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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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1 Aumônerie d'Ergué en 1312-1451

Billet du 22.04.2017 - Une charte en latin rédigée par le duc de Bretagne Conan IV (1135-1171) au profit de l'Ordre des Hospitaliers, et citant en particulier l'aumônerie de « Arke/Erke », dans des documents sans doute apocryphes, voire falsifiés.

Dom Morice dans ses « Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne » cite cette charte qu'il certifie de 1160 et lui donne ce titre « Charte du Duc Conan IV pour les Templiers ». L'authenticité supposée de ces informations et l'existence de l'établissement d'Ergué ont conduit les mémorialistes locaux à considérer cette année 1160 comme étant la première marque écrite de la paroisse primitive d'Ergué-Gabéric et d'Ergué-Armel.

Mais la transcription de Dom Morice contient au moins deux erreurs : d'une part la transcription en « Elré » pour Ergué au lieu de « (A ou E) rke » (cf facsimilés de 1312 et 1451 ci-après), et d'autre part les bénéficiaires des dons de Conan IV ne sont pas les Templiers, mais l'ordre des Hospitaliers.

Il existe bien une autre charte présumée de 1182 qui est relative aux biens bretons des Templiers cédés par Conan IV, mais celle de 1160 est explicitement pour la « domui Ierolosomitane Hospitalis » (maison de l’Hôpital de Jérusalem) dont les établissements bretons sont dirigés par « fratris Eguen » (frère Even). Et dans la charte les établissements des hospitaliers sont désignés par les termes de « elemosine » (lieux d’aumône ou aumôneries, à Ergué par exemple), ou de « hospitalis » (hôpitaux dans les plus grandes villes).

Quant aux dates de 1160 et 1182, elles sont aussi sujets de discussions, aucun exemplaire original des deux chartes n'ayant été retrouvé, surtout après l'étude d'Anatole de Bartélémy qui les considère comme apocryphes [1]. En effet certaines bizarreries ont été repérées dans les textes reproduits : en 1182 le duc Conan IV était décédé, en 1160 des témoins signataires n'étaient pas encore en fonction (évêque de Quimper, abbé de Quimperlé) et certaines terres sont en dehors du domaine ducal de Conan IV.

François Colin, dans sa publication « Quand l’historien doit faire confiance à des faux : les chartes confirmatives de Conan IV, duc de Bretagne, aux Templiers et aux Hospitaliers » (ABPO, 2008), a étudié les deux copies de 1312 et de 1451. La première est présentée par le commandeur hospitalier de Quessoy et le notaire Geoffroy Pélion au procureur du roi pour la défense les biens des Hospitaliers en Bretagne et inclut in extenso le texte de la charte de Conan IV. La deuxième copie est une charte de confirmation accordée aux Hospitaliers le 1er novembre 1451 par le duc Pierre II qui reprend également le texte de 1312.

On voit donc que les Hospitaliers de 1312 et 1451 avaient un intérêt politique à faire croire que la propriété de leurs biens datait des siècles précédents.

C'est avec une certaine curiosité que nous avons voulu voir de visu le « Trésor des chartes » des Archives Nationales et des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France où sont conservées respectivement la copie de 1312 et celle de 1451.
 
Carte de François Colin - Possessions des Hospitaliers en Bretagne :
Le premier document est consultable aux Archives Nationales (site Caran de Paris) sous la forme du microfilm MIC-J//241/Dossier 26 qui inclut 22 pièces, la plupart ornées du symbole de la croix de Malte. Grâce à la transcription complète du texte latin dans l'étude d'Elisabeth Lalou et Xavier Hélary, on peut repérer la charte de Conan IV au milieu de la 21e pièce avec cette introduction « annotatas in hec verba : Conanus, dux Britannie et comes Richemondie ... et l'aumônerie d'Ergué y est visiblement orthographiée « Arke ».

La copie de 1451 est un manuscrit de la BnF-Richelieu, dont l'original à la belle calligraphie gothique est consultable dans un registre protecteur. Le même texte attribué à Conan IV y est également, avec pour Ergué une écriture légèrement différente : « Erke ».

En savoir plus: « 1312, 1451 - Premières copies de la charte apocryphe du duc Conan IV pour les Hospitaliers »

2 Bulletin printanier et primesautier

Billet du 15.04.2017 - Le dernier Kannadig rassemblant les articles et billets du trimestre passé, enrichis des échanges privilégiés organisés entre nous après les publications hebdomadaires, dans la bonne humeur naturellement. Les exemplaires papiers et attestations fiscales 2016 ont été postés illico.

Nous ne vous referons quand même pas le coup du poisson d’avril 2017, la « découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés suivant l’article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel ».

Vous avez été quelques-uns, paraît-il, à vous rendre sur le site de Pont-Mein sur le Jet pour y chercher la fameuse croix gravée, mais elle était en réalité à Longjumeau sous le Pont des Templiers, le plus vieux pont conservé en son état de la région parisienne.

Mais ceci dit, c’était l’occasion de faire sérieusement le point sur la croix potencée des Cabellic, seigneurs de Lezergué, objet du premier article du bulletin.

Sinon, les autres articles et billets hebdos du trimestre touchent des sujets d’histoire, de mémoires et de patrimoine qui sont toujours aussi éclectiques :

Image:Right.gif La guerre d’Algérie par le témoignage de Josig Huitric à propos d’une opération militaire historique.

Image:Right.gif La création d’une foire à bestiaux sur le site de la chapelle de Kerdévot.

Image:Right.gif La « grève du feu » à la mine de Kerdévot en décembre 1913 et une photo extra.

Image:Right.gif Des registres de documents anciens, à savoir les 237 folios du papier terrier de 1680, et la liste des mouvances suivies par le Présidial de Quimper.

Image:Right.gif Les cartes locales façonnées par un géographe du 18e siècle et la création de la carte des 5 départements bretons en 1790.

Image:Right.gif Et enfin, quatre articles centrés sur les fondateurs de la papeterie d’Odet, en commençant par René Bolloré (et ses des-cendants) engagé dans la défense du patrimoine naturel de l’île d’Houat.

Image:Right.gif Le billet suivant est politique : la campagne électorale conservatrice de Jean-René Bolloré en 1877. Le troisième est familial et industriel : une papeterie et une fabrique de chapeaux tenues par Le Marié et son beau-frère Jean-Guillaume Bolloré.

 

Image:Right.gif Et le dernier article concerne les papiers à cigarettes OCB, avec un facsimile de la publicité « Si vous les aimez bien roulées » publiée dans les pages du Bottin de 1945.

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 37 Avril 2017 »

3 Engagement pour l'île d'Houat

Billet du 08.04.2017 - Des îles Bolloré, on connaît celle du Loch dans l'archipel des Glénan, acquise en 1920 avec son lac aux canards et ses 54 hectares. René Bolloré était un amoureux de la mer, et il accostait aux Glénans avec son yacht de 32 m « Le Dahu II », mais également à Houat dès l'été 1926.

L'article de 43 pages paru dans le numéro 14 de la belle revue Melvan est une enquête documentaire menée par Alain Vielvoye sur les quatre époques ayant marqué le plan d'occupation des sols de l'île d'Houat et impliqué plusieurs générations de Bolloré.

A. L'option d'achat de 1927

L'arrivée de René Bolloré (1885-1935) accostant à Houat sur son bateau baptisé « Dahu II » est illustrée par un extrait du feuilleton romancé « L'Île » de Roger Le Grand : « Un matin, lorsque le recteur ouvrit les volets de sa chambre, il aperçut par dessus les toits du village, sous les dunes de Trach-er-Gouret, la silhouette élégante d'un yacht à vapeur, blanche sur les eaux vertes et calmes de la baie. "- Tiens, dit-il à haute voix, voilà Réthoré ! », Réthoré étant l'alias de fiction de Bolloré.

Témoignage du recteur Le Bec en 1929 : « Je dois rendre hommage reconnaissant à quelqu'un qui s'est montré d'une générosité magnifique pour sauvegarder les intérêts religieux de Houat et en même temps défendre ce pays contre l'invasion étrangère : Monsieur René Bolloré, riche industriel à Odet près de Quimper ».

En mai 1927, ayant constaté le risque de voir les terres de l'île vendues à des acquéreurs extérieurs, René Bolloré signe une promesse d'achat (qui ne peut être effectif que 20 ans plus tard, ou anticipé uniquement par la municipalité) à 2000 francs l'hectare de 55 hectares (partie ouest de l'ile, dunes de Treac'h-er-Gouret, pointes d'En Tal et de Toul-er-Brer), contre la contrepartie d'amener de l'eau potable au bourg et de moderniser le vieux port et son quai.

B. L'acte d'échange en 1932

L'adduction d'eau, c'est-à-dire le bâti du château d'eau, l'éolienne pour l'énergie requise pour l'amenée d'eau au bourg, le puisage de l'eau à 25 mètres de profondeur, sont bien réalisés aux frais de Bolloré, mais l'eau puisée est saumâtre.

Quant aux travaux au port ils seront financés par les 106.862 francs apportés par l'entrepreneur dans le contrat d'échange de 1932 avec la commune.

Dans cet acte, Bolloré prend possession des 55 hectares, contre les parcelles acquises entre-temps et les travaux d’eau engagés : « Les échangistes prendront les immeubles dans l’état où ils se trouvent sans pouvoir réclamer aucune indemnité pour qui que ce soit ».

 
René Bolloré en 1922
René Bolloré en 1922

C. Le projet immobilier de 1971

En 1971, le rapport de conseil municipal précise que « Le quai Cappio a bien été réalisé grâce au produit de la vente. Les terres Bolloré sont restées sans construction depuis 40 ans ».

En juillet 1971 Michel Bolloré, fils de René, et l’architecte Le Maresquier proposent au maire d'Houat un projet de construction de 44 petites maisons près du vieux port de Toul-er-Brer. Mais ce projet est critiqué, sur la base notamment des engagements de Bolloré père, décédé en 1935, à « préserver Houat de l'invasion étrangère ».

Le projet inclut une proposition de céder gratuitement à la commune deux hectares des dunes pour y faire un camping municipal. Mais, in fine, ces terres sont « situées dans des sites dignes d’être protégés en priorité » et le projet jugé « préjudiciable à la protection de la flore ».

Après certaines polémiques (cf article du Nouvel Obs) et une étude locale du projet, le conseil municipal demande un certain nombre d’amendements, et finalement l'idée sera abandonnée.

(Le Dahu II, yacht blanc de 32 m de René Bolloré, dans les années 1920)

D. Le conservatoire du littoral en 1981-1995

Au décès de Marie-Amélie Thubé, veuve de René Bolloré, en 1977, la succession de la propriété des terres de la pointe du Goret aux quatre enfants va permettre la cession progressive de 40 hectares au conservatoire du littoral.

En savoir plus : « VIELVOYE Alain - L'engagement de la dynastie Bolloré à Houat »

4 Croix potencée du Saint-Sépulcre

Billet du 01.04.2017 - En ce début de printemps, une découverte par un jeune pêcheur de saumons argentés - cf article du Télégramme de ce jour signé Yannick Peskebrel - a fait sensation dans les milieux archéologiques finistériens et les associations historiques saint-sépulcriennes (*) :

Suite à un léger déport du Jet au niveau de Pont-Mein, une pierre encore verte de l'arche nord a révélé une croix potencée similaire au blason des fondateurs d'Ergué-Gabéric, évoquant une origine de chevalerie et de croisade. Et plus bas sous l'eau, on y distingue aussi une inscription supplémentaire en lettres latino-gothiques : « HODIE I.IV », à la signification mystérieuse, mais marquant sans doute la présence localement d'Ordres de chevalerie et de nature cabalistique.

Ce charmant petit pont, appelé "pont romain" par certains et plus connu sous le nom de « Pont Mein » (pont en pierres), situé au bout d'un chemin à la hauteur du village de Mélennec, avait pour vocation d'assurer un passage à pied ou en charrette sur le Jet entre les communes d'Ergué-Gabéric et Ergué-Armel en amont de l'Eau-Blanche. A-t-il été le lieu de passage de troupes de croisés comme sur cette photo de la reconstitution organisée sur le dit pont par la Ligue des Templiers Anonymes du Saint-Sépulcre ? (*)

Image:Right.gif On en profite donc pour dénouer les arcanes des anciennes chartes du duc de Bretagne Conan IV et des symboles des ordres de chevalerie créés après les croisades, et pour élaborer quelques explications inédites sur l'origine du blason des Cabellic et seigneurs de Lezergué.

Dans la charte apocryphe de 1160, copiée au 14e siècle et énumérant les biens bretons des Hospitaliers, successeurs des Templiers, il est question de l'aumônerie d'Arke qui pourrait être la  petite  paroisse  d' Ergué-Armel, la  chapelle  Sainte-Anne-du -

  Guélen étant souvent associée aux Templiers. Mais il pourrait s'agir de la grande paroisse mère d'Ergué, avant le découpage en deux territoires et en incluant donc Ergué-Gabéric, car il n'est pas certain que la chapelle du Guélen était un établissement templier (ou hospitalier, car ces 2 ordres étaient souvent confondus), les templiers étant installés peut-être en un autre lieu.

Toujours est-il que la croix blasonnée de la famille Cabellic qui a donné son nom à la paroisse d'Ergué-Cabellic (puis Gabéric), pose question, car sa symbolique ramène en ces temps troublés de la fin des croisades en terre sainte de Jérusalem. Ce n'est ni la croix pattée rouge des templiers, ni la croix blanche sur fond rouge des hospitaliers (ni de Malte).

Les croisettes et la croix potencée des Cabellic sont bien le symbole par excellence de Jérusalem et évoque le troisième ordre religieux et de chevalerie, après les Templiers et les Hospitaliers, à savoir l'Ordre du Saint-Sépulcre fondé par le croisé Godefroy de Bouillon et dont on trouvera le contexte historique en fin d'article (+ iconographie détaillée).

Mais le choix des couleurs du blason des Cabellic le démarque ; il n'est pas à enquerre car il associe un métal argenté et un émail rouge, et inverse l'ordre des chevaliers du Saint-Sépulcre : la croix est blanche d'argent sur un fond "de gueule" (rouge vif).

On ne sait pas précisément pourquoi les Cabellic avaient ces armes bien typées, mais il est sûr qu'au 13e siècle ces nobles bas-bretons vivaient avec le référentiel
religieux des croisades, ne serait-ce que parce que l'un d'entre eux était évêque de Quimper de 1267 à 1279 et qu'ils avaient de par leur manoir de Lezergué des prééminences dans l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric avec exposition de leurs armoiries au-dessus de la maitresse-vitre.

Image:Right.gif Et si aujourd'hui on collait sur nos plaques d'immatriculation cet autocollant commémoratif ?

En savoir plus : « Ordres de chevalerie et croix potencée d'Ergué-Cabellic », « 1980 - Choix d'un blason communal »

(*) : Le texte ci-dessus en italique, ainsi que le photo-montage, est un poisson d'avril. À noter quand même que la pierre à la croix potencée existe bien, pas à Ergué-Gabéric, mais sous le pont des Templiers de Balizy en région parisienne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commanderie_de_Balizy. La suite du billet forme par contre une enquête très sérieuse, qui sera prochainement complétée des facsimilés de la charte de Conan IV (billet du 22.04.2017).

 

5 La bataille de Tircine en Algérie

Billet du 25.03.2017 - Belkacem Ould Mohktar HADJAIL, « Un symbole de la lutte contre le colonialisme français : Le Chahid Mekkioui Mamoune », Ibn Nadim, Beyrouth, 2016, I.S.B.N. 978-9931-599-15-9, préface de Si Dahou OULD KABLIA et citations du sergent Josig HUITRIC.

Ce livre retrace l'histoire dramatique de Mamoune Mekkioui, un « Chahid », c'est-à-dire un combattant mort pour l'indépendance de l'Algérie, tué le 26 janvier 1958 à Tircine près de Saïda. Il s'agit d'une biographie rédigée par Belkacem Hadjail, retraité de l’Éducation Nationale Algérienne et passionné par l'histoire de l'Algérie, donnant ici la vision des anti-colonialistes sur cette époque troublée.

Mamoune Mekkioui, né en 1919 dans la région de Mascara, était un professeur engagé dans la lutte armée du FLN-ALN. En 1958 il est lieutenant, chef de la zone 6, wilaya 5 au poste de commandement de Tircine. Sa position est dénoncée aux forces françaises voisines de Saïda par un traitre prénommé Youssef. L'opération militaire qui s'en suit se solde, au bout de 3 jours, par 20 morts, dont le lieutenant Mekkioui, et 5 à 8 prisonniers.

Dans la biographie du « Chahid », le témoignage de l'appelé gabéricois Josig Huitric sur la bataille de Tircine commence par cette lettre écrite à sa mère le 29.1.1958 et publiée sur Grandterrier : « Dimanche j'ai été en opération, enfin je suis parti à cause que les autres gradés étaient à l’hôpital, tous les deux ont les oreillons, et cette opération a aussi payé, une vingtaine de rebelles de tués, cinq prisonniers dont une infirmière ; plus tard je t'emmènerai la photo, cent mines de récupérées, deux mitrailleuses et plusieurs fusils de récupérés. »

Le livre de Belkacem inclut d'autres citations de Josig, témoin d'un fait d'histoire bien malgré lui, notamment sur cette photo d'une jeune infirmière prénommée Malika. Et hors livre, on pourra lire cette belle anecdote sur le raisin de Mascara.

La photo de l'infirmière Malika

Il déclare qu’il n’a pas pu la retrouver : « La photo c'est moi qui l'ai prise avec mon appareil. Je crois que je l'ai perdue lorsqu'on a fait une exposition de la FNACA à Kroas-Spern. J'avais plein de photos, dont celle-là où on voit l'infirmière, et depuis je ne la retrouve plus. »

Il en fournit, toutefois, certains détails : « Pour les prisonniers je t'ai dit que c'était une 4x4. Mais c'était une jeep d'un chef quelconque je pense. Et l'infirmière était seule à l'arrière de la jeep, avec des hommes en armes de chaque côté, et devant : le chauffeur et à côté de lui un haut-placé. Je n'ai pas vu les autres prisonniers, j'étais concentré sur l'infirmière. »

 

Le raisin de Mascara

Josig Huitric : « Une fois j'avais deux prisonniers et un m'a demandé du raisin. Je suis parti aller chercher du raisin, du mascara. Ils allaient partir en corvée de bois, et il savait que son heure était arrivée. »

Réponse de Belkacem Hadjail par mail : « Il faut lui dire, de ma part, que j’ai été très sensible à son geste, à l’égard du prisonnier, auquel il s’est donné la peine de répondre à son dernier désir  »

Articles : « HADJAIL Belkacem - Le Chahid Mekkioui Mamoune », « 1957-1959 - Lettres de Josig Huitric, sergent à Saïda en Algérie »

6 Une foire à bestiaux à Kerdévot

Billet du 18.03.2017 - « Le Conseil, après en avoir délibéré, partageant l'avis de son président, émet le vœu qu'il soit créé une foire annuelle au lieu de Kerdévot, en cette commune, et que cette foire se tienne le lundi après le deuxième dimanche de Septembre. », délibération du 28 février 1881

En 1881 une demande de création d'une foire annuelle de vente de bestiaux sur le placître de la chapelle de Kerdévot est orchestrée par le maire Jean Mahé, agriculteur sur le même lieu-dit. La délibération du conseil municipal énumère les nombreux avantages liés au choix du lieu : « la chapelle de Kerdévot est distante de dix à quinze kilomètres de tous les grands centres où se tiennent des foires, qu'elle est située en pleine région d'élevage, qu'elle est contiguë à un placître d'une contenance cadastrale de un hectare soixante-dix ares, suffisamment ample pour contenir, outre une grande quantité de bestiaux de toutes sortes, un grand nombre d'étalages, de débits, etc. ».

Le choix de la date, à savoir le lundi qui suit le deuxième dimanche de septembre, n'est pas choisi au hasard non plus : c'est le lendemain du grand pardon, et les stands et échoppes des commerçants pourront rester sur place un jour de plus. Les bénéfices attendus sont d'une part fiscaux pour la commune, et d'autre part la foire apportera « des facilités qu'elle procurerait aux habitants de la commune pour la vente de leurs bestiaux ».

Devant cette initiative, le préfet de Quimper, le comte Léon-Paul Lagrange de Langre, doit rappeller les règles administratives, à savoir la nécessité de passer par une enquête auprès des municipalités voisines « dans un rayon de deux myriamètres (c'est-à-dire 10 km ou trois lieues) environ du lieu d'où vient la demande ». Vingt communes sont consultées, 11 sont favorables à la création de la foire, 2 sont opposées, 3 répondent qu'elles n'ont pas d'avis sur la question, et 4 ne répondent pas.

Les municipalités opposées à la foire sont Quimper et Ergué-Armel, cette dernière défendant l'idée que « les habitants d'Ergué-Gabéric, ainsi que ceux des communes voisines ont toutes les facilités pour vendre leurs bestiaux aux grandes foires de Quimper ». Les communes indifférentes, sans avis, sont Kerfeunteun, Penhars et Plomelin.

Les onze communes qui majoritairement manifestent leur support à la foire de Kerdévot sont en majorité rurales et leurs arguments sont :

Image:Square.gif « les transactions sur le bétail sont très actives au mois de septembre, ... et sur un emplacement commode et spacieux, ne peut manquer d'attirer de nombreux marchands » (Briec).

 
(Jean Caveng (1905-1993) « La foire aux bestiaux, Bretagne »)

Image:Square.gif « une foire à Kerdévot peut faciliter les transactions dans la région » (Elliant)
Image:Square.gif « l'époque choisie est favorable pour réaliser par la vente des bestiaux les fonds nécessaires au payement des loyers » (St-Evarzec), la plupart des baux de fermage se terminant à la St-Michel, c'est-à-dire le 29 septembre.

En août le préfet publie un arrêté d'exécution : « Article 1er. En exécution de la délibération sus-visée, est autorisée la création, dans la commune d'Ergué-Gabéric, d'une foire annuelle qui se tiendra à Kerdévot le lundi après le deuxième dimanche de Septembre ». Il autorise également les 3 foires voisines demandées au bourg de Langolen, dont la 3e au 30 septembre (le lendemain de la St-Michel).

Le lundi 12 septembre 1881, Jean Mahé, maire d'Ergué-Gabéric, put donc parader à la toute première foire de Kerdévot. À noter qu'un accident mortel de jeune cheval « ombrageux », en route vers la foire, endeuilla une famille elliantaise : « Le malheureux Cotten qui avait une jambe prise dans les rênes, ne put se dégager et reçut à la tête et à la poitrine de terribles blessures à la suite desquelles il a succombé lundi dernier ».

En savoir plus : « 1881 - Création d'une foire annuelle aux bestiaux sur le lieu de Kerdévot »

7 Beau-frère chapelier à Quimper

Billet du 11.03.2017 - « Avant le 18e et l'usage du poil fin de castor ou du feutre, les chapeaux étaient si grossiers, que les gens les faisaient couvrir de velours, de taffetas, ou d'étoffe de soie ; on ne les portait nus que par économie, ou pour aller à la pluie », Augris Chrystel (Histoire de la chapellerie)

Deux documents d'archives pour évoquer les activités industrielles d'un fabricant de chapeaux « fins » à Quimper. Le premier est un rapport de 1811 rédigé par le préfet de police à la demande du maire de Quimper pour valider la moralité d'un négociant quimpérois ayant élu domicile à Paris, sans doute dans le but de préparer son projet de création d'une fabrique de chapeaux à Quimper qu'il concrétisera en 1812.

Dans ce document qui fait office d'enquête de moralité, il est rappelé qu'il « s'est toujours très bien comporté. Il est doux, honnête et soumis aux lois et aux autorités. » et la famille Bolloré est « une famille honnête de cette ville ».

Le deuxième document est constitué de sept courriers datés de 1825 entre César Elzéar de Castellane, préfet du Finistère, et Athanase de Larchantel, maire de Quimper, qui ont précisément pour but de valider la demande de Jean-Guillaume Bolloré de transférer sa fabrique sur un nouveau terrain acquis entre la rue des Réguaires et les quais de l'Odet.

Le chapelier Bolloré précise tout d'abord l'historique de son affaire : « Depuis 1812 j'ai établi à Quimper une fabrique de chapeaux. Cette fabrique était d'abord placée dans la rue du Chapeau Rouge, ensuite dans la rue Obscure et elle se trouve actuellement dans la rue du Frout. »

La signature sur sa requête est « Bolloré fils ainé », car en effet il est l'ainé survivant (trois frère et sœurs décédés très jeunes en 1784-86) d'une famille nombreuse de 13 enfants. Son père René, syndic des marins et négociant-propriétaire à Quimper-Locmaria, décède en 1826. Par la suite Jean-Guillaume gardera l'habitude de signer « Bolloré ainé », lorsqu'il paraphe en 1838 le document de succession de son frère René-Corentin et cosigne en 1859 un document officiel avec son beau-frère papetier d'Odet.

Le maire a des arguments pour défendre le projet de 1825 : « Cet établissement mérite, on peut le dire, de fixer la sollicitude de l'autorité, il a pris depuis quelques années un certain accroissement, les chapeaux fins qu'on y fabrique sont estimés et ils peuvent recevoir, chaque jour, un nouveau degré de perfection, on y occuppe un grand nombre d'ouvriers. » On y compte 25 ouvriers pour fabriquer des chapeaux de poils fins et de feutre.

Après avis de l'expert, à savoir l'Ingénieur en chef du département, chargé de la surveillance des rivières et cours d'eau, le préfet publie l'arrêté d'exécution : « Art 1er. Le sieur Bolloré, fabricant de chapeaux à Quimper, est autorisé à établir sa fabrique dans sa propriété de la rue des Réguaires. »

 
(film de Chaude Chabrol, tourné à Concarneau et à Quimper en 1982)

Le siècle suivant, dans une publication intitulée « Papeteries d'Odet, discours des Fêtes du Centenaire (1822-1922) », une note au-dessous du facsimilé de la plaque commémorant la création de l'usine d'Odet par son beau-frère Nicolas Le Marié précise que « François Le Marié père et Guillaume Bolloré ont aussi contribué, par leurs conseils, à la création de cet établissement ». Il est question de conseil et non de co-participation de Guillaume Bolloré, car on voit bien qu'en 1825 il était encore très impliqué dans l'extension de sa fabrique de chapeaux.

On est loin du détournement documentaire de 1930 dans le « Livre d'or des papeteries » de René Bolloré qui introduit volontairement un pluriel « ont posé » (au lieu de "a posé") dans la première phrase de la plaque commémorative : « Nicolas Le Marié et R.-G. Bolloré, de Quimper ont posé la première pierre de cet établissement ».

Jean-Guillaume Bolloré n'a pas posé de première pierre à Odet (ni son hologramme « R.-G. » aux initiales inventées), mais il a prodigué des conseils à son beau-frère gabéricois et favorisera le transfert en 1861 de l'usine à papier à son neveu, tutoré et gendre Jean-René Bolloré lorsque Nicolas Le Marié sera en incapacité suite à un accident.

En savoir plus : « 1811 - Autorisation de résidence parisienne pour Jean-Guillaume Bolloré », « 1825 - Transfert de la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré », « Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873), fabricant chapelier »

8 Ordre, Paix et Religion en 1877

Billet du 05.03.2017 - Les idées politiques du premier des Bolloré, héritier en 1861 du moulin à papier de Nicolas Le Marié à Odet en Ergué-Gabéric.

Cette évocation commence par la lecture de l'ouvrage de l'historien Maurice Lucas qui décrit les transformations d'un Finistère-Sud conservateur en un « espace politique ouvert », qui se reconnaît dès juillet 1871 dans la République modérée, « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme ». On est loin du cliché d'une Basse-Bretagne attardée et réactionnaire.

L'étude, assise sur de nombreux documents d'archives, porte essentiellement sur le territoire de la Basse-Cornouaille qu'on peut appeler également Cornouaille maritime, bordée par la presqu'île de Crozon, Cap Sizun, Cap Caval, et les larges baies de Douarnenez, Audierne et Concarneau.

Des années 1870 à 1914, les républicains vont y gagner une crédibilité politique, donnant raison au sociologue précurseur André Siegfried : « Lorsqu'il échappe à l'influence politique du prêtre et à la pression immédiate du noble, c'est-à-dire lorsqu'il est abandonné à lui-même, le peuple breton est naturellement égalitaire, républicain et démocrate ».

Page 122, Maurice Lucas fait l'analyse d'une contre-attaque en 1877 du clan conservateur via la candidature de Jean-René Bolloré, papetier gabéricois et originaire de Douarnenez : « Aux références traditionnelles à l'ordre, à la tradition et à la religion s'ajoute celle, plus nouvelle, de la compétence économique garante de prospérité et de paix. La candidature du papetier d'Ergué-Gabéric répond sans doute à la volonté de renouveler une représentation et une thématique susceptibles de démarquer la posture conservatrice d'une image passéiste, sinon réactionnaire ». Et de citer le texte de son tract pour les élections législatives d'octobre 1877.

Cette affichette au format 20x30cm, conservée aux Archives Départementales du Finistère (cote 3 M 278, élections législatives d'octobre 1877), se décompose en une première partie argumentaire sur les qualités du candidat, et une seconde listant les noms des membres notables de son comité de soutien.

 

Le premier argument est relatif à la morale : « Monsieur Bolloré a d'ailleurs vos croyances et vos sentiments. Il aime ce que vous aimez : l'Ordre, la Paix, la Religion. Il redoute ce que vous redoutez : les conflits entre les pouvoirs publics, les théories subversives et la Révolution. » Le second met en avant ses compétences : « Tour-à-tour, chirurgien de la marine, docteur-médecin, exerçant son art dans notre arrondissement, grand industriel ... Sa situation de directeur d'une grande usine ...  »

Les 32 noms de son comité de soutien sont majoritairement des propriétaires et maires des communes voisines de Quimper, un banquier, un notaire, un entrepreneur, un ébéniste ... La présidence est assurée par De Chamaillard père, c'est-à-dire Henri Pierre Charles Ponthier de Chamaillard, député royaliste du Finistère à l'Assemblée nationale de 1871 à 1876.

Le procès-verbal des résultats de la 1ère circonscription de Quimper, conservé également en 3M278, donne une majorité au candidat républicain Louis Hémon. Le détail des votes par commune permet de noter une préférence républicaine dans les grandes villes (Quimper, Rosporden) et le littoral (Concarneau, Fouesnant).

Par contre les communes rurales donnent leurs voix au candidat conservateur : Langolen, St-Evarzec, Ergué-Gabéric, Plomelin, Pluguffan, Elliant, St-Yvi, Tourc'h. Certes sur Ergué-Gabéric où il réside, le papetier Bolloré est en tête (239), mais il devance de très peu Louis Hémon (220), la commune devenant progressivement « sensible aux courants du radicalisme et du socialisme » (cf. Livre de Maurice Lucas).

En savoir plus : « LUCAS Maurice - La Cornouaille politique 1870-1914 », « 1877 - Affiche de JR Bolloré et résultats des législatives »

Nota : la semaine prochaine nous évoquerons la fabrique de chapeaux de Jean-Guillaume Bolloré, oncle, tuteur et beau-père de Jean-René, et son transfert rue des Réguaires autorisé en mai 1825.

9 Grève pour 25 centimes et du feu

Billet du 25.02.2017 - Où il est question d'une grève ouvrière d'une journée, de l'intervention de la gendarmerie sur place, de l'obtention d'une petite augmentation de salaire, d'organisation de feux pour réchauffer et sécher les mineurs, et du licenciement des deux meneurs quimpérois.

L'on savait qu'une mine d'extraction d'un minerai proche de l'arsenic, le célèbre antimoine, avait été exploitée sur notre territoire entre 1913 et 1928, et qu'une petite coupure de journal indiquait un conflit social dès les premiers mois. Mais rien ne vaut une liasse inédite conservée aux archives départementales contenant les échanges entre commissaire, préfet, brigadier de gendarmerie, pour en apprendre un peu peu plus sur les conditions de travail dans la mine de Kerdévot.

En décembre 1913 Joseph Chaleil, le préfet du Finistère est immédiatement saisi par courrier par la direction de la société minière de la Lucette lorsque démarre la grève des 42 ouvriers de la mine d'antimoine : « Nous avons l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance, d'envoyer à notre exploitation de Kerdévot quelques gendarmes pour mettre l'ordre ».

La réquisition de 4 gendarmes et leur brigadier est organisée pour le lendemain matin, l'intervention ayant pour but de « prêter le secours de quatre gendarmes et brigadier à Kerdévot commune d'Ergué-Gabéric à partir du 12 décembre à l'occasion d'un mouvement gréviste ».

Le rapport d'un « commissaire spécial » nous permet de comprendre les motivations de ceux qui ont débrayé toute la journée et la nuit du 11 décembre :
Image:Right.gif La première revendication est le niveau de salaire journalier : « une augmentation de 0.25 centimes par jour a été accordée, qui a paru donner satisfaction, momentanément tout au moins », la nouvelle grille passant de « 3 f 25 ... 4.25 » à « 3 f 50 ... 4.50 ».
Image:Right.gif Ensuite ils réclament des feux pour se sécher : « qu'il leur soit fait du feu, aux heures des repas, et la nuit ... ils ont continuellement les pieds dans l'eau, et que celle-ci tombant de partout, leurs vêtements même sont vite mouillés ».
Image:Right.gif Enfin un peu de considération : « ainsi ils auraient besoin de soins ou d'attention qu'ils n'ont pas eus jusque-là ».

 
(croquis de Laurent Quevilly, 1987, Ouest-France)

La première revendication satisfaite immédiatement, le besoin de feu le sera aussi : « sur lequel je le répète, ils peuvent compter dans un avenir très prochain, et dont ils auraient déjà joui ou bénéficié si les fournisseurs, tant d'anthracite que de bois, y avaient mis un peu plus de hâte ».

La contrepartie de ce règlement est la non reprise du travail par les deux meneurs quimpérois principaux, à savoir Villerm et Jean Riou, tous deux domiciliés à l'Eau Blanche. Quatre autres meneurs sont licenciés et « réglés » le 12 au matin, mais ils sont réintégrés le lendemain avec leur 36 autres collègues qui avaient déjà repris le travail.

Il faut dire que la présence des 5 gendarmes avaient été maintenue sur place à Kerdévot jusqu'au lundi 15 décembre, et qu'une tournée militaire est programmée pour le 24, jour de la paie (tous les 10 jours), pour éviter d'autres velléités de grève.

En savoir plus : « 1913 - Grève des ouvriers employés aux mines d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot/Niverrot en Ergué- Gabéric », « Revendication des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot », « Antimoine à Kerdévot, OF-LQ 1987 »

(2 employées et 31 ouvriers à la mine Kerdévot en 1915 en sabots et portant pioches et lampes de mineurs, photo communiquée par Jos Nédélec de St-Joachim)

10 Papier terrier et timbré de 1680

Billet du 20.02.2017 - « Papier terrier : registre tenu par les chambres de comptes régionales dans le cadre d'une Réformation du domaine du roi.
Papier timbré : papier tamponné d'un sceau soumis à paiement utilisé pour enregistrer des actes authentiques.
 »

En 1660 Colbert lance la réformation du domaine royal en Bretagne, c'est-à-dire la vérification des aveux et déclarations de propriété des sujets du roi, depuis le paysan jusqu'aux seigneurs locaux.

Les 43 sentences concernant Ergué-Gabéric, constituées de 237 folios recto-verso (soit près de 500 clichés), faisant suite au « conseil d'estat du troisiesme aoust mil six sent quatre vingt pour la confection du papier terrier et réformation du domaine de Quimper, Chateaulin, Carhaix, Chasteauneuf du faou, du Huelgoat et Landeleau, Concq Fouesnant et Rosporden » ont été concoctées par les commissaires de la cour des comptes.

Les originaux sont conservés aux Archives Départementales de Nantes ou siégeait la cour des comptes chargée de vérifier les déclarations et une copie complète est consultable aux Archives Nationales à Paris sous la côte P//1689 : « quatrième volume du papier terrier de Quimpercorantin ». Ce registre, consacré principalement à la paroisse d'Ergué-Gabéric (folios 171 à 407), et accessoirement Esquibien, Ergué-Armel et Guengat, inclut la liste des documents avec le nom des lieux nobles ou non, ainsi que le nom des propriétaires fonciers.

Les documents établis dans le cadre de la réformation du domaine royal, avec leur sceau de papier timbré libellé « Bretagne EXTRARETERRIER, un sol », sont intéressants à plus d'un titre :

Image:Right.gif ils constituent le papier-terrier ou cadastre de la paroisse avec les possessions réputées dépendre du domaine du roi.
Image:Right.gif lorsque les biens n'ont pas été achetés du vivant du propriétaire mais hérités, les ascendants de celui ci sont souvent fournis, parfois jusqu'à 3 générations, ceci étant très utile pour consolider un état civil très lacunaire pour cette période.
Image:Right.gif l'inventaire effectué permet de tracer précisément le contour des juridictions seigneuriales et des liens de subordination entre seigneurs locaux ou plus distants.

 


Image:Right.gif pour chaque tenue agricole sont généralement fournis les montants des rentes, la surface cultivée et la qualité des terrains (terre froide, chaude, pré, étang, bois, ...).

Outre les domaines nobles connus comme Kerfors, Lezergué, Keranmilin (Kerveil), Penanrun ... on peut citer, aux folios 399-400, le cas particulier du presbytère ou « maison presbituale située au bourg paroissial d'Ergué gaberic » qui fait bien partie du domaine du roi, avec y compris une tenue au village distant de Tréodet.

Certaines sentences de 1680 seront mises à jour en 1682 : c'est le cas, en folio 294, de deux encarts successifs pour le domaine de Lezergué. Le premier de mars dit que l'aveu détaillé doit être complété aux dires de son propriétaire Guy de Charmoy, seigneur de Keraret et héritier de Guy Autret, de ses droits « de haulte basse et moyenne justice et patibulaires eschues dans une montagne dependante de son lieu de Lestonan ». Par le second addendum de septembre on apprend qu'il « a esté débouté du droit de hautes moiennes et basses justices et de celuy de coustumes ».

Les 237 doubles pages du papier terrier de 1680 d'Ergué-Gabéric sont un trésor documentaire qu'il s'agira d'analyser au fur et à mesure de leurs transcriptions.

Image:Square.gif En savoir plus : « 1680 - Papier terrier et réformation du domaine royal à la chambre des comptes de Nantes »

11 Cartes et itinéraire de Bretagne

Billet du 11.02.2017 - « Atlas itinéraire de Bretagne contenant les cartes particulières de tous les grands chemins de cette province avec tous les objets remarquables qui se rencontrent. Dédié à nosseigneurs les Etats de Bretagne. Par leur très humble et très obéissant serviteur Ogée »

On connaît le géographe Jean-Baptiste Ogée (1728-1789) pour son dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, édité en 1780 et décrivant ses découvertes de voyage sur les chemins et les villages bretons. Sans oublier la paroisse d'Ergué-Gabéric dont les infos se trouvent en page 268 avec le texte original de l'auteur et ses notes de rééditions.

Les deux premiers paragraphes d'Ogée précisent la localisation : « à 1 lieue 1/5 à l'E. de Quimper et à 37 lieues de Rennes », le nombre d'habitants : « 1800 communiants », l'activité essentiellement rurale : « Son territoire est fertile en grains, et plein de vallons où sont de très belles prairies ». La cure est dite « à l'alternative » ce qui, contrairement à Ergué-Armel, indique une double dépendance de bénéfices vis-à-vis de l'évêque les mois pairs et du pape les mois impairs. Plus globalement, en terme de droit féodal, toute la paroisse relève du roi, « à l'exception des trois villages qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper ».

Quant aux notes additionnelles il y a une erreur sur la localisation de Ste-Anne-du-Guélen qui est en réalité sur Ergué-Armel. Dans la première note de 1843 il est question d'« un moulin à papier et une tuilerie » que l'on peut positionner respectivement au lieu-dit d'Odet (la papeterie de Nicolas Le Marié fondée en 1822, et transférée plus tard aux Bolloré) et à Penn-Carn-Lestonan.

À l'occasion de l'édition de son dictionnaire géographique il a aussi publié ses itinéraires précis de voyage et deux cartes « géométriques » dont l'une servira de base de travail pour définir les 5 départements de la région Bretagne.

L'atlas itinéraire de Bretagne, constitué des « Cartes particulières de tous les grands Chemins de cette Province avec tous les Objets remarquables qui se rencontrent à une Demie Lieur Adroite et Agauche » est publié en 1769. Le tronçon Rosporden-Quimper est le trajet emprunté par le voyageur passant notamment à la chapelle de Ste-Anne-du-Guélen en Ergué-Armel, sur une route très proche d'Ergué-Gabéric.

La carte préparée par le cartographe Dezauche en 1771 pour Ogée, « dédiée et présentée à nosseigneurs les Etats », est plus précise, et on y voit bien le nom de la paroisse Ergué « Gaberie » avec un e final à la place du c, la voie principale de communications en pontillé, les tracés des deux cours d'eau "frontières" (Odet et Jet) et affluents, la localisation  du  chef  -

  lieu paroissial et de St-André, et par deux fois le lieu « Kerdevet » correspondant sans doute aux deux chapelles de St-Joachim (près de Lezergué) et de Kerdévot.

Sur la carte dédiée au duc de Duras par Jean-Baptiste Ogée en la même année, les détails gabéricois sont à peu près les mêmes. Par contre cette carte est célèbre pour sa reprise en 1788-89 par les députés bretons comme support du découpage de la Bretagne en départements : Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure. Les révolutionnaires ont proposé un coloriage des 5 départements et des 45 districts qui seront mis en place le 26 février 1790.

Deux articles pour en savoir plus : « Itinéraire et cartes de Bretagne de Jean-Baptiste Ogée, 1769-1771 », « OGÉE Jean-Baptiste - Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne »

12 Les 110 mouvances du Présidial

Billet du 04.02.2017 - « Toute la paroisse relève du roi, à l'exception des trois villages de Kermorvan, de Kernechiron et Kerougan, qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper. » (Jean-Baptiste Ogée, Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, 1780)

Nous exhumons cette semaine 4 pages d'un registre des Archives Départementales, site de Brest, incluant la liste des manoirs et villages gabéricois régis par le siège présidial de Quimper et constituant les mouvances du domaine du Roi.

Cet inventaire des manoirs, moulins et villages, non daté précisément si ce n'est du 18e siècle, constitue la dernière photographie de l'ancien régime avant la Révolution de 1789. Le premier registre (cote ADF B502) est probablement daté du début du siècle, et le second (cote ADF B503) est un complément mis à jour après 1730, par la référence à un aveu adressé au Roy. Les deux documents constituent une préfiguration du grand recensement de la population gabéricoise qui sera organisé plus tard en 1790.

Ce registre est produit par le présidial de Quimper, une juridiction royale composée de juges, procureur, sénéchal, avocats et conseillers, tous en charge de délivrer la justice criminelle et civile, en particulier les arbitrages sur les successions et droits seigneuriaux. Attachés au domaine royal, le présidial et la sénéchaussée ne devaient pas traiter pas des affaires civiles et ecclésiastiques relevant des Régaires, l'autre juridiction quimpéroise responsable du domaine temporel du seigneur Évêque de Quimper.

Pour ce qui concerne les villages du fief de l'Evêque cités par Jean-Baptiste Ogée il faut lire Kermorvan, Coat-Piriou et Keranquéo, auxquels il faut ajouter d'autres villages gabéricois formant aussi propriété épiscopale, à savoir Quillyhouarn, Creac'h-Ergué, Kerho et Cutuillic / Saint-André. Sans oublier toute la partie sud-ouest de la commune actuelle, autour du Cleuyou, Kerampensal, La Salle-verte, Kerelan qui étaient rattachés à Lanniron ou Ergué-Armel pendant l'ancien régime.

Certains des villages sous juridiction des Regaires sont également listés comme mouvances du Présidial, notamment Coat-Piriou, Creac'h-Ergué, Kerho, Cutuillic. Ceci peut s'expliquer de différentes manières : soit la totalité des propriétés du village n'était pas détenue par l'Evêque, soit le propriétaire foncier a changé en provoquant un passage dans le domaine royal.

Les manoirs identifiés au 18e siècle par le Présidial, c'est-à-dire les propriétés les plus importantes détenues avec allégeance d'un noble au roi, sont respectivement dans l'ordre d'inscription au registre : (voir la liste dans l'article, ainsi que les moulins associés). Il manque le manoir et moulin de Pennarun, mais sans doute sont-ils compris dans « le bourg en entier ».

Quant aux autres déclarations qui ne sont ni des moulins, ni des manoirs, ce sont les villages repérés par la lettre v, généralement simples mouvances dépendant d'un lieu noble principal. On décompte 105 lieux au total sur le premier document, la 2e page constituant une réécriture de la 1ere page, et le deuxième document en ajoutant seulement cinq. Cette liste de 110 lieux nobles et villages avec leurs orthographes bretonnes anciennes apporte des variantes supplémentaires toponymiques. On notera au passage le bien-nommé « Keranroué », un "hameau du roi".

 

L'autre intérêt du deuxième document est de donner les regroupements des villages par domaine et de préciser leurs derniers propriétaires nobles avant l'hécatombe révolutionnaire. Le plus grand domaine avec ses 22 villages autour du manoir de Kerfors est celui de la famille de La Marche. Le second avec 10 mouvances est celui de Guy-Marie de Lopriac (le blason des Lopriac est présent sur la chapelle voisine de Kerdévot), comte de Donges, qui avait hérité de la seigneurie de Botbodern en Elliant.

Quant à la « maison presbitalle » ou « presbitaire » avec comme avouant «  le Général », elle est pour nous un mystère. En effet on peut se demander pourquoi la cure serait incluse dans le domaine du Roi géré par le Présidial, et non sous la juridiction des Régaires. Certes ce presbytère est encore aujourd'hui la plus authentique bâtisse manoriale du bourg et sera l'objet de convoitises après la révolution, mais le fait qu'elle soit blasonnée du blason d'un recteur chanoine sur sa porte sud nous induit à penser qu'elle était hors de contrôle du présidial royal.

En savoir plus : « 1700-1780 - Les mouvances du présidial de Quimper dans la paroisse d'Ergué-Gabéric »

13 Publicité sexiste d'après-guerre

Billet du 28.01.2017 - « Si vous les aimez bien roulées, papier cigarette OCB ! ». Le slogan était célèbre à la fin de la dernière guerre ... les premiers "bikinis" dévoilaient audacieusement les corps des naïades. Alors, forcément, on les préférait « bien roulées » (Jean Failler, Gens et choses de Bretagne)

Ce slogan publicitaire OCB bien connu, créé par le publicitaire Tony Burnand en pleine guerre 1939-45, a connu un grand succès dans les années d'après-guerre. On le voyait et entendait partout sous la forme d'affiche, de pub radiophonique, et sur les voitures de la caravane du Tour de France.
Un bel homme viril, deux doigts prélevant du tabac, une feuille OCB collée à la lèvre, le clin d’œil pour l'allusion grivoise, voilà les ingrédients visuels de la publicité d'origine. Ensuite, sur les agendas à feuilles détachables et édités par la société Publicis, le slogan était illustré par une pin-up souriante presque dénudée, en maillot de bain et talon haut. Plus tard, la tête du fumeur est devenue un croquis stylisé avec un chapeau rigolo et quatre doigts pour rouler sa feuille gommée.

La femme déshabillée comme illustration sur les paquets à cigarette était d'usage courant jusqu'au milieu du 20e siècle. Les images du fabriquant algérois « Abdelkader ben Turqui et Cie » qui s'approvisionnait en papiers Bolloré, étaient bien connues et "appréciées" des fumeurs.

Le slogan publicitaire « Si vous les aimez bien roulées ... » avait comme support des affichettes ou annonces dans les revues, mais aussi sur les buvards fabrication maison. De dimension 13,5 cm x 21 cm, ils servaient à effacer l'encre dans les foyers et les écoles, et bien sûr à porter le message de la marque. Il existe même un cendrier OCB avec le texte publicitaire sexiste dans une collection de la faïencerie H.B. de Quimper.

Mais en fait après 1952, pendant dix ans, les papeteries Bolloré n'utilisèrent plus cette publicité en leur nom, car ils n'en avaient plus le droit d'usage à cause d'un différent avec le publicitaire créateur Tony Burnand, propriétaires des droits. Ce dernier l'avait ensuite cédé à un représentant des cahiers de papier à cigarette, Jo Le Gentil.

J. Le Gentil, utilisait la pub en question dans l'annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris pour faire sa propre promotion : « J. Le Gentil & Cie représentants généraux des papiers à cigarettes en cahiers O.C.B », et celle de son fournisseur : « Papier à cigarette O.C.B Papeteries René Bolloré Société à Responsabilité limitée au capital de 23.400.00 francs ».

On dispose ci-contre de la page originale du Bottin de 1945 où apparait cette pub au format vertical allongé, avec au verso les petits encarts des professionnels du secteur. Le représentant OCB était domicilié au 5 rue de Téhéran, ayant sans doute les locaux commerciaux de l'arrière-cour.

 
Annuaire Didot-Bottin du commerce de Paris de 1945

En 1962, lors de la remise de la légion d'honneur à Michel Bolloré, Tony Burnand écrit une lettre dans laquelle il lui rappelle son rôle comme créateur du slogan publicitaire, sa cession des droits à Jo Le Gentil et il menace de dire la vérité à la presse nationale.

En 1983, lors de la fermeture définitive de la papeterie d'Odet, les articles dans Ouest-France de Laurent Quevilly (alias « Laorz ») titraient « Si vous les aimiez bien roulées ... » ou « On les aimait bien roulées ». On y voit ce célèbre croquis du fumeur OCB qui ne sourit plus et qui a une larme à l’œil.
En savoir plus : « 1945-1983 - Les supports de publicité "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" », « 1962 - Défense de paternité du slogan "Si vous les aimez bien roulées ... OCB" »

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