Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier - GrandTerrier

Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

Un article de GrandTerrier.

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Arrière-bans et montres militaires

Billet du 19.06.2021 - TORCHET (Hervé), Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568, La Pérenne, Quimper, 2021, ISBN 2-914810-25-8 : gros travail documentaire mené par l'historien Hervé Torchet sur trois revues militaires après l'intégration du duché de Bretagne dans le royaume de France.

En ce 2e trimestre de 2021, le paléographe Hervé Torchet a publié 218 pages de transcription intégrale des montres (revues militaires) du diocèse de Cornouaille de la seconde moitié du XVIe siècle, auxquelles étaient convoqués les détenteurs de revenus nobles, avec des compléments d'analyses statistiques et de fiches familiales nobiliaires.

Déjà organisées aux siècles précédents par les ducs de Bretagne, les montres de 1554 à 1568 rassemblent dorénavant l'arrière ban du roi de France, ce dans le cadre des mêmes anciens diocèses. Sur le site Tudchentil, Norbert Bernard notait en 2002 : « On pourrait définir les montres comme des revues militaires de la noblesse médiévale et moderne. Les montres ont en effet des fins militaires : elles rassemblent les nobles, regroupés par paroisse et en armes afin d’établir et de corriger la capacité militaire de la noblesse locale. »

Et il donnait l'exemple d'un noble gabéricois : « le cas rare, sinon unique, d’un seigneur, François de Lisiard, seigneur de Kergonan, qui précise dans son "aveu" de 1540 ses obligations, au regard de son bien, en cas de montre : « Lequel a cogneu et confessé, oultre ce que cy devant est contenu et raporté, debvoir et estre tenu faire, pour son seigneur selon la nature du fyé, et fournir deux hommes à cheval quant l’arrière ban se faict en cesdictz pays. »

Le livre d'Hervé Torchet couvre les trois montres qui ont lieu à Quimper-Corentin en 1554, 1562 et 1568. Les sources documentaires utilisées sont d'une part, pour 1554 et 1562) la copie manuscrite de l'historien Guy Autret (1599-1660) conservée au Musée des Champs Libres de Rennes (cf le facsimilé déjà publié sur GrandTerrier), et pour 1562 la copie conservée aux Archives Départementales du Finistère (utilisée entre autres par Norbert Bernard et Christophe-Paulin de Fréminville, manuscrit ADF 1J65 à publier prochainement sur GT).
  Au total plus de 700 nobles bas-bretons sont convoqués en 1554 et 1562, et la moitié environ en 1568. En la place du Tour-du-Chastel les commissaires du roi font l'appel : « Auquel jour aurions faict appeller les nobles par nom et surnom leurs qualités et paroisse, ainsi qu’ils estaient en roles ès anciens livres et registres du greffe d’office au siège présidial de Quimper-Corentin ».

Les gabéricois convoqués sont au nombre de sept en 1554 et 1568, et de six en 1562. Ils sont tous présents, hormis le sieur de Kergonan qui est « deffaut », et se répartissent selon une certaine hiérarchie militaire : un archer (le sieur des Salles et de Lezoualc'h, aïeul de Guy Autret), trois corselets dotés d'une cuirasse légère (les seigneurs de Creac'h-Congar, Kernaou, Mezanlez), un pique-sèche sans aucune cuirasse, homme de pied (le sieur Coatanezre des Salles), et une catégorie à part sans équipement, deux contribuables imposés : (Kerfors et Kergonan).

Les « hommes d'armes », avec un équipement complet de chevaliers, sont la catégorie supérieure des 40 plus riches familles nobles du diocèse avec des revenus annuels supérieurs à 1000 livres. Viennent ensuite les arch(i)ers comme les Autret-Lezsoual'ch avec 500 à 1000 livres. Puis les arquebusiers à cheval avec 200 à 400 livres (aucun gabéricois), et enfin les corselets (appelés brigandine autrefois) et les pique-sèches (remplaçant les hallebardes médiévales) aux revenus situés entre 100 et 200 livres. On observe bien cette hiérarchie "piquesèches-corselets-arquebusiers-chevaliers" sur les champs de bataille de l'époque :

Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin
Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin


Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « TORCHET Hervé - Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568 », « 1554, 1568 - Montres de l’évêché de Cornouaille extraites du manuscrit de Missirien » et « 1562 - Monstre de l’Evesché de Cornouaille pour l'arrière-ban du Roy »

2 Un chanoine digne, noble et discret

Billet du 12.06.2021 - La biographie d'un chanoine, recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle, un peu moins connu que son illustre "petit cousin", le navigateur découvreur des îles de la Désolation dans le sud de l'océan Indien.

Germain de Kergelen, recteur d'Ergué-Gabéric et chanoine de Quimper-Corentin, est surtout connu via la biographie documentée par Yann de Servigny dans sa monographie « Maison de Kerguelen » publiée en 1997 :

Image:right.gifImage:Space.jpgNé avant 1583 ; ses parents sont Blanche Moisan et Jean de Kerguelen, seigneur de Keranroc'h (manoir de la paroisse de Landrévarzec) et de Kerlès (naguère en Landrévarzec, aujourd'hui sur le territoire de Briec).
Image:right.gifImage:Space.jpgSur l'arbre généalogique de tous les Kergelen on comprend les origines respectives du célèbre navigateur Yves-Joseph de Kerguelen (branche de Trémarec en Briec) qui découvre en 1772 l'archipel auquel il donna son nom, et celles de Germain de Kerguelen, recteur d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle.

Image:right.gifImage:Space.jpgGermain, « fils ainé et principal héritier noble » et son frère cadet Louis « héritier présomptif principal », accordent à leurs jeunes sœurs Jeanne et Marie une partie des successions paternelles et maternelles. Documents issus du Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, plus précisément le dossier bleu n° 373 ou Manuscrit Fr 29918 : f. 275, f. 280a, f. 280b et f. 281.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1612 et 1615, bien que « recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric, il demeure à Quimper-Corentin du fait de son titre de chanoine, c'est-à-dire membre du chapitre de l'église cathédrale.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1624, toujours « très digne » recteur d'Ergué-Gabéric, il prend le titre d'official de diocèse. En 1633, toujours chanoine, il est qualifié de grand vicaire de Cornouaille.

Les autres sources biographiques et historiques sont :

Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Peyron et Jean-Marie Abgrall, dans leur notice paroissiale d'Ergué-Gabéric, l'incluent dans la liste des recteurs antérieurs à 1789 : « 1635-1645 : Germain de Kerguelen, chanoine, grand vicaire official de Cornouaille » avec une erreur sur la période du mandat gabéricois (1635-45 correspondant plutôt à sa fonction de grand vicaire de Cornouaille).

 


Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Aveneau de la Grancière dans son livre « Pluguffan et notices généalogiques sur la plupart des familles de la Basse-Bretagne » présente Germain en ces termes : « Noble et discret messire Germain de Kerguelen, seigneur de Kermathéano, chanoine du chapitre de Cornouaille ».
Image:right.gifImage:Space.jpgNorbert Bernard dans un article intitulé « Guy Autret et l'église d'Ergué-Gabéric » dans le bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 2002 suggère que l'historien et mémorialiste Guy Autret (auteur d'une généalogie des "Kerguelenen" et résident contemporain à Lezergué) était en lien avec le chanoine : « Germain de Kerguelen était, à l'instar de Guy Autret, très soucieux de ses affaires familiales, ce qui rend très probable qu'ils se soient rencontrés et qu'ils aient pu s'apprécier ».
Image:right.gifImage:Space.jpgEt dans la « La vie du vénérable dom Michel Le Nobletz » que certains attribuent à son disciple Julien Maunoir, prédicateur également, il est question d'une intercession du chanoine : « Messire Germain de Kerguelen, grand vicaire, ayant connaissance des grands trésors de sagesse et de grâce que Dieu avait départis à son serviteur [Michel Le Nobletz], adoucissait l’esprit du Recteur [de Ploaré], et faisait qu'il le laissait catéchiser et prêcher comme auparavant ».

Et on notera au passage qu'en 1651, soit quatre ans après le décès de Germain de Kergelen en 1647, le Père Julien Maunoir est amené à diriger une mission de prédication à Ergué-Gabéric (cf. « Le R.P. Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus. », Edm.-P. P. du V., 1869).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « SERVIGNY Yann (de) - Maison de Kerguelen » et « SERVIGNY Yann (de) - Maison de Kerguelen »

3 La chapelle et son domaine congéable

Billet du 05.06.2021 - Dernier épisode de la série "St-Guénolé" via les papiers de l'abbaye de Landévennec (ADF 2H14) : dans quelles conditions, compliquées à souhait, les seigneurs de Kerfors et de Lezergué se sont implantés sur les terres d'abbaye du village de Quélennec.

Sur la carte d'état-major ci-dessous on voit bien la répartition du village de Quélennec en 3 hameaux (petites pastilles rouges) :

Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bihan : "le petit lieu planté de houx", appelé aussi Penker Bronnec, près de la route de Griffones.
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bras : "la grande houssaie", vers Bec-ar-Menez , dénommé aussi Quélennec Uhella en regroupement avec le précédent, car tous deux situés "en hauteur".
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Izella : "la houssaie du bas", à mi-pente vers Pont-Allen, et à proximité de la chapelle St-Guénolé au point de niveau 116.


L'acte de 1693, signé par le seigneur de Kerfors et deux notaires royaux, porte sur 11 parcelles de terres situées à Quélennec Isella pour une surfaces de 13 journaux, soit environ 6,5 hectares.

Il s'agit d'une double déclaration d'un seigneur local à un noble de rang supérieur et d'un roturier au noble intermédiaire :
Image:right.gifImage:Space.jpgLa première est un aveu de Louis René de La Marche, seigneur de Kerfors, à Jacques Tanguy, seigneur abbé de Landévennec et de Guillevain (en Edern) pour une chefrente annuelle de 14 sols et autres droits seigneuriaux.
Image:right.gifImage:Space.jpgLa seconde est la rente due par un dénommé Rolland au seigneur de La Marche au titre du domaine congéable pour quatre chapons et une somme de 30 livres par an.

Les droits seigneuriaux sont répartis sur les trois acteurs : le noble inférieur doit « Foi et hommage, lods et ventes, rachat, suite de cour et chefrente » et il reçoit de son roturier exploitant « corvée, droit de champart et domaine congéable ».

La rente de ce régime particulier très répandu en Cornouaille (les domaniers ont le seul droit de récupérer le prix des améliorations à leurs fermes en cas de congédiement unilatéral) est ici qualifiée abusivement de « taillée », alors que la Bretagne est exemptée de la vraie « taille » (impôt direct du au roi par les roturiers dans les autres provinces).

  On notera la grosse différence des rentes annuelles : 30 livres de roturier à noble versus 14 sols de noble à noble, soit un rapport de 1 à 43, 20 sols faisant une livre. Certes une partie du surcoût roturier est dû au fait qu'il inclut aussi « les herittages qui sont sittués au fieff du Roy » (en plus des terres de l'abbaye, et détenues aussi par de La Marche), mais néanmoins l'intérêt financier est manifeste pour l'intermédiaire foncier.

Le signataire de l'acte est Louis-René de La Marche, en raison de la succession de son frère ainé Jan de La Marche dont nous apprenons qu'il serait décédé vers 1683-84 il y a « environ neuff à dix ans ».
§ arbre généalogique ...

Ce demi-frère Jan, du premier lit de son père, rend compte de la fondation de la chapelle de St-Guénolé en ces termes en 1680-82 : « Plus connoist estre fondateur d'une chapelle construite en la dicte parroisse en l'honneur de Monsieur Sainct Guenolay pour avoir icelle esté bastie en son fond par la concession de ses prédecesseurs. »

Quand il parle de ses prédécesseurs, il peut s'agir des Autret seigneurs de Lezergué, le manoir voisin de Kerfors. Guy Autret lui-même a défendu avec insistance cette fondation et les prééminences induites dans un acte prônal de 1634 et des lettres patentes royales de 1638. Et les précesseurs des Autret au 16e siècle étaient des Coatanezre.

Et quand les seigneurs de Kerfors et de Lezergué disent que la chapelle de St-Guénolé a été bâtie, vraisemblablement au 16e siècle, « en son fond », c'est en raison de leurs prises d'intérêt sur une partie des terres de Quélennec qui ont appartenu de tout temps aux seigneurs de Landévennec et de Guillevain (Edern).

La partie en question est celle du bas de Quélennec Izella, et celles de grand Quélennec Bras étant exploitées en direct par les abbés : cf aveux de 1447, 1516, 1647 à 1670 des précédents billets Quélennec/St-Guénolé.

La boucle est bouclée ... jusqu'aux prochaines découvertes et révélations d'archives !

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1693 - Aveu fourni par Louis René de La Marche pour Quélennec Isella »

4 L'an 1554 du vitrail de Saint-Guénolé

Billet du 29.05.2021 - Dans la série "St-Guénolé", voici les éléments qui permettent de déterminer la date de la construction de la chapelle au XVIe siècle. Prochainement : les seigneurs de Kerfors-Lezergué et ce lieu saint, d'après des actes 2H14 de Landévennec et du Papier Terrier de 1680.

Les documents d'archives connus à ce jour ne donnent pas malheureusement la datation précise de la chapelle :

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1447 et 1516 les terres voisines de Quélennec, et celles du village d'Helen en Edern sont déclarées propriétés du seigneur abbé de Landévennec, mais la chapelle n'y est pas mentionnée.
Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1634-38 différents actes et déclarations juridiques autorisent les seigneurs de Lezergué à revendiquer des prééminences sur la « chappelle de Sainct Guehnollay » et sur l'église paroissiale.
Image:right.gifImage:Space.jpgDe 1647 à 1670, les terres de Quélennec sont toujours sous la juridiction des abbés de Landévennec, seigneurs de Guelvain en Edern, et les aveux évoquent à plusieurs reprises « la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé ».

D'où le créneau entre 1516 et 1634 pour l'érection de la chapelle Saint Guénolé ou Saint Guezennec (cette dernière appelation est rappelée en 1893 dans le Bulletin de la S.A.F. par le vicaire mémorialiste Antoine Favé) et dédiée au fondateur de l'abbaye de Landévennec. A noter que les anciennes chapelles de Notre-Dame de Helen et de Guelvain, toutes deux en Edern, ont également été baties au XVIe siècle.

Dans les notices et inventaires patrimoniaux officiels du début du XXe siècle de Peyron et Abgrall et de Couffon et Le Bars aucune hypothèse plus détaillée n'est avancée. Par contre le texte du nouveau répertoire diocésain émet l'idée d'une date précoce du fait de l'arc diaphragme ancien  : « date du début du XVIe siècle (sans doute avant 1530 : chevet plat ; arc diaphragme démodé en 1525). »

Un autre indice est apporté par un témoignage et observation sur les fragments des vitraux de la verrière qui ont complètement disparu au début du XXe siècle. Ce texte est dans un article détaillé de deux pages sur la chapelle publié en janvier 1929 dans le bulletin paroissial Kannadig Intron-Varia Kerzevot (cf fac-similé et transcription complète) : « Au sommet du panneau central, le Christ en croix ; Longin lui perce le flanc ; un soldat porte une banderole sur laquelle on lit la date de 1554. De chaque côté de la croix, se tiennent les deux larrons ; le mauvais larron est contorsionné et un démon violet guette son âme ; au dessus, une tête de dragon, la gueule ouverte. ».

 
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier,   © www.lavieb-aile.com
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier, © www.lavieb-aile.com
Avec une telle descrip-tion, notamment la tête de dragon qui nous évoque le griffon du Stangala à proximité de la chapelle, on aurait bien aimer voir ce vitrail, peut-être aussi magnifi-que que celui ci-contre dans l'église de Guimiliau.

La date de 1554 est sans doute aussi crédible que 1516-1530, en tous cas pour la finalisation de la maitresse-vitre. Par ailleurs ce texte est illustré par un croquis de Louis Le Guennec, ce qui fait qu'on a pu penser qu'il en était l'auteur.

Mais ses écrits sur la chapelle, avec un vocabulaire et style différents, sont bien plus lapidaires. Nous pensons plutôt que l'article paroissial a été rédigé par le rédacteur du bulletin Kannadig, le vicaire gabéricois Yves Le Goff, ce qui ne lui enlève pas un intérêt historique indéniable.


Croquis de Louis Le Guennec, publié également à titre posthume dans le livre "Histoire de Quimper Corentin et son canton"
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'érection de la chapelle de Saint-Guénolé au XVIe siècle »

5 Les sceaux de Landévennec pour Quélennec

Billet du 22.05.2021 - Après avoir présenté les documents du XVe et de 1516 présentant des terres d'abbaye au village de Quélennec sans la chapelle de St-Guénolé, voici sept archives du XVIIe siècle sur les mêmes terres et la chapelle. Prochainement : la construction de la chapelle au XVIe siècle.

Il s'agit de sept documents datés de 1647, 1649, 1656 et 1670 conservés aux Archives Départementales du Finistère dans le fonds de l'abbaye de Landévennec (série H, cote 2 H 14 ). Dans la même liasse les documents gabéricois sont accompagnés d'autres actes relatifs à des rentes dues à l'abbaye sur les terres d'Edern et de Gouézec.

Ces archives du 17e document sont des déclarations de fermiers au seigneur abbé de Landévennec, successivement Pierre Tanguy, seigneur de Guelvain et des Salles, puis son neveu Jacques Tanguy en 1670, pour des terres situées dans le village de Quélennec et à proximité immédiate de la chapelle de Saint-Guénolé.

De multiples fois des expressions comme « le chemin quy conduict dudit village à la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé » ou alors le « « parc an Illis » (champ de la chapelle/église) attestent que la chapelle a déjà été érigée à ces dates pour honorer le saint patron le fondateur de l'abbaye. Il y a aussi plusieurs mentions d'une « fontaine de Sainct Guenollé ».

On notera que ni la chapelle, ni la fontaine, ne sont évoquées 200 ans auparavant dans les aveux de ces mêmes terres de l'abbaye en 1447 et en 1516.

Au passage on remarquera aussi l’orthographe « Gabellic » (rappel résiduel des Cabellic du 11e siècle, transformé plus tard en « Gabéric ») est utilisée pour désigner la paroisse en 1647 et 1670, ainsi que qu'un surprenant « Ergay » en 1649 :

Suite à diverses successions, les détenteurs des « terres profittées » sont différents dans chaque acte au fur et à mesure des successions et héritages. On dénombre à chaque fois 4 familles de fermiers pour l'ensemble des 25 parcelles inventoriées, composées de 2/3 de champs cultivés ou prés et d'un tiers de « courtils » ou jardins.

Les surfaces des champs cultivés et des plus grands « courtils » sont données en « journeaux », soit des journées de travail d'un laboureur avec charrue et chevaux correspondant à un demi-hectare. Les petits jardins sont mesurés « journée à homme bêcheur » c'est-à-dire un 8e de journal ou 6 ares. Si l'on additionne ces superficies on obtient un total de 9,25 hectares appartenant au seigneur abbé de Landévennec.

Pour exploiter ces terres nobles, les détenteurs doivent payer annuellement une rente en argent, à savoir une « chefrente : au total 14 sols et 4 deniers en 1656 et 2 sols et 8 deniers pour les actes partiels de 1647-1670. Ils doivent aussi une dime en nature faite de « bled noir a raison de la saizième et dix septième gerbe ».

  Pierre Tanguy en 1647, 1649 et 1656, et son neveu Jacques en 1670, sont les bénéficiaires de ces rentes et droits seigneuriaux en tant qu' « abbés commandataires » et seigneurs de Guelvain, trève d'Edern, et des Salles en Landrévarzec. Ils ont aussi d'autres honorifiques comme « conseilleur du Roy ausmosnier de la Reine », le premier étant Louis XIV et la seconde Anne d'Autriche.

Trois documents sur 7 sont les originaux assortis de sceaux d'authentification de cire verte sur un support papier attaché par une double découpe, représentant « la cour de Guelvain » et ses notaires, et représentant vraisemblablement les quartiers noble des Tanguy : « D'azur à l'aigle d'or, accompagné de trois étoiles de même ».

Certes la cire s'est dégradée en séchant, et on ne peut plus lire correctement le motif héraldique. Mais il semble que la marque reportée sur le support papier fait apparaître les deux étoiles supérieures du blason.


Blason de Guelvain au bourg de Landévennec, Jean-Yves Cordier
© www.lavieb-aile.com
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1647-1670 - Aveux à l'abbé de Landévennec pour les terres de Quélennec et de St-Guénolé »

6 La loi de Séparation en 1908

Billet du 15.05.2021 - La semaine dernière nous évoquions un cortège de chars-à-bancs accueillant les Bolloré en 1911 (**) : aujourd'hui une cérémonie similaire en 1908 pour l'entrée solennelle d'un nouveau recteur dans sa paroisse, alors que la résistance contre la Séparation est toujours vivace.

Le cortège de chars-à-bancs accueillant solennellement Alain Le Bihan, nommé recteur suite au décès de Jean Hascoët le 15.01.1908, est décrit dans le journal « Le Progrès du Finistère » du 25 janvier : « Une cinquantaine de voitures et une vingtaine de cavaliers se sont portés à sa rencontre au pont du Cleuziou, à la limite de la paroisse. ».

Le journal diocésain, la « Semaine religieuse », rend compte de son installation le dimanche : « Charmante fête de famille, dimanche dernier, à Ergué-Gabéric. M. L'abbé le Bihan, entouré de bon nombre des siens et d'environ 25 prêtres, chantait sa première grand'messe dans sa nouvelle paroisse. ».

Cette assistance de prêtres lors de la cérémonie n'est rien par rapport à celle de son prédécesseur décédé : 76 prêtres dont 14 chanoines à son enterrement, 40 lors du service de huitaine, et 30 au service anniversaire. Il faut dire que la réputation du recteur Jean Hascoêt est bien
assise depuis les affaires des congrégations et de l'inventaire des biens religieux en 1902-1906. À noter d'ailleurs que sa très belle pierre tombale est toujours exposée dans l'enclos paroissial (cf. ci-contre).

Pendant son apostolat gabé-ricois il mène la rébellion contre les actions républicaines de la séparation des églises et de l'état : la manifestation paroissiale en août 1902 devant les gendarmes venus fermer l'école libre des filles du Saint-Esprit, la résistance dans l'église paroissiale face aux troupes chargées de crocheter la porte pour procéder à l'inventaire.

Jean Hascoët a « l'estime et l'affection de tous ses paroissiens », et le corps politique d'Ergué-Gabéric est derrière lui comme le confirme le témoignage d'Antoine Favé, vicaire 10 ans plus tôt et célèbre mémorialiste, lors de la messe d'installation d'Alain Le Grand : « Ce n'est pas à Ergué-Gabéric qu'on trouvera, de longtemps, la séparation de l'Église et de l'État ... ». Antoine Favé est même soupçonné en 1893 d'avoir influencé une élection en donnant des consignes de vote en chaire.

Dans ces conditions, en 1908, les chances de s'imposer localement pour Alain Le Bihan, dit « Lannig » ou « Tonton Lan », au caractère moins trempé, sont manifestement très faibles.

 

Au bout de quelques mois il est nommé ailleurs, à Lampaul-Guimiliau : « (après 10 ans à Plueuven) il fut mis à l’épreuve à Ergué-Gabéric. Il méritait ce poste et le Grand Ergué méritait un tel pasteur. Mais ils ne se convenaient pas l’un à l’autre. ».

Il faut dire qu'un an après le décès de Jean Hascoët, lors de la messe de service anniversaire, 30 prêtres et « un nombre respectable de paroissiens » lui rendent un dernier hommage, et ce n'est pas le nouveau recteur qui est chargé de l'office et de l'absoute. De plus « le conseil municipal presque complet » y assiste, ne respectant pas, semble-t-il, la loi de séparation des églises et de l'état.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'installation difficile du nouveau recteur, Progrès du Finistère 1908 »

* * *

** : La carte postale de 1911 a fait l'objet de commentaires des lecteurs suite aux questionnements inclus dans le dernier billet, et l'article a été mis à jour : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet »

7 Retour de noces à Odet en 1911

Billet du 08.05.2021 - Une fête mémorable le 18 février 1911 à la papeterie d'Odet où tous les employés de l'usine gabéricoise et de Cascadec sont invités aux noces de leur jeune patron qui s'est marié en grandes pompes à Nantes avec la fille de l'industriel Thubé.

L'article qui rend compte de l'évènement de façon détaillée et admirative est publié dans « Le Progrès du Finistère » du 25 février : « La fête qui s'est donnée la semaine passée, était une nouvelle noce, réédition de celle de Nantes, mais dans le cadre breton, et avec tout son charme ».

L'accueil local de la belle-famille nantaise et des Bolloré débute de bon matin par un cortège d'une centaine de chars-à-bancs faisant escorte au coupé et à l'automobile des mariés, sur une dizaine de kilomètres entre la ville de Quimper et les grilles de l'usine d'Odet.

Le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard est présent pour immortaliser la longue file des ouvriers et voisins endimanchés aux rênes de leurs chevaux : « M. Villard, de Quimper, avait bien voulu se déranger pour prendre des clichés de la fête ». Les vues sont si typiques que le photographe les fit éditer sous forme de cartes postales.

On a pu dire que ces premières photos ont été prises depuis Ty-Coat, les chars-à-bancs descendant la cote de Keranna-Lestonan. Mais est-ce bien l'endroit ? Les barrières blanches au loin sur la droite sont-elles au bord de la route de Stang-Venn ? Ne devrait-il pas y avoir une route sur la gauche à destination de Keranguéo ? Tout avis éclairé sur le sujet sera le bienvenu.

  Sinon, comme dans tout fête qui se respecte en basse Bretagne, il y a les traditionnels banquets du midi et du soir : « À midi et demi, la grande salle à papier, toute enguirlandée, et présidée par le souvenir et l'image du vénéré et regretté M. Bolloré père, qu'on pourrait appeler le véritable créateur de l'usine, réunissait 300 convives ». Le père de René Bolloré est décédé 7 ans auparavant, le 10 juillet 1904.

Et là une bonne nouvelle fait l'objet d'une ovation de la part des ouvriers et ouvrières : « Dès le début du festin, M. René Bolloré remercia en termes émus, tous et chacun, et donna, malgré la fête, pleine solde pour ce jour-là, à tout le personnel. ».

Les festivités durent toute l'après-midi : « Des danses succédèrent au déjeuner, danses auxquelles se mêlèrent M. et Mme René, eux-mêmes, ainsi que les membres de leurs familles. On enleva des montgolfières ... ». Et cela se termine après le diner par un feu d'artifices organisé par le chef électricien d'Odet et offert par tout le personnel à leur patron.

Parmi les autres photos de la fête, on notera le groupe de direction de l'époque, tous posant autour de leur jeune patron, la plupart en habits traditionnels bretons : Laurent Le Gall, Abel Briand, Hervé Quintin, Yves Provost, Mlle de Lulliac, René-Jean Rannou, Yves Charuel du Guérand, Jean-Pierre Rolland, Louis Garin, Le Gallès.

Mais la plus impressionnante des photos de Joseph-Marie Villard est celle du personnel regroupé sur les toits des bureaux de l'usine, autour des mariés et leur familles respectives. Tout le monde est là, ouvriers et ouvrières, contremaitres et contremaitresses, les 300 convives du banquet organisé dans « la grande salle à papier, toute enguirlandée ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet, Progrès du Finistère 1911 » et « 1911 - Fête du mariage de René Bolloré, photos de Joseph-Marie Villard »

8 Quellennec et Saint-Guénolé, terres d'abbaye

Billet du 01.05.2021 - Et si on s'intéressait aux documents relatant la chapelle de Saint-Guénolé au village du Quéllennec ? Ça tombe bien, ils sont rassemblés dans une même liasse aux Archives Départementales, sous la cote 2H 14 et les années 1447, 1516, 1647, 1649, 1656, 1670 et 1693.

Cette semaine, on commence par les deux plus anciens qui, en 1447 et 1516, déclarent des terres à proximité du manoir du Quéllenec (cf. ci-contre, appelé aussi "Keleneg Bras" ou "Ti-Glaz" aujourd'hui) et appartenant foncièrement à l'abbaye de Landévennec, avant qu'on y élève une chapelle dédiée au fondateur de l'abbaye.

Le document de 1447 est un « aveu » en papier parcheminé rigide, difficilement lisible, la note inscrite au verso précisant même : « Titre usé et caractères effacés en partie ». Néanmoins on peut y déchiffrer quels noms propres, et surtout profiter d'une annotation et d'une note de synthèse d'archivistes qui ont pu bénéficier d'un déchiffrement plus facile.

La première note précise : « Aveu du village de Hellen ou Hellen en Edern, et de celui du Quellennec en Ergué-Gaberic. Original sans sceau ».

Le folio séparé de synthèse indique : « Aveu, sans détails, d'une chefrente de 3 sols et 3 sols monnoie assise sur ce village, fourni à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac et consorts. [...] aveu fourni à la même abbaye par les mêmes déclarants pour le village du Hellen, en Edern ».

Contrairement à la plupart des archives du début du 15e siècle, l'aveu n'est pas rédigé en latin mais en français. Notre tentative de déchiffrement ligne à ligne donne ces noms : « [03] Guiomarch Le Gac ___ [06] abbé ___ de Landevennec ___ [07] de Hellen ___ paroisse d'Edern ___ [13] de Quellennec ___ ». Et, en avant dernière ligne, le millésime 1447 en chiffres romains : « l'an mil iiii.c xlvii ».

En 1447 Jacques de Villeblanche est l'abbé de Landévennec, nommé 4 ans avant à l'âge de 21 ans. Le pape propose même sa nomination comme évêque de Quimper, mais le duc François Ier s'y oppose, préférant la candidature d'Alain de Lespervez, évêque de Dol.

  À cette époque l'abbaye romane de Landévennec détient quelques mouvances nobles éloignées qui lui apportent des redevances. Ainsi ces deux tenues du du Quellenec en Ergué-Gabéric et celle du village du Hellen en Edern.

Au Xème siècle, c'est même toute la paroisse d'Edern qui a été cédée à l'abbaye de Landévennec par Budic, comte de Cornouaille. L'autre point commun entre Quélennec et Hellen est qu'au XVIe siècle deux chapelles y seront érigées, l'une dédiée à Notre-Dame, l'autre à saint Guénolé.

En 1447 le déclarant de l'aveu de Quélennec et de Hellen est Guiomarch Le Gac. Ce détenteur des terres de l'abbaye est sans doute la même personne qui apparait en 1682 pour une « terre autrefois apellée la tenüe du Gac » et qui a donné son nom au calvaire et vierge de pitié de « Kroaz-ar-Gac ».

En 1516 un autre aveu sera rendu à l'abbaye pour les mêmes lieux. Ce document original en papier parcheminé rigide est la deuxième déclaration d'une redevance noble détenue au village de Quélennec au profit de l'abbaye de Landévennec. Conservée avec une note au dos et une synthèse séparée, le document est très peu lisible : « endommagé par le temps ou l'humidité, offrant quelques mots illisibles ». Les noms propres sont difficilement repérables, mais la date est lisible sur la dernière ligne : « l'an mil cinq cens seize. ».

Les archivistes ont par contre fait ces annotations : « Terres aux issues du Manoir du Quellennec, en Ergué-Gabéric, ou Quellennec Bras. Aveu rendu à l'abbaye de Landévennec par Yves de Menguen. Original, sans détail, signé par 2 passes seulement [...] Sans sceau. Sans chefrente ; prochaine seigneurie de lignée, à devoirs de foi et de rachat, le cas échéant. ».

Contrairement au précédent document de 1447, le village du Hellen en Edern n'est pas associé à la présente déclaration. Le déclarant de la tenue de Quélennec en 1516 est également différent, il s'agit d'Yves du Meinguen qui ne déclare pas de "chefrente", mais seulement les droits seigneuriaux de "foi et hommage" et de "rachat" (en cas de succession).

Que ce soit en 1447 et en 1516, la chapelle de Saint-Guénolé n'est pas du tout mentionnée, car érigée quelques décennies plus tard. Nous nous y intéresserons très prochainement grâce aux transcriptions, plus faciles, des neuf autres documents de la liasse 2 H 14.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1447 - Aveu fourni pour Quellennec à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac » et « 1516 - Aveu rendu pour Quellenec à l'abbé de Landévennec par Yves du Meinguen »

9 Chaudière à vapeur à la papeterie

Billet du 25.04.2021 - Deux archives pour illustrer les débuts de fabrication du papier à Odet sous la direction du fondateur Nicolas Le Marié : l'une privée pour l'installation de la 1ère machine à vapeur en 1837-38, et l'autre des Archives Départementales pour les relevés de production en 1828-60.

Nicolas Le Marié (1797-1870) crée de toute pièce un moulin à papier en 1822 à Odet en Ergué-Gabéric. En 1834 l'automatisation est très vite réalisée par l'acquisition de machines en provenance des papeterie d'Amnonay en Ardèche. Fin 1837 il fait installer une chaudière à vapeur de haute pression pour le séchage et le lessivage, ainsi que l'attestent ci-après les échanges avec les services préfectoraux.

Dans sa lettre de demande d'autorisation il décrit ainsi cette machine : « une chaudière à vapeur, avec ses deux bouilleurs, de la force de dix à douze chevaux. Cette chaudière sera timbrée, à Paris, à trois atmosphères, elle servira au séchage des papiers et au lessivage des drilles », les drilles désignant les chiffons triturés composant la pâte. Les 10 à 12 chevaux-vapeurs de cette chaudière sont relativement importants, les plus grosses à l'époque étant calibrées à 16 chevaux maximum.

Les inventions et travaux de James Watt et de Denis Papin sur les machines à vapeur sont encore trop récents en ce début de 20e siècle pour que leur usage dans l'industrie soit généralisé. Nicolas Le Marié est innovateur, et doit se conformer aux contrôles administratifs car on craint toujours des explosions accidentelles.

L'autorisation préfectorale fait l'objet d'un arrêté qui énumère toutes les précautions à respecter scrupuleusement : réglage de deux soupapes de dégagement de la vapeur, ajout de deux rondelles métalliques servant de fusibles, placement dans un local de grande superficie et éloigné des autres locaux et habitations,

L'ingénieur en chef des mines de Poullaouen et le maire de la commune, René Laurent, sont également tous les deux réquisitionnés pour vérifier la bonne exécution des consignes de sécurité.

Les secondes archives sont les déclarations administrative de production papetière entre 1825 et 1860 par l'entreprise d'Odet de Nicolas Le Marié, adressées également au préfet. Entre 1828 et 1860 la préfecture du finistère oblige les entreprises locales à produire des relevés de situation industrielle.

  Les déclarations de Nicolas Le Marié ont été conservées pour les périodes 1828-29 et 1856-60. On constate une forte progression de fabrication entre ces deux périodes, du fait certainement des acquisitions de machines en 1834-37. On le constate par le nombre d'ouvriers passant de 30 environ à 100 dans les années 1850, puis de nouveau une forte hausse en 1859-60.

Quant aux volumes de papiers fournis, les relevés sont plus laconiques et moins précis, et insistent sur l'augmentation des prix des matières premières : « Qu'entend-t-on par causes des augmentations ou des réductions ? Si c'est des quantités produites ; elles s'accroissent chaque année, et le personnel aussi. Si c'est de la valeur des produits ; ils se sont élevés par suite du haut prix des matières 1ères et des demandes assez actives. ».

Le schéma ci-dessous montre le nombre d’ouvriers occupés qui a été multiplié par un facteur de 6 : de 31 en 1828 (et 24 en 1829) jusqu'à 170 en 1860. On peut supposer que la production détaillée pour l'année 1828, à savoir 90.000 kgs de drilles pour produire 3456 rames de papier blanc et 4218 en gris, a subi la même progression.


Par contre le salaire journalier ouvrier n'a pas beaucoup évolué : en 1828 le salaire journalier était de 2 francs 25 pour les ouvriers et de 1 franc 25 pour les ouvrières (soit 1,75 en moyenne), l'année suivante à 1,50 et 1 (soit 1,25 en moyenne), et en 1860 le salaire moyen est de 1 franc 80.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1837-1838 - La chaudière à vapeur haute pression de Nicolas Le Marié » et « 1825-1860 - Relevés de production de la papeterie d'Odet »

10 Louis-Philip, Roue ar Francisien

Billet du 17.04.2021 - Le ralliement immédiat d'une municipalité à Louis-Philippe, roi des français, et sa charte constitutionnelle traduite en breton.

Après les émeutes des 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les Trois Glorieuses, la monarchie de Juillet autour de Louis Philippe d'Orléans s'est établie et une Charte constitutionnelle est promulguée le 14 août 1830. Le lendemain le maire d'Ergué-Gabéric, René Laurent, écrit une lettre au préfet du Finistère pour lui dire son dévouement au nouveau roi.

Il lui écrit même qu'il a ordonné un geste symbolique : « J'ai l'honneur de vous annoncer que demain seize du courant le drapeau flottera sur notre église parroissialle ; je fais la demande à cet égard, vous pouvez compter sur notre dévouement. ».

Le 19 septembre, avec ses conseillers municipaux, il prête serment et ils signent tous le registre des délibérations : « Je jure fidélité au roi des français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume. ». Parmi les conseillers on note l'entrepreneur papetier Nicolas Le Marié, dont le prénom est remplacé par le qualificatif « Monsieur » et qui sera nommé maire pendant l'année 1832. Tous semblent heureux que la République n'ait pas été proclamée.

Cette charte constitutionnelle instaure une royauté représentative et le roi n'est plus le « Roi de France et de Navarre », comme l'étaient encore les rois précédents Louis XVIII et Charles X, mais le « Roi des français », selon la formule déjà imposée à Louis XVI en 1791.


Afin d'obtenir l'adhésion des finistériens, le préfet Auguste Billart fait traduire les 70 articles de cette charte en breton de Cornouaille et du Léon : « Ar chart constitutionel guellêt gant an diou Gampr, ar 7 a vis Eaust 1830, hac acceptet an 9 gant E Vajeste Louis-Philip, Roue ar Francisien, a vezo troet e brezonec Querne ha Leon, hac emprimet e form e blacard e nombr a dri mil gopi, evit bezan distribuet d'an 284 commun eus an departemant, e proportion eus o importanç hac eus o fopulation. » (traduction dans l'article). D'ailleurs en 1837 les gabéricois enverront une lettre de secours, rédigée également en langue bretonne, adressée à leur roi pour la restauration de leur clocher victime de la foudre.

 


Le texte breton de la charte constitutionnelle de 1830 est formé d'un certain nombre de termes français francisés (Francisien, differanç, ...), avec une orthographe très française (lettres Q et ç, « Eaust » au lieu de « Eost » ...). Mais les placards distribués dans les 284 communes du département ont dû permettre la diffusion des nouvelles règles institutionnelles, sociales et culturelles.

On remarque aussi que la religion catholique cesse d'être qualifiée de « religion de l'État » (terme de l'ancienne charte de 1814), mais religion « professée par la majorité des Français », à savoir en breton « ministret ar religion catholiq, apostoliq ha romen, exercet gant an niver brassa eus ar Francisien ». C'est ce qui permet au maire d'Ergué-Gabéric de faire flotter le drapeau français sur son église paroissiale le 16 août 1830.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1830 - L'adhésion municipale à la charte constitutionnelle de Louis-Philippe »

11 Bulletin n° 53 ~ femmes, archives 18-20e et papetiers

Billet du 10.04.2021 - Articles publiés du premier trimestre 2021, 28 pages A4 ou 7 feuillets A5 recto verso, envoi postal dans les chaumières dès lundi.

Ce bulletin des articles GrandTerrier publiés au cours du premier trimestre 2021 démarre par cette question « Où sont les femmes ? ». En effet, très peu de figures féminines locales ont leurs rues ou places gabéricoises, d’où notre proposition de 15 sympathiques candidates.

Les deux articles suivants sont politiques, judiciaires, et datés de la fin du 18e siècle en pleine Révolution française.

Le 19e siècle est couvert d’une part par un article sur les accidents de ferme dus aux machines à battre, et d’autre part par les mémoires de Jean-Marie Déguignet sur les religions et l’apprentissage de la langue française.

Á la mi 20e siècle, on note ensuite les biographies de deux prêtres issus de familles nombreuses et la fin de vie dramatique d’Yvon Benoit pendant les combats ultimes de 1944.

Et enfin des chroniques papetières d’Odet : tout d’abord deux reportages des revues « Réalités » et « Al Liamm » en 1949-54 du temps des frères Bolloré.

Quelques décennies plus tôt le photo-graphe trégorois Raphaël filmait les salles de fabrication et le mariage du fils ainé des Bolloré. On en profite aussi pour publier ses superbes photos prises cette année à Kerdévot.

Et 100 ans encore plus tôt, le fondateur Nicolas Le Marié était aux commandes de son moulin, et, grâce à son frère architecte établi à Paris, il exposait sa fabrication d’Odet aux expositions des Champs-Elysées dans la catégorie « Papier de tenture et Papier cloche ».

Le point d’interrogation du premier article amènera sans doute d’autres questions sur les trimestres à venir, sur la fin de la pandémie bien sûr, mais aussi sur notre soif de recherches historiques et d'interactions culturelles et mémorielles à ré-inventer …
 

Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 53 Avril 2021 »

12 Une tragique méprise en 1944

Billet du 03.04.2021 - Il y 3 semaines, nous avions oublié de citer le nom d'Yvon Benoît comme figure gabéricoise ayant son nom de rue à Ergué-Gabéric. Pour réparer cet oubli, voici un billet pour honorer sa mémoire et comprendre les conditions de son décès lors d'un bombardement allié.

Yves Benoît, qu'on appelait Yvon, est né le 20.01.1921 à Landudal. Avant la déclaration de la guerre il est embauché comme commis de ferme par la famille Le Bihan, agriculteurs à Kervoreden en Ergué-Gabéric.
Résistant, il est membre des Corps Francs F.F.I. de Bretagne en 1944 où sont également ses amis gabéricois François Balès et Jean-Louis Binos. Comme eux il participe aux combats de libération de la presqu'île de Crozon. Le 3 septembre 1944 il est en poste à Telgruc-sur-Mer avec son bataillon F.F.I.. Et là il trouve la mort avec une vingtaine de résistants français, une cinquantaine de militaires américains, et 70 civils.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand écrivent dans leur ouvrage "Le Finistère dans la guerre 1939-1945" publié en 1980 : « Le 3 septembre, c’est la douloureuse « méprise » de Telgruc. On peut y voir la conséquence d’une avance trop rapide sans doute, mais aussi d’une carence, sinon d’une lenteur, d’une mauvaise coordination chez les Américains dans la transmission ou l’exploitation du renseignement. ».

Dans un livret de 132 pages publié par l'association culturelle EOST de Telgruc-sur-Mer, Jean-Pierre Qué-méner a rassemblé des archives et des témoignages. Le dessin en couverture est un tableau de Jacques Armengol de la 17th Calvalry offert en 1994 à la mairie de Telgruc.

Depuis le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, le pays se libère du joug de l'occupant allemand. Des combats par les forces alliées et des résultants ont lieu partout en Bretagne, notamment sur la presqu'île de Crozon. Alors qu'à Telgruc les allemands se sont retiré et le territoire terrestre est occupé par les forces américaines et françaises, en matinée du 3 septembre, l'aviation américaine lance de nombreuses bombes qui anéantissent le bourg du village et les postes de combats et d'observation des soldats US et des résistants F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) : « 108 morts, tant américains que F.F.I. et civils »

Le commandement US a prétexté une bombe qui se serait malencontreusement décrochée d'un avion chasseur, et présenté ses excuses aux soldats français (cf. le texte de la lettre officielle dans l'article).

  En fait c'est bien une erreur d'appréciation et une précipitation. Le journal de bord des F.F.I. précise bien la tragique méprise au-delà du 1er bombardement de 9h30 : « Les équipes de secours commençaient déjà à sortir les blessés des décombres, tout en jalonnant le village et les alentours de draps blancs et orange. Les Américains ont envoyé également des fumées orange. Le village était plein d'ambulances dont la croix rouge était facilement reconnaissable. Une seconde vague de forteresses bombardant à haute altitude, mais avec précision, et des mosquitos mitraillant en rase-mottes, achevèrent la destruction du village, transformant ainsi une méprise en catastrophe.  ».

Ces faits et interprétations sont des pièces nécessaires pour honorer aujourd'hui la mémoire des victimes des Corps Francs F.F.I., et en particulier d'Yvon Benoît jeune résistant gabéricois de 23 ans, mort sous les bombes :

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Benoît Yves, appelé Yvon, né le 20.01.1921 à Landudal, travaillait pendant la guerre comme commis de ferme chez la famille Le Bihan à Kervoreden en Ergué-Gabéric. Ensuite il participa aux combats de la presqu'île de Crozon avec les F.F.I. et fut tué à Telgruc .

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Dix de ses camarades de combats seront inhumés à Quimper après une émouvante cérémonie à la cathédrale. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Un des compagnons de combat d'Yves Benoît dans les troupes F.F.I., Jean-Louis Binos, né le 30 avril 1920 à Ergué-Gabéric, y fut également grièvement blessé et décédera de ses blessures le 27 mai 1945. »

Les obsèques d'Yvon Benoît seront célébrées au cimetière d'Ergué-Gabéric le mercredi 6 septembre 1944 par l'abbé Gustave Guéguen (en blanc ci-dessous) :

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Yvon Benoît (1920-1944), résistant », « THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain - Le Finistère dans la guerre 1939-1945 », « QUÉMÉNER Jean-Pierre - Tragique méprise à Telgruc-sur-Mer en 1944 »

13 Où sont les femmes ?

Billet du 13.03.2021 - À l'occasion de la journée et de la semaine des droits des femmes 2021, liste des femmes remarquables d'Ergué-Gabéric, trop méconnues, qui ont marqué l'histoire locale par leurs caractères, leurs vocations ou leurs actes de courage

En ces temps de prise de conscience féministe, cette étude biographique peut avoir une utilité annexe : nommer des rues et places communales afin de rompre l'avantage donné jusqu'à présent aux hommes.

En effet, un constat s'impose au vu du tableau ci-contre représentant les statistiques gabéricoises calculées d'après le tableau Excel du site "lesruesdefrance" :

Image:Right.gifImage:Space.jpgIl y a seulement 8% de personnalités locales dans les noms actuels de rues ou lieux-dits d'Ergué-Gabéric.
Image:Right.gifImage:Space.jpgSeuls 6 d'entre eux sont honorés (François Balès, Hervé Bénéat, Jean Le Menn, Jeanne Lazou, Louis Le Roux, Nicolas Le Marié) contre 74 célébrés partout en France et Bretagne.
Image:Right.gifImage:Space.jpgGlobalement les femmes sont largement sous-représentées par rapport aux hommes : leur score est de 20% contre 80%.

Pour combler ce retard, nous proposons une liste de 15 figures féminines locales qui mériteraient de voir leurs noms sur une plaque de rue ou de place (hormis Jeanne/Francine Lazou la seule à avoir déjà sa rue dans le nouveau quartier du bourg derrière la médiathèque).

La liste n'est pas exhaustive bien sûr, et toute proposition d'étendre le nombre des nominées sera la bienvenue. Si vous pensez qu'on a oublié des femmes remarquables du passé, n'hésitez pas. Et la liste des rues et lieux-dits de la commune sera également mise à jour dès qu'elle reflètera des avancées dans le sens de l'égalité hommes/femmes.

 

Suivant la séquence aléatoire du pêle-mêle : Odette Coustans (1925-2015), secrétaire ; Anne Ferronière (1905-1988), conseillère ; Jeanne / Francine Lazou (1895-1983), institutrice ; Renée Cosima (1922-1981), actrice ; Intron-Varia Kerzevot (11-15e siècle ?) ; Jacquette Le Porchet (?-1766), marchande de tabac ; Marguerite Liziart, vers 1516 ; Marie Duval (1708-1742), inhumée en l'église ; Mme de Sévigné (1626-1696), propriétaire ; Marie Blanchard (1896-1976), sage-femme ; Mae Kergoat (1859-1938), contre-maitresse ; Dame Alix de Griffonez (15e siècle) ; Elisabeth Bolloré (1824-1904), entrepreneuse ; Jeanne Le Pape (1895-1975), militante UJFF ; Marjan Mao (1902-1988), chanteuse.

Leurs biographies respectives sont détaillées dans l'article en ligne.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les figures féminines ayant marqué l'histoire communale »

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