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[modifier] 1 La légende bretonne de l'Ankou

Billet du 30.01.2016 -« Vienne enfin, un jour, par la faux de l'Ankou / Me jeter au tombeau, en me tranchant le cou. / Alors je pourrai dire en tombant sous la faux / Benedictus te Ankou, tu as fini mes maux. », JM Déguignet (1834-1905), "Rimes et Révoltes", 1999, Blanc Silex.

Grâce à « La légende de la mort » d'Anatole Le Braz publiée en 1893, tout le monde connaît aujourd'hui l'Ankou (bretonnisme traduit du breton « an Ankoù » [1*]) qui récupére dans sa charrette grinçante les âmes des défunts récents. On le représente comme un squelette revêtu d'un linceul, ou un homme grand caché sous un large feutre et tenant une faux au tranchant tourné en dehors.

Mais on connait moins les mémoires ou les poèmes de Jean-Marie Déguignet qui évoque aussi cette légende, avec une explication critique de la vision folkloriste d'Anatole Le Braz. On peut compter une dizaine de passages où le paysan bas-breton décrit les croyances rurales autour de la mort qu'il a lui-même observées et explique les origines d'une invention "chrétienne".

Sur le thème de « notre Ankou breton », Déguignet en fait d'abord ce portrait conventionnel : « il voyage jour et nuit, semant sur son chemin une espèce de terreur panique, le jour donnant des frissons et la nuit faisant entendre le wig-wig de la charrette des morts ».

Jeune enfant à Ergué-Gabéric, un jour où il avait une forte fièvre qui devait l'emporter, il croit même voir la faux de l'Ankou : « tout le monde avait entendu quelque chose annoncer que j'allais bientôt partir au bourg sur le dos et les pieds en avant ... la nuit venue, je vis tout ce dont elles avaient parlé, je vis le spectre de l'Ankou, le spectre d'un spectre avec sa faux me faisant des grimaces au pied de mon grabat ».

Mais bien sûr personne en réalité ne peut attester avoir vu le messager dans sa ronde macabre sur les chemin de campagne bretonne : « l'Ankou, ni sa prétendue charrette n’ont jamais été vus par personne, attendu que l'Ankou n'est qu'un signe ou intersigne de la mort mais toujours invisible ».

Déguignet s'amuse de la naïveté des folkloristes, Anatole Le Bras le premier, qui ont cru sur parole toutes ces légendes bretonnes : « Anatol mest an Ankou » (Anatole, le maître de l'Ankou) ; « un de ces savants chercheurs de légendes » ; « c'est ainsi qu'ils en content à ces messieurs savants quand ceux-ci les forcent à parler » ; « Ah se dit ce malin quemener ... je vais te dire comment il est fait puisqu'il y aura la goutte à boire  ».

 
Quevilly, "JMD, Contes et légendes de Basse-Cornouaille", An Here, 1998

Et il donne enfin les seules explications sociologiques et religieuses auxquelles il croit :

  • « la légende de l'Ankou vient de la même source que toutes les légendes bretonnes, c'est à dire des missionnaires chrétiens et des prêtres catholiques, leurs successeurs. »
  • « Toutes ces légendes et celle de l'Ankou plus que les autres, portent la marque irrécusable du christianisme. »
  • « Ankou vient du mot anken, ankenius, ankrez, qui veut dire inquiétude, peur, frayeur, mot qui caractérise fort bien l'exécuteur des hautes œuvres divines. »
  • « Il faut à chaque curé son Ankou comme il lui faut un saint patron de la paroisse »
Ceci dit, vieux et à l'article de la mort, Déguignet se met encore lui-même en scène face au personnage de légende :

« Ce vieux ... est toujours dans son trou,
Pensant et écrivant en attendant l'Ankou,
Ce faucheur acharné qui fauche les braves,
Les pauvres, les honnêtes, les gueux, les esclaves.
 »

En savoir plus : « L'invention des légendes de l'Ankou selon Jean-Marie Déguignet ».


Nota [1*] : Le mot est masculin en breton ; selon Dom Le Pelletier il serait à l'origine le pluriel de « anken » qui désigne l'angoisse, la peine. Arzel Even (revue Ogam, 1950-53) propose une autre étymologie : « nk » représente l'état réduit de la racine « nek » (périr) (nekros en grec, et nec, necare en latin).

[modifier] 2 Photos sur carton de 1875-1880

Billet du 23.01.2016 - « Venez-y tous, bons pardonneurs, Qui sçavez faire les honneurs, Aux villages, de bons pastez, Avecques ces gras curatez, Qui ayment bien vostre venue Pour avoir la franche repeue », François Villon (1431-1463).

On aurait tendance à affirmer que le mot « Pardonneurs » est un bretonnisme pour nommer les personnes assistant à un pardon breton, car en français classique le pardonneur est normalement l'ecclésiastique de haut rang qui conduit la procession avec croix et bannières. À notre surprise le grand poète François Villon utilisait aussi cette même expression dans son poème « Les Repeues franches » pour désigner l'ensemble des pèlerins venus sur le lieu du pardon.

Toujours est-il qu'il y a des pardonneurs sur le cliché historique ci-contre diffusé sous forme de photo collée sur carton, préfiguration des cartes postales, signé « E.Bernier », soit Eugène Bernier (1841,~1906), photographe installé à Paris, puis à Dinan, connu pour ses portraits de célébrités françaises et étrangères, et ses « Vues de la Bretagne ».

Les pardonneurs costumés de Kerdévot, hommes et femmes, posent sur l'herbe de l'enclos près du calvaire, face à l'objectif et au soleil éblouissant. Les petites filles et une femme en habit de ville, se protègent sous leurs parapluies-ombrelles.

Grand merci à Christophe Rochet, un quimpérois-crozonais passionné des cartes postales et photos anciennes et très grand connaisseur des costumes bretons, qui nous a communiqué cette trouvaille inédite, ainsi qu'une autre photo contrecollée de la même époque.

L'auteur de cette dernière est Ferdinand Carlier (1829-1893), photographe né à Versailles et installé à Vannes, connu pour ses clichés de monuments et de villes bretonnes, et ses portraits de militaires et de bretons/bretonnes en costume.

La photo numérotée n° 25 représente une jeune fille gabéricoise en coiffe et bel habit brodé. La coiffe n'est plus le bonnet à huppe des années 1840 avec ses grandes ailes encadrant les côtés du visage. Ici, les ailes sont coupées et la coiffe est rehaussée, bien plus imposante que la « borledenn » actuelle. Le tablier (de soie ?) est de couleur claire et joliment brodé. La grande jupe et le corset sont noirs, et un « scapulaire de dévotion » est porté et joint à l'arrière du cou.

 

En savoir plus sur les deux photos : « La photo sur carton des pardonneurs ... » et « Photo contrecollée d'une jeune gabéricoise ... ».


« IIIe République et Taolennoù - Cléricaux contre laïcs en Basse-Bretagne - Ière époque : 1880-1905 » est un livre très attendu, concocté par le sympathique Pierrick Chuto, qui va paraître début mars prochain - préfacé par Christian De la Hubaudière -, sur LE SUJET LOCAL incontournable du début du 20e siècle : les tensions autour de Quimper sur la Loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Cela touchera les gabéricois que nous sommes, car, outre le personnage central du prédicateur bretonnant Auguste Chuto (d'où les Taolennoù), on trouve aussi dans ce premier tome des personnalités de notre commune comme Corentin Signour (celui de la bannière du Tonkin) et le recteur Jean Hascoët, sans oublier bien sûr le pardon de Kerdévot : « Ce même dimanche, sous un soleil radieux, les deux promis assistent au pardon de Kerdévot en Ergué-Gabéric ... ». Si vous voulez être sûr d'avoir votre exemplaire, vous pouvez d'ores et déjà le réserver à un prix préférentiel sur le site http://chuto.fr

[modifier] 3 Matières féodales aux XVII/XVIIIe

Billet du 16.01.2016 - « Pour l'(es) infatigable(s) collecteur(s) de l'histoire et du patrimoine d'Ergué-Gabéric qui retrouvera(ont) dans cette plaquette l'écho des nombreuses recherches publiées sur Grandterrier, avec le même désir de rendre proches ceux qui ont vécu avant nous », Daniel Collet.

Quel est le point commun entre le dossier de Daniel Collet « Les Gabéricois aux XVIIe et XVIIIe siècles. Population, économie, société » éditée par l'association Arkae en décembre 2015, et la plaidoirie du jurisconsulte Pierre Hévin le 15 décembre 1693 au Parlement de Bretagne ?

Cette phrase du géographe Jean-Baptiste Ogée : « La paroisse relève du roi, à l'exception des trois à l'exception des trois villages de Kermorvan, de Kernechiron et Kerougan qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper ».

Les 31 pages inédites de Daniel Collet constituent une analyse contextuelle très intéressante des inventaires, registres et documents d'archives des deux siècles se terminant par la Révolution. L'inventaire de la population de 1790 y tient une place importante, mais aussi de nombreux documents de succession et autres aveux ou dénombrements, sans oublier le rôle de capitation du tiers-état de 1720.

À noter aussi qu'en pages intérieures et en annexe un lexique propose une définition des principaux termes anciens utilisés (notamment les types d’impôts et charges). Et, outre l'existence des familles nobles et le clergé paroissial, c'est surtout la diversité du tiers-état majoritaire, les « sans-voix », qui est analysée grâce aux archives.

Le sujet du deuxième ouvrage porte sur la ville de Quimper et la question de savoir si la cité peut être considérée dans sa globalité comme le fief de l'évêque et non du roi. Et dans les arguments épiscopaux défendus par Perre Hévin il y a le fait qu'au moins trois villages d'Ergué-Gabéric constituent une mouvance ancestrale du fief de l’Évêque, et que donc cette paroisse voisine de Quimper n'est pas assimilable à un simple « proche Fief du Roy ».

Dans ce jugement qui se conclut par un constat d'universalité du fief de l'évêque dans sa ville close de Quimper et ses remparts (par opposition au quartier extérieur de la « Terre-au-duc »), on peut noter les points suivants :

 
  • Le jurisconsulte Pierre Hévin peut être désinvolte, voir cinglant, vis-à-vis du sieur réformateur : « On lui répond qu'il debite sur ce point avec une hardiesse extrême, une fausseté manifeste et convaincuë par les titres mêmes du Roi  ».
  • Les trois villages gabéricois cités par le célèbre avocat sont Kermorvan, Kerougan (probablement Keranguéau) & Kernechriou ou Kernerpiriou (ou Coat-Piriou).
  • D'autres villages d'Ergué-Gabéric étaient détenus par l’évêque : « trois anciens comptes du revenu de l'Evêché des années 1459, 1509 et 1533 dans lesquels le Receveur se charge des rentes dûës dans cette Paroisse d'Ergué-Gabéric, et entr'autres sur ces mêmes Villages », ce qui est confirmé par la cartographie et analyses de Norbert Bernard en 1997.

En savoir plus  : « COLLET Daniel - Les Gabéricois aux XVIIe et XVIIIe siècles », « HÉVIN Pierre - Matières féodales et coustume de Bretagne » et « BERNARD Norbert - Etude topographique et historique des chemins d'Ergué-Gabéric au 16e siècle ».

[modifier] 4 Bulletin du renouveau hivernal

Billet du 08.01.2016 - « Le renouveau a toujours été d'abord un retour aux sources », Romain Gary (1914-1980), La Danse de Gengis Cohn.

Au menu de ce 32eme bulletin, tous les articles et billets du trimestre naturellement, avec ses quelques photos et facsimilés de documents d'archives :
1. Navigation sur les grandes cartes communales,
2. Succession et ribot de pierre du village de Kerveady,
3. Un Diogène bas-breton et philosophe stoïcien,
4. Epidémie de teigne aux écoles laïque et libre,
5. Enfance bafouée et abus sexuel à la Croix-Rouge,
6. Esquisses au crayon d’un artiste prolixe et fantasque,
7. Beauté et majesté de certains arbres historiques,
8. Guerre des mouteaux du moulin de Pennarun en 1749,
9. Transactions foncières de Nicolas Le Marié à Odet,
10. L’emprise des chasseurs du rallye de Saint-Guénolé,
11. Sommier de la Légion d’honneur du moulin du Faou,
12. Les deux renables et la loi du 28 ventôse de l’an 4.
13. Le conte de Noël du Korrigan du retable de Kerdévot.

Ce bulletin est bien fourni en cartes historiques, à l’occasion de la publication d’une carte I.G.N. au grand format et de la collection complète des 20 feuilles du cadastre napoléonien de 1834. Et la quatrième de couverture avec les personnages de la scène de nativité du retable de Kerdévot est un prétexte pour reprendre un joli conte de Noël avec comme personnage un sympathique korrigan.

Recevez aussi nos vœux renouvelés de « Bonne année » en breton grâce au tableau noir de l'instituteur Loïc Jadé : « BLOAVEZH MAT 2016 DAOU VIL HA C'HWEZEG » avec son H muet et T bref, sa mutation adoucissante sur MIL et un C'H grave, présent, citoyen et déterminé tout à la fois.

Enfin, il y a 2 ans, on avait évoqué un projet de publication d’un livre sur le village papetier d’Odet en partenariat avec l’association Arkae. Cela ne s’est pas fait, mais le projet entamé est à ce jour bien plus qu’une maquette inachevée.

 

Et en tablant désormais sur la perspective de plus de temps libre et moins de contrainte professionnelle, l’édition indépendante grandterrienne verra le jour en 2016-17, c’est promis !


Visionner et/ou télécharger le bulletin  : « Kannadig n° 32 Janvier 2016 ». Ce présent week-end, le bulletin sera imprimé, agrafé, plié, enveloppé, adressé, oblitéré et déposé dans la boite-à-lettres de quartier, et vous le recevrez mardi ou mercredi prochain.

[modifier] 5 Renables et loi du 28 ventôse

Billet du 31.12.2015 - « Dans les romans de Jane Austen et de Balzac, le fait que la rente annuelle apportée par un capital terrien soit égale à environ 5 % de la valeur de ce capital, ou bien encore que la valeur d’un capital corresponde à environ 20 années de rente, est une évidence » Thomas Piquetty

Thomas Piquetty, dans sa rétrospective historique « Le Capital du XXIe siècle », aurait pu également citer l'article 5 de la loi du 28 ventôse de l'an 4 : «  la valeur des biens sera fixée à raison de 22 fois le revenu, pour les terres labourables, prés, bois, vignes et dépendances, d'après les baux existants en 1790 ».

C'est en effet la règle qui a été appliquée dans l'acte d'estimation de certains biens fonciers confisqués à leurs propriétaires ecclésiastiques ou nobles, comme le moulin du Cleuziou/Cleuyou en 1796 :
Image:Right.gif « Total (des revenus annuels) : deux cent cinquante deux livres deux sols ci . . . . 252 lv 2 s»
Image:Right.gif « qui multiplié par 22 (comme la loy du vingt huit ventose dit ainsy) donne un capital de la somme de cinq mille cinq cent quarante six livres ci . . . . 5546 lv  »

Si l'on remonte dans le temps, soit cinq ans auparavant, on retrouve le nouveau meunier François Kerhoas prenant la suite de Sébastien Jézégabel aux conditions suivantes :

Image:Right.gif Il doit règler le prix de 1500 livres pour tous les équipements intérieurs (le grand fer, la meule dormante et la meule courante, la roue ou la pirouette, les cordes) ou extérieurs (les vannes d'amenée ou de fuite, les rigoles ou biefs, les chaussées), à savoir les « petit et grand renables »

  • à noter que « renabl » (plur. -où) est à l'origine un terme breton signifiant « inventaire ».

Image:Right.gif De même il accepte de payer la rente aux propriétaires nobles du moulin : « clauses, points et conditions auxquels il soit engagé envers Monsieur et Madame de Tinténiac », « le prix de chaque année est de deux cent quarante livres ».
Image:Right.gif Enfin le meunier du Cleuziou accepte aussi la contrainte de dépendre également d'une seigneurie supérieure, à savoir « les Régaires », l'administration temporelle du domaine foncier de l’évêque de Quimper.

 

On note aussi dans le rapport de 1796 l'état de l'amorce du bief, dite "chaussée" : « Inspection par nous fait égallement de la chossé du moulin en son côté du midy l'avons trouvé en très mauvais état et susceptible d'une réparation indispensable que nous estimons être de deux cens livres valeur fixe ».

Un peu ce qui s'est passé avant l'été 2015 : une rupture sur le barrage du Jet avait asséché le bief du moulin. Heureusement, pour une dépense équivalente aux 200 livres de 1796 (!), les services communaux ont pu réparer la brèche courant septembre.


En savoir plus : « 1791 - Subrogation du petit et grand renable du moulin du Cleuziou », « 1796 - Vente et procès verbal d'estimation du moulin du Cleuziou » et « La chaussée, le bief et l'eau du moulin du Cleuyou en 2015 »

Comment doit-on écrire « Bonne année » en breton ? Sur son tableau noir, Loïc Jadé instituteur à Plomeur, défend l'orthographe sur-unifiée « BLOAVEZH MAT » avec un H muet et un T bref. Et comment prononcer l'année 2016 avec le bon accent : une mutation adoucissante sur MIL et un C'H grave et déterminé à la fois, « DAOU VIL HA C'HWEZEG ! ».

[modifier] 6 Nedeleg laouen d'an holl !

Billet du 25.12.2015 - « Gant Nedeleg, 'hast an deiz paz ur c'hefeleg ; Gant deiz kentañ ar bloaz, paz ur was. » (Avec Noël le jour se rallonge d'un pas de bécasse ; Avec le premier jour de l'an c'est d'un pas d'oie)

À l'issue de l'atelier d'écriture de Dominique Lemaire en 2002 à Ergué-Gabéric, le texte produit commençait ainsi : « Au temps où la forêt n’était encore qu’une forêt, noire en novembre et claire en mai, vivait à Keranguéo, au lieu dit La Grotte aux Nains, un korrigan de bonne famille et d’excellente éducation. »

Et s'en suit une belle balade du petit korrigan au pays des chiffons et des paotred, puis en pleine féerie de Noël dans le supermarché du quartier du Rouillen, pour finir du côté de Kerdévot parmi les personnages de la Nativité de son retable flamand du 15e siècle :

« ... Il suivit la route qu’indiquait l'étoile qui brillait le plus fort et arriva bientôt à la chapelle de Kerdevot.

— Je crois que je touche au but, murmura-t-il dans la nuit. Deux grands boeufs blancs qui paissaient dans le pré acquiescèrent gravement en hochant la tête. Le Korrigan entra dans la chapelle, salua respectueusement les dames patronnes et vint prendre sa place dans le retable auprès de deux autres bergers.

— Bonsoir, dit-il

— Bonsoir, répondirent les deux autres. Comment tu es arrivé ici ?

—Je ne sais pas, dit le nouveau korrigan du retable, c’est une longue histoire, mais je ne suis pas certain d’avoir tout compris.

— Comme nous, dit un berger. Tu verras, on est bien ici. On a des fleurs et des fêtes. Les humains s’occupent bien de nous. Un jour, ils nous ont même amené la reine d’Angleterre pour qu’on la voie. Tu sais ce qu’elle a dit en entrant ?

— Splendid, but where is the castle ? fit le second berger en essayant de prendre l'accent british. Les trois éclatèrent de rire, mais une voix gronda au-dessus de leur tête.

— Taisez-vous les bergers, si vous nous faites repérer, on finira tous dans un musée.

— C’est qui ? souffla le korrigan.

— Lui, c’est Dieu le Père. Il habite au troisième. Il connaît bien les hommes, il a toujours peur qu’il y ait des problèmes avec eux. »

 

« — et Marie, Joseph, le petit Jésus, ils sont où ?

— Chut, firent ensemble les deux bergers. Maintenant, tu es une œuvre d’art.

— D’accord, chuchota le Korrigan de Keranguéo. Ce fut son dernier mot. »

En savoir plus sur cette belle histoire : « Le conte de Noël du Korrigan et du retable de Kerdévot »


Nota : Le prochain bulletin trimestriel Kannadig, le numéro 32, est en cours de préparation, et sera diffusé par les voies habituelles dans la première quinzaine de janvier 2016.

[modifier] 7 L'honneur du Moulin du Fou

Billet du 19.12.2015 - « Le 3 novembre 1806, je me suis transporté au moulin du Faou, situé commune d'Ergué-Gabéric affermé par bail ... sur la montrée dudit Evin fermier j'ai procédé comme suit l'évaluation en capital du dit moulin et dépendances n° 12 du sommier de la légion d'honneur. »

Voici l'histoire d'un moulin dont le nom a conservé le patronyme « du Fou » de ses détenteurs nobles du 15e siècle, été possédé par des Rohan-Guéméné et des Rohan-Chabot et accaparé par Napoléon dans le domaine de l'Ordre national de la Légion d'honneur.

En effet, le moulin dit « Meil-Faou » tient son nom des propriétaires historiques du fief de Kerjestin, la famille du Fou issue en juveigneurie des vicomtes du Faou et constituée des seigneurs de Rustéphan en Nizon. Le blason des du Fou, « d’azur à la fleur de lys d’or, sommée de deux éperviers affrontés d’argent becquetés et membrés d’or » est visible à la chapelle voisine de Kerdévot.

Avec le décès de Jean du Fou, en juin 1492, le domaine de Kerjestin passe dans les mains de sa fille Renée qui, mariée à Louis de Rohan, seigneur de Guéméné, transfére le bien à la famille de Rohan-Guéméné. Et la succession finira dans la branche des Guéméné-Chabot, princes de Léon, vicomtes de Porhoët, comtes de Jarnac et propriétaires du château de Josselin.

Dans le rentier de Kerjestin au 18e, on peut lire que le moulin est mis en bail de fermage en 1757 à un meunier et qu'il est décrit en 1775 par cette phrase « c'est une simple ferme ». En 1790 c'est un autre meunier, Louis Rospape (meunier à Briec et à Elliant) qui prend la relève du bail de Meil-Faou et on note dans les renables du moulin qu'il est fait mention de travaux à entreprendre : « la chaussée demande réparation ».

Les nouveaux documents publiés cette semaine donnent l'état des lieux, ainsi que les autres tenues du domaine de Kergestin ou Kerjestin (aujourd'hui Keristin), au moment où elles ont été intégrées dans le domaine agricole de l'Ordre de la Légion d'honneur. En effet à la Révolution, le seigneur noble Rohan-Chabot ayant émigré, ses biens sont acquis à la nation et intégrés dans le domaine créé par Napoléon Bonaparte en 1802. Cela veut dire que, de 1802 à 1807, les détenteurs-exploitants des lieux devaient payer une rente aux administrateurs de la cohorte régionale n° 13 pour financer cette institution impériale.

Le clos de "Meilh Faou" en 2013
Le clos de "Meilh Faou" en 2013

Le moulin sur la feuille du cadastre Napoléonien (1834)

En savoir plus : « 1806-1808 - Evaluation et vente du moulin du Faou », « 1802-1809 Le domaine gabéricois de l'Ordre national de la Légion d'honneur », « 1758-1791 - Rentier de la Seigneurie de Kerjestin des Rohan-Guéméné »

Nota: comme promis, presque toutes les feuilles cadastrales napoléoniennes ont été mises en ligne sur le site, il ne reste plus que 3 sur 20 à publier. La prochaine étape consistera à positionner sur ces cartes les villages en coordonnées x,y.

[modifier] 8 Emprise d'un rallye cynégétique

Billet du 12 décembre 2015 - « Serment - Le sieur Youinou, Corentin, a prêté serment à l'audience civile de mercredi dernier en qualité de garde particulier des propriétés louées par la société de chasse Rallye Saint-Guénolé ou lui appartenant et situées dans la commune d'Ergué-Gabéric.  »

En cours d'été 2015, Pierrick Chuto (*), l'infatigable « fureteur » de documents d'archives finistériennes, nous signale un petit encart dans le journal « L'action Libérale de Quimper » d'août 1905 sur la prestation de serment du garde particulier de la société « Rallye Saint-Guénolé ». On connaissait l'existence de cette société de chasse fondée en 1897, connue sous le nom « La Saint-Guénolé » et disposant de terres de chasse réservées autour de la chapelle St-Guénolé en Ergué-Gabéric.

Le terme « rallye » nous a intrigué dans un premier temps. On connaît aujourd'hui le mot sous la forme de rallye automobile. Mais auparavant on parlait de « rallye-papier » qui était un jeu équestre issu des chasses à courre. Mais le terme était utilisé aussi dans les années 1900 pour désigner tout simplement les sociétés de chasse dont les adhérents se regroupaient pour louer des terres et organiser leur sport favori.

En recherchant plus précisément dans les autres journaux d'époque, « Le Finistère » et « L'union Agricole », on découvre l'importance de cette société qui générait néanmoins quelques contestations :

  • en décembre 1902, deux chasseurs se font prendre par le garde sur des terres de ferme prétendues réservées aux sociétaires du rallye. La défense invoque la non inscription de cette ferme dans le giron de la société en se basant sur les « baux de chasse » et les publications dans les journaux.
  • en 1899, les « tenues » (terme à connotation médiévale) louées par le rallye sont extrêmement nombreuses sur le territoire gabéricois : 40 exploitations agricoles, le moulin de Pennarun et « la papeterie de l'Odet », toutes ces propriétés étant listées dans un encart avec une précision pour Squividan (parcelle Poher) et pour Sulvintin (parcelles Le Goff et Hostiou seulement).
  • avant 1898 c'est un gabéricois décédé en juillet à Keranroux qui était le président de la société sous sa forme d'origine : « M. Signour, ancien président de la société. M. Signour étant mort avant la formation légale de ladite société. »
  • en 1905 des républicains se rebellent contre l'emprise de la société de chasse par cet avertissement : « Chasse et Passage Interdits aux sociétaires du Rallye St-Guénolé sur les deux propriétés ... ». L'avis est signé par Louis Guyader (1842-1920), agriculteur au village du Squividan, et son voisin René Poher. Le combat de Louis Guyader contre les membres du Rallye Saint-Guénolé s'inscrit manifestement dans son combat contre les forces conservatrices de Quimper et ses environs.

En savoir plus : « Emprise communale du Rallye Saint-Guénolé, Le Finistère, Action Libérale et autres 1902-05 » et « 1897 - Homologation de la Société de chasse "La Saint-Guénolé" »


(*) : à noter sur vos tablettes, dimanche prochain 13 décembre à 16 heures à la MPT de Penhars (Le terrain blanc), Pierrick Chuto propose une conférence sur les enfants trouvés de l'hospice de Quimper.

[modifier] 9 Les grandes cartes communales

Billet du 6 décembre 2015 - « JavaScript est un langage de programmation de scripts principalement employé dans les pages web interactives mais aussi pour les serveurs. C’est un langage orienté objet à prototype et compatible avec la plupart des navigateurs web, y compris sur les mobiles. »

En 2010 on avait introduit une facilité de navigation sur les cartes gabéricoises de grand format, une possibilité à la « Google Maps » qui permet de zoomer et de se déplacer facilement dans toutes les directions.

On avait adopté le logiciel Zoomify qui n'avait que le seul défaut de ne fonctionner que sur les ordinateurs et d'afficher un message « logiciel Flash indisponible » sur les tablettes et les smartphones. Depuis, ces derniers, sous Android ou IOS, ont foisonné et rendent de plus en plus visite au site Grandterrier.

Il était temps de faire quelque chose, c'est-à-dire migrer nos fonds de carte sur la nouvelle version de Zoomify qui fonctionne désormais en environnement JavaScript :

  • Les boutons du Bandeau Z permettent de naviguer à l'intérieur de la carte.
  • Un simple glissement ou un clic dans la carte ou sur la vignette supérieure gauche sont aussi possibles.
  • Le mode plein écran permet de n'afficher que la carte en dehors de la page de l'article grandterrien.

Vous disposez notamment de ces facilités pour :

  • La toute première carte d'état-major,
  • Les deux très grandes photos aériennes de 1948 (avec positionnement des villages en hotspots)
  • Les sections scannées du parcellaire du cadastre Napoléonien de 1834.

Pour ces dernières, on disposait à ce jour de 7 « grandes feuilles » de section. Ce week-end on a mis en ligne 3 nouvelles feuilles et les 10 feuilles restantes seront publiées d'ici les fêtes de Noël.

Et enfin, on a ajouté le fond de carte IGN au 25.000 ci-contre, lequel permet de suivre l'évolution actuelle du paysage et de l'habitat par rapport aux plans cadastraux et aux clichés historiques.

On peut aussi consulter le Système d'Information Géographique de « Quimper communauté », mais par contre le S.I.G. quimpérois n'a pas encore migré son logiciel ArcGIS pour les tablettes et smartphones !

En savoir plus : « Cartes communales avec zoom et navigation assistée » et 3 nouvelles feuilles cadastrales « Cadastre 1834 - Section de Sulvintin - Feuille 2 », « Cadastre 1834 - Section du Squividan - Feuille 4 », « Cadastre 1834 - Section de St-André - Feuille 1 »

[modifier] 10 1822-52 création du site d'Odet

Billet du 29 novembre 2015 - Le site technologique actuel de l'entreprise Bolloré est au centre de la commune d'Ergué-Gabéric, rue Nicolas Le Marié, tout un symbole quand on sait que ce dernier est le fondateur historique en 1822 de l'entreprise familiale locale.

Un siècle après l'arrivée de Nicolas Le Marié sur le site d'Odet, l'abbé André-Fouet démarrait son discours commémoratif par cette évocation  : « ce printemps de l'année 1821, où un cavalier de vingt-quatre ans parcourait cette région plus déserte, plus chaotique, plus désolée alors que le Stangala ... Ce cavalier, c'était Nicolas Le Marié, à la recherche de l'emplacement propice pour s'établir. »

Mais les circonstances furent certainement moins poétiques et plus prosaïques, car il fallut procéder à l'acquisition du domaine foncier et de ses alentours.

En août 1821 Nicolas Le Marié habite Quimper dans la maison parentale « place Mauberc » (il y est né) et procède déjà à une transaction en tant que « marchand » et « Le Marié fils » (son père était marchand "fayencier") : il prête 384 francs et 60 centimes à un boucher contre droits à hypothèque sur plusieurs maisons quimpéroises.

En janvier 1822, il habite toujours Quimper et à proximité de son futur moulin à papier d'Odet il achète : « la moitié du lieu de Kerouguéau consistant dans tous les droits, maisons, terres, circonstances et dépendances en général, garnies de leurs issues, fonds, pailles et engrais de toutes espèces ». Ce domaine de Keronguéo passera plus tard en héritage de la famille Bolloré. Dans le document notarial on peut admirer cette magnifique signature qui dénote d'une énergie débordante.

En mars 1822, n'ayant pas encore élu domicile à Odet ou à Keronguéo, il fait l'acquisition « une petite portion de montagne terre froide dite Menez Pennanech et dépendant du lieu de Pennanech ... donnant ladite portion de montagne du midi sur le surplus de Ménez Pennanech, du levant sur la propriété du sr. Lemarié, du couchant sur la rivière d'Odet et du nord sur ruisseau de Kerouguéau appartenant à l'acquéreur, contenant sous fonds environ trente cinq ares soixante cinq centiares »

Si l'on fait l'hypothèse que le surplus de « Menez Pennanec'h » est la pente nord du village de Stang-Venn (non habité à l'époque) et que la propriété Le Marié est le village de Keronguéo, on peut supposer que l'acquisition est la partie nord du site d'Odet, voire peut-être le site du moulin d'Odet ...

En 1852 la papeterie est en pleine activité, une centaine d'ouvriers y travaillent. Mais l'heure est venue d'utiliser encore plus la force motrice de l'eau et de développer les futures machines machines à vapeur. Il achète donc « tous les droits qu'ils peuvent ou pourront avoir sur la partie fluide de la rivière de l'Odet », et surtout sur la rive droite de Briec, car du côté d'Ergué-Gabéric il est déjà propriétaire de presque tout le site. A l'est il fait l'acquisition de la « montage nommée Luzigou, à l'ouest de la garenne de Stang-Odet (le long de laquelle le descendant Gwenn-Aël Bolloré fera construire son musée océanographique), et en bien en amont de son usine, le « moulin à eau sur l'Odet nommé Meil Coat Piriou avec sa prairie, ses courtils et toutes ses dépendances » ...

En savoir plus : « 1821-1822 - Premières transactions foncières du marchand Nicolas Le Marié », « 1852 - Acquisitions à Odet et au moulin de Coat-Piriou par Nicolas Le Marié », et une petite bio : « Nicolas Le Marié (1797-1870), maire et entrepreneur »

[modifier] 11 La guerre des mouteaux de 1749

Billet du 22 novembre 2015 - «  La construction des moulins était règlementée ; en Bretagne, elle était interdite sur les domaines roturiers, il n'appartenait qu'aux nobles d'en construite sur des fonds nobles », Dictionnaire de l'Ancien Régime de Lucien Bély et Jean Gallet.

Les 71 pages retranscrites de nos quatre documents d'archives exhumés cette semaine ne disent pas le contraire : « on ne connait point en Bretagne d'autre droit de moulin que celuy qui est attaché à la mouvance dans son principe ».

Et en 1749 les histoires de mouvances dans notre commune de Basse-Bretagne pouvaient être très compliquées et faire l'objet de contestations relayées par des « mémoires » ou plaidoiries d'avocats au parlement de Bretagne à Rennes.

Les mouvances étaient les relations de dépendances d'inféodation entre deux fiefs ou domaines nobles. Et comme les fiefs d'Ergué-Gabéric ont été nombreux lors des siècles précédents, les mouvances ont souvent bougé et le seigneur supérieur a pu changer par rapport à la situation primitive.

Que se passe-t-il en 1749 ? Le Chevalier Geslin, seigneur du moulin de Pennanrun, situé sur son fief dépendant du roi, voudrait étendre l'usage de son moulin à certains domaniers du fief concurrent et voisin de Lezergué. Ces domaniers, « obligés de suivre ledit moulin », sont désignés sous le mot « moutaux », ou « arrières-moutaux » s'ils sont dans des villages plus distants du fief, parce qu'ils doivent payer le « droit de moutte » ou de « suite de moulin » aux seigneurs propriétaires du moulin respectant l'usement, le seigneur local inférieur Gilles-François de Geslin et le Roi en l’occurrence.

Dans les deux premiers documents de 1749, les avocats s'affrontent en se basant sur les nombreux documents historiques décrivant l'évolution des anciens fiefs nobles : Kergonan, Lezergué, Kerfors (ces trois domaines différents détenus au 18e siècle par la famille de La Marche) et celui de Pennarun (propriété du chevalier Geslin). Et ce dernier se base essentiellement sur le fait que, du temps de son propriétaire Guy Autret et de sa nièce Marguerite, le seigneur de Lezergué a été débouté à la Réformation du domaine royal en 1681 de son « droit de juridiction haute, basse et moyenne » et que donc toutes ses mouvances doivent être retirées des droits de suite du domaine de Lezergué-Kerfors-Kernaou.

Les plaidoiries donnent de nombreuses références d'articles des anciennes et nouvelles coutume, à l'usement « de la sénéchaussée de Quimper », appelé aussi « usement de Cornoüaïlles ». Et il est certain que la transcription précises et complète des textes n'a pas fini de produire des explications et analyses historiques.

Dans les deux derniers documents de 1752, ce sont les domaniers de trois villages qui sont assignés en justice par le Chevalier Geslin : « Pierre et Jean Ropars l'un domainier du lieu de Botgars et l'autre du lieu de Rûbernard, et François Hemon fermier du manoir de Mezanlez  ». La bataille juridique a lieu contre le seigneur Joseph Derval, seigneur de Kergoz et propriétaire du fief de de Mezanlez. Les fermiers qui ont préféré le moulin plus proche de leurs terres et ont refusé de porter leur blé à moudre à Pennarun, seront contraints d'obéir pendant les années suivantes, mais la Révolution de 1789 va changer la donne ...

En savoir plus : « 1749-1752 - Mémoires du sieur Chevalier Geslin pour son moulin de Pennanrun »

[modifier] 12 Esquisses au crayon à papier

Billet du 14 novembre 2015 - «  Mon oncle était très marginal, spécial à tout point de vue, très gentil ... Il avait la phobie des pièces de monnaie. Pour lui, elles étaient sales, il ne les touchait donc jamais... On lui rendait la monnaie dans du papier journal, il balançait ensuite les pièces dans sa voiture ; à nous de les ramasser. Il y avait de quoi acheter des kilos de bonbons !  », Alain Bruet, neveu de Charles Homualk.

Charles Homualk (1909-1996) était un artiste prolixe et fantasque, connu comme peintre et illustrateur de cartes postales, avec ses séries colorées sur toutes les régions de France.

Mais, de par ses origines nantaises, c'est surtout la Bretagne qu'il a croquée, et il a, en 1995, fait don au Conservatoire Régional de la Carte Postale de Baud (Morbihan) de plus de 6000 dessins originaux.

Et parmi ces dessins publiés sur le portail Internet cartolis.org, 15 croquis ont été identifiés et localisés dans la commune d'Ergué-Gabéric :
Image:Right.gif un beau croquis de l'église paroissiale mettant en valeur les murs de pierre.
Image:Right.gif l'intérieur de l'ossuaire St-Guinal avec ses ossements pêle-mêle à terre.
Image:Right.gif les deux belles portes monumentales du presbytère en bas de l'église.
Image:Right.gif le calvaire de Kergaradec sur le chemin d'Ergué-Gabéric à Kerdévot.
Image:Right.gif la belle fontaine de Kerdévot, avec en son creux une statuette de tête de madone.
Image:Right.gif un magnifique dessin de la chapelle de Kerdévot avec son calvaire et la sacristie, et un chêne au premier plan.
Image:Right.gif le vieux chêne de Kerdévot, avec la précision de ses branches entrelacées. Cet arbre qui inspirait cette réflexion à Josig Huitric de Penn-Carn : « j'ai le souvenir d'un beau chêne creux et très vieux, très près de la chapelle, qui m'impressionnait ... Ma mère me disait que des enfants termajis y étaient cachés ».

Nota : cette dernière évocation nous incite à lancer l'idée d'un recensement des arbres les plus remarquables de la commune, témoins du passé et garants d'un futur durable. Pour l'instant on a rassemblé quelques explications et photos autour du placître de Kerdévot, du bois de l'usine d'Odet (avec un chêne également, mais aussi des séquoias géants), et enfin du très beau parc arboisé du manoir du Cleuyou (avec cèdres et un if majestueux).

En savoir plus : « Les esquisses gabéricoises de l'artiste nantais Charles Homualk »,
« La beauté et majesté de certains arbres plantés à Ergué-Gabéric »

[modifier] 13 Enfance bafouée et abus sexuel

Billet du 08 novembre 2015 - «  Cour impériale de Rennes. Département du Finistère. Arrondissement de Quimper. Le ministère public contre Mathurin H., prévenu d'Attentat à la Pudeur. Chambre d'accusation. Entré au Parquet du 19 novembre 1860.  »

Le titre de l'article est inspiré de l'ouvrage inédit de recherche d'Isabelle Le Boulanger publié en avril 2015 aux Presses Universitaires de Rennes : « Enfance bafouée. La société rurale bretonne face aux abus sexuels du XIXe siècle », dans lequel sont passés au peigne fin 349 dossiers de procédures. Parmi celles-ci l'affaire de Mathurin H., âgé de 21 ans en 1860, maréchal-ferrant, violeur repentant d'une petite fille de 7 ans.

À la lecture du dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère, on a l'impression de découvrir une véritable pièce de théâtre d'une époque heureusement révolue où ce qu'on appelait « attentat à la pudeur » serait aujourd'hui qualifié de pédophilie.

Le scénario décrit un univers un peu sombre :
Image:Right.gif Ruralité : la scène se passe dans un univers marqué par une activité agricole dominante et des métiers d'artisans (maréchal, tailleur d'habit, cabaretière) ...
Image:Right.gif Langue : la langue parlée est le breton et la population ne comprend, ni ne parle le français. Pour tous les interrogatoires la justice passe par un « interprète de la langue bretonne, domicilié de Quimper, lequel a prêté entre nos mains le serment de traduire fidèlement les discours à transmettre entre ceux qui parlent des langages différents ».
Image:Right.gif Religion : l'inculpé est occupé à faire la quête pour le compte de son père qui est « bedeau », c'est-à-dire fabricien, de la chapelle de Kerdévot ...
Image:Right.gif Protection maternelle : comme l'a noté Isabelle Le Boulanger dans son livre, devant les pleurs de sa fille, la mère est attentive aux effets psychologiques, mais ne cherche pas à savoir s'il y a eu pénétration et déchirure de l'hymen ...
Image:Right.gif Médecine : un médecin est dépêché chez la victime sept jours après les faits. Il se trouve que ce docteur en médecine n'est autre que Jean-René Bolloré, qui n'a pas encore pris la succession de son oncle papetier à Odet ...
Image:Right.gif Justice : on peut être surpris de la façon dont les interrogatoires insistent sur le fait que « l'enfant répondit que l'individu ne lui avait pas fait mal. », les faits étant par ailleurs : « il me releva mes jupes, déboutonna son pantalon et en sortit ce avec quoi il pisse et enfin me le mit dans le corps ». La sentence finale est une « peine de deux années d'emprisonnement par corps ».

À lire : « 1860 - Enfance bafouée et abus sexuel dans un fossé de la Croix Rouge », « LE BOULANGER Isabelle - Enfance bafouée »

[modifier] 14 Le ribot de terre de Kerveady

«  Vente publique servant d'invantaire attendu la modicitté des meubles cy-après resté après le décès de Janne Le Jolly veuve de deffunt Guillaume Le Balch décédé au village de Kerveady en la paroisse d'Ergué Gabéric », dossier de succession de Guillaume Le Balc'h et de sa veuve Janne Jolly.

Billet du 18 octobre 2015
Billet du 18 octobre 2015

Les biens décrits et estimés dans ces 5 documents conservés aux Archives Départementales dénotent une extrême pauvreté et fournissent une liste de référence des objets usuels d'une famille de journaliers du 18e siècle.

Ce couple habitait l'une des petites maisons qui composaient le village de Kerveady au 18e siècle. Le recensement de 1790 dénombre 5 familles entières dont les chefs de famille étaient respectivement un agriculteur, un métayer et trois journaliers. Guillaume Le Bach et Jeanne Joly tous les deux d'Ergué-Gabéric, nés respectivement en 1682 et 1693, étaient de modestes journaliers.

Lorsqu'ils décèdent, en 1732 pour Guillaume Le Balch, en 1743 pour sa veuve, l'inventaire des biens, leur partage et vente sont bannis, c'est-à-dire annoncés par un crieur « à l'issue de la grande messe, et aux chapelles de Notre dame de Kerdévot et de St-André », comme cela se faisait habituellement.

Le montant estimé des biens lors du premier décès, composés des meubles, vêtements et objets agricoles, se monte à 90 livres. S'il l'on convertit la livre de 1732 en euro d'aujourd'hui, on utilise généralement un facteur multiplicateur entre 7 et 15 en moyenne. Les 90 livres de la succession ne font donc que 700 à 1400 euros. L'ensemble sera divisé en deux lotties, l'une de 51 livres au bénéfice de la veuve, l'autre de 39 dont le montant de la vente sera remis au tuteur des enfants mineurs. Tous les biens sont estimés précisément en livres, sols et deniers, et on note de nombreux prix à 10 sols (environ 5 euros). Et la gymnastique de conversion (20 sols pour une livre, 12 deniers pour un sol) est appliquée dans le décompte lorsque le commis du greffe transcrit des montants exprimés en chiffres : ainsi 18 deniers font 1 sol et 6 deniers, et 25 sols correspondent à 1 livre et 5 sols.

Les objets incontournables dans les documents d'inventaire et de ventes de Kerveady sont :

Image:Right.gif La petite baratte servant à préparer manuellement le beurre, est désignée sous le vieux terme français « ribot ». Loin de la baratte horizontale avec manivelle qui va apparaître au 19e siècle, il s'agit ici d'un haut récipient dans lequel on plongeait un bâton. Comme il est précisé « ribot de terre et son baton », on apprend que le ribot n'était pas en bois, mais en « terre » de poterie.

Image:Right.gif La vache « garre jaune », vache laitière de 5 ans, et son prix de 22 livres : 6 fois moins chère qu'en 2015 ... Image:Right.gif Une table « coulante » et le lit clos ... Image:Right.gif Les « six cuillières de bois » ... Image:Right.gif Les « rouelles d'une charue » et le « crocq à fembroix » ...

En savoir plus : « 1732-1743 - Succession de Guillaume Le Balch et Jeanne Joly de Kerveady »

[modifier] 15 Kannadig aux couleurs de l'automne

«  Memorioù ar re gozh hag istor ar barrez an Erge-Vras, e bro c’hlazig, e Breizh-Izel», Histoire et mémoires d’Ergué-Gabéric, en pays glazik.

Ça y est ! Il est sorti ce numéro automnal. Voici son sommaire, avec ses huit pages supplémentaires par rapport au précédent (on passe de 34 à 42 pages numérotées) :
1. La bombarde de Matin an Dall à Lann-Bihoué,
2. Une belle chaumière en son placître champêtre,
3. Mae Kergoat-Guéguen, contremaitresse de papeterie,
4. La fontaine de Kerdévot à la Grande Vigne,
5. Brèche dans la chaussée du moulin du Cleuyou,
6. Enfeu noble, arche et voûte de l’église St-Guinal,
7. Partition et paroles du cantique de Kerdévot,
8. Des instits des écoles de Lestonan en 1945-55,
9. Cartes Villard et indulgences du pardon de Kerdévot,
10. Le témoignage d’Henriette sur la guerre des écoles,
11. Mélanges et vente en 1811 du manoir du Cleuziou,
12. Les défenseurs du site naturel du Stangala en 1929.

La dernière page contient une perle, en l’occurrence un texte poétique de l’écrivain Max Jabob dans une lettre à un ami : « Donnez-moi le reflet des paysages chéris par mon enfance ardente, le reflet du très aimé pays breton, le val de Stangala où nous avons couru pieds nus dans les champs nouvellement moissonnés, dans les fougères en forêts minuscules, les cerisiers, les pommiers sauvages; les aubépines, les coudriers formant des îles limoneuses au milieu du torrent verdoyant ».

A notre grande surprise, cette citation est connue sous une forme légèrement tronquée : habituellement, pour décrire une Bretagne évanescente, « le val de Stangala » est remplacé par trois points de suspension menteurs et trompeurs. Réhabilitons le texte originel de Max Jacob et redonnons à ce site naturel protégé du Stangala sa légitimité éternelle !

Autres nouveautés : Hormis la pagination en augmentation, on a essayé d'aérer la page de couverture et son dos, et on s'est forcé de mieux mettre en valeur les photos en pages intérieures. Et aussi important, on a trouvé la technique pour agrafer exactement sur la pliure, ceci rendant le feuilletage plus aisé ... Sur le site GrandTerrier, notez aussi que notre .bzh est entré dans l'indexation Google depuis quelques semaines. Et comme de plus en plus d'internautes utilisent des tablettes pour se connecter au GrandTerrier, nos outils spéciaux écrits en Flash comme les lecteurs audio ou vidéo sont en cours de migration pour une compatibilité Android.

Lire et imprimer le bulletin : « Kannadig n° 31 Octobre 2015 »

[modifier] 16 Le Stangala, site naturel protégé

« Le Stangala, disent les guides de Bretagne, est une vallée encaissée, sauvage et grandiose, au milieu de laquelle l'Odet coule entre les rochers.
C'est un des endroits des plus pittoresques et des plus sauvages de la Bretagne dont la visite est recommandée aux touristes
 », Dépêche de Brest 1928

On savait déjà, à la lecture des journaux locaux, que le projet du barrage électrique au Stangala avait fait l'objet de protestation des journalistes, politiques et notables quimpérois, surtout pour des raisons de défense du lieu touristique et de la pêche. Mais ce qui est moins connu, c'est la forte implication de l'industriel René Bolloré et des riverains, ce que l'on sait aujourd'hui grâce à un dossier inédit de plus de 100 documents d'archives.

Dès janvier 1929 le papetier formalise ses arguments auprès des municipalités d'Ergué-Gabéric et de Briec : « je proteste contre l'exécution de l'établissement d'un barrage dans le Stangala sur la rivière "l'Odet" ... ». Et René Bolloré évoque même des considérations d'hygiène publique : « sans compter qu'un si grand étang ou lac près de mon usine et de mes habitations ouvrières peut donner d'humidité et peut-être même des épidémies ».

Il écrit aussi : « pour donner satisfaction à l'Administration des Eaux et Forêts à la suite d'un rapport des Ponts et Chaussées, j'ai dû acheter ces terrains fort chers et dépenser une forte somme pour y amener les eaux résiduaires et construire des bassins de décantation ».

Ces travaux font suite au contrôle de 1919 par les services des Ponts et Chaussées tel que détaillé dans les documents ci-dessous. On y trouve donc l'engagement de René Bolloré de procéder à la construction de nouveaux bassins : « Le projet qu'on nous a montré comporte la construction de bassin de décantation (système Desrumeaux) occupant une surface d'au moins 1.400 m2. Ces bassins seront divisés en compartiments par des cloisons disposés en chicane. Avant leur sortie, les eaux auront eu le temps de déposer toutes leurs impuretés ». Lors de la première visite, l'autre point d'anomalie relevée est relatif au niveau légal du déversoir de Coat-Piriou ...

En février 1929, René Bolloré écrit à tout le monde, aux maires, au préfet, au ministre des Beaux-Arts, au président des Sociétés des Pêcheurs du Finistère, à Charles de Poulpiquet, à la Chambre de Commerce, et bien sûr à Sud-Finistère Électrique, filiale de la compagnie Lebon, ce malgré l'opération chirurgicale qu'il vient de subir : « Je regrette de ne pouvoir me déplacer actuellement, mais je suis au lit avec une crise d'appendicite ».

Il incite également les riverains du Stangala à rédiger et signer une pétition, avec une insistance sur leurs statuts de père de familles nombreuses habitant de modestes penntis : «  ces exploitations privées de fourrages et pâturages ne pourront plus nous fournir le lait et le beurre nécessaires et indispensables à nos familles nombreuses, ni continuer leur élevage ». Même le maire d'Ergué-Gabéric met par écrit son désaccord sur le projet du barrage, bien qu'exprimant le souhait que l'usine hydraulique soit installée en aval plus près de Quimper : « dans ce cas, le département du Finistère et surtout ma commune devraient obtenir une diminution très appréciable du prix du courant électrique ». Au bout de ces protestations unanimes, relayées par les journaux, il y aura le décret du 6 juillet 1929 qui déclare l'éperon de Grifonnez « site naturel classé ».

En savoir plus : « 1929-1930 - Le combat de René Bolloré contre le barrage du Stangala », « 1919 - Déversoir et bassins de décantations de la papeterie d'Odet »,« Journal des Débats et journaux régionaux 1928-29 », « Le site naturel protégé du Stangala »

[modifier] 17 Mélanges et jardin du Cleuyou

« Mélanges : tradition universitaire, recueil collectif d’articles offerts à un maître par ses collègues et amis à l'occasion d'un évènement exceptionnel »

La belle et grande fête du 2 août 2015 au manoir du Cleuyou n'a pas fait l'objet d'articles dans les journaux locaux, car c'était un évènement privé. Néanmoins on peut dire qu'un livret « Mélanges pour les restaurateurs du Cleuyou » y a été présenté, rassemblant tous les articles publiés sur le site GrandTerrier.bzh depuis la sortie du livre « Le Manoir du Cleuyou, l'histoire d'un bâtiment » de Werner et Ursula Preissing.

Et parmi ces articles, la présentation d'un document inédit de 1811 communiqué par Michel Le Guay et non encore publié sur le site. En quête du document permettant de comprendre la transmission de la propriété du manoir après la Révolution, Michel a eu la main heureuse en trouvant ces 8 feuillets aux Archives Départementales du Finistère dans le fond notarial de l’étude Le Bescond sous la cote 4 E 219/61. Et donc de résoudre l’énigme du maillon manquant après les citoyennes Merpaut-Mellez à la Révolution, en l’occurrence le riche négociant quimpérois Vincent Mermet qui transmettra plus tard la propriété à sa fille Cécile et son gendre Guillaume Le Guay.

On y apprend un certain nombre de choses sur l’état du manoir et l’importance du domaine : Image:Right.gif La description de l’expertise des Biens Nationaux de 1794 y est confirmée : « le manoir du Cleuziou, cour close, écurie en dedans et en dehors, remise, four, colombier, aires, courtils, deux jardinets, terres chaudes et froides, prés et prairies, avec un parc terre chaude détaché de Kerampensal », avec donc y compris le colombier qui a disparu. Image:Right.gif Le moulin du Cleuyou ... Image:Right.gif La chapelle de Sainte Apolline ... Image:Right.gif Le moulin de Coutilly ...

La demoiselle Merpaut habitait le manoir et cultivait son jardin : « les légumes qu’elle pourrait avoir dans ses jardinets et champs qu’elle sera libre de vendre à la sortie à qui bon lui semblera ».

À lire : « 1811 - Vente du manoir du Cleuziou et dépendances »

À noter que déjà en 1697 on cultivait des légumes au Cleuyou. On le sait grâce à un document de palmage communiqué par Daniel Collet, documentaliste professionnel et historien. Le contrat décrit précisément le verger avec ses poiriers, cerisiers, pruniers, pêchers et abricotiers, ainsi que le potager avec ses asperges et artichauts : « les huit planches d'asperges faisant un carré du jardin et un carré d'artichauts ». A quoi ressemblait l’artichaut breton cultivé au Cleuyou en 1697 ? Sans doute était-il plus petit et différent du « camus de Bretagne » créé en 1810 par un agronome parisien et planté aujourd’hui dans le Nord-Finistère. Dans le document on note aussi la présence d'une vache « Garnoir », ancêtre de nos « pie-noir » (un seul e et sans s !).

En savoir plus : « 1697 - Contrat de palmage au Cleuyou par Rolland Le Gubaer »

[modifier] 18 Le pardon de Kerdévot en 1915

« Le samedi, à 4 h. du soir, premières vêpres ; procession et bénédiction du T. Saint-Sacrement. Avant et après les vêpres, jusqu'à 6 h. 1/2, les confesseurs se tiendront à la disposition des pèlerins. Le dimanche, à partir de 5h du matin, les messes se succèderont jusqu'à la grand'messe ... »

Au programme de ce week-end de rentrée 2015, il y a bien sûr le fameux pardon de Kerdévot. À cette occasion on se devait de compléter la collection des 6 cartes postales du photographe Joseph-Marie Villard présentant ce lieu saint au début du siècle dernier.

La toute dernière trouvée est la n° 6733 avec un affranchissement et une « circulation » en juin 1916. Le destinataire est un dénommé P. Luyss, demeurant à St-Donnat sur l'Herbasse, président de la « Ste Cécile ». Était-ce une association locale de la Drôme, ou une institution nationale ou régionale ? On peut penser soit à une association de protection d'une chapelle dédiée à la sainte, soit à une chorale ou ensemble instrumental, car sainte Cécile est la patronne des musiciens et des musiciennes.

En tous cas, en ces années-là, pendant la Grande Guerre, l'assistance au pardon était sans doute très clairsemée, car les hommes étaient au front. Dans les journaux d'époque on sent bien que l'esprit n'était pas vraiment à la fête. En 1915 on note seulement la présence annoncée d'un chanoine et de l'économe du Grand Séminaire pour assister les prêtres en charge des confessions, et en 1916 aucune autorité diocésaine n'est présente.

Par contre les pèlerins sont quand même invités à venir faire pénitence lors des nombreux offices : pas moins d'une dizaine de messes (dont six le dimanche de 5 heures du matin à 10h), deux vêpres (dont une solennelle), trois processions, deux « bénédictions du Très Saint-Sacrement », et bien sûr les confessions individuelles pour le pardon des pêchés. Et le summum du pardon est donc ce cadeau fait aux pèlerins : « Une indulgence plénière, applicable aux âmes du purgatoire, peut être gagnée (aux conditions ordinaires) ». Nous avons enquêté sur le sens de cette formulation mystérieuse et sur la signification de cette pratique d'indulgences ...

En savoir plus : « Cartes postales Villard - Chapelle et pardon de Kerdévot » et « L'indulgence plénière du pardon de Kerdévot, Le Progrès du Finistère 1915-16 »

[modifier] 19 La bombarde de Matilin an dall

« Me eo Matilin an dall, Ar Bombarder laouen [...] Bet on e Pariz un devez O seni dirag an Roue [...] », chanson du joyeux bombardier, abbé Quéré.

Dans un livre récent publié en juillet dernier par les « Éditions Mémoires vives », Louis Caradec qui était matelot électricien sur la base de Lann-Bihoué en 1952 nous raconte l'histoire du bagad créé par son patron de l'époque, le gabéricois Pierre Roumégou, grâce à ses anecdotes et photos inédites.

Et notamment le premier jour de la formation : « Le patron électricien de la base à cette époque est Pierre Roumégou d'Ergué-Gabéric. Son accent breton est célèbre dans la base. Sa mission principale est de faire l'inventaire de l'éclairage des pistes ... Nous savions tous qu'il était un peu farceur et qu'il aimait beaucoup la musique. "Je suis bombardier depuis mes treize ans" disait-il avec son sourire dont il ne se départissait jamais ... C'est au bar du poste des maîtres que notre patron découvre dans la poche d'un visiteur une bombarde, dont il n'a pas joué depuis des lustres ... Il monte sur table, à défaut de barrique, et se met à jouer de son instrument préféré, entraînant du même coup toute la salle à manger dans une gavotte effrénée. "Comme Matilin an Dall" nous dira-t-il le lendemain à la centrale électrique. »

Matilin an Dall, Mathurin l'aveugle en français, Mathurin François Furic à l'État-civil, est un sonneur de bombarde, né à Quimperlé en 1789 et mort en cette même ville en 1859. Sonneur d'exception, devenu aveugle très jeune, il a connu un destin hors du commun, jusqu'à entrer dans la légende de la musique bretonne. Il sera même invité pour jouer aux Tuileries devant le roi Louis-Philippe Ier, et par la suite également devant Napoléon III en visite à Quimper en 1858.

L'auteur évoque ensuite les grands voyages de « l'époque Roumégou », avec de nombreuses photos amateurs incroyables du bagad en représentation : 1953, grande tournée aux Etats-Unis, New York, défilé dans Rockefeller Center, Norfolk Virginie, Fort-de-France, Casablanca, Genève. 1958-1959, Monsieur Chaban-Delmas félicite le maître principal Roumégou à l'école de Santé navale de Bordeaux. s'ensuit une tournée dans les pays nordiques. 1961, Plymouth en Grande-Bretagne et concert à la salle Pleyel à Paris. « C'étaient les premiers pas du bagad de Lann-Bihoué ! Pierre Roumégou venait de donner le signe de départ d'une longue et belle histoire ... »

En savoir plus : « CARADEC Louis - Le bagad de Lann-Bihoué »

[modifier] 20 Instits de Lestonan en 1945-55

« L'espace des Instits » : de nouveaux articles, mémoires d'écoliers, photos de classe qui attendent votre visite, participation et peut-être contribution.

Tout d'abord qui ne connait pas Madame Jeanine : « Au départ, quand je suis arrivée à l'école en 1955, en même temps que Renée Bataille, on aurait du m'appeler "Mademoiselle Floc'h" de mon nom de jeune fille. Mais Renée a eu peur qu'on se moque d'elle et a proposé qu'on soit "Mademoiselle Renée" et "Mademoiselle Jeanine", ce qui m'allait très bien. Et quand je me suis mariée, pourquoi changer en "Madame Huitric" ? Et ainsi on m'a appelée "Madame Jeanine" toutes ces années, et encore aujourd'hui. »

Voici sa classe de 1956 de la maternelle Ste-Marie : 41 bambins aux bras croisés, très sages, qui ont entre 3 ans et 6 ans, ce qui veut dire qu'ils sont nés entre 1950 et 1953. Et Jeanine se souvient de ses collègues, religieuses ou non, qu'elle a côtoyées pendant 36 ans, et ressort ses photos kodak avec grande émotion.

En savoir plus : « Jeanine Huitric, née Floc'h, institutrice de 1955 à 1991 »

Ensuite le témoignage d'un prof de lettre, fils d'instituteurs, qui fit un passage à l'école publique de Lestonan de 1945 à 1947 : « une école à trois classes, avec deux cours et deux jardins derrière la maison de la directrice (ndlr: Francine Lazou) qui avait un piano dans son salon ... Mon père eut la classe des "grands" qu'il devait préparer un peu à l'examen d'entrée en Sixième et surtout, bien sûr, au Certificat d'Études. À grand renfort de dictées et de problèmes, il le faisait résolument, sans état d'âme. Pendant les récréations, il menait avec la même fougue les matches de foot de ses élèves, tandis que ma mère veillait sur les petits dans l'autre cour. »

Et l'écolier évoque ses souvenirs papetiers et bucoliques : « J'eus dans la cour de récréation et les préaux déserts du jeudi des camarades de jeu ou de lecture dont les pères travaillaient à l'usine Bolloré ("O.C.B.") nichée un peu plus bas, au bord de la rivière. Cette rivière c'était l'Odet, où je vois encore toute une école, instituteurs en tête, descendre par un bel après-midi d'été jouer dans la prairie et barboter dans les eaux fraîches. »

En savoir plus : « LE COZ Jacques - Mes années quarante », « M. Le Coz et son épouse, instituteurs à Lestonan en 1945 »

[modifier] 21 Partition et paroles de cantique

« Diskan : Mamm Doue, o Gwerhez Gwelit hor harantez ... I. Kanom a vouez uhel Mari, Mamm Doue Ni oll e Breiz-Izel Zo he Bugale.  »

Le cantique de Kerdévot, tel qu'il est toujours chanté avec ferveur à Ergué-Gabéric, n'a pas l'ancienneté de son prédécesseur, celui composé en 1712 ; mais, comme support de la tradition de nos anciens, le cantique actuel mérite assurément de figurer au registre du patrimoine communal.

L'air du cantique de Kerdévot est une reprise d'un grand classique des chants dédiés à la Vierge Marie, composé par l'abbé Hippolyte Boutin (1849-1946) en fin du 19e siècle. Le refrain de ce cantique de l'église française était en langue latine : « Laudate, laudate, laudate Mariam. (bis) ». Et le premier couplet : « O Vierge Marie, Entends près de Dieu. Ton peuple qui prie : Exauce ses vœux ». Au début du 20e siècle, le cantique était connu dans la France entière par tous les catholiques qui l'utilisaient systématiquement pour le culte marial.

À la même époque, Jean-Marie Salaün (1831-1885), éditeur de musique à Quimper, proposa une version bretonne de la Laudate Mariam, qui devint un succès des pardons bretons dédiés à la Vierge Marie mère de Dieu (« Mamm Doue, o Gwerhez »).

Le texte breton de la version « Intron Varia Kerdevot » est différent, car très localisé :
Image:Right.gif « Kerdevot zo brudet / Dre oll vro Gerne » (Kerdévot est célèbre dans toute la Cornouaille).
Image:Right.gif « Kristenien an Ergue / Ho pedo bepred / Da vired o ene / O Gwerhez karet. » (Les chrétiens d'Ergué ...).

Une tentative de traduction en français du refrain et des six complets est proposée dans l'article détaillé. Ainsi que trois enregistrements sonores à écouter (si vous en disposez d'autres, n'hésitez pas à nous les envoyer, et toutes les anecdotes sur les circonstances de son interprétation seront les bienvenues) :

Au sommaire :

Image:Right.gif A. Version chantée accompagnée à l'orgue historique Dallam (02:02)

Image:Right.gif B. Air chanté uniquement joué à la flute traversière (00:28)

Image:Right.gif C. Partition complète toutes voix à la flute traversière (00:28)

 
En savoir plus : « Origine du cantique populaire "Intron Varia Kerdevot" (fin du 19e siècle) » Billet du 22.08.2015

[modifier] 22 Tombe enlevée, arche et voûte

« Enfeu, s.m. : ancien substantif déverbal de enfouir ; niche à fond plat, pratiquée dans un édifice religieux et destinée à recevoir, avant la Révolution française, la sépulture d'un seigneur du pays », Dictionnaire des Trésors de la Langue Française

Il y a quelques jours, une gabéricoise - elle se reconnaitra en tant que lectrice assidue du billet ! - se désolait de ne pas savoir qui était enterré dans son église paroissiale dans une tombe placée dans le mur de l'édifice religieux.

En fait, rien d'étonnant, car cet élément très ancien du patrimoine communal n'a jamais été présenté comme il se doit par les mémorialistes. Seul Norbert Bernard (historien-paléographe qui a apporté beaucoup au patrimoine et à l'histoire communale) a recherché les mentions de ses origines dans les archives locales, départementales et ducales.

Et pourtant cette tombe est mentionnée dès l'an 1504 et atteste des prééminences d'une seigneurie locale. La famille noble des Kerfors, en l’occurrence Caznevet et son fils Charles, disposait d'une « tombe enlevée (=surélevée), arche et voûte, en l'ayle de l'endroict du cueur », ceci à proximité de la « tombe basse et placée sur terre ayant une pierre tombale au dessus » des Liziart.

Et sur cette tombe il y a six blasons familiaux, dont deux ont des motifs conservés, avec en partie « senestre » (gauche) le mi-parti du fameux cor de chasse ou « greslier » de couleur azur des Kerfors du 15e au 17e siècle, et en partie « dextre » (droite) des armes de familles en alliance non encore identifiées.

Le premier document officiel mentionnant l'enfeu des Kerfors est un acte prônal du 15 décembre 1503 établissant le droit au seigneur de Kerfors à disposer d'une tombe « du cotté de l'eppittre » (c'est-à-dire à droite face à l'autel)) à l'église Saint-Guinal. Cet acte est mentionné à la succession du recteur Jean Edy en 1748 en ces termes : « Deux autres pronneaux de pareil idiome portant confection de tombe en l'église paroissialle du cotté de l'eppittre à François Liziart François de Kergonan et à Charles Kerfors sieur dudit lieu datté des 16 septembre 1496 et 15 décembre 1504. »

Cette interrogation nous permet aujourd'hui de compléter le travail de Norbert (en publiant notamment l'inventaire des documents d'archives, lettres et contrat de Jean Edy), et en replongeant dans la généalogie des Kerfors et les conditions de transmission du domaine de Kerfors à la famille de La Marche.

En savoir plus : « Le tombeau enfeu noble des Kerfors à l'église St-Guinal », « 1748 - Inventaire des documents anciens détenus par le recteur Jean Edy », « Les Kerfors, dudit lieu, nobles du 15e au 17e siècle », « Les de La Marche, nobles de Kerfort et de Lezergué, 17e-18e siècles » Billet du 16.08.2015

[modifier] 23 Brèche en Chaussée du Cleuyou

« Chaussée, s.f. : barrage, ouvrage maçonné submersible en travers du cours d’eau, avec une partie supérieure appelée déversoir. Il permet l’amenée de l’eau de la rivière vers le moulin », Association des Riverains des rivières et cours d’eau de France

En ce début d'été 2015, une brèche a changé le cours de la rivière du Jet, asséchant le bief d'amenée du Cleuyou, et privant de son eau le moulin magnifiquement restauré. Les voisins du barrage et du début du bief sont unanimes : « C'est la première année que le bief est à sec et que l'eau de la rivière se détourne de son cours à cet endroit ».

En effet, sur la berge sud, l'eau a profité qu'un arbre tombe, pour s’engouffrer en creusant une dérivation dans une prairie d'Ergué-Armel, et en laissant un fort courant suivre le lit naturel du Jet. Par conséquent le cours parallèle, sur la rive nord, côté Ergué-Gabéric, à l'entrée du bief du Cleuyou, est à sec.

En terme de législation, de tout temps, les propriétaires de moulin ont bénéficié d'un « droit d’eau » pour exploiter la force motrice de l’eau et conserver l'eau dans leurs biefs. On distingue deux catégories de moulins pour instruire les dossiers litigieux : le droit fondé « en titre », quand l’ouvrage est antérieur à la Révolution de 1789, et le droit fondé « sur titre », établi après 1790 (loi du 20 août 1790 qui abolit les droits féodaux) selon la circulaire ministérielle du 23 octobre 1851.

Le manoir du Cleuyou rentre dans la première catégorie car la preuve de l’existence du moulin et de son droit d’eau associé est établie depuis au moins 1566. Dans l'« aveu » de Guillaume de Rubiern, sieur du Cleuziou, et tous les documents similaires du 17e siècle, la description du moulin englobe même le barrage, appelée « chaussée », sur la rivière : « Item, le moulin noble, o son destroit, byé, chaussé ». Cette chaussée est également mentionnée en 1794 en pleine période révolutionnaire.

Aujourd'hui le barrage n'est plus une propriété privée, mais publique et en ligne de partage entre deux communes. Cela devrait encourager tous les élus à faire preuve d'initiative pour le réparer et rendre son eau au moulin. Rappelons aussi que le Petit et le Grand Ergué était une grande paroisse unie il y a quelques siècles, et d'autre part le lieu du Cleuyou aujourd'hui sur Ergué-Gabéric, dépendait précédemment d'Ergué-Armel.

En savoir plus : « La chaussée, le bief et l'eau du moulin du Cleuyou » Billet du 09.08.2015

[modifier] 24 ND de Kerdévot à la Grande Vigne

« La Maison d'artiste de la Grande Vigne également nommé Musée Yvonne Jean-Haffen est la maison de l'artiste, qu'elle offrit à la Ville de Dinan en 1987, avec son mobilier et son fond d'atelier pour en faire une maison d'artiste et y présenter son œuvre », Wikipedia

Née parisienne, Yvonne Jean-Haffen (1895-1993) est une artiste peintre, dessinatrice, graveuse et céramiste renommée. Installée à Dinan elle épouse en 1920 l'ingénieur Edouard Jean, rencontre en 1925 son voisin de la rue Falguière, Mathurin Méheut, et devient sa collaboratrice et disciple. Grâce à lui, elle entre à la faïencerie Henriot de Quimper et participe à de nombreux chantiers de décoration et d'exposition.

Sa passion pour la terre bretonne conduit les époux Jean à acquérir une grande propriété au bord de la Rance, la « Grande Vigne », qui devient le pivôt de l'activité artistique de la région. Elle transforme cette maison en musée qui aujourd'hui est le lieu de conservation de son œuvre.

Y sont conservés notamment les quatre croquis de la fontaine de la chapelle de Kerdévot. En complément nous avons rassemblé les notices descriptives de la Base Joconde et les reproductions de chacun de ces dessins mettant en relief la richesse de cet élément de notre patrimoine.

Le premier croquis un projet de céramique pour une faïence de Rivière-Letort (St-Méen). Les deux suivants ont été faits dans le cadre de la préparation d'un livre d'Yves Millon sur les fontaines de Bretagne. Le dernier, où l'on entrevoit la chapelle visible derrière la fontaine a été finalisé pour le livre d'Yvonne Jean-Haffen sur les fontaines bretonnes.

Et pour conclure, cette description évocatrice de Pierre-Yves Castel : « Il faut, à Kerdévot, chercher loin l'antique fontaine de dévotion, vers la bordure extrême du champ à l'Est de la chapelle. Là, une source captée dans un bassin carré alimente deux petits bassins circulaires destinés aux rites des ablutions. Le monument qui coiffe le bassin d'un toit en batière est flanqué d'épais pinacles à crochets. L'arc en plein cintre s'encadre dans un gâble triangulaire assorti de quatre choux frustes. A l'angle de droite une figure de marmouset rieur. L'arcade abrite une petite statue de pierre représentant une Vierge à l'enfant qui paraît veiller sur les lentilles d'eau du bassin. La pointe du monument est constitué d'un blason écartelé de forme carrée et bien érodé par les siècles. »

En savoir plus : « Croquis de la fontaine de Kerdévot par Yvonne Jean-Haffen » Billet du 02.08.2015

[modifier] 25 Contremaitresse de chiffonnerie

« Ergué-Gabéric. Une octogénaire tombe dans l'Odet et se noie. Samedi, vers 18h30, Mme veuve Guéguen, née Léonus, 79 ans, demeurant à Odet, avait quitté son domicile pour se rendre à l'épicerie Rannou ... », Le Finistère, 17 décembre 1938.

Cette femme eut un destin extraordinaire et une fin tragique signalée par les journaux « Le Citoyen », « Le Finistère » et « Le Courrier du Finistère » dans des termes assez similaires.

En effet, Marie Léonus, veuve Guéguen, ancienne contremaitresse, qui était venue faire des courses à l'épicerie de la papeterie d'Odet, tenue par les Rannou à Ty-Ru, s'en était retournée chez elle à Stang-Luzigou en prenant le chemin qui longe le canal d'amenée, et, la nuit étant tombée, elle trébucha et tomba à l'eau.

Sa sœur, ne la voyant pas rentrer, signala sa disparition et les ouvriers la cherchèrent et trouvent son corps sans vie dans l'eau dans un entassement de feuilles avant les conduites menant aux machines à papier. Son panier de provision était resté sur le chemin.

Le journaliste signale que le courant était important du fait des gros orages. On peut penser aussi que l'obscurité et l'absence d'éclairage expliquent aussi la chute dans l'eau.

Bien que d'origine modeste, la veuve était respectée par tout le monde, sans doute pour avoir travaillé à la papeterie depuis l'âge de 9 ans, et avoir été exercé la fonction de contremaitresse.

Marie Françoise Elise Léonus est née au village de Gougastel en Briec, à proximité de l'usine à papier d'Odet, en octobre 1859. Son père Yves, surnommé « Kergoat », était catalogué d'homme des bois (« coat » = bois, futaie). Marie hérita de se surnom et, toute sa vie, fut appelée « Mae Kergoat », Mae étant une transcription phonétique de la prononciation locale du prénom Marie en breton. La mère de Mae Kergoat, Marie Josèphe Heydon, quand elle se maria en 1856, travaillait déjà à l'usine d'Odet comme papetière.

Comme indiqué sur le registre des employés de 1927, Mae Kergoat est embauchée en 1868 à l'âge de 9 ans. En 1927, elle est celle qui a la plus grande ancienneté, elle est inscrite comme « maitresse » (contremaitresse), « âgée de 68 ans », et a « 59 ans de service ». En janvier 1901, elle reçoit la médaille d'honneur pour 30 ans de service avec comme fonction de « maitresse de chiffonerie ».

Elle se marie deux fois : la première avec Yves Le Torrec en 1879, et avec François Guéguen, le cocher de l'usine, en 1900. Elle décède le 10.12.1938 en revenant chez elle en soirée avec son sac de course, tombant et se noyant dans le canal d'Odet.

En savoir plus : « Mae Kergoat-Guéguen (1859-1938), née Léonus, contremaitresse de papeterie »,
« La noyade à Odet de Mae Kergoat-Guéguen née Léonus, journaux 1938 »
Billet du 26.07.2015

[modifier] 26 Émotion rue de Croas-ar-Gac

« Je vous remercie pour l'amour que chacun m'a démontré ! Maintenant, il est temps pour moi de voyager seule. Pendant un court moment vous pouvez avoir de la peine. La confiance vous apportera réconfort et consolation.  », Charlotte Newashish-Flamand, amérindienne de la tribu Atikamekw.

Pas de billet habituel cette semaine, car le décès de notre maman a chamboulé notre train-train quotidien sur le GrandTerrier. Avec émotion on a retrouvé cette photo Kodak des années 60, un peu floue, on la voit près de sa nouvelle maison neuve gabéricoise. Elle est partie le 6 juillet.

Dans le même registre on déplore aussi le décès d'un natif de Sulvintin, un militaire avec une immense culture d'autodidacte, Michel Le Goff, décédé brutalement le 28 mai à Bois-d'Arcy où il habitait. Vendredi 10 juillet une cérémonie religieuse à sa mémoire a été organisée à Ergué-Gabéric en présence de sa famille.

Sinon, de notre côté, ce week-end, les bulletins Kannadig de juillet ont été imprimés, pliés, agrafés, timbrés et déposés dans la boite à lettres de quartier.

Ce bulletin a la particularité de montrer l’interactivité et les réactions des lecteurs suite à la publication hebdo des billets, car on y a glissé des remerciements pour les modifications et compléments apportés aux articles initiaux.

Ainsi, par exemple, entre le premier article sur les moulins blanc et roux et le texte finalisé et inclus dans le bulletin, il a l'apport de Mann Kerouredan qui a étudié le positionnement des deux roues en fin de bief et non en son milieu. Et pour l'appel de Per Roumegou à la tête du bagad de Lann-Bihoué, comme nous n'avions pas compris les différentes formules style HAKA, heureusement que René Le Reste était là également : « Bed war zonj ; Prest omp ; Dioual war raok ; Kuit ».

En savoir plus : « Kannadig n° 30 Juillet 2015 », « Souvenirs d'enfance de fin de guerre 1939-45, par Michel Le Goff » et à la semaine prochaine pour un nouveau billet complet. Billet du 19.07.2015

[modifier] 27 Une chaumière en son placitre

«  Les dieux étaient d'argile quand poussèrent ces temples d'or et une chaumière rustique n'était pas un objet de honte », Elégies IV-1-1, Properce

Cette crêche et son toit de chaume, certes une propriété privée, sont néanmoins une fierté patrimoniale d'Ergué-Gabéric, car leur présence agrémente joliment un placître arboisé au bord d'une belle route de compagne.

La couverture en question a été réalisée en mai 2014 par Claire et Yann Le Guillou, propriétaires des lieux, et a remplacé un toit de tôle dont l'état se dégradait. Aujourd'hui cette crêche ou petite grange, ouverte à l'est par une grande porte et dotée de deux minuscules fenêtres, trône comme une chapelle au milieu d'un placitre d'herbe tondue et bordée d'imposants chênes et châtaigniers.

Originaires de St-Brieuc et Bourbriac et gabéricois d'adoption, ils justifient leurs décision ainsi : « C'est simplement du bon sens. D'abord le cout, il est inférieur à une couverture en ardoises, ensuite d'un point de vue patrimonial, les bâtiments à usage d'exploitation, étaient très souvent couverts en paille jusqu'au début du XX s. Et ensuite, on redécouvre aujourd'hui les vertus du chaume en terme d'isolation écologique ... ».

Il est aussi indéniable que le domaine de Kerveady au début du 19e siècle était formé de bâtiments en toits de chaume, on disait à l'époque « couverts de paille ». En fait en 1808, seule la maison d'habitation principale, aux allures de petit manoir, était en ardoise car elle était dénommée « Ty-glas », le mot "glaz" attestant de la couleur bleue des ardoises.

On dénombrait à Kerveady pas moins de cinq chaumières (maisons, crêches et grange) : « une crêche nommée ar Craou izela construite de simple maconne et couverte en paille » ; « une maison nommée an ty izela construite de simple maçonne et couverte en paille » ; « autre maison nommée an ty bihen construite de simple maçonne et couverte en paille » ; « une crêche nommée an Craou bihen construite simple maçonne et couverte en paille » ; « une grange nommée ar bardy construite de simple maçonne et couverte en paille ».

Un grand merci collectif aux sympathiques propriétaires de Kerveady pour leur magnifique restauration de 2014, et aussi pour nous avoir signalé un linteau de pierre gravée dans leur maison ancestrale et daté de 1569 !

En savoir plus : « Crêche au toit de chaume et linteau de pierre du 16e au village de Kerveady » Billet du 11.07.2015

[modifier] 28 Kannadig "jeune" de l'été 2015

«  Memorioù ar re gozh hag istor ar barrez an Erge-Vras, e bro c’hlazig, e Breizh-Izel», Histoire et mémoires d’Ergué-Gabéric, en pays glazik.

Honneur à la jeunesse ce trimestre : pour commencer cette belle lithographie de 1844 représentant trois jeunes gens de « Fouesnant et le Grand-Ergué (finistère) ».

Ils sont trois, l’un(e) est de Fouesnant, les deux autres sont gabéricois(es). Avez-vous deviné qui est qui ? Pour vous aider, le commentaire d’un connaisseur : «  la fouesnantaise a la taille fine et le buste généreux ! ». La vraie réponse, sur la base des explications d’un passionné des costumes anciens, est dans le premier article du présent bulletin.

Un autre jeune homme est le futur châtelain du manoir du Cleuyou, garde national de Paris en 1794 dès l’âge de 16 ans. On l’a suivi dans les rangs de l’armée républicaine, prisonnier en Irlande, blessé à Granville, jusqu’à cette porte hypothétiquement maçonnique ...

Quant aux autres sujets, on notera une chanson en breton sur les montgolfières, la recherche de la machine à papier anglaise d’Annonay, les moulins blanc et roux de Coat-Piriou, le musée industriel scolaire de l’école du bourg et ses instituteurs, le mariage breton du républicain « Dour Klouar », le 33T de Per Roumégou penn-bagad de Lann-Bihoué …

Dans la période on notera deux décès d’anciens : Odette Coustans, la secrétaire municipale qui connut six maires, et Emile Herry, barman, coiffeur et confident des ouvriers papetiers.


Lire et imprimer le bulletin : « Kannadig n° 30 Juillet 2015 »


Grande nouveauté : on a investi dans une imprimante laser couleur pas chère qui propose des cartouches à prix raisonnable, ceci dans le but d'imprimer le bulletin en toute liberté sans dépendre d'un service extérieur. Et aussi de réimprimer d'anciens exemplaires des Kannadigs au besoin, et toutes idées de communication et édition en tous genres ... Notez aussi que le présent numéro contient 4 pages A5 supplémentaires (34 p. et non 30).

Billet du 05.07.2015

[modifier] 29 Les machines à papier Le Marié

« Une machine à fabriquer le papier par un mouvement de rotation continu dans des dimensions déterminées sans qu'on soit obligé pour cela d'employer des toiles métalliques ou des moules à articulation », Jean-Baptiste de Montgolfier, 1823

Saluons tout d'abord l'initiative de deux associations : écrire l'histoire de 150 fabriques bretonnes de papier via les familles qui les ont créées et fait vivre. La papeterie d'Odet y est étudiée en pages 166 à 171 avec quelques informations empruntées au site GrandTerrier comme l'indique bien l'encart « Références ».

Outre l'historique de la fondation par Nicolas Le Marié en 1822 et du développement de l'activité par plusieurs générations de Bolloré, l'intérêt de l'article est de :
Image:Right.gif rappeler l'origine anglaise du mécanicien Thomas Pharoal Doidge de Mevagissey en Cornouailles britanniques (avec son épouse Mary Williams, ils auront deux naissances déclarées à l'état civil d'Ergué-Gabéric).
Image:Right.gif repérer les trajets familiaux des émigrés normands : le père de Nicolas Le Marié, né à Tessé-Foulay, fut directeur d'une manufacture de tabac à Morlaix et d'une fabrique de faïence à Quimper ; le père de Jean-Marie Le Pontois, manufacturier à Odet en 1860, est né à Agon-Coutainville et commerçant à Lorient ; par contre une erreur est à signaler pour Salomon Bréhier qui ne fut pas papetier ...
Image:Right.gif détailler les pédigrées des premiers papetiers : des ouvriers, des employés expérimentés (comme les descendants des exploitants du moulin à papier de Kervennou en Briec-Edern), des contremaitres et proches des familles Le Marié et Bolloré ...
Image:Right.gif citer la description de la fabrique dans les années 1897-98 par l'impertinent paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet : « Un individu me disait que la veille on avait encore coupé les bras à dix ouvriers d'un coup ».

Cette parution nous a inciter à mener une investigation supplémentaire sur l'arrivée des premières machines de papier en continu à Odet. Au début de cette enquête, il y a cette phrase prononcée par l'abbé André-Fouet dans son discours lors du centenaire des usines Bolloré en 1922 : « La force motrice obtenue, c'étaient ... les procédés de fabrication à perfectionner, par exemple, en 1834, l'achat à Annonay de machines permettait de supprimer le travail à la cuve et de ne plus étendre le papier sur des perches pour le sécher. Le Marié suffisait à tout ... Il était regardé comme l'un des plus fins papetiers de France, presque l'égal de ses amis, les Montgolfier. »

Comment Nicolas Le Marié était lié aux Montgolfier et quelles machines exactement furent transplantées à la papeterie bretonne d'Odet, nous ne le savons pas précisément. Mais les explications historiques et documentaires du musée de la Papeterie Canson-Montgolfier nous donnent des indices. Jean-Baptiste de Montgolfier et Barthélemy de Canson (gendre du cadet Etienne de Montgolfier) tenaient à cette époque des fabriques différentes près d'Annonay, à Saint-Marcel et à Vidalon, et ils eurent des difficultés à s'équiper en machines car le brevet de fabrication enregistré en 1799 avait fait l'objet d'un gros conflit d'intérêts entre un ingénieur français (Louis-Nicolas Robert) et son directeur à la papeterie de Corbeil-Essonnes (Léger-Didot). Ce dernier racheta sa part du brevet, s'exila en Angleterre d'où il organisa sa filière d'importation pour les entrepreneurs français.

Canson fut le premier à négocier avec Léger-Didot, et réussit même à signer un contrat d'importation en exclusivité à Annonay. Il équipa sa papeterie en 1822 d'une première « machine à table plate », et par la suite son fils inventa les « caisses d'aspiration » placées en dessous de la toile métallique. Son cousin par alliance, Jean-Baptiste de Montgolfier, négocia avec Cameron, autre fabricant anglais, et introduisit en 1827 dans sa papeterie une « machine à forme ronde et cylindre aspirant ».

À qui Nicolas Le Marié fit appel pour l'achat de ses machines en 1834 ? À l'héritier de Vidalon-les-Annonay, Barthélemy Barou de Canson ? Ou à Jean-Baptiste de Montgolfier et son beau-frère Elie de Montgolfier (frère de l'épouse de Jean-Baptiste, une Montgolfier également). Nous pensons plutôt à ces Montgolfier et à leur filière d'importation de machines anglaises. Mais ceci mérite confirmation, par l'étude des livres des comptes des papeteries respectives.

En savoir plus : « CGF et AFQP - Moulins à papier et familles papetières de Bretagne »
et « L'importation des premières machines de fabrication du papier en continu à Odet »
Billet du 27.06.2015

AVIS À LA POPULATION : Le Kannadig numéro 30 de juillet est presque prêt, il aura 4 pages additionnelles au format A5 pour couvrir tous les sujets du trimestre, et il sera mis en ligne le week-end prochain, et imprimé-posté avant dans la foulée, si tout se passe comme prévu naturellement !

[modifier] 30 Le 33 tours de Per Roumegou

« Monsieur l'curé n'veut pas ~ Que les gars embrassent les filles ~ Mais il ne défend pas ~ Que les filles embrassent les gars !  », Ritournelle populaire

Le Maitre principal gabéricois Per Roumégou dirigea le bagad de Lann Bihoué de 1953 à 1962. Dans un 33 tours, diffusé en 1962 par Visages de France, et réédité en numérique en 2014 par BnF-Partenariats (et publié sur le site Gallica de la BnF), on redécouvre aujourd'hui neuf morceaux joués par la formation militaire de Lann Bihoué.

La caractéristique des enregistrements de ce 33T est leur diversité et provenance de tous les pays de Bretagne : Penthièvre, Vannetais, Morlaix, Pourlet. Et les marches reprennent des thèmes populaires traditionnels : la chouannerie, les Bonnets Rouges (marche de Meslan) ...

Mais le plus impressionnant est le premier morceau  : on y entend la voix du Penn-Bagad scandant une sorte de HAKA, le fameux chant des rugbymen neo-zélandais, pour lancer les cornemuses et les percussions : « YO-HAT BA'STANG DARAHT TUUUHH ».

Mais comment épeler correctement et traduire cette formule magique qui remplace le « war-raok kit » habituel des bagadoù ?

Écoutons « Le bal de Jugon » (02:38, danse traditionnelle du pays de Penthièvre) : cf lecteur ci-contre (compatible PC, tablettes et smartphones).

Quant à l'air, on reconnaitra la mélodie de cette chanson populaire « monsieur le curé ne veut pas ... », mais joué par le bagad de Lann-Bihoué cela a une autre allure.

Les autres morceaux : 2. Marche des Chouans / 04:38 (Bale ar Chouanted) - 3. Sonniou bro Gwened / 02:02 (les airs vannetais) - 4. Les gavottes pourlettes / 01:31 (pays de Guéméné-sur-Scorff) - 5. Paotred Montroulez / 01:58 (les gars de Morlaix) - 6. Ar meneziou glaz / 02:03 (vertes collines) - 7. Bale Meslan / 01:59 (marche de Meslan) - 8. Ar galv / 02:32 (l'appel) - 9. Marche héroïque / 01:23.

En savoir plus et écouter les autres morceaux : « ROUMÉGOU Pierre - Bagad de Lann Bihoué (33T) »

Billet du 19.06.2015


Emile Herry, tenancier de l'Orée du Bois à Stang-Venn, nous a quittés il y a quelques jours : « Emile tenait toujours le bar. Et il s’occupait des cartes et des tickets. Les ouvriers discutaient beaucoup aussi avec lui. Quand les factionnaires venaient tous, ils étaient 27 pour la faction qui finissait à une heure. Et c’était bien, il y avait de grandes discussions, et surtout sur les matchs de foot des Paotred … Et même ceux qui sont partis en 1983 à Scaër revenaient de temps en temps au bar discuter avec Émile. Emile était coiffeur également. Il avait son diplôme de CAP de coiffeur qu’il avait passé à Paris. Une fois par mois, il allait couper la barbe et les cheveux du vieux Garin, le directeur de l’usine, qui le faisait venir chez lui en passant le mot à Michel Floc'h, le garde-champêtre. . » (Germaine).

[modifier] 31 Porte de la Chapelle du Cleuyou

« Plusieurs dentre eux observateurs de la loi se separerent et furent a juste titre appellez Kadhosh qui signifie Saint », Rituel de Quimper, 1750

Le domaine du Cleuyou est un lieu de poésie et de mystère, notamment pour ce qui touche le patrimoine et les traces du passé. On a déjà évoqué le cygne de la pierre tombale à enfeu des Liziart, les poteaux patibulaires épiscopaux, l'épigraphe gothique sur une pierre support de calvaire. Aujourd'hui il s'agit d'un temple maçonnique protégé par une porte spéciale.

Qui pénètre la pièce située au pignon nord du château du Cleuyou ne peut que remarquer une atmosphère incitant à la spiritualité, voire au sacré. Il est de coutume aujourd'hui de la désigner sous le nom de chapelle, bien que son utilisation pour des offices religieux ne soit pas vraiment attestée. Elle est dotée d'une toiture haute aux poutres apparentes, d'une cheminée à foyer ouvert, d'une cavité en pierres à usage de four ou de rangement, et d'une petite fenêtre latérale ouest.

En 1794, pour l'expertise immobilière précédant la vente de la propriété en bien national, le rez-de-chaussée est ainsi décrit : « quatre pièces de courses dont une cuisinne, un office de plein pied à la cuisinne, une cave et un sallon ayant ouverture sur la cour et porte sur le jardin ». L'office de plein pied est cette chapelle, et la particularité d'être ouverte sur la cuisine, sans porte extérieure, est mentionné. À noter que le rédacteur du document, Salomon Bréhier, franc-maçon de la loge « La Parfaite Union », semble préciser que la pièce servait au rangement de la vaisselle et des provisions. Mais pouvait-il dévoiler l'existence de réunions secrètes ?

Quant aux autres liens historiques avec la franc-maçonnerie locale, la propriété passa au début du 19e siècle dans les mains de Simon Vincent Mermet, riche négociant quimpérois, dont les proches (frère et neveu) étaient des membres des loges quimpéroises « L'Heureuse Maçonne » et « La Parfaite Union ».

En 2011, Werner Preissing, propriétaire du château, écrit dans son livre consacré à l'histoire du bâtiment gabéricois : « Il est tout à fait possible que cette ancienne souillarde ait changé de fonction et été transformée en chapelle. Un détail intéressant à ce propos est la porte de cette pièce. Elle possède à hauteur des yeux une petite fenêtre fermée par un verrou. De tels aménagements sont habituels dans les loges franc-maçonniques pour faciliter la surveillance. La porte peut être verrouillée de l'intérieur. La chapelle aurait donc pu servir de temple maçonnique. »

Par ailleurs, pour évoquer un sujet empreint du mystère templier également, on a détaillé et décrit ce document historique qu'on appelle communément le « Rituel de Quimper », mais qui n'a bien sûr aucun lien direct avec le manoir du Cleuyou.

On s'est attaché expliquer la formule de date « D.L.L. 1750 de L.M. 5750 de N.f. 632 », le grade de chevalier élu, un extrait du catéchisme et la provenance du document qui n'est pas forcément quimpéroise. La datation du document est importante car il marque la période de déclaration des premières loges maçonniques officielles en France. Sur le folio 11 il est écrit cette formule intéressante : « D.L.L. 1750 de L.M. 5750 de N.f. 632 ». Ce qui veut dire en langage clair : De L'ère Lunaire (ou vulgaire) 1750 de L'ère Maçonnique 5750 de Notre fraternité 632. Ce qui signifie plus précisément 632 années après la fondation de l'Ordre des Chevaliers du Temple en 1118 par Hugues II de Payns. C.Q.F.D.

En savoir plus : « Les mystères de la porte du Cleuyou et du rituel maçonnique de Quimper »

Billet du 13.06.2015

[modifier] 32 Stus et renable des deux moulins

« Le temps passe, et il fait tourner la roue de la vie comme l'eau celle des moulins. », Le Château de ma mère, Marcel Pagnol, éd. Fallois, 1988, p. 214

Mann Kerouredan : "deux roues alignées en sortie de bief"
Mann Kerouredan : "deux roues alignées en sortie de bief"

Cette semaine, un document inédit de 1847, intitulé « état des stus et renable », c'est-à dire un état détaillé des récoltes et une description du double moulin de Coat-Pirou qui allait bientôt disparaitre par l'aménagement du canal d'amenée à la papeterie voisine d'Odet.

Le stu, mot qui a presque disparu des dictionnaires, désignait autrefois les fumures ou amendements dont on épandait les terres agricoles cultivées. Le dictionnaire Godefroy est le seul ouvrage qui mentionne ce terme sous cette définition de « sorte de fumier, d'engrais » en indiquant des exemples d'utilisation dans les documents d'archives du Finistère. Effectivement le terme de Stu a une consonance bien bretonne, car les savants Le Gonidec et Le Pelletier ont signalé le terme « Douar-Stû » ...

Procéder à un « état des stus » était une obligation aux 19e-20e siècles pour les tenanciers agricoles à chaque terme de bail pour inventorier les quantités en stock de fumiers, pailles, foins, landes, genêts, tout ce qui servait, directement ou indirectement à enrichir les terres labourables. Ici, à la petite ferme de Coat-Piriou, grâce à la description des pailles, on découvre les trois différentes cultures pratiquées : avoine, seigle et blé noir. Comment étaient placées respectivement les deux roues et meules associées par rapport au bief ? Mann Kerouredan propose sa version dans le dessin ci-dessus : « A Coat-Piriou, le bief a été créé pour maintenir une réserve d’eau suffisante pour les 2 roues, mais sans courant ni dénivelé, mais avec une chute d’eau en sortie de bief ». Quant au renable, deuxième partie du document, le mot est plus connu, il s'agit de l'inventaire des pièces composant le moulin, réparties ici sur deux installations disctinctes : le moulin blanc et le moulin roux.

Par ailleurs, dans un document de 1809, le moulin de Coat-Piriou est recensé avec la particularité de disposer de deux roues et moutures de natures différentes : l'une perpendiculaire (donc verticale, à aubes, avec deux tournants et double engrenage), l'autre horizontale (donc à cuillères et en prise directe sur l'axe de la meule tournante). La première question est de savoir quelle catégorie de roue, verticale ou horizontale, équipait quel moulin, blanc ou roux. La réponse est dans le document :

  • Le moulin roux disposait d'une roue verticale car il est question de « grand et petit tournant ». En effet le grand tournant était dans l'eau du bief, et le petit, appelé aussi « rouet », formait engrenage en dessous de l'axe de la meule.
  • Le moulin blanc disposait d'une roue horizontale car il est mentionné « la pirouette avec accessoires ». En effet cette pirouette désigne l'ensemble composé d'une roue hydraulique horizontale et de son arbre relié à la meule.
Pour les autres questions, et la découverte de la signification de certains termes minotiers d'antan (comme le tic-tac de la triguette !), vous pouvez consulter l'article détaillé et éventuellement contribuer à son enrichissement.

En savoir plus : « 1847 - Etat de stus et renable des moulins blanc et roux de Coat-Piriou »

Billet du 06.06.2015


Note : la semaine prochaine nous publierons un sujet ésotérique, dont l'illustration ci-contre peut vous donner une indication.
Pour dévoiler le mystère, peut-être que la lecture des thrillers de Dan Brown ou de Giocometti-Ravenne pourra vous aider.

[modifier] 33 Le César Birotteau du Cleuyou

« Sur ces données, les honnêtes gens de l’arrondissement le nommèrent capitaine de la garde nationale ...  », César Birotteau, Honoré de Balzac

Comme nous l'avons évoqué la semaine dernière : Guillaume-François Le Guay, originaire du bocage normand, a été un valeureux militaire de carrière de 1790 à 1804. Mais le 19 Novembre 1804 ou 28 Brumaire de l'an 13, en casernement avec son régiment à Quimper, il se marie avec une riche héritière. Il faut dire que Quimper n'étant pas une ville de garnison, nombreux sont les officiers militaires hébergés chez l'habitant, et de ce fait de multiples mariages sont célébrés.

L’idylle la plus célèbre de la région est celle de Louise du Bot du Grego, domiciliée au château de Trévarez en Laz, avec Lazarre Hoche, chef de toutes les armées de Brest et de Cherbourg. Après la mort du jeune général, la jolie marquise va convoler en juste noces avec Michel Louis Bonté, chef du 81 régiment, futur général et baron d'empire, compatriote normand de Guillaume Le Guay. Et les sorts des deux hommes s'en trouvent un peu liés au niveau familial : « Le régiment se trouvant en garnison dans le département du finistère, Mr Bonté y contracta un mariage avec une très riche propriétaire du pays. Le sieur Leguay y fit également connaissance avec une famille très honnête dans laquelle il avait l'espérance de faire un mariage avantageux ».

Les deux hommes se connaissent depuis longtemps : « la bonne intelligence a établi l'amitié et même l'intimité entre les deux compatriotes, Bonté et Leguay ». Mais en 1804 les choses vont changer : « M. Bonté semble avoir oublié tous les bons sentiments qui l'avoient si souvent animé pour le sieur Leguay, tous les bons témoignages qu'il avait rendus de lui, pour vexer et persécuter son compatriote et son plus ancien compagnon d'armes ».

En janvier 1805 le colonel Bonté écrit à son ministre de la guerre : « Monsieur Leguai, prolonge son congé sans aucune autorisation et ne donne pas de ses nouvelles ». En effet, en juillet 1804 Le Guay a obtenu un congé de 3 mois du ministre, lequel congé s'est expiré quelques jours avant son mariage. Il n'a qu'une seule issue : démissionner pour raison familiale pour réintégrer l'armée plus tard. Le souci est que le colonel se braque, et obtient un refus hiérarchique de la démission, et donc le pauvre Leguay est considéré comme déserteur.

Le mariage avantageux de Guillaume Le Guay est réel, car son beau père Vincent Mermet, marchand de draps et important négociant quimpérois, est très riche, et sa fille Cécile est l'unique héritière. À la mort de son beau-père, non seulement ils hériteront du manoir du Cleuyou, de la métairie et du moulin, mais également de quatre maisons rue Keréon et rue St-François à Quimper, et aussi des métairies de Coutilly et de Kervreyen en Ergué-Gabéric. Une vraie fortune à gérer.

En février 1831, soit 27 ans après son mariage et sa révocation, Guillaume adresse une supplique au roi Louis-Philippe pour être rétabli dans ses droits et grade militaire : « l'heureuse occasion qui m'amène aujourd'hui devant vous pour demander la réparation d'une injustice commise à mon égard ». Il supplie sa Majesté « de vouloir bien me rendre mon ancien grade de capitaine dans la nouvelle organisation municipale qui va remplacer la gendarmerie, à la destination spéciale de Quimper ». Cette nouvelle organisation est la réactivation de la Garde Nationale qui avait été dissoute en 1827 et qu'il a connue à Paris en 1790.

Pour comprendre un peu plus précisément le parallèle avec le héros balzacien, Bonté et Napoléon :
« 1804 - Mariage et démission du capitaine Guillaume-François Leguay »

Billet du 31.05.2015

[modifier] 34 Campagnes des ans 2, 3, 4 et 5

Les faits d'armes d'un jeune normand d'après les documents originaux inscrits dans son dossier d'officier dans l'armée de la Révolution.

1790-1792 : Garde Nationale de Paris

Dès septembre 1790 il quitte sa Normandie natale pour rejoindre Paris où il entre « volontairement, à l'âge de 16 ans, dans la Garde nationale soldée de Paris ».

La Garde nationale est une milice citoyenne républicaine destinée au maintien de l'ordre et à la sécurité intérieure. Craignant un débordement populaire, la municipalité de Paris crée dès le 14 juillet 1789 une garde parisienne et des volontaires issus des couches les plus aisées de la société y adhèrent spontanément. Le fait de voter en 1790 l'attribution de soldes permet à des volontaires moins aisés comme Guillaume Le Guay de s'enrôler.

1792-1793 : Gendarmerie Nationale de Coutances

En septembre 1792 il revient au pays pour intégrer le nouveau corps de la Gendarmerie nationale, à Coutances (38 km de Tessy) : « gendarme à la résidence de cette ville ».

La maréchaussée royale était responsable du maintien de l'ordre dans le royaume de France sous l'Ancien Régime, et est remplacée en 1790 par la gendarmerie nationale. Contrairement aux Gardes nationaux des principales villes française, la gendarmerie nationale est chargée essentiellement de la police des campagnes.

1793 : Capitaine élu au 9e Bataillon de la Manche

Le 11 septembre 1793 Guillaume Le Guay est élu capitaine au 9e bataillon de la Manche (le chef compatriote n'est autre que le futur colonel et général de brigade Michel-Louis-Joseph Bonté qu'il suivra, et quittera ...) : « Le président a proclamé le citoyen Leguay capitaine ayant réuni la majorité absolue des suffrages ».

Le vote se déroule dans l'église du séminaire de Coutances et 87 soldats du tout nouveau bataillon sont appelés à déposer un bulletin secret. Le résultat proclamé est de 39 pour le citoyen Lamy et de 48 voix pour Guillaume Leguay : « un citoyen duquel ils connaissent les vertus civiques et les talents de militaires ».

1793 : Blessé au siège de Granville

En fin d'année 1793, on le trouve défendant la ville de Granville contre les assaillants chouans. Le 5 novembre, il est même « blessé à la jambe gauche au siège de Granville le 15 brumaire an 2 ». Mais peut-être ne faudrait-il pas lire le 25 brumaire ou 15 novembre ?

Dans son brevet de capitaine, on lit que Guillaume Le Guay commet un acte de bravoure : « A enlevé un guidon à l'avant garde de l'armée Royaliste composée de cavalerie, il était à cette époque adjoint au général Vachot ».


Arrêtons-nous un instant sur ce mot « guidon ». Essayez de deviner son sens étymologique en choisissant l'une des trois propositions suivantes :

les rênes d'ouverture d'un cavalier de l'armée royaliste vendéenne, bravant le feu des canons républicains.

le drapeau étendard brandi lors des assauts des compagnies de cavalerie lourde d'Ancien Régime.

le lacet-guide d'une coiffure d'officier chouan protégeant ses « bleo-hir » (cheveux longs) du vent d'ouest.

La suite dans l'article : « 1790-1804 - Les campagnes militaires du capitaine Guillaume-François Le Guay »,
+ « 1798 - Expédition d'Irlande et libération du capitaine Guillaume François Leguay » : publié le 13.04.2015

Billet du 23.05.2015


La semaine prochaine nous vous présenterons comment Guillaume Leguay a préféré s'installer au manoir du Cleuyou, en Ergué-Gabéric, et fuit l'armée, et comment de ce fait, ayant une liaison avec une jeune fille plus convenable que l'amante de Lazare Hoche, il s'est brouillé avec son ami Michel Bonté !

[modifier] 35 Grand-Ergué, Annonay et Prague

« Le Grand-Ergué et Annonay ont deux choses en commun : les machines des papetiers Montgolfier et Le Marié d'une part, et d'autre part une chanson sur les montgolfières composée par un prêtre réfractaire gabéricois qu'il publia en 1800 pendant son exil à Prague »

Un article de Thierry Le Roy publié en 2005 dans l'excellente revue Armen nous a révélé cette chanson : « Un chant en breton, publié en 1800 par Alain Dumoulin, ancien recteur d'Ergué-Gabéric qui avait émigré au moment de la Constitution civile du clergé, parle d'un nouveau navire, "ur vag neve", qui "naviguera dans les airs / dre an eer a navigo" ».

Alain Dumoulin était enseignant au petit séminaire de Plouguernevel, puis recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric en 1787, et, s'opposant fermement à la Révolution, il dut s'exiler en 1792, d'abord à Liège en Belgique, puis à Prague. Et là dans la capitale de la Bohème, il composa une grammaire latine et bretonne, dans laquelle il annexa quelques textes profanes.

Le dernier texte de la grammaire est une chanson sur les méfaits des aérostats, avec ses dangers manifestes : « Tud foll a tud direson, Nefoc'h ket brema da c'husut, Kement so bet er balon Ho dus torret ho gug » (Gens fous et déraisonnables, vous ne serez aujourd'hui sans savoir que tous ceux qui ont été en ballon se sont cassés le cou).

Comment Dumoulin a-t-il eu vent des essais de ces aérostats, dont le premier eut lieu place des Cordeliers à Annonay, pays des frères Montgolfier, le 4 juin 1783 ? Cette même année 1783 des expérimentations eurent lieu également à Nantes. Le 14 juin 1784, un ballon baptisé « Le Suffren » prit l'air avec à son bord le chevalier Coustard de Massy, né à Nantes en 1734, et le père Mouchet, devant près de 80.000 personnes.

Contrairement au Père Mouchet de l'Oratoire, professeur de Physique à l'Université de Nantes, l'abbé Dumoulin représente la frange de l'église catholique qui considère qu'il ne faut risquer ni sa vie, ni sa foi, dans ces engins aussi dangereux.

Il publie en 1800 le texte de cette chanson, et, malgré lui, il a une vision quelque peu prophétique : « Betec al loar ae ar steret, A dra sur e hon savo » (Jusque la lune et les étoiles, sans nul doute il nous emmènera). Alain Dumoulin avait-il écrit ou transcrit sa chanson avant de partir en exil, en ayant en tête les essais nantais ? Ou alors, l'a-t-il composé à Prague, sur la base des informations diffusées dans les journaux ?

Quand notre auteur gabéricois a composé son texte satirique, il avait sans doute en tête la musique d'un autre chant ou cantique populaire. Au vu du texte on pense tout d'abord à cette chanson ancienne que Denez Prigent a chantée sur son tout premier album « Ur vag nevez a Vontroulez ».

Bernard Lasbleiz qui a consacré sa thèse de doctorat et quatre ans de labeur à l'étude des chants bretons anciens et des cantiques diffusés sans partition, a étudié la chanson de Dumoulin : « il s’agit très clairement du timbre du cantique français « Heureux qui dès son enfance » que l’on trouve entre autres dans le recueil de Saint-Sulpice au n° 62. La chanson de Dumoulin est répertoriée page 148 de l'édition de 1906 du "Fureteur Breton" de Maurice Le Dault. » Dans sa thèse « Les timbres des chansons et cantiques en langue bretonne du XVIIe au XXe siècle » soutenue en décembre 2012, elle apparaît comme suit :

En savoir plus : « Une chanson satirique en breton contre les aérostats en 1800 »,
« LE ROY Thierry - Les pionniers de l'aviation et de l'aérostation »

Billet du 16.05.2015


Merci à Tadkoz pour son enquête, et grand merci également à son ami Bernard Lasbleiz, musicien lannionnais, grand spécialiste et découvreur des chants bretons anciens et des cantiques diffusés sans partition, pour avoir rectifié notre première approche « Ur vag nevez a Vontroulez », nous avoir communiqué la vraie partition et fait connaître le travail du Père Jean Bourdoulous publié dans Fureteur Breton de 1906. Merci aussi à Gwenn pour son interprétation à la flûte traversière et pour son enregistrement en fichier mp3.

[modifier] 36 Belles lithographies de St-Germain

«  Les yeux [de Mona Lisa] avoient ce brillant, cette humidité qui existent sans cesse dans la nature, et étoient entourés de ces rouges pâles, et des paupières qui ne peuvent s'exécuter qu'avec une très-grande subtilité », Giorgio Vasari , 1550

Billet du 09.05.2015
Billet du 09.05.2015

On connaissait déjà la coiffe à capuche datée de 1842 représentant une Mona-Lisa du Grand-Ergué (en médaillon ci-contre), mais voilà que les hasards de navigation sur le site Gallica de la BNF nous font découvrir une autre très belle lithographie de l'illustrateur Prosper Saint-Germain publiée en 1844.

Prosper Saint-Germain (1804-1875), de son vrai nom Jean-Baptiste Prosper Marie, dit Saint-Germain, tenait à Morlaix un cours de dessins pour jeunes gens, d'avant d'être nommé, en 1851, professeur de dessin de l'École de la Marine à Brest.

Il était grand ami d'Emile Souvestre dont il a illustré de nombreux ouvrages et revues. Il a réalisé de nombreux croquis et peintures de bretons en habits traditionnels, croquis édités dans les nombreuses monographies sur la Bretagne, en noir et blanc ou sous forme de lithographies polychromes.

Parmi celles-ci, une page intitulée « Fouesnant et le Grand-Ergué » dans l'ouvrage historique et sociologiques « La Bretagne » de Jules Janin. Cette illustration représente des costumes du pays fouesnantais et du Grand-Terrier. La jeune fille au centre n'est pas sans rappeler la « jeune fille du Grand-Ergué » publiée deux ans plus tôt dans la monographie « Le Breton » d'Alfred de Courcy.

Comme sur le croquis de 1842, le tablier de la jeune fille à droite est orné de fines bandes rouges et bleues, mais par contre les manches du bustier sont bleues, et seule l'aile occipitale de sa coiffe retombe à l'arrière, les bords latéraux sont ornés et relevés, son corselet est à lacets, tout laisse à penser qu'elle est fouesnantaise (*1).

Le costume de la jeune fille centrale est par contre du Grand-Ergué, son tablier et son corset sont plus sobres, et sa coiffe est identique à celle de 1842, avec des ailes latérales qui pendent jusqu'au cou. Sur les coiffes des deux jeunes filles, on distingue un joli bandeau fin de couleur rouge.

Le jeune homme a également un costume que sans doute les hommes d'Ergué-Gabéric portaient à l'époque : large chapeau, « chupenn » bleue et noire avec bandelette ornementale, pantalon « bragou-braz » jusqu'aux genoux, hauts de chausses.

En savoir plus : « Lithographies de costumes et coiffes à capuche du Grand-Ergué »,
« JANIN Jules - La Bretagne »

Comment se fait-il que personne n'a localisé la photo-mystère ci-contre insérée dans le dernier Kannadig représentant un beau moustachu très expressif ? Un indice supplémentaire : la pierre sculptée était à terre en 1701 suite à une tempête.


(*1) Merci à Christophe Rochet d'avoir corrigé notre première version où nous disions abusivement que les deux jeunes filles étaient du Grand-Ergué ! Non c'est bien une fouesnantaise au premier plan. Mais la Mona-Lisa au centre est belle aussi !

[modifier] 37 La cigale, la fourmi et l'eau tiède

« Nuit et jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise. Vous chantiez ? j'en suis fort aise : Et bien ! dansez maintenant. », La Fontaine, 1668.

Billet du 03.05.2015
Billet du 03.05.2015

La série des instituteurs se poursuit par l'évocation d'un autre instituteur qui, entre 1889 et 1895, fut nommé successivement à l'école communale de Lestonan et directeur de l'école des garçons du Bourg : François Bothorel, fils d'épicier, né en 1863 à La Feuillée et époux de Louise Le Corre.

En dehors de son métier d'enseignant, il a un hobby : le tir. En 1895 il est classé 9e dans un concours départemental organisé à Ergué-Gabéric, et reçoit un diplôme de la Société nationale de tir des communes de France et d'Algérie.

En 1892 il est sollicité pour l'utilisation de son école communale comme lieu festif pour le mariage de noces de la fille du républicain Louis Guyader de Squividan. Et là les journaux catholiques comme le « Courrier de Cornouaille » se déchainent :

« M. l'instituteur, sachant que M. le Préfet et M. Hémon (le député républicain) devait venir à la noce, s'est empressé d'écrire à M. Dreux (l'Inspecteur départemental de l'Instruction publique) pour lui demander l'autorisation. Et M. Dreux qui danse sans doute le rigodon aussi bien qu'il chante la Marseillaise a retourné la lettre à l'instituteur avec ces simples mots, sans cachet ni autre signe administratif : "Approuvé. - Dreux." L'école avait été déménagée et les élèves étaient employés à tresser des guirlandes de fleurs pour décorer les salles ! La cour a été en partie dépavée ! Bref, pendant près de huit jours, filles et bambins d'Ergué-Gabéric n'ont pas eu de classes. »

Et que penser du surnom que le journal attribue à Louis Guyader : « Dour-Klouar » ou "eau tiède" ? Cet épithète marquait sans doute le flegme de l'homme politique qui recherche les compromis, et aussi, pour ses ennemis, son sens des affaires troubles.

Et le journaliste de finir son billet par une évocation de la fable de la cigale et de la fourmi : « Il n'y a plus qu'à enlever les plaques qui ornent les portes d'entrée de nos écoles communales et les remplacer par cet écriteau un peu naturaliste mais beaucoup plus vrai : ICI L'ON DANSE !  ».

En savoir plus : « François et Louise Bothorel, instituteurs de 1890 à 1895 », « Un grand mariage breton à Squividan, Le Petit Journal et Finistère 1892 », « Grand concours de tir à Ergué-Gabéric, Le Finistère 1895 »


Merci à tous les correspondants qui nous proposé leur aide pour compléter l'espace des Instits, corriger les erreurs de dates (!), et mettre à jour les photos de classe. L'aventure continue !

[modifier] 38 Témoignages et initiatives d'instits

« Il y a 120 ans l'instituteur Auguste Noyelle aurait pu inventer le mot anglais crowdfunding et le super site Internet https://fr.ulule.com »

Planche Delagrave-Dorangeon, et quelques instits gabéricois - Billet du 25.04.2015
Planche Delagrave-Dorangeon, et quelques instits gabéricois - Billet du 25.04.2015

On voudrait souligner ici l'initiative du jeune instituteur Auguste Noyelle qui, en 1890, pour sa 4e année scolaire à l'école communale du Bourg (après deux années à Lestonan) fait un appel de fonds pour acquérir un outil pédagogique qu'il voudrait utiliser pendant les leçons de choses.

Il s'agit d'un « un beau musée industriel, composé de douze tableaux, douze cents échantillons et d'une valeur de 68 francs ». Cet outil n'était pas donné ; à titre de comparaison les 2 poêles de l'école de Lestonan, installés à la première rentrée de Noyelle en 1885, avaient coûté en 1885 41 francs.

Nous avons retrouvé ces tableaux au Musée du Scribe de Saint-Christol-lez-Alès (Gard) : éditée par les libraries Delagrave, conçue par C. Dorangeon, chacune des 12 planches présente une catégorie de matières, des légumes et épices jusqu'au chauffage et éclairage, en passant par le cuir, les pierres ...

Sur chaque panneau sont accrochés des conteneurs d'échantillons ressemblant à des tubes à essai, que les élèves peuvent décrocher, et, assis à leur pupitre, ils peuvent tranquillement toucher et observer ces exemplaires.

Contrairement aux poêles, pour le musée industriel, le conseil municipal d'Ergué-Gabéric n'a pas daigné « ajouter cette petite somme au chapitre additionnel de son budget ». Il faut dire que le maire et ses conseillers étaient conservateurs, et ils ont du voir d'un mauvais œil la nouvelle pédagogie d'Auguste Noyelle. Celui-ci doit donc faire appel à la générosité privée en organisant « une souscription ouverte dans son école ».

Devant l'inertie municipale, l'opposition républicaine, derrière Louis Guyader de Squividan, répond à l'appel de l'instituteur en donnant son obole pour financer l'outil pédagogique à hauteur de 27 francs. Les contributions complémentaires ont été faites par « quelques » parents d'élèves, et non pas tous, ce qui laisse penser qu'il y avait aussi, parmi les parents, un certain scepticisme. Néanmoins, on peut penser que ces planches pédagogiques, écrites bien sûr en français, ont su éveiller une saine curiosité auprès des élèves, avec une meilleure efficacité que les « Taolennoù » du camp religieux.

En savoir plus : « Souscription de l'instituteur pour un musée industriel scolaire, Le Finistère 1890 »


Auguste Noyelle est le premier instituteur de l'école communale de Lestonan. Ses origines hors département (Pas-de-Calais) démontrent la difficulté des services de l'Instruction Primaire à former des instituteurs finistériens, et peut-être aussi une volonté nationale laïque de promouvoir l'usage de la langue française au détriment du breton. Sa fiche bibliographique « Auguste Noyelle, instituteur de 1885 à 1891 » est inscrite dans un tout nouvel espace « Les Instits », où vous trouverez progressivement tous les autres instituteurs/trices. Une liste, classée par école, est aussi en cours d'élaboration : « Les institutrices et instituteurs en poste à Ergué-Gabéric ». Toute aide est bienvenue pour compléter les infos manquantes !

[modifier] 39 Expédition historique en Irlande

« M. Guillaume François Le Guay, a captain of Infantery in the French service taken in the Hoche ship of the line, has been released from Parole at Lichfield and permitted to return to France », December 1798.

« M. Guillaume François Le Guay, capitaine d’infanterie au service de la France capturé sur le vaisseau de ligne Hoche a été relâché de détention sur parole à Lichfield et autorisé à rejoindre la France contre son engagement à cesser de servir contre la Grande-Bretagne et tous ses alliés ».

Michel Le Guay, descendant de la famille Leguay de Normandie et de Bretagne, lors de ses recherches généalogistes dans les années 1990, a découvert ce document extraordinaire, rédigé par les services anglais en charge des Prisonniers de guerre, et nous permet de revivre cette page d'histoire vécu par un futur habitant du manoir du Cleuyou en Ergué-Gabéric.

Guillaume Le Guay est né normand le 11 avril 1773 à Tessy-sur-Vire (Manche), près de Coutances. Très jeune, à 16 ans, il s'engage dans les volontaires de la Manche et participe comme grenadier aux campagnes « des ans 2, 3, 4 et 5 de la République dans les départements de l'ouest contre les chouans ».

En 1798, il est dans les troupes sélectionnées pour les expéditions en Irlande, la première en août, la seconde en octobre, pour apporter l'aide française aux insurgés irlandais contre la domination britannique. Cette opération, mal préparée, se terminera mal, car les forces révolutionnaires françaises seront battues et le principal insurgé irlandais, Theobald Wolfe Tone, sera arrêté et condamné à mort. Dans l'imaginaire irlandais, 1798 est baptisé l'année des Français, « The Year of the French » pour marquer l'engagement militaire des français.

Quant à notre grenadier, il sera capturé sur le vaisseau « Le Hoche » par les forces navales anglaises lors de la seconde expédition. Il fut au centre de la célèbre bataille de l'île de Toraigh, au large de la côte nord-ouest du comté de Donegal en Irlande. Il y avait à bord 1189 hommes ; 147 ont trouvé la mort et 1006 furent prisonniers. Après avoir failli couler dans la tempête de la nuit suivante, les britanniques réussirent à remorquer le bateau jusqu'aux cotes anglaises.

Autres questions posées dans l'article cité : Legay participa-t-il à la bataille irlandaise de Castlebar du 27 août ? Où fut-il détenu en novembre-décembre avant sa libération ? Que voulait dire le terme anglais « parole » pour une détention ? De prochains articles détailleront sa carrière dans les armées de la Révolution et de l'Empire, les conditions de son élection comme capitaine, son congé pour mariage avantageux, sa destitution et démission de l'armée et réintégration en 1831 ...

En savoir plus : « 1798 - Expédition d'Irlande et libération du capitaine Guillaume François Leguay »

Billet du 19.04.2015


La photo mystère du dernier billet et du bulletin Kannadig n'a toujours pas été identifiée par nos fidèles lecteurs. Où donc se trouve cette haute statue représentant un moustachu exposé au vent et de temps en temps au bruit ?

[modifier] 40 Kannadig printanier de 2015

Des histoires d'anges musiciens, d'héritiers du Cleuyou, de terres vaines et vagues, d’œufs de cœlacanthe, de poteaux télégraphiques, de saints Guénael et Télo, de guerres de 1870 et de 1914, d'un paysan dans le livre somme de Joël Cornette ...

C'est le moment de vous soumettre le bulletin des articles publiés depuis janvier dernier, avec ce sommaire où se mêlent documents d'archives, patrimoine, mémoires, et même des légendes :

  • Couv - Fanch et l'ange harpiste / Kelou ar maro hag ar vuhez
  • Recto de couverture - Photo-énigme et table des matières
  • P. 1 - Les fabuleux anges musiciens du retable de Kerdévot
  • P. 2-3 - Le ragoût noir des Spartiates au pardon de Kerdévot
  • P. 3-6 - Disparations de Fanch Ster et de Jean Kergourlay
  • P. 6-11 - Le feuilleton des héritiers du manoir du Cleuyou
  • P. 11-14 - Les Mermet propriétaires du domaine du Cleuyou
  • P. 14-16 - Un gabéricois à la Défense de Paris en l’an 1871
  • P. 16-17 - Le télégraphe et autres technologies selon Déguignet
  • P. 18-19 - Réactions contre les lignes ferroviaire et téléphonique
  • P. 19-21 - Le capitaine Bolloré dans la fosse des Comores
  • P. 21-24 - Leçons d’histoire bretonne de Déguignet / Cornette
  • P. 24-25 - Jean Louët à l’assaut de Souchez en Artois en 1915
  • P. 26-27 - La légende et la vie de saint Guen-Ael au 17e siècle
  • P. 28-29 - Le partage des terres vaines et vagues de Keronguéo
  • P. 29-30 - Saint Télo et Louis Hémon à la chapelle de Kerdévot

Trouverez-vous l'habituelle photo-énigme trimestrielle qui est en 2e de couverture ? Pour vous aider, un petit indice : « il vous faudra de très bons yeux pour localiser les belles moustaches du personnage qui depuis quelques siècles serait devenu sourd ».

Lire et imprimer le bulletin : « Kannadig n° 29 Avril 2015 » Billet du 11.04.2015

Nota 1 : Le présent bulletin Kannadig sera imprimé et expédié dans la quinzaine, avec le reçu fiscal des donateurs, lequel reçu peut éventuellement être envoyé par courriel à ceux qui le désirent.

Note 2 : Ces derniers temps de nombreux anciens nous quittent : ainsi cette semaine la haute figure d'Odette Coustans, secrétaire de mairie de 1945 à 1985, et qui connut 9 groupes de conseillers et 6 maires. Pour le souvenir et lui rendre hommage, l'article qui relatait en mars 1987 son départ en retraite : « Les 40 ans de mairie d'Odette Coustans, Ouest-France 1987 ».

[modifier] 41 Loiz Hemon ha sant Telo Kerdevot

« Disul diveza oa pardoun braz e Kerdevot. Calz tud a ioa eno, mez unan euz ar re zon bet muia guelet eo Loiz Hemon.  », Feiz ha Breiz, 1877.

On connaissait déjà le climat politique et culturel lors des élections législatives de 1877 où se présentait l'un des premiers républicains de la région Quimpéroise, à savoir Louis Hémon, face aux résistances locales conservatrices et catholiques. Jean-René Bolloré, l'adversaire de Louis Hémon publia un petit tract virulent en breton : « Voti evit Loiz Hemon a zo eta voti evit eur mignoun touet da C'hambetta, ... gouaderez ar Frans » (le vote pour Louis Hémon est un vote pour l'ami de Gambetta, ... la sangsue de la France).

Ici, dans les colonnes du journal très catholique « Feiz ha Breiz », le ton est un peu plus léger et empreint de moquerie : « Loiz Hemon a ioa ivez dissul e Kerdevot. Ne leveromp ket e vije eat di da bardouna, mez d'en em ziscouez. Ehehe ! an elecsionou a dosia ! » (Loiz Hemon était donc aussi à Kerdévot. Nous ne savons pas s'il est vraiment venu pour le pardon, ou alors plutôt pour se montrer. Ehehe ! il va y avoir des élections !).

Et la morale est sauve car les vieilles bigotes veillent au grain : « Loiz Hemon en doa ancounac'heat eun dra ! cass chapeledou d'ar merc'hed coz ! Ma carje beza great kement-se, en doa gonnezet an oll voueziou an Ergue-Vraz gant an oll galounou ! » (Loiz Hemon a oublié une chose ! l'importance des chapelets des vieilles femmes qui connaissent toutes les intentions de votes du Grand-Ergué).

Ceci nous amène à ré-évoquer l'article en breton sur la chapelle de Kerdévot, aussi dans le journal « Feiz ha Breiz » qui ne manque pas de mentionner l'existence d'une belle statue de saint Théleau chevauchant un cerf : « ouz skeudenn Sant Telo a-ramp war eur c'haro ». La statue aux couleurs pastels de l’évêque en chape, mitre et crosse a été magnifiquement restaurée en décembre 1979 par le sculpteur gabéricois Laouic Saliou.

La légende rapporte qu’un seigneur offrit à l’ermite Télo les terres qu’il pourrait enclore en une nuit, avant le chant du coq ; le saint se servit d’un cerf comme monture pour délimiter son nouveau territoire.
En fait, tout comme le député Loiz Hemon en 1877 parmi les ouailles du pardon de Kerdévot ?

En savoir plus : « Loiz Hemon hag chapeledou ar pardoun braz e Kervevot, Feiz ha Breiz 1877 »,
« Chapelle de Kerdévot, sant Telo et Gwenêl en breton, Feiz ha Breiz 1926 »

Billet du 05.04.2015


Nota : le bulletin Kannadig de fin du premier trimestre 2015 est actuellement en cours d'élaboration ; qu'on se le dise, il sera bientôt en ligne.

[modifier] 42 Fin des terres vaines et vagues

« Qu'il existe à Keronguéo, en la commune d'Ergué-Gabéric des communaux ou terres vaines et vagues consistant notamment dans la parcelle de terre ci-après désignée : Section B n° 234 Kéronguéo, Leurquer d'antraon, pâture, 15 ares 30 centiares », maitre Morel, 1912

Billet du 21.03.2015
Billet du 21.03.2015

Avant la Révolution, les terres dites vaines et vagues étaient nombreuses en Basse-Bretagne et consistaient en parcelles partagées par les habitants d'un village. Elles étaient vaines car ne rapportant rien, et utilisées uniquement pour la pature, ou comme aire commune. Elles étaient vagues car vides et peu propices aux cultures. Ces terres étaient en indivision entre les habitants du village, et ne pouvaient être vendues : à la mort d'un habitant, le droit d'utilisation en nature de ces communs de village passait automatiquement à l'héritier des lieux.

À la Révolution, il est décidé dans un premier temps que ces communs de village appartiennent aux nouvelles communes, ceux qui subsistent étant rebaptisés communaux. Mais en 1792 une loi spéciale maintient « pour les cinq départements qui composent la ci-devant province de Bretagne » une exception : les terres vaines et vagues appartiennent aux « habitants des villages... actuellement en possession du droit de communer ... », et donc le partage et revente ne sont pas autorisés. Cela restera vrai jusqu'en décembre 1850 lorsqu'une nouvelle loi permet aux habitants de village de casser les indivisions et de procéder à leur partage par répartition.

Grâce à des documents inédits et des publications dans la presse, on sait maintenant comment les terres vaines et vagues d'Ergué-Gabéric ont été privatisées en toute légalité.

En 1912 les cousins Bolloré, héritiers de terres et maisons à Keronguéo, décident de lancer la procédure de partage. Le premier à le faire est Eugène, mercier à Quimper, qui est célèbre par ailleurs pour avoir en 1905 "racheté" l'établissement du Likès confisqué à une congrégation catholique. Dès janvier il demande au tribunal de statuer sur le partage des terres vaines et vagues du village de Keronguéo, avec notamment cette parcelle « Leurquer d'an traon » ("aire du bas du village").

En juin 1912, le deuxième héritier René Bolloré, « propriétaire et industriel, demeurant à Odet, en Ergué-Gabéric » prend la relève de son cousin, ce dernier étant mentionné comme premier demandeur dans le jugement. Les arguments de l'avoué Morel et les conclusions du tribunal expliquent bien le mécanisme de transformation des communs de village en propriété privée : cf article détaillé.

Il est intéressant de noter qu'aujourd'hui on se pose encore la question de la légalité des terres vaines et vagues qui auraient échappé à une privatisation. En 2014 un débat a lieu sur le statut juridique du site de Notre-Dame des Landes. En 2009 le député Jean-Jacques Urvoas pose deux questions écrites à l'Assemblée Nationale sur ce sujet des terres vaines et vagues : « En l'état, celles-ci, qui couvent encore des centaines d'hectares, notamment dans le Finistère et le Morbihan, constituent des biens dont la propriété demeure indivise ... ». La réponse publiée dans le Journal Officiel n'abonde pas dans le même sens.

En savoir plus : « 1912 - Partage de terres vaines et vagues de Keronguéo Leurquer d'antraon »

[modifier] 43 Harpe celtique, ragoût spartiate

« Faisons le tour de ce qu'on sait de la harpe en Bretagne aux XIIIe, XIVe et XVe siècles ... Pour les instruments de petite dimension le nombre de cordes ne dépassait guère sept ... », Alan Stivell et Jean-Noël Verdier

Billet du 14.03.2015
Billet du 14.03.2015

Le découvreur infatigable Pierrick Chuto nous écrit : « Ci joint le Courrier du Finistère N° 554 du Samedi 20 septembre 1890. Peux-tu nous renseigner sur le ragoût noir qui aurait plu aux spartiates sous les tentes de Kerdévot ? »

En effet ce journal catholique ne manquait pas de relater chaque année le pardon de Kerdévot : « Ce pardon, déjà très ancien, est sans contredit la plus vaste et la plus noble expression de notre antique foi bretonne ... Les femmes chantaient des cantiques bretons et la fête religieuse s'est terminée par la bénédiction du Très-Saint-Sacrement. »

Et sur le placître de la chapelle c'est la fête païenne, donc le fameux ragoût noir servi sous les toiles des stands des restaurateurs. Et le journaliste de faire le parallèle avec le plat antique des spartiates. Plutarque indique que « parmi les plats, celui que spartiates apprécient le plus est le ragoût noir ; c'est au point que les vieillards ne demandent même pas de viande ; ils la laissent aux jeunes et font leur dîner du brouet qu'on leur verse. » C'est pour les Grecs un véritable sujet de curiosité. Le plat était composé de viandes rôties de chèvre et porc, de sel, de vinaigre et de sang, ce bouillon cuit à feu doux pendant des heures ayant cette couleur noire caractéristique.

Aux 19e et 20e siècles, le ragoût de Kerdévot était, quant à lui, constitué de viande de bœuf : «  D'autres se ravitaillaient dans des stands où on trouvait de la soupe, du ragoût de bœuf, du café », Pierre Roumégou, 1980.

Quant à la très belle photo de la harpe celtique, elle est de Jean-Yves Cordier, sur son blog sur la nature et le patrimoine finistèriens, au rythme de ses promenades et découvertes inédites, notamment à Ergué-Gabéric où il passe de temps en temps, comme en septembre dernier le jour du pardon de Kerdévot, photographiant sous toutes ses coutures le retable et annotant de ses connaissances et observations.

Parmi les très beaux clichés, sur le panneau supérieur du « Couronnement de la Vierge », on remarque ceux des quatre anges et musiciennes tenant guitare, harpe, orgue et flute. Et il évoque même son émotion devant l'une d'entre elles : « J'avoue que je suis tombé amoureux de cet ange au regard inspiré si typique de celui d'une musicienne accordant son jeu à celui des autres joueurs ». On se refèrera aussi à l'ouvrage savant d'Alan Stivell et Jean-Noël Verdier, incluant un cliché de la même harpe d'origine celtique de Kerdévot.

En savoir plus : « Le ragoût noir des spartiates sous les tentes de Kerdévot, Courrier du Finistère 1890 », « CORDIER Jean-Yves - Les anges musiciens du retable de Kerdévot », « STIVELL Alan & VERDIER Jean-Noël - Telenn, la Harpe Bretonne ».

[modifier] 44 Les héritiers du Cleuyou #3

« Sous la Restauration, électeur et éligible à la Chambre des députés, puisqu'il paie 1235 francs d'impôts et figure parmi les plus riches notables de l'arrondissement électoral de Quimper », Bruno Le Gall et Jean-Paul Péron, La franc-maçonnerie à Quimper au XVIIIe siècle.

Billet du 07.03.2015
Billet du 07.03.2015

Cela va faire presque deux an, en mai, lorsque les arbres centenaires de l'allée rabinière du Cleuyou furent malencontreusement abattus par les services municipaux.

Aujourd'hui on découvre un document de 1821 où cette allée est mentionnée comme obligation d'entretien par les meuniers du lieu qui ne pourront « couper ni émonder aucune espèce de bois ou arbres » et feront « le nombre de leurs journées de charroi de pierre à l'effet de réparer et entretenir en bon état l'allée principale conduisant de Quimper au manoir »

Quant aux propriétaires du manoir de l'époque, nous n'avions aucune attestation officielle de leur titre à ce jour. Ils sont explicitement désignés ici : «  Mr Vincent Simon Marie Mermet et Dame Marguerite Péron son épouse  ».

Vincent Simon Mermet avait tenté d'acquérir le manoir du Cleuyou à la vente aux enchères de 1795, mais à la 3e bougie c'est la citoyenne Merpaut qui emporta la mise. Par contre Vincent Mermet acheta la métairie de Kervreyen dans les mêmes conditions. Il signait à l'époque Mermet Le Jeune. Il n'est pas connu comme ayant été initié dans une loge maçonnique, mais son demi-frère Pierre-Marie était Grand-Ecossais de « L"heureuse Maçonne », et son neveu Louis Pierre était Maitre Bleu de « La Parfaite Union ».

Les époux Mermet auront une fille qu'ils marieront à un militaire de carrière, Guillaume Le Guay. Ce dernier qui depuis ses 16 ans avaient servi l'armée républicaine, puis impériale, dut refuser de partir pour la campagne d’Italie (1805), en argumentant qu’il projetait un mariage avantageux. Avec son épouse Cécile, il vint habiter le Cleuyou.

En savoir plus : « 1821 - Subrogation de ferme du moulin du manoir du Cleuyou des époux Mermet », « Les Mermet, propriétaires du manoir du Cleuyou et de Kervreyen ».


Nota 1 - Dans une prochaine série des héritiers du Cleuyou, on présentera les exploits militaires de Guillaume Le Guay : engagé dès 1789, à 16 ans, dans les volontaires de la Manche, il est élu capitaine de grenadiers par ses hommes. Envoyé à l’Ouest pour mettre fin aux soulèvements contre révolutionnaires et prévenir les tentatives de débarquements anglais, il participe au siège de Granville en 1793 et à l’expédition d’Irlande en 1798, où il est fait prisonnier.

Nota 2 - Merci aux nombreux témoignages reçus suite aux rubriques nécrologiques de la semaine dernière : « Fanch Ster (1930-2015), commerçant et gardien de but des Paotred-Dispount » et « Jean Kergourlay (1926-2015), infirmier et coureur à pied »

[modifier] 45 Kelou maro an Erge-Vras

« ERGUÉ-GABÉRIC - PLONÉIS - DRAVEIL - PONT-L'ABBÉ. Nous avons l'immense douleur de vous faire part du décès de M. François LE STER survenu à l'âge de 85 ans. De la part de son épouse, Jeannine, née Le Talidec ; ses enfants ... », Le Télégramme, 28.02.2015.

Il est des fins de semaine où les avis mortuaires apportent de la tristesse. Ainsi les deux derniers week-ends où deux grands sportifs « du cru » nous ont quitté.

Fanch Ster, décédé la semaine dernière, sera enterré mardi 3 mars en l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric. Tous les habitants du village de Stang-Venn, et les sympathisants des Paotred-Dispount seront tous là pour lui témoigner leur amitié et sympathie.

Une page qui se tourne certes. Et l'occasion de proposer ci-dessous la double page d'hommage qui fut publiée dans le livre souvenir des 100 ans des Paotred en 2013 : « Né à Stang-Venn en 1930, fils d'un père boulanger trop vite disparu, François épouse Jeanine en 1959. Ils donneront toute leur vie à l'alimentation de la Vallée-Blanche. Les voyages, les 35 heures, ce n'est pas pour eux. À 16 ans, « Fanch » signe sa 1ère licence : il sera gardien de but de l'une des deux seules équipes qui forment le club des Paotred. ».

L'autre grand sportif, enterré lundi dernier, est Jean Kergourlay, coureur à pied dans sa jeunesse. L'un de ses amis témoigne : « Jean Kergourlay était de Kervian, pas loin de Penn Carn. C'était un excellent coureur à pied, assez renommé dans la contrée, et je crois savoir même champion de Bretagne, ou alors bien placé. Il serait peut-être intéressant de connaître un peu mieux son palmarès. J'étais assez jeune alors, donc je ne suis pas certain. Puis je l'ai côtoyé à Gourmelen, où il était aussi infirmier. Il habitait au Rouillen, et avec son épouse il avait monté un petit commerce de fleurs. »

Un appel est lancé :

  • Jean Kergourlay fut-il champion de bretagne ?
  • En quelle année et pour quel type de course ?
  • Toute aide et/ou témoignage sont bien-sûr les bienvenus.

En savoir plus : « Fanch Ster (1930-2015), commerçant et gardien de but des Paotred-Dispount », « Jean Kergourlay (1926-2015), infirmier et coureur à pied ».     Billet du 01.03.2015

[modifier] 46 Assaut de Souchez en Artois

« Le peuple des paysans ne fournit pas, ou peu, d'officiers. Ergué-Gabéric n'échappe pas à la règle. Toutefois, il arrive qu'un fils de paysan s'émancipe. Ainsi Jean Louët ... », Jean-François Douguet, 07.2014.

Jean Louët, né le 28 novembre 1874 au village de Keranroué en Ergué-Gabéric où ses parents étaient simples cultivateurs, est un militaire gradé, décoré de la Légion d'Honneur pour acte de courage lors de la Bataille d'Artois en mai-juin 1915 : c'est ce que nous détaillent son dossier dans la base de données « Léonore  » et le Journal de Marche et Opération de son Régiment sur le site « Mémoires des Hommes ».

Après son service militaire en 1898, il entre dans la Garde Républicaine où il est successivement élève garde à pied, garde à pied le 8 décembre 1899, brigadier à pied, puis maréchal des logis. En octobre, incorporé au 97e Régiment d'Infanterie, il est promu sous-lieutenant, qualifié « à TT » (à titre temporaire). Ce grade voulait dire qu'il est jugé capable de remplir cette fonction par son encadrement, mais que les circonstances ne permettent pas de suivre la procédure administrative.

Le 9 mai 1915, il est en Artois au nord d'Arras, près du village de Souchez. Après le tir de 1 200 canons, l’assaut est donné, mais les soldats français sont nombreux à s’effondrer face aux mitrailleuses allemandes. Ce jour-là Jean Louët sera blessé lors de l'assaut de Souchez, la première « par éclat d'obus à la main droite », et la seconde « d'une balle au bras gauche avec fracture esquilleuse de l'humérus ».

Il sera nommé quelques jours plus tard Chevalier de la Légion d'Honneur et reçoit la « croix de guerre avec palme », avec cette citation : « Véritable entraineur d'hommes. A le 9 mai 1915 conduit avec une remarquable ardeur ses hommes à l'assaut des tranchées ennemies. Blessé à la main au début de l'action, a conservé son commandement. A été gravement blessé au delà de la 3e ligne ennemie. »

Le Journal de Marche et d'Opérations du 97e Régiment d'Infanterie atteste bien que les troupes du 2e Bataillon de Jean Louët a bien réussi son assaut : « À 10 heures, débouché des unités de 1ère ligne, suivie rapidement des unités de renfort, tandis que le 3ème Bataillon vient de suite occuper les emplacement prises et dépassées (10h20). Le passage des 3 lignes de tranchées allemandes et du terrain en arrière, couvert de boyaux et de rameaux [...] À 11 heures, arrivé au Cabaret Rouge des premiers éléments du 97e. »

Manifestement Jean Louët n'est pas revenu former une famille dans sa commune de naissance, il est décédé à 52 ans en 1926 dans le département des Hautes Alpes. A-t-il laissé des descendants qui pourraient nous en apprendre plus sur sa vie bien remplie ?

En savoir plus : « Jean Louët (1874-1926), sous-lieutenant du 97e RI », « Espace des Poilus sur GrandTerrier ». Billet du 21.02.2015

[modifier] 47 Dans la fosse des Comores

« Quant à l'histoire du Cœlacanthe, c'est une grande aventure. Ce poisson Crossoptérygien n'était connu que des paléontologistes qui tenaient sa famille pour éteinte depuis le Crétacé », Yves Coppens, Pré-ambules : Les premiers pas de l'homme.

Croquis de Laurent Quevilly publié dans « Mémoires parallèles », Gwenn-Aël Bolloré, Editions Jean Picollec 1996 ~ Billet GT du 07.02.2015
Croquis de Laurent Quevilly publié dans « Mémoires parallèles », Gwenn-Aël Bolloré, Editions Jean Picollec 1996 ~ Billet GT du 07.02.2015

Tout gabéricois qui se respecte, né avant les années 1970, sait encore aujourd'hui ce qu'est un cœlacanthe pour avoir vu ce poisson légendaire et ses immenses œufs, conservés au Musée océanographique d'Odet, du vivant de son fondateur et capitaine au long cours, Gwenn-Aël Bolloré. On croit même, à tort bien sûr, que ce dernier en est le premier découvreur, mais en fait depuis 1938 des scientifiques sud-africains et anglais ont décrit les premiers spécimens pêchés en eaux profondes.

En 1974 Gwenn-Aël Bolloré, qui a participé deux ans plus tôt à une mission scientifique du professeur Jean Anthony aux Comores (avec la pêche de deux cœlacanthes identifiés sous les numéros 70 et 71), publie ses réflexions sur les théories de l'évolution et son journal de bord, sous le titre « Evolution et pêche au cœlacanthe ». Et l'année suivante la revue Historama en édite un résumé : « Histoire de l'évolution : le cœlacanthe, fossile vivant mais inexplicable » .

En 1976 Jean Anthony, breton également, né à Chateaulin en 1915, fait paraître l'histoire complète de sa découverte, et décrit ainsi l'arrivée de son ami Bolloré : « 8 janvier. Dans une heure, l'effectif de l'équipe aura doublé. Gwenn-Aël Bolloré et Quentin Bone (" british marine biologist ") vont débarquer vers 10 heures de l'avion de Dar es Salaam. Inutile de les présenter l'un à l'autre, ils ont fait connaissance dans les nuages - Bone a dû repérer Gwenn-Aël Bolloré à sa casquette de marin - et se montrent pleins d'entrains en dépit d'une fin de traversée pénible. ».

En 1981, lors d'un reportage des équipes de FR3, Gwenn-Aël nous explique, dans son musée, devant des œufs et un cœlacanthe conservés dans du formol : « On ne savait absolument pas comment les cœlacanthes se reproduisaient, on ne savait pas s'ils étaient ovipares ou vivipares. En fait ils sont ovo-vivipares, ça veut dire qu'ils ont des œufs, et que les œufs éclosent à l'intérieur du cœlacanthe. Et ces œufs sont extraordinaires de par leur taille, car ils sont gros comme une grosse balle de tennis, ce qui exceptionnel pour des poissons. »

En savoir plus : « BOLLORÉ Gwenn-Aël - Evolution et pêche au coelacanthe », « Le coelacanthe, fossile vivant, expliqué par G.-A. Bolloré, Historama 1975 », « ANTHONY Jean - Opération Coelacanthe », « CHANTREL Maette - Les crabes de l'Odet, un musée pas comme les autres », « ANTHONY Jean - Opération Coelacanthe », « BOLLORÉ Gwenn-Aël - Mémoires parallèles »

Nota : aujourd'hui encore on s'interroge sur les origines du cœlacanthe, soit par exemple dans la revue scientifique « BioEssays » (Volume 35, Issue 4, pages 332–338, April 2013), cet article en anglais « Why cœlacanths are not ‘living fossils’ ».

[modifier] 48 Nouvelles technologies du 19e

« L’apparition du reportage est liée à la mise au point du télégraphe électrique et d’un système de transmissions rapides, sans lequel les journaux ne pourraient pas utiliser des récits écrits à l’autre bout du monde », Serge July, Dictionnaire amoureux du journalisme, 2015

Quimper, contrairement à Brest, n'a pas eu la chance d'avoir son télégraphe aérien à la fin du 18e siècle. Les 580 km de la ligne Paris-Brest furent achevés en 1799. Elle était faite de petites tours carrées en pierre appelées « exhaussements », servant de relais, avec à leurs sommets un appareil muni de bras de bois articulés et mus par une manivelle, dont la position formait des figures constituant un code que le veilleur de la tour suivante devait reproduire.

Par contre en 1853 une vraie ligne de télégraphe dit électrique fut réalisée entre Nantes-Quimper-Brest, avec un fil tendu entre des poteaux, et cette technique utilisant le code Morse permit la généralisation les émissions et réceptions de télégrammes.

Et Jean-Marie Déguignet s'est interrogé sur cette nouvelle technologie dans ses Mémoires de paysan bas-breton, dans un texte d'antologie : « Voilà encore une chose qui donnait du travail à mon esprit, qui ne pouvait rien voir sans chercher de suite la raison d'être, le pourquoi, l' x comme disent les mathématiciens ».

Il faut dire que ses concitoyens, le maire de Kerfeunteun y compris, étaient plutôt dépassés :

« il me dit que le fil de fer posé entre Brest et Quimper servait à porter les nouvelles, que ces nouvelles étaient écrites sur un petit morceau de papier qu'on entrait dans le fil, on soufflait dessus puis aussitôt il était rendu à l'autre bout.
- Mais, j'ai vu les ouvriers couper le fil, lui dis-je, et il n'était pas creux.
- Non, dit-il, mais le papier fait le creux en passant.
 »

Jean-Marie Déguignet, avec son sens de l'expérience pratique, tente alors d'appréhender la vérité en grimpant en haut d'un poteau télégraphique ...

Quant au chemin de fer, que les habitants de Quimper et d'Ergué-Gabéric ne verront que dix ans plus tard en 1863, l'imagination était aussi vive pour se le représenter : « le maire me dit que c'était un chemin tout en fer, le fond, les deux côtés en forme de murailles et le dessus. C'était comme une grande boîte dans laquelle on mettait des voitures attachées l'une à l'autre, et dans la dernière, on mettait le feu ; alors, toutes se sauvaient comme ayant le feu au derrière ("an tan en o reor" en breton). »

En savoir plus : « Apprentissage des nouvelles technologies selon Jean-Marie Déguignet »

Billet du 31.01.2015


En guise de compléments, voici deux articles de journaux :

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgen 1899, l'histoire d'une ligne téléphonique privée de 34 kilomètres entre les deux usines à papier de l'industriel Bolloré : « Vandalisme sur la ligne téléphonique privée Odet-Cascadec, Union Agricole 1899 »

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgen 1911, la protestation des agriculteurs gabéricois contre la ligne qui allait traverser leurs terres, avec comme avantage de desservir la papeterie d'Odet : « Contre la ligne de chemin de fer de Briec à Ergué-Gabéric, Progrès du Finistère 1911 »

[modifier] 49 À la défense de Paris en 1871

« Né d'une honorable famille de cultivateurs d'Ergué-Gabéric, Cuzon était bien réellement le fils de ses œuvres », Le Finistère, 1880.

"Le siège de Paris", Jean-Louis-Ernest Meissonier
"Le siège de Paris", Jean-Louis-Ernest Meissonier

En 2007 Henri Chauveur, dans le cadre de l'association Arkae, avait déjà publié un article détaillé sur ce jeune militaire breton, natif de Bohars en Ergué-Gabéric, décoré du titre de Chevalier de la Légion d'Honneur. À l'époque nous n'avions que peu d'informations sur les faits d'armes en pleine guerre de 1870-71 qui lui avaient valu sa décoration. Aujourd'hui, un article découvert par Pierrick Chuto, publié le 24 novembre 1880 dans le journal « Le Finistère » pour rendre compte du décès de Pierre-Marie Cuzon, nous en apprend un peu plus.

Grâce au témoignage de l'officier présent à l'enterrement, l'article nous explique la préparation des bastions et batteries tout autour de la capitale les bombardements près du fort de Vanves, opérations pendant lesquelles Pierre-Marie Cuzon était présent : « Employé d'abord sous les ordres du capitaine Denis à l'armement des bastions 43, 44, 45 et 46 de l'enceinte continue, Cuzon suivit cet officier au poste d'honneur qui lui était assigné en avant du fort de Vanves. »

Affecté donc au départ entre les portes de Clichy et d'Asnières, il rejoint ensuite une batterie située plus au sud entre le fort de défense de Vanves et les canons prussiens des hauteurs de Chatillon-Montrouge: « Pendant la première journée du bombardement (qui dura 23 jours sans interruption), 45 servants furent tués ».

Après les décès successifs des commandants de sa batterie, le soldat gabéricois en prit la direction : « Ainsi Cuzon, dans deux circonstances exceptionnelles en face de l'ennemi, a commandé une batterie de siège et a su imprimer à ses hommes le sentiment du devoir en les maintenant autour des pièces, malgré un feu meurtrier de la part de nos adversaires ».

Et les honneurs militaires lui furent attribués après guerre : « Cuzon fut récompensé de sa belle conduite par la croix de chevalier de la Légion d'honneur ». À quelle date reçut-il cette récompense ? Dans son dossier il est question du décret du 11 janvier 1871, mais cela est peu probable, car il participa aux combats qui durèrent jusqu'à la signature de l'armistice le 28 janvier : « dirigeant encore un feu meurtrier sur l'ennemi, alors que les forts de Vanves et d'Issy avait cessé la lutte » ; « il reçut une égratignure du dernier coup de canon tiré par l'ennemi. » Après la défaite contre l'armée prussienne, il ne resta pas dans les rangs des « militaires Versaillais » en prise avec les « fédérés communards », il rejoignit son corps de la Marine et la Cochinchine.

En savoir plus : « Mort de Pierre-Marie Cuzon héros de la guerre de 1870, Le Finistère 1880 », « Pierre Marie Cuzon, Chevalier de la Légion d'Honneur (1871) »

Billet du 25.01.2015

[modifier] 50 Les héritiers du Cleuyou n° 2

« Votre mérite et les services que vous avez rendus à la cause commune exigent que tout ce qui vous appartient, soit mis sur un pied à part : que votre père doive cette distinction au mérite du fils », William Windham, Londres, 28 oct. 1794

Comme nous l'avions évoqué il y a trois semaines dans un billet sur les premiers héritiers déclarés après la Révolution de 1789, le manoir du Cleuyou fut vendu comme « bien national », confisqué à son détenteur noble émigré, François-Hyacinthe de Tinténiac. Nous savons aussi que le fils de ce dernier était un officier chouan mort à Coëtlogon d'une balle tirée par un soldat de la République pendant le débarquement anglais de Quiberon en 1795.

Mais que sait-on plus précisément sur cette famille et son rapport exact au manoir du Cleuyou en Ergué-Gabéric, proche de la ville de Quimper ? Pour le savoir nous avons bénéficié de l'aide précieuse de Bernard Baffait qui, pour bâtir sa saga historique du Chevalier Kerstrat, a rassemblé un impressionnant fonds documentaire sur les Tinténiac et leurs contemporains en cette fin du 18e siècle.

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgTout d'abord nous découvrons que l'oncle de l'émigré insurgé du Cleuyou est décédé en 1760 au chateau et qu'il fut inhumé dans l'église paroissiale d'Ergué-Armel, et non dans le cimetière, ce qui était devenu rare et attestait d'un droit à enfeux réservé aux familles nobles importantes.

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgEn 1757 le marquis de Tinténiac, neveu du précédent, s'illustre lors de la défense du port de Lorient contre les anglais pendant la guerre de 7 ans : ce « Tinténiac, qui en 1757 sous Louis XV, à la tête de ses Bretons, contribua pour sa grande part à repousser les troupes britanniques qui voulaient s'emparer de Lorient ».

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgFrançois-Hyacinthe, héritant du domaine du Cleuyou par son oncle et habitant par ailleurs son bel hôtel particulier quimpérois, se lance dans la contestation des idées nouvelles de la Révolution, et même avant il signe en 1789 la protestation des 800 nobles de Bretagne et du Comté Nantais contre la décision royale de suspendre les États de Bretagne du Parlement de Rennes.

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgEn 1791 le père et le fils Vincent font semblant d'organiser une partie de chasse au manoir de Trévarez, en invitant tous les insurgés nobles de Basse-Bretagne.

Image:Right.gifImage:Spacer.jpgFin octobre 1794, contraint d'émigrer à l'étranger, François-Hyacinthe rejoint son fils et sa fille à Londres, où il arrive dans un état de dénuement complet, tout du moins si l'on en croit son témoignage dans sa lettre au ministre William Windham : « Je suis arrivé ce matin à Harwich à pied, n'ayant qu'une demie guinée. [...] Je ne puis me présenter chez vous, Monsieur, dans ce moment, n'ayant qu'une chemise que je porte depuis un mois, après avoir épuisé tous mes moyens de subsistance pour moi et mon domestique, qui ne m'a pas quitté dans mes malheurs. »

En savoir plus : « Noblesse de Tinténiac propriétaire du manoir du Cleuyou avant la Révolution », « BAFFAIT Bernard - Le Chevalier Kerstrat, Chouan des Lumières », « CLOHARS-CARNOET G. (de) - Le chevalier de Tinténiac et la chouannerie », « MACÉ DE VAUDORÉ Jean-François (de) - Noblesse de Bretagne et du Comté Nantais », « PÉRON Goulven - Le clergé de Laz de 1754 à 1800 »

Billet du 18.01.2015

[modifier] 51 Marseillaise en langue bretonne

« Halo bugale demeuz ar Vro, Devez ar gloar zo aruet, Enep demp euz ar goazkerezo, An drapo goaduz zo savet (bis) [...] D'an armou ! bourc'hizien, krouet ho pandenno, Kerzomp (bis) eur goad 'hudur var hon irvi redo ! »

Cette semaine il n'y aura pas le billet habituel du GrandTerrier.

Tout d'abord parce que le sujet qui était prévu aurait eu une mauvaise résonance avec l'actualité nationale.

Et puis parce que tout simplement, par solidarité, nous préférons brandir le crayon et l'humour de Charlie.

« Il faut rire avant que d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri », [La Bruyère, IV]

« Il faut rire de tout. C'est extrêmement important. C'est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans. », [Pierre Desproges]

Rire de tout et de tous sans exception, de Mohammed, des Cathos, des Belges, des Juifs, des Communistes, des Américains, ... et même des Bretons.

Et pour finir, quand bien même on serait un peu pompette et sonné par les évènements, on ne vous fera pas l'affront de « chanter la marseillaise en breton », on préfère entonner avec vous la version combative et humaniste du chansonnier Pierre Ménager :

Allons les enfants de la France,
Le jour de gloire est arrivé.
Dans le ciel couleur d’espérance
L’Étendard de justice est levé
L’Étendard de la fraternité.
La République nous appelle
Debout peuple fier et rebelle,
Nous vaincrons l’injustice et la peur.
Aux tyrans arracherons des pleurs.

Billet du 10.01.2015

[modifier] 52 Kannadig ar bloavezh mat 2015

« Bloavezh mat d'holl dud an ti-mañ, Bloavezh mat digant GrandTerrier ! Levenez d'ar re yaouankañ. D'ar re gozh, yec'hed, buhez. D'ar mevel, kalon d'al labour. 'Pad ar bloaz ur vestrezig ! D'ar plac'h a di kant servijour, Ra 'do buan ur gwazig », "20 chansons populaires", 1936, François Jaffrenou

Que les souvenirs de l'année 1915 servent à bâtir une superbe année 2015, faite de coups de cœur, de sérénité, de surprises, de rigolades, d'allégresse ...

Ha petra c'hoaz ? What else ? As the New Year dawns, we all hope it is filled with the promises of a brighter tomorrow. Und wünsche allen ein glückliches une gesundes neues Jahr 2015.

Voici donc le petit Kannadig trimestriel de 30 pages, avec sa 1ère de couverture remodelée, et à son sommaire tous les articles et billets publiés depuis octobre dernier :

  • 2e de couv - Photo-énigme et table des matières
  • p. 1-2 - La Grande Guerre d’Ergué-Gabéric et des Cornouaillais
  • p. 2-4 - Les pécules de sœurs de poilus morts pour la France
  • p. 4-8 - Les héritier(e)s du manoir du Cleuyou au 19e siècle
  • p. 9-10 - Contre le travail du dimanche à Odet-Cascadec
  • p. 11-12 - Le scandale clérical du Frère des Ecoles Chrétiennes
  • p. 13-15 - Le procès d’Yves Pennec, sorcier voleur et dépensier
  • p. 15-18 - Roman historique de Geslin, chouan noir de Pennarun
  • p. 18-22 - Une institutrice bonne et douce à l’école du Bourg
  • p. 22-23 - Des malles entières de vieilles photos de couples
  • p. 23-25 - Une vierge terrassant un démon à Kerdévot
  • p. 26-27 - Les Bretons, âmes fières et esprits valeureux
  • p. 27-28 - Le pardon et la balade de Pierre Roumegou
  • p. 28-30 - Autret-Missirien écrivain de Lezergué au 17e siècle
  • p. 30 - Le manoir de Lezergué couleurs pastel et aquarelle

Et que dire de la fréquentation du site Internet qui est passé en fin d'année aux couleurs du .bzh : en 2014 vous avez été presque 3 millions de visiteurs uniques ! Soit une moyenne de 7974 par jour ! (6856 l'année précédente)

Cette fidélité et cette progression sont bien sûr énormes et constituent un encouragement à poursuivre l'aventure. Merci !

Lire et imprimer le bulletin : « Kannadig n° 28 Janvier 2015 »

Billet du 02.01.2015