage dans la branche Rohan-Guéméné de Gié, à savoir les descendants de Louis III de Rohan. Le représentant le plus connu de cette lignée est Henri II de Rohan, né au château de Blain (Loire-Atlantique) en 1579. Il sera très proche du roi Henri IV, et deviendra le chef de la résistance protestante.

En novembre 1591, sa mère Catherine, est présente au château de Blain qui est réputé pour être un solide bastion royaliste et protestant du sud Bretagne, doit faire face au pillage de son château par les armées du duc de Mercœur et espagnoles. C'est cet évènement qui donnera lieu probablement à la saisie en avril 1592 des biens des « hérétiques et fauteurs d’hérésies ».

Par la suite, jusqu'à la Révolution, Keristin restera domaine du roi ou « de la couronne ». Au 18e siècle un registre dit « rentier » sera tenu pour inscrire les rentes dues par les convenanciers. Et au lieu d'être vendu à des particuliers comme biens nationaux, les exploitations foncières et agricoles de l'ancien fief de Kerjestin/Keristin resteront regroupées entre 1802 et 1809 au sein du domaine de la Légion d'Honneur !

En savoir plus : « 1592 - Terres saisies sur les hérétiques près de Quimper-Chateaulin par la Saincte Union »

« La seigneurie de Keristin adjugée à maistre Daniel Goalezre par la cauption de maistre Hervé Goarezre dudict Kempertin pour la somme de quatre vingtz deux escuz et pour ce - - - IIIIxx II [é] »

3 Un petit mendiant glazik en BD

Billet du 04.11.2017 - Depuis fin 2015, le livre « Le Cheval d'orgueil » de Pierre-Jakez Hélias avait sa bande dessinée célébrant l'inter-générationnel bigouden. Aujourd'hui les mémoires de Jean-Marie Déguignet, paysan bas-breton, sont aussi en version BD, mais avec des couleurs bleues "glazik".

Il s'agit d'une adaptation très réussie des « Mémoires d'un paysan bas-breton », lancée en octobre 2017 sous la forme d'un premier tome « Le Mendiant », publiée aux éditions Soleil et dont les auteurs sont Babonneau, Betbeder et Gonzalbo.

Christophe Babonneau est un illustrateur-dessinateur, natif de Nantes, qui a déjà réalisé d'admirables bandes dessinées d'inspiration bretonne. Stéphane Betbeder, né à Pau, est un scénariste de bande dessinée et créateur d'environnements de fantasy, thriller et mangas. Axel Gonzalbo est un coloriste reconnu, et scénariste également.

Le jeune Déguignet et ses familiers mis en scène sont magnifiquement dessinés comme les petits personnages d'Olivier Perrin dans la « Galerie Bretonne », tous habillés de « bragou braz », et les femmes en coiffe. Les textes d'évocation de l'enfance et des incontournables légendes sont judicieusement choisis et bien amenés.

On remarquera entre autres la première pleine page d'une rue quimpéroise, l'arrivée dans la campagne de Quélennec, les belles planches de l'histoire du « C'haz du » (chat noir), les scènes de curés sermonnant, la cohabitation avec le « Christoc'h Du » au château de Lezergué, les délires du vieux Déguignet écrivant ses mémoires à l'asile.

 


En savoir plus : « BABONNEAU Christophe et BETBEDER Stéphane - Mémoires d'un paysan bas-breton »

4 Belle statue et légendes de saint Alar

Billet du 28.10.2017 - Ce jeudi 26 octobre dernier c'était la fête de saint Alar/Alor. Il fut au 5e siècle le troisième évêque de Cornouaille, après saint Corentin et saint Conogan, et avait son ermitage gabéricois près du Stangala. Il dispose désormais d'une magnifique statue monumentale à Carnoët.

On sait très peu de choses de la vie de ce saint évêque dont le culte est très répandu dans le diocèse de Quimper et très populaire comme protecteur des chevaux. Saint Alar était à l'origine le saint protecteur des alevins et des alevineurs en raison de la proximité de son nom avec celui-ci, le terme « an alaer » signifiant l'alevineur en breton. Ce n'est que par la suite qu'il est devenu le saint patron des poulains, et par extension, des chevaux. Ceci sans doute, de fait que sa vie étant oubliée au Moyen Âge, il a remplacé saint Éloi.

Sous les noms d'Alar, Alor ou Alour, il est le patron des églises paroissiales de Mespaul, Garlan, Roscanvel et Saint-Éloy, Tréguennec Tréméoc, Plobannalec-Lesconil et Ergué-Armel dans le Finistère et de nombreuses chapelles lui sont dédiées. Une fontaine lui est consacrée à Ergué-Armel où un pèlerinage y est organisé et où on peut jeter des pièces pour favoriser son mariage ou l'arrivée de la pluie.

Son nom a été donné également au ruisseau, vallon et jardin botanique du Stang-Alar à Brest, ainsi qu'à la vallée de l'Odet à quelques kilomètres au nord de Quimper, les gorges du Stangala. Sur ce dernier site une légende principale lui est attachée, à savoir le saut qu'il a effectué d'un versant à l'autre alors qu'il étaient poursuivi par des brigands.

Des statues polychromes le représentent dans les églises de Pleyben, Brasparts, Locronan, Plozévet et à la chapelle St-Guénolé d'Ergué-Gabéric, près du Stangala.

Courant septembre 2017, une statue monumentale de plus de 3m50, en granit de Cleder, a été réalisée par les sculpteurs Patrice Le Guen et Jean-Philippe Drévillon sur le site de la Vallée des saints de Carnoët. Le saint est représenté martelant un fer à cheval sur une enclume de forge, la vasque contenant le feu est gravée d'une représentation de la mort ou d'un diable.

La vie du saint et galerie de photos : « Sant Alar (5e siècle) »

 
Les légendes mettant en scène saint Alar sur le site du Stangala et alentours ne manquent pas. Le bibliothécaire et mémorialiste Louis Le Guennec a beaucoup contribué à les faire connaître dans les années 1930, notamment dans la revue « Quimper et la Cornouaille » du Syndicat d'Initiative et Automobile-Club de Quimper et dans les journaux « La Dépêche de Brest » et « Le Progrès du Finistère ».

En 1984, ces histoires ont été publiées dans un recueil des contes et légendes du grand-Ergué de la Commission de Recherches Historiques d'Ergué-Gabéric avec la participation de l'illustrateur Laorz, alias Laurent Quevilly.

La première est l'exploit de saint Alar qui, dérangé par des brigands dans sa « maison de prière » près du Stangala, aurait usé de ses pouvoirs pour les neutraliser, mais « Alar fit mieux. Un bond gigantesque au-dessus de la vallée le porta sans encombre à l'autre bord ».

La fontaine de saint Alar est la deuxième légende collectée et serait située près de son ermitage « non loin de la grande papeterie Bolloré ». Et la vertu de cette fontaine est son eau qui « possède, parait-il, une singulière vertu, celle de se changer en vin, une fois tous les cent ans, pendant une heure ». En fait, si effectivement l'ermitage de saint Alar était bien en amont du Stangala, il l'est encore plus que la papeterie, car la fontaine en question et le pont Sant-Alar était sur les terres gabéricoises de Creac'h Ergué.

En savoir plus : « Les légendes du Stangala par Louis Le Guennec, Dépèche & Quimper-Cornouaille 1929-34 »


Demain 29.10 le salon de l'Histoire locale ouvre ses portes dès 13:30 au Centre Culturel de Rosporden. On y découvrira notamment le livret "Rosporden, l'histoire industrielle au XXe siècle" édité par l'association organisatrice HPPR, la toute première BD "Mémoires d'un paysan bas-breton" de Betbeder-Gonzalbo-Babonneau et les derniers livres à succès d'Annick Le Douget et de Pierrick Chuto.

5 Enquête médiévale sur un don de cire

Billet du 21.10.2017 - Un document en latin, très beau et lisible, daté de 1439, dont nous reproduisons un facsimile complet grand format et la transcription du passage concernant la chapelle de Kerdévot, ainsi que quelques explications et analyse de contenu.

Ce document testamentaire avait été évoqué succinctement dans un article d'Albert Deshayes dans la brochure « Kerdévot 89 » avec une référence documentaire erronée G.92 des Archives départementales du Finistère. C'est là le début de notre enquête.

Après investigation plus poussée nous trouvons l'évocation du document dans une étude intitulée « Le culte de la très sainte vierge dans le diocèse de Quimper » lors du Congrès Marial Breton tenu au Folgoat le 4 septembre 1913, avec cette précision que le défunt fait également un don du cire à la chapelle quimpéroise du Guéodet et l'église neuve de Locronan.

Et dans l'article « Étymologie et histoire de Locronan » du site Infobretagne.com, on retrouve le même document mentionnant ce don l’église neuve de Locronan, et là la cote est bien valide dans le référentiel actuel des archives : référence 2.G.94 folio 17. Et là on peut démarrer une analyse sur la pièce d'origine.

À ce stage de l'enquête, nous avons bien repéré et traduit le passage sur Kerdévot (cf fin du billet), mais nous sommes intéressés pour toute aide pour transcrire plus complètement le document, notamment sur les autres lieux concernés par le partage de l'héritage du défunt.

Le document démarre par la formule sacrée « In nomine sancti et judundui nuntatis patris et filii et spiritus sancti » (Au nom des saints et toutes nouvelles du père et fils et saint esprit).

Il s'agit du testament d'un dénommé « Johannes Monachi », c'est-à-dire Jehan Moyne ou Jean Lemoine. Monachus peut représenter soit un patronyme soit le statut ou profession de moine. Du fait de la terminaison en "i" (et non en "us"), la seconde hypothèse serait corroborée par le commentaire du chanoine Paul Peyron dans son étude du cartulaire de l'église de Quimper : « le nom de famille s'écrit toujours au génitif, ce qui permet de le distinguer du nom de baptême ou du qualificatif indiquant la profession. ».

Dans le chapitre "Fondations", page 348, Paul Peyron nous présente ainsi le document : « 1439. Johannes monachus, le Moine ou Manac'h, fonde un obit en l'église de Notre-Dame de la Cité, et donne par testament 2 livres de cire à l'église de Notre-Dame de Kerzevot en Ergué-Gabéric, et à l'église nouvellement érigée à Locronan en l'honneur de Notre-Dame. »

Notre-Dame de la Cité, en latin « Capella beate Marie de Civitate », ou chapelle Notre Dame du Guéodet, était une chapelle importante de la ville close de Quimper, et Paul Peyron parle d'obit ou fondation pour une messe anniversaire du défunt.

 
Datation 1439 : (anno Domini) millio CCCC° tricesimo nono

Pour Locronan, Johannes Monachus « lègue par testament à la fabrique du prieuré une rente de 10 sols monnoie, à charge d’une messe annuelle. Plus 5 sols monnoie à l’hôpital de Saint-Eutrope, et 2 livres de cire à l’église neuve de Notre-Dame », si l'on se réfère au site Infobretagne.com. L'église neuve est la chapelle Notre-Dame de Bonne-Nouvelle dite « Kelou-mad ».

En refaisant la transcription du passage relatif à Kerdévot, on ne peut que reprendre les termes du résumé de Paul Peyron, à savoir que le don est bien la fourniture de cire de cierges pour éclairer la chapelle et peut-être comme aujourd'hui pour y faire des vœux : « Item do volo et lego ecclesia sen capelle beate maria de Kerzevot in parochia de ergue gaberic duae ad librae cira » (Et ceci aussi je veux et lègue à l'église ou chapelle sainte Marie de Kerdévot en la paroisse d'Ergué-Gabéric deux livres de cire).

Fin du passage gabéricois : ... ergue gaberic duae ad librae cira

En fait le passage de Kerdévot est inclus dans un paragraphe indiquant deux autres dons équivalents de cire, ce d'une part à la nouvelle église de Locronan, et d'autre part à une autre chapelle mariale qui n'est pas identifiée.

Cette dernière aurait pu être la chapelle du Guéodet car une légende y fait état que, pour remercier la vierge d'avoir protégé le lieu de la peste, une procession était organisée les deux février de chaque année, et la bougie ne devait pas s'éteindre sous peine de voir la ville engloutie par les eaux. Peut-être que les cierges de Kerdévot étaient nécessaires aussi pour commémorer la victoire contre la peste d'Elliant !

En savoir plus : « 1439 - Testament de Johannes Monachus pour la cire de la chapelle de Kerzevot »

6 Cartographie communale historique

Billet du 14.10.2017 - Il y a quelques semaines l'IGN ou Institut Géographique National a mis à disposition sur son Géoportail des cartes historiques datant des années 1950 couvrant les communes de France, permettant l'analyse de l’évolution du territoire par rapport aux autres cartes disponibles.

Disponibles sur tout le territoire métropolitain, ces cartes topographiques colorisées à l’échelle 1:50000, sont issues des cartes d'état-major utilisées à la seconde moitié du 19e siècle et au début du 20e.

Le modèle utilisé pour Ergué-Gabéric est la carte non colorisée mise à jour dans les années 1920. Les voies de communications et les emplacements de hameaux y sont identiques, les routes de Coray et Langolen étant déclarées de grande circulation en 1950. Les hachures pour le relief sont reprises de la carte de 1920, avec en 1950 un degré de précision accentuée et l'ajout de courbes de niveaux (dont celle en gras pour les 100m au dessus de la mer).

On trouvera dans l'article de présentation une carte interactive couvrant le territoire communal.

Sur le territoire gabéricois les six couleurs utilisées sont :
Image:Square.gif noir : chemins vicinaux secondaires ou principaux, hachures pour le relief, habitations, église, chapelles, calvaires.
Image:Square.gif rouge : routes de grande circulation.
Image:Square.gif bleu : cours d'eau, ruisseaux et rivières.
Image:Square.gif vert : bois et forêts.
Image:Square.gif marron : courbes de niveau et indication 100m s/ mer.
Image:Square.gif violet : quadrillage de la carte.

En y regardant de plus près, certains détails pour trois quartiers représentatifs permettent de dater les deux précédentes cartes d'état-major déjà publiées sur le site GrandTerrier, à savoir 1860 pour la première et 1920 pour la seconde :
Image:Right.gif Bourg : le cimetière est déplacé à Pennarun sur les cartes de 1950 et de 1920 ; la ligne de chemin de fer est tracée sur les 3 cartes.
Image:Right.gif Lestonan : deux mentions du village de Lestonan, l'un près de Pen-Carn, l'autre près de Kerhuel, en 1920 et 1950, alors qu'en 1860 seul le premier y est indiqué ; canal de la papeterie d'Odet en 1950 et 1920.
Image:Right.gif Lenhesq : route de Coray détournées en 1950 et 1920, alors que la déviation est en projet en 1860.

 

La carte d'Etat-Major du 19e siècle, deuxième couverture cartographique complète de la France après la carte Cassini, est pour Ergué-Gabéric datée des années 1855-66 car le tracé de la ligne de chemin de fer y apparait et la gare de Quimper sera inaugurée en 1863 (une carte interactive est incluse dans l'article).

La carte d'Etat-Major du début du 20e siècle présente l'état de la voirie qui s'est étendu et amélioré par rapport à la situation de la carte précédente datées des années 1860 (cf la carte interactive de l'article).

La carte en question est légèrement différente de celle de 1860, notamment sur l'état de certaines voies de communication comme dans le quartier d'Odet, représentées par un trait dédoublé, alors que sur la carte de 1860 il y a un trait simple indiquant un chemin vicinal secondaire.

De plus contrairement à 1860 une seconde mention du village de Lestonan a été indiquée plus au nord au niveau de Kerhuel. Et enfin, toujours à Odet, le tracé du canal d'amenée réalisé vers 1875-80 y est dessiné et le village de Stang-Venn a été ajouté. Elle fait aussi apparaître le cimetière de Pennarun alors que les travaux et le transfert des tombes de l'église paroissiale ne furent achevés qu'en 1922.

Les 3 cartes : « Carte communale 1:50000 aux 6 couleurs des années 1950 » ; « Carte d'Etat-Major de la voirie et du territoire communal mise à jour dans les années 1920 » ; « Carte d'Etat-Major au 1:40000 et en couleurs établie dans les années 1860 »

7 Les Blancs et les Diables Rouges

Billet du 07.10.2017 - Pierre-Jakez Hélias dans son « Cheval d'Orgueil » raconte l'histoire de ces « Blancs » de Tréguennec qui avaient remporté une « brillante victoire contre les diables Rouges. Ils en sont venus à bout, du vieux Satan ... », lequel est Le Bail de Plozévet, l'ennemi juré d'Auguste Chuto.

Le quêteur de mémoire Pierrick Chuto n'a pas connu son grand-père Auguste qui, dans sa famille, a laissé le souvenir de quelqu'un qui avait vécu par et pour la religion. Par désir de comprendre tout le non-dit de la mémoire familiale, Pierrick a écumé les archives de l'époque et a déjà publié un premier tome « IIIe République et Taolennoù » de chroniques éclairantes sur la période allant de 1880 à 1905.

Ici c'est la suite et on découvre que la séparation des églises et de l'état républicain a laissé des plaies vives et douloureuses dans toute la région de Cornouaille pendant près de 20 années. La sortie officielle de ce second tome est le 29 octobre, le jour du salon de l'histoire locale à Rosporden, mais dans l'intervalle il est possible de souscrire aux conditions décrites dans le bulletin ci-dessous.

Image:Right.gif Bulletin de souscription.

À retourner à : Association de Saint-Alouarn. 19, hameau de Porrajenn. 29700 Plomelin

1 exemplaire dédicacé : 18 € + 3 € (participation aux frais d’expédition, si envoi par poste, soit 21 €)

Si paiement par carte bancaire (système sécurisé Paypal) allez sur le site : http://www.chuto.fr

Si les états d'âme d'Auguste y sont toujours bien analysés, l'auteur s'efforce de présenter aussi les idées et les actions du clan adverse, ainsi que les enjeux sociaux et politiques au niveau régional et national. Car la réalité est complexe en 1906-1924, surtout dans ce pays cornouaillais incluant les communes côtières et les paroisses rurales et agricoles.

Auguste, agriculteur propriétaire à Kerviel en Penhars, sillonne les pardons et manifestations contre les inventaires des églises et il s'exprime vivement dans les journaux. Surnommé « Aogust, an tagnous » (Auguste, le teigneux) par ses adversaires, il intervient publiquement, très souvent dans sa langue maternelle, qu'il maitrise évidemment.

Sans relâches, on le retrouve à Pont-l'Abbé, Pouldreuzic, Loctudy, Bénodet ..., mais aussi bien sûr dans le canton de Quimper, défendant les intérêts catholiques et conservateurs, et invectivant les républicains laïcards de gauche. Pour ce qui concerne Ergué-Gabéric, où il trouve des soutiens dans les manifestations d'oppositions catholiques, on pourrait aussi énumérer de nombreux récits relatés dans le livre de 352 pages.

À titre d'exemple, on notera entre autres l'allocution publique d'Auguste en langue bretonne le dimanche 12 mai 1907 à un pèlerinage à la chapelle de Kerdévot :

 

«  M. Chuto, le conférencier breton dont le talent oratoire se passe désormais de tout éloge, a pris la parole devant un auditoire de 5000 personnes ... sous le charme de sa parole ardente, cinglante par moment pour les oppresseurs de la conscience française ... Les applaudissements nourris qui à chaque instant ont interrompu sa conférence lui ont montré qu'il avait été compris. »

En conclusion, bien que leurs origines familiales soient à l'opposé, les écrits respectifs de Pierre-Jakez Hélias et de Pierrick Chuto ont en commun de ne pas choisir tout à fait leur camp afin de mieux intégrer les autres ; la compréhension bienveillante des « Rouges » et des « Blancs » sont finalement leur héritage.

En savoir plus : « CHUTO Pierrick - Auguste, un blanc contre les diables rouges »

8 Kannadig aux couleurs d'automne

Billet du 01.10.2017 - « L'automne raconte à la terre les feuilles qu'elle a prêtées à l'été » Les "Aphorismes" de Georg Christoph Lichtenberg - Der Herbst, der der Erde die Blätter wieder zuzählt, die sie dem Sommer geliehen hat -

Que s'est-il passé cet été ? Nous avons tout d’abord lancé le sujet de la douceur du saint Gwennaël / Guinal fondateur, de son cantique un tantinet « naïf », et de sa future statue de granit dans la Vallée des Saints (le journal Le Télégramme a précisé son rang dans la liste des statues, ce sera la 115e !).

Ensuite on lira ce quiproquo qui illustre la fin de l’union sacrée qui prévaut à la fin de la grande guerre 1914-18: au nom de la morale le recteur réussit à interdire le bal patriotique des Poilus d’Ergué-Gabéric.

Après, c’est l’heure de se replonger dans la fête du centenaire de la papeterie d’Odet en 1922 au travers notamment du programme imprimé des festivités.

Du côté des manoirs, on s’est intéressé à celui de Pennarun à proximité immédiate du bourg et dont a retrouvé l’origine des héritiers au 17e siècle.

Et que penser de la relation entre les guérisseurs ou sorciers et la justice : Annick Le Douget en a fait le sujet de sa dernière étude et nous y détaille entre autres le cas d’un ancien maire gabéricois, guérisseur de la rage.

Pour ce qui concerne la période de la guerre 1939-45, nous avons essayé de comprendre le fonctionnement des tickets de rationnements grâces aux coupures de presse et aux souvenirs des anciens.

Au tout début du 20e siècle, le recteur de la paroisse a répondu avec un certain humour à une enquête diocésaine sur l’utilité du breton dans le cadre du catéchisme.

Le pardon de Kerdévot en 1911, c’était des caravanes de pèlerins, des processions, des cantiques et le chant du crédo royal.

En période médiévale, les trois cartulaires de Quimper, écrits en latin, sont bien utiles pour repérer le démembrement de la grande paroisse d’Ergué au 13e siècle.

Les commerces du bourg, au nombre de 14 dans les années 1940, ont été localisés pour vous, sur plan et sur photo.

 

Et enfin pour finir ce bulletin, nous vous re-précisons notre projet phare de début 2018, le lancement des annales : « an histor hervez ar reiz eus ar bloazyou » (histoire de ce qui s'est passé chaque année).

Lecture en ligne du bulletin trimestriel, avec fichier pdf pour l'impression en recto-verso : « Kannadig n° 39 Octobre 2017 »

9 Le bourg dans les années 1940

Billet du 23.09.2017 - Avant la guerre de 1939-45 les nombreux commerces étaient des lieux incontournables du bourg d'Ergué-Gabéric.

Leur description et localisation sur plan ont été préparées par Jean Le Reste, ancien maire et gabéricois de naissance, ce avec l'assistance de Gaëlle Martin, employée communale chargée du patrimoine. Grand merci à eux deux ! Et toutes autres photos ou infos sur cette période seront bien sûr les bienvenues.

À droite cette ancienne photo d'une rue du bourg avant-guerre et l'image Google d'aujourd'hui au même endroit : autrefois il y avait bien plusieurs commerces dans cette rue de Kerdévot, tout d'abord la boulangerie Balès qui faisait également café et épicerie et un peu plus loin la mercerie et les bonbons de Marie Keraval.

Image:Right.gif cliquer sur la vignette pour agrandir.

Quatorze commerces, incluant les cafés, tabacs, épiceries, tissus, quincaillerie, boulangerie, boucheries, sabotier et salles de danse, ont été identifiés comme ouverts en ces années 1940, à savoir dans l'ordre du plan ci-contre les familles commerçantes Thomas, Bihannic, Poupon, Lennon, Le Dé, Heydon, Balès, Rospape, Troalen, Henry, Keraval et Bernard.

1. Chez Thomas – épicerie, noces, atelier de menuiserie, vente de vélos.

2. Chez Bihannic – boulangerie, café, cabine téléphonique.

3. Chez René Poupon – quincaillerie, plomberie, électricité, tout le nécessaire pour la maison ou la ferme, bar et café.

4. Café de la mairie – tenu par François Lennon – meilleur muscadet du coin. Presse : la Dépêche et l’Ouest-Eclair – épicerie tenue par sa femme – repas de noces à l’arrière, accès par une cour intérieure.

5. Hervé Balès, taxi, et Catherine Le Dé – épicerie, bonbons, tissus. La grand-mère de Catherine Le Dé, madame Chiquet, vivait avec le couple et aidait Catherine Le Dé dans son commerce.

6. Chez Corentin Heydon – bistrot, chaussures, sabots, socques, cirage, clous, semelles de caoutchouc, lacets.

7. Boulangerie de Jean Balès – épicerie, café. Le fournil est à l'arrière. Reprise de la boulangerie par les Nédélec après guerre, avec également la boucherie suite au rachat à Charles Bizien.

8. Local utilisé par le boucher Pierre Rospape de Lestonan, à l’arrière de la boulangerie, près du fournil et de la salle de danse.

 

9. Salle de danse et de noces à l’arrière de la boulangerie – représentations de théâtre, JAC notamment, projection de films.

10. Chez Troalen, Alain – bureau de tabac, timbres postaux et fiscaux, café.

11. Salle de noces au bout de chez Troalen.

12. Dans la cour du bureau de tabac, remise utilisée par le boucher Michel Henry de Lestonan qui venait une à deux fois par semaine.

13. Chez Marie Keraval [1] – mercerie, bonbons. Avant la mercerie de Mme Le Berre, née Marie Keraval, le commerce était détenu par Mme Le Corre.

14. Sabotier Yves Bernard.

En savoir plus : « Localisation et présentation des 14 commerces du bourg dans les années 1940 »

10 Decimam de Erge in pace dimittet

Billet du 16.09.2017 - « Cartulaire, s.m. : registre qui contient les titres de propriété ou les privilèges temporels d'une église ou d'un monastère. »

Entre 1901 et 1909, le chanoine Peyron a entamé une analyse et une transcription des textes en latin des copies intégrales quimpéroises des trois cartulaires originaux conservés à la Bibliothèque nationale de France, et parmi les actes étudiés certains constituent les toutes premières mentions de la paroisse d'Ergué-Gabéric. Ce travail nous a donné l'idée et la curiosité de les étudier plus en détail et d'aller rechercher les originaux sur le site Richelieu de la BnF.

Les trois cartulaires 31, 56 et 51 sont à la fois redondants et complémentaires. Les deux premiers cartulaires, 31 et 56, ont été rédigés à la fin du 13e siècle au 15e, le 51 par contre n'ayant été initié qu'au 14e siècle. Même si la rédaction ne démarre qu'en fin 13e ou 14e, certains actes reproduits peuvent être datés du 12e siècle ou du début du 12e siècle. De nombreux actes ayant étant dupliqués sur les 3 cartulaires, leur numérotation a été refaite par Paul Peyron (cf n°s des "actes P.P." ci-dessous).

Les actes relatifs à la paroisse globale d'Ergué et de sa partie issue d'Ergué-Gabéric, en incluant ses villages et ses personnages, sont les suivants :

Image:Right.gif 1169 ou 1170 - Restitution de dîme à l'église d'Erge par l'évêque - Acte P.P. : 16, p. 46-48. Cart. 56, folio 4.

Image:Right.gif 1267 - Confirmation des dons des précédents évêques par Yvo Cabellic - Acte P.P. : 103, p. 161-163. Cart. 56, folio 54.

Image:Right.gif 1275 - Don d'un chanoine pendant l'épiscopat d'Yvo Cabellic - Acte P.P. : 116, p. 175-176. Cart. 56, folio 34 et cart. 31.

Image:Right.gif 1325 - Obit de Maitre Yves concernant le village de Botsinsic en Ergue Gaboric. Acte P.P. : 202, p. 257. Cart. 51, folio 35.

Image:Right.gif 1327 - Legs pour Henri Morgan, recteur ecclésiastique d'Ergue Gaburic. Acte P.P. : 217, p. 270-271. Cart. 51, folio 34.

Image:Right.gif 1368 - Taxe des bénéfices payée à Rome pour Ergue-Gabic. Acte P.P. : 4, p. 11. Cart. 56, folio 43 et cart. 31, p. 107.

Image:Right.gif 1416 - Liste des évêques de Cornouaille dont Yvo Cabellic, bone vite - Acte P.P. 2, p. 4-6. Cart. 56, folio 59.

Nous nous sommes attachés à détailler ces actes, notamment ceux de 1169-70 et de 1325 citant respectivement pour les toutes premières fois Ergué et Ergué-Gabéric.

L'objet de l'acte de 1169-70 est d'énumérer les points d'accords arbitrés par l'Archevêque de Tours entre les Evêques et chapitres de Cornouaille sur plusieurs points et chefs : « Quedam littere archiepiscopi de quadam concordia inter episcopum et capitulum corisopitense ».

Sur la datation en fin de l'accord « III° kalendas Aprilis » qui est imprécise, le chanoine Peyron fait cette extrapolation : « Le 3 des calendes d'Avril, c'est le 30 Mars. L'année n'est pas spécifiée, mais on doit la chercher entre l'avènement de Geoffroy, évêque de Quimper en 1168, et la mort de Josse, archevêque de Tours, en 1171, soit l'année 1169 ou 1170. »

Extrait de la transcription latine du passage relevant de la paroisse d'Ergué : « Episcopus decimam de Erge in pace dimittet ecclesie sue, si constiterit legitime eam prius fuisse donatam ad opus ecclesie » (L'Évêque laissa à son église la dîme de Erge pour faire la paix, comme elle était légitimement due avant tout pour les besoins de l'église).

La dîme est une redevance en nature exigée par l'Eglise pour assurer l'entretien des prêtres desservants des paroisses et pèse essentiellement sur les produits de la terre (grains, paille, foin, chanvre, etc.). La dîme est prélevée dans le champ, sitôt la récolte terminée, et le jour de la récolte est annoncé au prône de la messe de paroisse, afin que le décimateur puisse procéder à la collecte « à la quinzième gerbe ».

 
(Acte de 1169-1170, Cartulaire 56 de Quimper, BnF Richelieu.)

Ici on a affaire à un cas d'école, car Mgr Geoffroy, évêque de Quimper, joue le rôle de gros décimateur avec la seule obligation de ne reverser qu'une « portion congrue » à son recteur. Mais les autorités ecclésiastiques de Tours jugent que, « pour faire la paix » (in pace), l'évêque doit céder l'entièreté de la dîme au desservant de l'église d'Ergué, « comme elle était légitimement due » (si constiterit legitime eam).

L'orthographe pour Ergué est bien « Erge » (sans accent et sans "u") et désigne la grande paroisse d'Ergué, regroupant Ergué-Armel et Ergué-Gabéric, avant le démembrement en deux entités entre 1170 et l'année 1244 quand apparaît le nom « Erge-Arthmael », alors que la forme « Ergue Gaboric » n'est utilisée qu'en 1325 .



(Acte de 1325, Cartulaire 51 de Quimper, BnF Richelieu.)

L'objet du document de 1325 est un « obit » attestant le revenu d'une vente organisée pour célébrer l'anniversaire du décès de maitre Yves, trésorier du chapitre de Cornouaille. La datation est précise, à savoir deux jours avant la Saint-Martin de l'année 1325 : « die sabbati ante festum beati Martini hyemalis anno Domini Mo CCCo vicesimo quinto ».

La transcription latine du passage relevant de la paroisse d'Ergué est la suivante : « sitis apud Botsinsic in parrochia de Ergué-Gaboric » (à proximité de Botsinsic en la paroisse d'Ergué-Gabéric). Bien que Paul Peyron lise « Botsinsic », on peut aussi transcrire en « Botsuisic » car la place du « i » n'est pas bien marquée dans la graphie d'origine.

En fait le village aujourd'hui disparu de « Botsinsic » / « Botsuisic », ou Botzeusic au 17e siècle, était au centre d'une trève qui comprenait neuf villages dans la partie sud-ouest de la paroisse d'Ergué-Gabéric, avec une chapelle entre les villages de la Salle-Verte et du Méleneg.


En savoir plus : « PEYRON Paul - Cartulaire de l'église de Quimper », « 1169-1170 - Restitution de la dîme d'Erge par l'évêque dans le cartulaire de Quimper », « 1325 - Obit de trésorier concernant Botsinsic en Ergue Gaboric dans le cartulaire de Quimper »


11 Chant du Credo royal à Kerdévot

Billet du 09.09.2017 - Les 9 et 10 septembre 2017 : « Marche priant le samedi à 18h suivie d'une procession aux lumières. Le dimanche, messe à 9h et 10h30, vêpres et procession à 15h, fest deiz ». La fin du pardon en 1911 : « Et tous s'éloignent comme à regret, en se disant : Nous reviendrons. »

Il y a 106 ans, les journaux locaux font un large écho du pardon et livrent de nombreux détails sur son déroulement. « Le Courrier du Finistère », « Le Progrès du Finistère » publient le long courrier d'un pèlerin quimpérois, « Je reviens de Kerdévot, pardon célèbre entre tous ceux de Cornouailles. ».

Les textes publiés sont rigoureusement identiques à deux petite nuances près : le commentaire appuyé sur la présence du maire et la phrase de conclusion « Nous reviendrons ». Dans la Semaine Religieuse, le courrier est encore plus long et empreint de considérations ecclésiales. Quant au journal républicain « Le Finistère », le pardon n'y est même pas mentionné, seule la foire aux bestiaux du lundi, créée en 1881, y est annoncée.

Le début du courrier adressé aux journaux est un beau descriptif des longues caravanes qui, depuis le petit jour, se dirigent vers la chapelle : «  Pèlerins isolés qui s'en vont pieds nus, le chapelet à la main ; familles au complet dans une voiture trop étroite que traîne la bonne bête de la ferme. Ici des groupes d'ouvriers ... Le père pousse allègrement la petite voiture où repose, à moitié endormi, le plus jeune enfant. Aux relais, parfois le bébé passe sur les bras du papa ... On entend bientôt la plainte grossissante des mendiants qui implorent la piété des pèlerins. »

Une fois arrivé sur les lieux on chante beaucoup, notamment les cantiques en breton : « Tous redisent avec entrain les couplets du naïf cantique à N.-D. de Kerdévot ». Il s'agit là du cantique composé en 1881 par le quimpérois Jean Salaün sur l'air du « Laudate Mariam » et dont le refrain est dédié à la Sainte Vierge : « Mam Doue, ô Guerc'hez, Bezit hor c'harantez ».

Mais le point d'orgue est le « credo royal » chanté en latin : « Tout ce peuple enlevait avec enthousiasme le chant magnifique du Credo royal ». En 1911 le concile de Vatican II n'a pas encore francisé le culte catholique, et la messe en latin dite royale, composée en 1669 par Henry Dumont pour être dite dans la chapelle royale de Louis XIV, est restée très populaire en France en ce début de 20e siècle.

Après la grand'messe, la fête, « le jeu populaire et profane », occupe le placitre ombragé : « À un moment donné, du point où je me trouve placé, la chapelle disparaît, cachée dans un feuillage épais. La flèche semble s'élancer du tronc même du vieux chêne, rare débris du grand bois qui ornait autrefois le placitre ». Ce vieux chêne a fait le bonheur de peintres et dessinateurs de la 2e moitié du 20e siècle comme Per Corre ou Charles Homualk. En 1911 également la présence d'un peintre observateur de la procession et de la fête est signalée.

Le privilège de faire la procession en portant « les croix, les bannières et les statues » est donné « aux paroissiens et paroissiennes du Grand-Ergué. Tous s'honorent de cette distinction. » Et chose étonnante le maire Louis Le Roux et ses deux adjoints sont également dans le cortège « ceints tous trois de leur écharpe tricolore ». Et le journal « Le Courrier » retient ce commentaire : « Leur présence est un exemple pour tous et la preuve de la bonne entente du clergé et des magistrats municipaux ».

 

En venant le dimanche le pèlerin peut espérer recueillir une indulgence plénière pour les « âmes du purgatoire », c'est-à-dire pour ses proches défunts qui étaient encore au Purgatoire pour expier leurs fautes. Les conditions pour bénéficier de l'indulgence sont dites « ordinaires », c'est-à-dire l'obligation formelle de se confesser, de communier et de faire une prière canonique. En 1911 cette facilité est également accordée le jour de la foire aux bestiaux, c'est-à-dire le lundi. Ce jour-là « on confessera, à Kerdévot, jusqu'à la dernière messe qui se dira vers 8 heures.  ».

Très occupés à dire les messes et entendre les confessions, « les prêtres de la paroisse, aidés pourtant de nombreux confrères du voisinage, suffisent à peine à entendre tous ceux qui se présentent ». Le recteur Louis Lein n'est pas cité comme intervenant notable, hormis ces mots « Après le prône de M. le Recteur ».

Par contre les autres orateurs ecclésiastiques qui montent en chaire sont à l'honneur : le chanoine Bargilliat, l'abbé Picard, vicaire de Landudal, l'abbé Brénéol, maitre d'études à Saint-Vincent, le chanoine Orvoën, curé de la cathédrale St-Corentin de Quimper. Ce dernier fait une prédication remarquée sur le cœur pur de la Vierge Marie et « invite ses auditeurs à contempler les éloquentes sculptures du rétable de l'autel ; ... Tous suivent, émus, les leçons que l'orateur dégage de ces vieux panneaux de chêne ». Les tableaux du rétable anversois du 16e siècle servent de « Taolennoù » ou tableaux de mission.

En savoir plus : « Les caravanes de pèlerins au pardon de Kerdévot, Courrier/Progrès du Finistère et SR 1911 »

12 Présentation des futures annales

Billet du 02.09.2017 - « Il y avait d'ailleurs à côté des annales, documents écrits et authentiques, une tradition orale qui se perpétuait parmi le peuple d'une cité, non pas tradition vague et indifférente ...  », Fustel de Coulanges, "La Cité antique", Librairie de Louis Hachette et Cie, 1864, page 218.

Lorsque l'idée de fêter les 10 ans du site GrandTerrier a germé, on a tout de suite pensé à éditer un almanach, avec comme support le calendrier des saints celtiques et bretons qu'on avait concocté en 2008. Mais, après discussions, d'aucuns nous ont dit que c'était légèrement vieille France et qu'il y avait mieux à faire que de renouveler l'échec de l'« Almanak Breizh Izel » de Luzel et Gaidoz en 1872.

On a creusé les contours du projet : publication renouvelée annuellement, tirage professionnel de 100-200 pages grand format, monographie d’histoire et mémoire de la commune et de ses villages, mélanges universitaires ou miscellanées [1] à l'instar du "Fureteur breton" de Maurice Le Dault ..., et on a abouti à ce concept d'annales.

Pourquoi des annales ? Parce que, tout d'abord, Grégoire de Rostrenen avait ainsi défini le mot breton « Annaloù » : « an histor hervez ar reiz eus ar bloazyou  » (histoire de ce qui s'est passé chaque année). Le Littré donne aussi cette courte définition : « Dans le style élevé, histoire ». Le dictionnaire TLFi est plus prosaïque sur la notion de publication : « Périodique à caractère scientifique publié dès le 19e siècle à partir des recueils d'observation annuels ».

Le plan retenu pour les annales suit un découpage chronologique des grandes époques qui ont marqué l'histoire de notre commune :

Image:Right.gif Les périodes Antiques, des temps préhistoriques jusqu'à l'occupation romaine - Faille sud-armoricaine, allées couvertes, villages de chasseurs cueilleurs, voie romaine.

Image:Right.gif Les saisons Médiévales, les années où les rares sources documentaires créent des légendes – Moine voyageur, trésor des chartes, fondations, ordres de chevalerie et noblesses.

Image:Right.gif L'époque Renaissance, le temps des 16 et 17e siècles quand les nobles faisaient la loi – Domaines congéables, tenues nobles, chapelles gothiques, écrivain sous Louis XIII.

Image:Right.gif Le siècle des Lumières, le 18e siècle qui marque la fin de l'Ancien Régime - Château rénové, cahiers de doléances, chouans et billig rouge, émigration et biens nationaux, dictionnaire latino-celtique.

Image:Right.gif Les années Rurales, le monde essentiellement rural au 19e siècle - Domaine de la Légion, cadastre Napoléon, déplacement du bourg, papeterie d’Odet, procès des sorciers, un paysan bas-breton écorché.

Image:Right.gif Les transformations Sociales, conflits et émergence d'une ville au 20e siècle - Poussée républicaine, séparation des églises, guerres 14 et 39, urbanisation, abandon du breton, crises économiques.

Pour constituer les annales, il a été décidé de mettre en ligne les versions préparatoires, et même d'organiser une discussion sur le choix des sujets retenus, à raison de 2 ou 3 par période. Chaque article de 3 ou 4 pages au format A4 est sensé représenter un sujet sur lequel on a assez d'éléments pour qu'il

 
Maquette de couverture
Maquette de couverture

soit représentatif de sa période et qu'il puisse constituer un chapitre d'une monographie historique communale de référence.

Prenons un exemple de choix d'article sur les années dites rurales du 19e siècle. Les cinq articles candidats sont pour l'instant « Le développement à Odet d'une fabrique et collectivité papetières par des journaliers agricoles », « La confiscation de biens nationaux pour la constitution du domaine de la Légion d'Honneur », « Les procès d'Yves Pennec, sorcier voleur, et de Pierre Nédélec, guérisseur de la rage », « Les plans et matrices du cadastre Napoléon et la disparition des communs de village », « Un paysan bas-breton en lutte contre l'église catholique et les croyances populaires ». Lesquels ont votre préférence ?

Au-delà de ces articles institutionnels, les annales pourront inclure des articles signés d'auteurs et des tribunes où tout le monde pourra exprimer une opinion ou un témoignage. Le graphisme et les illustrations qui formeront aussi le ciment de la brochure est également à l'étude et en discussion. Le compte à rebours est démarré, il ne nous reste plus que quatre mois pour éditer les annales de janvier 2018.

En savoir plus sur ce projet et son degré d'avancement : « Annaloù 2018 - Annales du GrandTerrier n° 1 »

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