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[modifier] 1 Du bleu au pardon de Kerdévot

Billet du 27.08.2016 - « Les chansons d’autrefois toujours nous les chantons ! Oh ! nous ne sommes pas les derniers des Bretons ! Le vieux sang de tes fils coule encor dans nos veines, Ô terre de granit recouverte de chênes ! », Auguste Brizeux, Marie

Dans deux semaines, le samedi 10 et dimanche 11 septembre aura lieu le grand pardon de Kerdévot. À cette occasion nous vous proposons tout d'abord une évocation d'un pardon spécial en mai 1907 où 5.000 pèlerins sont venus écouter un prédicateur « glazik », et également un rappel de la caractéristique du bleu des lieux.

L'article du 15.05.1907 du journal « L'indépendant du Sud-Finistère », débute par une présentation des lieux : « À 10 kilomètres de Quimper, dans un site pittoresque de la belle commune d'Ergué-Gabéric s'élève une antique chapelle ...  ». L'article évoque ensuite les pèlerinages ou pardons récurrents qui y ont lieu : « En Septembre, c'est le Pardon avec sa foule pieuse, mais aussi avec ses nombreux curieux, ses boutiques, ses attractions profanes. »

Et enfin, en ce dimanche de 1907 qui suit la fête de l'Ascension, un grand rassemblement est organisé à l'intention des « 14 communes les plus rapprochées de Kerdévot ... ; toutes les personnes qui voudront se joindre au pèlerinage y seront reçues avec bonheur. »

L'invitation est lancée par le Comité de la Ligue Patriotique des Françaises, une association nationale féminine très liée au départ au parti politique d'Alliance Libérale Populaire et ensuite constituée en mouvement d'église en 1906. L'association est très active en Bretagne dans les manifestations de résistance aux expulsions des congrégations religieuses en 1902 et aux inventaires d'églises en 1906.

Le caractère féministe de la journée est néanmoins relatif car « Ce pèlerinage n'est pas exclusivement pour les ligueuses, les hommes sont aussi instamment priés d'y venir », et pendant les vêpres et le prône « les hommes sont aux premiers rangs »

L'évènement se déroule dans les mêmes conditions que le grand pardon de septembre (cf annonce du 31 août dans le même journal) : messes matinales à partir de 6h, grand'messe de 10h, vêpres, processions avec bannières, costumes traditionnels, bénédiction, cantiques bretons ...

Le clou de la journée est la prestation en langue bretonne du prédicateur Auguste Chuto, popularisé par son petit fils Pierrick Chuto dans un livre paru en février dernier : « c'est un glazik, M. Auguste Chuto, de Penhars, qui va parler ».

Le personnage est impressionnant, devant un auditoire de 5.000 pèlerins, en plein vent et sans micro, pendant une heure il prononce une allocution en breton très convaincante : « Point de plan académique, mais un faisceau d'idées, qu'il veut communiquer à ses pays, et, pour y arriver, son langage se fait persuasif, véhément, surtout ému. Il procède par comparaisons, images, et l'on voit tour à tour l'hypocrisie de nos gouvernants ... ».

  Et l'émotion saisit les hommes : « Quand l'orateur dépeint les ravages de l’École athée, la guerre religieuse d'aujourd'hui et de demain, les inventaires, la chasse aux prêtres, les morts sans le secours de la Religion, le gâs breton dont l'instituteur officiel n'a pu éteindre la Foi, réclamant à cor et à cri un prêtre pour l'absoudre, et dans le désespoir de l'agonie, clamant le nom de sa mère : Mam ! ... Je vois bien des hommes, qui, furtivement, essuient une larme. »

Nul doute que Pierrick Chuto, dans son prochain tome 2 des « Cléricaux contre laïcs en Basse-Bretagne » évoquera le passage de son grand-père à Kerdévot en mai 1907.

Savez-vous que le bleu tendre des portes de la belle chapelle de Kerdévot, est désormais au catalogue des 20 couleurs de base de la société « Les Malounières », spécialisée dans la confection de peintures à l'huile pour le patrimoine ? La couleur des murailles et haut de la coque de la frégate Hermione en est-elle inspirée ?

Image:Square.gifImage:Spacer.jpgEn savoir plus : « Le bleu Kerdevot, couleur des marines nationale et marchande d'autrefois », « Pèlerinage de la LPDF et conférence bretonne à Kerdévot, L'Indépendant du S-F. 1907 », « CHUTO Pierrick - IIIe République et Taolennoù, tome I »

[modifier] 2 Kerdudal et l'isle Grande Terre

Billet du 21.08.2016 - La Grande Terre, surnommée la « petite Bretagne des Antilles » pour ses paysages agricoles et côtiers, est une île de France qui constitue l'aile est du papillon que forment les deux principales îles de l'archipel de Guadeloupe, l'aile ouest étant la Basse Terre.

Le présent billet est inspiré d'une part par deux documents familiaux communiqués par Jérôme Salaun, dernier exploitant agricole de Kerdudal, et d'autre part par les travaux de la très active association « Généalogie et Histoire de la Caraïbe » publiés sur leur site ghcaraibe.org.

Dans le premier document de 1809 il apparaît que le domaine de la famille noble de La Marche, centré autour du manoir de Lezergué et incluant le village de Kerdudal, a été l'objet d'une expropriation quelques années après la Révolution et vendu aux enchères. Les biens fonciers de Lezergué et de Kerdudal sont restés sous la coupe de leurs propriétaires fonciers de La Marche, pendant tout le 18e siècle, en échappant aux confiscations révolutionnaires.

En effet ces propriétés n'ont pas été vendues comme biens nationaux comme l'ont été en 1795-97 tous les autres biens nobles et ecclésiastiques d'Ergué-Gabéric. Le manoir et ses mouvances sont restés la propriété de la famille de La Marche, malgré le fait que les chefs de famille (François-Louis de La Marche père et son fils cadet Joseph-René-Louis-Marie) sont réputés absents et exilés. Cela peut être surprenant car ces deux nobles sont installés en Guadeloupe à l’île Grand Terre et leur terres sont nombreuses à Ergué-Gabéric.

Un premier élément de réponse est l'action de Joseph-Hyacinthe de La Marche, plus jeune fils resté à Quimper, qui se rapproche des autorités révolutionnaires, et qui conserve certains biens gabéricois dont le domaine congéable voisin de Kerveady. Un 2e point important est l'installation et le mariage outre-mer bien avant la Révolution du fils cadet Joseph-René-Louis-Marie, son père l'ayant rejoint que plus tard.

Nommé « lieutenant en premier » au régiment de Guadeloupe le 18.08.1772, sous-aide-major le 24.12.1773, il quitte en octobre 1774 la Guadeloupe parce qu'il était devenu chef de sa famille à la suite du décès de son frère aîné et « propriétaire de biens assez considérables ». Il obtint alors, « par faveur très particulière », une commission de capitaine pour retraite. Il repasse en 1775 en Guadeloupe, puis retourne en France en 1777 rétablir sa santé. Il se marie le 29.10.1787 au Moule avec Marie Alexandrine Victoire Boyvin, native guadeloupéenne. Ils ont une fille née en 1801 à Antigua : Marie Eugénie Leserguier de La Marche.

En 1792, le couple guadeloupéen s'endette en achetant une habitation située en quartier du Gozier à la Guadeloupe moyennant la somme de 700 000 livres auprès de Dominique Louis Dampierre d'extraction noble. Ce dernier demande en 1809 la vente de Kerdudal : « La dite vente poursuivie à la requête du sieur Dominique Louis Dampierre, et dame Marie Catherine de Baulès son épouse, de lui autorisée, propriétaires habitants de la Guadeloupe, quartier de St Louis du Gozier, isle grande terre ».

 

Les De Dampierre remportent les enchères de ventes des deux tenues de Kerdudal qu'ils conservent pendant sept ans.

Le deuxième document de 1816 est la vente du domaine de Kerdudal à un propriétaire quimpérois. Datant de 27 ans après la Révolution française, il illustre encore un mode de propriété foncière emblématique de l'Ancien régime en Bretagne, à savoir une propriété détenue par un noble auquel un fermier est tenu à domaine congéable par une rente annuelle.

Après les de La Marche, les propriétaires de Kerdudal sont restés les De Dampierre. L'héritier en 1816 est « Guillaume Guy De Dampierre Comte du même nom, demeurant ordinairement à son château de Saint-Philippe commune de Saint-Nicolas de la Balerme (Lot-et-Garonne) ».

L'acheteur des tenues de Kerdudal est Guillaume Favé, propriétaire demeurant à Quimper place Toulallerre, et lors des successions du 19e et 20e siècle les propriétaires fonciers deviendront exploitants agricoles. Cela donnera les générations de familles d'agriculteurs Descamps, Le Ster, ... et Salaun.

Dans un prochain billet, nous remontrons encore le temps sur le domaine noble de Kerdudal, en « mil six cent nonante deux » (1692), et en 1540, avant l'arrivée des de La Marche.

Image:Square.gifImage:Spacer.jpgEn savoir plus : « 1809 - Vente par expropriation forcée des deux tenues de Kerdudal », « 1816 - Transmission des tenues de Kerdudal du comte de Dampierre à Guillaume Favé »

[modifier] 3 Relâche au village de Kerzu(da)l

Billet du 14.08.2016 - Relâche, sf, MAR. : action de relâcher; escale d'un navire en cours de route pour se ravitailler, embarquer ou débarquer des passagers, du fret. "Nous fîmes une courte relâche à Naples, grossière et pleine de cris matinaux" (Barrès, Voy. Sparte, 1906, p. 28).

Dernier des Mohicans de sa génération, né en 1931, il est toujours en activité et il adore raconter le riche passé de son village de Kerzu(da)l, avec beaucoup de douceur et de discrétion qui étonnent ses auditeurs.

Kerdudal est un petit hameau au sud-ouest de la commune d'Ergué-Gabéric, avec un nom qu'il faut bien prononcer Kerzul, la syllabe intermédiaire « da » étant "mangée" par les habitués du lieu.

Même Jean-Marie Déguignet ne dérogeait pas à cette orthographe : « ce chemin passait par Stang a Leur (Kerleur), grand pays de lutins, par Kerzudal, Lézébel pour aboutir à la route de Coray à Quimper ».

Jérôme est intarissable quand il s'agit d'évoquer son manoir : « Voici le vieux manoir de Kerdudal tel qu'il était du temps des de La Marche. Sur le devant côté gauche (en regardant de face) il y avait un escalier extérieur de pierre de 13 marches, que j'ai démoli quand j'ai agrandi le hangar. Sur le linteau de la porte d'entrée, déjà ébréché quand mes grands-parents sont venus, il y a une inscription que j'aimerais bien déchiffrer. Peut-être que l'évêque de La Marche est né ici, et non pas à Lezergué. »

Et il évoque la chapelle de Sainte-Appoline : « La chapelle qui était dans ma prairie au bord du ruisseau de Silvintin a été démolie avant la Révolution. Des pierres ont été utilisées pour rénover la maison voisine du village : une rosace, un bénitier et une grande pierre d'autel. Moi j'ai trouvé aussi une pierre d'angle dans la prairie. Au bas du champ il y avait une fontaine dont l'eau se jette encore aujourd'hui dans le ruisseau. Quand j'ai drainé le champ j'ai vu le conduit de pierre sur 7 mètres entre le ruisseau et la source, les pierres de la fontaine ont du être déplacées. Je peux vous montrer l'endroit. »

Jérôme Salaun est né dans le petit pennty proche du manoir : « La maison était plus haute, avec un toit en chaume. Mon père l'a rabaissé. On vivait avec mes parents et 6 frères et sœurs

 


dans deux pièces au rez-de-chaussée, une cuisine et une chambre. J'ai fait construire ma maison dans les années 1970, et depuis que je suis en retraite j'ai gardé les 7-8 hectares agricoles autorisés, et une dizaine de vaches et génisses. »

Les chemins autour de Kerdudal n'ont aucun secret pour lui : « Le village de Kerdudal était traversé par un chemin qui venait de Quélennec et Kerleur et qui allait jusqu'à Penanros, Lezebel et Quimper. Un jour une charrette attelée à un cheval venait chez nous, chargée de maerl, a renversé dans la descente du Patra, côté Penanros, le gamin qui tenait les rênes n'ayant pas freiné à temps. Du côté de Kerdudal, à partir de Pont-Mein (pont de pierre sur le Patra), le chemin s'appelait "goarem ar pontic" (garenne du petit pont), faisait quelques virages pour remonter la pente, pour arriver près du hangar. Si aujourd'hui vous voulez voir l'endroit du pont, il faut prendre le chemin, longer le champ de blé noir, et descendre le petit chemin à pic, les pierres du pont ne sont plus là, mais il reste une pierre plate. »

On peut effectivement voir cet endroit bucolique avec comme point de repère le panneau jaune n° 23 d'une conduite enterrée de gaz. On avait aussi l'intention de publier les documents de succession et d'expropriation de la famille de La Marche de 1692 et de 1809, mais, comme c'est la relâche estivale, on en fournira les transcriptions au(x) prochain(s) billet(s).

Image:Square.gifImage:Spacer.jpgEn savoir plus, visionner toutes les photos : « Jérôme Salaun, agriculteur et mémoire de Kerzudal, Pont-Mein et Ste-Appoline »

[modifier] 4 Parc-al-lan il y a 11.000 ans

Billet du 07.08.2016 - Le Mésolithique (du grec μέσος / mesos, « moyen » et Λίθος / lithos, « pierre », littéralement « âge moyen de la pierre ») est la période chronologiquement et culturellement intermédiaire entre le Paléolithique et le Néolithique, entre environ 10 000 et 5 000 ans av. J.-C. en Europe. Les groupes humains de cette période perpétuent un mode de subsistance basé sur la chasse et la cueillette sous un climat tempéré.

Benoit Bondet, l'infatigable correspondant du Télégramme pour la commune d'Ergué-Gabéric, avait eu le nez creux quand, en février 2015 et en mai dernier, il titrait ses articles sur le site archéologique de Parc-al-lan : « La préhistoire est dans le pré », « Des débuts de fouilles prometteuses ». À l'époque il écrivait à la lumière des premiers résultats des diagnostics archéologiques, et, depuis plus de deux mois, les fouilles officielles de l'INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) ont montré un nombre encore plus important de découvertes surprenantes.

On connaissait l'endroit comme un endroit de terre d'argile très prisée par les potiers du 18e siècle, mais là nous sommes transportés aux temps plus reculés des cueilleurs-chasseurs qui occupaient les lieux au 9e millénaire avant JC, et un peu plus tard les éleveurs du néolithique entre 2200 et 800 avant notre ère, enfin au haut Moyen Âge entre le 7e et le 11e siècle on y dénote un cimetière, et étonnamment aucune trace d'occupation gallo-romaine.

Les fouilles ont permis de déterrer entre autres deux cimetières de 9 tombes du Bronze et 34 fosses médiévales, des vases funéraires et des gobelets, des galets de silex débités et des points de flèche, un poignard de l'age de bronze, des foyers à pierres chauffées ...

 

Sur la base d'interviews et de visite du site, les journalistes du Télégramme ont publié un article documenté début juillet, des photos des recherches en cours, et une vidéo explicative avec interview du responsable des fouilles : « Pour les chasseurs-cueilleurs on est dans un endroit le long d'un talweg (fond de vallée), une zone où il y avait de la visibilité où ils pouvaient s'installer, et une zone giboyeuse, pas très loin des silex de la baie d'Audierne. Il y a plusieurs raisons qui expliquent cette implantation. Toujours est-il que c'est frappant d'avoir autant de périodes représentées sur ce site. »

Sur la page principale du site Internet de l'INRAP, les fouilles de Parc-al-lan sont aussi à l'honneur depuis le 12 juillet dernier, avec les premiers résultats, des photos légendées et des vues aériennes.

Le rapport final de ces fouilles sera publié vraisemblablement en 2018. Mais un premier rendez-vous est fixé pour une conférence lors des journées du Patrimoine avec les chercheurs de l'INRAP qui présenteront au public leurs premières découvertes en septembre prochain.

Image:Square.gifImage:Spacer.jpgEn savoir plus : « Découvertes archéologiques sur le site de Parc-al-lann, Le Télégramme et INRAP 2016 » avec reportages, articles scientifiques, photos et vidéo.

[modifier] 5 Petit patrimoine à Pont-Odet

Billet 30.07.2016 - Le petit patrimoine englobe tout témoignage visuel et vivant d'une mémoire collective et non classé comme patrimoine institutionnel.

Il s'agit aujourd'hui d'un lieu de mémoires caché derrière les cités résidentielles du Vallon et du Rouillen, à la confluence du ruisseau Patra et de l'Odet, avec ses vieilles serres, son petit calvaire et ses ancestrales pierres d'église. De plus, les serres sont toujours en activité pour du maraîchage bio : David Pacaud vous propose ses beaux légumes au magasin de Pont-Odet le vendredi de 16 à 19H, et tous les samedis matins au parking de la Providence (premier stand au devant de la librairie Ravy).

René et Anne Le Coeur se sont établis dans la ferme de Pont-Odet après leur mariage en 1947. Le père de René, agriculteur de Penhars, avait fait l'acquisition de leur exploitation agricole en 1936 : « La ferme de Pont-Odet, contenant 7 hectares 17 ares 80 centiares, affermée à M. Michel Quintin, jusqu'au 29 septembre 1937, moyennant un fermage annuel de 2.800 francs ». En 1970, c'est la fille de René et Anne, Marie-Noelle, qui créera les serres sur les terres de Pont-Odet, le long du ruisseau Patra.

Les Quintin louaient la ferme depuis quelques générations, et occupaient la maison d'habitation qui a été construite par leur propriétaires dans les années 1895-1898. Témoins de cette construction, la vingtaine de pierres incrustées en façade, des pierres taillées de frontons d'églises et de gargouilles qui sont les restes de la déconstruction de l'église Saint-Mathieu de Quimper en 1993-1895.

En effet, l'église Saint-Mathieu actuelle a succédé à un précédent édifice, bâti au XVI e siècle, à l'emplacement d'une église romane. De style néo-gothique, la reconstruction a été décidée fin 1893, sous couvert d'une souscription lancée un an plus tôt. Confiée à l'architecte Gustave Bigot, qui ne conservera que l'ancien porche et le clocher érigé par son père Joseph en 1847, la reconstruction de la nouvelle église emploiera de nombreuses entreprises bretonnes ...

Dont Jean-Louis Le Naour, célèbre tailleur de pierre installé dans son atelier du Cap-Horn à Quimper, et René Hardy, entrepreneur de Nantes. Mais d'après René Le Coeur, interrogé en 2009, c'est un autre entrepreneur de maçonnerie travaillait sur le chantier : « La maison a été construite par M. Jaouen, entrepreneur de maçonnerie, qui a participé à la construction de l'église Saint-Mathieu à Quimper de 1895 à 1897 ».

 

Travaillait-il sous les ordres de Jean-Louis Le Naour ou de René Hardy ? En tous cas, c'est lui qui a transporté les plus belles pierres de la démolition de l'ancienne église Saint-Mathieu pour les mettre sur sa nouvelle maison de Pont-Odet. Par la suite la maison aurait été rehaussée par les Le Coeur.

Anne Le Coeur en 2016 : « Comme ces pierres étaient idéales pour poser des statues de saint, mon mari voulait mettre une sainte Anne. Mais je lui ai dit que non, il fallait plutôt un saint Yves, ce qu'il a fait sur la pierre au milieu de la façade ».

Et elle enchaîne : « On a du changer la tombe familiale des Le Coeur au cimetière de Kerfeunteun. Et ils m'ont demandé de déménager la croix et son socle, et elle a trouvé sa place ici, au bord de la route, entourée d'une haie. »

Près de la croix et des serres maraîchères, coule le ruisseau Patra, lequel est alimenté par les eaux du Guic, et se jette dans l'Odet derrière la maison de l'ancienne ferme. Dans son « Itinéraire de Bretagne en 1636 », Dubuisson-Aubenay décrit ainsi le pont aujourd'hui disparu : « Odet, peu en dessus dudit confluen, a un pont de pierre, à présent rompu et dit Pont Audet, au dessous d'un guay ou passage, dit Tréaudet, par lequel pont rendoit le chemin de Kimper à Keraes ».

Image:Square.gifImage:Spacer.jpgEn savoir plus : « Petit patrimoine aux serres maraîchères bio de Pont-Odet », avec les photos des pierres, de la croix, du ruisseau et des serres maraîchères.

[modifier] 6 Cahier de vacances à Kerdévot

Billet du 23.07.2016 - La chapelle de Notre-Dame de Kerdévot, « Intron-Varia Kerzevot », est un majestueux exemple du renouveau architectural de la Bretagne au 15e siècle, avec son retable flamand, sa Maestà d’inspiration italienne, ses retables espagnols ...

En ce bel été ensoleillé 2016, à l’ombre des chênes encerclant la chapelle de Kerdévot, la fraîcheur ambiante sera appréciée lors d'une prochaine visite pour réviser ses leçons d’histoire en dehors de tout programme scolaire.

Nous vous proposons un questionnaire de sept détails d’œuvres à visiter et associer aux sept photos mystères lettrées de la page 4. À chaque étape inscrivez la lettre sur la grille finale, et à la fin vous prononcerez un mot en langue bretonne qui veut dire « Eureka » !

Ci-contre également, pour vous aider, un jeu de taquin, sur ordinateur Windows ou sur tablette, qui vous permettra aussi de deviner le mot-mystère breton. Cliquez sur une vignettes près du carré noir pour faire glisser les pièces et réorganiser le tableau, en vous servant de l'image modèle qui bien sûr ne donne pas les lettres mystères.

Le résumé des questions, la lecture de l'article vous donnant plus de détails historiques et de localisation :

Image:Square.gif1.Image:Spacer.jpgUN ANIMAL DUCAL PASSANT. Photo mystère à retrouver : le mammifère à la célèbre devise bretonne « Ken-toc'h mervel eget bezan saotret »

Image:Square.gif2.Image:Spacer.jpgUNE MAESTÀ ITALIENNE. Le grand coquillage naturel d'inspiration italienne au dessus d'un trône.

Image:Square.gif3.Image:Spacer.jpgUNE VICTOIRE FOULANTE. Le monstre vert marin, couvert d'écailles sculptées.

Image:Square.gif4.Image:Spacer.jpgUN RETABLE DE VIOLENCE. Deux des cinq membres sectionnés, collés et exposés.

Image:Square.gif5.Image:Spacer.jpgDES CHASSEURS NOBLES. Le greslier bleu, autrefois instrument de chasse.

 


Image:Square.gif6.Image:Spacer.jpgUNE DIVINITÉ CELTIQUE ? La tête animale ornée de ses andouillers sur le front.

Image:Square.gif7.Image:Spacer.jpgINFLUENCE HISPANISANTE. La tête de Marie au foulard espagnol.

La 7e question vaut pour deux lettres identiques, pour un vraie finale sonore "brezhoneg" !

En savoir plus, tester ses connaissances, bouger les cases du jeu de taquin, répondre en ligne au questionnaire et inscrire son score au tableau d'honneur publié à la fin des vacances : « Un cahier de vacances estivales pour une visite guidée de la chapelle de Kerdévot ». Et si vous passez à la chapelle, imprimez l'article en recto-verso A4 plié : « Media:CahierVacancesKerdévot2016.pdf »

[modifier] 7 Bulletin d'un été gabéricois

Billet du 16.07.2016 - Il annonce des chaleurs extérieures, après des recherches trimestrielles un peu venteuses et pluvieuses, et sera expédié illico aux adhérents depuis un petit village finistérien retranché, le cachet de la poste faisant foi.

Ce bulletin démarre par la photo en couverture de la statue de saint André réalisée en 1930 par Laouic Saliou, un artiste sculpteur gabéricois, et ce dossier est détaillé en 4e de couverture et dernières pages, ainsi que l’inventaire des statues multiséculaires de la chapelle de St-André qu’il s’agirait aujourd’hui de restaurer, car sinon le risque est de perdre à jamais ce patrimoine inestimable.

Les autres sujets d’histoire, de mémoires d’anciens et de patrimoine sont aussi au rendez-vous ce trimestre :

Image:Right.gif Les 500 ans du Bourg, avec ce fragment de vitrail daté de 1516, cette belle statue mise en carte postale par Gusti Hervé, et enfin la liste des 47 habitants chefs de familles roturières du bourg en 1720.
Image:Right.gif L’hommage aux résistants disparus, Jean Le Corre et Hervé Bénéat, par la publication de témoignages inédits.
Image:Right.gif La découverte des pages originelles publiées d’un cantique en langue bretonne datant de 1712.
Image:Right.gif La visite des héritiers papetiers de René Bolloré à l’usine d’Ecusta en Caroline du Nord, et le voyage du fondateur en Cochinchine en 1845.
Image:Right.gif Des aveux et la reconnaissance régionale de certains titres de noblesse aux 16e-17e siècles.
Image:Right.gif L’enregistrement de l’inhumation en l’église St-Sulpice en 1660, son épitaphe et deux lettres inédites de Guy Autret, histo-rien érudit de Lesergué.
Image:Right.gif Les invectives de Jean-Marie Déguignet à l’encontre d’Ernest Renan, avec l’aide du protestant David Strauss.

Et bien sûr, les recherches et aventures grand-terriennes se poursuivent cet été, qu’il fasse beau ou pas !

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 34 Juillet 2016 »

 

[modifier] 8 Un petit jésuite breton défroqué

Billet du 10.07.2016 - « Dès la première page de cette fameuse Vie de Jésus, je vis que mon compatriote Ernest Renan était resté jésuite, mais un jésuite plus malin, plus roué que tous ses collègues de Saint-Sulpice », L'Intégrale de Déguignet, p. 277.

Déguignet le qualifiait de « petit jésuite breton » ou de « défroqué ». Renan a certes baigné dans les milieux jésuistiques, formé au séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet et ensuite celui de St-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux (et non l'église parisienne à l'architecture dite jésuite). Mais dans son essai "L'Avenir de la science", il écrira lui-même : « Les Jésuites ont fait de l'éducation une machine à rétrécir les têtes et à aplatir les esprits, selon l'expression de M. Michelet ».

Quand « La vie de Jésus » d'Ernest Renan est publiée en 1863, cela provoque un véritable scandale. Il ose soutenir que la biographie de Jésus doit être comprise comme celle de n'importe quel autre homme, et que la Bible doit être soumise à un examen critique comme n'importe quel autre document historique. Le pape Pie IX, très affecté, le traite de « blasphémateur européen », et en 1864, le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy supprima son cours. Mais la posture de Renan n'est pas suffisante pour l'anti-clérical Jean-Marie Déguignet qui entreprend de le critiquer violemment.

Déguignet veut démontrer que Renan est resté jésuite, prêt à tenir habilement deux thèses contradictoires : « Quand il eut fini de rouler ses lecteurs avec son Jésus nouveau modèle, il leur a dit comment que ce fameux Jésus de Nazareth n'a jamais existé et pour combler la mesure de la moquerie il termine en disant : "À moins qu'on en trouve la preuve dans l'Épître de Paul aux Hébreux et dans l'Apocalypse." Ça, c'est leur dire, voilà mes pauvres ignorants comment les jésuites froqués ou défroqués savent rouler les imbéciles avec rien du tout. »

Et donc la thèse de Déguignet est que Renan ne va pas assez loin en excluant les évangiles apocryphes : « comme le Protévangile de Jacques, l’Évangile de Thomas l’Israélite. Cet évangile diffère tant des synoptiques. Si Jésus parlait comme le veut Mathieu, il n’a pu parler comme le veut Jean. » Et sa « Vie de Jésus » n'est finalement qu'un énième évangile qui le présente comme un héros : « Après l'avoir porté aux "plus hauts des sommets", Renan va jusqu'à dire que c'était un bel homme et un joli garçon ».

 

Par contre Déguignet n'a rien à dire contre « La Vie de Jésus » du protestant alllemand Davis Strauss (1808-1874) : « une vie beaucoup plus véridique ou du moins plus conforme aux récits évangéliques » qui présente comment le personnage du nouveau testament est bâti exclusivement sur des mythes.

Ernest Renan avait également lu cette somme : « La critique de détail des textes évangéliques, en particulier, a été faite par M. Strauss d'une manière qui laisse peu à désirer. Bien que M. Strauss se soit trompé dans sa théorie sur la rédaction des évangiles, et que son livre ait, selon moi, le tort de se tenir beaucoup trop sur le terrain théologique et trop peu sur le terrain historique. »

Le livre de Strauss a scandalisé son époque en montrant un Jésus historique et non divin et par sa vision des évangiles comme récit inconscient des premières communautés chrétiennes. Après la publication de cet ouvrage, David Strauss fut révoqué et vécut désormais comme professeur de lycée et homme de lettres dans sa ville natale de Ludwigsbourg.

En savoir plus : « Déguignet invective le jésuite Ernest Renan en l'opposant au protestant David Strauss »

Nota: on avait déjà signalé qu'un e-book des Mémoires de Déguignet prêtait à confusion sur Amazon, une version partielle de la Revue de Paris de 1905 qu'on peut confondre avec la version complète éditée par Arkae/an Here en 1998. Aujourd'hui ces éditions normalement gratuites se sont multipliées, on en trouve sept à 0,99 - 2,27 euros. Par contre la traduction complète en anglais de Linda Asher aux éditions Seven Stories Press est disponible en e-book pour 13,33 euros. À notre avis, l'association éditrice Arkae devrait aussi publier sa version électronique française pour contrecarrer les contre-façons !


 

[modifier] 9 Guido Autretius, Lesergayus

Billet du 03.07.2016 - « Avril - 4. Convoy et le 5 inh. de Guy Autret chev Sgr de Missirien, et de la Sergue » » / "Convoi le 4 avril et le 5 inhumation de Guy Autret chevalier Seigneur de Missirien et de Lesergué (Ergué-Gabéric)", Registres Mortuaires de St-Sulpice, Paris.

La découverte de ce registre disponible sur Internet sur le site Gallica de la BNF nous a conduit à construire un espace réservé à Guy Autret, ce qui permettra d'y inscrire ses innombrables lettres et publications, rangées année par année, jusqu'en 1660 année de sa mort.

En commençant par deux lettres de 1655 à son ami parisien Pierre d'Hozier. Dans la première il montre son attachement familial au catholicisme en édifiant une chapelle dédiée à St-Joachim, et en même temps il déclare son admiration aux huguenots.

Dans la deuxième lettre transcrite, comme quelques initiés de ce milieu de 17e siècle, il découvre cette toute nouvelle plante médicinale : « Monsieur du Hamel m'avoet envoië de Beleme une drogue nomée du thé, qui est une feille qui vient des Indes, l'ordonance porte qu'il en faut prendre en un bouillon, le matin, le pois d'un escu ».

Le corps de Guy Autret a été convoyé et exposé le 4 avril 1660 en l'église de St-Sulpice et inhumé le lendemain. On peut voir aujourd'hui encore dans les cryptes de cette église des monuments et plaques funéraires dont certains datant du 17e siècle : de Montmorency en 1690, Blondel Nicolas-François en 1686, Marolles Michel en 1681, Olier Jean-Jacques en 1657 ...

C'est une opération chirurgicale, l'opération de la pierre, qui provoqua sa mort, car il souffrait depuis de nombreuses années de calculs ou lithiase urinaire. Le 15 septembre 1655 il se posait déjà la question d'une opération chirurgicale : « mon mal, qui est une carnosité au spinter et prostats, ne guerira jamais sans une opération manuele ».

Il est probable que Guy Autret, lors de ce dernier séjour à Paris, était hébergé au 56 rue Saint-André des Arts, plus exactement qui était à cette époque l'hôtel de Lyon. Ainsi en témoigne l'inventaire des dépenses occasionnées par son inhumation: « laquelle some a esté trouvée dans les coffres de deffun Mr de Missirien après son decebz ... Fait à Paris, à l'hotel de Lyon, rue Saint-André des Arts », ce document des archives finistériennes E 227 ayant été communiquées par Daniel Bernard.

 

Le 10 avril suivant, la veuve de Guy Autret, Françoise Le Borgne présida une messe en sa mémoire, à laquelle assistèrent de nombreux amis quimpérois et les habitants d'Ergué-Gabéric. Julien Furic du Run, avocat et jurisconsulte réputé, y prononça un éloge en latin qui fut imprimé comme une affiche mémoriale : « HIC IACET GUIDO AUTRETIUS, MYSSIRENIUS, LESERGAYUS, EQUES TORQUATUS, LAUTHECHII fortunâ dignus, non minus propriâ Virtute, quàm alianà Clarus ».

L'épitaphe se termine en langue française : « C'EST EN VAIN QU'UN PINCEAU TRAVAILLE A TA MEMOIRE, TES BEAUX ESCRITS (AUTRET) MENENT DROIT A LA GLOIRE ».

En savoir plus : « Espace Guy Autret (17e) », « Mort et inhumation du chevalier Guy Autret de Lezergué en 1660 », « Lettre du 31 janvier 1655 de Guy Autret à Pierre d'Hozier (Rosmorduc, XL) », « Lettre du 19 may 1655 de Guy Autret à Pierre d'Hozier (Rosmorduc, XLI) »
Nota: le bulletin trimestriel Kannadig est en cours de préparation, avec comme objectif une distribution dans une quinzaine.


 

[modifier] 10 Histoire et patrimoine d'Annam

Billet du 25.06.2016 - « une petite chapelle consacrée à une déesse, ... on ne pouvait mieux la comparer qu'à la Ste Vierge qu'on voit dans nos campagnes bretonnes, parée et habillée dans une belle niche, les jours de pardons », Rochers de marbre, Da Nang / Tourane, Cochinchine

Il s'agit d'abord d'un évènement historique en 1845 observé par deux marins, le chirurgien breton Jean-René Bolloré et le commandant Fornier-Duplan, tous deux sur la corvette à voiles l'Alcmène, en campagne militaire dans un royaume nommé à l'époque Cochinchine, en incluant sa partie Nord en pays d'Annam où réside son empereur de la dynastie Nguyen.

Le journal de bord du commandant de l'Alcmène a été publié en 1907-1908 dans les tomes 29 et 30 du Bulletin de la Société de Géographie de Rochefort. Celui du chirurgien Bolloré a été édité en 1979 par son arrière petit-fils Gwenn-Aël et la Société Finistérienne d'Histoire et d'Archéologie.

Le 1er décembre 1842, la corvette de guerre, l'Alcmène, est affrétée à Rochefort et va entamer une campagne de 4 ans en longeant les côtes africaines et fait halte au Brésil à Rio-Janeire. Le voyage se poursuivra au large du Cap, puis près de l'île de France (île Maurice) où ils prêtent secours aux marins d'un navire marchand anglais qui sombre devant eux. Il fera ensuite des escales à Singapoor, en Malaisie et en Chine.

Pour l'épisode cochinchinois, le journal de J.-R. Bolloré est plus descriptif que celui du capitaine, des notes manuscrites rédigées plus tard ayant été manifestement ajoutées lors de la publication. Il développe notamment les origines de la présence missionnaire en Cochinchine, et propose une leçon d'histoire et de généalogie de la dynastie des empereurs : « Migues-Man, fils illégitime de Gya-Long , monta alors sur le trône. Dès lors, la puissance des Français tomba en décadence. »

Le chirurgien est également attentif aux coutumes locales et à la beauté des lieux, notamment les cinq montagnes de marbre de Danam / Tourane avec ses magnifiques pagodes boudhistes. C'est un véritable guide touristique qui pourraient intéresser les touristes d'aujourd'hui : « Le hasard encore nous servit à souhaits, car nous vîmes la plus belle de toutes les pagodes, la 7e des merveilles... C'est en montant que nous vîmes cette inscription : grotte du ciel, de la terre et de la mer ... une demeure pour les Bonzes et une pagode où ils font leurs cérémonies ... Tel est le petit voyage que j'ai fait aux rochers de marbre, et dont le souvenir me sera toujours très agréable. »

Il exprime par ailleurs une critique du comportement des missionnaires chrétiens en Cochinchine qui ne sont pas attentifs aux volontés locales : « Toutes deux sont par trop partiales, et ne parlent uniquement que de tout ce qui serait possible de faire pour améliorer le sort des Missionnaires, et faire tolérer le christianisme en Cochinchine. M. Chamaison va même jusqu'à dire que, à cause de l'arrestation de Monseigneur Le Fèvre, ipso facto, dit-il, on pourrait menacer l'Empereur de la Cochinchine d'une guerre avec la France. »

 

Néanmoins, la campagne de l'Alcmène a constitué une mission de paix avec les échanges de lettres entre le Commandant et les mandarins (grands commis) de l'Empereur de Cochinchine, les cérémonies de négociations à bord ou à terre dans les pagodes du village voisin, les remises de cadeaux cochinchinois, et enfin l'arrivée du prisonnier libéré, l'évêque missionnaire Dominique Lefèvre (dont il fait un portait peu amène).

Cela ne suffira malheureusement pas pour éviter la guerre : en 1857, le nouvel empereur d'Annam Tự Đức fit mettre à mort deux missionnaires catholiques espagnols. En septembre, un corps franco-espagnol débarqua à Tourane (l'actuelle Da Nang) et la guerre s'enlisera jusqu'en 1862. Quant à Jean-René, il est de retour au pays breton depuis 1846 et préside aux destinées de la papeterie familiale d'Odet.

En savoir plus : « La libération d'un missionnaire au royaume d'Annam, journaux de bord de l'Alcmène 1845 »,
« BOLLORÉ Jean-René - Voyages en Chine et autres lieux » (cartes de navigation jointes)

[modifier] 11 Un patrimoine multiséculaire

Billet du 18.06.2016 - « Il est de la responsabilité de tous de veiller à ce que les nouveaux moyens de diffusion de l'information se traduisent par un enrichissement, et non un appauvrissement du patrimoine culturel mondial », Pierre Joliot / La Recherche passionnément.

Les statues anciennes et les autels-retables de la chapelle de St-André constituent un élément remarquable du patrimoine gabéricois et mériteraient d'être restaurées rapidement avant que leur état ne se dégrade encore plus.

Ce n'est pas un retable qu'il y a dans cette petite chapelle, mais trois, un pour chaque pan du chevet. Et plus est, il s'agit de retables d'origine lavalloise. Le retable lavallois est une forme particulière à l'origine d'une école et figure parmi les plus originaux de France du début du 17e siècle : le retable de tuffeau et de marbre qui fera la renommée des architectes lavallois dans tout l'Ouest de la France.

Bien que classé aux Monuments Historiques depuis 1992, l'ouvrage finistérien de St-André est plus modeste que les majestueux retables-autels de Mayenne ou d'Ille-et-Vilaine, mais nos trois retables gabéricois ont un certain charme, et gageons qu'une future restauration leur donnera un peu plus d'éclat. Les têtes d'angelots qui ornent les retables de saint André sont très expressifs, et les figures avec boules et sarments de vigne donnent une beauté indéniable à l'ensemble.

Quant aux vieilles statues à restaurer on peut les diviser en trois groupes distincts :

I. La seule statue conservée en tuffeau, un saint Pierre qu'on a souvent confondu avec saint André. On voit toujours la partie inférieure d'une clef dans sa main droite. Il y avait également un saint Paul de même facture, lequel s'est brisé au sol dans les années 1960.

II. Le deuxième groupe regroupe quatre très vieilles statues en bois polychrome, datées du 17e siècle, à savoir les 3 évangélistes saints Marc, Mathieu et Luc, et la martyre sainte Barbe.

L'état de ces statues est très préoccupant : le bois est rongé par endroit, il manque des bouts de membres (pouce ou main), et des marques de vrillettes ou de moisissures sont apparentes. Quand pourra-t-on redonner des mains et une belle figure à sainte Barbe ?

III. Le troisième groupe est constitué d'un Christ en croix, entouré des statues de la Vierge et de saint Jean, et accompagné d'un ange aux ailes déployées. Ces statues sont certes abîmées et méritent restauration, mais moins que le second groupe. Et quand un vrai toit sera posé sur la chapelle, on pourra placer ce groupe de statues au dessus des colonnes et frontons surmontant les retables nord et central.

 

Dans l'article, chacune de ces statues est présentée par une fiche explicative et quelques clichés. Rappelons aussi que les deux statues réalisées en 1930-50 par Laouic Saliou pour la chapelle (billet du 28.05.2016), à savoir un saint André et un saint Jacques, n'ont pas vraiment besoin d'être restaurées, contrairement aux retables et statues multiséculaires.

En savoir plus : « Les retables lavallois et les statues à restaurer de la chapelle St-André »

Erratum : dans le billet d'il y a 15 jours, il était question d'une supposée annexion du manoir de Kerstrat en Chateaulin par le domaine noble de Lezergué. Après interrogations et recherches collectives, un manoir de Kerstrat a été localisé au 17e siècle sur le territoire d'Ergué-Gabéric. Cet été nous organiserons une chasse aux trésors pour retrouver ses traces.

[modifier] 12 Une juveignerie de ramage

Billet du 12.06.2016 - « Juveignerie, s.f. : avantage accordé en droit féodal à un puîné par rapport à l'aîné, en Bretagne et en Poitou. Les puînés devaient tenir leur héritage comme "juveigneur en ramage de l'aîné", c'est-à-dire comme faisant partie de la même famille. »

Le comte de Rosmorduc a effectué un énorme travail de transcription des arrêts de la Chambre de réformation du Parlement de Rennes : « C’est pour refouler dans les rangs de la bourgeoisie les nombreux intrigants, qui voulaient se faufiler dans le corps de la Noblesse, que Louis XIV ordonna, en 1668, une recherche générale pour toute la France. En Bretagne, une commission, qui reçut le nom de Chambre de la Réformation, fut désignée pour procéder à la vérification de la noblesse ; elle se composait des personnages suivants, qui appartenaient tous au Parlement de Rennes.  »

Pour Ergué-Gabéric une famille noble résidente pendant 7 générations, les Kersulgar ou Quersulgar, bénéficient d'un arrêt de maintenue ; l'origine du patronyme Kersulgar est mystérieuse, mais leur domaine bien réel, centré sur le manoir aujourd'hui disparu de Mezanlez en Ergué-Gabéric.

En 1668, le fils aîné François de Kersulgar fournit un nombre important de papiers familiaux pour prouver sa noblesse et la Chambre le conforte dans son titre d'écuyer, premier niveau de l'ordre : « le gouvernement noble et advantageux, sans avoir degeneré ny faict aucunne action de rotture, et ont aussu tousjours pris les quallites de nobles et escuyers ».

Les sept générations de Kersulgar, aînés ou puînés, et leurs alliances :

Les documents d'archives fournis et apportant des preuves de noblesse sont les suivants :

  • réformation des nobles de 1426 (Allain I), montre militaire de 1480-81 (Yvon) et réformation de 1536 (Allain II).
 
  • les actes de mariages avec enrichissements par alliance : le premier mentionné d'Yvon et Beatrix de Kervezaout en 1448, celui de Jan et Marye de Kerourfil en 1616 ...
  • les actes de partages entre héritiers, frères et soeurs, à chaque génération : entre « Yvon et Henri Quersulgar, freres germains » en 1479, ... , entre Jan et ses 3 sœurs juveigneures « à charge de tenir les heritages mentionnes audict partage et assiette à ramage dudidt de Quersulgar » en 1611 ...

Ce qui est récurrent, c'est la protection des puîné(e)s en cas de succession par le système spécifiquement breton de la « juveignerie ». La règle appliquée en cas de partage est rappelée : « sçavoir les deux parts à l’aisné et le tiers aux juveigneurs  ». Mais les biens du domaine noble de Mezanlez ne seront pas éclatés pour autant car « la marque et juveigneurye de ramage » ont été maintenues à chaque succession et partage, le mot « ramage » rappelant que les différents biens sont gérés comme faisant partie d'un tout familial.

En savoir plus : « 1668 - Reconnaissance de l'antienne extraction noble de François de Quersulgar »

[modifier] 13 Foy hommage et patibulaires

Billet du 05.06.2016 - « Aveu, s.m. : déclaration écrite fournie par le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief  » ; « Fourches patibulaires, s.f.pl : colonnes de pierre dotées d'une traverse de bois où les condamnés à mort sont pendus et exposés à la vue des passants »

Norbert Bernard aimait bien ce registre « A 85 » conservé aux Archives Départementales du Finistère, intitulé « Extraict des adveux de l'inventaire de Quimper-Corentin. Actes des XVe et XVIe siècles, transcrits au XVIIIe (Quelques copies intégrales anciennes). Table sommaire pour chaque paroisse ». Pour la paroisse d'Ergué-Gabéric, cela fait 78 folios détaillés pour deux siècles d'histoire, de 1454 à 1646, avec un tas d'anecdotes encore inédites sur la vie quotidienne dans chaque « lieu noble » de nos campagnes.

En 1997, en annexe de son mémoire « Chemins et structuration de l'espace en Cornouaille du Ve siècle à la fin du XVIIe siècle. Exemples autour de la commune d'Ergué-Gabéric », Norbert proposa un index des aveux d'Ergué-Gabéric. Pour compléter ce travail, nous avons publié les clichés originaux d'un tiers des actes, complété l'index gabéricois et publié les six actes de 1540 à 1646 consacrés à Lesergué.

Les trois premiers actes de 1540 à 1618 peuvent se résumer par les formules : « prochement noblemement » ; « foy et hommage et rachapt est deub au roy au jour de la chandeleur. Droits de la Terre : colombier, moulin ». Le domaine de Lesergué détenu par les Coatanezre, puis par les Autret, est centré sur son manoir et dépendances, sa rabine, ses bois, son colombier et son moulin.

Les «  collombier et fuye à pigeons », bâtis non loin du manoir, constituent un droit réservé aux nobles, interdits aux roturiers et au clergé, qui apportait un revenu non négligeable à son propriétaire qui bénéficie ainsi de la chair tendre, de la fumure de fiente et des œufs produits par ses pigeons.

Le domaine de Lesergué relève de la juridiction du roi, contrairement à certaines autres propriétés gabéricoises dépendant de l'Evêché de Quimper. Ce qui veut que le seigneur propriétaire doit « foy et hommage » et paiement de rente à la Chandeleur à son seigneur supérieur royal. Et à chaque décès d'un sieur ou dame Coatanezre ou Autret, la succession devait être déclarée avec paiement du « droit de rachapt ».

Mais le domaine de Lesergué ne se limite pas à son manoir et de ses dépendances proches. Les aveux donnent la liste de tous les autres manoirs et villages qui ont été acquis et rattachés au domaine principal. Et pour la plupart de ces villages ou « convenants  » les détenteurs doivent payer annuellement une « chef-rente » de quelques deniers au seigneur de Lezergué. Et bien sûr si un couvenancier ou domanier vient à mourir, son héritier doit généralement payer un droit de « rachapt ». Parmi les manoirs secondaires rattachés à Lesergué on en dénote de nombreux sur le territoire de la commune dont un mystérieux, disparu aujourd'hui, celui de Kerstrat situé près de Sulvintin.

 

Quant aux villages dispersés, ils sont aussi nombreux et leurs terres chaudes (cultivées) et froides (pauvres) sont mesurées en journaux. Un certain nombre de communs de villages, terres vaines et vagues, sont derrière le terme de « frostages ».

Les prééminences ecclésiales de Lesergué, c'est-à-dire les tombes au sol, les bancs d'églises, les « tombe prohibitive » (à usage exclusif) et « élevée » (c'est-à-dire surélevée et creusée dans un mur d'église), et les « droits à enfeu » de Lesergué sont mentionnés dans les derniers actes présentés par Guy Autret et concernent quatre églises et chapelles, dont deux à Quimper et deux à Ergué-Gabéric. L'enfeu « prohibitif au coeur de l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric » est bien mis en valeur : « tombe prohibitive au coeur de l'église dudit Ergue Gaberic du costé de l'évangile, armoirie des armes de sa dite seigneurie ».

Les aveux de 1634 et de 1646 présentés par Guy Autret revendiquent également des « droits de haute, basse et moyenne justice ». Et pour ce faire il est question de fourches patibulaires que le seigneur de Lesergué pouvait dresser sur les hauteurs de Lestonan, lieu proche du manoir et y exposer les condamnés à pendaison.

En savoir plus : « 1454-1646 - Tous les adveus d'Ergue-Caberyc dans l'inventaire ADF-A85 de Kempercorantin » et « 1540-1646 - Adveus de Lesergué extraicts de l'inventaire de Kempercorantin »

[modifier] 14 Saint André monument historique

Billet du 28.05.2016 - « À Saint-André en Ergué-Gabéric, André a les deux mains appuyées sur un des bouts de son X, dans l'attitude d'un guerrier qui se repose sur le pommeau de son épée », Victor-Henry Debidour, La sculpture bretonne.

Comment et pourquoi cette œuvre relativement récente du sculpteur ébéniste Laouic Saliou en 1930 a été inscrite officiellement aux Monuments Historiques en tant que statue de sa chapelle éponyme en Ergué-Gabéric ?

Grand merci à Gaelle Martin responsable du patrimoine communal de nous avoir éclairés sur le trésor des statues de la chapelle de Saint-André, et nous avoir permis de proposer une réponse, à savoir l'erreur d'identification en 1909 par les chanoines Peyron et Abgrall d'une autre statue plus ancienne dans cette chapelle Saint-André.

En effet, cinq objets inscrits aux Monuments Historiques d'avril 2003 ont été versés en 2016 dans la base Palissy pour du mobilier et statues de la chapelle St-André. Parmi elles : « Saint André ; bois : taillé, peint (polychrome) ; saint André se tient debout, ses mains reposant sur sa croix ». Pour la datation « 17e siècle », on notera un petit écart par rapport à la réalité.

C'est bien Laouic Saliou qui a réalisé cette statue en 1930, comme en atteste l'inscription au pied de la sculpture. Guillaume Saliou est un sculpteur très doué, né en 1909 à Ergué-Gabéric, ayant été en apprentissage à l'atelier d'ébénisterie Autrou à Quimper à partir de 1924, et domicilié à Keranna-Bigoudic jusqu'à sa mort en 1990. Sa statue de saint André est bien en bois peint et sa hauteur de 1,12 m e pour 0,25 m de largeur.

Le vieillissement de la statue est certainement du à l'inventaire des chanoines Peyron et Abgrall en 1909 qui mentionne un saint André en tuffeau. L'identification de ce saint André a ensuite été recopié dans l'inventaire de Couffon & Le Bars en 1958. Jean-Louis Morvan, recteur d'Ergué-Gabéric, fait complèter ainsi en 1978 : « Au sommet de colonnes, il y avait 2 petites statues de pierre blanche ; il en reste une, l'autre s'est brisée en tombant : sans doute saint Paul (brisé) et saint André ».

Or, à y regarder de plus près, la statue restante n'est pas un saint André, mais un saint Pierre. Sa main droite brisée tient une clef dont le haut est manquant. Sa tunique est de couleur bleue, alors qu'un saint André est généralement habillé de rouge.

Si la statue de saint Pierre est ancienne, mais pas forcément du 17e siècle, l'unique statue de saint André est bien du 20e siècle. La Croix est l'attribut symbolique de saint André, le 2e disciple de Jésus (le deuxième n'est pas nommé), celui qui va rallier Simon-Pierre, et qui sera supplicié sur cette croix en forme de X.

 

Avis aux fonctionnaires du Patrimoine français : votre erreur de datation n'est pas une raison de vouloir éliminer la belle statue locale de la liste des objets inscrits aux Monuments Historiques ! L'artiste Laouic Saliou mérite votre reconnaissance.

Prochainement nous nous intéresserons au vieux retable en tuffeau et aux autres statues de la chapelle St-André, qui mériteraient d'urgence une opération de restauration, et la pose d'une couverture plus esthétique en remplacement de la toiture actuelle prévue comme temporaire !

En savoir plus : « La statue de saint André, oeuvre d'un artiste gabéricois et objet inscrit aux M.H. »

[modifier] 15 Le papier Bolloré aux Etats-Unis

Billet du 22.05.2016 - « Ecusta jumped from scratch to No. I position in the U.S. because Mr. Straus was able to pour around $4.000.000 into it. Part of the capital came from his own well-lined purse, part from his two French companies (Société Nouvelle des Papeteries de Champagne and R. Bolloré) »

Grâce au numéro d'avril 1940 (avec Mussolini en couverture) de cette revue prestigieuse « Time Magazine » en langue anglaise, on en sait un peu plus sur le démarrage de l'usine de fabrication du papier à cigarette sur le sol américain en 1939-40 : la légion d'honneur du fondateur, l'aide financière de l'entreprise Bolloré et des Papeteries de Champagne, la première bobine de papier le jour de la déclaration de la guerre.

Et en feuilletant le bulletin interne « The Echo » de cette usine Ecusta, on découvre le départ des experts français mobilisés sur le front contre l'Allemagne nazie et les cahiers O.C.B. qui font tourner la tête des ouvrières américaines, et on découvre même en photos les deux jeunes héritiers Bolloré (Michel et Gwenaël).

Ecusta, à l'origine un nom indien Cherokee qui signifie « cascade d'eau », est le lieu dépendant de la ville Brevard et du domaine naturel de Pisgash Forest où en 1938, entre Greenville (Michelin) et Asheville, un industriel d'origine allemande a lancé la construction d'une gigantesque usine de fabrication de paper à cigarette. La première bobine sera produite le 3 septembre 1939 : « Là, le jour où l'Angleterre et la France a déclaré la guerre à l'Allemagne nazie, son entreprise papetière d'Ecusta a produit sa toute première bobine de papier. »

L'usine d'Ecusta est l'oeuvre d'un grand industriel américain, Harry Hans Strauss, qui avait dans la période d'entre guerre consolidé l"industrie papetière française. Anticipant le blocage des exportations du fait de la guerre en Europe, et voulant développer le virage technologique de la pâte à papier à base de lin en remplacement des chiffons, il construit de toutes pièces une immense usine grâce à ses fonds propres, mais aussi pour moitié avec l'apport de l'entreprise R. Bolloré et de la Société Nouvelle des Papeteries de Champagne.

La revue d'Ecusta « Les Echos » était un vrai outil de communication entre les ouvriers et la direction. Tous les mois on y traitait la vie quotidiennes avec un tas d'anecdotes et de plaisanteries. Le papier OCB de couleur noire très flashy n'échappait pas aux quolibets :

 

« May 1940. One girl asked another in the M.B.D. is she was still cutting OCB papers. She said why yes, can’t you tell by looking at my eyes. What do you think is a drunk. » (Une fille demanda à une autre à la M.B.D. si elle était à la découpeuse du papier O.C.B.. Elle répondit "oui pourquoi, ne ne vois-tu pas à mes yeux. Comment est quelqu'un de saoul, d'après toi ? )

Le premier bulletin « Les Echos » de février 1940 nous confirme que des experts papetiers ont participé activement aux débuts d'Ecusta : « Départ des experts français. Le 9 décembre le clairon de la République Française a appelé sous les drapeaux cinq membres du groupe des français qui étaient parmi nous depuis huit mois ».

Ensuite l'usine d'Ecusta sera très vite auto-suffisante pour alimenter plus de 50% du marché des fabricants américains de cigarettes, et bien sûr les exportations françaises vont cesser pendant la guerre et ne seront plus nécessaires après-guerre car Ecusta va produire de plus en plus de papier.

Mais les liens entre les Bolloré et l'usine d'Harry Straus ne seront pas pour autant rompues, car la direction et les ingénieurs Bolloré y feront encore des visites amicales et professionnelles dans les années 1950-70.

En aout 1947, c'est le cadet des Bolloré, Gwenaël, qui pose dans le bulletin « Les Echos », au côté d'André Soulas, illustre chirurgien français. Il est précisé que « Gwennael Bollore a déjà passé quelques mois à Ecusta quand il étudiait les méthodes modernes de fabrication de papier à cigarettes. La famille de M. Bolloré a fabriqué du papier à cigarettes et autres papiers minces en Bretagne (France) pendant plus de 100 ans. » En mai 1950 c'est le tour de Michel Bolloré accompagné de son oncle Jacques Thubé et de son épouse Monique Follot.

En savoir plus : « O.C.B. et papetiers Bolloré en Caroline du Nord, The Echo et Time Magazine 1940-50 »

[modifier] 16 Un hommage au(x) résistant(s)

Billet du 07.05.2016 - « Gloire à notre France éternelle ! Gloire à ceux qui sont morts pour elle ! Aux martyrs ! aux vaillants ! aux forts ! À ceux qu'enflamme leur exemple, Qui veulent place dans le temple, Et qui mourront comme ils sont morts  », Victor Hugo (Les chants du crépuscule)

Jean Le Corre est décédé le 1er mars 2016 à l'âge de 95 ans. Pour célébrer et protéger sa mémoire, nous aimerions partager trois contributions : un texte biographique écrit par Guy Le Gars, une video filmée et montée par Gwénaël Huitric, et enfin deux photos amateurs du groupe de jeunes résistants du bourg d'Ergué-Gabéric auquel Jean Le Corre appartenait.

La bio a été publiée en 2013 dans le recueil du centenaire de l'équipe de foot des Paotred Dispount. Elle présente un personnage attachant, un grand sportif, un résistant ayant connu l'épreuve de la captivité, et qui, jusqu'à un âge avancé, a été un témoin et un passeur de mémoire, surtout auprès des plus jeunes.

La vidéo a été postée sur le site des Paotred Dispount et sur Youtube. Elle reprend quelques rencontres récentes avec notamment l'évocation de son ami Hervé Bénéat. Nous avons retranscrit le texte des passages principaux.

Les deux photos amateurs, détenues par Jean Le Corre, le présentent avec ses jeunes amis inséparables du bourg d'Ergué-Gabéric, nés dans les 1920 avant que les évènements et le sort ne s'acharnent contre eux : Fanch Balès, Jean Le Corre, Hervé Bénéat, Pierre Le Moigne, René Poupon. Et peut-être également, si vous les reconnaissez, Jean Berri, Pierre Kéraval, Louis Huitric ...

Quant aux exploits à l'actif de ces jeunes résistants, il y a bien sûr le célèbre casse des papiers du STO de Quimper qu'ils ont ensuite brulés dans le four à pain de Fanch Balès.

Mais également, il y eut cet acte symbolique à la mairie d'Ergué-Gabéric, le 11 novembre 1940, fomenté par ce groupe, à savoir l'apparition d'un poème de Victor Hugo sur le tableau d'affichage, commençant par « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, / Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie ... »

 
En savoir plus : « Jean Le Corre (1920-2016), footballeur et résistant déporté » - « 1940-1945 - Groupes de jeunes résistants gabéricois » - « Rencontres filmées avec Jean Le Corre, ancien résistant et footballeur »

[modifier] 17 Capitation du bourg en 1720

Billet du 30.04.2016 - « La Taxe Par Teste. D'une taxe légère la douceur on compare / À un peuple tout prest d'en accepter la loy / Heureux sy lon pouvoit pour si modique chose / Achepter une Paix aux voeux de nôtre Roy » (Recueil de modes, "À Paris chez Le Roux a ljmage Ste Genevieve").

La capitation est un impôt touchant nobles, roturiers et clergé, qui a été créé par Louis XIV en 1695 pour financer la guerre d'Augsbourg, puis en 1701 pour la guerre de Succession d'Espagne, et maintenu jusqu'en 1791.

Le terme est emprunté du bas latin capitatio, « taxe par tête », dérivé de caput, -itis, « tête », car toutes les français devaient contribuer, ce en plus des « fouages » (taille réelle) et de la dime pour le Tiers-point. Seules étaient exemptés de la capitation les très pauvres, les femmes mariées et les enfants mineurs avec deux parents vivants.

Nous avons la chance d'avoir un rôle de 1720, partiellement nominatif, de déclarations de 457 contribuables gabéricois (à l'exclusion des nobles et des ecclésiastiques portés sur des rôles différents), avec leur rattachement à leur trêve et leur niveau de taxation. Grand merci à Daniel Collet qui nous a communiqué l'existence de ce document conservé aux Archives Dépar-tementales de Loire-Atlantique, à l'occasion de la publication de sa plaquette « Les Gabéricois aux XVIIe et XVIIIe siècles ».

Nous avons démarré le dépouillement du Rôle gabéricois de 1720, et comme cette année 2016 sera l'année des 500 ans du chef-lieu (cf billet de la semaine dernière), nous avons commencé par le bourg qui, en 1720, était bien plus modeste que de nos jours en terme de nombre d'habitants, et donc d'habitations, et aussi en diversité de métiers. Sur moins de 2 pages, sont répertoriés un total de 47 contribuables, ce pour le territoire englobant Pennarun et Tygaradec et au-delà, ce qui marque une faible densité de population.

Les professions sont essentiellement agricoles, réparties sur deux ou trois exploitations principales. L'une est celle d'Allain Le Roux avec au moins un valet. L'autre plus importante, avec ses grand et petits valets, et deux servantes, était peut-être celle de la métairie de Pennarun.

En professions non agricoles, on trouve un organiste, une « hotesse » (gérante d'hotellerie ou aubergiste) et enfin un « texier », c'est-à-dire un tisserand, nommé ou surnommé Le Sainct, domicilié à Tygaradec (Kergaradec aujourd'hui). L'organiste avait la mission d'entretien de l'orgue historique conçu et réalisé par le facteur anglais Thomas Dallam en 1680 pour l'église paroissiale.

 

Quant à l’hôtesse, on peut se demander si son auberge n'était pas le commerce qui sera tenu par Jacquette Le Porcher jusqu'en 1766. En comparant avec l'inventaire de 1790, on constate que 70 ans plus tard il y avait en plus un boulanger, un autre aubergiste et un maréchal. Mais il n'est pas impossible que ces métiers pouvaient être en 1720 un deuxième métier en complément de celui de métayer ou journalier.

Image:Right.gif « Le Bourg en 1720 - Pages 7 et 8 » - « 1720 - Rolle de répartition de la capitation du Tiers-Etat de l’évêché de Quimper »

[modifier] 18 Cinq-centenaire et une colombe

Billet du 23.04.2016 - A l'heure où l'on s'apprête à fêter 5 siècles d'histoire de l'église paroissiale, penchons-nous sur le morceau de verrière du 16e siècle, à moitié caché derrière un retable baroque, et signalons la très belle carte postale et photo signée Gusti Hervé d'une statue de fin de 17e siècle :
« Sainte-Trinité : le Père Éternel, en chape et tiare, posant un pied sur la boule du monde, tenant sur ses genoux le corps inanimé de son Fils ; le Saint-Esprit, sous forme de colombe, plane au-dessus de l'épaule de Notre-Seigneur. » (Jean-Marie Abgrall).

Ce fragment de vitrail ci-dessus mérite qu'on le traite comme un véritable document d'archive en papier vélin à déchiffrer, transcrire et interpréter, afin de déterminer la date de « fabric » ou élévation de cette grande maitresse-vitre de St-Guinal.

En effet le millésime de 1516, « mil.Vcc.XVI », composé en minuscules gothiques, y est encore déchiffrable aujourd'hui. Une transcription reconstituée des 4 lignes est proposée par Roger Barrié dans son mémoire « Etude sur le vitail en Cornouaille au XVIe siècle » et par Jean-Marie Abgrall dans sa notice paroissiale :

Ceste.victre.fut.fecte.
(en).lan.mil.Vcc.XVI.et.
(esto)et.pour.lors.fabric
ue--jeh--al----

L'épaisseur du joint en ciment recouvre malheureusement la dernière ligne, laquelle était encore partiellement discernable sur des clichés de 1948 de Louis Grodecki (1910-1982), historien d'art d'origine polonaise.

Certes 1516 n'est pas la date de création de l'église paroissiale, mais seulement l'année d’élévation de la maîtresse-vitre. D'autres dates antérieures sont attestées comme marquant la fondation de l'église. Et notamment les dates relevées par Norbert Bernard : « Un acte prônal du 15 décembre 1503 établit le droit du seigneur de Kerfors à disposer d'une tombe à Saint-Guinal, accordé à Charles de Kerfors, seigneur dudit lieu ; une réintégrande de 1513 précise qu'il y avait tombe «enlevée», un enfeu et une tombe au sol ».

En savoir plus : « 1516 - Inscription millésime en minuscules gothiques sur le vitrail de St-Guinal »

Anatole Le Braz remarqua la statue du père, fils et colombe lors d'une visite de l'église paroissiale d'Egué-Gabéric en 1893-1895 : « À gauche de l'autel, une belle représentation de la Trinité, Dieu le Père, Christ en travers, St Esprit perché sur l'épaule de Christ.  »

 

La carte postale fait partie d'une collection consacrée au patrimoine religieux et est libellée « Trinité. Retable de l'église paroissiale d'Ergué-Gaberic, Finistère. © Editions MEDIASPAUL - Paris. Photo : Gusti Hervé. A 225 ».

Gusti Hervé, passionné d'art sacré et très grand photographe, recteur de Pleuven pendant de longues années, a eu l'occasion de mitrailler les éléments du patrimoine gabéricois grâce à l'amitié qui le liait à Jean-Louis Morvan recteur d'Ergué-Gabéric de 1969 à 1981.

En savoir plus : « Retable de la Sainte-Trinité d'Ergué-Gabéric, carte postale de Gusti Hervé »

[modifier] 19 Bulletin papetier et peste blanche

Billet du 15.04.2016 - Ce bulletin commence par une vieille photo familiale d’un « vieux loup de papeterie », se poursuit par d'autres chroniques d’Odet,

.. c'est-à-dire ses voyages industriels à Paris et en Allemagne en 1913, les logos colorés d’un artiste libertaire de Montmartre, la statue d'un coq en bronze doré, une partie de chasse mémorable contre un énorme sanglier, des aménagements de messes basses à la chapelle de l’usine d’Odet.

Si la papeterie est à l’honneur en cette première partie de bulletin, les autres sujets d’histoire et de patrimoine ne sont pas pour autant absents, car on y évoque aussi :

Image:Right.gif La commune aux 17e et 18 siècles, avec les nombreuses mouvances de l’évêque de Quimper et des inventaires détaillés de vaisselles, de poteries de terre et bien d’autres objets hétéroclites aux noms étranges …
Image:Right.gif Le 19e et 20e avec la taille règlementaire des châtaigniers en 1861 et en 1941 une supplique désespéré d’un fermier au préfet qui voudrait bien l'expulser.
Image:Right.gif Des photos contrecollées sur carton de 1875 et une carte postale représentant deux « sonneurs d’Ergué-Gabéric », père et fils de Garsalec, en 1908.
Image:Right.gif Une description évocatrice et inspirée du manoir de Lezergué, château typique du 18e siècle breton
Image:Right.gif L’histoire des Taolennoù et de la loi républicaine de 1905 par Auguste et/ou Pierrick Chuto et par Jean-Marie Déguignet.
Image:Right.gif Les légendes bretonnes de l’Ankou, et enfin en 4 de couverture la Peste d’Elliant sous la forme d'un tableau de Louis Duveau et de la gwerz « ar Vosenn wenn » (peste blanche) publiée par le mémorialiste François-Marie Luzel.

« Person Elliant ’zo bet kuitet,
D’ann Erge-vraz brema ‘z eo et ;
Preparet ’n euz ur walik-wenn,
Da roï d’ann dut ann absolvenn,
D’ar re ’ oa klan gant ar vosenn !

Le recteur d’Elliant est parti, Il est allé au Grand-Ergué ; Il a préparé une baguette blanche, Pour donner aux gens l’absolu- tion, Aux malades de la peste !

Le bulletin en ligne : « Kannadig n° 33 Avril 2016 »

 
Avis à tous : samedi 23 avril à 14 h 30, à l'espace associatif de l'impasse de l'Odet à Quimper, Pierrick Chuto donnera une conférence organisée par le CGF « Cléricaux contre laïcs en Basse-Bretagne de 1880 à 1905 » à l'occasion de la sortie de son dernier livre « IIIe République et Taolennoù ». Venez nombreux, cochez dès aujourd'hui votre agenda et réservez votre après-midi du samedi en huit. GRATUIT ET OUVERT À TOUS.

[modifier] 20 Un terrible sanglier naturalisé

Billet du 09.04.2016 - Non ce sanglier solitaire empaillé n'est pas un poisson d'avril ! Contrairement aux bisons femelles du billet de la semaine dernière dont la présentation potache a échappé à beaucoup de lecteurs, semble-t-il, sauf bien sûr au vigilant et affuté Yann-Steoñ (*).

Vous trouverez en facsimile cette édition épuisée et rare de la plume d'un père Jésuite en 1951 et racontant des histoires vécues du temps de René Bolloré père, ce dernier étant décédé en janvier 1935. Elle fait suite à deux tomes « Et j'ai songé ... » rassemblant d'autres souvenirs, la plupart anonymes et dédiés à ses anciens élèves.

Ici l'anonymat est également simulé, dans le sens où le « héros » des textes, nommé « X. » ou « mon ami », est bien sûr le papetier René Bolloré (1885-1935) dont les exploits s'enchainent dans 15 chapitres, dont ce chapitre 4.

Les deux hommes se connurent sans doute lors d'un séminaire d'anciens élèves du collège Saint-François de Vannes ou lors d'une prédication du père jésuite dans les années 1920 (cf témoignage de Louis Barreau de 1925).

Le récit démarre par une ambiance de chasse à courre : « les piqueurs ne pouvaient que sonner la retraite » ; « Rocambol, le plus beau type de la meute, n'était pas au rendez-vous et le piqueur-chef se demandait ... ».

Le lieu de chasse est magnifique : « à l'intérieur de la forêt, se trouve une étroite vallée, couverte d'herbes hautes, encaissée entre les deux collines, avec, au milieu, un ruisseau rapide, aimé des truites et courant sous des saules ».

La localisation précise n'est pas donnée par le père jésuite, mais un ancien de Lestonan, Laurent Huitric, nous a transmis cette information : « M. Bolloré avait une chasse dans la forêt du Huelgoat, où il avait failli être tué par un énorme sanglier ».

Ce fameux sanglier est décrit ainsi : « le terrible sanglier » ; « un vieux solitaire, puissant et rusé, d'un poids énorme et aux formidables défenses ». Après beaucoup de suspense, une attaque surprise de la bête, le fusil de chasse à double canon donnera au chasseur son statut de « vainqueur ».

En 1944, le sanglier est placé au moulin voisin de Mouguéric, tout proche du manoir d'Odet, comme le témoigne le fils de Louis Barreau qui y séjourna pendant l'été : « près de l'usine d'Odet, une ancienne ferme joliment transformée en rendez-vous de chasse ... À l'entrée, se dressait, debout sur ses pattes postérieures, un sanglier empaillé. »

 

En 1951, date d'édition des « Souvenirs d'un Ami » , l'animal empaillé est dans le hall du manoir familial : « Les visiteurs de l'usine peuvent voir maintenant, dans le vestibule de la maison d'habitation, empaillé et débout sur ses pattes de derrière, le terrible sanglier ».

Aujourd'hui la silhouette naturalisée y trône toujours, debout sur le socle d'un porte-manteau, avec sur la tête le képi militaire des Services des Poudres laissé après guerre par le fils aîné du chasseur, prénommé également René.

En savoir plus : « Un terrible sanglier solitaire tué et empaillé par René Bolloré », « LA CHEVASNERIE - Souvenirs d'un Ami »

(*) Mail de Yann-Steoñ de Beg-Meil reçu le 2.04 à 10:01 : « Excellent travail d'investigation. En tant que militant écologiste je suis indigné par le comportement des chasseurs. Surtout que les bisonnettes étaient gravides. Que fait la Kommandentur ? Je pose la question. Kenavo. »

[modifier] 21 Le haut plateau de Quillihouarn

Billet du 01.04.2016 - « Quatre chasseurs de bisons ont été surpris en flagrant délit de braconnage ce vendredi, vers 16h, sur les hauteurs du plateau de Quillihouarn, à Ergué-Gabéric, commune limitrophe de Quimper », avril 1941.

Le 1er document inédit sur Quillihouarn en novembre 1941, en pleine période de guerre, est une belle lettre d'un agriculteur de ce village adressée au préfet, implorant son indulgence pour rester en activité malgré les impayés à son propriétaire.

L'argumentaire bien affuté de l'agriculteur ne manque pas de toupet, voire de panache : « vraiment nous ne méritons pas ce qu'on veut nous faire » ; « ce n'est pas étonnant que je ne pouvais arriver à payer régulièrement avec toutes ces pertes ».

De même il force le trait en énumérant ses nombreux malheurs depuis six ans qu'il exploite sa ferme de Quillihouarn :

  • Les débuts très difficiles, « J'ai eu du dur pour refaire cette ferme, il n'y avait pas de fourrages, pas de légumes, pas de fumier, mais pas un brin »
  • Les nombreux décès de bétail, « j'ai perdu six très bonnes vaches laitières avec leur veau, une épidémie dans l'écurie, d'ailleurs le vétérinaire pourrait le certifier aussi, 23 porcelets et deux truies »
  • Les injustes réquisitions de temps de guerre , « J'ai eu aussi un cheval de 5 ans réquisitionné pour la somme de 4.800, et pour le remplacer j'ai dû mettre 40.000 »
  • Les problèmes familiaux, « j'ai aussi avec moi une fille qui attend un bébé bientôt, que deviendrons-nous tous, si vous nous mettez à la porte, que ferais-je de mon matériel et de mes bêtes, nous ne trouvons pas même à nous loger. »

Manifestement le conseiller du préfet n'accorde pas crédit à François Divanach. Et de plus le préfet Maurice Georges n'apprécie ni les impertinences, ni les idées communistes ...

Pourtant, François Divanach put rester à Quillihouarn, au moins jusqu'en mai 1943, car il fait partie des 165 agriculteurs de la commune qui devront payer une amende à la Kommandantur pour insuffisance communale de livraison de beurre.

En savoir plus : « 1941 - Demande au préfet d'un délai pour des impayés de fermage à Quillihouarn »

 

Le deuxième document est une coupure de presse qui rappelle qu'en avril 1941 il y avait encore, dans certains villages de la commune, des troupeaux de bisons sauvages qui faisaient le bonheur de quelques chasseurs mal intentionnés.

En effet, dans l'édition locale de la « Dépêche de Brest » du 01.04.1941, on trouve cet entrefilet sur quatre chasseurs verbalisés par un garde-chasse et la kommandantur avant leur tentative de fuite dans leur « Traction Avant » jaune, avec dans le coffre arrière deux bisonnettes gravides abattues froidement.

Leurs méfaits sont d'avoir :

  • « commis cinq infractions, notamment pour des tirs de bisons hors plan de chasse et le fait d'avoir utilisé des munitions non conformes »
  • « ulcéré plusieurs habitants d'Ergué-Gabéric résidant dans le secteur de Quillihouarn ... contourné les lois dans des conditions dangereuses pour autrui ... comme des voyous »

En savoir plus : « Braconneurs de bisons sur le plateau de Quillihouarn, Dépêche de Brest 1941 »

Nota bene: le prochain bulletin Kannadig de la mi-avril est en cours de préparation, ainsi que les reçus fiscaux des donateurs. Qu'on se le dise !

[modifier] 22 La symbolique du coq français

Billet du 26.03.2016 - « À cette réunion présidée par Monsieur Louis Garin, on remarquait tous les employés et tous les chefs de chaque genre de métiers de l'usine. Le "Coq Barbedienne" 0 m 95 de haut a obtenu l'unanimité des voix.  » 0det, 3 juillet 1922.

Les cahiers de marque « Le Coq Français » de R(ené) Bolloré avaient été créés dans les années 1910-20. Ces emballages en carton plié étaient les successeurs de la boite métallique pour papier à rouler de 1914 avec son dessin de soldat poilu en pantalon garance.

Les tout premiers cahiers font apparaître la signature « Steinlen » du célèbre artiste qui dessina la silhouette du coq français. Il s'agit de l'illustrateur suisse et montmartrois, Théophile Alexandre Steilen (1859-1923), ami des peintres Luce, Toulouse-Lautrec et Picasso, caricaturiste engagé et collaborant avec les journaux anarchistes de l'époque et l'Assiette au beurre ou Le Petit Journal.

Et pour la revue « Cocorico » de Paul Boutigny, Steinlen créa la couverture du 13 janvier 1899 avec ce fameux coq chantant.

Le logo du coq a été décliné par la suite avec plusieurs jeux de couleurs vives : noir et crête rouge, bleu ou doré avec la crête blanche. En arrière-plan ajouté, le soleil se lève et diffuse ses rayons.

Au recto du cahier, la « marque déposée » est constituée par un blason a priori fictif avec une épée et deux étoiles, surmontées d'un casque qui ressemble à un bonnet de fou du roi. Et la référence à l'entreprise de papeterie est « R. Bolloré Odet-Quimper France ».

Le choix d'un coq fait l'objet en juillet 1922, un mois après la fête du centenaire des usines du 8 juin, d'un cadeau des employés des papeterie à l'entrepreneur René Bolloré « en signe d'attachement et de gratitude ». La statue offerte est toujours exposée dans le hall du siège de l'entreprise à Ergué-Gabéric. Deux documents inédits et une photo en NB attestent du cadeau fait à leur patron par le personnel.

Dans le premier, le compte-rendu de réunion du comité des cadres, l'intention est exprimée ainsi : « Offrande d'un souvenir à Mr R. Bolloré. En signe d'attachement et de gratitude ».

 

Et la dédicace qui sera apposée sur le bronze doré se veut explicite : « Centenaire des Papeteries d'Odet 1922-1922. Hommage du personnel des usines d'Odet et de Cascadec. À monsieur René BOLLORE ».

Le second document est une lettre accusée de réception de commande par l'entreprise de fonderie F. Barbedienne. L’œuvre du sculpteur animalier Charles Paillet est tout simplement titrée « Le Vainqueur ».

Deux articles pour en savoir plus :
« Les cahiers de papier à cigarette "Le Coq Français" et "OCB" Bolloré », « 1922 - Offrande du Coq Barbedienne "Le Vainqueur" à René Bolloré par son personnel »

[modifier] 23 Gwerz ar vosenn wenn Elliant

Billet du 20.03.2016 - « Et eo ar vosenn a Elliant, Et ’zo gant-hi seiz mill ha kant ! » La Peste est partie d’Elliant, Elle a emporté sept mille et cent !

La version la plus connue de cette complainte ou « gwerz » bretonne est celle du Barzaz Breiz de Théodore Hersart de la Villemarqué. Mais celle publiée par l'archiviste François-Marie Luzel est plus qu'intéressante.

On y trouve des passages communs (les 7100 morts, la charrette des enfants morts tirée par leur mère et suivi d'un père sifflotant), mais la construction globale et le style semblent plus authentiques. De plus Luzel cite ses sources de collectage, une chanteuse de Plomeur, tout en ajoutant des variantes, dont la strophe localisée au Grand-Ergué.

Luzel précise que la gwerz provient d'un collectage d'amis organisé par son collègue Le Men des archives départementales, et la variante de la fin de la strophe 2, a été fournie par le celtophile Louis-François Sauvé :

« Person Elliant ’zo bet kuitet,
D’ann Erge-vraz brema ‘z eo et ;
Preparet ’n euz ur walik-wenn,
Da roï d’ann dut ann absolvenn ;
D’ar re ’ oa klan gant ar vosenn !
 »

(Traduction : Le recteur d’Elliant est parti, Il est allé au Grand-Ergué ; Il a préparé une baguette blanche, Pour donner l’absolution aux gens ; À ceux qui étaient malades de la peste !)

En quelle année, en quel siècle, eut lieu cette peste d'Elliant ? Il est peu probable qu'elle date du fléau du 14e siècle, à savoir la fameuse Peste Noire qui se répandit dans toute l'Europe. Dès le début du 16e siècle il y eut en Bretagne une succession d'épidémies qualifiées aussi de pestes.

À noter que le texte de Luzel est « ’Ma ’r Vosenn-wenn e penn da di » (La Peste blanche est au pignon de ta maison), ce qui exclut l'idée d'une peste bubonique classique, mais pourrait couvrir aussi la tuberculose ou la dysenterie. Le 17 juillet 1565 les chanoines de la ville de Quimper qui avaient du quitter leur ville vont tenir « chapitre au Grand-Ergué, pour se réfugier ensuite à Fouesnant car la maladie « gagnait le pays ».

 
Tableau de Louis Duveau, Musée de Quimper. « O welet seiz mab ’n un tiad O vont d’ann douar ’n ur c’harrad ! » (sept fils d’une même maison, allant en terre dans une même charrette)

Jean-Marie Déguignet, le paysan mendiant d'Ergué-Gabéric, a donné aussi un brin d'explication sur cette légende régionale :

« Cette Bossen est représentée sous la figure d'une vieille femme. Il y en a qui disent qu'elle est la Mort elle-même, d'autres disent qu'elle n'est que la pourvoyeuse de l'Ankou qui seul a le droit de trancher le fil de la vie ».

En savoir plus : « LUZEL François-Marie - Bosenn Elliant, gwerz de la Peste d'Elliant », « L'histoire de la Bossen, la peste d'Elliant, par Jean-Marie Déguignet »

[modifier] 24 Parc-al-Lann aux 18e/19e siècles

Billet du 13.03.2016 - Alors que le village au centre de la commune va vraisemblablement intégrer le site industriel voisin, il était important d'évoquer son passé, ses occupants, et la nature environnante, ceci grâce à deux documents d'archives et avant que l'oubli ne s'y installe.

Le premier document est un bail à ferme qui nous a été communiqué par l'arrière-arrière-petit-fils d'Hervé Hostiou et Marie Anne Le Gallou, les agriculteurs locataires de la ferme de Parc-al-Lann en 1861. Dans ce document, les obligations imposées par le bailleur sont détaillées très précisément.

  • Pour les taillis de châtaigniers et de bois commun, chaque année est programmée : « La deuxième année il coupera la moitié des pousses de châtaigniers existant dans la partie haute de la taille près Parc Al-lan », ce qui veut dire que tous les 3 ans chaque châtaigner est taillé, ceci afin d'accroitre les sections de coupe des troncs restant sur chaque souche.
  • L'emploi du bois pour la fabrication d'une charrette est même prévu : « Le propriétaire désignera un arbre à abattre pour être employé à la confection d’une charrette ».
  • Le ramassage des feuilles des arbres est règlementé ... ; le fermier doit également replanter ... ; quant au jardin, le bailleur en a la jouissance, mais le fermier doit bêcher ...
  • Et le preneur doit veiller à la transformation des châtaigniers en poteaux et bois de charpente : «  il laissera les renaissances de châtaigniers en quantité suffisante pour servir aux réparations des barrières et des couvertures des bâtiments  ».

En savoir plus : « 1861 - Bail à ferme et coupes de chataigniers à Parc-al-lan »

Le deuxième document est un inventaire des biens sur succession du fermier du village de Parc-Allan à la veille de la Révolution française, conservés à l'annexe de Brest des Archives Départementales du Finistère.

Outre la vaisselle de faïence, les pots et écuelles de terre, on y trouve des matériels divers et varié, du dévidoir et hachoir de chanvre aux poëles à crêpes.

  • La vaisselle a son importance : « un vaisselier garni de cinq assiettes d'étain, onze assiettes de fayance, deux écuelles blanches, deux soucoupes, », en provenance sans doute des faïenceries de Quimper-Locmaria.
 
  • Les poteries de terre sont nombreuses : « Le tiers des ecuelles de terre ... neuf assiettes de terre ... six terrines de terre ... deux pots de terre brune ...  ».
  • On pourrait penser que ces poteries ont été fabriquées sur place, car Parc-al-lann a connu plusieurs générations de potiers (cf détail dans l'article).
  • Par contre on note la présence d'un outil de fabrication de fils de chanvre : « Une charette à dévider du fil avec son fuseau, sa croisade et canelles (ettes?)  ».

Et bien d'autres objets aux anciens noms si évocateurs : « membrures » (support de poutre), « tarrière » (gouge), « chartil » (corps de charrette), « charret(te) » (dévidoir), « teille » (hachoir de chanvre), « quelorne » (baquet) ...

En savoir plus : « 1787 - Inventaire et succession de Germain Moizan de Parc-Allan »

[modifier] 25 L'effet papillon de Lezergué

Billet du 04.03.2016 - Les membres de la Société archéologique du Finistère viennent de recevoir le dernier bulletin annuel, revue au contenu toujours aussi riche qu'intéressant, dont cet article de Grégory Floc'h intitulé « Lézergué, en Ergué-Gabéric. Étude d'un château du XVIIIe siècle breton ».

Grégory Floc'h est un spécialiste reconnu des châteaux en Bretagne aux époques ancienne et moderne. Il a déjà publié des articles documentés sur les châteaux du Léon aux 17e et 18e siècles, sur l’âge classique du château du Vannetais, et, pour le CRBC, des études de cas du patrimoine architectural breton disparu.

Ici il signe un bel article de 18 pages sur un château presque disparu de notre campagne cornouaillaise, avec cette citation en dédicace : « Une ruine n'est belle que si elle présente les restes d'une existence jadis complète » (Fernand Pouillon).

On y trouve notamment :

  • des références inédites d'archives, comme le séquestre de meubles et l'inventaire des papiers de l'émigré de La Marche à Jersey, ou iconographiques, comme les relevés de plan de Bernard Le Moën, architecte DPLG, et le cliché Robineau de 1930.
  • les relevés commentés des pièces du château sur la base des plans de Joseph Bigot, et des parcelles attenantes grâce aux actes et au cadastre.
  • des précisions sur les richesses des lieux, la façade principale du « maître-logis », l'escalier monumental exceptionnel « inscrit dans la tradition », la « rabine de sapins (d'où le surnom de la croix des épines ?) » car Kroas-Spern n'est pas loin  !
  • des descriptions évocatrices et inspirées : « Le visage du château est français, mais le granite lui a donné l'accent breton ; le haut toit, à pentes simples, couvert d'ardoises, passe pour un provincialisme, mais c'est une erreur, il est relatif au type architectural : c'est l'un des symboles du château ; l'enchaînement vestitule-escalier dans l'axe, manière cornouaillaise, est hérité du "manoir breton" »
  • une conclusion qui invite à poursuivre les recherches : « les quelques ébauches données ici laissent augurer une richesse extraordinaire. La matière est là : l'exploration peut commencer ! »

En savoir plus : « FLOC'H Grégory - Lézergué, château du XVIIIe siècle breton »


Nouvelle nécrologique locale :

 
Ce dessin de Lezergué est signé An'Co, jeune artiste douarneniste. Signalons son exposition de croquis des maisons à pans de bois du vieux Quimper à l'Effet Papillon (22 Rue de Douarnenez, 29000 Quimper). Le vernissage y a lieu ce vendredi 4 mars à 18:30, en partage avec les portraits d'encre et aquarelle d'Alix.

[modifier] 26 Piles papetières de Paris-Düren

Billet du 28.02.2016 - Merci aux arrière-petites filles du « vieux loup de papeterie » de nous avoir communiqué une photo familiale et des lettres manuscrites de leur aïeul pour la perpétuation de son souvenir et la mémoire papetière d'Odet et de Cascadec.

Une première lettre dactylographiée adressée à Michel Abadie, propriétaire d'une manufacture à papier dans l'Orne est signée « Yves Charuel, ingénieur en chef », lequel demande à son concurrent comment il utilise son appareil "Presto" de Schopper.

« Afin de bien suivre vos fabrications » : les papiers et pates à papier Abadie pouvaient faire l'objet de commandes de la part des établissements Bolloré, mais le dynanomètre de Schopper pouvant mesurer jusqu'à 15 kg de force était prévu pour mesurer la solidité et qualité des papiers produits à Odet et Cascadec. Cet appareil commandé en 1913-14 était toujours utilisé à Odet en 1949.

Les cinq autres lettres sont de la main de Jean-Pierre Rolland, contremaitre et chef de fabrication, adressées de Paris ou de Düren à son patron René Bolloré, pour le tenir au courant des constats faits au cours de ses visites techniques.

Les premières lettres du « grand hôtel de la Gare du Quai d'Orsay à Paris » relatent la visite de la papeterie Durtal Maine-et-Loire. Les lettres suivantes sont écrites de l'« Hotel Dürener Hof », une ville réputée pour ses nombreuses usines à papier.

 

Les lettres photocopiées, et donc avec quelques mots manquants, illustrent très bien :

  • la maitrise technique du papetier autodidacte : aucun résultat de mesure, de vitesse, de qualité des pâtes produites par les piles à cylindres ne lui échappe.
  • son sens des formules dont certaines inspirées par sa langue bretonne maternelle : « il m'était impossible de demander aucune explication à aucun ouvrier en dehors de lui » : joli bretonnisme avec multiples négations ...
  • sa relation proche avec la famille Bolloré : « Nous avons diné hier au soir chez Monsieur Léon. Je suis très contant de l'avoir vu. Je l'ai trouvé très bien, un peu maigri mais très bonne mine.  » : il s'agit de Léon Bolloré, frère du précédent René, oncle du patron en fonction depuis 1904.
  • son implication dans les décisions de fabrication : « Monsieur Banirg nous promène, à droite à gauche, mais ça nous avance à rien. Il doit écrire et télégraphier à Monsieur pour essayer d'avoir la commande de la machine. », la mise en garde est motivée par des trucages dans les démonstrations de préparation de la pâte.

En savoir plus : « 1913 - Visites techniques de machines à papier en France et Allemagne »


1. Marie Joséphine ROLLAND, dite "Jeff"
2. Pierrot ÉOUZAN, surveillant, le marié
3. Marie "Reine" ROLLAND, la mariée
4. Yvonne ROLLAND, épouse RIVOAL
5. Marie Jeanne ROLLAND, ép. GUÉGUEN.
6. Jean-Pierre ROLLAND, contremaitre, père de la mariée.
7. Marie-Anne PÉTON, mère de la mariée.
8. Pierre-marie ÉOUZAN, marin de commerce, père du marié.
9. Anne Marie HAMON, mère du marié.
10. Lisette JACOB, fille de Marie-Anne

Au 1er rang, on peut admirer le costume glazig et les longs favoris de Jean-Pierre Rolland, le contremaitre qualifié par le patron René Bolloré de « vieux loup de papeterie ». La mariée et ses sœurs portent la coiffe de Scaër alors que, plus jeunes sur une autre photo, elles avaient la "borledenn" d'Odet. La mariée qui n'a que 19 ans en 1906 est déclarée dans le recensement de la population de Scaër comme « compteuse papetière » à l'usine de Cascadec où travaillait son père.

En savoir plus : « 1912 - Mariage de Pierrot Eouzan et Reine Rolland d'Odet »

[modifier] 27 Auguste Chuto est de retour

Billet du 20.02.2016 - « Pierrick Chuto redonne une vie aux ruraux dont on parle parfois, mais qui s'expriment rarement. Il nous offre leur façon de penser, plus diversifiée qu'on pourrait le croire », Christian De la Hubaudière.

Il ne s'agit pas de Pierre-"Auguste", « le maitre de Guenguat » (1er livre publié en 2010), mais de son petit-fils - et aussi grand père de l'auteur -, propriétaire-agriculteur à Penhars, ancien séminariste, et "prédicateur" (en langue bretonne) contre les méfaits des bouleversements apportés par la IIIe République.

Le 5 août 1905, il déclamait : « Mes n'euz fors petra a c'hoarvezo, nerz kaloun evit Doue hag ar Vro » : Mais quoi qu'il arrive, force de coeur pour Dieu et le (notre) Pays (breton).

Quant à la couverture du livre, il s'agit d'un magnifique "tableau de mission" de François-Marie Balamant, recteur de Penhars, un de ces « Taolennoù » que les curés et prédicateurs de l'époque utilisaient pour effrayer les populations par les évocations du mal et des péchés capitaux, et accessoirement contre les républicains et les francs-maçons, les inventaires des biens de l'église, les expulsions des sœurs des écoles congréganistes et des jésuites, la loi de séparation des Églises et de l'État ...

Mais ce livre n'est pas la vision exclusive du clan des cléricaux. Le but n'est pas de distribuer les bons et mauvais points, mais de présenter impartialement les conflits qu'ont vécu nos aïeux.

Le livre de Pierrick Chuto est une belle saga familiale illustrant une page d'histoire locale et nationale encore trop méconnue, et très riche d'anecdotes inédites et étonnantes. On trouvera aussi dans l'article bibliographique les références aux passages concernent plus particulièrement notre commune gabéricoise.

Image:Right.gif « CHUTO Pierrick - IIIe République et Taolennoù, tome I »
(dans les librairies quimpéroises dès la semaine prochaine)

La publication de ce livre nous amène à commenter les souvenirs d'un contemporain, Jean-Marie Déguignet, sur ces extraordinaires Taolennoù, ce pour s'imprégner encore plus de l'ambiance locale à l'avènement de la IIIe république.

En effet, dans le livre référence de Joël Cornette « Histoire de la Bretagne et des Bretons », le texte de Jean-Marie Déguignet est cité in extenso pour illustrer le thème des tableaux de mission : « Dans ses Mémoires, Jean-Marie Déguignet, fils d'un pauvre paysan analphabète de Quimper, se rappelle des trois jours de retraite qui précédèrent sa première communion, au début des années 1840.  »

S'en suit une description détaillée des Taolennou :

  • « l’on voyait les damnés en enfer enfourchés et embrochés par les diables noirs à cornes de vaches et à longues queues »
 
  • « d’autres tableaux où ces diables étaient représentés sous forme de cochons, de crapauds, de serpents, ... »
  • « un autre où les diables ont enfin envahi ce cœur tandis que le bon ange s’enfuyait en pleurant. »
  • « En voyant ce curé nous montrant ces tableaux effroyables des diables et de l’enfer ... »

Les effets produits sur les jeunes futurs communiants ne sont pas anodins :

  • « des tourments éternels pour avoir eu un instant d’orgueil, d’envie ou de luxure »
  • « on entendait alors des pleurs, des cris, des gémissements parmi les pauvres petits auditeurs effrayés »

Et Joël Cornette de conclure : « Ce document nous permet de prendre la mesure de l'effet produit (assez éloigné de l'effet attendu par le curé pédagogue) et de la pérennité d'une méthode mise au point dans les années 1610. »

Image:Right.gif « Souvenirs des Taolennoù lors des trois jours de retraite de première communion » par Jean-Marie Déguignet.

[modifier] 28 Binious et bombardes en 1908

Billet du 14.02.2016 - « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux. », Bernard-Henri Lévy, 1985, Edito dans Globe.

La petite histoire est celle-ci : sur le site delcampe.net, une carte postale au titre complet « En Bretagne - Concours de binious - Sonneurs d'Ergué-Gabéric » a été mise aux enchères début janvier pour un mois.

À la réception de cette carte ayant circulé le 11.09.1909 de Guingamp vers l'Oise, on peut y voir sur la gauche un monument à la mémoire de La Tour d'Auvergne (1743-1800), le premier grenadier des Armées Françaises après la Révolution.

Et là commence l’enquête par la consultation des journaux de l'année 1908 : on y apprend que la statue en bronze (fondue par l'armée Allemande dans les années 1940) avait été inaugurée à Quimper et fait l'objet d"une fête bretonne les 11 et 12 octobre 1908.

Un concours des meilleurs couples de sonneurs bretons de biniou et bombarde y avait été organisé, et les journaux Le Finistère et Le Courrier précisent que le 6e prix a été attribué à « Hémidy, père et fils, d'Ergué-Gabéric ». Après consultation de la liste électorale de 1910 indiquant des Hémidy à Garsalec, René Le Reste, né dans ce village en 1936, est consulté.

Et il confirme : « J'ai souvent entendu par mes parents parler d'eux. Ils étaient des sonneurs professionnels père et fils. Par contre j'ai connu leur fille et soeur Catherine Hémidy, née en 1899. J'ai entendu aussi par d'autres sonneurs qu'ils avaient une certaine notoriété. À cette époque il habitaient à 100m de ma maison natale, à Garsalec donc. C'était encore une vraie chaumière, toit en chaume et porte d'entrée à deux battants. »

En savoir plus : « Les deux sonneurs gabéricois au concours de binious de Quimper en 1908 ».

 

Pour montrer à BHL que les traditions populaires peuvent prétendre à une certaine universalité, une belle video « Coiffes et costumes de Bretagne » vient d'être produite et diffusée en prime-time sur Tébéo, TébéSud et TVR, avec une rétrospective des croquis de Lalaisse et bien sûr la présentation des richesses locales : « Kant bro, kant giz » (100 pays, 100 guises).

 

Aux manettes de cette video il y avait André Espern (réalisation, images) et Ronan Le Gall (images, textes, voix off), et bien sûr pour présenter le pays glazik, Raymond Le Lann qui porte lui-même un très beau costume azuré. Lorsque la période de replay des chaines de TV sera passée, le DVD sera disponible depuis le site Internet des films du baladin

[modifier] 29 Une paroisse dans la paroisse

Billet du 07.02.2016 - Où le recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric s'adresse à son évêque et vicaire général pour être autorisé à réviser à la baisse le nombre de messes et de confessions à assurer pour le compte des Bolloré dans leur chapelle privée de la papeterie d'Odet.

Louis Lein est nommé recteur d'Ergué-Gabéric en 1909 après avoir exercé le même ministère à Landeleau et Plounéour-Ménez. À Landeleau il a connu la lutte contre la loi de la Séparation des Eglises et de l'Etat, ce qui lui a valu un procès en 1906 à Chateaulin, rejugé à Rennes suite à appel du ministère public.

À Ergué-Gabéric, le conflit de l'église et des paroissiens contre la loi républicaine fut gérée par le recteur Jean Hascoët dont Louis Lein parle en ces termes dans sa première lettre à son évêque en août 1912 : « Cette messe est-elle seulement pour la famille Bolloré et les ouvriers qui ne pourraient aller à la messe ailleurs ? Je crois que c'est ainsi que l'entendait Mr Hascoët, un de mes prédécesseurs qui eut lui-même quelques difficultés provenant d'Odet ».

Nous avons au total quatre lettres écrites par le recteur, conservées aux archives diocésaines, où l'on découvre la charge et la complexité du services paroissial d'Ergué-Gabéric avec ses grand' messes, ses basses messes de chapelles, le catéchisme, les prédications, les confessions, le service aux malades ... et ce qui n'arrange pas les choses : les exigences religieuses supplémentaires de la famille Bolloré qui met à disposition sa chapelle privée St-René à Odet.

Cette dernière est exigüe en 1912-1913 : « la chapelle est beaucoup trop petite. Et si elle était agrandie (ce qui va arriver dans quelques temps), les difficultés deviendraient encore plus fortes et l'on finirait par faire une autre paroisse dans la paroisse. » L'architecte nantais René Ménard, ami des Bolloré, est chargé de l'agrandissement et les travaux de rénovation seront achevés en 1921.

En 1912, René Bolloré et son épouse demandent « à l'administration diocésaine » une messe supplémentaire « tous les premiers vendredis du mois à Odet », ce en plus de la messe, confession et bénédiction du dimanche. Les trois vicaires ont du mal à assurer toutes les messes et confessions au bourg et dans les trois autres chapelles de la paroisse.

 
Chapelle St-René d'Odet agrandie par René Ménard en 1921

Il est question aussi de décaler d'une demi-heure la messe du dimanche : « Jusqu'ici la messe de la papeterie était dite à 8 heures les dimanches et jours de fêtes, les parents de ceux qui assistaient à cette messe, pouvaient encore être remplacés par eux, et venir pour 10 heures à la grand' messe du bourg ».

Pour diminuer la charge de travail des prêtres, le recteur suggère de réduire les confessions à Odet à un samedi par mois, avec ajustement pendants les grandes fêtes religieuses. Et il charge son évêque, le célèbre Adophe Duparc, d'annoncer la mauvaise nouvelle à Monsieur Bolloré ...

À partir des années 1930, un des vicaires de la paroisse sera affecté au service d'Odet, le premier étant l'abbé Le Goff, puis l'abbé Vourc'h. Les suivants, notamment Jean Corre et Jean-Marie Breton, prendront le titre d'aumônier et logeront dans une bâtisse attenant à la papeterie.

En savoir plus : « 1912-1913 - La question de la réorganisation du service paroissial à la papeterie d'Odet ».

[modifier] 30 La légende bretonne de l'Ankou

Billet du 30.01.2016 -« Vienne enfin, un jour, par la faux de l'Ankou / Me jeter au tombeau, en me tranchant le cou. / Alors je pourrai dire en tombant sous la faux / Benedictus te Ankou, tu as fini mes maux. », JM Déguignet (1834-1905), "Rimes et Révoltes", 1999, Blanc Silex.

Grâce à « La légende de la mort » d'Anatole Le Braz publiée en 1893, tout le monde connaît aujourd'hui l'Ankou (bretonnisme traduit du breton « an Ankoù » [1*]) qui récupére dans sa charrette grinçante les âmes des défunts récents. On le représente comme un squelette revêtu d'un linceul, ou un homme grand caché sous un large feutre et tenant une faux au tranchant tourné en dehors.

Mais on connait moins les mémoires ou les poèmes de Jean-Marie Déguignet qui évoque aussi cette légende, avec une explication critique de la vision folkloriste d'Anatole Le Braz. On peut compter une dizaine de passages où le paysan bas-breton décrit les croyances rurales autour de la mort qu'il a lui-même observées et explique les origines d'une invention "chrétienne".

Sur le thème de « notre Ankou breton », Déguignet en fait d'abord ce portrait conventionnel : « il voyage jour et nuit, semant sur son chemin une espèce de terreur panique, le jour donnant des frissons et la nuit faisant entendre le wig-wig de la charrette des morts ».

Jeune enfant à Ergué-Gabéric, un jour où il avait une forte fièvre qui devait l'emporter, il croit même voir la faux de l'Ankou : « tout le monde avait entendu quelque chose annoncer que j'allais bientôt partir au bourg sur le dos et les pieds en avant ... la nuit venue, je vis tout ce dont elles avaient parlé, je vis le spectre de l'Ankou, le spectre d'un spectre avec sa faux me faisant des grimaces au pied de mon grabat ».

Mais bien sûr personne en réalité ne peut attester avoir vu le messager dans sa ronde macabre sur les chemin de campagne bretonne : « l'Ankou, ni sa prétendue charrette n’ont jamais été vus par personne, attendu que l'Ankou n'est qu'un signe ou intersigne de la mort mais toujours invisible ».

Déguignet s'amuse de la naïveté des folkloristes, Anatole Le Bras le premier, qui ont cru sur parole toutes ces légendes bretonnes : « Anatol mest an Ankou » (Anatole, le maître de l'Ankou) ; « un de ces savants chercheurs de légendes » ; « c'est ainsi qu'ils en content à ces messieurs savants quand ceux-ci les forcent à parler » ; « Ah se dit ce malin quemener ... je vais te dire comment il est fait puisqu'il y aura la goutte à boire  ».

 
Quevilly, "JMD, Contes et légendes de Basse-Cornouaille", An Here, 1998

Et il donne enfin les seules explications sociologiques et religieuses auxquelles il croit :

  • « la légende de l'Ankou vient de la même source que toutes les légendes bretonnes, c'est à dire des missionnaires chrétiens et des prêtres catholiques, leurs successeurs. »
  • « Toutes ces légendes et celle de l'Ankou plus que les autres, portent la marque irrécusable du christianisme. »
  • « Ankou vient du mot anken, ankenius, ankrez, qui veut dire inquiétude, peur, frayeur, mot qui caractérise fort bien l'exécuteur des hautes œuvres divines. »
  • « Il faut à chaque curé son Ankou comme il lui faut un saint patron de la paroisse »
Ceci dit, vieux et à l'article de la mort, Déguignet se met encore lui-même en scène face au personnage de légende :

« Ce vieux ... est toujours dans son trou,
Pensant et écrivant en attendant l'Ankou,
Ce faucheur acharné qui fauche les braves,
Les pauvres, les honnêtes, les gueux, les esclaves.
 »

En savoir plus : « L'invention des légendes de l'Ankou selon Jean-Marie Déguignet ».


Nota [1*] : Le mot est masculin en breton ; selon Dom Le Pelletier il serait à l'origine le pluriel de « anken » qui désigne l'angoisse, la peine. Arzel Even (revue Ogam, 1950-53) propose une autre étymologie : « nk » représente l'état réduit de la racine « nek » (périr) (nekros en grec, et nec, necare en latin).

[modifier] 31 Photos sur carton de 1875-1880

Billet du 23.01.2016 - « Venez-y tous, bons pardonneurs, Qui sçavez faire les honneurs, Aux villages, de bons pastez, Avecques ces gras curatez, Qui ayment bien vostre venue Pour avoir la franche repeue », François Villon (1431-1463).

On aurait tendance à affirmer que le mot « Pardonneurs » est un bretonnisme pour nommer les personnes assistant à un pardon breton, car en français classique le pardonneur est normalement l'ecclésiastique de haut rang qui conduit la procession avec croix et bannières. À notre surprise le grand poète François Villon utilisait aussi cette même expression dans son poème « Les Repeues franches » pour désigner l'ensemble des pèlerins venus sur le lieu du pardon.

Toujours est-il qu'il y a des pardonneurs sur le cliché historique ci-contre diffusé sous forme de photo collée sur carton, préfiguration des cartes postales, signé « E.Bernier », soit Eugène Bernier (1841,~1906), photographe installé à Paris, puis à Dinan, connu pour ses portraits de célébrités françaises et étrangères, et ses « Vues de la Bretagne ».

Les pardonneurs costumés de Kerdévot, hommes et femmes, posent sur l'herbe de l'enclos près du calvaire, face à l'objectif et au soleil éblouissant. Les petites filles et une femme en habit de ville, se protègent sous leurs parapluies-ombrelles.

Grand merci à Christophe Rochet, un quimpérois-crozonais passionné des cartes postales et photos anciennes et très grand connaisseur des costumes bretons, qui nous a communiqué cette trouvaille inédite, ainsi qu'une autre photo contrecollée de la même époque.

L'auteur de cette dernière est Ferdinand Carlier (1829-1893), photographe né à Versailles et installé à Vannes, connu pour ses clichés de monuments et de villes bretonnes, et ses portraits de militaires et de bretons/bretonnes en costume.

La photo numérotée n° 25 représente une jeune fille gabéricoise en coiffe et bel habit brodé. La coiffe n'est plus le bonnet à huppe des années 1840 avec ses grandes ailes encadrant les côtés du visage. Ici, les ailes sont coupées et la coiffe est rehaussée, bien plus imposante que la « borledenn » actuelle. Le tablier (de soie ?) est de couleur claire et joliment brodé. La grande jupe et le corset sont noirs, et un « scapulaire de dévotion » est porté et joint à l'arrière du cou.

 

En savoir plus sur les deux photos : « La photo sur carton des pardonneurs ... » et « Photo contrecollée d'une jeune gabéricoise ... ».


« IIIe République et Taolennoù - Cléricaux contre laïcs en Basse-Bretagne - Ière époque : 1880-1905 » est un livre très attendu, concocté par le sympathique Pierrick Chuto, qui va paraître début mars prochain - préfacé par Christian De la Hubaudière -, sur LE SUJET LOCAL incontournable du début du 20e siècle : les tensions autour de Quimper sur la Loi de séparation des Eglises et de l'Etat. Cela touchera les gabéricois que nous sommes, car, outre le personnage central du prédicateur bretonnant Auguste Chuto (d'où les Taolennoù), on trouve aussi dans ce premier tome des personnalités de notre commune comme Corentin Signour (celui de la bannière du Tonkin) et le recteur Jean Hascoët, sans oublier bien sûr le pardon de Kerdévot : « Ce même dimanche, sous un soleil radieux, les deux promis assistent au pardon de Kerdévot en Ergué-Gabéric ... ». Si vous voulez être sûr d'avoir votre exemplaire, vous pouvez d'ores et déjà le réserver à un prix préférentiel sur le site http://chuto.fr

[modifier] 32 Matières féodales aux XVII/XVIIIe

Billet du 16.01.2016 - « Pour l'(es) infatigable(s) collecteur(s) de l'histoire et du patrimoine d'Ergué-Gabéric qui retrouvera(ont) dans cette plaquette l'écho des nombreuses recherches publiées sur Grandterrier, avec le même désir de rendre proches ceux qui ont vécu avant nous », Daniel Collet.

Quel est le point commun entre le dossier de Daniel Collet « Les Gabéricois aux XVIIe et XVIIIe siècles. Population, économie, société » éditée par l'association Arkae en décembre 2015, et la plaidoirie du jurisconsulte Pierre Hévin le 15 décembre 1693 au Parlement de Bretagne ?

Cette phrase du géographe Jean-Baptiste Ogée : « La paroisse relève du roi, à l'exception des trois à l'exception des trois villages de Kermorvan, de Kernechiron et Kerougan qui se trouvent sous le fief de l'évêque de Quimper ».

Les 31 pages inédites de Daniel Collet constituent une analyse contextuelle très intéressante des inventaires, registres et documents d'archives des deux siècles se terminant par la Révolution. L'inventaire de la population de 1790 y tient une place importante, mais aussi de nombreux documents de succession et autres aveux ou dénombrements, sans oublier le rôle de capitation du tiers-état de 1720.

À noter aussi qu'en pages intérieures et en annexe un lexique propose une définition des principaux termes anciens utilisés (notamment les types d’impôts et charges). Et, outre l'existence des familles nobles et le clergé paroissial, c'est surtout la diversité du tiers-état majoritaire, les « sans-voix », qui est analysée grâce aux archives.

Le sujet du deuxième ouvrage porte sur la ville de Quimper et la question de savoir si la cité peut être considérée dans sa globalité comme le fief de l'évêque et non du roi. Et dans les arguments épiscopaux défendus par Perre Hévin il y a le fait qu'au moins trois villages d'Ergué-Gabéric constituent une mouvance ancestrale du fief de l’Évêque, et que donc cette paroisse voisine de Quimper n'est pas assimilable à un simple « proche Fief du Roy ».

Dans ce jugement qui se conclut par un constat d'universalité du fief de l'évêque dans sa ville close de Quimper et ses remparts (par opposition au quartier extérieur de la « Terre-au-duc »), on peut noter les points suivants :

 
  • Le jurisconsulte Pierre Hévin peut être désinvolte, voir cinglant, vis-à-vis du sieur réformateur : « On lui répond qu'il debite sur ce point avec une hardiesse extrême, une fausseté manifeste et convaincuë par les titres mêmes du Roi  ».
  • Les trois villages gabéricois cités par le célèbre avocat sont Kermorvan, Kerougan (probablement Keranguéau) & Kernechriou ou Kernerpiriou (ou Coat-Piriou).
  • D'autres villages d'Ergué-Gabéric étaient détenus par l’évêque : « trois anciens comptes du revenu de l'Evêché des années 1459, 1509 et 1533 dans lesquels le Receveur se charge des rentes dûës dans cette Paroisse d'Ergué-Gabéric, et entr'autres sur ces mêmes Villages », ce qui est confirmé par la cartographie et analyses de Norbert Bernard en 1997.

En savoir plus  : « COLLET Daniel - Les Gabéricois aux XVIIe et XVIIIe siècles », « HÉVIN Pierre - Matières féodales et coustume de Bretagne » et « BERNARD Norbert - Etude topographique et historique des chemins d'Ergué-Gabéric au 16e siècle ».

[modifier] 33 Bulletin du renouveau hivernal

Billet du 08.01.2016 - « Le renouveau a toujours été d'abord un retour aux sources », Romain Gary (1914-1980), La Danse de Gengis Cohn.

Au menu de ce 32eme bulletin, tous les articles et billets du trimestre naturellement, avec ses quelques photos et facsimilés de documents d'archives :
1. Navigation sur les grandes cartes communales,
2. Succession et ribot de pierre du village de Kerveady,
3. Un Diogène bas-breton et philosophe stoïcien,
4. Epidémie de teigne aux écoles laïque et libre,
5. Enfance bafouée et abus sexuel à la Croix-Rouge,
6. Esquisses au crayon d’un artiste prolixe et fantasque,
7. Beauté et majesté de certains arbres historiques,
8. Guerre des mouteaux du moulin de Pennarun en 1749,
9. Transactions foncières de Nicolas Le Marié à Odet,
10. L’emprise des chasseurs du rallye de Saint-Guénolé,
11. Sommier de la Légion d’honneur du moulin du Faou,
12. Les deux renables et la loi du 28 ventôse de l’an 4.
13. Le conte de Noël du Korrigan du retable de Kerdévot.

Ce bulletin est bien fourni en cartes historiques, à l’occasion de la publication d’une carte I.G.N. au grand format et de la collection complète des 20 feuilles du cadastre napoléonien de 1834. Et la quatrième de couverture avec les personnages de la scène de nativité du retable de Kerdévot est un prétexte pour reprendre un joli conte de Noël avec comme personnage un sympathique korrigan.

Recevez aussi nos vœux renouvelés de « Bonne année » en breton grâce au tableau noir de l'instituteur Loïc Jadé : « BLOAVEZH MAT 2016 DAOU VIL HA C'HWEZEG » avec son H muet et T bref, sa mutation adoucissante sur MIL et un C'H grave, présent, citoyen et déterminé tout à la fois.

Enfin, il y a 2 ans, on avait évoqué un projet de publication d’un livre sur le village papetier d’Odet en partenariat avec l’association Arkae. Cela ne s’est pas fait, mais le projet entamé est à ce jour bien plus qu’une maquette inachevée.

 

Et en tablant désormais sur la perspective de plus de temps libre et moins de contrainte professionnelle, l’édition indépendante grandterrienne verra le jour en 2016-17, c’est promis !


Visionner et/ou télécharger le bulletin  : « Kannadig n° 32 Janvier 2016 ». Ce présent week-end, le bulletin sera imprimé, agrafé, plié, enveloppé, adressé, oblitéré et déposé dans la boite-à-lettres de quartier, et vous le recevrez mardi ou mercredi prochain.