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Sommaire

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1 Un empereur théo-autocrate

26.03.2022 - À la fin de ses mémoires de paysan bas-breton, Jean-Marie Déguignet donne à chaud ses impressions sur une guerre d'annexion menée par le tsar de toutes les Russies en 1904-1905 : toute ressemblance avec une situation contemporaine serait purement fortuite ...

Jean-Marie Déguignet a longuement décrit la guerre de Crimée et la prise de Sébastopol auxquelles il a participé dans les années 1853-56 en tant que soldat français. Mais, juste avant de décéder le 29 août 1905 à l'âge de 70 ans, il relate également la guerre entre la Russie et l'empire du Levant, sachant que ce conflit a démarré en février 1904 et que le traité de paix sera signé le 5.09.1905.

D'emblée, il redoute une conflagration générale de toutes les nations du globe : « "Si vis pacem para bellum", dit le proverbe. Si vous voulez la paix, préparez-vous pour la guerre. Mais je crois qu'en ce moment, on est en train de donner un rude démenti à ce vieux proverbe. »

Et il constate la volonté hégémonique du tsar Nicolas II qui voudrait un accès à l'océan Pacifique en annexant la Mandchourie et la Corée: « L'auteur de cette guerre est cet empereur théo-autocrate de toutes les Russies ». Et s'insurge surtout contre la bêtise humaine : « Quelle guerre, ma Doue beniguet, sur terre et sur mer, toute la planète en feu, quoi. Quel beau spectacle pour les habitants de Mars et de Vénus qui contempleraient ça avec leurs grands télescopes ! ».

Il s'interroge également, à la lecture des journaux, sur l'issue du conflit qui pourrait donner raison au plus petit belligérant : « Le Mikado (l'empereur du Japon), ne possède qu'un petit empire composé d'îles et d'îlots, avec une population de 42 000 000. Et pourtant, il a eu l'audace de s'attaquer au colosse moscovite, et cela avec la pensée d'écraser cet Hercule du nord. »

Et effectivement, après de terribles combats et des pertes conséquentes de part et d'autres (160.000 morts dont 20.000 civils), la Russie doit capituler et signer le traité de Portsmouth (New-Hampshire, Etats-Unis).

 
Carte satirique de 1904 par Kisaburo Ohara, représentant la Russie sous la forme d'une pieuvre aux tentacules mortels (Wikipedia)


Jean-Marie Déguignet, qui a été soldat pendant 15 années de sa vie, rend compte in fine des écrits pacifistes et humanistes de l'écrivain Ferdinand Buisson. Mais il prêche quand même la violence à l'encontre des autocrates et des exploiteurs qu'il faudrait éliminer.

« Après ça, on pourrait désarmer et proclamer la paix universelle. Et puis alors, la terre étant purgée de tous les bipèdes malfaisants, les hommes pourraient être placés dans les meilleurs conditions possibles, étant tous frères et amis. »


Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le pacifisme de Déguignet et la guerre russo-japonaise de 1904-05 »

2 Légion d'honneur pour un grand invalide

19.03.2022 - Hervé Herry natif de Landudal, blessé grièvement le 10 novembre 1915 à Tahure en Champagne, trépané à l'hôpital militaire Buffon de Paris, époux de Madal Riou propriétaire du bar ouvrier de Stang-Ven, ouvrier manœuvre à la papeterie Bolloré, et décoré de la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur le 10 novembre 1936.

Sources documentaires - Registre matricule (classe 1914, numéro matricule 4300, archives départementales du Finistère), bulletin paroissial Kannadig de décembre 1936, journaux locaux Le Finistère et Le Progrès du Finistère, et témoignage de sa belle-fille Germaine Herry (transcription + enregistrement sonore).

Hervé Joseph Herry, né le 26 juin 1894 à Landudal, est de la classe 1914, ce qui lui vaut d'être appelé au front dès septembre 1914 dans les rangs du 93e Régiment d'Infanterie de la Roche-sur-Yon.

Un an plus tard il se retrouve dans les premiers combats de la campagne de Champagne, près de la butte de Tahure qu'il s'agit de reprendre aux Allemands. Les pertes des 2 côtés sont immenses (un autre poilu gabéricois, Jean-Louis Bihannic, y est mort le 25 septembre 2015), et à la fin de la guerre le village, complètement bombardé, ne sera pas reconstruit.

Hervé Herry lui est très grièvement blessé à la tête et aux membres par un tir d'obus le 10 novembre 1915 « en se portant à l'assaut des positions ennemies ». Son registre matriculaire le qualifie de « bon et brave soldat, courageux et dévoué ».

Il est évacué sur l'hôpital militaire Buffon de Paris où il « subit l'opération délicate du trépan et diverses autres interventions chirurgicales » (Kannadig décembre 1936). Comme il est confus, sa marraine de guerre, Madal Riou propriétaire du bar ouvrier de Stang-Ven, est « convoquée » à Paris pour le reconnaître. Il rentre au pays en août 1917, et se marie ensuite en octobre 1918 avec Madal, laquelle est veuve depuis le début de la guerre d'un dénommé Jean-Louis Porhiel, cousin germain d'Hervé Herry.

Le « grand invalide », réformé à 100% (brèche crânienne, hémiplégie droite, altération du langage et troubles subjectifs) avec une pension de retraite, est décoré de la Croix de guerre avec palme en juillet 1920.

 

Avec seulement une main et une jambe valides, il travaille d'abord dans les fermes, avant d'être embauché comme ouvrier à la papeterie Bolloré d'Odet, à proximité du bar de son épouse et futur hôtel-restaurant de l'Orée du Bois d'Emile et Germaine. En tant que manœuvre de l'usine, il sera notamment affecté à la construction de la nouvelle route de Lestonan à Odet.

Le dimanche 10 novembre 1935, lors d'une fête de l'armistice au bourg d'Ergué-Gabéric, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'Honneur. Après une cérémonie religieuse et une cérémonie officielle près du monument aux morts, un banquet est organisé comme il se doit « chez le camarade Balès », sous la présidence de Pierre Tanguy, maire de la commune et également survivant de la Grande Guerre.

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1915-1936 - La légion d'honneur d'Hervé Herry, grand blessé de guerre en 1915 »

3 La chapelle saint René d'Odet

12.03.2022 - Le 17 février dernier lors de la fête du bicentenaire à Odet, actionnées par le maître de céans, les cloches du bicentenaire ont chanté comme une incantation du poème de Théodore Botrel, déclamé en 1922 en l'honneur de son grand-père René Bolloré, le fondateur de la dite chapelle.

Avec son chevet à trois pans, sa campanule horloge et son clocher flanqué de deux cloches, cette petite chapelle gothique a remplacé en 1921-22 un édifice plus étroit construit au siècle précédent à proximité des premiers bâtiments de l'usine à papier. Les travaux furent exécutés sur la conduite et les plans de l'architecte René Ménard, ami de René Bolloré, qui lui avait confié aussi les travaux d'extension du manoir d'Odet en 1911.
Louis Le Guennec la présente ainsi : « La chapelle d'Odet, dédiées à Notre-Dame, ne vaut sans doute pas Kerdévot ; mais dans son genre moderne, c'est l'un des plus jolis édifices religieux du pays de Quimper. Elle s'élève, dans l'enclos du château, sur la pente d'une colline ombragée, et il faut arriver bien près d'elle pour apercevoir le clocheton plat qui découpe parmi les branches d'arbres son pignon à dentelures et ses trois chambres de cloches. La construction est de style gothique : il a fallu, pour des raisons impérieuses, l'orienter contrairement au sens traditionnel, ce qui met le clocher à la place ordinaire du chœur, vers l'Est et celui-ci vers l'Ouest. ».
Que ce soit à la fête du centenaire de 1922 ou à celle du bicentenaire en 2022, on y entre par une élégante porte sculptée. L'intérieur est éclairé de la lumière colorée des vitraux des fenêtres du chœur, meublé de deux confessionnaux, d'un autel et d'une chaire à prêcher, et égayé par de nombreuses belles statues acquises entre les deux fêtes.

Image:right.gifImage:Space.jpgLes vitraux. On en dénombre 5, 3 dans le chœur et 2 en bas-côtés supérieurs de nef, représentant en 2 ou 3 lancettes un total de 13 saintes et saints. Pour les verrières du chœur, de facture classique et timbrées aux villes et hermines de Bretagne, du sud au nord : Jacques (Jacobus), Madeleine (Madelana), Gwenn-Aël (Guinal), Joseph, Marie, Anna, Jeanne d'Arc, Michel et René (Renatus). Et les deux vitraux signés du maitre verrier Yves Dehais et de l’atelier quimpérois Le Bihan-Saluden : Corentin, Yves, Léon, Guénolé.

 
Intérieur, 2022. Voir la galerie de photos dans l'article détaillé.

Image:right.gifImage:Space.jpgLe mobilier. Au côté sud du chœur une chaire à prêcher en bois ciselé, et au fond deux confessionnaux doubles. L'autel de pierre du chœur est surmonté d'un tabernacle et saint sacrement. La sacristie à gauche de la chaire est également meublée.

Image:right.gifImage:Space.jpgLa statuaire. Statues présentes en 1922 : les anges de part d'autres du chœur, les petits tableaux de stations de chemin de croix, les 3 statues antiques de pierre du XVIe siècle (cf. descriptions après la galerie photos) remisées dans l'attente d'une restauration, et une statue de pierre très abimée près de l'entrée. Ont été ajoutées depuis le centenaire : une sainte en bois polychrome, une piéta en robe rouge, une déploration du Christ, une vierge aux fleurs (restaurée récemment), un Joseph et son fils, une sainte Thérèse.

Image:right.gifImage:Space.jpgIn Memoriam. Surmonté d'une tête sculptée de pierre et d'une photo, un écriteau précise : « in Memoriam René Bolloré (+ 16 janv 1935). Chaque année le 16 Janvier la messe est célébrée à la mémoire du fondateur de cette Chapelle et des Écoles religieuses d'Odet. ». Ce n'est donc pas un hasard si la chapelle est sous la protection de saint René, aka « sanctus Renatus ».

Image:Square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La chapelle Saint-René d'Odet »

4 Retraites de dévotion et de persévérance

05.03.2022 - Évocation des retraites de jeunes catholiques gabéricois du quartier d'Odet en 1931, avec cette belle photo de groupe devant la chapelle de la papeterie d'Odet. La semaine prochaine, nous vous proposerons une petite visite à l'intérieur de la dite chapelle.

Aujourd'hui certains monastères proposent encore des « retraites spirituelles », mais au XXe siècle les « retraites » étaient très fréquentées et organisées régulièrement dans les campagnes françaises par les institutions catholiques pour « instruire » les communautés paroissiales, notamment les jeunes adultes. Elles duraient plusieurs jours, et pendant cette pause on y priait, discutait et écoutait des prédicateurs délivrer un enseignement religieux.

Les bulletins paroissiaux d'Ergué-Gabéric « Intron Varia Kerzevot » de mai et juin 1931 mentionnent notamment les deux retraites successives suivies par plus de 100 jeunes gens et jeunes filles du quartier d'Odet.

Les deux groupes y sont même en photos, celle des jeunes gens est prise sur les marches du patronage de Keranna, et celle des jeunes filles devant la petite chapelle de la papeterie d'Odet. Pour cette dernière, on dispose même d'un vrai cliché (cf. ci-dessus), ce qui devrait rendre plus facile leur identification, car la qualité des photos publiés dans le bulletin n'est pas optimale.

À défaut de pouvoir d'ores et déjà donner tous les noms des « retraitants » et « retraitantes », nous avons essayé d'identifier les prédicateurs :

 

Image:right.gifImage:Space.jpgL'abbé Yves Le Goff : sur la photo des jeunes filles, c'est le rédacteur du Kannadig et le vicaire attitré de la papeterie.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe jésuite François Turmel, dit Révérend Père (R.P.) dans le Kannadig. Il est le prédicateur officiel de la retraite des jeunes filles d'Odet. En septembre 1932 il prêchera pour la rentrée des élèves du Likès (Quimper) : « R.P. Turmel, S.J. ».
Image:right.gifImage:Space.jpgLe vicaire François Mévellec : il co-préside la retraite des jeunes gens. S'intéressant aux jeunes, il anime dans les paroisses rurales autour de Quimper des groupes de réflexions chrétiennes, dans la mouvance de la J.A.C. (Jeunesse Agricole Catholique).
Image:right.gifImage:Space.jpgLe curé Ernest Pichon : vicaire de St-Corentin, il prêche avec Mévellec la retraite des jeunes gens d'Odet.

La présentation dans le Kannadig de la retraite des jeunes gens utilise un vocabulaire militaire : « rien ne vaut la retraite pour tremper les soldats. Ils en sortent enthousiastes et prêts à marcher. ». Par ailleurs, les 52 jeunes « retraitants » d'Odet se répartissant en « 25 ouvriers et 27 paysans », les considérations et difficultés sociales respectives ont été débattues comme il était de mise dans les groupes J.A.C. : « souhaitons bon courage et bonne persévérance à tous ces jeunes gens ».

Pour les jeunes filles, le ton et l'accompagnement sont différents : il s'agit de « développer l'instruction religieuse de ces jeunes filles, de remettre en honneur parmi elles les grandes dévotions ». À noter qu'à l'issue de cette retraire, est fondée une « Section de Jeunes Ligueuses Catholiques à la Papeterie ». Reconnaissez-vous ces jeunes Ligueuses, parmi vos mères et grand-mères, sur la photo ci-dessus ?

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les retraites religieuses des jeunes gens et des jeunes filles d'Odet, Kannadig 1931 »

5 Honneur aux maréchaux

26.02.2022 - Photo militaire d'un conscrit en 1930 à Fontainebleau et registre matricule des Archives Départementales du Finistère.

Alain Yvon Joseph Marie Feunteun est né fils de cultivateur à Gongallic en Ergué-Gabéric. Il se marie le 22.10.1933 avec Marie Louise Le Loch, native de Munuguic où ils s'installent dans l'exploitation agricole. Ils décéderont respectivement en 1975 et 1997. Ils auront 5 enfants : Marie (née en 1935), Alain (né en 1937), René (né en 1939), Denise et Yvette.

Le 23 avril 1930, âgé de 21 ans, Alain Feunteun "père" rejoint le « 1er groupe d'Artillerie d’École » comme appelé du contingent, plus précisément l'école militaire de Fontainebleau
où il est affecté comme maréchal-ferrant pendant une année, jusqu'au 11 avril 1931 (cf. fiche matriculaire).

Ce centre militaire dispose de chevaux qu'il faut panser et ferrer.

 

Sur la photo de groupe ci-dessus, on le voit tête nue, parmi 20 maréchaux-ferrants jeunes et plus âgés, assis à gauche, tenant la pancarte « Honneur aux maréchaux ». Ils posent avec leurs belles tronches et habits dépareillés, autour de leurs instruments de maréchalerie : deux enclumes, fers, marteaux, pinces.

Sur son registre matricule, sont également indiqués sa mobilisation en 1939 et ses états de services pendant la guerre. Il est fait prisonnier en juin 1940 et déporté au Stalag 10 A au nord de l'Allemagne près de la frontière danoise.

Il y reste une année entière, avant sa libération et son retour au pays. Né en 1909, Alain Feunteun est de la classe 1929, et en 1959 sa coterie de cinquantenaires s'est réunie, comme il se doit, pour une journée d'agapes et une nouvelle photo de groupe. Il sera conseiller municipal adjoint pendant le 1er mandat de Jean Marie Puech de 1959 à 1965.
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1930-41 - Photographie et périodes militaires d'Alain Yvon Feunteun de Munuguic »

6 Il y a 200 ans jour pour jour

19.02.2022 - Jeudi dernier à Odet en Ergué-Gabéric était célébré en grande pompe le bicentenaire de la fondation de la manufacture de papiers.

Ce livre de 148 pages, avec textes bilingues français-anglais, nombreuses illustrations et documents d'archives commémorant le bicentenaire de l'entreprise familiale, a été distribué à tous les invités de la fête, et mis en ligne sur le site bollore2022.com, avec y compris une vidéo commé-morative et une visite du musée.

La vraie plaque inaugurale de la première pierre du moulin à papier indique certes la date du 19 février (cf. ci-contre), mais, dans le discours officiel du centenaire en 1922 reproduit in-extenso pages 59-63 du présent livre, il est bien question du 17 : « Voici cent ans que la barque, lancée le 17 février 1822, flotte, elle a vu de fortes tempêtes, elle a fait un long voyage, mais nous devons avoir confiance en elle puisqu'elle a résisté. On doit augurer de l'avenir par le passé. Heuret mad deoc'h tout ! »

De nombreux sujets et évènements du livre ont déjà été traités sur le site GrandTerrier, mais on note toutefois de vrais pépites et documents inédits :
Image:right.gifImage:Space.jpgLe grand arbre généalogique des familles Le Marié, Bolloré et Thubé en pages 8 et 9.
Image:right.gifImage:Space.jpgPhotos inédites du 1er et 3e des Bolloré en pages 12 et 26.
Image:right.gifImage:Space.jpgDe nombreuses infos et photos de la famille Thubé p. 42-47.
Image:right.gifImage:Space.jpgDes photos de René Bolloré au ski et en famille au pied du calvaire d'Odet p. 81.
Image:right.gifImage:Space.jpgPlusieurs photos de Léon Blum et son épouse en villégiature à Odet et Beg-Meil p. 84-86.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe courrier d'invitation rédigé par JR Le Gars et adressé au président Mitterand p. 109.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « BOLLORÉ Groupe - Une histoire familiale et industrielle 1822-2022 », « La vidéo du bicentenaire, Karus Films bollore2022.com »

Toujours dans le cadre du bicentenaire, le musée privé au 1er étage du manoir d'Odet est une belle promenade déambulatoire consacrée à l'histoire locale de l'entreprise papetière Bolloré. Le nouveau site Internet bollore2022.com donne la possibilité ludique de découvrir l'intégralité de ce musée via une visite virtuelle interactive.

Dès le premier couloir de l'exposition, on peut se rapprocher des photos et explications incrustées sur les deux murs de part et d'autre, et cliquer sur les petits ronds de chaque objet pour des précisions. Le déplacement peut se faire en pointant sur les ronds blancs au sol.

 

La toute première pièce est la plaque d'origine de la pose de la première pierre de la manufacture d'Odet le 19 février 1822 par Nicolas Le Marié assisté d'un ingénieur mécanicien et d'un maitre-maçon, et aidé par son père et son beau-frère Jean-Guillaume Bolloré. Cette plaque en plomb de 40 cm environ, placée naguère à l'entrée de l'usine et oubliée dans un débarras, a été retrouvée et mise en valeur.

Le mur de gauche du premier espace est consacré à l'arbre généalogique des familles Le Marié, Bolloré et Thubé et celui de droite concerne les fondateurs, à savoir Nicolas Le Marié (1797-1870), Jean-Guillaume Bolloré (1788-1873) et Jean-René Bolloré (1818-1881).

Ensuite, huit autres espaces avec multiples vitrines et panneaux muraux se succèdent en couvrant chronologiquement les thèmes suivants :

2.Image:Space.jpgRené-Guillaume (1847-1904), pièces de 1869 à 1904, mur technique de fabrication du papier et chronologie papetière.
3.Image:Space.jpgRené Bolloré en 1905, fête de mariage en 1911.
4.Image:Space.jpgManoir 1911, cité de Keranna en 1918, discours du centenaire de 1922, Fête-Dieu de 1918.
5.Image:Space.jpgFête du centenaire de 1922 : photos, médaille et coq Barbedienne.
6.Image:Space.jpgÉcoles libres en 1929, fête des 25 ans de patronat, Paotred Dispount en 1930.
7.Image:Space.jpgÉvènements 1930 à 1935, les Thubé et leurs bateaux.
8.Image:Space.jpg1935-1947 : Gwenn-Aël et Amérique. Politiques 1981 à 2019.
9.Image:Space.jpgDéveloppements 1981-2019 et 2019-2022.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le musée d'Odet du bicentenaire en visite virtuelle, bollore2022.com »

7 Un Bolloré en mer de Chine

12.02.2022 - Pour les 200 ans de l'entreprise gabéricoise, le livre d'Anne Bolloré, « En mer de Chine : Le voyage de l'Alcmène 1843-45 », publié chez Locus Solus en novembre dernier, et consacré à son arrière-arrière grand-père, le premier Bolloré à assurer la pleine direction de la papeterie d'Odet.

Alors qu'il est jeune chirurgien de la marine nouvellement promu, Jean-René Bolloré s'embarque le 1er décembre 1842 sur la corvette l'Alcmène pour une expédition en Asie de 42 mois au départ de Rochefort et n'y reviendra que fin mai 1846. Pendant son long voyage il rédige un journal de bord, que Gwenn-Aël Bolloré, le père d'Anne Bolloré, a pu éditer en 1979.

Grâce à ce journal et à bien d'autres témoignages et archives, Anne Bolloré s'est attelée à réécrire la trame et le contexte de ce voyage pour aboutir à un passé recomposé le plus fidèle qui soit, ceci à la manière de son précédent livre consacré à l'histoire américaine de sa mère (publié par IBAcom en 2017). Ici on suit l'officier au gré des tempêtes, des escales et de ses découvertes exotiques, loin de sa Bretagne natale.

Jean-Pierre Raffarin, grand connaisseur de la Chine, met en exergue dans sa préface le chapitre XXXIII "Le vent de l'histoire" qui relate la signature le 24 octobre 1844 sur l'Archimède, l'autre corvette de l'expédition, du traité de Huangpu/Whampao à vocation commerciale entre la France et la Chine Jean-René Bolloré mentionne dans son journal cet évènement de façon laconique : « Le jeudi 24 octobre, à 5 h. 1/2 du matin, nous appareillons pour Manille. L'Archimède chauffait déjà pour transporter à Canton le commissaire spécial et vice-roi Ky-Yn, et l'ambassadeur Lagrené. » Anne Bolloré a su reconstituer les pièces manquantes du puzzle en donnant le récit de cette rencontre historique.

Le livre est intéressant également pour comprendre l'enfance de l'officier de marine :

Image:right.gifImage:Space.jpgSon père René-Corentin, maitre de chaloupe à Douarnenez, décède en 1838 alors que Jean-René est élève officier à l'école de médecine navale à Brest.

Image:right.gifImage:Space.jpgIl est très tôt fiancé avec sa cousine germaine, Elisa(beth) Bolloré avec qui il se mariera le 2 août 1846.

Image:right.gifImage:Space.jpgLe père de sa dulcinée est son oncle Jean-Guillaume Bolloré, chapelier à Quimper et qui accessoirement aide son beau-frère Nicolas Le Marié à créer un moulin à papier à Odet, la sœur de Nicolas ayant épousé Jean-Guillaume.

Anne Bolloré imagine avec force détails des lettres écrites par son amoureuse et reçues par le chirurgien lors son périple, de la rue des Régaires à Quimper où est l'usine à chapeaux de son père (pages 88 et 337), et l'une aussi en villégiature au moulin d'Odet chez son oncle Le Marié (page 345) :

 

« Moulin d'Odet, 8 avril 1844, mardi de l'octave de Pâques. Mon Bien-Aimé, il y a dix jours, au moment de la Semaine sainte, nous nous sommes installés chez mon oncle Le Marié, auprès duquel nous allons passer toute la belle saison ... ».

La relation forte entre Jean-René et la jeune Elisa, une femme de tête, explique certainement pourquoi Jean-René s'est arrêté de naviguer, pour revenir vite au pays en 1846.

Le livre « En mer de Chine » s'achève le 1er janvier 1845 à Macao. Les aventures vont se poursuivre à Manille et en baie de Tourane où Jean-René va assister à d'autres évènements rocambolesques, lesquels seront l'amorce de la présence militaire au Viet-Nam : cela fera l'objet d'un second récit à paraitre qui pourrait s'intituler « Aventures de l'Alcmène en mers d'Asie 1845-46 ». À suivre très prochainement !

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « BOLLORÉ Anne - En mer de Chine, le voyage de l'Alcmène 1843-45 »

8 Vaisselle et accoutrements en 1572

05.02.2022 - Le plus ancien inventaire après décès (hors "aveux" nobles) conservé aux Archives départementales du Finistère : grand merci à Daniel Collet pour la transcription du document du XVIe siècle. Nota bene : la semaine prochaine les chroniques papetières du bicentenaire se poursuivent.

L'orthographe des noms des deux personnes de la dite succession est incertaine : la transcription littérale semble être « Bourreban / Kernehant », mais au regard des patronymes gabéricois habituels il s'agirait plutôt pour le mari de la variante « Bourrebau »,
couramment orthogra-phiée Bourrebao ou Bourbao, et « Kervehant » pour sa femme décédée.

Il est question donc de la succession de la défunte Kervehant, prénommée Olive, au profit des enfants mineurs Guillaume, Olivier et Jean qui héritent des biens meubles de la maison parentale de Kerjestin. L'inventaire a pour but de « priser » (estimer) et totaliser la valeur des habits, meubles et vaisselles laissés après elle. À raison de 20 deniers pour un sou et de 20 sous pour une livre, on arrive à un total de 66 livres 17 sols et 4 deniers. Le mari veuf Yvon Bourrebau en conserve la propriété jusqu'à son décès moyennant le paiement à ses enfants de la dite somme (ou son reliquat).

De la sous-série B-253 à B-371, « Apposition de scellés, inventaires et ventes de meubles, faits en paroisse », des Archives Départementales du Finistère il s'agit du plus vieux inventaire après décès, si l'on excepte bien sûr les anciens aveux de domaines nobles. Pour le département du Finistère, le second des inventaires est daté de 1685 en la paroisse de Beuzec-cap-Caval, et à Ergué-Gabéric il faut attendre 1726 pour démarrer la séquence des autres inventaires.

À la lecture du document, ce qui frappe c'est la pauvreté de la défunte. L'inventaire semble un peu misérable par rapport aux documents de succession et de dot du XVIIe siècle d'Ergué-Gabéric que le mémorialiste Antoine Favé a étudié, la vaisselle et le vestiaire y étant bien plus conséquents en volumes et prix.

En 1572 Olive Kervéhant ne laisse que peu de meubles : une table « coulante » (couvrant un garde-manger), une seule armoire, quelques coffres et un « charnier » pour stocker la viande salée. Comme « accoutrements » (habits) elle n'a que deux jupons (« cotillons »), un tablier (« devanteau »), trois jupes (« cottes ») et trois coiffes (« courichiers »).

Et pour compléter l'affaire deux poêles de bronze (« airain »), deux plats d'étain, la poterie et faïences de Quimper ne se sont pas encore répandues dans les campagnes en cette fin XVIe siècle. Elle n'a pas de lit, mais sans doute son mari survivant en reste le propriétaire premier. Par contre il est surprenant qu'une charrue et son soc soient prisés en son nom.

 

La raison d'être de l'inventaire des biens meubles, excluant les biens immobiliers comme les bâtiments, est que l'exploitation de Kerjestin est régie sous le mode de « domaine congéable » . Ce mode de tenue est très courant en basse-Bretagne jusqu'au XIXe siècle, le propriétaire foncier noble restant propriétaire des éléments du fonds et pouvant congédier son domanier à sa convenance.

Le domaine de Kerjestin, en cette fin de XVIe siècle est détenu par les Rohan-Guéméné de Gié. Comme les Rohan sont proches du roi Henri IV et sont des résistants protestants, des « hérétiques » dit-on à l'époque, toutes les terres de Kerjestin seront confisquées en 1592 par la Ligue Catholique, avant d'être incorporées plus tard dans le domaine napoléonien de la Légion d'Honneur. .

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1572 - Inventaire de succession du ménage Bourrebau-Kervehant à Kerjestin »

9 Une expo pour le bicentenaire

29.01.2022 - L'exposition privée au 1er étage du manoir d'Odet est consacrée à l'histoire locale de l'entreprise papetière Bolloré, avec des vitrines d'objets, des documents d'archives, des photos et vidéos, sans oublier un mur entier présentant de façon didactique la fabrication du papier. Ce musée papetier a été préparé dans la perspective des fêtes du bicentenaire qui seront célébrées le 17 février à Odet et le 7 juillet 2022 à Paris.

La construction de l'espace musée au manoir d'Odet a eu lieu en 2012-2013 sur l'initiative de Vincent Bolloré comme une première étape vers la commémoration du bicentenaire de son entreprise familiale en 2022 et en écho de la fête du centenaire des papeteries de son grand-père René en 1922.

La réalisation a été confiée à la société parisienne Ivoire Production et a mobilisé des contributions multiples des services de communication, et des anciens ouvriers papetiers.

Ainsi pour le mur technique qui décrit les étapes de fabrication du papier dans les usines d'Odet, Cascadec et Troyes on notera d'abord ce croquis réalisé par l'ancien ouvrier et dessinateur Man Kerouredan : déjà en 1954 il en avait fait une esquisse dans son rapport de stage à Odet.

Ensuite chaque étape de fabrication, de la chiffonnerie à l'emballage, est agrémentée d'illustrations photographiques et figuratives : les premières sont fournies par le grand photographe du Front Populaire, Isaac Kitrosser (revue Réalités, 1949) et les secondes par l'ingénieur chimiste Louis Barreau en activité à Cascadec et Odet de 1925 à 1964.

 

Et enfin les techniques de fabrication sont commentées par des anciens ouvriers et ouvrières, témoins et acteurs de ce savoir-faire papetier :

Image:Right.gifImage:Space.jpgMarjan Mao à la chiffonerie : « Au début on faisait tout avec une petite faucille. La faucille était petite et elle avait les deux côtés tranchants pour couper les cordes, ficelles et filets. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgMarianne Saliou à l'emballage : « Quelquefois, on mettait 40 caisses de Cascadec avec 60 d'Odet pour faire 100. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgLouis Bréus et Hervé Gaonac'h, tous les deux sécheurs de faction : « La machine 8 tournait doucement au début, et à la fin elle tournait à 120 mètres la minute », « On arrêtait la machine quand il fallait changer de toile. On disait "chañch form" en breton. Et ça pouvait arriver la nuit. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgJean Le Berre embauché en 1935 : « Une fois la pâte blanchie, elle était transportée dans des wagonnets jusqu'aux piles raffineuses. »

Image:Right.gifImage:Space.jpgEt également les dessinateurs déjà cités, Louis Barreau expliquant le rôle du « gouverneur » à la pile de raffinage et Man Kerouredan admiratif des performances des appareils plus récents comme les Erkensators et les cleaners.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le mur technique papetier au musée du manoir d'Odet »

10 Médaillés du travail et 80 ans

22.01.2022 - Évocation d'une grande fête à la papeterie Bolloré d'Odet le 2 mai 1927 (5 ans après le centenaire) grâce aux clichés du photographe quimpérois Etienne Le Grand, une coupure du journal de L'Union Agricole et un article du bulletin paroissial « Intron Varia Kerzevot » : l'anniversaire des 80 ans de la mère du patron, une messe commémorative dans la chapelle privée et une fête du travail avec de nombreuses remises de médailles.

Léonie Marie Blanche Surrault, née le 4 mai 1847 à Saintes en Charente Maritime, épouse le papetier René Guillaume Bolloré en 1876. Ce dernier décède en 1904, et leur fils René prend la succession de l'entreprise familiale. Léonie est désormais appelée "Madame Bolloré mère" pour la différencier de sa bru. Elle décèdera dans sa 101e année le 18 février 1948.

On ne la voit pas sur les clichés du photographe Le Grand pour la fête de ses 80 ans, mais les discours lors du banquet et les commentaires de journaliste lui rendent un hommage appuyé :
Image:Right.gifImage:Space.jpg« ses qualités du cœur et de l'intelligence ont conquis l'estime et la vénération de tous »
Image:Right.gifImage:Space.jpg« Tous nous formulons le vœu que Dieu vous accorde la grâce de voir et de bénir les enfants de vos petits enfants. Ad multos annos ! »
Image:Right.gifImage:Space.jpg« vous avez vu s'élever les maisons de la Cité ouvrière de Ker-Anna qui témoignent de la sollicitude de Monsieur Bolloré pour le bien de ses ouvriers ».
Image:Right.gifImage:Space.jpg« ce qui a réjoui le plus votre piété c'est, j'en suis sûr, l'érection d'une chapelle à l'emplacement de l'ancienne »

Sa piété et ses œuvres sociales sont largement appréciées localement. On notera que la projection des films commémoratifs lors de la fête inclut : « la visite de Madame Bolloré à la cité ouvrière, les danses bretonnes autour du puits de la Cité » (ces séquences ont-elles disparu aujourd'hui ou sont-elles conservées par la famille Bolloré ?).

La fête de mai 1927 a été photographiée et filmée par plusieurs professionnels : « de nombreux photographes braquent leurs appareils, le cinéma tourne ».

Et notamment il nous reste ces 14 admirables clichés d'Etienne Le Grand, photographe originaire de Lestonan :
Image:Right.gifImage:Space.jpgOn y voit le patron René Bolloré officiant les remises de médailles, accompagné de son épouse de blanc vêtue et de son fondé de pouvoir Louis Garin à la barbichette fournie.

 


Image:Right.gifImage:Space.jpgLes ouvrières et ouvriers médaillés, tous et toutes en costumes traditionnels ou en habits de ville : « tous portaient le costume national, chupen compris ».
Image:Right.gifImage:Space.jpgLes invités à la fête à la sortie de la messe de 11 heures, dont de nombreuses femmes portant la coiffe et des enfants endimanchés.

Le nombre de médaillés pour les deux usines d'Odet et de Cascadec est impressionnant : « Il y eut plus de 60 de la nouvelle promotion, ce qui porte à 106 le nombre des médaillés d'Odet et de Cascadec. ». Le journaliste de l'Union Agricole signale que les médailles ne sont pas réservées aux ouvriers : « Il y a même un ingénieur qui reçoit sa récompense pour 27 ans de service », il s'agit de Yves Charuel du Guérand, ingénieur chimiste et beau-frère de René Bolloré. Dans la liste nominative publiée dans le bulletin paroissial on note aussi quelques contremaitres : Rannou Jean, Garin Louis, Briand Abel.

Mais la population ouvrière reste majoritaire, et notamment pour 50 ans de services la doyenne Anne-Marie Le Grand, veuve, qui reçoit sa médaille de vermeil (4 ont déjà été octroyées les années précédentes).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1927 - Fête du travail et 80 ans de Léonie Bolloré à Odet »

11 Bulletin n° 56 matriculaire et patrimonial

Billet du 15.01.2022 - Le premier bulletin trimestriel de 2022 avec ses 28 pages ou 7 feuillets A4 recto verso pliés en A5 ; envoi postal dans la semaine. Et toujours pour l'année entamée les billets hebdos publiés chaque samedi et rassemblés dans le prochain bulletin d'avril.

Soldats, révolutions, actes et photos …

Ce bulletin, couvrant les articles de l’automne dernier, donne une belle part aux registres-matricules de plusieurs soldats de la période 1880-1920 :

  • Un ancien du Tonkin (1885), deux poilus de 1914-18 (Pierre Tanguy et Jean Lazou), et un matelot de la Royale.
  • Grâce au premier soldat, Pierre-Marie Tonkin, le patrimoine gabéricois s’est enrichi d’une bannière de procession.
  • Avec le dernier matelot, Jos ar Saoz, on dispose de chansons en breton sur son passé de matelot et de colon au Maroc.

Les trois articles suivants sont centrés d’une part sur des documents d’archives de la révolution française, et d’autre part sur la lecture marxiste, voire trotskiste, des mémoires de Jean-Marie Déguignet.

Ensuite, les actes paroissiaux du XVIIIe siècle, grâce à la numérisation complète des doubles registres des Archives Départementales du Finistère, avec l’analyse d’un acte de 1728 autorisant l’inhumation d’un suicidé « hors les lieux saints ».

Les derniers articles incluent des photos, que ce soit les clichés aériens des Boeings de l’I.G.N. au-dessus de la campagne gabéricoise entre 1948 et 1993, ou alors un reportage en Sud-Nivernais consacré à un retable flamand du XVe siècle qui ressemble étrangement à celui de Kerdévot.

Et enfin, on vous propose une nouvelle version des aventuriers de l’Arche perdue sur le pont de Sant Alar entre Kermadoret (Landudal) et Creac’h-Ergué.


Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « KANNADIG n° 56 JAN. 2022 »
 

12 Emgann ar renkadoù ~ Lutte des classes

01.01.2022 - « Bloavezh mat e 2022, kalz a hunvreoù da gas war-araok » : encore une année révolutionnaire et plein de rêves fous à partager !

Jean-Marie Déguignet (1834-1905) est en quelque sorte contemporain de Karl Marx (1818-1883), mais dans ses mémoires il n'y a pas une seule évocation du théoricien de la luttes des classes. Sans doute parce que les livres, tracts ou journaux dits marxistes n'étaient pas disponibles dans les bibliothèques publiques quimpéroises où notre paysan bas-breton s'est forgé ses opinions politiques.

Mais pourtant les idées de Déguignet peuvent s'inscrire dans cette vision du monde, ainsi qu'il l'écrit en introduction dans la première version de ses cahiers manuscrits : « Quoique appartenant à cette classe, au sein de laquelle j’ai passé toute ma vie, je vais essayer d’écrire, sinon avec talent, du moins avec sincérité et franchise, comment j’ai vécu, pensé et réfléchi dans ce milieu misérable, comment j’y ai engagé et soutenu la terrible lutte pour l’existence. »

Dans la deuxième série des cahiers publiés en 2001 sous forme d'Intégrale des Mémoires, c'est un florilège de déclarations et d'explications sur ces classes sociales en perpétuel affrontement :

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 350, il expose sans ambages ses convictions sociales : « En politique, je suis un républicain des plus avancés, et en religion, libre-penseur, philosophe, ami de l'humanité », malgré sa méfiance vis-à-vis du socialisme page 516 : «  L'histoire du socialisme depuis un siècle, c'est l'histoire du socialisme bourgeois, des jésuites et autres tonsurés qui ont et font toujours de mieux en mieux du vrai socialisme pratique. ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 857, il dit sa déception vis-à-vis de ses amis prolétaires : « malheureusement, la plupart de ces prolétaires sont ignorants au suprême degré, insouciants, inconscients ... ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 839, il dénonce le tzar à l'initiative d'une guerre meurtrière contre l'Empire du Japon : « cet empereur théo-autocrate de toutes les Russies ». Mais les cahiers s'achèvent en août 1905, à la mort de son auteur qui n'a pas pu commenter la révolution bolchévique. On aurait aimé l'entendre.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 137, juste avant de changer son statut de vacher à celui de domestique, Déguignet donne une belle image animalière : « Un jour, le maire me demanda si je me plaisais dans cet état de vacher qui était, il est vrai, un véritable esclavage. Je ne pouvais jamais bouger de là, ni dimanche ni fête ; je lui avais répondu par le proverbe breton : « El lec'h m'emañ stag ar c'havr eo ret dezhi peuriñ» ("où la chèvre est attachée, elle est obligée de brouter"). - Quelquefois, dit-il, la chèvre casse sa corde et va brouter plus loin. ».

 
Image:Right.gifImage:Space.jpgPage 514-515, il y a cette longue description des effets de la mécanisation aux papeteries Bolloré à Odet. L'extrait ci-dessous a été mis en exergue dans un article de Yolande Levasseur dans les Cahiers du mouvement ouvrier édités par le C.E.R.M.T.R.I. (Centre d’Études et de Recherches sur les Mouvements Trotskystes et Révolutionnaires Internationaux) en 2000 : « Une nouvelle machine est arrivée l'autre jour du Creusot. Elle fait à elle seule l'ouvrage de dix ouvriers et, par conséquent, le patron a mis dix ouvriers dehors. On entend des économistes dire qu'on ne peut pas arrêter l'essor du génie.
Mais ce génie va à l'encontre du but vers lequel il devrait tendre, c'est-à-dire à égaliser un peu le bonheur en ce monde entre tous les individus, tandis qu'il tend au contraire à accabler de richesses et bonheur quelques privilégiés seulement, en en éloignant de plus en plus des millions de malheureux.
 »

Est-ce que finalement Déguignet n'aurait pas été marxiste-léniniste s'il avait vécu un peu plus longtemps ? En tout cas, voici ce que pense de ses mémoires une militante trotskiste en mai 2000 : « Ce livre est bien dangereux. Il l'est pour tous les tenants du consensus général, du politiquement correct. »

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Jean-Marie Déguignet et la lutte des classes au XIXe siècle » et « LAVASSEUR Yolande - Une parution inattendue »

13 Le matelot chanteur de la Royale

25.12.2021 - Trois chansons en 1976 collectées par les Daspugnerien Bro C'hlazig (fonds Dastum, transcriptions de Bernez Rouz d'Arkae), registre matricule (classe 1903, numéro matricule 566, archives départementales du Finistère), et évocation littéraire d'Hervé Jaouen ("Les soeurs Gwenan").

Joseph-Marie Le Saux est né le 9 juin 1883 au village de Réunic, près de Kerdévot en Ergué-Gabéric, son père Pierre et sa mère Marie-Anne Quéméré étant les cabaretiers du lieu-dit.

Boulanger installé à Plogastel-Daoulas, il s'engage dans la Marine Nationale en 1904 et part pour deux ans en Indochine, puis toujours militaire en Afrique, au Maroc où il s'installe en 1919 comme colon. À l'indépendance du Maroc, il revient en France et finit ses jours en maison de retraite à Fouesnant en 1978.

C'est là, en 1976, que les Daspugnerien Bro Ch'lazig l'enregistrent, chantant ses trois chansons favorites : « Chanson va buhez », « Ar martolod yaouank », et « Ti bras koad ar voc'h », 11 à 18 complets de deux vers en rimes, le tout dans sa langue natale bretonne cornouaillaise.

La première « Chanson va buhez » (Chanson de ma vie) a pour thème ses voyages  : « Yaouank c'hoazh me oa kuitaet va bro gozh Breizh-izel, Evit mont da c'hounez ma boued e-barzh ar broioù pell » (Jeune encore, j’ai quitté mon vieux pays de Basse-Bretagne Pour gagner mon pain dans de lointaines contrées).

Et son installation sur les terres marocaines : « Boulanjerezh da gomaéns e barzh Kasbah Ben Ahmed Kafe, hotel ha restaurant ‘barzh ar vro-se em eus graet. Defrichet em eus douaroù, pevar c'hant devezh-arat Savet am eus eno tier evit an dud da lojañ. » (J’ai été boulanger au début à la Casbah Ben-Ahmed Puis j’ai tenu un café, hôtel, restaurant dans ce même endroit. J’ai défriché deux cents hectares de terres, J’y ai construit des logements pour que les ouvriers y vivent).

La deuxième « Ar martolod yaouank » (Le jeune matelot) s'attarde sur les premières années à Saïgon, sur la canonnière cuirassée "Acheron", où il reçoit une lettre de sa dulcinée : « Setu aze konfidañsoù da vestrezik Mari En em hastit martolod yaouank da zont d'he c'honsoli  » (Voilà les confidences de ma chère Marie En pressant son jeune marin de rentrer la consoler).

La troisième chanson « Ti bras koad ar voc'h » (Résidence "Bois du bourg") est pour ses congénères de l'EHPAD de Fouesnant : « E-barzh an ti bras-se bremañ tud kozh kazi abandonet A gav c'hoazh tammoù plijadur digant o c'hamaraded » (Dans cette grande maison maintenant vieux quasi abandonnés Trouvent encore des plaisirs dans la camaraderie).

 

Le parcours militaire de Joseph-Marie Le Saux est bien précisé dans sa fiche matriculaire :

1.Image:Space.jpgSes deux années dans la Marine Nationale qu'on appelait toujours la Royale : « Engagé volontaire pour cinq ans à la mairie de Brest le 18 février 1904 pour les équipages de la flotte ».
2.Image:Space.jpgSa période complémentaire à Tunis et Casablanca, comme matelot, puis comme agent de police des voies ferrées.
3.Image:Space.jpgSon rappel dans l'armée en 1914 dans le bataillon de la Chaouïa, jusqu'en 1919, avec tentatives de reforme.
4.Image:Space.jpgSon installation définitive à Ben-Ahmed, à proximité de Casablanca, comme commerçant et ses multiples condamnations pour fraude alimentaire ou mouillage de vin.

Et par ailleurs il faut signaler le livre « Les soeurs Gwenan » d'Hervé Jaouen, ce magnifique roman consacré aux filles du marin de la Royale Joseph Gwenan et où la figure tutélaire du chanteur est évoquée : « Un matelot chantait, accompagné par la douce musique de l’eau sur la coque, « La chanson de ma vie », écrite au début du siècle par Jos ar Saoz, un gars d’Ergué-Gabéric engagé dans la Royale : Da Saigon en Indochin digentañ e oan bet, Goude oan deuet d’an Afrik da vro an Arabed (D’abord j’ai été à Saigon, en Indochine, Et ensuite je suis allé en Afrique, au pays des Arabes.) ».
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1904-1919 - Joseph Le Saux à la Royale et au bataillon marocain de la Chaouïa » et « Kanaouennou brezhonek kompozet ha kanet gant Jos ar Saoz »

14 Un officier très crâne au feu

18.12.2021 - Nouvelle occasion d'enrichir notre "Espace des Poilus" : la grande guerre de Jean Lazou, né en 1895 à Plougasnou et futur instituteur en Alsace-Lorraine et à Lestonan, avec ses combats, citations et médailles., grâce à son registre matricule, l'historique du 25e RI et les journaux officiels.

Jean-François Lazou est né en 1895 à Plougasnou d'un père maçon. Alors qu'il est élève-maître à l’École Navale de Brest, il est incorporé le 16 décembre 1914, et se retrouve au front dans les rangs du 25e régiment d'infanterie où il sera successivement soldat de 1ère classe en mars 1915, caporal en juin 1915, sergent début avril 1916, adjudant fin avril 1916, sous lieutenant en mai 1916, et enfin lieutenant en septembre 1918.

Outre ses nominations, sa fiche matriculaire fait état de 4 citations, au fur et à mesure des combats et de l'avancement de son régiment sur le front :

Image:Right.gifImage:Space.jpgChilly-Maucourt, Somme, sept. 1916 : « Plein d'ardeur, a conduit brillamment sa section, à l'assaut d'un village puissamment organisé. » (ordre du jour de la brigade). Le village en question de Chilly sera pilonné par les obus pendant 6 jours.

Image:Right.gifImage:Space.jpgProsnes, Champagne, avril 1917 : « Officier d'un dévouement et d'un courage à toute épreuve, s'est particulièrement distingué le 30 avril 1917 en entrainant sa section à l'attaque d'une tranchée ennemie. » (ordre de la division). L’attaque générale des monts par la 4e armée est fixée ce 30 avril à 12 h 40 et l'assaut final au Mont-Cornillet le 20 mai.

Image:Right.gifImage:Space.jpgLes Éparges, Meuse, décembre 1917 : « Officier d'une admirable crânerie et d'un dévouement sans limite. A exécuté avec méthode et une habilité remarquable une série de reconnaissances. » (ordre de la division). Il est blessé le 16 décembre 1917, aux Éparges - lieu de « combats terribles » en février 1915 - par éclats de grenades aux jambes.

Image:Right.gifImage:Space.jpgVerdun, Meuse, avril 1918 : « Officier très crâne au feu. Le 17 avril 1918, au cours d'un violent coup de main ennemi sur nos tranchées, s'est défendu avec la dernière énergie sur les positions de repli reconnues d'avance. S'est élancé en avant de ses hommes ... » (ordre du corps d'armée). Certes ce n'est pas la bataille de Verdun de 1916, mais les combats y sont encore violents.

Pour tous ses états de service, Jean Lazou reçoit la Croix de guerre et le droit de mettre sur son ruban une étoile de bronze, deux étoiles argent et une étoile vermeil. Et il est inscrit au tableau spécial pour chevalier de la légion d'honneur (J.O. du 10 décembre 1920) avec un bel éloge. Ce tableau est une procédure qui permet de nommer des militaires dans la Légion d'honneur, sans instruction immédiate du dossier et avec régularisation et officialisation ultérieures, et pour Jean Lazou ce sera fait trente ans plus tard.

 


En 1919, après l'armistice, il se « retire à Grosblittersdorff », village de Moselle rebaptisé Grosbliederstroff quand l'Alsace-Lorraine redevient officiellement française par le traité de Versailles en 1919. Il y reste pour pour participer en tant qu'instituteur à la réintroduction de la langue française dans l’enseignement primaire. Il est rejoint par son épouse Francine Combot, également institutrice, et en octobre 1919 ils ont une petite fille prénommée Marie-Louise-France ou Malou.

De retour dans le Finistère, Jean et Francine Lazou enseignent à Roscoff en 1924. Puis au 1er octobre 1926, ils sont tous deux affectés aux écoles de Lestonan en Ergué-Gabéric où ils vont rester respectivement 13 et 18 ans.

Jean Lazou a laissé le souvenir d’un instituteur militant actif du Parti Communiste Français, engagé dans la formation des élèves et la défense de l’école laïque, et très investi dans la vie locale ouvrière et rurale.

Mobilisé comme capitaine à la seconde Guerre mondiale, il trouve la mort le 15 mai 1940 à Montcornet (Aisne) lors d’une « violente attaque ennemie ». La Légion d’Honneur lui sera enfin attribuée en 1950 (J.O. du 7.1.1950) à titre posthume en régularisation du tableau spécial de 1920.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1914-1919 - Les actions d'éclat et la légion d'honneur posthume de Jean Lazou »

15 Croix de guerre et fourragère

11.12.2021 - Un poilu dans les tranchées de la grande guerre, blessé lors d'un assaut, étoile de vermeil, fourragère et croix de guerre : carnet militaire personnel, registre matricule (classe 1911, numéro matricule 302, archives départementales du Finistère) et Historique du 12e Cuirassiers (Gallica BnF).

Le 1er octobre 1912, Pierre Tanguy, natif du village de Quillihuec, est incorporé, et ne reviendra sur ses terres qu'en 1919, après ses 4 années de combats dans les tranchées françaises, l'armistice et des opérations en Belgique et Allemagne. Décoré de la Croix de guerre 1914-18, il se mariera en 1920 avec Marie-Jeanne Le Roux de Kerellou et sera élu maire d'Ergué-Gabéric de mai 1929 jusqu'en avril 1945.

De sa campagne au front, jusqu'en 1915 au 11e Régiment des Cuirassiers, puis à la 5e compagnie du 12e régiment des cuirassiers. D'abord simple soldat ou « grenadier », puis brigadier et enfin brigadier fourrier, il sera sur presque tous les fronts, de la Marne jusqu'en Allemagne, en passant par les Ardennes, comme en atteste son carnet militaire, tenu scrupuleusement avec indication de tous ses déplacements, batailles, et permissions.

Pierre Tanguy et son régiment de cuirassés se sont énormément déplacés pendant les 4 années de conflit, à pied essentiellement, et quelquefois en camion ou train, ces derniers déplacement étant notés « embarquements / débarquements ». Ils feront les tranchées et les camps de la Marne, Seine-et-Marne, Oise, Aisne, Meuse, Nord, Belgique, Luxembourg, Allemagne ...

Notre soldat gabéricois, pendant sa campagne de 43 mois, aura le droit à seulement 4 périodes annuelles de repos ou permission : 7 jours après Noël 1916, 10 jours de repos en aout 1917, 14 jours en septembre 1918, un mois en décembre 1918, un mois en avril 1919.

Les périodes en première ligne face à l'ennemi, dans les tranchées, attaques et retraites, sont notées de couleur rouge dans son cahier de campagne, et les périodes de repos ou de retrait du front sont intercalées en noir :

Image:right.gifImage:Space.jpgLe Mont Cornillet : Pierre Tanguy est dans les « Tranchées devant le Mont Cornillet » près de Reins du 27 octobre 1915 (il note ce jour-là la présence de « gaz ») jusqu'au 13 juin 1917.

  Image:right.gifImage:Space.jpgLe fort de la Pompelle : après avoir quitté la Champagne pour une période dans les tranchées de Somme, Oise et Aisne, il y revient un an après, du 5 mai 1917 au 16 janvier 1918, dans la zone de la Pompelle, près du Mont-Cornillet (lequel sera repris par les français le 20 mai 1917).

Là, dans la nuit du 10 mai, son régiment des 12e Cuirassiers doit faire face à une attaque surprise : « des obus de gros calibre, des projectiles lacrymogènes et incendiaires s'abattent d'abord sur les tranchées, puis l'ennemi arrive, précédé de lance-flammes dont il se sert pour arroser nos premières lignes  ».

Ce jour-là Pierre Tanguy est blessé : « Atteint au visage pour des liquides enflammés au visage au cours d'une attaque a continué le combat et ne s'est fait passer que sur l'ordre de son officier lorsque tout fut rentré dans le calme. » (inscription au registre matricule)..

Image:right.gifImage:Space.jpgSt-Pierre-Aigle : Pierre Tanguy est dans les carrières de ce village les 10 et 11 juin 1918, et pour les 3 jours suivants il note « Attaque de St-Pierre-Aigle, Couvres, Ferme Tabery. ». Sur le monument commémoratif local il est gravé : « À la gloire des soldats français et alliés qui ont combattu victorieusement sur ce plateau du 29 mai au 25 juillet 1918 ».

Image:right.gifImage:Space.jpgMort-Homme : il y est du 10 au 17 août 1918. Disparu totalement sous l'acharnement des pilonnages des obus français et allemands, c'est l'un des neuf villages français détruits durant la Première Guerre mondiale qui n'a jamais été reconstruit.

Image:right.gifImage:Space.jpgAprès l'armistice du 11 novembre, Pierre Tanguy reste incorporé dans son régiment qui poursuit sa progression vers l'Allemagne, jusqu'aux environs de Mayence, en passant par la Belgique et le Luxembourg.

Le 4 juin 1918 Pierre Tanguy est nommé brigadier, puis brigadier fourrier (chargé du ravitaillement) le 6 août 1918. Un certificat de bonne conduite lui est accordé et il est qualifié d' « excellent grenadier ».

Pour toute sa campagne, et notamment pour son acte de bravoure à la Pompelle, Pierre Tanguy reçoit aussi plusieurs décorations : « Croix de guerre. Étoile Vermeil. Port à titre individuel de la fourragère aux couleurs de la Croix de Guerre accordé au 12e Cuirassiers ». À noter que la fourragère étant l'attribut signifiant une décoration collective, elle n'est que rarement portée à titre individuel.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1915-1919 - Les combats de Pierre Tanguy en Marne, Somme, Aisne, Meuse et Allemagne »

16 La bannière de "Tonkin kozh"

Billet du 04.12.2021 - Une bannière pour remercier Dieu, Notre-Dame de Kerdévot et ses saints pour le retour "magnifique" d'un soldat de ses campagnes militaires au Tonkin : témoignages familiaux et registres matricules militaires des Archives Départementales du Finistère (cote 1 R 944).

« Bet ban l'Annam, ban Tonkin, ban Afriq, ha deut bet d'ar ger magnifik !  » (j'ai été à Annam, au Tonkin et en Afrique, et je suis revenu à la maison "magnifique"), ainsi s'exprimait Pierre-Marie Quintin (1861-1930) de Niverrot quand on l'interrogeait sur ses années d'opérations militaires de 1882 à 1887.

On le surnommait affectueusement « Tonkin kozh », le vieux Tonkin, et par cette expression « magnifik » il disait sa fierté d'être revenu en bonne santé de ses pays en guerre. Et pour cette bannière de procession « Tonkin 1885 » que ses parents avaient fait faire à son retour à Niverrot, Pierre-Marie répétait souvent « C'est ma bannière ».

D'ailleurs son registre matricule confirme bien son incorporation dans le 2e régiment de zouaves, et ses campagnes respectives : « En Afrique du 26 novembre 1882 au 18 janvier 1885. Expédition du Tonkin du 19 janvier 1885 au 4 juillet 1886. En Annam du 5 au 30 juin 1886. Opération d'occupation du Tonkin du 1er juillet 1886 au 3 janvier 1887. En Afrique du 4 au 16 janvier 1887. ».

On a pu penser que la bannière avait été réalisée en l'honneur d'un autre soldat du Tonkin, Corentin Signour de Keranroux, car Anatole Le Braz lors d'une description du pardon de Kerdébot en 1899 écrit : « Elle a été offerte par Signour ». Or Corentin Signour, qui est bien de la même classe que Pierre-Marie Quintin, n'est allé ni en Afrique, ni en Annam, ni au Tonkin. Certes les initiales C.S. sont brodées sur la bannière, mais elles pourraient avoir été ajoutées ultérieurement, et marquent peut-être sa contribution financière par solidarité avec les vétérans du Tonkin ou alors une appropriation du fait de la représentation de saint Corentin.

En tous cas, Pierre-Marie Quintin est bien le soldat gabéricois des 2e Zouaves, parti en campagne plus de 5 ans de chez lui, de 1882 à 1887. Il participe aux opérations coloniales dans le Sud-Oranais algérien, et aux dernières batailles de la guerre franco-chinoise dans les nouveaux protectorats français d'Annam et du Tonkin. Le passage de l'un à l'autre des fronts est détaillé dans le journal du géographe Paul Sainmont, soldat du 2e zouaves lui aussi  : «  Vive la France, vive le Colonel, vive le Commandant, en avant pour le Tonkin ! » (discours à Oran le 7 janvier 1885).

 


Pierre-Marie recevra pour ses services un certificat de bonne conduite et la médaille commémorative du Tonkin, et la bannière rouge du Tonkin est bien la sienne.

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Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La bannière et la médaille de Pierre-Marie Quintin alias "Tonkin Kozh" »

17 Les finances de l'an II

Billet du 27.11.2021 - Dans le cadre d'un décret de 1793 portant sur la refonte des finances publiques, un avoué quimpérois est mandaté un an plus tard pour produire l'état de l'actif et passif de la nouvelle municipalité d'Ergué-Gabéric : document 28 L 82 des Archives Départementales du Finistère.

Charles Le Blond est un commissaire et avoué de Quimper, qui a participé avec son collège Salomon Bréhier à un certain nombre d'expertises et évaluations de biens gabéricois confisqués à la noblesse et au clergé local dans les années 1790-95.

Ici, le 8 thermidor ou 26 juillet 1794, il est chargé par le District, dans le cadre du décret du 24 août 1793 de l'an II de la République, d'établir l'état de l'actif et passif de la municipalité d'Ergué-Gabéric, cette dernière étant représentée par le maire François Laurans de Squividan et l'officier municipal Jean Le Jour de Boden.

Comme le décret de 1793 exige l'établissement d'un livre de compte dans chaque commune, l'expert Le Blond est dépêché auprès de toutes « les municipalités en retard » autour de Quimper dans la période d'un mois après la commission du 24 messidor.

Le rapport d'Ergué-Gabéric détaille tout d'abord l'actif immobilier constitué des rentes et fondations annuelles qui jusqu'à présents étaient versées aux conseils de fabrique, à savoir les corps politiques affectés à l'église paroissiale et dans chacune des chapelles de Kerdévot, St-Guénolé et St-André. L'actif dit mobilier est « le produit des comptes qu'ont deub rendre les différentes fabriques successivement » restitué en début d'année 1793 et non relatif au culte, pour une somme trouvée dans la caisse de 245 livres.

Le montant total de l'actif immobilier est de 576 livres et 5 sols, mais ces rentes et dons payées annuellement par une quarantaine de propriétaires fonciers ou domaniers sont loin d'être acquises car « les articles de rentes sont la plupart arriérés depuis la Révolution malgrez avertissements fréquents donnés de venir paier ».

Par contre les biens confisqués aux noble et clergé sont exclus du total car relevant désormais des domaines nationaux. Sont cités par exemple pour mémoire « la fondation du Cleuyou supprimée par confusion dans la propriété devenue nationale », « une rente de 48e paiable sur le clergé propriété nationale ».

 

Le premier objectif du décret du 24 août 1793 est d'ordonner « la formation d'un grand Livre pour inscrire et consolider la Dette publique non viagère ».

Mais ici en Basse-Bretagne, les assignats ou autre créance sur les fonds publics ne sont pas d'actualité, et pour Ergué-Gabéric il n'y en a rigoureusement aucune selon l'expert : « déclare aussy n'avoir aucun passif ».

Mais les objectifs secondaires sont bien « la remise et annulations des anciens titres de créances, l’accélération de la liquidation, la suppression des rentes dues aux Fabriques », et le rapport gabércicois en est l'exécution conforme.

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Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1794 - Etat de l'actif et passif de la commune et suppression des fabriques »

18 La municipalité de l'an III

Billet du 20.11.2021 - Une affichette publique, en date du 26 pluviôse de l'an 3 du calendrier révolutionnaire, pour officialiser l'installation de la municipalité d'Ergué-Gabéric après la période troublée de la Terreur : document 10 L 58 des Archives Départementales du Finistère.

Ce document pré-imprimé est émis et signé par les représentants du peuple établis à Brest, et libellé « près les ports et côtes de Brest et de L'orient ». Cette mention des cités portuaires de Brest et de Lorient est un allusion à l'organisation militaire révolu-tionnaire, à savoir notamment à l'« Armée des côtes de Brest » de Lazare Hoche, en charge de la lutte contre les Chouans et de protéger les côtes bretonnes contre un éventuel débarquement anglais.

Les représentants du peuple et du gouvernement, envoyés en mission de réorganisation à Brest en août 1794, sont Bernard Thomas Tréhouart de Beaulieu et Gilbert-Amable Faure-Conac, tous deux députés de la Convention et organisateurs du Tribunal Révolutionnaire de Brest qui, en février 1794, fait exécuter 175 personnes et condamner 66 accusés à la guillotine pour crimes contre l'intérêt général.

Le 14 février 1795 ou 26 pluviôse de l'an 3, date d'émission du document, les représentants brestois représentent encore l'autorité révolutionnaire car la fixation du chef-lieu du département dans la ville de Quimper n'a été rétabli officiellement que le 5 novembre 1794, après contestations et transfert provisoire à Landerneau.

L'annotation manuscrite en bas de document indique que « la municipalité d'Ergué-Gabéric a été installée par le soussigné Commissaire du Dictrict le 20 ventôse du 3e de la République », soit un mois plus tard le 10 mars, et que donc le représentant du district et imprimeur Jean Louis Derrien a obtempéré à la décision préalable prise à Brest.

L'installation de la municipalité gabéricoise passe par la nomination du citoyen Jean Riou, agriculteur à Creac'h-Ergué, comme maire de la commune (après Jérome Kergoulay et François Laurans). Jean Riou n'exercera son rôle que deux mois, car le 17 avril 1795 est créé le canton d'Ergué-Armel et la municipalité d'Ergué-Gabéric y étant rattachée perd son statut réel de commune jusqu'en 1800, seuls seront maintenus un agent municipal et un adjoint.

Les autres conseillers nommés dans le placard du 14 février sont répartis en quatre catégories :

 


Image:right.gifImage:Space.jpgles officiers municipaux (conseillers adjoints actuels) : « René Le Guenno de Sulvintin, Jean Gouzien de Niverrot, René Gouezou du Lec, Jean Jaouen, Allain Rannou de Kerourvois Kerdévot », le nom de Jean Le Jour de Boden, futur maire en 1800, étant rayé et remplacé pour une raison inconnue par Jean Jaouen de Poulduic.
Image:right.gifImage:Space.jpgun agent national : « Jean Crédou de Creachergué », sans doute le frère cadet de Jérôme Crédou (futur maire en 1812). Ce poste très important lors de la Terreur assure la mission de procureur, il doit représenter le gouvernement, veiller à l'ordre public et contrôler les conspirations contre l’égalité et la liberté.
Image:right.gifImage:Space.jpgles notables (simples conseillers): « Jean Le Signour, Denis Huitric, Joseph Le Roux, Pierre Lozach, Louis Le Naour, Louis Mauguen, Guénolé Laurent, René le Maguer, Jean Kernévez, Louis Michelet de Kernoguen ».
Image:right.gifImage:Space.jpgun secrétaire greffier : « Yves Kergourlai », sans doute le frère de Jerome Kergourlay (premier maire de la commune en 1790).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1795 - Placard brestois d'installation de la municipalité de l'an III »

19 Remonter le temps en B-17

Billet du 14.11.2021 - À partir de 1946, l'IGN (Institut Géographique National) a fait voler ses gros avions photographes, notamment les célèbres Boeing B-17, sur le territoire français et d'outre-mer afin de prendre des clichés des villes, et ... de la campagne gabéricoise.

Les cartes de randonnées IGN de la seconde moitié du XXe siècle doivent leurs précisions aux missions de photographies aériennes menées sur le territoire français avec les équipements embarqués sur des avions militaires reconfigurés à l'issue de la seconde guerre mondiale. Des milliers de clichés argentiques N&B ou couleur ont été produits et exploités.

Il y a quelques années nous avions déjà publié sur le GrandTerrier les deux premières vues aériennes de 1948 concernant le territoire de la commune d'Ergué-Gabéric. Le nouvel espace Internet de l'IGN ayant été ouvert assez récemment avec ce nom très évocateur (« Remonter le temps ») et mettant à disposition l'intégralité des photos numériques, il était temps pour nous de compléter cette collection par les éléments dématérialisés suivants :

  • les clichés supplémentaires de 1948 couvrant les villages manquants sur les deux premiers.
  • les vues aériennes des années suivantes, toujours en noir-et-blanc : 1952, 1961, 1968, 1978.
  • les photos couleurs réalisées en 1993.
Au total 31 vues aériennes ont été ajoutées. Chaque photo aérienne est positionnée sur une carte actuelle de la commune, soit par exemple le cliché 47 du 24 mai 1952 (partie sud-ouest du Stangala à Lezergué) :
  Les photos numériques de l'IGN se présentant au départ sous forme de fichiers de haute résolution (fichier jp2 de 10000 pixels), nous les avons convertis au format du logiciel Zoomify pour permettre une navigation plus aisée à l'écran.

Pour chaque fenêtre Zoomify les villages ou lieux-dits sont repérés par un symbole "hotspot", à l'instar du bourg sur la vue aérienne couleur du 20 août 1993 :

Si l'on analyse la situation topographique de 1948-1993, on notera de nombreuses différences par rapport à aujourd'hui : des quartiers en construction (au Rouillen notamment), des routes aux tracés différents, des zones naturelles sans habitations et sans industries, des superficies de champs nettement plus petites. L'évolution du paysage est celle d'un territoire qui urbanise : la population constante de 2600 habitants de 1900 à 1948 s'accroit rapidement à partir de 1970 pour atteindre 6600 en 1993.

La liste alphabétique détaillée des hameaux et lieux dits est également annexée après les vues aériennes, avec un lien sur l'article toponymique et cartographie. La cartographie comparée de chaque village sera progressivement enrichie par le zoom sur les clichés de 1952 à 1993, comme cela avait été fait pour les vues aériennes de 1948.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Espace des missions aériennes de l'IGN entre 1948 et 1993 »

20 Retables flamands de la Vierge

Billet du 06.11.2021 - Analyse de l’ordonnancement des deux retables de la Vierge de Kerdévot et de Ternant (Nièvre), de leurs datations respectives et ateliers d'origine, des études et plaquettes consacrées à Ternant, et enfin un reportage photo GT dans le village sud-nivernais en fin d'été 2021.

Dans l'église Saint-Roch de Ternant, deux magnifiques retables portant l'un sur la Mort de la Vierge, et l'autre sur la Passion du Christ, ont été commandés par la famille de Ternant au XVe siècle. Le retable de la Vierge, issu d'un atelier flamand, se présente comme un triptyque dont les volets peints pouvaient se rabattre sur les panneaux sculptés centraux, les panneaux sculptés formant un T renversé.

À Kerdévot les panneaux initiaux du retable de la Vierge se présentent aussi comme un T renversé, les deux scènes latérales supérieures ayant été ajoutées plus tard. Et la présentation est très voisine de celle de Ternant : registre inférieur avec ses 3 scènes centrées sur la dormition, scène supérieure avec le couronnement.

Plus précisément, si l'on compare les éléments de Kerdévot (avant le vol de 1973) et de Ternant, les 4 scènes se présentent ainsi :

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 1 : l'Adoration des bergers à Kerdévot, la Visite des apôtres à Ternant. Dans les deux cas les visiteurs expriment leur déférence à la Vierge.

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 2 : la Dormition sur les deux retables. Les deux scènes sont presque identiques : la Vierge est de profil sur son lit mortuaire, les apôtres l'entourent, saint Jean imberbe tout près, des lecteurs qui prient au premier rang ...

la Dormition de Ternant
la Dormition de Ternant

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 3 : les Funérailles sur les deux retables. Le convoi funèbre et son brancard porté par saint Paul, saint Jean en tête, les juifs au sol avec les mains coupées (deux à Ternant, quatre à Kerdévot où elles restent collées au brancard).

Image:Right.gifImage:Space.jpgScène 4 : le Couronnement à Kerdévot, et à Ternant l'Asomption complétée du Couronnement sur 2 volets peints. La trinité y est présente : Dieu le Père couronné à gauche, le Christ à droite, la colombe du Saint-Esprit au centre (plus en hauteur à Kerdévot), les anges (musiciens à Kerdévot).

Le retable de Ternant est daté de vers 1440, via une donation de Philippe de Ternant (1400-1456), membre du Conseil du duc de Bourgogne et chevalier de la Toison d'Or. Il est représenté, ainsi que son épouse Isabeau de Roy, sur les deux volets peints extrêmes du retable.

Depuis les études récentes, notamment celle de Serge Bernard et de Fabrice Cario en 2003, on attribue les deux retables de Ternant à un atelier de Bruxelles, qualifié de brabançon ou de flamand car le duché de Brabant englobait les Pays-bas actuels et une partie de la Belgique. Ceci bien qu'aucune marque de guilde ne soit visible sur les statues, prédelle et balustrades.

 


La plaquette de présentation, visible sur place dans l'église de Ternant, confirme l'hypothèse flamande : « L'étude du style des sculptures de la période 1430/40-1460 (drapé assez lourd, proportions assez trapues et attitudes statiques) permet de proposer l'hypothèse d'un atelier bruxellois », et avance l'âge du chêne qui constitue la structure de l’œuvre, les statues étant sculptées dans des blocs de noyer : « L'arbre de 350 ans a été abattu entre 1425 et 1450 maximum. »

Le livre savant de René Journet conclue à l'unicité de l’œuvre : « Ce retable de Ternant est le seul connu illustrant le cycle de la Dormition et de la Glorification de la Vierge. »

Mais il existe bien à Kerdévot - pour lequel on ne connaissait pas d'équivalent non plus -, un retable très similaire à celui de Ternant, se partageant une même scénographie avec des personnages d'environ 30 cm, sculptés et dorés. Le triptyque de la Vierge de Ternant est peut-être un peu plus simple pour ce qui concerne sa partie sculptée, les statuettes de chaque scène sont amalgamées dans des blocs de noyer, alors qu'à Kerdévot elles sont finement ciselées et indépendantes.

Du plus, pour Kerdévot, on a bien les marques de fabrique des ateliers flamands d'Anvers et de Malines, et la proposition d'une datation à 1480, soit quarante ans après celui de la Vierge de Ternant dont le style semble effectivement plus ancien.


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Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les deux retables de la Vierge d'origine flamande et du 15e siècle à Ternant et Kerdévot », « JOURNET René - Deux retables du XVe siècle à Ternant », « BERNARD Serge & CARIO Fabrice - Les retables de Ternant »

21 Les aventuriers de l'arche perdue

Billet du 30.10.2021 - Dans la vallée de l'Odet entre Kermadoret et Creac'h-Ergué, le vieux pont médiéval de sant Alar que l'on croyait disparu : redécouverte du lieu en octobre 2021, galerie de croquis et de photos, géolocalisation et carte IGN, souvenirs des anciens.

Par un bel automne ensoleillé, quatre aventuriers - Mann Kerouredan, Jean-Noël Le Du, Jean-Pierre Le Grall et votre serviteur - sommes partis à la recherche de ce pont mystérieux sur l'Odet. Et le résultat est là : le magnifique pont de saint Eloi est toujours là, joignant les rives d'Ergué-Gabéric et de Landudal, et il mérite qu'on s'y intéresse.

Depuis la rive gauche gabéricoise, le pont est difficilement accessible et dans les bois, à la limite ouest du bief du moulin de Kergonal et près de la maison ruinée de Pont-Saint-Eloi, précisément au point géolocalisé en 48.038054 x - 3.996067 sur la carte IGN :


Mais c'est de la rive de Landudal qu'on peut mieux appréhender la dimension et la beauté de l'ouvrage : il suffit de d'emprunter le chemin agricole qui descend du village de Kermadoret et de longer un champ cultivé - en maïs en 2021 - sur sa partie orientale.

  Le pont est formé de 3 ilots de rochers consolidés en pierres de tailles, le premier du côté gabéricois étant la berge du bief de Kergonan. Une épaisse dalle de pierre de 4 mètres environ de long est toujours posée en équilibre sur les deux ilots centraux. On dirait un pont médiéval, et sa structure est bien conservée encore, malgré les crues et intempéries qui ont emporté deux dalles dans leur flot.

Pourquoi avoir dédié ce lieu à sant Alar ? Tout simplement parce que ce personnage de légende aux noms multiples (Alar, Eloi, Alour, Alanus) , ermite et évêque de Quimper, saint protecteur des orfèvres, forgerons et des chevaux, est très vénéré localement. Sur le coteau de Creac'h-Ergué Il avait sa fontaine (aujourd'hui démantelée) et ses champs ("parc sant Alour") ; sa statue est exposée à la chapelle de Kerdévot, le site et les légendes de Stangala, plus proche de Quimper, lui sont dédiés, et la vallée entre Kermadoret et Creach-Ergué était appelée aussi autrefois Stang-Sant-Alar.

Le pont, aujourd'hui en-dehors des circuits de promenade, les pêcheurs étant de moins en moins nombreux à fréquenter la nature qui devient de plus en plus envahissante, avait autrefois une utilité : il servait de passage pour les pèlerins de Compostelle qui avaient fait leur dévotions à la fontaine saint Jacques voisine (près de la chapelle de St-André) et surtout les meuniers gabéricois des deux moulins voisins de Kergonan et de Coat-Piriou.

Ces derniers livraient par là leurs sacs de farine sur les rives droites de Briec et de Landudal, après avoir doté le pont d'une structure de bois : « De chaque côté de la rive ils lancèrent une passerelle de fortune faite d'un ou plusieurs troncs, fixèrent deux pieux de bois de 1m de haut à chaque extrémité des troncs et relièrent ces deux pieux par une branche pour former une rambarde précaire.  » (Jean Guéguen, Bull. Comm. 1982).

Aujourd'hui le pont n'a plus d'utilité de circulation et de communication, mais, pour honorer la mémoire de nos prédécesseurs, ne devrait-on pas consolider l'ouvrage et aménager un circuit de randonnée, voire étendre le GR n° 38 qui passe sur les deux rives non loin de là ?

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'arche perdue du vieux pont de sant Alar »

22 Baptêmes, Mariages et Sépultures

Billet du 23.10.2021 - Cette semaine, une mise à disposition d'une collection de 450 images des derniers actes paroissiaux dits BMS, et le point sur le travail de numérisation « Etat civil + BMS » par les Archives Départementales du Finistère pour la paroisse et la commune d'Ergué-Gabéric.

Depuis janvier 2019, les Archives départementales du Finistère ont entrepris la numérisation des registres paroissiaux et d’état civil de la commune d'Ergué-Gabéric avec une qualité obtenue bien supérieure aux micro-films d'antan.

À titre d'illustration d'acte numérisé, on notera cet exemple inédit d'un baptême en 1707 d'une « enfant exposée » (abandonnée) trouvée par le sonneur de cloches de l'église paroissiale et baptisée par le recteur Jan Baudour :

« Le cinq mars 1707 environ cinq heures et demy du matin lorsque Claude Le Poupon sonneur des cloches de l'église parrochialle d'Ergué-gaberic alast ouvrir la porte de la dite église pour lever les poids de l'horloge et à l'instant trouva un enfent exposé malitieusement par quelque malveillant, dans le moment apella 3 ou 4 personnes du bourg pour lever cet enfent exposé après quoy le Recteur fust apellé pour baptiser l'enfant qui a esté nommée Jacquette par madame de Penanreun Gélin, et son jardinier. »

Tous les actes paroissiaux, les fameux BMS (Baptêmes, Mariages et Sépultures), et d'état civil (Naissances, Mariages, Décès) de 1702 à 1936 ont été numérisés à partir des registres initiaux détenus par les Archives départementales. L'accès est public depuis Internet, à l’exception des actes de naissance entre 1921 et 1936 pour lesquelles il faut se rendre en salle d'archives pour consultation.

La période couverte par les BMS numérisés s'étend de 1702 à 1793 est précisément « 1702-1707, 1709-1716, 1718-1721, 1723, 1726-1727, 1730-6 janvier 1746, 1747-6 janvier 1752. 6 janvier 1752-27 décembre 1776. 27 décembre 1776-1792. ». Il manque donc les années 1708, 1717, 1722, 1724-1725, 1728 et 1747 et la période de 1629-1701.

Ces années lacunaires sont par contre incluses dans les registres secondaires déposés par la commune (ADF 1049 E DEPOT 1-4). Les registres civils numérisés de 1792 à 1936 sont plus complets que les BMS, à l'exception de deux périodes blanches : années républicains VI à VIII (fin 1797-mi 1800) et X à XII (fin 1801 à mi 1804). Espérons que des travaux de numérisation seront menés par les archives départementales pour constituer un fonds numérique exhaustif.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Répertoire numérique des actes paroissiaux et civils d'Ergué-Gabéric »

  La collection numérisée des derniers actes paroissiaux (381 images de Baptêmes-Mariages-Fiançailles et 169 Sépultures), remplacés par l'état civil le 9 février 1793, commence par un acte de fiançailles du 27 décembre 1776 et une inhumation du 22 janvier 1776, et se termine par un baptême du 27 décembre 1792 et un décès le 25 décembre 1792.

Les prêtres qui chronologiquement signent les actes sur cette période sont respectivement :
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Clet de Lécluze de 1776 à 1781 ou le curé Pierre Le Kernévez de 1776 à 1783.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Joseph-Emmanuel Galloy de 1781 à 1782.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Jean Le Gall en 1783 ; le curé R. Rochedreux en 1784 ; le prêtre Pierre Diquelou de 1784 à 1785 .
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur Pierre-Alain Denis de 1784 à 1787, ou le curé René Lanmeur en 1784 à 1788, .
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur réfractaire Alain Dumoulin de 1787 à 1791, ou le curé Vallet de 1785 à 1790, et le curé Jean-Baptiste Tanguy en 1790.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur assermenté Daniel Corentin Yven en 1791-1792, le vicaire Michel Huitric en 1791, le vicaire Mathieu Le Gall en 1792.
Image:right.gifImage:Space.jpgLe recteur assermenté Rolland Coatmen à partir du 1er juillet 1792.

Avec les actes de 1792, on commence à voir les changements administratifs induits par la Révolution de 1789. Tout d'abord le registre est créé avec une introduction contresignée par le « juge au district de Quimper » et non plus le « lieutenant du présidial  ».

Au 2e semestre, avec l'arrivée du recteur Rolland Coatmen, on perçoit d'autres petites évolutions comme la transformation du « Monseigneur Evêque » en « Citoyen Evêque ». De même les dates, même si elles sont toujours rédigées selon l'ancien style (le calendrier républicain va apparaître en 1793), l'an 1792 est complété de trois mentions successives : « quatrième de la Liberté » dès le 26 août, « premier de l'égalité » en septembre, « premier de la République » à partir d'octobre.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1776-1792 - Les derniers registres BMS paroissiaux »

23 Bulletin n° 55 de Kerdévot à Lezergué

Billet du 16.10.2021 - Le bulletin du troisième trimestre 2021 (24 pages ou 6 feuillets A4 recto verso pliés en A5) pour un envoi postal dans la foulée.

Ce bulletin démarre par une création ludique qui n'a pas fait l’objet d’un billet pendant la trêve de juillet-août, mais qui a été utilisée pendant l'ouverture au public de la chapelle de Kerdévot :
  • Ce jeu est double, l'un porte sur les origines de la chapelle, l'autre sur les traditions populaires, et chaque jeu compte 7 étapes.
  • Chaque étape inclut un mot mystère qu’il faut deviner et reporter sur le texte à trous (ou via « LE JEU EN LIGNE »).

Les deux trouvailles suivantes, centrées aussi sur Kerdévot, ont été rédigées début octobre :

  • La statue du saint Alain/Eloi/Alar très populaire, de nouveau exposée près du retable.
  • Les photos d’un pardon ensoleillé des années 1925 par un photographe philanthrope (Jacques de Thézac).

Ensuite, une nouvelle interprétation du répertoire de la chanteuse gabéricoise Marjan Mao évoquée dans un article du 9 septembre :

  • L’interview en breton du chanteur Jean Billon sur Radio-Kerne, et ses enregistrements de « Al lez-vamm » et de « Marivonig » avec textes et traductions.

Et enfin, publiées également en septembre, deux études héraldiques sur deux domaines nobles très proches :

  • Le « greslier » azur des seigneurs de Kerfors à la lumière de la chanson de Rolland à Roncevaux.
  • Les deux blasons de Lezergué, toujours visibles, des deux familles propriétaires du château de Lezergué juste avant la Révolution : le sanglier en furie des Tréouret et le chef d’argent des de La Marche.

Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « KANNADIG n° 55 OCT. 2021 »
 

Sinon, la crise sanitaire s’éloignant - croisons les doigts ! -, on se dit qu’il ne faudrait pas attendre la saint Glinglin pour trinquer. Et pourquoi ne pas le faire avec un bon cidre Château-Lezergué, rosé ou non ? Surtout que les frères Jan ont ouvert une boutique sur place et lancé un nouveau site Internet où l’histoire locale lui donne un bouquet supplémentaire : https://www.chateau-lezergue.com

24 Kerdévot le 15 août 1925 ?

Billet du 09.10.2021 - Cette semaine, 23 plaques de verre immortalisant une fête religieuse à la chapelle de Kerdévot dans les années 1920.
** DERNIERE MINUTE : LE BULLETIN TRIMESTRIEL KANNADIG EST (PRESQUE) PRÊT, IL SERA PUBLIÉ ET EXPÉDIÉ LE WEEK-END PROCHAIN **

Jacques de Thézac (1862-1936), d'origine charentaise, épouse en 1888 une bretonne, Anne de Lonlay de Lanriec, et s'installe à Sainte-Marine où il se consacre aux reportages photographiques et activités philan-thropiques.

En 1908, il fonde l'Œuvre des Abris du Marin afin d'apporter instruction et divertissements aux marins. Refusant le pittoresque facile et ethnographe d’instinct, il photogra-phie les marins de tous âges dans les abris, mais aussi les enfants jouant sur les quais, les fêtes religieuses et profanes.

En 1988, la Société des Abris du Marin, remet au Département du Finistère, pour les collections du Musée départemental breton, 4159 clichés sur plaques de verre de Jacques de Thézac, ceci afin d'assurer la conservation de ce fragile héritage.

Parmi ces plaques de 85 mm x 120 mm en gélatino-bromure, vingt trois - cf. copies numériques dans l'article détaillé - sont consacrées à un pardon (messe et procession en extérieur dans un lieu sacré) à la chapelle de Kerdévot où l'on voit les pèlerins s'assembler pour les messes et les processions avec bannières par une journée bien ensoleillée.

Ce rassemblement populaire est plutôt la fête religieuse de l'Assomption, et non le grand pardon de septembre : d'une part les pèlerins s'abritent sous leurs parapluies contre une possible insolation de soleil aoûtien, et d'autre part il n'y a pas de fête profane et stands forains sur le parvis arboré. Plutôt qu'un « Kerfricot », la ferveur religieuse est de mise : des hommes assistent à la messe, debout ou agenouillés près de la porte sud-est proche de la sacristie.

Les archivistes départementaux n'ont pas précisé l'année exacte, mais un « ca 1920 » (circa=environ) évasif. À noter que d'autres clichés de pardons photographiés par Jacques de Thézac, comme celui de Combrit, sont réputés dater de l'année 1925. D'où cet appel à identifier les participants à Kerdévot : reconnaissez-vous vos ancêtres ? Avec l'estimation de leur âge, on arrivera peut-être à déterminer le millésime.


Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Jacques de Thézac, photographe et ethnographe au pardon de Kerdévot, v. 1920 »

 

Ainsi ce cliché référencé « 1988.105.635 » où l'on voit défiler la clique des gymnastes du patronage des « Paotred Dispount » (les sans peur) reconnaissables à leurs hermines noires brodées sur leurs tenues blanches. Placés derrière leurs aînés, les jeunes sont regroupés et certains sont peut-être reconnaissables aujourd'hui par leurs enfants ou petits-enfants.

* * *

Pour se mettre dans l'ambiance du lieu sacré de Kerdévot, rien ne vaut une vidéo de drone au-dessus de la chapelle, mettant en valeur la flèche élancée du clocher et la campagne avoisinante :

[ pour voir cette vidéo filmée en 2013, cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus, ou alors la visionner sur Youtube ]

25 Statue d'évêque à l'enclume

Billet du 02.10.2021 - Un mystérieux évêque "Alain/Alanus" amalgamant les cultes des saints Eloi, Alain, Alar, et Alor, vénéré à la chapelle de Kerdévot et dans d'autres lieux gabéricois Ergué-Gabéric : Stangala, Saint-Guénolé, Creac'h Ergué et Pont-Sant-Alar.

La seule mention de la statue apparaît dans la notice paroissiale d'Ergué-Gabéric rédigée en 1909 par les chanoines Peyron et Abgrall de manière elliptique : « Les vieilles statues vénérées de la chapelle de Kerdévot sont : 3) Saint Alain, évêque de Quimper ».

Manifestement elle a été reléguée pendant de longues années, ce qui explique que tous les autres ouvrages en font abstraction. Mais elle est ressortie assez récemment de l'oubli en occupant dorénavant une place de choix, en surplomb sur une console du mur intérieur sud du chevet de Kerdévot, entre le retable flamand et l'autel de la Piéta.

De bois polychrome et 90 cm de hauteur environ, l'évêque à la barbe blanche fournie fait le geste symbolique de bénédiction de sa main droite, retient un livre sacré et sa crosse épiscopale de l'autre main. Sa mitre est rouge avec des bandes dorées et sa chasuble est rouge également avec une étole dorée ornée de croix pattée brunes. La dalmatique portée sous la chasuble est de couleur gris-violet.

À ses pieds est posée une petite enclume de forgeron, cet attribut donnant une symbolique complé-mentaire. En effet on retrouve là le culte d'un saint populaire dans le diocèse de Quimper, formant une figure composite des saints Eloi, Alar, Alor, Alour et Allan, tous patrons protecteurs des orfèvres, des maréchaux-ferrants, des vétérinaires et de la race chevaline.

Saint Alar, connu aussi pour être un ermite et patron des des alevineurs (éleveurs de jeune poissons), a donné deux sites légendaires à Ergué-Gabéric : Stangala (vallée d'Alar) et Pont-Sant-Alar. La vallée éponyme doit son nom au saut de l'ermite pourchassé par un terrible griffon. À proximité, à la chapelle St-Guénolé, une statue le représente avec un étrange chapeau.

Le pont sur l'Odet dénommé Pont-Sant-Alar devait être situé près du moulin de Kergonan, en contrebas des terres de Creac'h-Ergué et du lieu-dit au même nom (appelé aussi Pont-Saint-Eloi) : une fontaine miraculeuse y est attribuée au saint et sur le cadatre de 1834 trois parcelles cadastrales portent le nom évocateur de « Sant-Alour ».

Tout comme les légendes de l'ermite, l'existence de l'évêque Alain de Quimper n'est nullement attestée historiquement, même s'il est considéré comme le 4e évêque de Cornouaille après Corentin, Menulphe et Guenoc. Mais il n'est cité ni dans le cartulaire de Quimper qui date du XIVe siècle ni dans celui de Quimperlé qui donnent la liste des premiers évêques de Quimper.

 

C'est l'historien Dom Lobineau qui l'a intronisé dans son livre « Vies des saints de Bretagne », sans doute sur une lecture erronée du cartulaire de Saint Melaine et avec une adaptation des vies de saint Alain de Lanvaur et de saint Amand.

Néanmoins, qu'il ait ou non réellement vécu, saint "Alanus" est vénéré en Bretagne sous la forme d'un mixte de plusieurs autres saints légendaires Alar, Alor (fontaine consacrée à Ergué-Armel) et Eloi. Sa statue à Kerdévot avec ses attributs d'évêque et de forgeron en atteste, ainsi que le pardon des chevaux qui y était organisé :

« C'était à la fin juin, le dimanche qui suivait le jour de la Saint-Jean, qu'avait lieu de pardon des chevaux de Kerdévot. De grand matin, arrivaient de toute la région des centaines de chevaux, juments et poulains. Et le carousel des chevaux commençait, dessinant autour de la chapelle une parade de toute beauté. » (Jean Guéguen, 1980)

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La petite statue de l'évêque Alain, alias sant Alar, à Kerdévot »

26 Les deux blasons de Lezergué

Billet du 25.09.2021 - Après celui de Kerfors évoqué la semaine dernière, voici deux écussons toujours visibles sur le lieu historique de Lezergué.

Ces deux blasons correspondent à des familles nobles locales des XVIIe et XVIIIe siècles. Par contre les occupants nobles précédents, à savoir les Cabellic (la croix potencée) et les Coatanezre (les trois épées), n'ont pas laissé à Lezergué de traces héraldiques sculptées (on trouve par contre leurs blasons respectifs sur les vitraux de la chapelle de Kerdévot et de l'église St-Guinal).

Seuls les Autret de la fin du XVIe auraient gravé un écu écartelé à base de « quatre fasces ondées d'azur » sur une pierre qui aurait disparu au cours du XXe siècle, si l'on en croit le mémorialiste Louis Le Guennec : « Un écusson, encastré dans un talus, est aux armes de Guy Autret de Missirien et de sa première femme, Blanche de Lohéac ».

Dans le même article Louis Le Guennec décrit l'autre blason, bien conservé celui-là (cf. photo), se trouvant au-dessus de la porte de la maison d'habitation construite en 1930 par le métayer Jean Nédélec (alias "Jean Lezergué"). Cette pierre a sans doute été récupérée sur les ruines du château.

Il s'agit des armoiries des Tréouret : « D’argent au sanglier de sable en furie, ayant la lumière et les défenses d’argent. ». Le sanglier est l'emblème héraldique du courage et de l'intrépidité, parce qu'au lieu de s'enfuir comme le cerf, le daim et autres animaux sauvages, il se présente devant les chasseurs pour se défendre.

Le sanglier des Tréouret est de couleur noire (de sable) et ses yeux (la lumière) et ses défenses sont blanches (d'argent). L'écusson est encadré de deux palmes et surmonté des neuf perles d'une magnifique couronne comtale, les Tréouret ayant dénombré plusieurs comtes parmi leurs aïeux.

Louis Le Guennec affirme « C'est par une alliance avec les Tréouret que les La Marche ont eu Lezergué », en héritage des Autret, mais ceci est inexact. On sait aujourd'hui que l'héritier de Guy Autret est son petit cousin Guy de Charmoy, qu'une succession familiale fait passer Lezergué à Jacques du Bot de Talhouet, et ce dernier vend en 1736 Lezergué et ses dépendances au père du constructeur du nouveau manoir, prénommé François-Louis (1691-1738) également.

Par contre, les Tréouret représentent une branche maternelle de Françoise de La Marche, son grand père Louis-René ayant épousé Marie-Rose de Tréouret en 1686.

Sur le haut fronton cintré oriental du manoir « Louis XV », un double blason est resté en place. Il est surmonté d'une couronne, orné d'éléments de heaume ou de cimier, et d'une coquille en dessous.

Le blason de gauche, reconnaissable grâce à sa forme en œuf « recapité », est celui des La Marche : « de gueules au chef d'argent », la partie inférieure étant de couleur rouge (de gueules), le tiers supérieur (le chef) étant blanc (d'argent).

 

Le blason de droite est difficilement identifiable, les motifs étant érodé, mais peut-être le constructeur du château y a exposé le sanglier des Tréouret pour représenter ses quartiers grands-maternels.

* * *


Pour agrémenter la visite historique, voici une belle vidéo de drone, tournée en 2015 par temps lumineux et dégagé au-dessus de ces ruines du château de Lezergué.

La façade toujours debout est majestueuse, et on peut admirer les blasons du fronton oriental, les hautes cheminées intérieures, les restes des murs de l'arrière-cuisine, les portes et fenêtres béantes, le tout sur une musique très relaxante.  :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour visualiser la vidéo)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les armoiries sculptées des seigneurs de La Marche et de Tréouret à Lezergué » et « Vidéo de drone au-dessus des ruines de Lezergué, Zrv 2015 »

27 Un blason azuré de chevalier

Billet du 18.09.2021 - Histoire du blason au greslier d'azur des seigneurs de Kerfors au regard de l'olifant du preux chevalier Roland à Roncevaux.

Pendant longtemps, les Kerfors ont été assimilés à des chasseurs émérites parce que le motif sur leur blason est un cor de chasse. En fait il s'agit d'un « greslier », terme héraldique désignant l'olifant, l'attribut noble porté par les chevaliers lors de leurs déplace-ments par temps de guerre, une trompe au son grêle servant à annoncer leur passage ou à appeler à la rescousse en cas de danger.

Le blason qu'on trouve sur deux vitraux de la chapelle de Kerdévot et aussi sur deux écussons écartelés sculptées sur l'enfeu familial de l'église St-Guinal : « d'argent au greslier d'azur, enguiché et lié de même ».
Image:right.gifImage:Space.jpgENGUICHÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgDésigne l'émail de l'embouchure. Ici d'azur, c'est-à-dire de couleur bleue, comme le reste
Image:right.gifImage:Space.jpgLIÉImage:Space.jpg:Image:Space.jpgCordelettes attachées pour permettre au chevalier de le porter en conservant une liberté de mouvement, ici de couleur azurée.
Image:right.gifImage:Space.jpgORIENTATIONImage:Space.jpg:Image:Space.jpgL'embouchure à senestre (gauche) et le pavillon à dextre (droite), et non l'inverse (cf. les armes des Rolland de la Villebasse, et la transcription erronée inversée dans le livre d'Hervé Torchet sur les Arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568).

Le manoir de Kerfors, situé au centre de la paroisse d'Ergué-Gabéric, non loin de Lezergué et Kernaou, forme un domaine noble détenu par les seigneurs dudit lieu. Aujourd'hui il ne reste plus rien de l'ancien manoir, si ce n'est un étang vivier et les restes du mur du verger.

On ne compte pas de chevaliers en titre parmi les membres connus de la famille Kerfors d'Ergué-Gabéric aux XVe-XVIe siècles, mais peut-être que d'autres branches collatérales ou plus anciennes ont inclus le droit de porter un greslier  :

 
 ? de Kerfors 
 x Katherine Kerfors (1448-60, +1488)
 ├
 └> Caznevet de Kerfors (1460-88, +1493)
      x Ysabelle de Lesmaes (1479)
      ├
      ├> Charles de Kerfors (1493-96, 1536)
      ├   ├
      ├   └> Pierre de Kerfors (1539)
      ├        ├
      ├        └> Jean de Kerfors (1580)
      ├> Thebaud Kerfors (montre 1481, 1496)
      ├   x Marie Le Gluidic
      └> Katherine Kerfors (1496)
           x Allain Rolland
  À la montre militaire de Carhaix de 1481, on remarque un Caznevet de Kerfors « en brigandine ». Il prend pour épouse Ysabelle de Kermaes, et décède en 1493 (« la levée, l'an dudit déceix »). Il ne succède à sa mère Katerine comme seigneur de Kerfors qu'en 1488, mais il apparaît déjà en 1460, 1471 et 1479 dans des donations ou échanges de terres.

En 1543, Charles de Kerfors rend un aveu ou déclaration de propriété pour son manoir gabéricois et est cité à la réformation des comptes du domaine royal de 1536. Charles décède vers 1537 et son fils Pierre de Kerfors fournit un aveu de succession le 23 mars 1539.

En 1562, Louis de Kerfors, présent à la montre de Cornouaille, dit qu'il fait pique-sèche, c'est-à-dire homme de pied sans cuirasse.

La « Chanson de Roland » est un poème épique de 4000 vers écrit au XIe siècle qui raconte les exploits d'un preux chevalier, Roland, guerrier franc et préfet de la Marche de Bretagne.

Et notamment l'épisode de l'attaque des Sarrasins dans le défilé de Roncevaux. Placé en arrière-garde, Roland refuse de souffler dans son greslier ou olifant pour avertir Charlemagne, préférant mourir en guerrier plutôt que de se déshonorer en appelant à l'aide.

Lorsqu'il ne reste plus que 60 combattants francs en armes, Roland fait sonner son olifant tellement fort qu'il « explose » littéralement (ses veines éclatent) :

Rollant ad mis l'olifant à sa buche,
Empeint le ben, par grant vertut le sunet,
Halt sunt li pui et la voiz est mult lunge,
Granz .XXX. liwes l'oïrent il respundre.

(Roland a mis l'olifant à ses lèvres. Il l'embouche bien, sonne à pleine force, Hauts sont les monts, et longue la voix du cor ; à trente lieues on l'entend qui se prolonge)


Pour illustrer cet épisode légendaire, voici une chanson humoristique pas piquée des hannetons : « La rançon de Roland » par le groupe vocal « Les Quatre Barbus » :

(cliquer 2 fois sur l'image ci-dessus pour passer en mode écoute)
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le blason au greslier d'azur des chevaliers de Kerfors et la Chanson de Roland »

28 Ur c'haner deus ar vro

Billet du 11.09.2021 - "Un chanteur du pays", ainsi s'intitule l'émission de Radio Kerne du 19 avril dernier dans laquelle Jean Billon nous interprète deux chansons du répertoire de Marjan Mao. Un bon sujet pour reprendre bon pied bon œil les chroniques hebdos du GrandTerrier après la trêve estivale.

Interrogé en breton par Benjamin Bouard, il nous explique son initiation dans les années 1980 au « kan-ha-diskan » et à la « gwerz » grâce à Loeiz Ropars, son apprentissage de la langue bretonne par correspondance, ses souvenirs de fest-noz avec ses compères Christophe Kergourlay et Guy Pensec, et sa passion pour le répertoire de Marjan Mao qu'il a appris sur un CD gravé en boucle sur le lecteur de sa voiture.

Le répertoire de chants traditionnels de Marjan Mao (1902-1979) a fait l'objet en 1979 d'un collectage et enregistrement par le groupe « Daspugnerien Bro C’hlazig » (Les collecteurs du Pays Glazig) constitué de Gaël Péron et Malik ar Rouz (et non Bernez comme dit dans l'interview).

Dans l'émission de Radio Kerne, Jean Billon se prête aussi au jeu de l'enregistrement avec deux chansons de Marjan : « Al Lez-Vamm » (la marâtre) et « Marivonig », morceaux également titrés « Ar breur Mager » (le frère de lait) et « Ar gemenerez hag ar baron » (la couturière et le baron) : cf. la section "enregistrements" (fichiers mp3) dans l'article.

Les deux propositions de titres « Al lez-vamm » ou « Ar breur mager » pour le premier extrait ne sont pas forcément adaptées, car elles ne reflètent pas tout-à-fait le cœur du chant, à savoir les fiançailles d'une jeune fille amoureuse d'un jeune chevalier.

La marâtre est évoquée dans la première strophe : « ul lez-vamm ar gwashañ zo bet ganet » (la pire des marâtres qui soit). Elle l'envoie, telle la Cosette des Misérables, chercher de l'eau à la fontaine avant le lever du jour.

Le chant est connu sous le titre « Al lez-vamm » dans une version du mémorialiste François-Marie Luzel. Interprété par les sœurs Goadec il s'agit d'une toute autre histoire, celle des aventures d'Yves Le Linguer, exécuté sur l'échafaud sur dénonciation de sa méchante belle-mère.

Le sujet du chant « Breur mager » du Barzaz Breiz, collecté dans le pays de Tréguier par Hersart de La Villemarqué est bien plus proche. Cela démarre aussi par une jeune fille allant puiser de l'eau à la fontaine qui se trouble à l'arrivée d'un chevalier venant de Nantes. Les termes qui décrivent cette scène sont très semblables  : « eur c’hoz-podik toull hag eur zeillik dizeonet », « Ann noz a oa tenval », « eur marc’heg o tistrei deuz a Naoned ».

Par contre la version de Marjan est plus courte et sans considérations moralisantes. Il n'est pas question de frère de lait, seule la figure du jeune et chevalier est suffisante et le détail d'une mort au combat n'est pas utile pour expliquer les désillusions de la jeune fille.

Pour le deuxième extrait, dans les archives sonores de Dastum on trouve une douzaine de collectages similaires sous les titres « Ar gemerenez hag ar baron » ou « Ar gemeneres yaouank »,

 

collectées dans le Finistère, en pays pagan, à Lannion et à Rennes. À noter que si les premiers complets sont rigoureusement identiques, les fins et conclusions sont différentes.

La version de Marjan, reprise par Jean Billon, est originale à plus d'un titre :
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le vocabulaire : dans toutes les versions on trouve quelques mots un peu « vieux français », comme palefrin, lakez, pavez … ce qui semble attester au texte une certaine ancienneté.
Image:right.gifImage:Space.jpgsur le style et les formes verbales, la version de Marjan est plus riche, utilisant successivement l’impératif, le présent, le prétérite, des extraits de dialogues, et même le futur.
Image:right.gifImage:Space.jpget enfin sur la morale : le texte est clair, enjoué, voire provocateur ; par rapport au style allusif et sérieux des autres versions, la morale de la chanson de Marjan est plus compatible avec l’esprit glazik. Au moins on comprend que la couturière aimait les plaisirs.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus, notamment pour l'audio, les paroles en breton et leur traduction : « Jean Billon ur c'haner deus ar vro, Radio Kerne 2021 » et « Les chants de Marjan Mao, collectage des Daspugnerien Bro C’hlazig en 1979 »

29 Bulletin n° 54 des terres de Saint Guénolé aux noces d’Odet

Billet du 03.07.2021 - Tous les articles publiés du deuxième trimestre 2021 (28 pages A4 ou 7 feuillets A5 recto verso), envoi postal dans les chaumières avant la fin de la pluie. Et annonce d'une petite trêve estivale, rendez-vous à Kerdévot le 15 août, et ensuite sur les ondes à la rentrée de septembre.

Ce bulletin des articles GrandTerrier publiés au cours du deuxième trimestre 2021 démarre par une enquête à quatre volets sur les origines consacrées des villages de Quélennec et de Saint-Guénolé :
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes parchemins de l’abbaye de Landévennec de 1447-1516.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes sceaux de cire du XVIIe siècle des seigneurs-abbés.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe vitrail supposé dater de 1554.
Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLes prééminences des seigneurs de Kerfors et Lezergué.

Les deux articles suivants sont également datés des XVIe et XVIIe siècles, l’un sur les arrière-bans du roi de France, l’autre sur un recteur-chanoine digne et discret.

Deux articles pour le XIXe siècle : le premier sur les conditions de ralliement municipal au roi Louis-Philippe.

Le second article rassemble les souvenirs d’enfance du mémorialiste Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué, un mélange d’histoire et de légendes.

Ensuite, au début du XXe siècle, trois ans après la loi de la Séparation des Églises et de l’État, l’accueil en fanfare d’un nouveau recteur, suivi du rejet des paroissiens.

Et enfin pour conclure, un double sujet mêlant industrialisation et chroniques familiales :

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgL’installation en 1837 d’une chaudière à vapeur par le papetier Nicolas Le Marié, et sa production croissante.

Image:BulletColor.jpgImage:Space.jpgLe retour de noces à Odet de René Bolloré photographié en février 1911 par le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard.


Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 54 Juillet 2021 »
 
Pendant les mois de juillet et août, le GrandTerrier se met au vert, à savoir qu’il n’y aura pas de billets hebdomadaires, lesquels reprendront à la rentrée de septembre. Néanmoins on ne change pas le rythme des bulletins trimestriels, celui d’octobre intégrera, à la place des 8 billets manquants, une grande enquête estivale surprise.

30 Les tyrans du manoir de Lezergué

Billet du 26.06.2021 - Souvenirs de jeunesse de 1848 au vieux château de Lezergué en Ergué-Gabéric, cahiers manuscrits formant l'intégrale des Mémoires d'un paysan bas-breton, édition An Here, 2001, et illustrations de la BD de Christophe Babonneau et de Stéphane Betbeder.

Jean-Marie Déguinet a 14 ans lorsque ses parents s'installent dans une petite maison de journalier agricole, un penn-ti jouxtant le manoir de Lezergué : « En ce temps-là, nous quittâmes enfin le Guelenec pour aller demeurer près du bourg, au grand château de Lez-Ergué ».

Le logement n'y est pas pour autant gratuit : « Le propriétaire de ce château faisait payer ces petits pen-ty par un certain nombre de journées de travail, tant pendant les semailles et tant pendant la moisson. ».

Le propriétaire-paysan du château est un dénommé Christophe Crédou (1797-1873), un patriarche tyrannique  : « On ne l'appelait que l'homme noir : Christoc'h Du. Et il était en effet noir partout dans sa figure comme dans l'âme, s'il en avait une. Celui-là aurait bien fait comme l'ancien seigneur de ce château, s'il en avait eu le droit. » (sa fille épousant le premier des Nédelec de Lezergué).

Le souvenir des seigneurs locaux, ceux qui ont construit le manoir, est toujours vivace en 1848 : « Le dernier seigneur de ce château qui s'appelait De La Marche, était, disait-on, le plus terrible et le plus cruel de tant de terribles et cruels seigneurs que les pauvres Bretons ont connu ». Les derniers seigneurs de La Marche sont déclarés émigrés à la Révolution, le père (celui qui fit reconstruire le château vers 1770) sur l'île Jersey, le fils cadet en Guadeloupe, le fils ainé François Louis Armand étant décédè le 10 février 1774 à Lezergué.

C'est sans doute les exploits de ce dernier qui sont évoqués par Déguignet : « Au milieu de la messe, il entrait avec son cheval, et ordonnait au curé de communier la bête, puis faisait le tour de l'église en faisant piaffer son cheval sur les malheureux prosternés qui ne pouvaient bouger ni rien dire. Il entretenait chez lui une quantité considérable de pigeons, qui ravageaient toutes les semences et les moissons des environs, sans que personne puisse se plaindre sous peine d'être pendu immédiatement. Enfin, à force d'en faire, il finit lui-même par se casser le cou en tombant du deuxième étage du château dans le premier. »

L'église mentionnée du domaine noble est la chapelle Saint-Joachim, aujourd'hui disparue et élevée vers 1650 par Guy Autret, le précédent occupant de Lezergué :

 

« Il y avait auprès de là les ruines d'une vieille église où ce seigneur faisait célébrer la messe tous les dimanches, à laquelle tous les paysans d'alentour étaient tenus d'assister sous peine de mort ».

Un autre souvenir d'enfance de Déguignet est le gibet : « On montrait encore l'endroit où il faisait pendre ses manants par haine, par colère ou par plaisir. ». Ce n'est pas une légende, car ces « fourches patibulaires à deux piliers de la montagne de Lestonan » ont vraiment existé au XVe siècle quand les seigneurs locaux avaient « droit de haute basse et moyenne justice ».

Et enfin la légende du fameux trésor de Lezergué : « Et ce trésor, tout le monde savait qu'il existait, mais personne ne savait au juste où il était. Les uns disaient qu'il était sous l'escalier du château, d'autres pensaient qu'il devait être au fond de l'étang [...] ; d’autres disaient enfin qu'il devait être sous le pigeonnier, une énorme rotonde toute bâtie en pierres de taille, qui serait restée debout jusqu'à la fin du monde si on ne l'avait pas démolie.  ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le jeune Jean-Marie Déguignet au château de Lezergué en 1848 »

31 Arrière-bans et montres militaires

Billet du 19.06.2021 - TORCHET (Hervé), Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568, La Pérenne, Quimper, 2021, ISBN 2-914810-25-8 : gros travail documentaire mené par l'historien Hervé Torchet sur trois revues militaires après l'intégration du duché de Bretagne dans le royaume de France.

En ce 2e trimestre de 2021, le paléographe Hervé Torchet a publié 218 pages de transcription intégrale des montres (revues militaires) du diocèse de Cornouaille de la seconde moitié du XVIe siècle, auxquelles étaient convoqués les détenteurs de revenus nobles, avec des compléments d'analyses statistiques et de fiches familiales nobiliaires.

Déjà organisées aux siècles précédents par les ducs de Bretagne, les montres de 1554 à 1568 rassemblent dorénavant l'arrière ban du roi de France, ce dans le cadre des mêmes anciens diocèses. Sur le site Tudchentil, Norbert Bernard notait en 2002 : « On pourrait définir les montres comme des revues militaires de la noblesse médiévale et moderne. Les montres ont en effet des fins militaires : elles rassemblent les nobles, regroupés par paroisse et en armes afin d’établir et de corriger la capacité militaire de la noblesse locale. »

Et il donnait l'exemple d'un noble gabéricois : « le cas rare, sinon unique, d’un seigneur, François de Lisiard, seigneur de Kergonan, qui précise dans son "aveu" de 1540 ses obligations, au regard de son bien, en cas de montre : « Lequel a cogneu et confessé, oultre ce que cy devant est contenu et raporté, debvoir et estre tenu faire, pour son seigneur selon la nature du fyé, et fournir deux hommes à cheval quant l’arrière ban se faict en cesdictz pays. »

Le livre d'Hervé Torchet couvre les trois montres qui ont lieu à Quimper-Corentin en 1554, 1562 et 1568. Les sources documentaires utilisées sont d'une part, pour 1554 et 1562) la copie manuscrite de l'historien Guy Autret (1599-1660) conservée au Musée des Champs Libres de Rennes (cf le facsimilé déjà publié sur GrandTerrier), et pour 1562 la copie conservée aux Archives Départementales du Finistère (utilisée entre autres par Norbert Bernard et Christophe-Paulin de Fréminville, manuscrit ADF 1J65 à publier prochainement sur GT).
  Au total plus de 700 nobles bas-bretons sont convoqués en 1554 et 1562, et la moitié environ en 1568. En la place du Tour-du-Chastel les commissaires du roi font l'appel : « Auquel jour aurions faict appeller les nobles par nom et surnom leurs qualités et paroisse, ainsi qu’ils estaient en roles ès anciens livres et registres du greffe d’office au siège présidial de Quimper-Corentin ».

Les gabéricois convoqués sont au nombre de sept en 1554 et 1568, et de six en 1562. Ils sont tous présents, hormis le sieur de Kergonan qui est « deffaut », et se répartissent selon une certaine hiérarchie militaire : un archer (le sieur des Salles et de Lezoualc'h, aïeul de Guy Autret), trois corselets dotés d'une cuirasse légère (les seigneurs de Creac'h-Congar, Kernaou, Mezanlez), un pique-sèche sans aucune cuirasse, homme de pied (le sieur Coatanezre des Salles), et une catégorie à part sans équipement, deux contribuables imposés : (Kerfors et Kergonan).

Les « hommes d'armes », avec un équipement complet de chevaliers, sont la catégorie supérieure des 40 plus riches familles nobles du diocèse avec des revenus annuels supérieurs à 1000 livres. Viennent ensuite les arch(i)ers comme les Autret-Lezsoual'ch avec 500 à 1000 livres. Puis les arquebusiers à cheval avec 200 à 400 livres (aucun gabéricois), et enfin les corselets (appelés brigandine autrefois) et les pique-sèches (remplaçant les hallebardes médiévales) aux revenus situés entre 100 et 200 livres. On observe bien cette hiérarchie "piquesèches-corselets-arquebusiers-chevaliers" sur les champs de bataille de l'époque :

Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin
Bataille de Dreux 1562, gravure de Tortorel et Perrissin


Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « TORCHET Hervé - Les arrière-bans de Cornouaille de 1554 à 1568 », « 1554, 1568 - Montres de l'évêché de Cornouaille extraites du manuscrit de Missirien » et « 1562 - Monstre de l'Evesché de Cornouaille pour l'arrière-ban du Roy »

32 Un chanoine digne, noble et discret

Billet du 12.06.2021 - La biographie d'un chanoine, recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle, un peu moins connu que son illustre "petit cousin", le navigateur découvreur des îles de la Désolation dans le sud de l'océan Indien.

Germain de Kergelen, recteur d'Ergué-Gabéric et chanoine de Quimper-Corentin, est surtout connu via la biographie documentée par Yann de Servigny dans sa monographie « Maison de Kerguelen » publiée en 1997 :

Image:right.gifImage:Space.jpgNé avant 1583 ; ses parents sont Blanche Moisan et Jean de Kerguelen, seigneur de Keranroc'h (manoir de la paroisse de Landrévarzec) et de Kerlès (naguère en Landrévarzec, aujourd'hui sur le territoire de Briec).
Image:right.gifImage:Space.jpgSur l'arbre généalogique de tous les Kergelen on comprend les origines respectives du célèbre navigateur Yves-Joseph de Kerguelen (branche de Trémarec en Briec) qui découvre en 1772 l'archipel auquel il donna son nom, et celles de Germain de Kerguelen, recteur d'Ergué-Gabéric pendant une douzaine d'années au début du 17e siècle.

Image:right.gifImage:Space.jpgGermain, « fils ainé et principal héritier noble » et son frère cadet Louis « héritier présomptif principal », accordent à leurs jeunes sœurs Jeanne et Marie une partie des successions paternelles et maternelles. Documents issus du Cabinet des titres de la Bibliothèque Nationale, plus précisément le dossier bleu n° 373 ou Manuscrit Fr 29918 : f. 275, f. 280a, f. 280b et f. 281.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1612 et 1615, bien que « recteur de la paroisse d'Ergué-Gabéric, il demeure à Quimper-Corentin du fait de son titre de chanoine, c'est-à-dire membre du chapitre de l'église cathédrale.

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1624, toujours « très digne » recteur d'Ergué-Gabéric, il prend le titre d'official de diocèse. En 1633, toujours chanoine, il est qualifié de grand vicaire de Cornouaille.

Les autres sources biographiques et historiques sont :

Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Peyron et Jean-Marie Abgrall, dans leur notice paroissiale d'Ergué-Gabéric, l'incluent dans la liste des recteurs antérieurs à 1789 : « 1635-1645 : Germain de Kerguelen, chanoine, grand vicaire official de Cornouaille » avec une erreur sur la période du mandat gabéricois (1635-45 correspondant plutôt à sa fonction de grand vicaire de Cornouaille).

 


Image:right.gifImage:Space.jpgPaul Aveneau de la Grancière dans son livre « Pluguffan et notices généalogiques sur la plupart des familles de la Basse-Bretagne » présente Germain en ces termes : « Noble et discret messire Germain de Kerguelen, seigneur de Kermathéano, chanoine du chapitre de Cornouaille ».
Image:right.gifImage:Space.jpgNorbert Bernard dans un article intitulé « Guy Autret et l'église d'Ergué-Gabéric » dans le bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 2002 suggère que l'historien et mémorialiste Guy Autret (auteur d'une généalogie des "Kerguelenen" et résident contemporain à Lezergué) était en lien avec le chanoine : « Germain de Kerguelen était, à l'instar de Guy Autret, très soucieux de ses affaires familiales, ce qui rend très probable qu'ils se soient rencontrés et qu'ils aient pu s'apprécier ».
Image:right.gifImage:Space.jpgEt dans la « La vie du vénérable dom Michel Le Nobletz » que certains attribuent à son disciple Julien Maunoir, prédicateur également, il est question d'une intercession du chanoine : « Messire Germain de Kerguelen, grand vicaire, ayant connaissance des grands trésors de sagesse et de grâce que Dieu avait départis à son serviteur [Michel Le Nobletz], adoucissait l’esprit du Recteur [de Ploaré], et faisait qu'il le laissait catéchiser et prêcher comme auparavant ».

Et on notera au passage qu'en 1651, soit quatre ans après le décès de Germain de Kergelen en 1647, le Père Julien Maunoir est amené à diriger une mission de prédication à Ergué-Gabéric (cf. « Le R.P. Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus. », Edm.-P. P. du V., 1869).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « SERVIGNY Yann (de) - Maison de Kerguelen » et « Germain de Kerguelen, chanoine et recteur (1612-1624) »

33 La chapelle et son domaine congéable

Billet du 05.06.2021 - Dernier épisode de la série "St-Guénolé" via les papiers de l'abbaye de Landévennec (ADF 2H14) : dans quelles conditions, compliquées à souhait, les seigneurs de Kerfors et de Lezergué se sont implantés sur les terres d'abbaye du village de Quélennec.

Sur la carte d'état-major ci-dessous on voit bien la répartition du village de Quélennec en 3 hameaux (petites pastilles rouges) :

Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bihan : "le petit lieu planté de houx", appelé aussi Penker Bronnec, près de la route de Griffones.
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Bras : "la grande houssaie", vers Bec-ar-Menez , dénommé aussi Quélennec Uhella en regroupement avec le précédent, car tous deux situés "en hauteur".
Image:right.gifImage:Space.jpgQuélennec Izella : "la houssaie du bas", à mi-pente vers Pont-Allen, et à proximité de la chapelle St-Guénolé au point de niveau 116.


L'acte de 1693, signé par le seigneur de Kerfors et deux notaires royaux, porte sur 11 parcelles de terres situées à Quélennec Isella pour une surfaces de 13 journaux, soit environ 6,5 hectares.

Il s'agit d'une double déclaration d'un seigneur local à un noble de rang supérieur et d'un roturier au noble intermédiaire :
Image:right.gifImage:Space.jpgLa première est un aveu de Louis René de La Marche, seigneur de Kerfors, à Jacques Tanguy, seigneur abbé de Landévennec et de Guillevain (en Edern) pour une chefrente annuelle de 14 sols et autres droits seigneuriaux.
Image:right.gifImage:Space.jpgLa seconde est la rente due par un dénommé Rolland au seigneur de La Marche au titre du domaine congéable pour quatre chapons et une somme de 30 livres par an.

Les droits seigneuriaux sont répartis sur les trois acteurs : le noble inférieur doit « Foi et hommage, lods et ventes, rachat, suite de cour et chefrente » et il reçoit de son roturier exploitant « corvée, droit de champart et domaine congéable ».

La rente de ce régime particulier très répandu en Cornouaille (les domaniers ont le seul droit de récupérer le prix des améliorations à leurs fermes en cas de congédiement unilatéral) est ici qualifiée abusivement de « taillée », alors que la Bretagne est exemptée de la vraie « taille » (impôt direct du au roi par les roturiers dans les autres provinces).

  On notera la grosse différence des rentes annuelles : 30 livres de roturier à noble versus 14 sols de noble à noble, soit un rapport de 1 à 43, 20 sols faisant une livre. Certes une partie du surcoût roturier est dû au fait qu'il inclut aussi « les herittages qui sont sittués au fieff du Roy » (en plus des terres de l'abbaye, et détenues aussi par de La Marche), mais néanmoins l'intérêt financier est manifeste pour l'intermédiaire foncier.

Le signataire de l'acte est Louis-René de La Marche, en raison de la succession de son frère ainé Jan de La Marche dont nous apprenons qu'il serait décédé vers 1683-84 il y a « environ neuff à dix ans ».
§ arbre généalogique ...

Ce demi-frère Jan, du premier lit de son père, rend compte de la fondation de la chapelle de St-Guénolé en ces termes en 1680-82 : « Plus connoist estre fondateur d'une chapelle construite en la dicte parroisse en l'honneur de Monsieur Sainct Guenolay pour avoir icelle esté bastie en son fond par la concession de ses prédecesseurs. »

Quand il parle de ses prédécesseurs, il peut s'agir des Autret seigneurs de Lezergué, le manoir voisin de Kerfors. Guy Autret lui-même a défendu avec insistance cette fondation et les prééminences induites dans un acte prônal de 1634 et des lettres patentes royales de 1638. Et les précesseurs des Autret au 16e siècle étaient des Coatanezre.

Et quand les seigneurs de Kerfors et de Lezergué disent que la chapelle de St-Guénolé a été bâtie, vraisemblablement au 16e siècle, « en son fond », c'est en raison de leurs prises d'intérêt sur une partie des terres de Quélennec qui ont appartenu de tout temps aux seigneurs de Landévennec et de Guillevain (Edern).

La partie en question est celle du bas de Quélennec Izella, et celles de grand Quélennec Bras étant exploitées en direct par les abbés : cf aveux de 1447, 1516, 1647 à 1670 des précédents billets Quélennec/St-Guénolé.

La boucle est bouclée ... jusqu'aux prochaines découvertes et révélations d'archives !

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1693 - Aveu fourni par Louis René de La Marche pour Quélennec Isella »

34 L'an 1554 du vitrail de Saint-Guénolé

Billet du 29.05.2021 - Dans la série "St-Guénolé", voici les éléments qui permettent de déterminer la date de la construction de la chapelle au XVIe siècle. Prochainement : les seigneurs de Kerfors-Lezergué et ce lieu saint, d'après des actes 2H14 de Landévennec et du Papier Terrier de 1680.

Les documents d'archives connus à ce jour ne donnent pas malheureusement la datation précise de la chapelle :

Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1447 et 1516 les terres voisines de Quélennec, et celles du village d'Helen en Edern sont déclarées propriétés du seigneur abbé de Landévennec, mais la chapelle n'y est pas mentionnée.
Image:right.gifImage:Space.jpgEn 1634-38 différents actes et déclarations juridiques autorisent les seigneurs de Lezergué à revendiquer des prééminences sur la « chappelle de Sainct Guehnollay » et sur l'église paroissiale.
Image:right.gifImage:Space.jpgDe 1647 à 1670, les terres de Quélennec sont toujours sous la juridiction des abbés de Landévennec, seigneurs de Guelvain en Edern, et les aveux évoquent à plusieurs reprises « la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé ».

D'où le créneau entre 1516 et 1634 pour l'érection de la chapelle Saint Guénolé ou Saint Guezennec (cette dernière appellation est rappelée en 1893 dans le Bulletin de la S.A.F. par le vicaire mémorialiste Antoine Favé) et dédiée au fondateur de l'abbaye de Landévennec. À noter que les anciennes chapelles de Notre-Dame de Helen et de Guelvain, toutes deux en Edern, ont également été bâties au XVIe siècle.

Dans les notices et inventaires patrimoniaux officiels du début du XXe siècle de Peyron et Abgrall et de Couffon et Le Bars aucune hypothèse plus détaillée n'est avancée. Par contre le texte du nouveau répertoire diocésain émet l'idée d'une date précoce du fait de l'arc diaphragme ancien  : « date du début du XVIe siècle (sans doute avant 1530 : chevet plat ; arc diaphragme démodé en 1525). »

Un autre indice est apporté par un témoignage et observation sur les fragments des vitraux de la verrière qui ont complètement disparu au début du XXe siècle. Ce texte est dans un article détaillé de deux pages sur la chapelle publié en janvier 1929 dans le bulletin paroissial Kannadig Intron-Varia Kerzevot (cf fac-similé et transcription complète) : « Au sommet du panneau central, le Christ en croix ; Longin lui perce le flanc ; un soldat porte une banderole sur laquelle on lit la date de 1554. De chaque côté de la croix, se tiennent les deux larrons ; le mauvais larron est contorsionné et un démon violet guette son âme ; au dessus, une tête de dragon, la gueule ouverte. ».

 
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier,   © www.lavieb-aile.com
Passion à Guimiliau, photo JY Cordier, © www.lavieb-aile.com
Avec une telle descrip-tion, notamment la tête de dragon qui nous évoque le griffon du Stangala à proximité de la chapelle, on aurait bien aimer voir ce vitrail, peut-être aussi magnifi-que que celui ci-contre dans l'église de Guimiliau.

La date de 1554 est sans doute aussi crédible que 1516-1530, en tous cas pour la finalisation de la maitresse-vitre. Par ailleurs ce texte est illustré par un croquis de Louis Le Guennec, ce qui fait qu'on a pu penser qu'il en était l'auteur.

Mais ses écrits sur la chapelle, avec un vocabulaire et style différents, sont bien plus lapidaires. Nous pensons plutôt que l'article paroissial a été rédigé par le rédacteur du bulletin Kannadig, le vicaire gabéricois Yves Le Goff, ce qui ne lui enlève pas un intérêt historique indéniable.


Croquis de Louis Le Guennec, publié dans le Kannadig de 1929 et à titre posthume dans le livre "Histoire de Quimper Corentin et son canton"
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'érection de la chapelle de Saint-Guénolé au XVIe siècle »

35 Les sceaux de Landévennec pour Quélennec

Billet du 22.05.2021 - Après avoir présenté les documents du XVe et de 1516 présentant des terres d'abbaye au village de Quélennec sans la chapelle de St-Guénolé, voici sept archives du XVIIe siècle sur les mêmes terres et la chapelle. Prochainement : la construction de la chapelle au XVIe siècle.

Il s'agit de sept documents datés de 1647, 1649, 1656 et 1670 conservés aux Archives Départementales du Finistère dans le fonds de l'abbaye de Landévennec (série H, cote 2 H 14 ). Dans la même liasse les documents gabéricois sont accompagnés d'autres actes relatifs à des rentes dues à l'abbaye sur les terres d'Edern et de Gouézec.

Ces archives du 17e document sont des déclarations de fermiers au seigneur abbé de Landévennec, successivement Pierre Tanguy, seigneur de Guelvain et des Salles, puis son neveu Jacques Tanguy en 1670, pour des terres situées dans le village de Quélennec et à proximité immédiate de la chapelle de Saint-Guénolé.

De multiples fois des expressions comme « le chemin quy conduict dudit village à la chappelle de Monsieur Sainct Guénollé » ou alors le « « parc an Illis » (champ de la chapelle/église) attestent que la chapelle a déjà été érigée à ces dates pour honorer le saint patron le fondateur de l'abbaye. Il y a aussi plusieurs mentions d'une « fontaine de Sainct Guenollé ».

On notera que ni la chapelle, ni la fontaine, ne sont évoquées 200 ans auparavant dans les aveux de ces mêmes terres de l'abbaye en 1447 et en 1516.

Au passage on remarquera aussi l’orthographe « Gabellic » (rappel résiduel des Cabellic du 11e siècle, transformé plus tard en « Gabéric ») est utilisée pour désigner la paroisse en 1647 et 1670, ainsi que qu'un surprenant « Ergay » en 1649 :

Suite à diverses successions, les détenteurs des « terres profittées » sont différents dans chaque acte au fur et à mesure des successions et héritages. On dénombre à chaque fois 4 familles de fermiers pour l'ensemble des 25 parcelles inventoriées, composées de 2/3 de champs cultivés ou prés et d'un tiers de « courtils » ou jardins.

Les surfaces des champs cultivés et des plus grands « courtils » sont données en « journeaux », soit des journées de travail d'un laboureur avec charrue et chevaux correspondant à un demi-hectare. Les petits jardins sont mesurés « journée à homme bêcheur » c'est-à-dire un 8e de journal ou 6 ares. Si l'on additionne ces superficies on obtient un total de 9,25 hectares appartenant au seigneur abbé de Landévennec.

Pour exploiter ces terres nobles, les détenteurs doivent payer annuellement une rente en argent, à savoir une « chefrente : au total 14 sols et 4 deniers en 1656 et 2 sols et 8 deniers pour les actes partiels de 1647-1670. Ils doivent aussi une dime en nature faite de « bled noir a raison de la saizième et dix septième gerbe ».

  Pierre Tanguy en 1647, 1649 et 1656, et son neveu Jacques en 1670, sont les bénéficiaires de ces rentes et droits seigneuriaux en tant qu' « abbés commandataires » et seigneurs de Guelvain, trève d'Edern, et des Salles en Landrévarzec. Ils ont aussi d'autres honorifiques comme « conseilleur du Roy ausmosnier de la Reine », le premier étant Louis XIV et la seconde Anne d'Autriche.

Trois documents sur 7 sont les originaux assortis de sceaux d'authentification de cire verte sur un support papier attaché par une double découpe, représentant « la cour de Guelvain » et ses notaires, et représentant vraisemblablement les quartiers noble des Tanguy : « D'azur à l'aigle d'or, accompagné de trois étoiles de même ».

Certes la cire s'est dégradée en séchant, et on ne peut plus lire correctement le motif héraldique. Mais il semble que la marque reportée sur le support papier fait apparaître les deux étoiles supérieures du blason.


Blason de Guelvain au bourg de Landévennec, Jean-Yves Cordier
© www.lavieb-aile.com
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1647-1670 - Aveux à l'abbé de Landévennec pour les terres de Quélennec et de St-Guénolé »

36 La loi de Séparation en 1908

Billet du 15.05.2021 - La semaine dernière nous évoquions un cortège de chars-à-bancs accueillant les Bolloré en 1911 (**) : aujourd'hui une cérémonie similaire en 1908 pour l'entrée solennelle d'un nouveau recteur dans sa paroisse, alors que la résistance contre la Séparation est toujours vivace.

Le cortège de chars-à-bancs accueillant solennellement Alain Le Bihan, nommé recteur suite au décès de Jean Hascoët le 15.01.1908, est décrit dans le journal « Le Progrès du Finistère » du 25 janvier : « Une cinquantaine de voitures et une vingtaine de cavaliers se sont portés à sa rencontre au pont du Cleuziou, à la limite de la paroisse. »

Le journal diocésain, la « Semaine religieuse », rend compte de son installation le dimanche : « Charmante fête de famille, dimanche dernier, à Ergué-Gabéric. M. L'abbé le Bihan, entouré de bon nombre des siens et d'environ 25 prêtres, chantait sa première grand'messe dans sa nouvelle paroisse. »

Cette assistance de prêtres lors de la cérémonie n'est rien par rapport à celle de son prédécesseur décédé : 76 prêtres dont 14 chanoines à son enterrement, 40 lors du service de huitaine, et 30 au service anniversaire. Il faut dire que la réputation du recteur Jean Hascoêt est bien
assise depuis les affaires des congrégations et de l'inventaire des biens religieux en 1902-1906. À noter d'ailleurs que sa très belle pierre tombale est toujours exposée dans l'enclos paroissial (cf. ci-contre).

Pendant son apostolat gabé-ricois il mène la rébellion contre les actions républicaines de la séparation des églises et de l'état : la manifestation paroissiale en août 1902 devant les gendarmes venus fermer l'école libre des filles du Saint-Esprit, la résistance dans l'église paroissiale face aux troupes chargées de crocheter la porte pour procéder à l'inventaire.

Jean Hascoët a « l'estime et l'affection de tous ses paroissiens », et le corps politique d'Ergué-Gabéric est derrière lui comme le confirme le témoignage d'Antoine Favé, vicaire 10 ans plus tôt et célèbre mémorialiste, lors de la messe d'installation d'Alain Le Grand : « Ce n'est pas à Ergué-Gabéric qu'on trouvera, de longtemps, la séparation de l'Église et de l'État ... ». Antoine Favé est même soupçonné en 1893 d'avoir influencé une élection en donnant des consignes de vote en chaire.

Dans ces conditions, en 1908, les chances de s'imposer localement pour Alain Le Bihan, dit « Lannig » ou « Tonton Lan », au caractère moins trempé, sont manifestement très faibles.

 

Au bout de quelques mois il est nommé ailleurs, à Lampaul-Guimiliau : « (après 10 ans à Pleuven) il fut mis à l’épreuve à Ergué-Gabéric. Il méritait ce poste et le Grand Ergué méritait un tel pasteur. Mais ils ne se convenaient pas l’un à l’autre. »

Il faut dire qu'un an après le décès de Jean Hascoët, lors de la messe de service anniversaire, 30 prêtres et « un nombre respectable de paroissiens » lui rendent un dernier hommage, et ce n'est pas le nouveau recteur qui est chargé de l'office et de l'absoute. De plus « le conseil municipal presque complet » y assiste, ne respectant pas, semble-t-il, la loi de séparation des églises et de l'état.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'installation difficile du nouveau recteur, Progrès du Finistère 1908 »

* * *

** : La carte postale de 1911 a fait l'objet de commentaires des lecteurs suite aux questionnements inclus dans le dernier billet, et l'article a été mis à jour : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet »

37 Retour de noces à Odet en 1911

Billet du 08.05.2021 - Une fête mémorable le 18 février 1911 à la papeterie d'Odet où tous les employés de l'usine gabéricoise et de Cascadec sont invités aux noces de leur jeune patron qui s'est marié en grande pompe à Nantes avec la fille de l'industriel Thubé.

L'article qui rend compte de l'évènement de façon détaillée et admirative est publié dans « Le Progrès du Finistère » du 25 février : « La fête qui s'est donnée la semaine passée, était une nouvelle noce, réédition de celle de Nantes, mais dans le cadre breton, et avec tout son charme ».

L'accueil local de la belle-famille nantaise et des Bolloré débute de bon matin par un cortège d'une centaine de chars-à-bancs faisant escorte au coupé et à l'automobile des mariés, sur une dizaine de kilomètres entre la ville de Quimper et les grilles de l'usine d'Odet.

Le photographe quimpérois Joseph-Marie Villard est présent pour immortaliser la longue file des ouvriers et voisins endimanchés aux rênes de leurs chevaux : « M. Villard, de Quimper, avait bien voulu se déranger pour prendre des clichés de la fête ». Les vues sont si typiques que le photographe les fit éditer sous forme de cartes postales.

On a pu dire que ces premières photos ont été prises depuis Ty-Coat, les chars-à-bancs descendant la cote de Keranna-Lestonan. Mais est-ce bien l'endroit ? Les barrières blanches au loin sur la droite sont-elles au bord de la route de Stang-Venn ? Ne devrait-il pas y avoir une route sur la gauche à destination de Keranguéo ? Tout avis éclairé sur le sujet sera le bienvenu.

  Sinon, comme dans tout fête qui se respecte en basse Bretagne, il y a les traditionnels banquets du midi et du soir : « À midi et demi, la grande salle à papier, toute enguirlandée, et présidée par le souvenir et l'image du vénéré et regretté M. Bolloré père, qu'on pourrait appeler le véritable créateur de l'usine, réunissait 300 convives ». Le père de René Bolloré est décédé 7 ans auparavant, le 10 juillet 1904.

Et là une bonne nouvelle fait l'objet d'une ovation de la part des ouvriers et ouvrières : « Dès le début du festin, M. René Bolloré remercia en termes émus, tous et chacun, et donna, malgré la fête, pleine solde pour ce jour-là, à tout le personnel. ».

Les festivités durent toute l'après-midi : « Des danses succédèrent au déjeuner, danses auxquelles se mêlèrent M. et Mme René, eux-mêmes, ainsi que les membres de leurs familles. On enleva des montgolfières ... ». Et cela se termine après le diner par un feu d'artifices organisé par le chef électricien d'Odet et offert par tout le personnel à leur patron.

Parmi les autres photos de la fête, on notera le groupe de direction de l'époque, tous posant autour de leur jeune patron, la plupart en habits traditionnels bretons : Laurent Le Gall, Abel Briand, Hervé Quintin, Yves Provost, Mlle de Lulliac, René-Jean Rannou, Yves Charuel du Guérand, Jean-Pierre Rolland, Louis Garin, Le Gallès.

Mais la plus impressionnante des photos de Joseph-Marie Villard est celle du personnel regroupé sur les toits des bureaux de l'usine, autour des mariés et leur familles respectives. Tout le monde est là, ouvriers et ouvrières, contremaitres et contremaitresses, les 300 convives du banquet organisé dans « la grande salle à papier, toute enguirlandée ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Un retour de noces à la papeterie d'Odet, Progrès du Finistère 1911 » et « 1911 - Fête du mariage de René Bolloré, photos de Joseph-Marie Villard »

38 Quellennec et Saint-Guénolé, terres d'abbaye

Billet du 01.05.2021 - Et si on s'intéressait aux documents relatant la chapelle de Saint-Guénolé au village du Quéllennec ? Ça tombe bien, ils sont rassemblés dans une même liasse aux Archives Départementales, sous la cote 2H 14 et les années 1447, 1516, 1647, 1649, 1656, 1670 et 1693.

Cette semaine, on commence par les deux plus anciens qui, en 1447 et 1516, déclarent des terres à proximité du manoir du Quéllenec (cf. ci-contre, appelé aussi "Keleneg Bras" ou "Ti-Glaz" aujourd'hui) et appartenant foncièrement à l'abbaye de Landévennec, avant qu'on y élève une chapelle dédiée au fondateur de l'abbaye.

Le document de 1447 est un « aveu » en papier parcheminé rigide, difficilement lisible, la note inscrite au verso précisant même : « Titre usé et caractères effacés en partie ». Néanmoins on peut y déchiffrer quels noms propres, et surtout profiter d'une annotation et d'une note de synthèse d'archivistes qui ont pu bénéficier d'un déchiffrement plus facile.

La première note précise : « Aveu du village de Hellen ou Hellen en Edern, et de celui du Quellennec en Ergué-Gaberic. Original sans sceau ».

Le folio séparé de synthèse indique : « Aveu, sans détails, d'une chefrente de 3 sols et 3 sols monnoie assise sur ce village, fourni à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac et consorts. [...] aveu fourni à la même abbaye par les mêmes déclarants pour le village du Hellen, en Edern ».

Contrairement à la plupart des archives du début du 15e siècle, l'aveu n'est pas rédigé en latin mais en français. Notre tentative de déchiffrement ligne à ligne donne ces noms : « [03] Guiomarch Le Gac ___ [06] abbé ___ de Landevennec ___ [07] de Hellen ___ paroisse d'Edern ___ [13] de Quellennec ___ ». Et, en avant dernière ligne, le millésime 1447 en chiffres romains : « l'an mil iiii.c xlvii ».

En 1447 Jacques de Villeblanche est l'abbé de Landévennec, nommé 4 ans avant à l'âge de 21 ans. Le pape propose même sa nomination comme évêque de Quimper, mais le duc François Ier s'y oppose, préférant la candidature d'Alain de Lespervez, évêque de Dol.

  À cette époque l'abbaye romane de Landévennec détient quelques mouvances nobles éloignées qui lui apportent des redevances. Ainsi ces deux tenues du du Quellenec en Ergué-Gabéric et celle du village du Hellen en Edern.

Au Xème siècle, c'est même toute la paroisse d'Edern qui a été cédée à l'abbaye de Landévennec par Budic, comte de Cornouaille. L'autre point commun entre Quélennec et Hellen est qu'au XVIe siècle deux chapelles y seront érigées, l'une dédiée à Notre-Dame, l'autre à saint Guénolé.

En 1447 le déclarant de l'aveu de Quélennec et de Hellen est Guiomarch Le Gac. Ce détenteur des terres de l'abbaye est sans doute la même personne qui apparait en 1682 pour une « terre autrefois apellée la tenüe du Gac » et qui a donné son nom au calvaire et vierge de pitié de « Kroaz-ar-Gac ».

En 1516 un autre aveu sera rendu à l'abbaye pour les mêmes lieux. Ce document original en papier parcheminé rigide est la deuxième déclaration d'une redevance noble détenue au village de Quélennec au profit de l'abbaye de Landévennec. Conservée avec une note au dos et une synthèse séparée, le document est très peu lisible : « endommagé par le temps ou l'humidité, offrant quelques mots illisibles ». Les noms propres sont difficilement repérables, mais la date est lisible sur la dernière ligne : « l'an mil cinq cens seize. ».

Les archivistes ont par contre fait ces annotations : « Terres aux issues du Manoir du Quellennec, en Ergué-Gabéric, ou Quellennec Bras. Aveu rendu à l'abbaye de Landévennec par Yves de Menguen. Original, sans détail, signé par 2 passes seulement [...] Sans sceau. Sans chefrente ; prochaine seigneurie de lignée, à devoirs de foi et de rachat, le cas échéant. ».

Contrairement au précédent document de 1447, le village du Hellen en Edern n'est pas associé à la présente déclaration. Le déclarant de la tenue de Quélennec en 1516 est également différent, il s'agit d'Yves du Meinguen qui ne déclare pas de "chefrente", mais seulement les droits seigneuriaux de "foi et hommage" et de "rachat" (en cas de succession).

Que ce soit en 1447 et en 1516, la chapelle de Saint-Guénolé n'est pas du tout mentionnée, car érigée quelques décennies plus tard. Nous nous y intéresserons très prochainement grâce aux transcriptions, plus faciles, des neuf autres documents de la liasse 2 H 14.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1447 - Aveu fourni pour Quellennec à l'abbaye de Landévennec par Guiomarch Le Gac » et « 1516 - Aveu rendu pour Quellenec à l'abbé de Landévennec par Yves du Meinguen »

39 Chaudière à vapeur à la papeterie

Billet du 25.04.2021 - Deux archives pour illustrer les débuts de fabrication du papier à Odet sous la direction du fondateur Nicolas Le Marié : l'une privée pour l'installation de la 1ère machine à vapeur en 1837-38, et l'autre des Archives Départementales pour les relevés de production en 1828-60.

Nicolas Le Marié (1797-1870) crée de toute pièce un moulin à papier en 1822 à Odet en Ergué-Gabéric. En 1834 l'automatisation est très vite réalisée par l'acquisition de machines en provenance des papeterie d'Amnonay en Ardèche. Fin 1837 il fait installer une chaudière à vapeur de haute pression pour le séchage et le lessivage, ainsi que l'attestent ci-après les échanges avec les services préfectoraux.

Dans sa lettre de demande d'autorisation il décrit ainsi cette machine : « une chaudière à vapeur, avec ses deux bouilleurs, de la force de dix à douze chevaux. Cette chaudière sera timbrée, à Paris, à trois atmosphères, elle servira au séchage des papiers et au lessivage des drilles », les drilles désignant les chiffons triturés composant la pâte. Les 10 à 12 chevaux-vapeurs de cette chaudière sont relativement importants, les plus grosses à l'époque étant calibrées à 16 chevaux maximum.

Les inventions et travaux de James Watt et de Denis Papin sur les machines à vapeur sont encore trop récents en ce début de 20e siècle pour que leur usage dans l'industrie soit généralisé. Nicolas Le Marié est innovateur, et doit se conformer aux contrôles administratifs car on craint toujours des explosions accidentelles.

L'autorisation préfectorale fait l'objet d'un arrêté qui énumère toutes les précautions à respecter scrupuleusement : réglage de deux soupapes de dégagement de la vapeur, ajout de deux rondelles métalliques servant de fusibles, placement dans un local de grande superficie et éloigné des autres locaux et habitations,

L'ingénieur en chef des mines de Poullaouen et le maire de la commune, René Laurent, sont également tous les deux réquisitionnés pour vérifier la bonne exécution des consignes de sécurité.

Les secondes archives sont les déclarations administrative de production papetière entre 1825 et 1860 par l'entreprise d'Odet de Nicolas Le Marié, adressées également au préfet. Entre 1828 et 1860 la préfecture du finistère oblige les entreprises locales à produire des relevés de situation industrielle.

  Les déclarations de Nicolas Le Marié ont été conservées pour les périodes 1828-29 et 1856-60. On constate une forte progression de fabrication entre ces deux périodes, du fait certainement des acquisitions de machines en 1834-37. On le constate par le nombre d'ouvriers passant de 30 environ à 100 dans les années 1850, puis de nouveau une forte hausse en 1859-60.

Quant aux volumes de papiers fournis, les relevés sont plus laconiques et moins précis, et insistent sur l'augmentation des prix des matières premières : « Qu'entend-t-on par causes des augmentations ou des réductions ? Si c'est des quantités produites ; elles s'accroissent chaque année, et le personnel aussi. Si c'est de la valeur des produits ; ils se sont élevés par suite du haut prix des matières 1ères et des demandes assez actives. ».

Le schéma ci-dessous montre le nombre d’ouvriers occupés qui a été multiplié par un facteur de 6 : de 31 en 1828 (et 24 en 1829) jusqu'à 170 en 1860. On peut supposer que la production détaillée pour l'année 1828, à savoir 90.000 kgs de drilles pour produire 3456 rames de papier blanc et 4218 en gris, a subi la même progression.


Par contre le salaire journalier ouvrier n'a pas beaucoup évolué : en 1828 le salaire journalier était de 2 francs 25 pour les ouvriers et de 1 franc 25 pour les ouvrières (soit 1,75 en moyenne), l'année suivante à 1,50 et 1 (soit 1,25 en moyenne), et en 1860 le salaire moyen est de 1 franc 80.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1837-1838 - La chaudière à vapeur haute pression de Nicolas Le Marié » et « 1825-1860 - Relevés de production de la papeterie d'Odet »

40 Louis-Philip, Roue ar Francisien

Billet du 17.04.2021 - Le ralliement immédiat d'une municipalité à Louis-Philippe, roi des français, et sa charte constitutionnelle traduite en breton.

Après les émeutes des 27, 28 et 29 juillet 1830, dites les Trois Glorieuses, la monarchie de Juillet autour de Louis Philippe d'Orléans s'est établie et une Charte constitutionnelle est promulguée le 14 août 1830. Le lendemain le maire d'Ergué-Gabéric, René Laurent, écrit une lettre au préfet du Finistère pour lui dire son dévouement au nouveau roi.

Il lui écrit même qu'il a ordonné un geste symbolique : « J'ai l'honneur de vous annoncer que demain seize du courant le drapeau flottera sur notre église parroissialle ; je fais la demande à cet égard, vous pouvez compter sur notre dévouement. ».

Le 19 septembre, avec ses conseillers municipaux, il prête serment et ils signent tous le registre des délibérations : « Je jure fidélité au roi des français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du Royaume. ». Parmi les conseillers on note l'entrepreneur papetier Nicolas Le Marié, dont le prénom est remplacé par le qualificatif « Monsieur » et qui sera nommé maire pendant l'année 1832. Tous semblent heureux que la République n'ait pas été proclamée.

Cette charte constitutionnelle instaure une royauté représentative et le roi n'est plus le « Roi de France et de Navarre », comme l'étaient encore les rois précédents Louis XVIII et Charles X, mais le « Roi des français », selon la formule déjà imposée à Louis XVI en 1791.


Afin d'obtenir l'adhésion des finistériens, le préfet Auguste Billart fait traduire les 70 articles de cette charte en breton de Cornouaille et du Léon : « Ar chart constitutionel guellêt gant an diou Gampr, ar 7 a vis Eaust 1830, hac acceptet an 9 gant E Vajeste Louis-Philip, Roue ar Francisien, a vezo troet e brezonec Querne ha Leon, hac emprimet e form e blacard e nombr a dri mil gopi, evit bezan distribuet d'an 284 commun eus an departemant, e proportion eus o importanç hac eus o fopulation. » (traduction dans l'article). D'ailleurs en 1837 les gabéricois enverront une lettre de secours, rédigée également en langue bretonne, adressée à leur roi pour la restauration de leur clocher victime de la foudre.

 


Le texte breton de la charte constitutionnelle de 1830 est formé d'un certain nombre de termes français francisés (Francisien, differanç, ...), avec une orthographe très française (lettres Q et ç, « Eaust » au lieu de « Eost » ...). Mais les placards distribués dans les 284 communes du département ont dû permettre la diffusion des nouvelles règles institutionnelles, sociales et culturelles.

On remarque aussi que la religion catholique cesse d'être qualifiée de « religion de l'État » (terme de l'ancienne charte de 1814), mais religion « professée par la majorité des Français », à savoir en breton « ministret ar religion catholiq, apostoliq ha romen, exercet gant an niver brassa eus ar Francisien ». C'est ce qui permet au maire d'Ergué-Gabéric de faire flotter le drapeau français sur son église paroissiale le 16 août 1830.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1830 - L'adhésion municipale à la charte constitutionnelle de Louis-Philippe »

41 Bulletin n° 53 ~ femmes, archives 18-20e et papetiers

Billet du 10.04.2021 - Articles publiés du premier trimestre 2021, 28 pages A4 ou 7 feuillets A5 recto verso, envoi postal dans les chaumières dès lundi.

Ce bulletin des articles GrandTerrier publiés au cours du premier trimestre 2021 démarre par cette question « Où sont les femmes ? ». En effet, très peu de figures féminines locales ont leurs rues ou places gabéricoises, d’où notre proposition de 15 sympathiques candidates.

Les deux articles suivants sont politiques, judiciaires, et datés de la fin du 18e siècle en pleine Révolution française.

Le 19e siècle est couvert d’une part par un article sur les accidents de ferme dus aux machines à battre, et d’autre part par les mémoires de Jean-Marie Déguignet sur les religions et l’apprentissage de la langue française.

Á la mi 20e siècle, on note ensuite les biographies de deux prêtres issus de familles nombreuses et la fin de vie dramatique d’Yvon Benoit pendant les combats ultimes de 1944.

Et enfin des chroniques papetières d’Odet : tout d’abord deux reportages des revues « Réalités » et « Al Liamm » en 1949-54 du temps des frères Bolloré.

Quelques décennies plus tôt le photo-graphe trégorois Raphaël filmait les salles de fabrication et le mariage du fils ainé des Bolloré. On en profite aussi pour publier ses superbes photos prises cette année à Kerdévot.

Et 100 ans encore plus tôt, le fondateur Nicolas Le Marié était aux commandes de son moulin, et, grâce à son frère architecte établi à Paris, il exposait sa fabrication d’Odet aux expositions des Champs-Elysées dans la catégorie « Papier de tenture et Papier cloche ».

Le point d’interrogation du premier article amènera sans doute d’autres questions sur les trimestres à venir, sur la fin de la pandémie bien sûr, mais aussi sur notre soif de recherches historiques et d'interactions culturelles et mémorielles à ré-inventer …
 

Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 53 Avril 2021 »

42 Une tragique méprise en 1944

Billet du 03.04.2021 - Il y 3 semaines, nous avions oublié de citer le nom d'Yvon Benoît comme figure gabéricoise ayant son nom de rue à Ergué-Gabéric. Pour réparer cet oubli, voici un billet pour honorer sa mémoire et comprendre les conditions de son décès lors d'un bombardement allié.

Yves Benoît, qu'on appelait Yvon, est né le 20.01.1921 à Landudal. Avant la déclaration de la guerre il est embauché comme commis de ferme par la famille Le Bihan, agriculteurs à Kervoreden en Ergué-Gabéric.
Résistant, il est membre des Corps Francs F.F.I. de Bretagne en 1944 où sont également ses amis gabéricois François Balès et Jean-Louis Binos. Comme eux il participe aux combats de libération de la presqu'île de Crozon. Le 3 septembre 1944 il est en poste à Telgruc-sur-Mer avec son bataillon F.F.I.. Et là il trouve la mort avec une vingtaine de résistants français, une cinquantaine de militaires américains, et 70 civils.

Georges-Michel Thomas et Alain Le Grand écrivent dans leur ouvrage "Le Finistère dans la guerre 1939-1945" publié en 1980 : « Le 3 septembre, c’est la douloureuse « méprise » de Telgruc. On peut y voir la conséquence d’une avance trop rapide sans doute, mais aussi d’une carence, sinon d’une lenteur, d’une mauvaise coordination chez les Américains dans la transmission ou l’exploitation du renseignement. ».

Dans un livret de 132 pages publié par l'association culturelle EOST de Telgruc-sur-Mer, Jean-Pierre Qué-méner a rassemblé des archives et des témoignages. Le dessin en couverture est un tableau de Jacques Armengol de la 17th Calvalry offert en 1994 à la mairie de Telgruc.

Depuis le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, le pays se libère du joug de l'occupant allemand. Des combats par les forces alliées et des résultants ont lieu partout en Bretagne, notamment sur la presqu'île de Crozon. Alors qu'à Telgruc les allemands se sont retiré et le territoire terrestre est occupé par les forces américaines et françaises, en matinée du 3 septembre, l'aviation américaine lance de nombreuses bombes qui anéantissent le bourg du village et les postes de combats et d'observation des soldats US et des résistants F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur) : « 108 morts, tant américains que F.F.I. et civils »

Le commandement US a prétexté une bombe qui se serait malencontreusement décrochée d'un avion chasseur, et présenté ses excuses aux soldats français (cf. le texte de la lettre officielle dans l'article).

  En fait c'est bien une erreur d'appréciation et une précipitation. Le journal de bord des F.F.I. précise bien la tragique méprise au-delà du 1er bombardement de 9h30 : « Les équipes de secours commençaient déjà à sortir les blessés des décombres, tout en jalonnant le village et les alentours de draps blancs et orange. Les Américains ont envoyé également des fumées orange. Le village était plein d'ambulances dont la croix rouge était facilement reconnaissable. Une seconde vague de forteresses bombardant à haute altitude, mais avec précision, et des mosquitos mitraillant en rase-mottes, achevèrent la destruction du village, transformant ainsi une méprise en catastrophe.  ».

Ces faits et interprétations sont des pièces nécessaires pour honorer aujourd'hui la mémoire des victimes des Corps Francs F.F.I., et en particulier d'Yvon Benoît jeune résistant gabéricois de 23 ans, mort sous les bombes :

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Benoît Yves, appelé Yvon, né le 20.01.1921 à Landudal, travaillait pendant la guerre comme commis de ferme chez la famille Le Bihan à Kervoreden en Ergué-Gabéric. Ensuite il participa aux combats de la presqu'île de Crozon avec les F.F.I. et fut tué à Telgruc .

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Dix de ses camarades de combats seront inhumés à Quimper après une émouvante cérémonie à la cathédrale. »

Image:Right.gifImage:Space.jpg« Un des compagnons de combat d'Yves Benoît dans les troupes F.F.I., Jean-Louis Binos, né le 30 avril 1920 à Ergué-Gabéric, y fut également grièvement blessé et décédera de ses blessures le 27 mai 1945. »

Les obsèques d'Yvon Benoît seront célébrées au cimetière d'Ergué-Gabéric le mercredi 6 septembre 1944 par l'abbé Gustave Guéguen (en blanc ci-dessous) :

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Yvon Benoît (1920-1944), résistant », « THOMAS Georges-Michel & LE GRAND Alain - Le Finistère dans la guerre 1939-1945 », « QUÉMÉNER Jean-Pierre - Tragique méprise à Telgruc-sur-Mer en 1944 »

43 Ainsi parlait Jean-Marie Déguignet

Billet du 27.03.2021 - «  Ah ! C’est ici que nous allons avoir du bec'h comme on dit en breton, c’est-à-dire de la rude besogne. J’ai dit dans mon précédent cahier que, ennuyé et écœuré par les comédies de nos gouvernants temporels et spirituels, j’allais traiter de la mythologie ... »

Ainsi commencent les trois cahiers manuscrits intitulés « Explication des mythes » dans lesquels Jean-Marie Déguignet présente sa vision de l'origine des religions dans la lignée du mythographe Charles-François Dupuis et de l'anticlérical Voltaire.

La réflexion initiale de ces 77 pages dactylographiées de cahiers d'écolier numérotés 26,27 et 28 est ce gros livre de l'écossais Andrew Lang « Mythes, cultes et religions » qu'on a bien voulu lui prêter. Le traducteur en langue française est Léon Le Marillier, le beau-frère d'Anatole Le Braz, ce dernier étant souvent par ailleurs la cible de nombres de railleries de la part de Déguignet.

Notre paysan bas breton ne peut qu'être en désaccord absolu avec la thèse de Lang et de Le Marillier qui défendent tous les deux l'idée que la religion et les mythes s'expliquent par le milieu naturel et la curiosité des sociétés tribales.

Et pour donner plus de poids à sa contre-argumentation Déguignet donne sa propre expérience d'homme sauvage : « Je le répète sans outrecuidance, je ne crois pas que personne ait jamais été mieux placé que moi pour connaître les sauvages tels que Lang les conçoit. Élevé là-bas au Guélénec - Ergué-Gabéric -, au bord de ces fameux Stang Odet, ces gouffres profonds et rocheux, peuplés de nains, de lutins, de fées méchantes et de coriquets [...], Jamais je n’ai entendu personne parler des choses scientifiques et naturelles, ni chercher à expliquer le moindre phénomène.  »

La théorie de Déguignet est, a contrario, que les croyances des religions sont des héritages successifs des religions précédentes, et ce depuis la nuit des temps, c'est-à-dire notamment du côté des Perses et des mythologies pré-védiques en Inde.

Pour asseoir cette vision il a lu les travaux d'un scientifique, Charles-François Dupuis (1742-1909), qu'il l'appelle « Monsieur Dupuy le grand savant » dans ses Mémoires (Intégrale page 653). Il lui consacre 4 pages de citations et d'exemples de filiations entre les écritures saintes chrétiennes et juives d'une part, et les dieux persans, romains et grecs d'autre part. Les 77 pages des cahiers 26 et 27, au-delà de l'attaque en règle contre l'anglais Lang constitue un long exposé des exemples de Dupuis.

 
Le texte de Déguignet sur les mythes est donc très largement influencé par l'ouvrage de Charles-François Dupuis « L'ori-gine de tous les cultes ou religion universelle » publié en 1795 et dont les deux tomes ont été amplement diffusés dès 1822 ; un abrégé a également publié en 1798 pour la vulgarisation de ce qui est considéré comme un véritable bréviaire de l’athéisme philosophique.

D'après Dupuis et Déguignet, tous les cultes, y compris chrétiens, se rattachent dans leur essence et héritage à l'adoration du soleil. Et ce n'est pas le seul point commun entre le Christ et le Mithra persan.

Les pages respectives de Déguignet et de Dupuis détaillent aussi les filiations évidentes vis-à-vis de la religion persane appelée Zoroastrisme, son prophète Zarathoustra et sa divinité Ahura Mazda, nommée aussi Ormuzd : «  Là nous voyons aussi les premiers hommes placés par Ormuzd, le bon principe, dans un jardin délicieux appelé Eirein, mais où la félicité fut également troublée par le serpent Ahriman » (cahier 28 page 42).

Par ailleurs, Jean-Marie Déguignet s'est inspiré d'un passage d'un ouvrage d'un autre maitre à penser, à savoir Voltaire et ses « Lettres chinoises, indiennes et tartares » (Lettre IX, page 44). Ce dernier y reprenait les conclusions de l'archéologue anglais J. Z. Holwell sur la datation de textes pré-védiques de 5000 ans avant J.-C. Il est aujourd'hui communément admis que les textes les plus anciens d'Inde sont les « Veda », et dateraient de 1500 ans environ avant J.-C.

Autant, sur ce dernier point, Voltaire a été scientifiquement quelque peu contesté, autant les travaux de Dupuis, repris par Déguignet « contenaient nombres de découvertes particulières importantes, et qu'il y a donc toujours avantage à les lire » (Dictionnaire critique de mythologie, CNRS Éditions, 2017).
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'explication des mythes selon Déguignet, Dupuis et Voltaire », incluant la retranscription complète réalisée par Norbert Bernard en 2004 et la publication des cahiers d'origine numérisés par la Médiathèque de Quimper en 2018.

44 Le Marié, exposant aux Champs-Elysées

Billet du 20.03.2021 - En 1822 il crée le moulin à papier d'Odet, le fait connaître dans les expositions parisiennes et le milieu papetier dominé par les Montgolfier d'Annonay, et lui consacre toute sa vie professionnelle et familiale, avant de passer la main à sa nièce Eliza Bolloré, mari et descendants.

Nicolas Le Marié habitait Odet, et il fut le fondateur de la manufacture à papiers d'Odet. Il tiendra pendant 40 ans les rênes de l'entreprise qu'il transmettra à sa nièce et son mari, tous deux Bolloré.

La parenté est visible sur l’arbre généalogique ci-dessous  : sa sœur Marie-Perrine va se marier avec un Jean-Guillaume Bolloré, et la fille de cette dernière, prénommée Marie-Perrine-Elisabeth, se mariera avec Jean-René Bollore le médecin.

Nicolas Le Marié avait un frère aîné (*), né deux ans avant lui, habitant Paris et exerçant le métier d'architecte : François Marie (1795-1854). Elève de François Debre à l'école d'architecture et des beaux-arts de Paris, il a réalisé entre autres autres la prison pour dettes de la rue de Clichy à Paris (9e), l’hôtel de Ville et le Palais de justice de Quimper, la chapelle de Notre-Dame-des-Flammes à Meudon (suite à la catastrophe ferroviaire de Meudon où il a perdu fils, belle-sœur et cousin) ...

Les deux frères sont les deux premiers témoins du mariage de leurs cousins Bolloré, Jean-René et Eliza, en 1846, tous deux « oncles maternels de la contractante ».

En 1861 Nicolas Le Marié fait une attaque cérébrale suite à une chute. Ne laissant pas d"héritiers pour prendre sa succession (ses deux premiers enfants étant décédés et sa fille cadette dans les ordres religieux), il doit passer la main à son neveu le docteur Bolloré. Sa fille Marie-Eugénie, religieuse va lui survivre et continuer à demeurer à Odet, avant de décéder à Amélie-les-bains ; elle fera notamment un don en 1868 à la fabrique de Pleuven.

  Le pied-à-terre familial de son frère à Paris dans les années 1830-50 explique sans doute les facilités de séjour de Nicolas Le Marié lors des expositions parisiennes de 1839 et 1844.

Les expositions des produits de l'industrie française organisées à Paris de 1798 à 1849 afin « d'offrir un panorama des productions des diverses branches de l’industrie dans un but d’émulation » sont à l'origine de la première exposition universelle en 1851.

En 1839 et 1844, du 1er mai au 29 juin aux Champs-Élysées, Nicolas Le Marié est inscrit comme exposant officiel de sa fabrique de papiers d'Odet. En 1839 il participe dans la catégorie « Papier de tenture et Papier cloche » et les papiers peints en 1844.

Sa faible notoriété et la jeunesse de son entreprise Le Marié ne lui permettent pas d'être médaillé. Il faut dire que des fabriques plus établies raflent les médailles, notamment en Ardèche M. Montgolfier d'Annonay en 1839 et les Canson et
F.M. Montgolfier en 1844 avec qui il a toujours eu des relations privilégiées.

Cette amitié est attestée par le témoignage de l'abbé André-Fouet, proche des Bolloré, en 1922 : « À un moment, il était regardé comme l'un des plus fins papetiers de France, presque l'égal de ses amis, les Montgolfier » (dès 1834 une machine en provenance à Annonay avait été livrée à l'usine d'Odet).

(*) : Grand merci à Yannick D'hervé de nous avoir signalé l'omission généalogique relative au frère aîné architecte de Nicolas Le Marié.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Nicolas Le Marié (1797-1870), entrepreneur papetier »

45 Où sont les femmes ?

Billet du 13.03.2021 - À l'occasion de la journée et de la semaine des droits des femmes 2021, liste des femmes remarquables d'Ergué-Gabéric, trop méconnues, qui ont marqué l'histoire locale par leurs caractères, leurs vocations ou leurs actes de courage

En ces temps de prise de conscience féministe, cette étude biographique peut avoir une utilité annexe : nommer des rues et places communales afin de rompre l'avantage donné jusqu'à présent aux hommes.

En effet, un constat s'impose au vu du tableau ci-contre représentant les statistiques gabéricoises calculées d'après le tableau Excel du site "lesruesdefrance" :

Image:Right.gifImage:Space.jpgIl y a seulement 8% de personnalités locales dans les noms actuels de rues ou lieux-dits d'Ergué-Gabéric.
Image:Right.gifImage:Space.jpgSeuls 6 d'entre eux sont honorés (François Balès, Hervé Bénéat, Jean Le Menn, Jeanne Lazou, Louis Le Roux, Nicolas Le Marié) contre 74 célébrés partout en France et Bretagne.
Image:Right.gifImage:Space.jpgGlobalement les femmes sont largement sous-représentées par rapport aux hommes : leur score est de 20% contre 80%.

Pour combler ce retard, nous proposons une liste de 15 figures féminines locales qui mériteraient de voir leurs noms sur une plaque de rue ou de place (hormis Jeanne/Francine Lazou la seule à avoir déjà sa rue dans le nouveau quartier du bourg derrière la médiathèque).

La liste n'est pas exhaustive bien sûr, et toute proposition d'étendre le nombre des nominées sera la bienvenue. Si vous pensez qu'on a oublié des femmes remarquables du passé, n'hésitez pas. Et la liste des rues et lieux-dits de la commune sera également mise à jour dès qu'elle reflètera des avancées dans le sens de l'égalité hommes/femmes.

 

Suivant la séquence aléatoire du pêle-mêle : Odette Coustans (1925-2015), secrétaire ; Anne Ferronière (1905-1988), conseillère ; Jeanne / Francine Lazou (1895-1983), institutrice ; Renée Cosima (1922-1981), actrice ; Intron-Varia Kerzevot (11-15e siècle ?) ; Jacquette Le Porchet (?-1766), marchande de tabac ; Marguerite Liziart, vers 1516 ; Marie Duval (1708-1742), inhumée en l'église ; Mme de Sévigné (1626-1696), propriétaire ; Marie Blanchard (1896-1976), sage-femme ; Mae Kergoat (1859-1938), contre-maitresse ; Dame Alix de Griffonez (15e siècle) ; Elisabeth Bolloré (1824-1904), entrepreneuse ; Jeanne Le Pape (1895-1975), militante UJFF ; Marjan Mao (1902-1988), chanteuse.

Leurs biographies respectives sont détaillées dans l'article en ligne.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les figures féminines ayant marqué l'histoire communale »

46 Canton contesté à la Révolution

Billet du 06.03.2021 - Pétitions et délibérations pour protester contre le découpage du nouveau canton de Rosporden en 1790. Documents n° 10 L 30 conservés aux archives départementales du finistère. Merci à Jean-François Douguet pour son étude inédite dans le numéro Keleier Arkae de juin 2011.

C'est le décret du 22 décembre 1789 qui a institué les cantons, regroupement de plusieurs communes au sein des districts, eux mêmes subdivisions administratives des départements. Par décision de l'Assemblée nationale, Ergué-Gabéric et Elliant sont rattachés au chef lieu de canton de Rosporden en 1790, ainsi que Tourc'h, Saint-Yvi et Locmaria-Hent. Les électeurs amenés à se déplacer en assemblées primaires cantonales sont les 800 à 900 « citoyens actifs » des 6 communes concernées

En octobre et novembre 1790, les conseils des communes d'Elliant et d'Ergué-Gabéric prennent position. D'abord Elliant : « Le bourg d'Eliant est distant de Rosporden de cinq gros quarts de lieues ...  » ; « Il a arrêté de supplier au nom de tous citoyens actifs de la mère paroisse d'Eliant, messieurs les administrateurs du département du finistère et du district de Quimper, de vouloir bien pour la commodité générale fixer et déterminer irrévocablement au bourg d'Eliant le chef lieu du canton »

L'argumentation elliantaise s'appuie aussi sur la distance de plus de quatre lieues et demi pour les villages éloignés d'Ergué-Gabéric, une lieue mesurant un peu plus de 4 km. Le conseil général d'Ergué-Gabéric, présidé par le maire Jérôme Kergourlay, joue sur deux tableaux.

La première position gabéricoise est la solidarité vis-à-vis d'Elliant : « le bourg d'Eliant est plus au centre du canton que Rosporden et les citoyens actifs d'Ergué Gabéric en sont beaucoup plus près ». Mais la préférence est bien le rattachement à Quimper : « Nous avons tout à gagner si nous étions réunis au canton de Quimper ; nous préférons donc le canton de Quimper à celui d'Elliant, et celui d'Elliant à celui de Rosporden ».

Comme les avis des conseils ne portent pas leur fruits, le recteur d'Elliant et député du Clergé à l'assemblée national, l'abbé Guino se fend d'une pétition qu'il signe de Paris en date du 31 mai 1791, tout en flattant l'auguste assemblée : « Leur demande est d'ailleurs fondée sur les sages intentions de l'assemblée nationale qui a constamment exprimé le désir que les administrations se trouvent placées à proximité des administrés. ».

La pétition reçoit un accueil favorable exprimé par François-Jérôme Le Déan, maire de Quimper, et Louis Alexandre Expilly, nouvel évèque constitutionnel du Quimper et de Léon.

 

Carte remodelée des cantons en 1791 (ADF, index série L) :

Augustin Le Goazre de Kervélégant, député du Tiers-Etat, contresigne la pétition d’un commentaire personnel : « J'appuie cette pétition avec d'autant plus de plaisir qu'il ne me parait point raisonnable d’obliger les habitants de la paroisse d’Ergué-Gabéric de traverser celle d’Elliant pour aller à Rosporden ».

Début juin 1791, le greffier Tassy, en diffusant la pétition de l'abbé Guino aux administrateurs, prévient du danger d'une colère gabéricoise : « Il est à craindre que cela n'opère des suites funestes, par le grand mécontentement de presque tous les administrés, surtout de la part de ceux d'Ergué Gaberic, qui semblent déjà assez disposés à ne pas se soumettre à Rosporden, qu'ils ont pris en horreur depuis le canton formé. ».

Il ne reste plus qu'à délibérer au niveau des directoires locaux de Quimper. Le 14 juin un premier arrêté du directoire du district tombe et donne raison aux pétitionnaires d'Elliant : « Le Directoire est d'avis que le chef lieu du canton composé par les municipalités susdites soit transféré à Elliant et que la prochaine assemblée primaire y soit convoquée ».

Quatre jours plus tard, au niveau supérieur, le directoire du département émit un autre arrêt qui donne satisfaction à Ergué-Gabéric : « Le Directoire arrête 1° que la paroisse d'Ergué Gabéric sera à compter de ce jour irrévocablement attachée au canton de Suimper, [...] Arrête en second lieu que les municipalités d'Elliant, Locmaria n'hent, St Yvi, Tourc'h et Rosporden, continueront d'être un seul et même canton, dont le chef lieu demeurera irrévocablement fixé en la ville de Rosporden. »

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1790-1791 - Oppositions elliantaises et gabéricoises au canton de Rosporden »

47 Les moulins Bolloré en 1949-1954

Billet du 27.02.2021 - Deux articles : l'un daté de 1949 dans un magazine national français, l'autre en 1954 dans une revue littéraire bretonne.

Le premier est un article de 8 pages paru après-guerre dans le numéro de Noël 1949 de la revue « Réalités », avec des photos inédites en noir-et-blanc et en couleur (d'Isaac Kitrosser grand reporter), un rappel historique des origines de l'entreprise Bolloré et des explications sur les techniques de fabrication du papier.

On trouve dans cet article deux approximations historiques : la fondation de l'usine d'Odet en 1822 par un René Bolloré (et non Nicolas Le Marié ...), et les observations du chirurgien en voyage au Japon (et non en Chine comme l'atteste son journal de bord).

Outre les portraits des membres de la famille Bolloré, René père et fils, Michel et Gwenn-Aël, on y voit aussi des employés des papeteries : Louis Barreau (chef du labo), Jean Guéguen (sur le camion Ford), Pierrot Eouzan (surveillant de fabrication), Yves Le Gars (dynamomètre).

Le poids des trois usines (Odet, Cascadec et Troyes) n'est pas négligeable : « Avec quinze cents ouvriers, ces usines fabriquent 20 tonnes de papier par jour - la longueur des bobines fabriquées en un jour ferait le tour de la terre - dix millions de cahiers de cent feuilles par mois et font 1.300 millions de chiffre d'affaires par an. ».

La production de papier se répartit ainsi : « Onze machines à papier fabriquent 30% de la production totale française de papiers minces : sept machines sont spécialisées sur la cigarette, trois sur le papier condensateur, une sur le papier support carbone dont l'époque moderne fait un si grand usage pour ses machines à écrire. Une machine, enfin, est employée à fabriquer du papier bible. »

 

Le second article est le numéro 46 de la revue « Al Liamm Tir na n-og », journal en langue bretonne, où l'écrivain et linguiste Per Even fait aussi en 1954 une description des papeteries Bolloré.

Il fallait bien quelqu'un comme le traducteur en breton du « Discours de la méthode » en breton, à savoir Per Even, pour présenter dans cette langue les enjeux économiques des fabriques papetières Bolloré dans les années 1950. Le titre de l'article « Milinou Bollore » de la revue « Al Liamm » évoque les moulins à papiers ou papeteries d'Odet, de Cascadec et de Troyes.

Il est question de l'âge d'or du papier, de la fin du 19e siècle jusqu'en 1938, avec l'exportation du papier à cigarettes aux Etats-Unis, puis des tentatives de diversification complémentaire jusqu'en 1954 et le maintien d'une position de leader en Europe.

L'article (transcrit et traduit en ligne) est largement inspiré d'un précédent article de la revue française « Réalités » paru en 1949. On y trouve les mêmes approximations historiques (cf. ci-contre).

Le texte breton apporte les termes techniques modernes pour désigner les nouveautés technologiques, notamment ceux-ci : « ardivink-paperezh » : machine à papier ; « paper-dibun » : papier en continu ; « paperennoù tanav » : papiers minces ; « paper-glaouet » : papier carbone ; « arnodlec'h » : laboratoire de recherches ; « paper-speuriañ fetisaerioù-tredan » : papier isolant pour condensateur électrique.

On peut sourire néanmoins sur la présentation des avantages du travail ouvrier de factions : « Gant urzhiet evel m'eo al labour e tri skipailh oc'h ober pep unan anezho, eizh eurvezh bemdez, e c'hall ar vicherourion kaout amzer a-walc'h da intent ouzh o atant, pe o liorzh. » (En étant organisé chacun avec un travail en trois factions, 8 heures chaque jour, les ouvriers peuvent avoir du temps en bonne intelligence pour leur ferme ou leur jardin.)

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « L'entreprise Bolloré, Réalités Noël 1949 », « Milinoù Bolloré gant Per Even, Al Liamm Tir na n-og 1954 »

48 En l'absence du juge de paix

Billet du 20.02.2021 - Un permis d'inhumer après un décès dans des circonstances particulières et qui aurait pu ne pas être une mort naturelle.

Très souvent les actes de registres B.M.S. (Baptêmes, Mariages, Sépultures) se contentent de simplement noter les lieux, dates et relations de parenté, et sont donc pauvres en détails et évènements rapportés. Ce n'est pas le cas du présent acte de décès transcrit le 17 avril 1793 par Jean Le Jour de Boden, officier public d'Ergué-Gabéric.

Le dimanche 14 avril, Marguerite Glémarec, veuve d'Etienne Le Corre et âgée de 47 ans, se rend au pardon de Saint-Yvi, à 10 km de son domicile de Kerelan en Ergué-Gabéric.

Là, vers trois heures de l'après-midi, dans un état d'ébriété avancé, à savoir « yvre » et « assez proprement vêtue », elle doit être déposée dans un lit de « la maison de Charles Le Tirant aubergiste ». « Y étant depuis cette heure jusqu'au quinze à cinq heures et demie moment où l'on a reconnue quelle était défunte », on fait rechercher le juge de paix Jean Le Duigou qui malheureusement est « retenu au lit par une fièvre putride ».

Ce poste de juge de paix a été créé par la loi des 16 et 24 août 1790 pour assurer la justice et police de proximité dans chaque canton nouvellement constitué par les institutions révolutionnaires. Les communes d'Ergué-Gabéric et de Saint-Yvi sont toutes les deux rattachées au canton de Rosporden.

Du fait de la maladie du juge de paix officiel, c'est « l'officier publique » de Saint-Yvi en charge de la rédaction des actes d'état civil, qui prend la mission d'officier de police. Et donc dans l'acte, son intervention sur les lieux du décès est décrite sous forme d'un rapport : « avons reconnue par les vomissements faits dont le dit lit porte les marques que sa mort est occasionnée par une indigestion ... »

Et son investigation sur place, pour déterminer plus précisément la cause exacte de la mort, se poursuit ainsi : « avons reconnue par la position où nous l'avons trouvé étant couchée sur le ventre et ayant la tête beaucoup plus basse que les pieds, après avoir délasser ses hardes sur [...] on n'a pu lui délasser ses coeffes qu'avec peine, les dits lassets étant si fermes qu'ils ont pénétrés dans la peau, ce qui fait présumer que la respiration lui a totalement manquée, ce qui a suffis pour l'étouffée ».

La dernière phrase lapidaire conclut à une mort naturelle : « attestons par ailleurs que personne n'a porté atteinte à sa vie », et le permis d'inhumer est accordé aux enfants de la défunte. L'acte est inséré dans le registre de Saint-Yvi et recopié intégralement dans celui d'Ergué-Gabéric.

 

On ne peut s’empêcher de penser que les constatations judiciaires ont été quelque peu bâclées et que l'intervention d'un médecin légiste aurait été nécessaire, même si les circonstances durant la fête du pardon exigeaient sans doute de la discrétion.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1793 - Le permis d'inhumer de Marguerite Glémarec-Le Corre de Kerelan »

49 Prêtrise et familles nombreuses

Billet du 14.02.2021 - On s'attache cette semaine à deux figures de prêtres ou missionnaires nés à Ergué-Gabéricois et issus de familles nombreuses : Guillaume Poupon (Ty-bur, Quillihuec), missionnaire à Haïti, et René-Marie Huitric (Menez-Groaz, Lestonan), professeur, recteur et aumônier.

On a déjà signalé la vocation de missionnaire à Haïti de Guillaume Poupon (né en 1912 à Tybur), mais un retour à son enfance est nécessaire du fait de la photo inédite ci-dessus.

Dans l'édition du 3 novembre 1933 du journal national La Croix, la famille Poupon est à l'honneur avec cette photo « Les belles familles de France » de l'atelier quimpérois Villard, sous-titrée « La famille Hervé Poupon, d'Ergué-Gabéric (Finistère), 15 enfants, 13 vivants, dont 2 religieuses et 1 aspirant missionnaire ».

Étonnamment, voire caricaturalement, le journal présente une famille nombreuse via la figure tutélaire paternelle, sans mentionner l'existence de la mère des 15 enfants. Hervé Poupon et Marie Anne David, mariés le 23/09/1906 à Kerfeunteun, sont au premier rang avec leurs petits-enfants.

Les 10 premiers enfants Poupon, dont Guillaume le 4e d'entre eux, sont nés entre 1907 et 1921 au lieu-dit Ty-Bur en Ergué-Gabéric, avant que la famille ne déménage à Quillihuec et s'agrandisse avec 5 autres naissances.

Et pour le journal catholique, le qualificatif de « belle », appliquée à la famille, est mérité par le nombre important de vocations religieuses, dont celle l'aspirant missionnaire qui confirme ses vœux à Ergué-Gabéric en 1936 pour partir à Haïti. Sur la photo de 1933, Guillaume est sans doute le jeune homme au col romain au 2e rang, à gauche de sa sœur religieuse.

 
Le deuxième prêtre, Rene-Marie Huitric, est né à Menez-Groaz en 1916, dixième enfant d'un couple d'agriculteurs, 12 frères et sœurs, cousin germain de Laurent et d'Yvon Huitric (cf. leurs témoignages sur le site GT), René-Marie Huitric est également l'oncle de Dédé Huitric, l'ancien footballeur et président des Paotred-Dispount.

Nommé prêtre en juin 1943, il reste pendant 14 ans au petit séminaire de Pont-Croix comme professeur de lettres, à savoir le latin et le grec, en charge de classes du 1er cycle.

Le petit séminaire de Pont-Croix est fondé en 1822, succédant à l'institution St-Vincent de Quimper, pour les études secondaires des futurs prêtres du diocèse, des missionnaires, professeurs, mais aussi en général des garçons des campagnes les plus doués pour les études. L'internat est la règle, le nombre total d'élèves est compris entre 250 et 300.

L'institution de Pont-Croix salue le départ de René Huitric en 1957 ainsi : « Depuis 1943 il enseignait les belles lettres, après quelques mois de surveillance. Mais cette occupation qui dessèche certains, ne l'avait pas coupé du réel. M. Huitric a toutes les qualités, régularité, amabilité, sens pratique ... ».

Vicaire à Brest, puis recteur à Peumerit, Poullaouen, Plobannalec, et aumônier à Concarneau, il n'oublie pas pour autant les siens. On le voit aux kermesses gabéricoises, et lorsqu'il est mis en retraite en 1991 il se retire dans une petite maison de la cité ouvrière de Keranna.

Son jubilé, c'est-à-dire ses 50 ans de sacerdoce, il le fête en 1993 à la chapelle de Kerdévot. Et à 92 ans, en 2008, il rejoint l'Ephad voisine de Coat-Kerhuel à Lestonan où il sera pendant quelques années le doyen d'âge de la commune.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Les prêtres et missionnaires natifs d'Ergué-Gabéric », « Guillaume Poupon (°1912), missionnaire à Haïti », « René-Marie Huitric (1916-2013), professeur, recteur et aumônier »

50 Photos et films de Raphaël Binet

Billet du 07.02.2021 - Les clichés du pardon de Kerdévot et les séquences filmées du mariage de René-Guillaume Bolloré à Odet le 22 septembre 1932. Collection photographique du Musée de Bretagne de Rennes et cinq films conservés sous forme de rushs par la Cinémathèque de Bretagne.

Raphaël Binet, né en 1880, fils de photographe, pratiqua très jeune la photographie, en Normandie et Paris, puis à Saint-Brieuc où il crée son studio. Il s'est attaché à parcourir la Bretagne entre les deux guerres pour saisir, surtout à l'occasion de Pardons, les derniers témoignages de la vie traditionnelle bretonne.

Et notamment à Kerdévot dans les années 1930 où il met en scène les participants, hommes, femmes et enfants. Ceux-ci ne posent pas vraiment, leur attitude est on ne peut plus naturelles, l’œil du professionnel ayant su capté leur singularité et exprimé leur fierté d'être là, ensemble. Il n'y pas de cliché de longues processions avec bannières, mais des regroupements informels près de la chapelle, calvaire et échoppes de marchands.

A l'instar du cliché ci-dessous, une trentaine de portraits de pardonneurs en habits traditionnels, chapeaux et coiffes, ou en blouse d'ouvrier pour l'un d'entre eux, ont été publiés dans l'article détaillé. Si certains peuvent reconnaître leurs ascendants, sans doute décédés car les plus jeunes sont nés dans les années 1920, nous serions heureux de noter les identifications.

Ce qui est moins connu est le fait que Raphaël Binet était aussi cinéaste. Et lors de ses passages à Ergué-Gabéric il a immortalisé sur la pellicule le mariage du fils de l'entrepreneur papetier René Bolloré, la cérémonie ayant été organisée à Odet.

Ces films de la collection Binet, au nombre de cinq, ne sont pas forcément de très bonne qualité, mais au-delà de l'esthétique elles témoignent d'un vécu local. Le positionnement des séquences gabéricoises est le suivant :

1. Film 27977Image:Space.jpg: 15 minutes 30 de longues séquences de la fête de mariage à Odet, au manoir, la chapelle, le parc, et le banquet de noces.

2. Film 27978Image:Space.jpg: une très courte séquence de la cérémonie dans la chapelle, scènes de préparation en cuisine, puis intercalaires de titrage pour le montage du film.

3. Film 11557Image:Space.jpg: au total 15 premières minutes tournées à la papeterie d'Odet et au patronage de Keranna, les 5 dernières étant filmées ailleurs (manoir et église non identifiés) ; visite des salles de fabrication du papier, sortie de la cérémonie nuptiale à

 

la chapelle de l'usine, et de longues séquences des banquets sous chapiteau et en salle de patronage.

4. Film 11539Image:Space.jpg: seulement 30 secondes des cloches de la chapelle d'Odet, entre 4 mn pour le pardon du Sainte-Barbe au Faouët et 3 mn d'images du port de Marseille.

5. Film 28002Image:Space.jpg: seulement 1 mn 20 en salle de raffinage à l'usine d'Odet (complément du film 11557), avant les images du pardon de Sainte-Barbe.

Les deux premiers films sont intéressants pour les longues séquences extérieures de la fête de mariage dans le parc du manoir d'Odet. Certes un archevêque et un évêque viennent en grande pompe, mais c'est surtout la foule des ouvrier(e)s et des habitants du quartier qui est impressionnante.

La cérémonie nuptiale à l'intérieur est à peine filmée : 30 secondes seulement dans le 2e film. Par contre l'arrière-scène des cuisines rustiques, les jeunes fille à la fontaine du moulin, les groupes atypiques des musiciens et des chauffeurs, les discussions familiales sont bien mise en avant.

Le film était destiné à être monté, car en fin du 2e film le générique et les titres intercalaires ont été rédigés et filmés. Le plan du film complet inclut les images du banquet au patronage qui est en milieu du 3e film.

Le 3e film est intéressant pour ses 5 premières minutes, à savoir la visite technique des bâtiments de l'usine à papier. La délégation conduite par le patron René Bolloré, son fils, le fondé de pouvoir Louis Garin et une dizaine de personnes, dont un invité de marque non identifié. Ils passent d'une salle de fabrication à l'autre, des impressionnantes piles de raffinage de la pâte jusqu'aux grosses bobines de papier.

Que ce soit pour le plan panoramique des ouvrières dans une allée de l'usine, ou des ouvriers à leur machine, ou alors pour les grandes tablées aux banquets, il serait intéressant d'identifier les participants.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Raphaël Binet, photographe du pardon de Kerdévot, v. 1930 », « Les Bolloré filmés à Odet en 1932 par le photographe Raphaël Binet »

51 Mac'honiet gant ar mecanik da zorna

Billet du 30.01.2021 - « estropié par la machine à battre » : des accidents de batteuses dans des fermes gabéricoises racontés dans Feiz ha Breiz.

Un article du journal « Feiz ha breiz » du 28 août 1876 relate en langue bretonne trois accidents de personnes, survenus l'un à Ergué-Armel et les deux autres à Ergué-Gabéric, alors que ces personnes alimentaient ou surveillaient une machine à battre dans leurs fermes respectives.

Ce type de machine est appelé « ar mecanik da zorna » en breton, ou « ar mecanik » tout simplement car elle préfigure le début de la mécanisation agricole. En 1876 l'énergie de cette batteuse est fournie par un carrousel de chevaux, lequel sera remplacé plus tard par une « locomobile motrice » et l'ensemble sera alors appelé « dornerezh » (batteuse).

Les accidents d'Ergué concernent deux hommes et une jeune fille de 16 ans. Les deux premiers ont eu respectivement une jambe estropiée - « paket he vragou hag he c'har gant rodou he vecanik da zorna » (son pantalon et sa jambe entrainés par les engrenages de sa machine à battre) - et une main broyée (pour l'accident d'Ergué-Armel). Quant à la jeune fille, elle aurait perdu sa jambe « paneved ma'z euz gellet derc'hel ar c'hezek a za crenn » (si on n'avait pas pu stopper net de suite les chevaux).

Autant elle a eu de la chance : « Dre c'hrass Doue e bet kuitez evit he aon hag eur glaz dister. » (grâce à Dieu, on a été quitte pour une frayeur et une égratignure bénigne). Autant c'est plus dramatique pour les deux autres : « Azalec he uvern betec he gof gar eo mac'haniet, truez he velet » (depuis sa cheville jusqu'à son entrejambe, il a été estropié, triste à voir) ; « Ar midisin galvet var an heur en deuz troc'het ar membr brevet. » (le médecin appelé immédiatement a amputé le membre brisé).

  Si l'on regarde de plus près les autres faits divers du mois d’août 1876, notamment dans le journal « Le Finistère », on se rend compte que les accidents graves dus aux machines à battre sont très nombreux : amputations pour éviter la gangrène au Perget et à Port-Launay, commotions mortelles à Saint-Méen ...

Les journaux accusent certes les agriculteurs d'être imprudents - « deffot teuler evez » (à défaut d'être attentif) - mais ils demandent aux autorités d'imposer des mesures de sécurité plus drastiques, à savoir allonger la table des machines à battre et recouvrir les manèges de protections.

En effet, pour cette dernière mesure, un ouvrier agricole « assis sur le petit banc placé sur l'axe du manège, et les chevaux tournant en cercle autour de lui » peut tomber tout simplement de fatigue, et se retrouver broyé par les engrenages.

Ce danger est évité, dans les décennies suivantes, lorsque le manège est remplacé par une motrice à vapeur. Ainsi la description de celle de la ferme de Creach-Ergué mise en vente en 1911 : « batteuse à grand travail et sa locomobile motrice, fabrication Merlin et Cie de Vierzon ».

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Mac'honiet gant ar mecanik da zorna - machines à battre, Feiz ha breiz 1876 »


Scène de battage à Pannarun en Ergué-Gabéric, non datée :

52 Une méthode pour lire le Français

Billet du 23.01.2021 - Comment Déguignet déchiffre pour la première fois des journaux en langue française grâce à un nouveau colloque et vocabulaire français / breton : origine de cet ouvrage via une étude d'Adolphe Le Goaziou en 1950 et facsimile complet de l'édition d'Eugène Blot de 1854.

Lorsque, dans ses mémoires (Intégrale page 142), Jean-Marie relate ses souvenirs de l'année 1854, il note qu'il vient de passer de l'état d'esclave agricole à celui de domestique dans une grande ferme où il profite de ses loisirs dominicaux pour étudier le français. Pour cela il achète un livre précieux : « J'avais acheté une petit colloque français / breton avec lequel j'allais me cacher tous les dimanches dans l'étable s'il faisait froid, ou dans un coin de champ s'il faisait beau temps, car je ne voulais pas que l'on sache que j'étudiais. ».

Ce "colloque" est en fait un lexique de vocabulaire et de conversation bilingue : « Il est particulièrement utile aux habitants de la campagne qui désirent apprendre le Français » (Avis de l'imprimeur / Ali ar mouler). Et ainsi il peut déchiffrer les articles de journaux de son patron, mais il note la difficulté de comprendre les mots français décrivant l'actualité internationale, notamment les conditions de la déclaration de la guerre de Crimée.

Il n'a pas de problème pour traduire les termes de l'agriculture, mais pour le reste « malheureusement, souvent, je ne trouvais pas le mot que je cherchais, car le breton est si vieux et si pauvre qu'il ne renferme pas la moitié des mots qui se trouvent aujourd'hui dans toutes les langues modernes  ».

Une question se pose : quelle édition Déguignet a-t-il utilisée ? Car cet ouvrage a fait l'objet entre le XVIIe siècle et le début du XXe de plus de 50 publications différentes qui sortirent des imprimeries de Morlaix, Brest, Quimper, Vannes, Saint-Brieuc, Landerrneau, Rennes et Caen. Adolphe Le Goaziou dans son étude historique note un véritable engouement populaire  : « Aucun ouvrage en langue bretonne n'a connu une vente aussi régulière que ces œuvres dont le succès fut bien supérieur à celui de toutes les publications lexicographiques. ».

Il est très probable que l'édition achetée en 1854 soit celle de l'imprimerie du quimpérois Eugène Blot qui a publié une nouvelle version cette année-là, légèrement augmentée par rapport à sa précédente de 1840. Ce colloque et vocabulaire français / breton a en fait été publié à Morlaix pour la première fois par réaction à de précédents colloques (au pluriel cette fois) trilingues français-bretons-latins beaucoup moins riches en vocabulaire.

Le nouveau colloque utilisé par Déguignet est un petit recueil in.16 (largeur : 14-16 cm) de 164 pages, incluant environ 2000 mots répartis en 45 thèmes (de l'Univers aux Mots familiers, en passant par les Métiers et les Parties du corps), 39 conversations usuelles (entre une gouvernante et une demoiselle, bretons se rencontrant à Paris, entre un médecin et un malade ...), 18 lettres types, des proverbes et des noms de villes et d'îles.

Les éditions d'Eugène Blot de 1840 ou de 1854 que Déguignet a utilisées sont bien enrichies par rapport aux autres versions de

 
l'époque, notamment celles de Prud'homme à Saint-Brieuc qui a été éditée à l'identique jusqu'en 1893.

Les termes français francisés ont été remplacés par leurs équivalents authentiques (« fautou > faziou ; avoui > anzao  ; eloignamant > pellidiguez ; cheffretes > gaour-vor »). Des mots nouveaux apparaissent comme poivrier, pipe à tabac et coqueluche. La lettre de change est rédigée en francs et non en livres, le mot carosse est remplacé par voiture.

Et pourtant cette évolution ne suffit pas à Déguignet pour appréhender le monde moderne. Il faut dire que les 32 premiers mots du vocabulaire, avant le 1er thème séparé de l'Univers, sont empreints de religiosité catholique : « Dieu - Doue ; la Trinité - an Dreindet ; Jésus-Christ - Jezuz Christ ; le Saint-Esprit - ar Spret-Santel ... », ce qui devait certainement agacer notre paysan autodidacte très anti-clérical.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le petit colloque/vocabulaire français/breton de Jean-Marie Déguignet »

53 Bulletin n° 52 ~ Vidéos, mémoires, archives et patrimoine

Billet du 16.01.2021 - Articles publiés du dernier trimestre 2020, 32 pages A4 ou 8 feuillets A5 recto verso, envoi postal dans les chaumières dès lundi.

Ce bulletin démarre par 5 vidéos et une émission de radio : le centenaire des papeteries Bollo-ré, des noces bretonnes en 1912, le baptême de Gwenn-Aël et le roman d’amour des Naufrageurs, le reportage sur la cité de Ker-Anna, et enfin une chronique radio sur un crime de 1930.

Quant aux mémoires d’ancien, on saluera le militant René Huguen et ses souvenirs du Front Populaire.

Les documents d’archives sont nombreux dans ce bulletin : le 18e siècle avec le manoir de Griffonez et une pétition en faveur des domaines congéables ; le 19e siècle avec le domaine de la légion d’honneur, l’épidémie de variole et la maison de maître de Kervéady.

Et enfin le patrimoine : l’avant-dernier article traite de l’ouverture au public du site de la carrière de Kerrous, le dernier porte sur la place de la future mairie qui sera inaugurée prochainement.

Une proposition de drapeau municipal trouvée sur le site drapeauxbzh, avec une variante de déport des croisettes par rapport à l’écu héraldique des Cabellic, les fondateurs de la commune.

Contrairement au blason, l’adjectif "cantonné" est ici conjugué au masculin car s'appliquant au champ et non à la croix potencée : « de gueules à la croix potencée d'argent, cantonné de quatre croisettes de même ; au chef danché d'argent chargé de trois mouchetures d'hermines de sable »

 
Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 52 Janvier 2021 »

54 Gwenn-Aël Bolloré en vidéos et tabloïd

Billet du 09.01.2021 - Deux vidéos avec comme participant ou producteur Gwenn-Aël Bolloré, son baptême à Odet et « Les Naufrageurs » : films numérotés 10033 et 3961 dans la collection des films professionnels de la Cinémathèque de Bretagne, et article de présentation dans la revue Détective.

Le premier film est une vidéo N&B filmée le 9 septembre 1925 à Odet où l'on voit René et Marie Bolloré-Thubé organiser le baptême de leur fils cadet Gwenn-Aël, avec les invités au manoir, les habitants du village à la sortie de la chapelle, les ecclésiastiques en habit, la sœur et le frère aînés, et enfin le héros du jour dans les bras de sa nourrice.

Le film est fait de plans fixes avec une caméra placée à quelques endroits stratégiques extérieurs, face à l'entrée du manoir pour assister à l'arrivée des voitures avec chauffeurs des invités privilégiés, sur le chemin du parc à la chapelle, et à la sortie de la cérémonie religieuse où les villageoises en coiffe et les enfants se précipitent sur les dragées du baptême.

Les participants principaux à la fête sont :

  • René Bolloré et son épouse Marie Thubé, accueillant leurs invités et à la sortie de messe.
  • Les ecclésiastiques, dont certains sans doute de la famille Thubé-Bolloré, à savoir peut-être l'abbé André-Fouet et/ou le jésuite René-Marie de La Chevasnerie.
  • Le chauffeur ou garde avec une casquette, accompagné d'un homme à la longue barbe blanche.
  • La sœur et frère ainé de Gwenn-Aël, à savoir René-Guillaume que l'on surnommait "Pouffic", et Jacqueline.
  • Et bien sûr Gwenn-Aël et sa longue traîne blanche, dans les bras de sa nourrice mademoiselle Hillairet.

Si vous aviez des identifications supplémentaires, notamment des membres de la famille, des invités ou des participants au lancer des dragées, nous vous serions reconnaissants.

* * *

Le deuxième film de la Cinémathèque de Bretagne est une production et un scénario de Gwenn-Aël Bolloré en 1958 : « Les Naufrageurs », réalisé par Charles Brabant.

Le synopsis : en 1852, sur une île bretonne où sévit la famine, la sorcière Moïra brise le fanal signalant les écueils, et un navire chargé de vivres vient s'y briser. Il est pillé et les survivants sont massacrés. La jeune orpheline Moïra, rejeté par les îliens, est amoureuse du jeune pêcheur Yann ...

 

Le rôle de Moïra est joué par Renée Cosima qui n’est autre que l’épouse de Gwenn-Aël Bolloré.

* * *

Pour rendre compte de la sortie du film des Naufrageurs et de l'avant-première au cinéma Odet-Palace de Quimper, le journal national Détective détaille la rencontre amoureuse du producteur Gwenn-Aël Bolloré et l'actrice Renée Cosima son épouse.

Le mariage est évoqué avec l'idée d'un abandon difficile de carrière de comédienne : « Ils se marièrent. Ils eurent une petite fille qui s'appelle Anne et qu'on appelle Pomme. Ils furent, ils sont très heureux. Mais au cœur de Renée sommeillait toujours l'amour du théâtre. »

Mais, bien heureusement le film des Naufrageurs fut l'occasion pour Gwenn-Aël Bolloré de se rattraper : « Alors il lui écrivit une belle histoire de la côte bretonne et lui offrit, comme un bijou, un rôle fascinant et sans amour. »

Un rôle sans amour, car « pénible, brutal ... Moïra n'est pas aimée dans son île de rudes pêcheurs. Elle vit à l'écart. Chacun la fuit et souhaite ardemment son départ. »

Mais le titre de l’article accrocheur reste romantique et fleur bleue : « Renée Cosima a reçu le plus beau gage d’amour », grâce à ce film.

L'article est rédigé par la journaliste et romancière Hélène Mornay. Les photos de Jean-Gabriel Seruzier sont un mélange de scènes du film, de diners littéraires, dont l'un avec « le grand Jouvet », et familiales en couple et avec leur fille « Pomme » (Anne).

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Le baptême de Gwenn-Aël Bolloré au manoir d'Odet, film NB de 1925, « BRABANT Charles - Le film Les Naufrageurs, « Le gage d'amour du film "Les Naufrageurs", Détective 1958 »


En fin de semaine prochaine, le bulletin trimestriel KANNADIG n° 52 de janvier 2021, un peu plus épais que d'habitude (huit pages recto-verso supplémentaires), sera mis en ligne et expédié dans les chaumières de nos fidèles abonnés.

55 Bloavezh Mat deus Plas-an-Intron

Billet du 02.01.2021 - « Kozh ha yaouank, bras ha bihan, bloavezh mat deoc'h a reketomp, dilhad didoull war ho tivskoaz, ha krampouezh lardet a gorfadoù » (Vieux et jeunes, grands et petits, bonne année 2021, des vêtements sans trous sur vos épaules et de pleines ventrées de crêpes grasses)

La nouvelle mairie d'Ergué-Gabéric va bientôt ouvrir courant 2021 : c'est l'occasion de se remémorer l'histoire de la métairie où les services municipaux seront bientôt installés.

La métairie de Plas-an-Intron, dépendant du manoir de Pennarun avant la Révolution, était intégreé au domaine noble des seigneurs de Geslin. Le manoir et la métairie encadrent de part et d'autre le bourg d'Ergué-Gabéric, la ferme étant au nord, sur le chemin menant à l'autre manoir de Lezergué.

L'origine ancienne du nom « Plas-an-Intron » (place de la grande dame) fait peut-être référence à une "haute et puissante dame" attachée au lieu, à l'instar d'une veuve douairière comme Louise de Kergoat (mère de Charles Provost l'écuyer propriétaire de Pennarun en 1540). En 1794 le dernier seigneur de Pennarun, le chouan Marie-Hyacinthe de Geslin, est réputé émigré et sert comme officier dans l'armée de Georges Cadoudal.

La maison d'habitation de Plas-an-Intron est décrite ainsi dans le document d'expertise de 1794 précédant son adjudication en tant que bien national : « Maison mannale de simple maçonne couverte de gled à une porte, une fenêtre au midy sur chemin menant du bourg à Lezergué aiant de longueur trentre pieds franc à deux pignons quinze et demy, hauteur sept.  »

  Cette maison "mannale", c'est-à-dire ressemblant à un manoir, au toit de chaume (« gleds »), n'est pas la bâtisse actuelle construite au milieu du 19e siècle, mais l'antique maison basse qui a été détruite en 2018 pour élargir l'accès à la nouvelle mairie d'Ergué-Gabéric.

L'expertise du 21 et 22 prairial an 2 (9 et 10 juin 1794) de la propriété de Plas-an-Intron avec crèches, jardins et terres aboutit à un prix estimatif de 2475 livres, document signé par l'avoué expert Salomon Bréhier, futur maire d'Ergué-Gabéric. Lors de la vente aux enchères le 19 germinal an 3 (8 avril 1795), le prix d'acquisition remporté par un notable quimpérois, Jacques Debon (négociant et ancien maire éphémère de Quimper) ne dépasse les 1300 livres.

Il est vraisemblable que Jacques Debon n'a pas occupé la métairie acquise, et laissera son exploitation au fermier Pierre Lozac'h qui la louait déjà aux Geslin moyennant une rente de 175 livres.

Le dossier de pré-inventaire du bâti réalisé en 1972 dans le cadre du Patrimoine Culturel de Bretagne, grâce à ses plans manuscrits de masse des bâtiments, permet de comprendre la transformation au 19e sièce de la « Ferme de Plas-an-Intron : Habitation ancienne située au bourg (à l’est du chemin vicinal n°3, dernière maison au nord du bourg) ». On lit notamment que la maison dite "actuelle" en bordure de route a cette inscription : « « E P P FRANCOIS LE ROUX ET MARIE FRANCOISE LE GUYADER 1857 », ce qui atteste d'une construction par François Le Roux (1814-1862) et son épouse Françoise Le Guyader.

Cette maison devrait être prochainement transformée en maison du patrimoine communal. La maison antique au toit de chaume en 1794 et en « tôle ondulée » en 1972 a par contre être démolie pour permettre l'accès aux nouveaux bâtiments communaux.

Un dernier mot sur les si nombreux Le Roux gabéricois : la place d'accès à la mairie et à la médiathèque a été baptisée Louis Le Roux en la mémoire de l'appelé mort en Algérie en 1961, mais ce dernier n'était pas apparenté aux propriétaires de la ferme de Plas-an-Intron. Les anciens se souviennent par contre de Pierre Le Roux, petit-fils du François Le Roux sus-nommé, on l'appelait même « Per Rouz Plas-an-Intron ».

Une raison peut-être pour baptiser la future maison du patrimoine avec ce qualificatif bilingue si mystérieux « place de la grande dame / plas an intron », ... et de déployer le drapeau communal rouge et noir aux hermines et croisettes sur la nouvelle mairie à inaugurer courant 2021.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La métairie de Plas-an-Intron transformée en mairie en 2021, « 1794-1795 - Estimation et vente de la métairie de Place-an-Intron au Bourg

56 Nedeleg laouen deus Kerrouz

Billet du 25.12.2020 - « Hetiñ a ra skipailh GrandTerrier Nedeleg laouen deoc’h » - « Le GT vous souhaite un joyeux Noël avec ce houx de Kerrous ! ».

Le sort de l'excavation minière de Kerrous est désormais fixé pour les quelques décennies à venir : un réservoir alimenté tout l'hiver par les eaux de l'Odet sera déversé en période d'étiage vers l'affluent quimpérois du Steir en amont de l'usine de production d'eau potable du Trohéir en Kerfeunteun.

Et en guise de remerciements aux gabéricois, le site a été transformé avec un petit sentier damé de randonnées, un parking pour les voitures, des plantations d'arbres, un point de vue protégé aux abords du réservoir. Voir dans l'article détaillé les photos et vidéo décrivant le site depuis la première zone d'extraction jusqu'à son aménagement actuel.

Un panneau bilingue a été également réalisé avec ces titrages : en français « Ancienne carrière de Kerrous. Propriété du Département. Commune d'Ergué-Gabéric » et en breton « Mengleuz kozh Kerrouz. Per'hentiezh an Departatamant. Kumun an Erge-Vras ». On fera abstraction de la belle faute du tout premier paragraphe en français à propos du dernier tir de mine en mai 2017.

Comme l'inauguration du site est datée de la 2e semaine de décembre, on pourrait penser à un Noël attendu et espéré localement depuis un certain temps, avec un paquet cadeau illustré des boules rouges du houx qu'on trouve sur le site.

Mais le vrai cadeau de Noël sera sans doute le prochain, en 2021, lorsque le sentier de randonnée sur la berge gabéricoise de l'Odet sera ouvert depuis le nouveau parking de Kerrous jusqu'au site de Meil-Poul en amont. Et si une passerelle est créée les promeneurs pourront faire une boucle en revenant par le GR 38 qui court sur la berge quimpéroise.

Le sentier gabéricois existe déjà (en vert ci-contre), mais il demande à être repensé à certains endroits pour pouvoir être praticable même par temps des crues bouillonnantes de la plus belle rivière de France.

 


Image:square.gifImage:Space.jpgArticle plus détaillé : « Ancienne carrière de granulats et site naturel de Kerrous

57 Interrogations vaccinales en 1851

Billet du 19.12.2020 - Les réponses au questionnaire du Comité départemental d'hygiène du Finistère par le maire d'Ergué-Gabéric et un médecin : grand merci à Pierrick Chuto pour nous avoir communiqué ce dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère.

La variole du latin "variola" qui signifie « petite pustule » est une maladie infectieuse d'origine virale, très contagieuse et épidémique, et très ancienne. En Bretagne elle n'est éradiquée qu'en 1955 (dernière épidémie à Vannes), mais c'est au XIXe siècle qu'elle a le plus frappé et que les campagnes vaccinales ont commencé.
Le vaccin antivariolique découvert par l'anglais Edward Jenner n'est introduit en France qu'à partir de 1820. Et en 1851 le Comité départemental d'hygiène du Finistère organise auprès des médecins une « enquête sur la marche de l'épidémie variolique » et de son traitement à Quimper et dans les communes avoisinantes.

Pour Ergué-Gabéric le maire Pierre Nédélec, cultivateur à Kergoant, est invité à répondre à ce questionnaire. A priori il est bien initié à la pratique médicale, car, avec sa fille, il a une longue pratique de soins aux animaux et aux personnes atteintes de la rage ou d'hydrophobie, et en 1877 il sera même inculpé pour exercice illégal de la médecine.

Il donne tout d'abord les chiffres bruts de contamination sur le territoire gabéricois : « Il n'y a eu aucun cas en 1850. Il y en a eu 14 du 1er janvier 1851 jusqu'au 27 avril 1851. Sur les 14 personnes atteintes, neuf sont décédées. Toutes les victimes avaient plus de 20 ans, l'une d'elles avait 56 ans. La période où il y a eu plus de malades est celle des hommes de 20 à 25 ans. »

Les questions abordent le sujet des effets des vaccins : « La maladie a atteint plusieurs enfants qui avaient été vaccinés depuis moins de 10 à 12 ans. ». Qu'il nuance par « Les enfants vaccinés ont moins souffert et la maladie était moins grave. Dans un village il y avait 4 enfants dont 3 avaient été vaccinés, il n'y a eu d'atteint de la petite vérole que celui qui n'avait pas été vacciné. ». Et le médecin Jean Natten (si l'on lit bien sa signature en bas de son témoignage) confirme les faits : « À Ergué-Gabéric j'ai observé six enfants inoculés et quatre ont une variole confluente. ».

À noter que la formule « petite vérole » est l'expression populaire désignant la variole. Et, dans le cas d'une variole dite confluente, les pustules forment une plaque uniforme sur le visage ou le corps.

  L'épidémie variolique touche les enfants, mais aussi les « vieilards », ou du moins à un âge où, à Ergué-Gabéric en 1851, on était vieux après 50 ans : « Il est mort une femme âgée de 56 ans, et un homme âgé de 54 ans [...]. Un habitant de ma commune, qui avait eu la petite vérole à l'âge de 14 ans, en a été atteint de nouveau au mois de février 1851 ; il est âgé de 54 ans. Il a été très gravement malade mais il est bien actuellement. »

La mortalité due à la variole, d'après Pierre Nédélec, est nulle pour l'année 1850, et de 9 décès constatés pour les 4 premiers mois de 1851, ce qui ferait environ 25 pour l'année entière. Si l'on se réfère à la mortalité annuelle globale d'Ergué-Gabéric, elle est quand même à peine supérieure à la moyenne pondérée de 50 décès, mais en augmentation pour atteindre 72 morts en 1852.

Ergué-Gabéric connaitra une vague plus importante de variole en 1881 avec une surmortalité annuelle globale de 113 décès, qui sera suivie d'une campagne vaccinale efficace, pour faire disparaître progressivement le fléau de nos campagnes.

Avant 1850 il y a eu aussi trois pics de mortalité : 1832, 1837 et 1849. Parmi les 102 décès de 1849, quelques-uns sont peut-être varioliques, mais c'est surtout l'année funeste d'une autre vague épidémique, le choléra-morbus, qui a touché toute l'Europe, et qui s'est répandu dans la basse-Bretagne par ses ports sardiniers. Et les années 1832 et 1837 sont aussi marqués par la précédente pandémie de choléra.

En savoir plus : « 1850-1851 - Enquête sur la marche de l'épidémie variolique

58 Kervéady et sa maison de maître

Billet du 12.12.2020 - Des archives notariales donnant une photographie de la propriété rurale de Kerveady, composée d'un métairie et d'un manoir (désigné aussi sous le terme de "maison de maître"), ceci avant sa vente par adjudication en 1868.

En cette moitié du XIXe siècle, les propriétaires fonciers de Kervéady sont Mr et Mme Pelle-Desforges, à savoir Fortuné Louis Marie (1817-1877) commerçant brestois ou « représentant du commerce » natif de Morlaix, et son épouse quimpéroise Désirée Anne Marie Morvan (1818-1884), officiellement séparés « quant aux biens » en 1866 mais « débiteurs solidaires ».

Les époux y ont habité : « propriétaires et commerçants, demeurant ordinairement à Ergué-Gabéric, présentement à Brest » ; « la jouissance - par le fermier - de la maison de maître et la réserve de terrain que mon mari s'était conservée ainsi que le jardin ». Mais en 1859-68 Désirée Morvan en est la vraie propriétaire comme l'atteste la correspondance incluse dans le dossier avec son notaire Maitre Lesneven.

Mais dans le contexte de séparation d'avec son mari et du fait que ses enfants sont encore jeunes, ses revenus sont inférieurs à ses dépenses. C'est sans doute la raison des nombreuses prises d'hypothèque sur sa propriété de Kerveady : dette maternelle en 1856, crédit bancaire en 1859, prêts d'un pâtissier-confiseur, d'un aubergiste et d'un gendarme à cheval en 1866.

Et par ailleurs elle demande à son notaire d'augmenter les rentes annuelles des fermiers et de les forcer à faire les réparations nécessaires. Elle s'intéresse aussi à la valorisation des bois et obtient du fermier de Kerveady le rachat de 22 pins maritimes (on notera le terme qu'elle utilise pour désigner cet arbre : « prussier » qui pour le dictionnaire Littré est le « nom vulgaire, dans le département du Finistère, du pin maritime, que l'on croit y avoir été apporté de la Prusse  »).

  Les 20 hectares de Kerveady sont composés de « métairie, maison de maitre (couverte en ardoises), terres chaudes, terres froides, prairies, courtils, jardins et bois ». Les numéros de parcelles étant référencés, on constate que le lieu-dit entier détaillé dans le cadastre est concerné :

Tout le monde conseille à Désirée Morvan de vendre son bien, mais elle est réticente : « je ne voudrais convertir en bien le peu de bien qui me reste qu'après la liquidation complette de ses affaires de crainte qu'on ne tracasse à ce sujet ». Elle y consent néanmoins en fin d'année 1868, le notaire Lesneven faisant apposer des affiches grands formats et trois insertions réglementaires dans le journal « L'impartial du Finistère » pour une mise à prix à 12.000 francs.

A cette date Kerveady est affermé à Hervé Caugant (ses enfants nés entre 1858 et 1868 y sont déclarés), ce pour un bail courant jusqu'en 1874. On ne connait pas le nom du propriétaire foncier qui remporte la mise aux enchères de 1868. Dix ans plus tard, le cultivateur Jean-Louis Thépaut rachète les lieux et s'y installe comme cultivateur.

En savoir plus : « 1859-1868 - Hypothèques et vente du manoir et métairie de Kervéady

59 L'architecture de la cité de Ker-Anna

Billet du 05.12.2020 - Une vidéo de 5 minutes 30 qui présente de façon didactique la spécificité de la vieille cité ouvrière de Ker-Anna, sous l'angle de son architecture innovante et via l'interview d'Henri Le Gars, né en 1923, occupant des lieux pendant 45 années et aujourd'hui âgé de 97 ans.

La construction de la cité de Keranna a été organisée par l'industriel René Bolloré et son architecte nantais René Ménard en 1918-19 afin de loger les salariés de la papeterie voisine d'Odet, à savoir essentiellement les contremaitres et agents de maitrise.

Cette cité dite ouvrière est une des plus anciennes du département, et son modèle architectural était précurseur pour l'époque. Le journaliste Frédéric Lorenzon s'est penché en septembre dernier sur l'originalité de cette réalisation dans son émission « Archi à l'ouest » sur Tébéo.

Grâce à de très belles vues aériennes à hauteur de drone et par un temps ensoleillé de fin d'été, on y découvre 18 maisons, certaines logeant deux familles : « On est sur l'adaptation de la maison traditionnelle bretonne, sur un schéma qui se reproduit, puisque les maisons sont presque toutes identiques. On a évidemment le granite qui est la pierre locale, des encadrements en pierre de taille. On voit certaines entrées qui ont un arc en plein cintre, tout ça est typique des maisons telles qu'on peut les voir un peu partout dans la campagne. »

Olivier Hérault du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement explique l'originalité du lieu : « Ce qui est intéressant est qu'elle crée vraiment un dialogue entre l'espace commun, partagé, et l'espace individualisé, plus personnel.  ».

 

Le vétéran des habitants de Ker-Anna, 45 ans dans la rangée nord, témoigne et illustre l'utilisation du terre-plein au centre du U formé par les maisons en tant qu'espace commun : « Avec les gosses de mon âge, à l'époque, on se retrouvait tous à jouer au ballon entre les tilleuls. On faisait un but, et on jouait là, alors que le terrain de foot du patronage était disponible en bas, c'était comme ça que ça se passait. ».

La progression de l'espace commun au privé se passe comme suit : tout d'abord un espace commun en pelouse, puits et tilleuls, puis un petit jardin privé, ensuite la maison d'habitation au loyer modéré ou gratuit, et par l'arrière une deuxième rangée de jardins plus personnels et plus utilitaires., et enfin les dépendances excentrées pour ranger ses outils et éventuellement garer sa voiture.

Le côté moderne de cet habitat est indéniable : « Pour moi ça correspond à une vraie problématique d'aujourd'hui, une sorte de dualité, à la fois on voudrait un extérieur et on n'a pas le temps ou on n'a pas envie de s'en occuper. Ici finalement l'espace à gérer est très faible, et pourtant on peut profiter d'un espace très grand. »

En savoir plus : « La cité de Ker-Anna, émission 'Archi à l'Ouest' sur Tebeo

60 Domaines congéables et régime féodal

Billet du 30.11.2020 - Pétition demandant le rétablissement des domaines congéables en Basse-Bretagne, suite à leur suppression en août 1792, sous forme manuscrite (Médiathèque de Quimper) et imprimée (BnF), déterminante pour le rétablissement de ce régime de fermage le 9 brumaire de l'an VI.

Le régime des domaines congéables, appelé aussi convenancier, est le contrat d'affermage appliqué systématiquement pendant l'ancien régime en Basse-Bretagne pour toutes les tenues agricoles, les propriétaires fonciers étant généralement nobles.

Ces contrats avec des variantes locales (ceux d'Ergué-Gabéric étant précisés « à l'usement de Cornouaille ») prévoient pour le domanier le paiement d'une redevance convenancière annuelle, généralement en nature (en mesures de céréales), l'exécution de corvées, et optionnellement une taxation dite « champart » sur les récoltes. Et en contrepartie, le propriétaire doit payer des droits réparatoires couvrant les améliorations des édifices quand il est amené à congédier son domanier.

À la révolution, de nombreux membres du tiers-état breton réclament la suppression du régime des domaines congéables, car « il participe de la nature des fiefs ».

Moins revendicatif, l'article 8 du cahier de doléances du Tiers-Etat d'Ergué-Gabéric, rédigé en 1789, demande simplement la conversion du régime convenancier en redevance censive simple, c'est-à-dire sans les corvées (et sans les impôts sur les récoltes) et sans le paiement des droits réparatoires : « Que les aides coutumières soient supprimées, toutes corvées déclarées franchissables, le fief anomal ou domaine congéable converti en censive. »

En août 1792 une loi nationale décrète finalement la suppression des convenants dans les départements du Finistère, Morbihan et Côte-du-Nord, ceci pour permettre «  l’abolition du régime féodal ». Cette mesure déclenche cette présente pétition adressée aux députés de la Convention par des « Citoyens Propriétaires & autres Habitans de la Commune de Quimper ».

Certains arguments sont un peu spécieux, voulant prouver l'existence du Domaine congéable bien avant l'arrivée du système féodal : « ces pratiques immémoriales dont l'origine se perd dans les siècles les plus reculés de la Nation Bretonne ».

D'autres raisons sont exposées : le droit de propriété, les pertes fiscales, le dynamisme agricole ... et même la corruption d'un certain député abolitionniste du Morbihan, propriétaire terrien, qui voudrait par l'abolition échapper aux paiements de droits réparatoires conséquents.

Les signataires sont des notables républicains de Quimper, des négociants, avoués ou commerçants, dont certains sont des propriétaires terriens qui se sont enrichis par les ventes adjudicataires des biens nationaux confisqués aux nobles.

 


Certains pétitionnaires, dont certains sont francs-maçons, sont liés à la commune d'Ergué-Gabéric : Mermet dit « notable » est le demi-frère de Mermet « le Jeune » (nouveau propriétaire du château du Cleuyou) ; Jean-Baptiste Laurent Le Breton, membre du Directoire du District, docteur en médecine en charge des épidémies locales (dont celle d'Ergué-Gabéric en 1786) ; René Bolloré est le syndic à Locmaria, ancêtre des Bolloré qui développeront la papeterie d'Odet quelques décennies plus tard.

Mais aucun habitant d'Ergué-Gabéric ne donne sa signature, ceci très certainement du fait que les nouveaux notables de la commune sont tous agriculteurs, et qu'ils ont souffert en tant que domaniers des effets néfastes des domaines congéables (redevances seigneuriales et aspects arbitraires des congéments).

Ils préfèrent certainement l'abolition des convenants, lesquels vont subsister tout au long du 19e siècle avec une hostilité maintenue entre domaniers et fonciers, avant de disparaître définitivement en 1947 grâce à une loi à l'initiative du député communiste finistérien Alain Signor.

En savoir plus : « 1792-1797 - Pétition quimpéroise contre l'abolition des domaines congéables »

61 Manoir et moulin nobles en 1730-53

Billet du 21.11.2020 - Manoir du Griffonès, moulin et villages voisins situés sur l'éperon du Stangala, domaine noble et roturier des seigneurs de Coat-Caric relevant du fief du roi : étude et transcriptions des documents d'archives de la Chambre des comptes de Nantes sous la cote B2012.

Trois générations des seigneurs de Coat-Caric sont au 18e siècle les propriétaires fonciers du domaine de Griffonez dépendant du fief du Roi : Pierre Lesparler (<1655-1727), René Corentin Lesparler (<1690-1721) et le chevalier Jean Marie Charles Lesparler (1720-1750). Le titre de Coat-Caric leur est attribué par le manoir éponyme en Plestin-les-Grèves (Côte-d'Armor), mais cette branche réside dans le château de la Bouexière en Pleyben, acquis par le mariage de leur aïeul en 1640.

Deux liasses de documents, datés de 1730 et 1752, conservés aux Archives départementales de Loire-Atlantique, attestent du contour de leur propriété suite aux décès de René Corentin Lesparler et René Corentin Lesparler, par les déclarations de leurs veuves respectifs (Marie Sébastienne Bizien et Marie Anne Charlotte de Marigo).

Vraisemblablement Pierre de Lesparler a hérité à la fin du 17e siècle de la propriété de Griffonez des seigneurs de Grassy, la description des biens concernés et des droits seigneuriaux afférents étant identiques. Les lieux concernés sont le manoir de Griffonez, Kerberon, Kernoaz, le moulin à eau, Quélennec bihan (ce dernier village étant en partie morcelé : « le tiers est au fief du sieur abbé de Landevennec »).

Pour le moulin à eau de Griffonez, placé sur l'Odet en crontrebas et désigné aujourd'hui sous le toponyme de Meil-Poul, ses dimensions précises sont données en pieds : « de long trante sept pieds, de franc traize et demy et de hautteur six et demy », à savoir 12 mètres de longueur, 4,5 de largeur et seulement 2,1 de hauteur.

Les lieux sont décrits avec cette précision : « toutes les maisons des dits manoir, domaine et moulin cy-devant sont couverts de gleds » (chaume). Le manoir est composé de « maisons, crèches, grange », et l'on notera que le pré-inventaire établi en 1972 pour le Patrimoine Culturel de Bretagne mentionne sur le bâtiment principal et l'étable au nord plusieurs ouvertures à « piédroits chanfreinés », et également un linteau de l'étable avec une date gravée 1608 ou 1628, ceci correspondant sans doute à une extension entreprise du temps des Grassy, prédécesseurs des Coat-Caric.

L'ensemble est réputé être possédé « prochement en partie noblement et en autre partie roturièrement du Roy », ou plus précisément « qu'il ny en a de noble que le dit manoir de Griffones et le moulin et les autres estant biens roturiers » Les impôts spécifiquement levés sur les biens nobles (chefrente, droits de moutte, foy et hommage, champart ...) ne sont pas dus pour les villages de Kerberon, Kernoaz et de Quélennec où les domaniers ne doivent que la rente au titre de « domaine congéable à l'usement de Cornouaille  ».

A la suite des aveux ou rapports de succession de 1730 et 1752, le receveur du roi confirment la validité des déclarations des deux veuves, en précisant bien que le domaine de la sénéchaussée de Quimper est aliéné respectivement au comte de Toulouse et au duc de Penthièvre (père et fils) qui sont les derniers gouverneurs de Bretagne avant la Révolution française.

  Bâtisse manale de Griffonès :

Moulin de Griffonès, dit de Meil-Poul :


* * *

La semaine dernière, il était question d'une vidéo d'une noce bretonne filmée en 1912 : on nous a fait la remarque que le film laisse à penser qu'il faisait un temps estival (ombrelles, chapeaux de soleil, feuilles des arbres). En excluant les mariages hors saison, le nombre des mariages possibles est considérablement réduit : cf. la liste dans l'article.

En savoir plus : « 1730-1753 - Manoir et dépendances de Griffonez, propriété des Coat-Caric La Bouexière »

62 Des noces filmées en 1912

Billet du 14.11.2020 - On continue le travail collectif d'analyse des vidéos d'autrefois. Sur celle de la semaine dernière, datée de 1922, le garde-chasse Léonus a été identifié, mais pas encore les pitres assoiffés, ni les ouvriers diplômés. Sur celle-ci il s'agit de trouver le nom des mariés et le lieu des noces.

Ce film du musée Albert Kahn, montrant une noce bretonne en milieu rural au début du 20e siècle, est une rare archive qui a déjà été projetée et présentée à Ergué-Gabéric par Claude Arnal de la Cinémathèque de Bretagne en juin 2003.

Dans ce court-métrage la première scène est l'arrivée des noceurs en chars-à-bancs sur un chemin rural, précédée d'un couple de sonneurs de biniou et bombarde. Il semble que ce chemin bordé d'un tas de pierres soit le virage de Pont-Banal de la route de Saint-Joachim, avec une prise de vue en léger surplomb depuis la côte menant au bourg d'Ergué-Gabéric. Les deux sonneurs, dont les figures sont cachées par l'ombre de leurs chapeaux, arrivent à pied, et une vingtaine de chars-à-bancs défilent ensuite, ce nombre attestant de l'importance des familles des mariés.

La deuxième scène est la sortie de la messe de mariage : les invités en habits de noces remontent le cimetière qui entoure l'église paroissiale, passant le long du presbytère et de l'ossuaire. Jeunes, femmes et hommes franchissent allègrement l'échalier et se rassemblent sur la rue, avec en arrière-plan la rue de la fontaine, la future maison Nédélec à gauche (actuellement en 2020 en cours de reconstruction).

Le chrono précis du film, selon le compteur défilant en bas d'écran sur la vidéo, est le suivant :

1.Image:Space.jpg00:00Image:Space.jpgàImage:Space.jpg00:17Image:Space.jpg: Générique

2.Image:Space.jpg00:18Image:Space.jpgàImage:Space.jpg01:20Image:Space.jpg: Arrivée des sonneurs et des charabans

3.Image:Space.jpg01:21Image:Space.jpgàImage:Space.jpg03:00Image:Space.jpg: Sortie de messes près de l'ossuaire

4.Image:Space.jpg03:01Image:Space.jpgàImage:Space.jpg07:34Image:Space.jpg: Danses à la ferme

5.Image:Space.jpg07:35Image:Space.jpgàImage:Space.jpg07:44Image:Space.jpg: Générique de fin

La scène finale est une longue série de danses en rondes et en quadrettes, traditionnellement deux femmes et deux hommes. Aujourd'hui les seules danses à 4 danseurs sont plutôt rares, mais à la fin du 19e siècle et au début du 20e, la gavotte est toujours dansée en quadrettes en pays glazik, et non en couple ou en chaine.

Les sonneurs de bombarde et biniou ne sont pas filmés, et les danseurs se déploient sur une cour de ferme, avec une maison d'habitation et son muret de jardin en second plan, et des appentis agricoles sur le côté gauche. Ce corps de ferme ressemble à l'entrée de Kerellou, non loin du bourg, mais ce village ne semble pas avoir hébergé une famille de mariés de l'an 1912.

 

Les habits traditionnels brodées des noceurs, hommes et femmes, dénotent une certaine opulence, mais à ces noces les plus pauvres ne sont pas oubliés. Pour preuve les enfants en sarreaux larges et « boutou koad » (sabots de bois) qui regardent le ballet costumé.

Au total 20 noces ont été célébrées en 1912 à Ergué-Gabéric, et pour l'instant aucune n'a été identifiée pour être celle qui ont l'honneur des caméras. Parmi les plus importants, on notera le mariage le 5 novembre de Eouzan et Reine Rolland, fille et fils de contremaitre et mécanicien de la papeterie Bolloré. Le jeune entrepreneur René Bolloré, « ami du marié » et témoin du mariage, aurait pu demandé une prestation cinématographique, mais à ce jour rien ne permet de localiser la scène dansée à Odet.

Les autres mariages dont les bans sont publiés concernent principalement des fils et filles d'agriculteurs, de journaliers et domestiques, et quelques artisans (charron, boulanger, meunier) : cf. la liste dans l'article détaillé. Les familles les plus influentes sont potentiellement à Lenhesq (Hostiou), Keranroux-Kerrous (Signour), Lezebel (Guillou), le bourg (Le Roux), le moulin de Kergonan (Troalen) ...

Un appel est lancé : si vous reconnaissiez vos ancêtres et/ou le lieu des noces, nous vous serions reconnaissants de le faire savoir ; on garde au frais une bouteille millésimée de cidre pour célébrer l'évènement mémorial.

En savoir plus : « Noces Bretonnes à Ergué-Gabéric en 1912, Film du musée Albert Kahn »

63 Un film d'antan pour un centenaire

Billet du 07.11.2020 - La nouvelle période de confinement pandémique se prête bien, comme la précédente, au travail collectif d'analyse cinématogra-phique : voici une vidéo mise en ligne par la Cinémathèque de Bretagne. La semaine prochaine nous étudierons un court-métrage de 1912.

Cette vidéo N&B de 14 minutes a été filmée le 8 juin 1922 dans l'enceinte de l'usine à papier Bolloré d'Odet : une belle fête populaire où tout le monde, notables et ouvriers-ères, semble s'amuser. C'est un bon complément à la collection des 55 cartes postales du photographe quimpérois Joseph Villard. Sur les clichés on peut voir d'ailleurs voir les caméras 35 mn présentes sur les lieux de la fête, mais on ignore le nom du cinéaste professionnel sollicité par Rene Bolloré pour immortaliser les évènements de la fête.

Les scènes filmées sont essentiellement festives : les invité(e)s en costumes traditionnels, les danses bretonnes en quadrettes, couples ou chaines, les deux célèbres sonneurs de biniou et de bombarde, les démonstrations des gymnastes de la clique des Paotred, les hommes et les femmes sur les manèges, les conciliabules et pitreries alcoolisées ...

Le chrono détaillé du film, selon le compteur défilant en bas d'écran sur la vidéo, est le suivant :

1.Image:Space.jpg18:49Image:Space.jpgàImage:Space.jpg19:30Image:Space.jpg: Les spectateurs, hommes et femmes en habits traditionnels, les jeunes Paotred

2.Image:Space.jpg19:31Image:Space.jpgàImage:Space.jpg22:27Image:Space.jpg: La remise des diplômes par René Bolloré

3.Image:Space.jpg22:28Image:Space.jpgàImage:Space.jpg24:48Image:Space.jpg: Les danses

4.Image:Space.jpg24:49Image:Space.jpgàImage:Space.jpg25:05Image:Space.jpg: Les sonneurs Fanch Gaillard et François Bodivit

5.Image:Space.jpg25:06Image:Space.jpgàImage:Space.jpg25:40Image:Space.jpg: Suite des danses

6.Image:Space.jpg25:41Image:Space.jpgàImage:Space.jpg29:52Image:Space.jpg: Foule, manèges, vaisselle, hommes aux chapeaux

7.Image:Space.jpg29:53Image:Space.jpgàImage:Space.jpg30:17Image:Space.jpg: Gymnastes

8.Image:Space.jpg30:18Image:Space.jpgàImage:Space.jpg30:17Image:Space.jpg: Invités, garde-chasse et deux soiffards

Parmi les nombreux danseurs, on reconnait bien Corentin Heydon avec son béret et Corentin Coré, tous deux moniteurs des gymnastes des Paotred Dispount. Pour ce qui concerne les 12 femmes et les 11 hommes décorés par le patron René Bolloré, leur identification n'a pas encore été menée ; chacun(e) reçoit deux diplômes enroulées et la boite de la médaille commémorative du centenaire (la médaille proprement dite du travail était épinglée par le préfet, cf. les cartes postales Villard).

Un appel à la reconnaissance de tous les participants à la fête est lancé afin que les générations à venir puissent reconnaitre leurs ancêtres papetiers (cf. vignettes d'arrêts sur image de l'article).

Pour l'animation des danses, deux sonneurs cornouaillais, à savoir Fanch Gaillard (1876-1922) à la bombarde et François Bodivit (1887-1963) au biniou, donnent un véritable concert adossé à une haie près du manoir. Gaillard, ménétrier musicien

  de profession à Quimper, décédé en décembre peu de temps après sa prestation à Odet, est surnommé « Fri toull » (nez creux). Bodivit est natif de Clohars-Fouesnant et son père, François aussi, décédé en 1900, a été également un "binaouer" très réputé.

Et on se demande bien aussi qui pouvaient être les deux pitres assoiffés qui clôturent la vidéo et qui sollicitent en boissons le garde-chasse Alain-Yves Léonus.

En savoir plus : « La fête du centenaire des papeteries Bolloré en 1922, film muet noir et blanc »

64 Une affaire criminelle à Niverrot

Billet du 01.11.2020 - Où il est question de casseurs de pierres sur la nouvelle route de Kerdévot à Niverrot, d'un horrible assassinat en plein champ de pommes de terre et d'un procès en assises d'un jeune domestique délinquant qui écope d'une peine de 15 ans de travaux forcés.

Ce livre « Faits divers en Bretagne - 2e saison » rassemble les chroniques radiophoniques de 2018-2019 sur France Bleu Breizh Izel composées et lues par le journaliste Louis Gildas, et consacrées aux affaires judiciaires des siècles derniers en Bretagne.

La quatorzième chronique de cette deuxième saisie, avec comme sujet une affaire criminelle gabéricoise datée de 1930, a été diffusée quotidiennement sur l'antenne pendant la semaine du 17 septembre 2018 :

Les longs articles ci-dessous publiés dans les journaux « L'Ouest-Eclair », « La Dépêche de Brest » et « Le Petit Breton » sur cette affaire illustrent parfaitement la misère et la violence en milieu rural pendant la première moitié de 20e siècle, au travers notamment des égarements des plus jeunes.

Les premiers articles de 1930 sont titrés « Le crime d'Elliant » parce que les premiers secours sont demandés par le maire d'Elliant, le décédé étant employé par le détenteur du moulin de Quénéhaye situé sur la rive elliantaise, mais le champ de ce moulin où a été commis le meurtre est bien de l'autre côte du ruisseau sur le territoire d'Ergué-Gabéric. Les articles suivants relatent l'affaire comme l'assassinat d'Ergué-Gabéric et l'Ouest-Eclair publie même la photo du village de Niverrot où sont domiciliés la plupart des protagonistes. Et l'acte de décès est bien déclaré dans ce village gabéricois.

L'accusé Jean-Louis Lizen, âgé de 19 ans, natif de Fouesnant de parents miséreux, est domestique pour 200 francs par mois (300 pendant la moisson) dans une ferme de Niverrot, après avoir été ouvrier verrier dans la région rouennaise. Le 12 octobre 1930 il tue à coups de houe un ouvrier agricole, casseur de pierres à l'occasion (tout comme son agresseur), et lui dérobe ses 1660 francs d'économies. Pour commettre son délit, Lizen avoue avoir bu un litre de vin rouge et de l'eau-de-vie de cidre.

Le co-accusé est André Tanguy, 14 ans, est également domestique dans la même exploitation agricole de Niverrot. Orphelin d'un père alcoolique et avec une mère épileptique hospitalisée, il  est  pupille

  de l'Assistance publique (renvoyé de l'orphelinat Massé pour indiscipline) et placé dès ses 12 ans dans la ferme de Niverrot. Quand il était petit, son père l'obligeait à aller mendier son pain.

Leur victime, le journalier François - ou plutôt Fañch - Gourmelen, est logé à Niverrot, a 56 ans et est qualifié de vieillard. Méfiant, il porte ses économies sur lui, dans son veston. Casseur de pierres pour le remblaiement de la nouvelle route de Kerdévot à Niverrot, il est aussi employé par le meunier de Quénéhaye comme journalier et ramasseur de pommes de terre. Il est présenté comme « une physionomie plutôt sympathique. très sobre, il acceptait rarement à boire - il buvait de l'eau - ce qui, à certains points de vue, le faisait passer pour un original dans un pays où l'on ne recule pas devant la bolée.  »

Ce qui frappe à la lecture des comptes-rendus d'interrogatoires et d'audiences d'assises, c'est le fossé social qui existe entre d'une part les domestiques, jeunes et vieux, et leurs patrons agriculteurs d'autre part. Les premiers sont désignés par leurs patronymes - Lizen, Tanguy et Gourmelen -, très souvent sans leurs prénoms, et jamais sans les "Monsieur" qui caractérisent leurs patrons. Les domestiques et journaliers travaillent tous les jours, y compris le dimanche jour de crime, matin et après-midi, alors que leurs employeurs sont ce jour-là en sortie de chasse. Les domestiques sont logés très modestement, soit par exemple celle du meurtrier : « la grange où, près des tas de paille, se trouvait sa chambre. ».

Au procès d'assises le jury a longuement délibéré, et n'a pas manqué de constater la culpabilité avec vol et préméditation de Jean-Louis Lizen qui aurait dû écoper de la peine de mort.

Mais le jugement relève des circonstances atténuantes qui, en temps normal, transforme la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Mais ici les jurés convainquent le président de réduire la peine à quinze ans, le célèbre avocat Jean Jadé ayant déclaré que «  son hérédité a pesé certainement sur son geste meurtrier » et demandé de faire « la part des responsabilité de la société dans l'abandon dont Louis Lizen a été l'objet depuis sa naissance ». Et notamment le fait qu'il a été « jeté dès l'âge de 13 ans, dans une de ces verreries de la Seine-Inférieure où trop d'enfants se livrent à un travail épuisant dans une lamentable promiscuité morale. ».

Son jeune complice André Tanguy dont la faute est d'avoir le guet avant l'agression est acquitté. Le journaliste du Petit Breton ajoute : « Il y a, incontestablement, beaucoup à faire, au point de vue social, pour arrêter la jeunesse dans la voie du crime. C'est une tâche à laquelle il convient de suite de s'attacher. Le temps presse. ».

En savoir plus : « L'assassinat crapuleux d'un casseur de pierres à Niverrot, journaux de 1930-31 », « GILDAS Louis - Faits divers en Bretagne - 2e saison »

65 Des rentes dues à la Légion d'honneur

Billet du 24.10.2020 - Grâce aux documents de privatisation en 1807, on savait déjà que 6 villages gabéricois avaient été intégrés dans le domaine de la Légion d'honneur. Aujourd'hui on en sait plus sur cette intégration de 1802 via les rapports de dotation retrouvés aux Archives départementales.

Ces villages situés à l'est de la commune font partie avant la Révolution d'un fief noble inscrit au domaine royal, à savoir le domaine de Kergestin. Après le décès de Jean du Fou, en juin 1492, le domaine de Kerjestin passe dans les mains de sa fille Renée. Cette dernière s’était mariée la même année à Louis de Rohan, seigneur de Guéméné, et transféra le bien à la famille de Rohan-Guéméné, puis aux Rohan-Gié.

Ces derniers étant les chefs de la résistance protestante bretonne à la fin du 16e siècle, les terres de Kerjestin sont confisquées par la Ligue et intégrées au « Domaine de la Couronne ».

Et tout naturellement elles font partie de la dotation au domaine agricole de la Légion d'Honneur créé par Napoléon Bonaparte en 1802. Cela veut dire que pendant 5 ans, de 1802 à 1807, les fermiers exploitants des lieux doivent payer une rente à l'Ordre de la Légion d'Honneur représenté par sa cohorte n° 13 qui couvre les départements du Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Mayenne et Maine-et-Loire.

Les revenus, en céréales et en argent, que versaient les « fermes d'Etat » servent à entretenir les hospices, les écoles de jeunes filles de la Légion d'Honneur et à payer les pensions des décorés.

Grâce d'une part aux archives des Domaines de Quimper datées de début 1804 en pluviôse et ventôse de l'an 12 et aux documents de ventes en 1807-1808 (cf. articles séparés) d'autre part, on sait que 12 tenues gabéricoises étaient inscrites dans le sommier ou rentier de la Légion d'honneur du département du Finistère :

  1. Tenue à Quenec'h Deniel - 2. Autre tenue à Quenec'h Deniel
3. Un convenant à Kermoisan - 4. Des prairies à Lezouanac'h
5. 6. 7. 8. 9. Cinq tenues à Keranroué
10. 11. Deux convenants à Kerjestin/Keristin
12. Le moulin de Meil-Faou

Les cinq lots complémentaires gérés par le bureau de l'enregistrement et des domaines de Quimper sont situées sur la commune voisine de Saint-Evarzec, notamment Kermorvan et Keridran de l'autre côté de la rivière du Jet.

La nature des rentes dues par les fermiers d'Ergué-Gabéric et de Saint-Evarzec est essentiellement en nature (3 céréales : froment, seigle, avoine) et accessoirement en argent. Les quantités de céréales sont mesurés soit en grands boisseaux, appelés ici « combles », ou en « rases ». Les sommes d'argent, dues notamment pour l'impôt dit des « corvées », sont valorisés en livres et sols, mais à la fin de document de prise de possession les totaux sont exprimés en francs et centimes.

À l'exception du moulin du Faou, toutes les tenues sont dites être « à domaine congéable », régime convenantier et seigneurial maintenu en Bretagne à La Révolution. Le moulin du Faou qui est « en ruine » est tenu à ferme.

Le document de 1804 précise aussi la date officielle de la dotation au domaine de la Légion d'honneur, le 25 septembre 1802, à savoir un an avant le début de l'an 12 : « le 6 vendémiaire dernier et ceux échus pendant l'an 11 qui n'avaient pu être recouvrés avant la réception de la dite instruction appartenaient à la Légion ». Il est rappelé que les rentes versées éventuellement par erreur au trésor public pendant cette période doivent être restituées à la cohorte N° 13.

Se révélant inefficaces et ruineuses au niveau national, les cohortes et le domaine de la Légion d'honneur seront démantelés dès 1807 et les propriétés foncières généralement revendues à leurs exploitants. Les six villages d'Ergué-Gabéric ne feront pas exception, ils n'auront été affectés au domaine de la Légion d'honneur que pendant 5 ans, de 1802 à 1807.

En savoir plus : « 1802-1807 Le domaine gabéricois de l'Ordre national de la Légion d'honneur »

66 Militant et passeur de mémoires

Billet du 17.10.2020 - Une biographie familiale paternelle et maternelle, basée sur des extraits de journaux ou revue, une fiche dans le dictionnaire ouvrier et social Maitron, ainsi que l'épreuve du diplôme du brevet d'histoire-géo de 2012, pour la compréhension des évènements de l'année 1936.

La biographie de René Huguen a l'honneur de figurer dans le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, plus communément appelé « Le Maitron » (du nom de son initiateur Jean Maitron). Après avoir été instituteur, son parcours militant est le suivant : secrétaire des Jeunesses communistes des Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor) en 1944 ; adjoint au maire de Saint-Brieuc (1947-1953) ; directeur de cabinet du député-maire communiste René Cance (1956-1959), assistant parlementaire du député communiste François Leizour. En 1936 Il participe aux manifestations de soutien au Front populaire, est fait prisonnier par les troupes allemandes en 1940, est très actif dans l’organisation de l’aide aux enfants espagnols, et crée le journal Ouest-Matin avec Henri Denis. Retraité, il se plonge dans l’étude de l’œuvre du romancier Louis Guilloux qu'il a côtoyé, et publie des monographies sur le parlementaire Alexandre Glais-Bizoin.
Il demeure fidèle au PCF. Il quitte Ergué-Gabéric avant ses 10 ans, son père ayant été embauché comme cheminot en région parisienne, puis à Saint-Brieuc. Il n'oublie pas pout autant ses origines et y revient, notamment en 1936 comme il s'explique dans le journal « Le Parisien » le 14.07.2012. Cet été des congés annuels payés décrétés par la loi du 20 juin, il part en famille chez ses grands-parents à Lestonan, où tout le village est employé à l'usine de papier Bolloré. « Pour la première fois, ces ouvriers s'arrêtaient de travailler sans perte de salaire, raconte-t-il. Je revois mon oncle ivre de joie levant le poing en criant : Vive Blum ! » Parmi les images qui restent gravées dans sa mémoire, celle de ces familles assises, parfois inconfortablement, sur le pas de la porte. « Ils ne faisaient rien, ils savouraient simplement le moment, en discutant, décrit René. Les gens se rendaient aussi visite, on mangeait des gâteaux bretons, c'était une fête permanente. »

Son père Jean-René est né en 1900 à Stang-Odet, le hameau isolé près de la papeterie d'Odet et d'où était sa grand-mère paternelle Françoise Philippe. Le grand père Jean-Louis (1863-1926) est « ouvrier papetier » sur les actes d'état-civil. L'oncle Yves-Marie, décédé en 1979, est également ouvrier papetier, celui que son neveu décrit dans le journal « Le Parisien » comme criant « Vive Blum ! ».

En 2012, basée sur un article similaire de souvenirs dans « Le Télégramme », l'épreuve du diplôme national du  brevet d'histoire-

  géographie inclut deux questions relatives à 1936 :

Question 3 (document 3) :

  • a) À quel groupe social appartient René Huguen ? 0,5 point
  • b) Comment la population française accueille-t-elle, selon son témoignage, les avancées sociales liées au temps libre ? Justifiez votre réponse en relevant deux éléments du texte. 2 points

Du côté de sa mère Marie Jeanne Le Meur, née Cuzon, René Hugen se souvient de la maison de Croas-Spern de ses grands parent. Sa grand mère Marie Jeanne Cuzon et son grand-père Laurent Le Meur habitent au bord de la route de Croas-Spern une petite maison qui a été rasée en 1996.

Il se souvient : « Au bout d’un jardinet protégé de la route par une haie d’aubépine, se tient l’antique maison au toit fatigué. Le couple Le Meur habite là, moyennant quelques travaux périodiques demandés par les propriétaires de Saint-Joachim. Ah! comme je me sens bien en ces jeunes années, sur cette terre battue où courent souvent les poules, entre ces meubles rustiques dressés sur des cales inégales ; comme je me sens bien à cette grande table à l’intérieur de laquelle Grand-Mère range pain, farine et beurre ou dans l’âtre, chauffant mes petits pieds au-dessus des cendres chaudes ! Et lorsque Grand-Père rentre de sa dure journée de cantonnier et qu’il applique sa barbe piquante sur mon front en lançant fièrement: "Ar goas !" (jeune homme). ».

Ce Laurent Le Meur, cantonnier, est aussi le grand père de Jean Le Reste, ce dernier l'ayant retrouvé sur une photo de 1915 d'un groupe d'ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot et ayant également célébré sa mémoire : « Je garde le souvenir d’un homme attachant qui, me prenant par la main, tenant un "crepig" de l’autre, m’amenant chercher des noisette. Le matin, quand il partait travailler sur les routes je le vois avec ses marteaux et son coussin (pour se protéger les genoux). »

En savoir plus : « René Huguen (1920-2017), enfant gabéricois, militant communiste et passeur de mémoires »

67 Bulletin poétique et automnal n° 51

Billet du 10.10.2020 - La présente compilation rassemble toutes les chroniques gabéricoises du troisième trimestre 2020 qui ont été publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, l'envoi postal dans les chaumières se faisant la semaine prochaine.

Jean-Marie Déguignet (1834-1905) et Adolphe Paban (1839-19xx), deux poètes différents ne s’appréciant pas, ouvrent et ferment ce présent bulletin des articles publiés sur le site du Grand Terrier au cours de l’été 2020.

Á la suite du cahier de poésie de Déguignet, c’est la tentative de suicide de ce dernier qui est abordée, par le biais de coupures de presse et du texte de ses mémoires.

Les sujets suivants sont datés du XVIe au XVIIIe siècle : un très beau parchemin signé Kersulgar pour Kernaou en 1540, les mentions d’un sergent féodé à Mezanlez dans un rentier initié par François Ier, l’héritage local des Sévigné mère et fils, et enfin les bannies pour les ventes de Kervéguen juste avant la Révolution.

On reste au village à Kervéguen au XIXe siècle, en relatant les baux des deux métairies dès 1859, l’incendie dans une chaumière en 1887, suivi de l’émigration de ses fermiers à Chantenay près de Nantes.

En 1887 c’est l’affaire d’affaire d’homicide à Kerfréis qui fait la une de la presse et pour laquelle on révèle les éléments d’enquête et de dossier judiciaire pour comprendre le verdict d’acquittement.

Pour le XXe siècle, la photo de classe de CP à l’école publique de Lestonan ravive le souvenir de ces jeunes retraités d’aujourd’hui.

Et, pour finir, un article sur le circuit touristique du Stangala en 1930 et un poème écrit en 1894.


Image:square.gifImage:Space.jpgLire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 51 Octobre 2020 »

 

Pour évoquer à la fois les couleurs de l’automne et la journée de la misère du 17 octobre, rien ne vaut une citation de notre poète Déguignet : « On pourrait croire que le mot fougère a été mis pour rimer avec misère. Mais la rime est juste et vraie : j'ai couché pendant six ans sur la fougère, ne voulant pas tendre la main pour avoir de la paille »

68 Un cahier de vers et de colères

Billet du 04.10.2020 - Facsimile et transcription d'un manuscrit original conservé aujourd'hui à la médiathèque de Quimper, qui, dans le cadre du plan de numérisation des documents patrimoniaux, a procédé à leur numérisation et les met à disposition sur son site Internet.

Ce cahier de copies de lettres et poèmes a fait l'objet en 1999 d'une édition spéciale intitulée « Rimes et révoltes » concoctée par Laurent Quevilly, journaliste et correspondant d'Ouest-France, et Louis Bertholom, qui y ont sélectionné six poèmes, les 6 autres pièces restant à ce jour inédites.

Il s'agit d'un cahier de 59 pages avec une jolie couverture marine, dans lequel Déguignet a recopié ses œuvres poétiques composées en quatrain et les lettres d'accompagnement, et qui a été mis de côté lors de la découverte et publication des 24 autres cahiers de ses mémoires. En voici, sur le GrandTerrier, la transcription presque achevée, laquelle servira peut-être à une édition à venir.

Avec ces poèmes et commentaires, on découvre un lecteur érudit et toujours attentif à l'actualité culturelle de son temps. Ainsi la première page est une annonce du congrès de Vannes de l'URB (Union Régionaliste de Bretagne) en août 1899 pour le « quatrième anniversaire de la réunion de la Bretagne à la France », le contrat de mariage de la Reine Anne avec Louis XII ayant été signé en 1499. Et les dernières pages évoquent l'exposition bretonne de Paris en 1900, c'est-à-dire le village breton de l'exposition universelle.

Dans ses quatrains Déguignet pastiche tout d'abord les œuvres des poètes contemporains bretons qu'il abhorre le plus, à savoir Anatole Le Braz (« Terre d'Armor » dans « La Chanson de la Bretagne », publiée en 1982), Adolphe Paban (« Au bord de la mer » en 1894) et Frédéric Le Guyader (« L'Ere bretonne » en 1896).

Anatole Le Braz, « Pilleur, fripon, voleur, véritable fripouille », est la tête de turc qu'il invective le plus, avec une rage décuplée car il lui avait extorqué une première série de ses cahiers en n'en faisant qu'une publication partielle et tardive. Il s'attaque donc au poème « Terre d'Armor » dont il recopie le texte in extenso, qu'il fait suivre d'un relevé des expressions qu'il trouve grotesque, et ensuite il présente plusieurs poèmes de sa composition où il pastiche allégrement le style et les thèmes de « ce parasite ignoble de la littérature » :

Cette terre d'Armor n'est point faite en pierre
Comme le dit Le Braz, le chantre de la mort [...]
Alors notre soleil bercé sur les nuages
Riant comme une tourte agitant ses poings d'or
Verrait encor resplendir, sous des hommes plus sages,
Le printemps discret de la terre d'Armor.

Les deux autres poètes honnis sont Adolphe Paban et Jean-François Le Guyader. Le premier connu pour son poème « Au Stan-

 

gala » a écrit un recueil intitulé « Au bord de la mer » que Déguignet transforme en :

J'allais philosophant sur le bord de la mer,
Dont les eaux se mouraient maintenant dans l'azur,
Respirant les douceurs et les senteurs de l'air,
De l'air renouvelé, doux, embaumé et pur.

Dans les deux versions, l'originale et la caricature, les héros de la mythologie grecque s'en donnent à cœur joie. Pour le recueil de « L'Ere bretonne » de Guyader ce sont les personnages bibliques qui sont mis en scène. D'autres poèmes sont aussi dressés à d'autres personnages symboliques qui ne sont pas écrivains : son propriétaire terrien noble Malherbe de la Boixière, le curé satanique dénommé Legal.

Le contenu de ce cahier est un mélange de Charlie Hebdo et de Canard enchaîné, on y trouve des caricatures où il force le trait en imitant le texte original, mais aussi des dénonciation des exactions des puissants, qu'ils soient politiques ou ecclésiastiques, et de la misère : « On pourrait croire que le mot fougère a été mis pour rimer avec misère (2e quatrain). Mais la rime est juste et vraie : j'ai couché pendant six ans sur la fougère, ne voulant pas tendre la main pour avoir de la paille. »

En savoir plus : « Le cahier manuscrit des poèmes et lettres de Déguignet en 1899-1900 », « Rimes et Révoltes »

69 Les bannies de Kerveguen en 1754-62

Billet du 26.09.2020 - Bannie, s.f. : proclamation, publication, criée d'une adjudication, d'un prix, d'une vente, d'une vente forcée ; source : DMF.

Entre 1754 et 1762 le foncier des tenues agricoles du village de Kerveguen est vendu trois fois : la première est l'héritage de Laurent Le Gallant cédé à François Louis de La Marche (seigneur de Lezergué), la seconde concerne les édifices et terres de son frère Urbain Le Gallant vendues à Jean-François Le Déan, et enfin la troisième concerne la première part d'héritages pas est également vendue par le sieur de La Marche au même Jean-François Le Déan.

In fine, Jean-François Le Déan, officier de la Compagnie des Indes et habitant à l'époque à Lorient, prend la possession foncière de l'ancien « bien roturier relevant du fieff et seigneurie de Botbodern », le manoir de Botbodern étant voisin sur le territoire de la paroisse d'Elliant, ceci en poursuivant d'une part les contrats de fermage, et d'autre part le paiement des droits seigneuriaux au « sieur comte de Donge », successeur des Lopriac de Botbodern.

Dans un premier temps donc, le seigneur de La Marche de Lezergué fait une transaction pour renflouer Laurent Le Gallant : « les dits Legallant et femme se trouvant poursuivis par leurs créanciers qui menacent de leur faire des grands frais ». François Louis de La Marche garde le bien pendant 8 années seulement avant qu'il ne s'exile sur l'île de Jersey où il meut en 1794.

Les cessions du foncier aux Le Gallant, puis aux Le Déan, qui eux ne sont pas nobles, sont en fait une évolution caractéristique de fin d'ancien régime dans cette première moitié de XVIIIe siècle. Cela explique aussi pourquoi ces propriétés ne font pas partie des biens nationaux confisqués aux aristocrates émigrés au moment de la Révolution française.

Les Le Déan sont d'une famille connue pour ses maitres-sculpteurs à Brest et à Quimper au 17e siècle, auxquels on doit notamment la réalisation des retables du baptême du Christ et la Vierge de Pitié de la chapelle de Kerdévot. Ici nous avons affaire à Jean-François Le Déan (1737-1818), officier de la Compagnie des Indes, puis receveur alternatif des fouages de l'évêché de Quimper, né à Groix, domicilié à Lorient avant l'acquisition du manoir de Penanros en Plomelin (trève de Bodivit).

À chacune des trois ventes de Kervéguen de 1754, 1761 et 1762, le contrat fait l'objet d'annonces publiques à la sortie de la grand messe, ce pendant trois dimanches successifs. Et cette prestation de "crieur public" est assurée par Corentin Peton «  général et d'armes en Bretagne etably à Quimper ». Sa fonction peut être assimilée à celle d'un huissier en charge des sommations ou des proclamations de justice, et il est mandaté soit par des notaires, soit par les autorités judiciaires.

 
(© illustration "Le Crieur" du site Dico-Collection )

En l'occurrence il est présent huit fois « à la porte et principale entrée » de l'église paroissiale et une fois à celle de Notre-Dame de Kerdévot où il fait sa proclamation bilingue de « bannies » ("criées publiques") ainsi qu'il l'explique dans son procès-verbal : « le peuple sortant en affluence d'ouir le service divin et s'étant autour de moy assemblé, j'ay à haute et intelligible voix tant en français qu'en breton donné lecture et explication de mot à autre du contenu du contract d'acquet  ».

Les métairies de Kervéguen seront transmises aux générations suivantes des Le Déan et collatéraux jusqu'à la fin du XIXe siècle : en 1814 Aimé Le Déan le fin aîné de Jean-François en hérite, et en 1887 Amélie Gobert Amélie Gobert de Neufmoulin, épouse Borghi, doit faire face à l'incendie de l'une des fermes.

En savoir plus : « 1754-1762 - Les bannies de Kervéguen, propriété Le Galant, de La Marche et Le Déan »

70 Mémoires d'un désespéré en 1902

Billet du 19.09.2020 - La fin brutale de sa location de chambre rue du Pont-Firmin à Quimper lui ayant été signifiée, Déguignet essaie de mettre fin à ses jours, il s'explique dans le cahier manuscrit n° 22 de ses mémoires et les journaux locaux, « Le Finistère » et « Le Courrier du Finistère », en parlent.

Dans les journaux locaux on lit cet entrefilet les 12 et 19 avril 1902  : « M. le commissaire de police trouvait jeudi matin dans son courrier une lettre d'un sieur Jean-Marie Déguignet, ex-débitant, domicilié au n° 17 de la rue du Pont-Firmin l'informant de sa détermination d'en finir avec la vie » et s'ensuit la description de la découverte d'un corps inanimé et asphyxié près d'un « réchaud rempli de charbons ardents » et dans une chambre calfeutrée a priori volontairement.
Dans la relation précise des faits dans ses cahiers manuscrits, le suicidaire confirme l'existence et le contenu de la lettre écrite la veille : « Demain je vous prie de vouloir bien faire enlever mon cadavre. Vous trouverez chez moi des livres, des manuscrits et de nombreuses lettres, vous en ferez ce que vous voudrez. Je vous demande pardon des embarras que je vais vous causer, adieu Déguignet ! ...»

Et il décrit ensuite sa détermination : « Après avoir tout dispo-sé pour le départ, j'allais encore très gaiement boire quelques verres avec les amis. J'attendis vers minuit avant d'allumer mon charbon, puis je me couchais philosophiquement la tête près du fourneau. ». Sa décision est motivée par les persécutions subies depuis de nombreux années et la goutte qui fait déborder le vase : « Je viens de recevoir de mon propriétaire l'ordre de quitter mon trou dans lequel je vis depuis douze ans, sous prétexte que les voisins se sont plaints des poux lesquels, parait-il, vont de mon trou dans leur chambre ».

Mais les choses ensuite ne se passent pas exactement comme prévu. Le matin il se réveille très difficilement, constatant que le charbon (qu'il a acheté pour deux sous après avoir vendu quelques vêtements à un chiffonnier) et la chandelle ne se sont pas consumés entièrement. Se considérant comme « à moitié ressuscité », il rallume le tout, se rendort, et est ranimé par le commissaire et les agents de police qui sont rentrés en fracturant la porte de sa chambre.

Les articles de journaux explique l'acte du « malheureux / désespéré » par le diagnostic médical communiqué par le médecin hospitalier, à savoir « monomanie de la persécution » et la décision d'un internement d'office.

 
(bulle de Christophe Babonneau, BD "Mémoires d'un paysan bas-breton T. 1")

Quelques mois plus tard, depuis son lit d'hôpital, Déguignet s'insurge en adressant une lettre au docteur Koffec : « Vous avez déclaré par voie de journaux que j'étais fou et que je devais être interné. Déclarez maintenant que cela n'est pas vrai que le sieur Déguignet est plus saint d'esprit que de corps ... ».

Il défend même l'idée d'un droit au suicide de fin de vie : « Ce n'est du reste que le christianisme qui a créé ce malentendu en faisant d'un suicide un crime lorsqu'ailleurs on en fait une vertu, en déshonorant la mémoire du mort, quand ailleurs on l'honore. ».

En savoir plus : « Le suicide aux charbons ardents de Jean-Marie Déguignet en 1902 »

AVIS : Après une interruption d'une semaine les billets hebdos GT reprennent, dans le prochain nous présenterons un "général et d'armes en Bretagne" en 1754-62 .

71 Tourisme et poésie au Stang-Ala

Billet du 05.09.2020 - On ne voudrait pas finir l'été sans une chronique touristique : cette année 2020, de nombreux touristes avertis ont trouvé dans les étendues du site du Stangala un endroit sans possibilité de promiscuité et de propagation d'un quelconque virus, et ils ont eu raison !

Pour conforter ce choix touristique, on peut se référer à deux évocations des siècles derniers : l'une journalistique en 1930, l'autre poétique en 1894. Le premier est un article publié à la une du journal Ouest-Eclair, où le journaliste Jean Corcuff, a développé une série de plusieurs billets sur le thème « À la recherche de coins inconnus ou peu connus de notre région », passant des sites côtiers comme la pointe du Van aux paysages terrestres du Huelgoat ou du Stangala.

Ici, à la une de l'édition du 12 août 1930 c'est le site du Stangala qui est à l'honneur, avec en préambule les mauvaises conditions d'accès, ce qui peut expliquer le fait que le lieu ne soit pas connu à sa juste mesure, cette situation étant toujours à regretter aujourd'hui : « Le Stangala, hélas ! ne connaît les facilités qu'offre une voie ordonnée et entretenue, en voiture, qu'à moins d'un bon kilomètre. ».

Comme de nos jours, il y a en 1930 deux itinéraires peu pratiques pour y parvenir : « par la route de Brest » (emprunter la vieille route de Briec, à droite, pour s'enfoncer un peu, à l'aventure, il faut bien le dire, dans la campagne, au travers des champs de Beg-ar-Ménez) « ou par celle de Coray » (face à la route menant au bourg d'Ergué-Gabéric, gravir les pentes de Squividan et pousser ensuite jusqu'à une maison blanche, à 100 mètres avant le village de Quélennec).

Et là, de chaque côté, au bout du chemin non carrossable, un spectacle grandiose attend le promeneur : « Nous dominons à pic, à une hauteur de près de 100 mètres, la vallée étroite, encaissée, au fond de laquelle, parmi les blocs roulés, coule l'Odet aux eaux rapides et bouillonnantes. Cette vallée est comme un vaste sillon qu'une charrue gigantesque aurait creusé en direction de Quimper, dont on aperçoit, au loin, les deux flèches élancées de la cathédrale de Quimper ».

L'article est accompagné de deux photographies agrestes de l'atelier de photographie de la maison quimpéroise Villard.

Et les légendes locales sont évoquées par les propos du mémorialiste Louis Le Guennec : « Les paysans vous raconteront comment saint Alar, poursuivi par une bande de mécréants qui en voulaient à sa vie, sauta d'un bond par-dessus la vallée en laissant l'empreinte de sa chaussure sur le rocher d'où il avait pris sont miraculeux élan. Ils vous feront voir cette empreinte et aussi la fontaine de saint Alar, dont l'eau se change en vin pendant une heure chaque année ... »

La deuxième évocation du Stangala est extraite d'un recueil de poèmes publié en 1894 par Adolphe Paban, littérateur, journaliste au Finistère, conservateur du musée de Keriolet et fondateur-directeur de la Revue de la province.

 

Derrière le titre « Au Stang-Ala » des pages 97 et 98, cinq jolies strophes glorifient la beauté du site naturel des gorges du Stang-Ala. Les deux premières recopiées ci-dessus se poursuivent ainsi  :

Avec son feuillage mourant,
L'arbre évoque le deuil du fond de la pensée ;
Descendons la pente boisée
Jusqu'à la rive du courant.

Du moulin que la menthe embaume
J'entends le tic-tac sourd, à côté du vieux pont,
Un frêle oiseau qui lui répond
S'est posé sur le toit de chaume

Ah ! qu'il fait bon vivre là
Quelque intime roman que seul le rêve étoile,
Un dernier amour qui se voile
Dans les gorges du Stang-Ala.


En savoir plus : « Un beau paysage terrestre : Le Stangala, Ouest-Eclair 1930 » et « PABAN Adolphe - Au Stang-Ala "au bord de la mer bretonne" »

AVIS : La semaine prochaine pas de billet, pour raisons de vacances du webmestre au cœur du massif de Belledonne, en zone blanche sans connexion aucune.

72 Baux et incendie de Kervéguen

Billet du 29.08.2020 - On se souvient tous de l'incendie de la boulangerie Barabio à Kervéguen en 2016 ; mais qui se rappelle qu'en avril 1887 le toit en chaume de la grande métairie du même lieu a subi le même sort ? Merci à Romain Le Bards de nous avoir transmis des éléments de sa mémoire familiale.

Le carton d'archives n° 60J68, versé aux archives départe-mentales du Finistère par l'étude notariale Pouliquen à Pont-L'Abbé, contient uniquement des pièces relatives aux métairies du village de Kervéguen, depuis les actes de ventes en 1754-62 jusqu'aux baux de fermage de la fin du XIXe siècle.

Et parmi ceux-ci les baux des deux métairies de Kervéguen, courant sur deux fois neuf ans de 1859 à 1868, octroyés par les propriétaires de l'époque : Luigi Borghi, ingénieur de la Marine Royale Italienne, et son épouse Amélie Gobert de Neufmoulin. Cette dernière, par sa branche maternelle, a hérité de son bien gabéricois de Jean-François Le Déan, officier de la Compagnie des Indes, lequel le détenait de François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué, qui l'avait acquis de Laurent Le Galant, héritier du convenant de Kervéguen qui était autrefois inclus dans le fief de Botbodern (Elliant). ***

Les actes de fermages sont accompagnés d'extraits cadastraux qui permettent de situer les deux métairies voisines : la plus grande au sud centrée sur sa maison d'habitation en parcelle 198, et la petite au nord avec son logis en 195 (cf. plan ci-contre).

Le contrat mentionne un document dit « état des stus », valorisant les biens laissés par les fermiers successifs, essentiellement les foins et fumiers, une sorte de résurgence du domaine congéable de l'ancien régime, où si le propriétaire foncier pouvait congédier, le fermier sortant recevait le fruit de l'amélioration de son exploitation.

On trouve aussi, dans la description des obligations associées à une fin de bail, les termes pittoresques suivants : « aoûter » et « amulonner », à savoir l'obligation de moissonner et de mettre la paille et le fumier en meulons (tas, bottes).

Les bénéficiaires et fermiers de Kervéguen en 1859 et 1868 sont Auguste Hémon, né en 1823, et sa femme Pauline Hélou.

En 1887, leur fils Hervé, né en 1849, et son épouse Marie Jeanne Rannou, ayant pris la suite à Kervéguen, vivent une catastrophe imprévue : « Au moment où il venait de se lever vers cinq heures du matin, il remarqua en sortant que le toit était enflammé ; il ne

 

restait après l'incendie que les murs et les poutres fortement endommagés. Hémon suppose que le feu s'est communiqué à la toiture, qui était couverte en chaume, par les crevasses de la cheminée ».

Propriétaires et fermiers étaient assurés (cette obligation d'assurance contre l'incendie est explicitée dans le bail de 1868), mais cela n'a pas suffi pour reconstruire la grande métairie de Kervéguen.

Leur fils Auguste, né en 1876, après un apprentissage de boulanger, part en 1896 pour faire son service militaire à Nantes où il s'installe dans le quartier de Chantenay, lieu de concentration des immigrés bretons, et où il fait progressivement venir ses frères Hervé, Jean Louis et Alain. Ses parents, Hervé Hémon et Marie Jeanne Rannou, quitteront eux aussi Ergué Gabéric : la mémoire familiale garde l'image de la grand mère bretonne, ne parlant pas un mot de français et avec qui elle doit communiquer par signes.

Auguste, épargné par son statut de boulanger dans les services auxiliaires, doit partir tout de même pour Verdun en 1916. Embauché à son retour comme manœuvre à l'usine de savonnerie Talvande, il participe avec sa fratrie à la vie communautaire de ce quartier ouvrier, en prenant notamment la direction de L'Union Nationale des Combattants.

En savoir plus : « 1859-1887 - Fermage des métairies de Kervéguen, incendie et exil nantais »

(***) Nous publierons prochainement les documents et aveux de ce dossier 30J68 présentant la propriété noble avant la Révolution et issue du fief de Botbodern.

73 Coups mortels à Kerfréis 2/2

Billet du 22.08.2020 - Une affaire de coups mortels portée en Cour d'assises. Une liasse de 29 documents conservée aux Archives départementales du Finistère sous la cote 4U2-305, découverte et communiquée par Pierrick Chuto (*) + arrêts d'acquittement et dommages-intérêts classés en 4U1-73.

Il s'agit d'un dossier complet de prévention dont les pièces ont été entièrement retranscrites ci-après. Les rapports d'auditions, et de dépositions par les domestiques et membres de la famille, organisées sur place sur les lieux du crime de Kerfrez, « en l'endroit », donnent une sorte de reconstitution d'un huis-clos villageois du fin de 19e siècle. L'ambiance y est telle qu'on pourrait en tourner un téléfilm à la manière des romans policiers de Georges Simenon.
Cela commence chronologiquement par une scène digne de « La guerre des boutons » de Louis Pergaud, avec une bagarre d'enfants sur le chemin de retour de l'école : « j'ai entendu ma sœur qui venait également de l'école, qui me disait que Moysan voulait la frapper. J'ai couru après celui-ci et l'ai atteint au moment où il montait sur un talus pour rejoindre ma sœur. Je l'ai saisi par les effets et l'ai fait tomber à terre ... ».

S'ensuit la visite matinale dominicale du père René-Jean Moysan venant se plaindre auprès de sa voisine de Kerfrès, mère du sacripant et sa belle-sœur, et qui, chassé de la maison à coup de balai, revient et se fait de nouveau repousser par cette « femme Feunteun » par le moyen d'un râteau. Tout l'enjeu des premiers interrogatoires par les gendarmes est de savoir si les coups ont été portés par le manche en bois, le dos de la partie métallique ou carrément les piques de fer.

Le souci pour le juge d'instruction et les forces de l'ordre pour pouvoir appréhender les faits est d'interroger des témoins qui ne parlent que le breton ; pour ce faire un « interprète de la langue bretonne » les accompagne systématiquement, et le texte transcrit par le greffier conserve des bretonnismes ou expression orales autochtones.

Ainsi des insultes en breton par la victime des coups à l'encontre de l'inculpée sont évoquées de façon lapidaire : « mon beau frère Moysan est venu dans ma maison m'insulter, me traitant de P. et de G. ». Et un peu plus loin dans la déposition : « il est revenu sur le seuil de ma porte, m'insultant encore de (Pot Lourd) en français Lourdeau ». Les initiales P. et G. pourraient signifier en français Putain et Garce, mais en breton le mot « Gast » recouvre en principe la double connotation. La précision « (Pot Lourd) », quant à elle, est sans doute la déformation de « Paotrez lourd », où la féminisation de Paotr signifiant gars est insultante, et l'expression entière veut tout simplement dire Grosse Garce.

D'autres scènes sont marquantes dans les témoignages : le cidre doux demandé par la victime à sa femme « pour le faire vomir pensant qu'il irait mieux », l'autopsie organisée sur le lieu de décès à Kerfrez entraînant l’enlèvement du cadavre enlevé du lit clos pour raison d'insuffisance d'éclairage et d'espace.

 

Bien qu'accusée de coups mortels, l'inculpée bénéficie d'un acquittement par le jury qui répond négativement aux deux questions posées :

  • « est-elle coupable d'avoir volontairement porté des coups et fait des blessures ? »
  • « ces coups portés et ces blessures faites volontairement ont-ils occasionné la mort de la victime ? »

Le jury a certainement considéré qu'elle s'est défendue contre un agresseur, et qu'il y avait un doute quant à l'explication du médecin de la mort survenue 36 heures par hémorragie cérébrale. En tout état de cause, la personnalité de la femme Feunteun est clivante : d'un côté elle est qualifiée de « caractère vif et emporté », et de l'autre elle sait le français (elle n'a pas recours à l'interprète lors de ses interrogatoires), elle signe ses dépositions, elle est « cultivatrice » et non « ménagère », elle fait preuve d'une certaine mansuétude vis-à-vis de son agresseur. Son mari Alain Feunteun semble tenir un rôle secondaire dans l'exploitation familiale, il n'intervient qu'à la fin du procès comme proposant à titre solidaire de son épouse une rente à vie à la veuve de René-Jean Moysan.

Ce dernier, par ailleurs, bien qu'« honnête cultivateur », est enclin à la boisson, cherche querelles quand il est ivre, a un casier judiciaire pour avoir écopé de 8 jours de prison pour « Coups et blessures volontaires », s'est fait congédier de son emploi de domestique ...

Les journaux se sont étonnés à la lecture du verdict d'acquittement, ont mis cela sur le compte de la plaidoirie de l'avocat Chamaillard au nom prédestiné, mais la vérité est sans doute plus prosaïquement autour de circonstances où une femme a dû se défendre contre les agressions répétées d'un beau-frère éméché et querelleur.


En savoir plus : « 1887-1888 - Enquête, instruction et procès en assises pour un drame familial à Kerfréis »

(*) Pierrick Chuto, passionné d'histoire régionale, est l'auteur de nombreux articles (Le Lien du CGF, La Gazette d'Histoire-Genealogie.com ... ) et de livres sur les pays de Quimper et de Plobannalec. Sa dernière parution est la réédition des Les exposés de Créac'h-Euzen dans une version réactualisée et très enrichie.

74 Coups mortels à Kerfréis 1/2

Billet du 15.08.2020 - Ces présente et prochaine semaines, une expérience d'interprétation d'une affaire d'assises : tout d'abord la vision journalistique partiale des entrefilets et comptes-rendus d'audience dans les journaux locaux « Le Courrier du Finistère », « L'Union Agricole » et « Le Finistère ».

Le premier journal relate l'audience du 31 novembre 1887 à Quimper via un entrefilet en langue bretonne en première page : « Ar c'hreg Feunteun, d'euz Erge-Vraz, zo bet kondaonet da baoa mil skoed dizomach da intanvez ar Moysan he breur-Kaër marvet dre an taoliou hen d'oa paket digant ar c'hreg Feunteun. » (La femme Feunteun, d'Ergué-Gabéric, a été condamnée à payer mille écus pour dédommager la veuve de Moysan, son beau-frère mort sous les coups donnés par la femme Feunteun.)

Cet article, qui ne dit pas que l'inculpée a été acquittée, signale une condamnation au civil pour une somme de « mil skoed ». Cela équivaut à 5.000 francs, car l'unité monétaire populaire de l'écu valait 100 sous (« gwenneg » en breton), soit 5 francs.

Les autres articles précisent un peu ce qui s'est passé : la femme Feunteun a tabassé à coups de râteau son beau-frère qui serait décédé des suites de ses blessures dans la nuit subséquente.

On pourrait donc s'attendre à une sévère condamnation, les journalistes ne se privant pas d’encenser la victime : « Moysan était un honnête cultivateur, père de six enfants en bas âge. ».

Pour « L'Union Agricole », le jury s'est prononcé hâtivement : « le jury rentre en délibération et en sort cinq minutes après rapportant un verdict d'acquittement. ». Et ceci après « une brillante plaidoirie de Maître de Chamaillard, défenseur de la femme Feunteun ». Ce dernier, Henri Marie Charles Ponthier de Chamaillard, est un sénateur monarchiste du Finistère et installé comme avocat à Quimper.

Les articles de presse reflètent une certaine surprise quant au verdict, et ne rendent pas la complexité du huis-clos malheureux qui s'est déroulé le 14 nov. 1887 dans le petit village de Kerfrez (orthographié « Kerfréis » à l'époque, et tenant son nom d'un emprunt au vieux français « fres » qui signifierait vif, ardent !).

Par contre le dossier de justice, conservé aux Archives départementales du Finistère, avec ses 29 pièces d'interrogatoires, auditions, dépositions, acte d'accusation, réquisitoires, délibérés, avis du jury, plaidoiries, décrivent beaucoup mieux la complexité et

 

la spécificité des disputes villageoises et de leurs néfastes conséquences, et sans doute aussi les raisons d'acquittement. Nous développerons en détail la transcription et l'analyse de ces pièces d'archives la semaine prochaine.

En savoir plus : « Acquittement suite aux coups mortels à Kerfréis, journaux locaux 1888 »

75 Des terres bretonnes en héritage

Billet du 09.08.2020 - « Je trouve en Bretagne des âmes plus droites que des lignes, aimant la vertu, comme, naturellement, les chevaux trottent » : lettre de Mme de Sévigné à sa fille, en réponse aux critiques sur ses autres phrases dénonçant les mutineries et excès d'ivrognerie bretonnes au 17e siècle.

Cette semaine un document inédit conservé aux Archives Départementales de Loire-Atlantique (cote B 2035), à savoir l'acte de succession suite au décès de la marquise de Sévigné et portant sur le domaine gabéricois du manoir de Keranmelin (Kerveil aujourd'hui), relevant noblement du roi, et d'autres propriétés à Plomeur, Gourlizon, Beuzec et Quimper.

Le manoir de Keranmelin, orthographié aujourd'hui Kerveil, a été la propriété des Tréanna et des d'Acigné de la Roche-Jagu et de Grand-Bois. L’héritière de ces derniers, une « dame Dacigné » l'a vendu en 1683 à une « dame Marie de Rabutin Chantal veuve de haut et puissant seigneur messire Henry marquis de Sévigné », autrement dit l'épistolière marquise de Sévigné.

Les lieux constitutifs du domaine sont proches de Kerveil pour ce qui concerne Keryann, Kervernic et Niverrot, et un peu plus éloignés à Kerveady. Tous ces lieux, y compris le manoir de Keranmelin, sont tenus en domaine congéable, cela signifiant que les domaniers pouvaient être congédiés d'une année sur l'autre, mais s'ils payaient leurs rentes foncières en nature, à savoir un nombre conséquent de mesures de céréales (froment, seigle, avoine) et quelques chapons (jeunes coq châtrés).

La marquise décède le 17 avril 1696 et son fils Charles de Sévigné hérite des biens et doit déclarer au roi les rentes qu'il perçoit et payer ses droit de succession dits de « rachapt » de 400 livres au fermier général. Déjà en 1683, au moment de l'acquisition des terres en 1683 par sa mère, il avait produit une déclaration similaire (inventaire A85 dans lequel la date transcrite de 1633 est vraisemblablement erronée).

Ce Charles de Sévigné est moins connu que sa sœur Madame de Grignan, car les lettres publiées de leur mère étaient majoritairement adressées à sa fille. Néanmoins le côté intellectuel et débridé de Charles est bien proche de celui de la marquise. Mais leur attachement à la Bretagne se limitait a priori à leur château des Rochers-Sévigné près de Vitré, et ni l'une ni l'autre ne rendirent visite au manoir de Keranmelin et ses villages en

 

dépendance ; ils se contentèrent d'une administration réduite à la perception des rentes sur le domaine qu'ils appelaient « les terres de Madame d'Acigné »

En savoir plus : « 1696 - Déclaration du manoir de Keranmelin et autres par le marquis Charles de Sévigné », « 1683 - Vente à la marquise de Sévigné de quelques terres gabéricoises et cornouaillaises »

76 Une classe de cours préparatoire

Billet du 01.08.2020 - En ce premier août, c'est l'occasion de raviver un souvenir attendri de fin d'année scolaire 1967 à Lestonan. Tous nés en 1960, ils sont susceptibles de bénéficier aujourd'hui en 2020 d'une retraite selon leurs trajectoires professionnelles : tout cela ne nous rajeunit guère, pourrait-on dire !

Voici les 15 petits bouts de chou de la classe de CP de l'institutrice Madame Le Lec. Cette classe intégrera la classe mixte CE1-CE2 de Maryse Le Berre qui viendra avec son mari Jean remplacer le couple Imprez à la rentrée de septembre.

En haut au 2e rang : Nadine LE LANN, Jean BILLON, Marie-Pierre MIGNON, Pascal VIGOUROUX, Guy AUFFRET, Nicole LE BEC, Martine SAGET

  Devant au 1er rang : Pierrick COGNARD, Didier LE STER, Marthe LE MOIGNE, Sylvie LE BERRE, Roger HENVEL, Patricia BRÉUS, Nicole LE GUERN, Brigitte LE MOIGNE

Avis est donné aux futur(e)s retraité(e)s pour qu'ils/elles nous envoient leurs souvenirs de classe !

En savoir plus : « 1967 - Classe de CP à l'école publique de Lestonan »

77 Sergenterie féodée en 1538-1544

Billet du 26.07.2020 - Un registre de 117 folios conservé aux Archives départementales de Loire-Atlantique sous la cote B 2036 contenant l'ordonnance de réformation du nouveau domaine de roi de France après Union de la Bretagne, et deux mentions de l'office de sergenterie féodée d'Ergué-Gabéric.

Nous devons à Raymond Delaporte la preuve de la charge détenue par Alain Kersulgar de Mezanlez, l'annexe de son étude sur la sergenterie féodée, page 185, donnant ce détail : « B. 2036. Réformation du rôle rentier ; mentions des offices féodés. Folio 70 verso : sergenterie féodée de Mezanlez. Folio 72 verso : Kergamon et Kergastel, gages de la sergenterie d'Ergué-Gabéric. »

Du 13e au 16e siècle, la charge de sergent féodé, ou fieffé, est octroyée à certains nobles pour mettre à exécution les mandements de justice et le recouvrement des rentes ducales ou royales.

Le registre rentier B. 2036 de 1538-1544, conservé aux Archives départementales de Loire-Atlantique, fait suite au rapport nominatif préparatoire de 1536, en donnant la fiscalité précise de chaque lieu. Il est introduit par l'ordonnance du roi de France du 8 février 1837 sur le sujet de la réformation de son domaine en Bretagne. François Ier ayant épousé Claude, fille d'Anne de Bretagne, a hérité d'un vaste territoire qu'il veut réformer en demandant la consignation dans un registre de toutes les rentes féodales.

L'ordonnance de 1537 reprend rigoureusement l'adresse du célèbre édit de Nantes de 1532 traitant de l'Union de la France et la Bretagne : « François par la grâce de Dieu Roi de France et père et légitime administrateur et usufruitier des biens de notre très cher et très aimé fils le Dauphin, Duc et seigneur propriétaire des pays et Duché de Bretagne. »

  Le rentier aux 117 feuillets parchemins, est d'une même écriture typique du 16e siècle avec ses "d" à la barre inclinée à gauche. Son contenu est riche, et n'a fait l'objet à ce jour d'aucune transcription complète ou étude de chercheur en histoire. Y sont listés tous les biens nobles sujets à chefrentes royales de basse-Cornouaille, avec y compris les riches maisons de la ville close de Quimper. Les lieux, propriétaires et montants dus sont précisés, ainsi que les noms des officiers chargés du recouvrement.

Comme détenteur de la sergenterie d'Ergué-Gabéric apparaît donc « Allain Kersulgar seigneur de Maisanlez » pour d'une part les chefrentes de Kerfors (50 s.), et d'autre part celles de Kergamon et Kergastel (27 s.) : «  soubz le Roy pour gaiges de la dicte sergenterie féodée ». Cet Alain Kersulgar, époux de Marie Botigneau, est aussi cité dans l'ébauche de Réformation de 1536, et le manoir de Mezanlez restera propriété des Kersulgar jusqu'à la fin du 17e siècle.

Les générations de Kersulgar, détenteurs de Mezanlez :

Alain I de Kersulgar (réform. 1426)
 x Jeanne de Mezanlez
 |- Jan de Kersulgar
 |- Yvon de Kersulgar, seigneur de Mez-en-Lez (montre 1481)
 |   x 1448 Beatrix de Kervezaout
 |   |- Jean de Kersulgar, sr de Mesanlez
 |   |   x Jeanne de Kergoff
 |   |   |- Alain II de Kersulgar, sr de Mesanles (reform. 1536)
 |   |   |   x Marie Botigneau
 |   |   |   |- Jan de Kersulgar, sr de Mezanlez
 |   |   |   |   x 1616 Marye de Kerourfil
 |   |   |   |   |- Alain III de Kersulgar, sr de Mezanlez (1636)
 |   |   |   |   |   x Claude de Moellien
 |   |   |   |   |   └ François de Kersulgar, sr de Mezanlez (1638, 1668)
 |   |   |   |   |      x Marie Billoart, dame de Mezanlez
 |   |   |   |   └ Marguerite et Françoise de Kersulgar
 |   |   |   |- Claude de Kersulgar x Guillaume Le Guerriou
 |   |   |   └ Françoise de Kersulgar x Tanguy de Finamour
 |   |   └ Marye, Françoise et Izabeau de Kersulgar
 |   └ Marye de Kersulgar x Louis Lesmais
 └ Henri de Kersulgar (1475 pour Kernaou)


En savoir plus : « 1538-1544 - La sergenterie féodée de Mezanlez dans le rentier des recettes de Quimper », « Les Kersulgar, nobles de Mezanlez et Kernaou, 15e-17e siècles »

78 Un document parchemin de 1540

Billet du 18.07.2020 - Jusqu'à cette présente semaine, nous ne connaissions que le registre d'inventaires conservé à Quimper sous la cote A85 pour authentifier les déclarations nobles de propriété, dont notamment celle du manoir et lieu noble de Kernaou par les Kersulgar en 1475 et 1540.

Nous avons retrouvé aux Archives départementales de Loire-Atlantique l'aveu original de Kernaou, présenté en 1540 par Charles Kersulgar, qui est en papier parcheminé et de belle facture avec d'élégantes calligraphies. Il donne la description du lieu et manoir de Kernaou (orthographié Kernou) et les terres et villages rattachés au domaine tenu « prochement et noblement à foyhommage »  :

On sait très peu peu de choses sur ce Charles, « escuyer seigneur de Kernou », si ce n'est qu'il représente la 3e génération détentrice de Kernaou (son père et son grand-père se prénommaient Henri, et son arrière grand-père Alain a fondé également la succession des Kersulgar du village voisin de Mezanlez) et que les deux générations suivantes y resteront jusqu'au 17e siècle.

Charles est déclaré dans les registres de Réformation de la Noblesse de Cornouaille en 1536 : « Charles de Kersulgar, sieur de Kernouë ».

Les 5 générations de Kersulgar à Kernaou :

 Henri de Kersulgar (1475)
 x Jeanne Prévost (dame héritière de Kernou)
 └>Henri II de Kersulgar (1475)
      x Marie Moysan
     └> Charles de Kersulgar, (1540, 1536, 1554)
          └> Louis de Kersulgar, seigneur de Kernaou (1562, 1580)
               x Marie Saludenn
               └> René de Kersulgar, écuyer, seigneur de Kernaou
                    x 1624 Marie Autret, fille de René Autret

Le lieu de Kernaou a fait l'objet d'un acte daté de 1475 et présenté par Henri Kersulgar père et fils, avec cette formule transcrite dans le registre A85 : « Henri Kersulgar garde naturel de Henri son fils pour le manoir de Kernou et apartenances », le premier Henri ayant hérité des lieux par le biais de son épouse Jeanne Prévost. Dans un acte daté 27 février 1479, Henri de Kernaou et Yvon de Mezanlez sont qualifiés de « freres germains ». Henri se fait représenter en 1481 à la montre militaire de Carhaix : « Henry Kersulgar, par Jehan Provost le Jeune, archer en brigandine et vouge ».

On trouvera dans l'article détaillé une tentative de transcription du document original de 1540, avec en regard ce qui a été retenu et résumé dans le registre d'inventaire A85 plus tardif.

 

Le manoir est décrit "ET PREMIER" en première des 8 pages : « où demeure le sieur Kersulgar en la dite paroisse d'Ergue Caberic, contenant soubz maisons, ayre, pourpris et terres chaudes envyron treize journaux ».

Les villages et terres constituant le domaine noble de Kernaou sont dans l'ordre Coat Piriou (Quoet Quiriou), Lezouanac'h (Lesonmenech), Kerdohal, Chevardiry, Kernéno-Kerdilès (Keranhenaff), Meouet (Mezhouet) et également quelques terres à Briec et à Chateaulin. Au 17e siècle le domaine de Kernaou tombera par succession maritale dans l'escarcelle des familles nobles voisines de Kerfors et Lezergué, à savoir les Autret et de La Marche.

En savoir plus : « 1540 - Adveu du manoir de Kern(a)ou présenté par Charles Kersulgar », « Les Kersulgar, nobles de Mezanlez et Kernaou, 15e-17e siècles »

* * *

La semaine prochaine nous publierons un autre document inédit d'archives nantaises sur les Kersulgar, mais cette fois pour détailler la branche de Mezanlez.

79 Bulletin Kannadig estival n° 50

Billet du 11.07.2020 - Ce bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du deuxième trimestre 2020 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net. L'envoi postal dans les chaumières inclut aussi le n° précédent qui avait été mis en ligne, mais gardé au frais pour raison de confinement.

Pour oublier un peu la pandémie, on se remémore tout d’abord dans ce Kannadig la première grande fête républicaine au Cleuyou en 1890.

Ensuite les identifications collectives d’avril des vidéos d’Alain Quelven mises à disposition par la Cinémathèque de Bretagne : scènes de chasse, pêche, basket-ball féminin, processions des années 1950.

Le sujet suivant, daté de 1680, évoque l’entrée de Lestonan et ses patibulaires dans le domaine du Roi.

Deux autres sujets se passent à la veille et pendant la Révolution : le paiement de la dîme ecclésiastique à l’Evêque et le tout premier mandat de maire. Pour la seconde moitié du XIXe siècle, le livre d’un anglais en vacance à Kerdévot, les sciences naturelles selon Déguignet et enfin le vol de la caisse des salaires ouvriers de la papeterie d’Odet.

Au XXe siècle, on a un étrange arrêté préfectoral sur la conduite à gauche des chevaux, les mesures de protection des monuments historiques, et le vol d’habits à Tréodet, avec aussi l’évocation d’une gwerz de Marjan Mao.

Et, pour finir, on revient au thème de la fête : la gavotte aux garages de la rue de Croas-ar-Gac en 2008, un chant que Marjan a aussi interprété 30 ans avant.

 
Pour évoquer le soleil de l’été, nous proposons la chanson Heol Glaz des Tri-Yann : « Rag eun heol glaz eo hennez, O hunvréal ennañ e-unan en deiz Hag o teuzi da noz E hunoù ar Vretonned » (Elle est un soleil bleu-vert, Qui se rêve lui-même le jour Et se dissout la nuit Dans les sommeils bretons)

Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 50 Juillet 2020 »

80 Accordéon, chant et gavotte aux garages

Billet du 04.07.2020 - Une vidéo amateur pour la clôture d'un rassemblement de musiciens et chanteurs qui se sont déchaînés en impros et répétitions dans les sous-sols du haut de la rue de Croas-ar-Gac autour d'un chant traditionnel « Son ar Meilher », rebaptisé à l'occasion « Gavotte aux garages ».

Le 20 septembre 2008, une session préparatoire du festival d'accordéons de la sympathique association « Boest an Dioul » dont le nom signifie "boîte du diable" - surnom donné autrefois à l'accordéon diatonique par les prêtres pour ses facultés diaboliques d'appels à la danse - était organisée à Ergué Gabéric du côté du quartier de Lestonan-Quélennec.

Trois garages en sous-sol de la rue de Croas-ar-Gac avaient été ouverts pour cette manifestation : chez Françoise et Dédé Larvol, chez Marie Thé et Didier Le Meur et chez Monique et Didier Coustans-Roland. La rue était barrée et déviée par Pontlen, les gens pouvaient déambuler d'un garage à l'autre, et sous le barnum installé au milieu de la rue pour la buvette et les "billigs". Les gens du quartier étaient venus nombreux et avaient bien apprécié cette très belle soirée.

Et notamment tout le monde se souvient de cette "gavotte aux garages" super entraînante. En fait c'est une reprise du chant traditionnel « Son ar Meilher » (chant du meunier) avec cette orthographe et prononciation locale "meilher", équivalente des "miliner" ou "meliner" plus classiques à l'écrit. La chanson est connue aussi sous le titre complet « Son eur miliner yaouank d'e vestrez » (la chanson d'un jeune meunier à sa bien aimée). Les paroles sont transcrites et traduites dans l'article (après la vidéo et les photos vignettes), avec la copie du cahier de chants des années 1970 et de la feuille volante des années 1900, la version complète ayant été fournie par le chansonnier Kolaik Pennarun (1871-1919) de Landrevarzec.

Les chanteurs qui se sont joints aux accordéonistes et autres musiciens de « Boest an Dioul » sont le gabéricois Jean Billon et l'elliantais Christophe Kergourlay, avec l'aide rapprochée du scaërois Guy Pensec. Sur la vidéo ils chantent sur un air de gavotte, plus précisément le deuxième temps « ton doubl » à la rythmique musicale redoublée et plus vive qui suit le « ton simpl » et le bal ou « tamm kreiz » plus lents.

Mais il se trouve que cette chanson, et ses paroles à l'identique, étaient dans le répertoire de la chanteuse Marjan Mao qui habitait à Stang-Odet tout près de Croas-ar-Gac. Sous la forme d'une complainte ou « gwerz », ses couplets disent aussi le bonheur d'un enfant meunier de la région et de sa douce amie, puis l'éloignement forcé et le départ du pays, et enfin, au bout de 14 ans, le retour et les tentatives du meunier pour renouer, mais qui se heurte à une réalité sociale bien figée.

La vidéo et les paroles du « ton doubl » se terminent par un couplet spécial qu'on qualifierait aujourd'hui de sexiste : « Ar plant yaouank hall breman dougen frouez ha bleiniou ; Mez prestig teuy da zevel keonid war o zreujou » (Les jeunes plantes peuvent maintenant porter fruits et fleurs Mais bientôt se lèveront Des toiles d'araignée sur leurs tiges).

 

Ce texte est dans la version de Kolaik Pennarun, mais Marjan Mao en 1979 l'a ignoré ostensiblement. Elle a continué son chant par treize autres strophes qui expliquent la distanciation sociale entre le pauvre meunier et la riche fille d'agriculteurs. Et cette interprétation complémentaire, dont le texte est aussi dans la feuille volante, est exécutée de mémoire seulement, car Marjan ne savait pas lire du tout.

Les musiciens de la fête des garages sont principalement les accordéonistes Jean Marc Guéguen, plus connu sous le nom de Gaston, et l'incontournable Thierry Beuze de Plonéis, ainsi que les violonistes Loïc Le Grand-Lafoy et sa fille Emilie, accompagnés de leurs amis guitariste, saxophoniste et flûtiste.

Et les nombreux spectateurs sont venus en voisins, tous ou presque des alentours de la rue de Croas-ar-Gac. Pour les identifier, des vignettes d'arrêt sur images, avec numéros de chrono-vidéo, ont été créées. Si vous vous reconnaissez, ou reconnaissez vos amis, n'hésitez pas à nous communiquer leurs noms et/ou prénoms (infos à admin @ grandterrier.net).

En savoir plus : « La "gavotte aux garages" de la rue de Croas-ar-Gac, Boest an dioul 2008 », « Les chants de Marjan Mao, collectage des Daspugnerien Bro C’hlazig en 1979 »


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À l'occasion du 20ème anniversaire du groupe LIRZHIN, un spectacle intitulé « Scènes & ripailles à Ker Anna » mettra à l'honneur la chanteuse Marjan Mao dimanche 20 septembre prochain à 16 H au centre culturel Athéna, avec en première partie les Gabiers de l’Odet. Une belle fresque musicale imaginée par Pascal Rode, entouré des chanteurs et musiciens de Lirzhin, et d’autres invités surprises.

Ce spectacle relate la vie des ouvriers(ères) dans la cité de Ker Anna avec la dualité de deux époques : avant 1950, la tradition, autour des chants de Marjan Mao ; après 1950, l’arrivée de la modernité à travers les propos recueillis auprès de Jean Hascoët ; tous les deux anciens ouvriers du moulin à papier d'Odet.

81 Premier mandat municipal historique

Billet du 27.06.2020 - Ce week-end de fin juin est organisé le second tour des élections municipales gabéricoises : c'est l'occasion de se remémorer ce qui a marqué le tout premier mandat communal, à savoir deux pétitions signées par son maire pour le maintien des prêtres et l'exil d'une fille de mauvaise vie.

Jérome Kergourlay, né le 6 décembre 1737 à Ergué-Gabéric, est installé comme agriculteur à Squividan. Il est le premier maire de la commune créée en 1790, cette nouvelle structure remplaçant celle de la paroisse, et son nom avec ce titre de maire apparaît dans deux documents de 1791.

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Le premier document est conservé aux Archives Départementales de Quimper sous la cote 18 L 24. La lettre, datée du 1er février 1791, contresignée par le nouveau maire Jérôme Kergoulay, agriculteur au village de Squividan, et par plusieurs officiers municipaux et notables, est l'expression de la toute nouvelle assemblée communale « tenue en la sacristie de la dite paroisse où a présidé Jerôme Kergourlay maire ».

La demande est adressée au District et au Département pour le maintien en postes des prêtres de la commune qui n'ont pas prêté serment à la Constitution Civile du Clergé : « ne voulant pas que l'office divin et l'administration de sacrements soient interrompus, elle prie ces Messieurs de vouloir bien continuer leurs fonctions à l'avenir comme au passé ».

Les prêtres réfractaires de la paroisse sont au nombre de quatre : Alain Dumoulin, recteur (émigrera à Prague en Bohème) ; Vallet, curé (sera nommé recteur de Kerfeunteun) ; Jean-Baptiste Tanguy, prêtre ; Le Breton, clerc tonsuré. Aucun d'entre eux ne restera en place, car un curé constitutionnel sera nommé.

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Le deuxième dossier, également conservé aux Archives Départementales du Finistère (sous la cote 12 L 4) et comprenant une pétition communale et les réponses des autorités révolutionnaires, constitue de notre point de vue un véritable morceau d'anthologie.

Le 14 mai 1791, les conseillers de la commune nouvellement créée formulent une pétition auprès des instances administratives révolutionnaires pour se plaindre des agissements d'une fille de mauvaise fréquentation : « 1° Elle n'est pas originaire de notre paroisse, 2° elle a la vérole, 3° elle se lave dans neuf fontaines dans la persuasion de se guérir, superstition, elle est de mauvais exemple, elle a fréquenté les soldats, elle a eu un enfant.  »

 

" Nous soussignés officiers municipaux assemblés de la paroisse d'Ergué-Gabéric, nous supplions très humblement de prendre en considération la plainte que nous vous portons, avec confiance, d'une fille de mauvaise vie que nous avons sur notre paroisse ... "

À la réception de la requête signée par Jérôme Kergourlay, premier magistrat de la commune, le Directoire du District de Quimper se prononce pour « enjoindre à la fille de se retirer incessamment de la dite paroisse, et au cas qu'elle y reparaisse, à la faire arrêter et conduire aux prisons de cette ville », au nom du principe de « la liberté qu'a incontestablement toute communauté de chasser de son sein les individus qui n'ayant aucun titre à son assistance, lui paroitroient dangereux ».

In fine, craignant que l’intéressée communique à tout le canton le mal dont elle est atteinte, le Directoire décrète « qu'à la diligence du maire et procureur de la commune de la municipalité d'Ergué-Gabéric, la fille dont il s'agit sera incessamment appréhendée et conduite aux prisons de Quimper et ensuite transférée au frais de l'Etat à l'Hopital vénérien de la ville de Brest pour part les gens de l'art, les remèdes convenables, lui être administré, jusqu'à parfaite guérison, et ensuite renvoyé à la municipalité de droit ».

L'hôpital militaire de Brest est bien chargé au 18e siècle du traitement anti-vénérien en Cornouaille et Léon. En 1763 le chirurgien-major M. de Montreux rapporte à son Ministère y avoir traité avec succès des centaines de Vénériens, ceci grâce aux dragées de Jean Keyser. Ces dernières sont en fait des pilules d'acétate de mercure et d'amidon dont la formule est vendue par son inventeur au gouvernement français en 1772.

On peut penser que le remède administré à l’hôpital de Brest sera efficace et que la fille gabéricoise, guérie de son mal, pourra revenir dans sa commune d'origine pour y élever son enfant.

En savoir plus : « Jérôme Kergourlay, maire (1790-1792) », « 1791 - Demande du maire pour le maintien de prêtres réfractaires »,
« 1791 - Requête municipale contre une prostituée »

82 Des "conchennou" anti-gauchistes

Billet du 20.06.2020 - La colère d'un conseiller municipal conservateur qui s'insurge contre l'autorité préfectorale républicaine qui voudrait imposer la conduite pédestre des chevaux sur les routes pour éviter des accidents de circulation. Délibérations municipales et journaux locaux finistériens.

Jean Mahé, né en 1872, neveu de l'ancien maire d'Ergué (également Jean Mahé), est cultivateur à Mezanlez. En septembre 1906 il est nommé conseiller de l'équipe du maire conservateur Louis Le Roux de Kerellou, et reste conseiller jusqu'en 1917, bien que mobilisé.

Au conseil municipal du 4 août 1907, élu secrétaire pour la délibération du jour, Jean Mahé fait écrire dans la délibération du jour : « Le maire entretient le conseil des multiples inconvénients que présente pour les cultivateurs la mise en application de l'arrêté préfectoral en date du 26 juin 1907 préconisant que tout individu conduisant un cheval en main, attelé ou non, devra se placer à gauche de l'animal ».

Et il demande au préfet François Joseph Ramonet de surseoir car « le susdit arrêté est difficilement applicable à la campagne et qu'il est de nature à produire de nombreux accidents, tant dans les petits chemins creux et encaissés ».

Il faut dire qu'en juillet Jean Mahé a publié une lettre ouverte au préfet dans laquelle il se moque du nouveau pouvoir républicain : « Je sais bien, l'exemple venant du haut, que le char de l'État a des tendances à marcher toujours plus à gauche et que la droite est un sujet d'aversion aiguë ». Et en conclure par cette provocation : « Parmi les habitudes, il est sage de conserver les bonnes, et celle de mener à droite en fait partie. »

Et pour appuyer son argumentation, il fait parler les plus âgés, paysans et chevaux : « J'entendais, l'autre jour, les plaintes d'un vétéran des champs, de 65 ans, dont le cheval s'en allait lentement, alourdi par le poids de 25 années de travail : "Comment veux-tu, mon pauvre ami, que je conduise à gauche, je n'ai toujours connu que ma droite" ... Tout ça c'est des changements qui ne disent rien, ce sont des conchennou (*). »

Et il imagine un accident avec un guide à gauche : « Une automobile apparaît brusquement au tournant d'une de nos routes si pittoresques, avec sa trépidation et le mugissement de sa trompe, le cheval s'effraie, fait un écart et le conducteur à gauche, projeté sous les roues du terrible teuf-teuf ... se remue, s'agite comme un ver coupé. Adieu cheval et charrette !  ».

 
(inspiré par un dessin de Laurent Quevilly, 1998)

Une autre réaction dans le même hebdo catholique rebondit sur les propos de Jean Mahé et propose de façon humoristique une réécriture de l'arrêté contesté : « Art. 1er. - Les chevaux qui ne pourraient être conduits à gauche et par la tête, pourront l'être par la queue ».

Et les jours suivants les autres journaux rendront compte de l'émotion soulevée dans la population paysanne de tout le département et des débats houleux aux séances du Conseil général.

En fin d'année, le texte de l'arrêté est révisé par le nouveau préfet Eugène Allard : « Considérant que l'arrêt sus-visé a soulevé de nombreuses protestations, motivée par une habitude invétérée de se tenir à droite des attelages, et qu'il y a lieu de tenir compte de ces protestations en ce qui concerne les chevaux attelés, tenus en main ». L'article 1er est donc modifié en conséquence, la technocratie républicaine a dû reculer devant la contestation locale.


En savoir plus : « 1907 - Un conseiller contre l'arrêté préfectoral sur la conduite à gauche des chevaux », « Arrêté préfectoral sur le guide des chevaux à gauche, journaux locaux 1907 »

(*) Koñchennoù, sf. pl. : bretonnisme, « histoires, bavardages, balivernes ». Konchenner, c'est commérer. Source : Les bretonnismes d'Hervé Lossec, "de retour".

83 Vol au moulin à papier en 1887

Billet du 13.06.2020 - Le vol dans des circonstances rocambolesques de la caisse contenant l'argent liquide servant à payer le personnel du moulin à papier d'Odet. Comptes rendus des audiences d'assises dans les deux journaux locaux « L'Union Agricole » et « L'Union Monarchique du Finistère ».

On appelait cette bande « Les voleurs de Quimper » car pendant de nombreuses années ils écumèrent la région quimpéroise en commettant d'importants vols d'argent bien organisés. L'un d'entre eux était d'origine gabéricoise : Pierre Le Roy, né en 1857 à Guillyhuec, de profession aide-agricole ou potier.

C'est grâce à lui que la bande, menée par un certain Pierre-Louis Motion, a pu commettre le vol par effraction à l'usine de fabrication de papier à Odet : « Le Roy, qui a travaillé pendant longtemps au moulin, savait que le paiement du personnel devait être effectué le 7 mai et il avait acquis la certitude que son oncle, charretier de l'usine y avait porté de Quimper, dans l'après-midi, le 6 mai, une caisse contenant le billon nécessaire à cette paie. ».

Le compte-rendu des assises détaille précisément leur méfait : « ils se couchèrent dans une allée d'arbres plantés le long du jardin et attendirent là jusqu'à minuit, heure à laquelle les ouvriers se relèvent au travail de l'usine. ». Grâce aux informations de l'oncle charretier et avec l'aide d'un « ciseau à froid » de serrurier, ils réussissent à s'emparer et à ouvrir la caisse en bois de la paie, mais échouent à ouvrir le coffre-fort.

On apprend que le montant de la paie de début de mois des ouvriers est de 280 francs en « billon » (menue monnaie). Cette paie ne couvre pas les indemnités d'une quinzaine, car l'entreprise compte 120 salariés au total à l'époque et le salaire moyen, d'un ouvrier homme est de l'ordre de 2,5 à 3 euros par jour. Certes femmes et enfants sont nombreux à travailler à Odet (cf photos ci-contre), mais l'équation semble improbable.

Dans les articles de journaux, pour désigner les propriétaires du moulin à papier, il est question soit de Madame ou de Monsieur Bolloré, soit de « Messieurs Bolloré, manufacturiers à Ergué-Gabéric ». Ceci s'explique d'une part par le fait que le premier dirigeant Bolloré, Jean-René, est décédé en 1881, et que sa veuve Eliza, née Le Marié et sœur du fondateur Nicolas Le Marié, a conservé la direction de l'entreprise jusqu'en 1891.

 
hommes, femmes et enfants ouvriers d'Odet vers 1880-90

femmes ouvrières d'Odet vers 1894

Et d'autre part parce que le fils aîné, René-Guillaume Bolloré, travaille dans l'entreprise avec ses deux frères Charles et Léon sous la supervision de leur mère : « Après quelques années de tâtonnements et de collaboration, l'aîné des trois fils, toujours M. René, prit seul en main la direction : il devait la conserver vingt-quatre ans. » (abbé Édouard André-Fouet), jusqu'à son décès en 1904.

En tous cas, les malfrats du vol du moulin à papier d'Odet n'ont pas échappé à un verdict relativement sévère : 20 ans et 15 ans de travaux forcés pour les deux meneurs, et 5 ans de prison pour leur complice gabéricois Pierre Le Roy.

En savoir plus : « Vol de la caisse de la paye du personnel à Odet, journaux locaux 1887 », « Elisabeth Bolloré (1824-1904), nièce, fille, épouse et mère de fabricants de papier », « René-Guillaume Bolloré (1847-1904), entrepreneur papetier »

84 Du côté de Lestonan en 1680

Billet du 06.06.2020 - Voici comment le village orthographié Lezdonant et trois de ses parcelles nommées Parc Rupin est entré dans le domaine de sa Majesté le Roy, après avoir servi de lieu d'implantation des poteaux de justice ou patibulaires de Kerfors et de Lezergué.

En cette fin de 17e siècle, la réformation du domaine royal a bouleversé la perception des droits seigneuriaux sur le territoire d'Ergué-Gabéric, notamment du fait que certains seigneurs locaux comme ceux de Kerfors et de Lezergué se sont vus déboutés des droits de justice et de chefrentes sur certaines mouvances de leur proche-fief.

Les terres et le village de Lestonan qui dépendaient auparavant de Kerfors et de Lézergue font désormais partie des lieux roturiers « réunis au domaine de sa majesté sous sa garde royale ».

Nous avons transcrit les déclarations publiées dans le volume du papier terrier conservé aux Archives nationales. Mais comme le premier dénombrement est quasi illisible, nous avons complété par les folios originaux du « Livre de sentences contenant les ordonnances de correction et de réception rendues par les commissaires réformateurs du papier terrier du Domaine de Quimper » (Archives de Nantes, cote B 2050).

Les déclarations et sentences concernent d'une part le village de Lestonan, avec « maisons, four, ayres, pourpris, issues à framboy, issues », et d'autre part trois champs dépendant du dit village, dénommés « Parc Rupin » en breton.

Le lieu-dit Lestonan est orthographié avec plusieurs variantes : Lezdonnant, Lezdonant, Lestonan, Lestonnan, Lestonant. Le toponyme avec un d est une version ancienne déjà repérée au 15e siècle mais qui semble donc toujours en usage, et qui pourrait être dédié à l'origine à saint Don (ou Donan par diminutif). Le village est aussi précisé « huella » (haut) regroupant sans doute les fermes de Lestonan « vian » (petit) et « vraz » (grand) exploitées aux XIXe et XXe siècles, et pas du tout au centre-Lestonan actuel, pas plus qu'au lieu-dit intermédiaire de Kerhuel (qui fait l'objet d'une sentence séparée d'inclusion dans le domaine royal).

Les détenteurs en titre des biens concernés à Lestonan, village et parcelles, sont essentiellement de la famille Lozeac'h, présents à Lestonan depuis plusieurs générations. Parmi les déclarants de cette famille, il y un prêtre Michel Lozeach, demeurant a priori à Pennamenez, qui est identifié en 1665 comme l'un des vicaires gabéricois du recteur Jean Baudour.

L'objet des déclarations est de noter que les biens relèvent maintenant « prochement, & roturièrement du Roy », prochement car il n'y plus de seigneur intermédiaire, et roturièrement parce que non noble. Plus explicitement, la cheffrente due au seigneur de Kerfors (et à Lezergué jusqu'au début du 17e siècle) est à présent « convertie en rente censive » au roi, avec transferts également des autres droits : Chambellenages (droits de vassalité), Lods et ventes (taxes sur ventes à des acquéreurs tiers) et Rachats (droits de succession familiale).

Pour ce qui concerne les parcelles de terres, essentiellement froides et incultes, elles sont au nombre de trois et nommés « Parc Rupin ». Ce nom de micro-toponymie n'est pas un synonyme de richesse, il est décomposable en « Run » (signifiant tertre ou som-

  met) et « Pin » (sapin, pin), ce qui laisse à penser qu'il s'agit d'une hauteur plantée de pins.

Le parcellaire du cadastre de 1834 confirme la localisation en hauteur des terres de « Parc Rupin », sur les parcelles n° 1100, 1102, 1103 et 1104, entre l'ancien village de Lestonan et Kerouzel.

Dans les sentences et déclarations de 1680-82 il est bien rappelé que les Lozeach devaient à « la seigneurie de Querfors la somme de trois sol six deniers de cheffrante » pour exploiter le champ Parc-Rupin. Et si l'on remonte aux aveux de 1634 concernant le domaine de Lezergué (qui va devenir la propriété du seigneur de La Marche de Kerfors) on trouve aussi ces « trois parcs nommés Rupin proche de Lestonan ».


Dans ce même document de 1634, il est question des « patibulaires à deux piliers en la montaigne de Lestonnan », de là à penser que ces poteaux de justice où on pendait les mécréants étaient précisément sur les hauteurs de « Parc Rupin ». Nous vous proposons, sur la base de la localisation précise des dites parcelles, d'organiser sur place cet été une chasse au trésor à la recherche des fameuses fourches patibulaires.

En savoir plus : « 1680-1682 - Papier terrier des terres royales roturières de Lestonan »

85 Boniments de vulgarisateurs charlatans

Billet du 30.05.2020 - Page 228 de l'Intégrale des « Mémoires d'un paysan bas-breton », publication des cahiers manuscrits de Jean-Marie Déguignet, les notes de bas de page de l'éditeur indiquent : 181. Mangin : personne non identifiée, et 182. Jules Radu : ibid. Nous avons voulu en savoir un peu plus.

En remontant aux pages précédentes du cahier, nous comprenons que Déguignet défend l'importance de s'initier aux sciences naturelles et à la physiologie dans les musées, les cours et même les théâtres. Mais a contrario il s'insurge sur la nullité des méthodes imprimées produites par des vulgarisateurs qu'il qualifie de charlatans.

En début d'année 1859, alors qu'il est en congé à Paris après sa campagne de Crimée, avant de repartir servir Napoléon III dans sa guerre d'Italie, le soldat Déguignet se focalise sur l'apprentissage autodidacte : « le meilleur moyen de s'instruire dans les sciences naturelles, les seules utiles, était d'étudier les choses dans leur nature même ».

Et il multiplie ses visites éducatives gratuites dans les musées de la capitale : « Or, toutes ces choses se trouvent ainsi à Paris, clans les musées du Louvre, du Luxembourg, de Cluny, de la Marine, des Arts et Métiers, du Jardin des Plantes, les théâtres, les cours de physiologie, de physique, de chimie et d'histoire naturelle » ; « Et au Jardin des Plantes, on peut voir et contempler toutes les autres créatures de notre petit globe terrestre, avec tous les végétaux qu'il produit naturellement et artificiellement, et les divers minéraux qui forment sa charpente ».

Il ne néglige pas non plus quelques sorties culturelles : « quand mes économies le permettaient, j'allais au théâtre », n'ayant pas à faire la queue en tant que militaire, alors que ses collègues voltigeurs préfèrent aller se distraire dans les « bastringues des barrières » (les guinguettes implantées dans les faubourgs parisiens à l'extérieur de l'enceinte des Fermiers généraux).

Par contre, il note dans son camp retranché d'Ivry, l'intrusion commanditée de pédagogues se disant les apôtres de l'instruction et de l'éducation moderne : « Ces charlatans, dont le célèbre Mangin était le roi, venaient jusque dans nos casernes nous donner des séances de somnambulisme et de prestidigitation ». Arthur Mangin (1824-1887) est un écrivain et vulgarisateur, auteur de nombreux ouvrages soi-disant scientifiques, notamment « Les phénomènes de l'air » ou « Voyage scientifique autour de ma chambre ».

La scène, dont Déguignet est le témoin direct, est celle de Jules Radu (1810-1899) faisant une opération de promotion de sa méthode de "lecture, écriture, calcul, orthographe, dictionnaire français, agriculture, géographie, histoire" approuvée et autorisée par l'Académie : « Quand il eut terminé son boniment, les sergents-majors passaient devant leurs hommes, demandant qui en voulait, et inscrivant d'autorité certains individus qui secouaient

 


la tête. Enfin, moins d'une heure après, nous recevions presque tous le livre merveilleux, pour le prix de cinq francs qui devait être retenu sur notre petite solde. ».

Le verdict de l'apprenant autodidacte est sans appel : « des modèles d'écriture avec des explications grotesques pour imiter ces modèles ... puis des extraits tronqués et falsifiés de l'histoire de France et de l'histoire sainte; et puis c'était tout, c'est-à-dire rien que des sottises » ; « Si ce grand charlatan breveté et garanti du gouvernement était revenu à la caserne, je crois bien qu'il y aurait passé un mauvais quart d'heure ».

En savoir plus : « Déguignet étudie les sciences naturelles sans les vulgarisateurs charlatans »

86 Les reliques de saint Kerdévot

Billet du 23.05.2020 - « A l'extérieur, de nombreux groupes, les hommes la tête nue, processionnaient lentement autour de l'édifice, disant des prières et leurs chapelets tout en marchant ; alors que d'autres, en majorité des femmes, tournaient autour de la chapelle en progressant lentement sur les genoux. »

Charles Richard Weld (1813–1869), écrivain historien de la Royal Society, a écrit une série de récits de ses voyages de touriste en vacances au Canada, en Irlande, en Ecosse, en Italie et dans plusieurs régions françaises dont celui-ci « A Vacation in Brittany » ("un séjour de vacance en Bretagne"). Dans ce journal de voyage, le site gabéricois de Kerdévot et son Pardon sont à l'honneur car pas moins de 11 pages leur sont consacrées, lesquelles ont été traduites ici en français pour la première fois, afin d'en comprendre la teneur.

Jean-Yves Le Disez, dans son livre « Étrange Bretagne. Récits de voyageurs britanniques en Bretagne (1830-1900) » publié en 2002, a étudié le livre de Weld dans le chapitre « Charles Richard Weld, touriste malgré lui » où il critique son journal en Bretagne comme étant très superficiel et empreint de snobisme.

En effet, si on analyse les pages relatives au site de Kerdévot, on peut noter les fautes de goûts et erreurs manifestes suivantes :
Image:right.gifImage:Space.jpgSaint Kerdévot : l'auteur pense qu'un saint éponyme y est vénéré, alors qu'il s'agit d'un toponyme signifiant "village de la dévotion", et qu'il est dédié à Notre Dame de Kerdévot, représentant la Vierge Marie, laquelle a, selon la légende, vaincu la peste.

Image:right.gifImage:Space.jpgReliques du saint : le touriste anglais croit voir, en tête de la procession du Pardon, « six jeunes filles,
vêtues de robes blanches, rubans et fleurs, et portant une sorte de cadre en velours satiné : au centre, sur un coussin, reposaient les reliques du Saint et une image de la Vierge éternelle
 ». Indubitablement, comme cela est le cas aujourd'hui, ces filles portaient une petite statue de Notre-Dame.

Image:right.gifImage:Space.jpgLe paysan breton : sous ce terme, le pèlerin du Pardon de Kerdévot est présenté comme un grossier personnage qui a « trois vices , — l'avarice, le mépris des femmes, et l'alcoolisme ».

Mais le témoignage de Charles Richard Weld est néanmoins intéressant car, même s'il n'a pas pris le temps d'étudier chaque lieu, il a noté avec réalisme certaines scènes :
Image:right.gifImage:Space.jpgla description des lieux : « des tentes, kiosques et stands affichant des rafraîchissements, principalement  alcoolisés,  étaient

  disposés en lignes semi-circulaire, sur tout le placître, et l'arrière-plan du paysage est rempli par la chapelle, une grande bâtisse élégante, avec une petite sacristie adossée, et un calvaire impressionnant représentant la mort et la passion du Christ. » (tents, booths, and stalls displaying refreshments, principally of an intoxicating nature, were ranged in semicircular lines round the meadow, while the background of the picture was filled by the church, a large handsome structure, with a small chapel contiguous to it, and a rich Calvary representing the death and passion of our Lord.)

Image:right.gifImage:Space.jpgles blagues potaches : « Un de ces paysans était observé par une bande de jeunes hommes à l’affût évident de divertissements ; un tas de pierres à proximité appelait à des sottises. En en tour de main ses bragoù (braies, pantalon) en furent remplies ... »
Image:right.gifImage:Space.jpgle marchand coiffeur : « les filles entraient chez lui volontairement, et pour certaines très impatientes, pour échanger leur belle chevelure contre trois pauvres petits mouchoirs de teintes criardes, de la valeur d'à peine douze sous ! ».
Image:right.gifImage:Space.jpgles danses et les crêpes : « quand la procession est achevée, les paysans énergiques forment une grande chaîne et font une farandole comme je l'ai déjà signalé à propos de la ronde de Châtelaudren » ; « des gâteaux appelés crêpes et faites de farine, sucre et lait, roulées pour former une galette, et enfin cuites. Celles-ci, vendues en feuilles de presque un tiers de mètre carré (60 cm de diamètre), faisaient la joie des jeunes galants bretons. »


( "un paysan d'Ergué-Gabéric", cahiers de Joseph Bigot, archives privées )
En savoir plus : « WELD Charles Richard - A Vacation in Brittany »

87 Arrêtés de protection du patrimoine

Billet du 17.05.2020 - Les verrières de Saint-Guinal (1898), la chapelle et le calvaire de Kerdévot (1914), la statue de Saint-Guénolé (1924), le château de Lezergué (1929), les autels-retables et le placître de Kerdévot (1931), le site du Stangala (1932), l'église, cimetière et ossuaire Saint-Guinal (1926, 1939)

Ce dossier conservé aux Archives Départementales du Finistère (cotes 1T32, 61 et 72) inclut la presque intégralité des arrêtés des classements ou inscriptions aux Monuments Historiques du patrimoine gabéricois sur la période 1898-1939. Les décisions émanent du Palais-Royal à Paris, siège de la Direction des Beaux-Arts, dépendant à l'époque du Ministère de l'Instruction publique, le Ministère de le Culture n'existant pas encore.

L'exécution de la protection du patrimoine est régie initialement par la loi de 1887, puis celle du 31 décembre 1913, la deuxième élargissant les conditions d'accès à tous les domaines publics, privés et naturel. Le classement est réparti selon le degré d’intérêt historique ou artistique des monuments entre une simple « inscription » (sur une liste dite supplémentaire) et un « classement  » (plus contraignant et plus subventionné).

Les premiers éléments du patrimoine gabéricois à être déclarés monuments historiques classés en 1898 sont les deux verrières de l'église paroissiale : « la Verrière ancienne de la chapelle absidale » (maîtresse-vitre de 1516) et « une fenêtre du collatéral sud  » (vitrail de François et Marguerite Liziard). La démarche intègre l'avis favorable du conseil municipal.

Puis, en 1914, le premier immeuble complet classé est la chapelle et le calvaire de Kerdévot avec une procédure administrative préparée dès 1908. Comme avant 1913 seuls les monuments publics sont admis, le maire doit produire une attestation de don de la chapelle à la commune de part de Jérome Crédou qui l'avait "acheté" comme bien national à la Révolution.

La première statue classée en 1926 est celle de saint Guénolé en sa chapelle éponyme. Ensuite, le 23 juillet 1931, deux autels et retables sculptés sont classés : « Deux autels avec rétables ayant pour motifs principaux le baptême du Christ et une Piéta, bois sculpté et peint XVIIe siècle. », le premier ayant volé en 1973. Le retable flamand de la Vie de la vierge, daté du XVe siècle, est aussi classé à la même date, mais le document n'est pas inséré dans le dossier. En 1929, le château de Lezergué, propriété privée en ruines, est inscrit sur l'inventaire supplémentaire.

En 1931-32 deux sites naturels sont inscrits : d'une part le placître et l'enclos de Kerdévot et d'autre part le site du Stangala avec la déclaration de 25 parcelles du plan cadastral d'Ergué-Gabéric. À noter pour ce dernier, étendu sur trois  communes,  le  classement

 

a été un moyen de contrer un projet de barrage électrique tenté localement dès 1928-29.

Et enfin l'église paroissiale Saint-Guinal, son ancien cimetière à l'entour, et son ossuaire sont classés en 1939. Pour mémoire, d'autres inscriptions et classements interviennent en deuxième partie du XXe siècle : le trésor d'orfèvrerie religieuse en 1955 et l'orgue tricentenaire de Thomas Dallam en 1975.

En savoir plus : « 1898-1939 - Arrêtés ministériels d'inscription ou classement aux Monuments Historiques »

88 La dîme à la veille de 1789

Billet du 09.05.2020 - Trois actes notariés traitant des portions de dîme ecclésiastique, dites « des gros fruits» sur les villages de Kermorvan et de Quillihouarn pour les 15 ans précédant la Révolution, le rapport des dernières dîmes dues au recteur et l'article 4 du cahier de doléances.

Juste avant la Révolution, la dîme ecclésiastique est toujours perçue à Ergué-Gabéric par le temporel du seigneur évêque de Quimper, mais seulement pour quelques fermes isolées, alors que la levée de la dîme sur les récoltes de toutes les autres fermes est faite directement par le clergé local.

On n'est plus aux siècles précédents, du XIIe au XVIIe, quand l'évêque était un gros décimateur qui admettait difficilement le droit aux recteurs et vicaires gabéricois de recevoir leur portion congrue : cf. jugement noté dans le cartulaire en 1170.

Nous avons ici les actes notariés épiscopaux des années 1773, 1774 et 1779 pour les villages de Kermorvan et de Quillihouarn où l'impôt est qualifié de « portion de dixmes des gros fruits à la quinzieme », ceci voulant dire que :

Image:right.gifImage:Space.jpgc'est une portion payée en argent et non en nature, en l’occurrence 50 livres pour les baux de 5-6 ans de 1773 et 1774, et 54 livres pour le bail de 9 ans de 1779.
Image:right.gifImage:Space.jpgle terme de quinzième rappelle la proportion des récoltes qui est en principe taxée en nature, pourcentage qui à l'origine était de 10% ; l'impôt est devenu une rente annuelle numéraire dont la perception commence toujours « à la récolte prochaine »
Image:right.gifImage:Space.jpgl'expression des gros fruits indique que la dîme est perçue sur les céréales nobles comme les « bleds, froment, seigle, avoine & orge, & autres fruits qui forment le principal produit de la terre, selon la qualité selon la qualité du terroir et l'usage du pays, tels que le bled sarrazin, dans les pays où il ne croit pas de froment. Ces dixmes appartiennent aux gros décimateurs, et sont opposées aux menues et vertes dixmes, qui appartiennent toujours au curé. », en excluant le lin et le chanvre.

  Le dernier bail de 9 ans pour la dîme épiscopale de Quillyhouarn est daté du 6 mars 1779, et son échéance nous amène à la veille de la Révolution qui mettra fin à ce type d'impôt.

Le cahier des doléances d'avril 1789 rédigé au nom du tiers-état d'Ergué-Gabéric, comme beaucoup d'autres en basse-Bretagne, n'a pas réclamé la suppression de la dîme, mais « une répartition proportionnelle de tous les biens ecclésiastiques, sans distinction, de manière que tous les membres du clergé y aient une part raisonnable et graduelle, depuis l'archevêque jusques aux simples prêtres habitués des paroisses, afin que ceux-ci soient affranchis de la honte de la quête, c'est-à-dire de celle de mendier. ».

On constate d'ailleurs qu'à cette époque le recteur Alain Dumoulin touche bien la grande majorité des ponctions en nature dues sur les céréales (seigle pour 61%, avoine pour 39%, et froment à moins de 1%) qu'il valorise à hauteur de plus de 1600 livres pour sa dernière année. La suppression de la dîme est définitivement votée lors de la nuit du 4 août 1789.

En savoir plus : « 1773-1779 - Dixmes des gros fruits pour Kermorvan et Quillihouarn », « 1790 - Lettres d'Alain Dumoulin sur la dîme et son traitement de recteur », « 1789 - Le cahier de doléances du Tiers-Etat d'Ergué-Gabéric »

89 Les Républicains contre les Réactionnaires

Billet du 02.05.2020 - La fête républicaine au Cleuyou annoncée par un quotidien local et acclamée par un journal national : plus de 6.000 personnes viennent à ce rassemblement, et la municipalité gabéricoise est qualifiée de réactionnaire et boycottant ostensiblement cette « fête du diable ».

Le journal républicain « Le Finistère » du 13 septembre 1890 annonce la grande fête laïque du dimanche 21 septembre, une semaine après le grand pardon de Kerdévot.

Elle est organisée par un comité présidé par Albert Le Guay, ancien juge de paix et propriétaire du Cleuyou. Il avait demandé au préfet son accord par un courrier daté du 6 septembre 1890 : « Le but de cette assemblée est d'organiser une fête patriotique dans une commune qui en est totalement dépourvue, même à l'occasion du 14 juillet ».

Le journal local salue l'initiative : « Les organisateurs de cette fête méritent d'autant plus des encouragements, que la municipalité réactionnaire d'Ergué-Gabéric ne fait absolument rien pour attirer chez elle les étrangers, soit par des réjouissances publiques ou dans des assemblées, à la suite desquelles les commerçants et la commune y trouvent toujours profit.  ».

Le terme réactionnaire à la fin du XIXe siècle était, dans la bouche des républicains, le qualificatif désignant les partis conservateurs, et localement à Ergué-Gabéric l'équipe municipale dirigée par Hervé Le Roux de Mélennec était également dite catholique..

Le journal national satirique et anti-clérical « La Lanterne » rend compte le 26 septembre de l'énorme succès de la fête : « Le coup d’œil était féerique : la colline couverte de spectateurs, et les amis des jeux et de la fête formaient une réunion de six mille personnes au moins. » .

Et le correspondant de « La Lanterne » ne mâche pas ses mots en rapportant l'abstention des conseillers et du recteur Guy Gourmelen : « On a remarqué l'absence des réactionnaires de la commune à la fête républicaine du Cluyou. Ils ont craint d'assister à cette fête impie, et, d'après ce que  l'on  rapporte à  la  dernière

 

heure, le recteur avait promis de récompenser les fidèles qui préféreraient assister à l'office paroissiale pour renoncer à la fête du diable. »

En savoir plus : « Fête champêtre et républicaine au Cleuyou, Le Finistère et La Lanterne 1890 »

90 Vols de chemises en boutoù-koad

Billet du 25.04.2020 - Cette semaine un fait divers répétitif en avril 1890 et septembre 1893 rapporté par les journaux locaux : un voleur dérobe des chemises d'homme et des effets féminins au domicile de René Riou à Tréodet, et par extension la chanson de Marjan Mao "Ar gemenerez hag ar baron".

Le premier entrefilet d'avril 1890 est écrit en langue bretonne dans le journal « Le Courrier du Finistère » et relate les faits : « Enn noz euz an dek d'an unnek euz ar miz-man eue bet laret pervarzek roched euz a c'hanj Renan Riou » (Dans la nuit du 10 au 11 de ce mois, il a été volé quatorze chemises d'homme dans la grange de René Riou).

Ces chemises d'hommes (« roched », à la valeur estimée à 40 francs, appartiennent pour 8 d'entre elles au cultivateur-adjoint-maire, et 6 aux domestiques de la ferme de Tréodet.

Mais, du fait qu'il a plu cette nuit-là, le voleur en « boutou-koad » (sabot de bois) va laisser des traces (« roudoù ») sur les 3km de chemins boueux qui séparent la ferme du bourg de la paroisse. Cela aurait dû faciliter l'enquête locale, mais a priori le voleur ne fut pas retrouvé.

Le deuxième vol a lieu en septembre 1893, et cette fois ce sont des effets féminins qui sont volées à Tréodet : « deux jupes, un corset et un gilet, le tout en drap noir et d'une valeur de cent francs environ ».

René déclenche une enquête et un couple de chiffonniers, tout d'abord soupçonné, est blanchi. Ces derniers « qui gagnent péniblement leur vie en faisant des corvées pour les bouchers et en ramassant des chiffons et des os » seront interrogés par la police à la sortie du « fourneau économique », lequel est une soupe populaire et service de restauration pour indigents créé en 1887 dans la ville de Quimper, rue des Douves.

  L'agriculteur de Tréodet, en tant que premier adjoint de la commune d'Ergué-Gabéric, partage avec le maire Hervé Le Roux la tête d'une mairie pendant le plus long mandat municipal entre 1882 et 1906 avec une étiquette de conservateur. Lors de l'annonce du mariage en 1905 de sa fille Josèphe Anne Marie il est qualifié d'« honorable adjoint au maire d'Ergué-Gabéric », et plus de 500 personnes seront invitées au repas de noces à Kerfeunteun.

En savoir plus : « Vols d'habits chez René Riou à Tréodet, journaux locaux 1890-93 »

* * *

Le terme « roched », au pluriel « rochedoù », désignant les chemises d'hommes dans le 1er article ci-dessus, nous fait penser à la chanson « Ar gemenerez hag ar baron » (la couturière et le baron) de Marjan Mao : « Rochedoù lien fin, rochedoù lien tanv A zo brodet war an daouarn, war an daouarn, war an daouarn A zo brodet war an daouarn, gwriet gant neud arc’hant. » (Chemises en toile fine, des chemins en toile rare, Qui ont été brodées à la main, cousues de fil d'argent).


En savoir plus : « Les chants de Marjan Mao, collectage des Daspugnerien Bro C’hlazig en 1979 »

91 Chasse, pêche, basket et procession

Billet du 18.04.2020 - Toujours confinés, toujours étonnés de la richesse des films d'Alain Quelven des années 1958-59 mis à disposition par la cinémathèque de Bretagne de Brest, cette semaine quatre vidéos inédites mettant en scène des chasseurs, des pêcheurs, des sportives et des paroissiens.

Les 2 premières vidéos, en N&B et en couleurs de 13-14 minutes, filmées en 1959 par Alain Quelven (1912-1984) présentent des scènes de chasse, de pêche côtière et de pêche en rivière. Depuis 1956 cet habitant de Garsalec et de Keranguéo s'est lancé dans le cinéma amateur, fixant sur la pellicule la vie de sa commune.

Sur le catalogue de la cinémathèque la description du premier film, « Tableau de Chasse » , est la suivante : « Des enfants tiennent du gibier qui a été chassé. Battue à l'entente de Saint André : un chasseur boit du vin à la bouteille avant la battue, il nourrit son chien. Un chasseur sort une hermine ou un furet de son sac pour débusquer le gibier. Différentes scènes de chasse. Partie de chasse avec un chien. À la recherche de la bécasse : des hommes et des enfants présentent leurs trophées de chasse. Partie de pêche en rivière (l'Odet) près d'un barrage, des enfants pêchent, un homme prépare sa ligne de pêche avec de l'appât. Goémoniers et goémonières récoltent les algues en bord de mer. L'embouchure de l'Odet, voilier. Vire cailloux et pêche à l'épuisette en famille. Pêche en rivière. ».

De tous temps, les sociétés de chasse ont été très nombreuses à Ergué-Gabéric : en 1984 on en recense encore 29, chacune regroupant les chasseurs autour d'une ou deux fermes voisines. Ici, en 1959, c'est l'Entente de St-André qui organise ses battues et sorties de chasse. Alain Quelven se filme lui-même en présentant deux bécasses, mais c'est surtout les chasseurs qu'il accompagne avec sa caméra dans les champs et bois à la recherche de lapins, perdrix ou bécasses.

On y voit notamment Jos Le Garrec de Guilly-Vian, Guillaume Hémery de Guilly Vraz, Pierre et Pierrick Le Bihan de Kervoréden, Alain et Louis Le Roy de Kersaux, Louis Quelven de Garsalec, Hervé Bellinger de Keranguéo, Louis Quillec de Bigoudic, Guillaume Kerouredan de Ty-Coat. Les chasseurs, de tous âges, réunissent les deux générations 30-40 et 50-60 ans. Et ils sont tous bien équipés, d'un fusil bien sûr et d'une grande poche carnier à l'arrière de la veste où ils mettent les petits gibiers (lapins, bécasses...) qu'ils ont tirés.

La présentation par la Cinémathèque du deuxième film, « Pêche en rivière »", est la suivante : « Des enfants manient la canne à pêche, des hommes en train de pêcher, vue sur la rivière. Un enfant pêche sur un barrage. Une chèvre au bord de la rivière, deux femmes promènent un chien. Pêcheurs. Un enfant mange une tartine de pain. Vue sur une rivière. Chasseurs à l'affût. Un homme tue un lapin d'un coup sur la nuque. Chasse au furet et au lapin, chasse au fusil avec les chiens. Des chasseurs relèvent des pièges à lapin. Un chasseur sort un lapin vivant de sa besace puis le libère et le tue d'un coup de fusil. Des enfants avec un chien. ».

 
Dessin de Laurent Quevilly, Ouest-France 1984
Dessin de Laurent Quevilly, Ouest-France 1984

Les scènes de pêche, qu'on voit aussi sur le premier film « Tableau de Chasse », se passent sur la rivière de l'Odet, à proximité de l'écluse de Coat-Piriou. Certains se mettent même sur la structure du barrage qui règle le débit d'eau vers la rivière et vers le canal d'amenée de la papeterie. Les pêcheurs à la ligne sont Laouic et Yves Saliou, Guy Laurent, Jean Briand, Pierre Le Berre, Pierre Mocaër, Louis le Dé ..., de nombreux adultes et jeunes hommes du quartier de Stang Venn-Lestonan. Les jours de beau temps les familles viennent pique-niquer sur la zone de pêche, cf. notamment Henri Le Gars endimanché, les enfants jouant et les épouses lisant à l'ombre le long du canal.

Un certain nombre de clichés ont été sélectionnés ci-dessous afin de permettre d"identifier les têtes les plus connues : cf. "Arrêts sur images". Si vous avez d'autres noms de chasseurs ou pêcheurs à proposer, n'hésitez pas. Et si un cliché doit être ajouté donnez-nous simplement le n° de chrono sur la vidéo, et on fera le nécessaire.

En savoir plus : « Tableaux de chasse et pêches en rivière, vidéo d'Alain Quelven »

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De même, l'identification des sportives en plein match de basket-ball à Keranna et des fidèles de la procession de la Fête-Dieu à Odet a démarré. Si, dans le cadre de vos activités culturelles en mode confinement, vous reconnaissez des participant(e)s, n'hésitez pas à participer à ce voyage 60+ ans en arrière.

En savoir plus : « Basket-ball féminin à Keranna » et « Défilés quimpérois et procession à Odet »

92 Bulletin Kannadig de confinement

Billet du 11.04.2020 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du premier trimestre 2020 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, 11 articles illustrés sur 28 pages : pour l'envoi postal dans les chaumières on va gentiment attendre la fin du confinement.

Ce trimestre on a connu une pandémie, mais le GrandTerrier confiné est resté actif : pour preuve ces échanges de souvenirs grâce aux vidéos des années 1950-60 mises en accès libre par la Cinémathèque de Bretagne : les fêtes locales filmées par Alain Quelven, et la nature préservée des abords de l’Odet par Gwenn-Aël Bolloré.

Ensuite, c’est une évocation de la statue monumentale de granit de Gwenhael / Guinal, natif de la paroisse, qui a été érigée en 2019 à la Vallée des Saints.

Le sujet suivant est daté du XVIIIe siècle, plus exactement de l’année 1739 quand un jeune noble gabéricois est admis comme page aux Petites Écuries du roi Louis XV à Versailles.

Cinq articles sont situés au XIXe siècle : le(s) moulin(s) de Kernaou, les délibérations municipales de 1851 à 1879, la retraite de Mexique en 1865-67, une homélie en breton en 1870, l’épidémie de variole en 1881-88.

Deux autres sujets représentent le XXe siècle : l’assistance aux vieillards en 1905-1909, les archives Arolsen des prisonniers gabéricois en 1939-45.

Et pour finir on termine par un sujet de protection du patrimoine : la croix médiévale de Kroas-Ver qui a été exfiltrée en juin 2019 pour raisons de travaux au centre-bourg et dont on espère tous le retour prochain à sa place d’origine.


Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 49 Avril 2020 »

Et, pour la suite de nos travaux, nous vous proposons cette réflexion du poète El Yazid Dib :

« Face à cette pandémie, ce n'est pas la fin du Monde ; c'est la fin d'un monde..

 

Nota : Dans le prochain n° du Kannadig il sera question d’autres films d’Alain Quelven, notamment ses scènes de chasses sur les terres de St-André et de pêches sur l’Odet à l’écluse de Coat-Piriou, l’identification communautaire étant organisée sur le site GrandTerrier ces prochaines semaines. De chez vous, n'hésitez pas à nous faire part de vos trouvailles : « Tableaux de chasse et pêches en rivière », « Basket-ball féminin à Keranna », « Défilés quimpérois et procession à Odet »

93 Des films de rivière et de pêche

Billet du 04.04.2020 - Pour nous désennuyer dans notre confinement dû au corona-virus, voici quatre autres films mis en accès libre par la Cinémathèque de Bretagne : « L'Odet », « Le vire-cailloux », « Derniers voiliers » et « Requins sur nos plages », films réalisés par Gwenn-Aël Bolloré en 1954-58.

Les génériques de ces quatre films, produits et distribués par Evrard de Rouvre, sont introduits par un tableau peint représentant l'actrice Renée Cosima. Le premier, en N&B, est une descente de l'Odet depuis sa source, et les trois autres en couleurs se déroulent sur des bateaux et des plages.

Autant les derniers sont filmés en milieu maritime, autant le film « L'Odet » est essentiellement construit sur des séquences prises localement à Ergué-Gabéric, plus précisément sur le lieu-dit éponyme « Odet » qui abrite la papeterie et le manoir familial.

En voici le chrono selon le compteur précis défilant en bas d'écran sur la vidéo visualisable ci-après :

A. 39:50 à 40:42 : générique du film

B. 40:42 à 42:56 : nuages, calvaire, pluie sur chapelle et manoir d'Odet, source à Roudoualec, insectes et têtards, poissons

C. 42:56 à 46:57 : cours d'eau, chenille et escargot, amphibiens, putois, rivière dans les champs, fleurs, oiseaux, champignons, courant et rochers

D. 46:57 à 49:32 : l'écluse d'Odet, papeterie d'Odet, Stang-Odet, canard, grenouille, truites, jeunes pêcheurs, renard, vallée du Stangala

E. 49:32 à 51:12 : Quimper, méandres, voilier, estuaire, nuages, chapelle d'Odet

Une voix off plante le décor : « Nous sommes en Bretagne, à la pointe extrême de l'Europe. Les touristes ne connaissent pas la Bretagne. Ils n'en connaissent que les plages et les hôtels. Ils voient les ports, rapidement, les jours de beaux temps, et ils ignorent l'arrière pays. L'arrière pays sauvage, moussu, rocailleux, accidenté est habillé par une lumière humide qui vient de la mer. »

 

La remontée de la rivière depuis sa source à Roudouallec est égrainée par des scènes de vie naturelle dans l'eau qui fourmille à l'époque de poissons, et sur ses rives peuplées d'insectes et d'animaux, des scènes filmées sur les terres familiales des Bolloré. On y voit aussi l'écluse, le calvaire, le manoir et les anciens bâtiments de la papeterie.

L'image introductive de la pluie ruisselant du toit de la chapelle St-René d'Odet est reprise en conclusion, après les nuages en mouvement, le tout sur une musique de Marcel Landowski.

* * *

Grand merci à tous les confinés, nombreux et enthousiastes, qui ont identifié cette semaine plus de 200 noms sur les vidéos de fêtes d'Alain Quelven. C'est énorme, et ce qui est dingue c'est qu'il reste encore des têtes à découvrir.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Films de reportages aquatiques réalisés par Gwenn-Aël Bolloré »

94 Des films de fêtes pour mémoires

Billet du 28.03.2020 - Pour nous désennuyer dans notre confinement dû au corona-virus, la cinémathèque de Bretagne met à disposition du public de nombreux films super-8 du siècle dernier, et parmi ceux trois vidéos inédites d'Alain Quelven de kermesses, matchs de foot et sortie de classe en 1958-62.

Alain Quelven (1912-1984) est natif de Garsalec en Ergué-Gabéric, sa famille s'étant ensuite installée à Keranguéo. Pendant la guerre 1939-45 il est déporté en Allemagne et en Autriche d'où il s'évade quatre fois. Travaillant comme comptable à la papeterie Bolloré d'Odet avant et après guerre, il connaît bien les milieux sportifs et associatifs du quartier de Lestonan. Dès 1956, il se lance dans le cinéma amateur, fixant sur la pellicule la vie de sa commune.

Il y a un an nous avions publié une première vidéo Noir & Blanc des Paotred (équipe de foot) et de Stang-Venn (course cycliste). Les trois nouvelles sont respectivement deux kermesses au patronage de Keranna et au parc du manoir du Cleuyou, une sortie de la classe 1932 (nés en 1912) à Saint-Guénolé, et deux matchs de foot des Paotred à Pont-de-Buis et à domicile en 1962.

Le film des kermesses dure 15 minutes et est intéressant pour le nombre important de personnes filmées, de tous âges, et notamment les jeunes enfants qui, toujours vivants pour certains, peuvent témoigner aujourd'hui, soixante ans plus tard.

Voici comment le film est décrit dans le catalogue de la cinémathèque : « La foule endimanchée, quelques bigoudènes en coiffe et curés se pressent autour des différentes attractions. Loterie, jeu de casse-boites, différents stands, vendeuse de fraises (plan furtif), pêche à la ligne, tir à la corde, un électrophone est à gagner, tir au fusil, une jeune femme s'essaie au tir, prêtre, un curé joue du cor. Le réalisateur se plaît à filmer les visages souriants et heureux mais les plans, souvent furtifs, bougent sans cesse, plus quelques problème de vitesse de défilement de l'image. Rivière. Banderolle "Grande kermesse" dressée à l'entrée d'une allée d'arbres. Sur un route, une fanfare menée par un curé ouvre le défilé suivie par les chars décorés tirés par des tracteurs : les petits indiens, le jardinier soigne ses fleurs, les petits lutins, la reine, les petits chinois, le moulin à vent, le quartier Russe, le petit train enchanté, le petit cow boy, les indiens. Beaux plans des gens sur les chars et dans la foule qui sourient. Ambiance bon enfant et sourires. Les membres d'un cercle celtique se détendent sur la pelouse, buvette, foule des spectateurs, balançoire pour enfants, familles. »

Pour René Le Reste, enfant de Garsalec tout comme Alain Quelven, les souvenirs reviennent après visionnage de la vidéo : « J'ai reconnu beaucoup de visages, que ce soit à Keranna ou au Cleuyou où avait lieu la grande Kermesse ou l'on voit le défilé des chars. À Keranna je n'y étais pas car j'étais au service militaire, mais au Cleuyou j'ai fait une petite visite en fin de soirée seulement. Je ne suis plus sûr de la date, si c'était en 1959 ou en 1960, et habitant Elliant, puis Quimper, je ne me souviens plus comment je m'y suis rendu, à vélo ou en mobylette. »

 

La deuxième vidéo, en couleurs aussi et de 9 minutes, montre la vivacité des « classes » de jeunes gens au siècle dernier sur notre commune, de par leurs réunions à périodes fixes, souvent tous les cinq ans avec une participation toujours suivie, ceci depuis l'âge de leur vingt ans.

La troisième, 15 minutes en N&B, présente des sportifs footballeurs gabéricois en action, en l’occurrence les « Paotred Dispount » (les gars sans peur), ce pour un premier match à l'extérieur contre Pont-de-Buis le 13 avril 1958, et pour un second à domicile sur le terrain de Keranna.

Pour chacune des vidéos, nous avons déjà sélectionné quelques clichés ou « arrêts sur images » afin de permettre d"identifier les têtes plus connues. Pendant les jours qui viennent, en profitant de cette période de confinement, on va compléter ensemble les articles avec les noms des participants. Et si un cliché doit être ajouté donnez-nous simplement le n° de chrono sur la vidéo, et on ferra le nécessaire.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Kermesses à Odet et au Cleuyou en 1958-59 », « Sortie de la classe 32 en 1962 pour leurs 50 ans », « Matchs de foot des Paotred à l'extérieur et à Keranna en 1958 »

95 Napoleon tercero, el assassino

Billet du 21.03.2020 - Dans le 10e de ses cahiers manuscrits, publiés comme « Mémoires d'un paysan bas-breton », Jean-Marie Déguignet (1834-1905) donne sa vision critique sur l'expédition militaire française au Mexique déclenchée par l'Empereur Napoléon III dans les années 1861-67.

Jean-Marie Déguignet, après sa période de « pacification militaire » en Algérie et Kabylie, se déclare volontaire pour la traversée d'Alger à Vera Cruz au Mexique où il débarque le 11 août 1865. Suite à plusieurs rébellions violentes, une instabilité politique et une guerre civile, et la perte du Texas et états voisins, la guerre est déclenchée en 1861 par une coalition franco-anglo-espagnole, menée par la France qui souhaite y créer un empire.

S'en suivirent les combats de 1862-63 gagnés par les troupes françaises, les anglais et les espagnols s'étant entre-temps retirés, notamment les batailles de Puebla ou de Camerone. Déguignet arrive dans ce territoire central qui, en 1864, est déclaré comme un empire avec à sa tête Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine, proclamé Maximilien Ier empereur du Mexique, et son épouse la princesse Charlotte de Belgique.

En 1865 la mission des troupes françaises est de tenter de conquérir le territoire nord du Mexique, là où les troupes mexicaines commandées par le président Benito Juarez sont puissantes. Le bataillon de Déguignet est basé à Durango, et se déplace même jusqu'à Avilez dans la région de Florez.

Là, en discutant avec un érudit local, ami de Juarez, Déguignet constate l'échec français : « Nous restions maintenant en première ligne en face de l’ennemi, et le vrai cette fois. Ce n’était plus les bandes de chinacos, voleurs et incendiaires, que nous avions en face de nous, c’était l’armée républicaine qui descendait aussi derrière nous.  »

Il ne reste plus qu'à rebrousser chemin vers le port de Vera Cruz et reprendre le bateau « le Souverain » qui débarquera à Toulon le 3 mai 1867. Quelques semaines plus tard, au dépôt militaire d'Aix, il finira ses « quatorze ans de services et autant de campagnes ».

On notera cet avis éclairé sur la raison de la retraite française : « L’Empereur [Napoléon III] avait été seulement avisé par les États-Unis de retirer ses troupes du Mexique immédiatement . Ces Américains, qui venaient de combattre pendant quatre ans pour la liberté, ne souffriraient pas que le tyran imbécile de la France vienne imposer des chaînes à un peuple ami et à côté d’eux.  ».

Cette appréciation a été remarquée par un éditorialiste américain qui cite notre soldat bas-breton : « Déguignet, who arrived in Mexico in 1865, witnessed France's embarrassing withdrawal two years later under American pressure.  " The  Americans,  who  had

 

just spent four years fighting for freedom, would not stand for the imbecile tyrant of France coming to impose chains on a people who were both friend and next-door neighbor," he writes, noting with some glee: "So we were being run out, the way marauding herds are run out -- with whips and whistles." »

Jean-Marie Déguignet note effectivement avec un peu de jubilation ("glee" en anglais) : « Nous partions donc chassés comme on chasse les troupeaux maraudeurs, à coups de fouet et de sifflet »

Le bataillon de Déguignet sera le dernier à battre la retraite, essuyant les dernières balles des Mexicains : « nous marchâmes encore jusqu’à Carneron , là où eut lieu le plus terrible et le plus glorieux fait d’armes de toute cette campagne, et que j’ai rapporté. Là, un train vint nous prendre pour nous conduire à Vera Cruz .
En sortant de Cameron, nous vîmes encore dans le bois, le long de [la] ligne, des cavaliers rouges qui nous firent un dernier adieu en tirant quelques coups d’escopette derrière le train. Une heure après, la république mexicaine était délivrée de la présence "de los esclavos y bandidos de Napoleon tercero, el assassino".
 ».
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Déguignet raconte l'expédition et la retraite françaises du Mexique »

96 Conseil municipal de second empire

Billet du 14.03.2020 - Numérisation de toutes les délibérations du conseil municipal d'Ergué-Gabéric du 12 mars 1851 au 1er juin 1879, à partir du registre relié de 115 pages recto-version, c'est-à-dire 230 folios, conservé aux Archives municipales, pour permettre la transcription future de chaque folio.

Le registre en question couvre les années Napoléon III, dernier monarque en tant qu'empereur des français. Il reprend les délibérations et compte-rendus des séances du conseil municipal.

On y trouve notamment les votes des budgets communaux, la vérification annuelle des comptes, les résultats des élections, l'installation des équipes municipales élues, les nominations des maires par les préfets. Ces maires sont Pierre Nédélec (de Kergoant, cultivateur) de 1846 à 1855, Michel Feunteun (de Congallic, cultivateur) de 1855 à 1862, et Joseph Le Roux (de Lezouanac'h, cultivateur) de 1862 à 1881.

Les autres dossiers marquants de cette période 1851-1879 sont :
Image:right.gifImage:Space.jpgla maison d'école : ouverture en 1854 après quelques péripéties administratives, rémunérations et remplacements des instituteurs laïques, police d'assurance contre l'incendie.
Image:right.gifImage:Space.jpgles chemins vicinaux : rectification de certains tracés, rémunération des habitants réquisitionnés pour les réparations, ventes de terres vagues communales.
Image:right.gifImage:Space.jpgles édifices religieux : réparations de l'église, de la chapelle de Kerdévot et de l'enclos du cimetière.
Image:right.gifImage:Space.jpgle chemin de fer : refus du projet d'implantation d'une station au moulin du Jet.
Image:right.gifImage:Space.jpgl'octroi : réintroduction de la taxe sur les « boissons enivrantes (vin, cidre, poiré, hydromel, eau de vie, liqueurs) ».

Pendant les années du Second Empire, les maires et conseillers d'Ergué-Gabéric doivent prêter serment à Napoléon III en ces termes : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l'empereur ». Mais le respect local de l'autorité ne s'arrête pas là : trois lettres sont adressées au monarque, l'une en 1857 pour le féliciter à la naissance du Prince, la seconde en 1859 pour lui présenter « l'hommage de son respect, de son amour et de son dévouement inaltérable », et enfin en 1867 pour s'indigner contre la tentative d'assassinat de juin.

 

On notera aussi que la municipalité fait l'acquisition d'un drapeau pour acclamer l'empereur et l'impératrice à leur passage à Quimper le 12 août 1858 : « la commune doit une somme de 18 francs à M. Brossé, tapissier à Quimper, pour prix d'un drapeau qui lui a été fourni à l'occasion du voyage en Bretagne de leurs majestés impériales. »

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1851-1879 - Registre des délibérations du conseil municipal »

97 Foyers épidémiques de la variole

Billet du 07.03.2020 - En ces temps marqués par le « corona virus », il n'est inopportun de se rappeler que la propagation de la variole a fait de nombreuses victimes en France, et dans notre commune en particulier en 1881 et en 1888. Mais à cette époque il y avait un vaccin salutaire.

Sur la courbe ci-contre des chiffres de mortalité pour la commune d'Ergué-Gabéric, on remarque un pic très marqué de 113 décès au total pour l'année 1881, à savoir un chiffre doublé par rapport au chiffre moyen de 55 des années précédentes, mais en 1888 il est à peine supérieur à 60 morts.

En fait pour ces deux années d'épidémies de variole, comme l'ont rapporté les journaux finistériens, les foyers communaux de contagion ont été différents : en 1881 ce sont les régions de Quimper et de Pont-Aven qui ont été touchées les premières, en 1888 la variole s'est propagée sur Brest, Pont-l'Abbé, Douarnenez, Laz et Leuhan.

En 1881, la seule délibération du conseil municipal faisant état de l'épidémie date de début juillet, et il n'y est question que de « la répartition d'une somme de cent francs attribuée aux varioleux par M. le Préfet ». La présence de malades de la variole est bien confirmée par la prise en compte de ce secours.

Mais en réalité cette année-là on compte à Ergué-Gabéric plus d'une soixantaine de décès dus à la varioles. Le doublement de la mortalité annuelle est rigoureusement égal à celui de la commune de Kerfeunteun qui a aussi souffert du fléau.

Début avril 1888, le conseil municipal fait état d'une circulaire préfectoral sur la protection contre la variole  : « Les membres du conseil municipal s'occupent de la circulaire préfectorale qui donne des conseils et instructions concernant l'épidémie de variole. » Cette circulaire, publiée dans le journal « Le Finistère » du 21 mars, donne des instructions précises aux habitants, à la fois en français et en breton, et découpée en quatre parties : I° Isolement des malades ; II° Désinfection des linges ; III° Isolement des locaux ; IV° Vaccinations et revaccinations.

 

Dans le journal « Le Courrier du Finistère » on trouve aussi des encarts en langue bretonne où le terme « ar vreac'h » pour désigner la variole semble refléter une angoisse locale face à la pandémie.

Le même conseil gabéricois du 2 avril 1888 préconise que les vaccinations se fassent sur les trois quartiers principaux de la commune : « Tous les membres du conseil voudraient que comme par le passé le médecin veuille bien vacciner au bourg, à l'école de Lestonan et à Kerdévot ». Le terme « comme le passé » fait probablement référence à la campagne de vaccination qui a suivi l'épidémie surprise de 1881.

En cas années-là, la technique du vaccin antivariolique est nouvelle et innovante car la « vaccine » découverte par l'anglais Edward Jenner, n'a été introduite en France qu'à partir de 1820 et devait être fabriquée à partir de souches animales (veaux et génisses). Après ces propagations varioliques de la fin du 19e siècle il faudra attendre presque 100 ans pour que la variole ne soit complètement éradiquée, la dernière épidémie étant celle de Vannes en 1955.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1881,1888 - Épidémies de varioles en délibérations municipales et dans les journaux »

98 Retour de la croix de Kroas-Ver

Billet du 29.02.2020 - En juin 2019 la petite croix de Kroas-Ver a été délogée de son emplacement millénaire pour permettre les travaux de démolition et de reconstruction des habitations du bas de la rue de Kerdévot. Neuf mois plus tard, les riverains s'interrogent ...

La raison en est que l'agenda du retour de la croix sculptée par les services techniques municipaux reste une inconnue, et personne ne voudrait voir se reproduire l'oubli et la disparition récente de la statuaire médiévale de Notre-Dame-de-Folgoët. En mars 2020 les travaux de reconstruction de l’îlot Nédélec s'achevant (cf. photo ci-dessous), la croix de Kroas-Ver pourrait retrouver sa place devant l'ancien petit commerce, toujours debout, et qui porte son nom « Ti-ar-Groas-Ver »

Cette petite croix fruste est dressée sur le bord du trottoir coté ouest du n° 2 de la rue de Kerdévot. Faisant environ 40 cm de largeur et 1m10 de hauteur, les spécialistes lui attribuent une datation du Haut-Moyen-Age, entre l'an 500 et 1000 ap. J.-C.

La maison et la route, « Ti-ar-Groas-Ver » et « Hent-ar-Groas-Ver », ainsi qu'un champ voisin, ont des dénominations cadastrales qui reprennent celle de la croix et qu'on peut traduire par "Croix-Courte". Pendant plus de 30 ans la maison fut occupée par les commerces de Mme Le Corre et ensuite de Mme Le Berre, née Marie Keraval, que les anciens connaissaient bien : c'était la mercerie du bourg qui faisait aussi office d'épicerie avec ses bonbons très appréciés des écoliers.


 


Auparavant Ti-ar-Groas-Ver avait abrité un cordonnier, un bijoutier, et fut aussi la demeure de l'institutrice de l'école publique située de l'autre côté de la rue.

La croix devant la maison est pour ses habitants une protection divine contre les revenants. De par sa position près de la porte d'entrée, elle interdit l'accès à tout trépassé qui voudrait troubler la quiétude des vivants.

C'est au début du XXe siècle que l'institutrice, croyant bien faire, déplaça la croix qui gênait peut-être la circulation, et la mit près du puits en pierre qui se trouve côté pignon. Mais il fallut replacée très vite la croix à sa position initiale, car la maison était envahie par les forces du mal, et ses habitants ne pouvaient plus fermer l’œil de la nuit.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La petite croix médiévale de Kroas-Ver »

99 Moulins blanc et roux de Kernaou

Billet du 23.02.2020 - Cette semaine, un voyage dans le temps du côté du moulin de Kernaou grâce aux archives privées de Mme Régine de Kerlivio-Azori et une balade estivale et agreste avec son frère Pol sur le site, entre le chemin de randonnée et le ruisseau de Kernaou-Mezanlez.

Le cadastre de 1834 donne la localisation du moulin et son orientation par rapport au cours d'eau de Kernaou à Mezanlez : le bief est alimenté bien en amont, et forme une pièce d'eau assez large en amont et une retenue juste avant la chute alimentant la roue. Plusieurs parcelles cadastrales sont libellées par rapport au moulin : 375. Goarem ar veil ; 376. Foennec ar veil ; 384. Etang ; 385. Moulin à eau.

La roue est indiquée par un symbole sur le côté est du « moulin à eau », l'eau rejoignant le ruisseau en aval. Le cours d'eau traverse ensuite le chemin de Carn Yven. Ce chemin, aménagé avec une passerelle en bois, est aujourd'hui un chemin de randonnée de plus de 5 km entre la chapelle de Kerdévot et Lestonan.


Jusqu'à la Révolution, le moulin de Kernaou, exploité par le meunier Guillaume Rospabé, est la propriété foncière de « l'émigré Lamarch père », en l’occurrence François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe.

Les biens des de La Marche à Kernaou sont confisqués et, lors des ventes séparées, Jean-Marie Le Roux, négociant et avoué à Quimper, devient acquéreur du manoir, de la métairie de Ty-Plouz et du moulin. Contrairement aux adjudications du manoir et de la métairie, l'acquisition du moulin se fait sans enchères publiques.

Le montant payé de 1573 francs est fixé par un document d'estimation rédigé par les experts Le Blond et Le Bour selon une abaque spécifique : multiplication par 18 ou 22 des rentes annuelles agricoles (49 francs) et meunière (15 francs), et addition de la « souche » des 210 francs correspondants à la valeur de l'équipement du moulin (trémie, roue, meule ...).

  Après la vente de l'an 4 (1796), le bail du meunier Guillaume Rospabé est maintenu dans un premier temps. Mais dans le Sommier des comptes des émigrés, après le décompte des recettes de l'an 6 (1798), il y cette mention : « Meunier insolvable est entré à l'hospice » ; il décédera à Quimper en 1806.

Fin 1799, Jean-Marie Le Roux fera rédiger un nouveau « renable » ou inventaire détaillé des ustensiles du moulin, et signifiera à Guillaume Rospabé une sommation d'évacuation.

Le tout est valorisé pour 430 francs, une « souche » qui est doublée par rapport à l'état estimatif de 1796. La raison en est qu'en cette année 8 du calendrier révolutionnaire on compte deux roues et meules dénommées respectivement « Moulin blanc » et « Moulin roux ».

Jean Le Foll, dans son étude « Moulins et meuniers d'autrefois » publiée par l'association « Foën Izella », donne cette explication : le moulin blanc a en général des meules qui broient plus fin le froment et le blé noir ; le moulin roux est utilisé pour moudre l'avoine, le seigle et les aliments du bétail.

Les caractéristiques des deux roues de Kernaou sont attribuables à des roues verticales (perpendiculaires), les petits (double engrenage « rouet » et « lanterne » en dessous de l'axe de la meule) et grands tournants étant vraisemblablement derrière la formulation « La roue, avec ses ustensiles ». Les meules sont différentes suivant les céréales moulues : plus épaisse pour le moulin blanc, « dix pouces et quart deux cent cinq francs », et pour le moulin roux « trois pouces et cinquante quatre francs ».

En 1809 un des deux systèmes sera abandonné, sans doute le mécanisme roux, car un rapport d'activité mentionne le moulin de Kernaou avec une seule roue perpendiculaire et une production journalière de 4 quintaux.

En septembre 1805, un nouveau bail de 9 ans est rédigé au profit du meunier Guillaume Laënnec qui prend aussi la charge du moulin voisin de Mezanlez. Pour Kernaou la nouvelle redevance annuelle d'affermage est payée en nature : huit quintaux de seigle, pareille quantité bled noir et deux quintaux d'avoine.

Jusqu'en 1823 les baux sont reconduits, avec baisse de la rente annuelle à deux quintaux de seigle, quatre quintaux de bled noir et deux quintaux d'avoine, et moyennant les subrogations de meuniers en cours de bail. Les différents meuniers successifs de Kernaou sont : Guillaume Daniélou (1806), Pierre Rospabé (1813, fils de Guillaume décédé en 1806), Yves Perchec (1814), Guillaume Morel (1815), Yves Le Masson (1817), François Huiban (1818).

* * *

En savoir plus : « Ancien cadastre et photos des ruines du moulin de Kernaou », « 1796 - Estimation et adjudication du moulin de Kernaou », « 1799-1818 - Renables et baux du moulin de Kernaou »

100 La statue de Gwenhael à Carnoët

Billet du 15.02.2020 - Le tohu-bohu actuel à la Vallée des Saints où les fondateurs se rebellent pour éviter la marchandisation du site nous font prendre brusquement conscience qu'on a complètement oublié de relater la réalisation de la statue monumentale du saint protecteur de notre commune.

Grâce à une souscription populaire de 15.000 euros collectés auprès de 136 donateurs, une grande statue de saint Guinal/Guénaël a été dressée en 2019 sur le site de la Vallée des Saints de Carnoêt (Côtes d’Armor).

La statue a été réalisée fin 2018 par Cyril Pouliquen, l'éminent sculpteur de Plourin-lès-Morlaix. Sur le site de Carnoët il a déjà produit les saintes et saints Dalerc'ha, Donasian et Rogasian, Ernog, Pergat et Visant Férrier. La statue de Saint Gwennael est taillée dans un bloc de granit de jolis grains foncés, avec les plus d'une robe de bure jusqu'au sol et en contraste une figure et des mains vitrifiées.

Sa tête est recouverte d'une cagoule, avec une longue pointe à l'arrière. La figure lisse, constituée de multiples facettes et ornée d'un œil droit en tâche sombre, ressemble à un masque de divinité.

Cette représentation faciale symbolique est sans doute liée à la beauté légendaire du fils de Romélius et de Laetitia : « filius elegantis formae, vultus angelici, Guenailus nominatur » ("fils d'une beauté exceptionnelle, au visage d'ange, il reçoit le nom de Guénaël", Vita seconda sancti Guenaili).

Sur la ceinture de son habit de moine, sont gravées les inscriptions suivantes : « ST GWENNAEL » à l'arrière, « LOUISON » (assistant sculpteur ?) sur le côté sud, et « ALI LEO » (signature du sculpteur Pouliquen) sur le côté nord.

  Le moine présente en avant les paumes de ses mains ouvertes, dans un geste d'apaisement et d'absence de peur, un peu comme une « mudrā » dans la culture et religion bouddhique.

La statue est placée sur le bord ouest de la colline du site de Carnoët, le regard dans la direction du sud-ouest, probablement vers le pays de sa naissance et son enfance, à savoir Ergué-Gabéric près de Quimper.

En savoir plus : « Saint Gwenhaël (6e siècle) », « Guinal, 115e statue de La Vallée des Saints, Le Télégramme 2017 »

101 Archives des camps de déportation

Billet du 08.02.2020 - Les Archives Arolsen, centre de documentation localisé dans la ville de Bad Arolsen en Allemagne, dévoilent le sort de 3 déportés gabéricois. Une institution qui a pour but de publier les dossiers des administrations nazies en 1939-45 et des armées alliées de libération des camps.

Le programme de numérisation des Archives Arolsen est loin d'être terminé, mais de plus en plus de pièces sont désormais disponibles sur le site arolsen-archives.org, notam-ment depuis la publication en novembre 2019 de 800.000 documents rédigés en zone d'occupation américaine.

On y trouve notamment le dossier complet du résistant déporté Jean Le Corre, documents enregistrés au camp de Buchenwald et incluant ses cartes matricules et de détention (« Häftlings-Personal-Karte »).

Jean Le Corre a déjà raconté dans un livre son arrestation et sa déportation après un acte de résistance à Quimper, à savoir le cambriolage des papiers du S.T.O.. Les Archives Arolsen confirment les dates de détentions : le 31 juillet 1944 à Neugamme (« Eingewiesen am. 31.7.1944 durch: in K.L. : Neuengamme Polit. Franzose ») et le 22 mars 1945 à Buchenwald (« Überstellt am : 22.3.1945 an K.L. Buchenwald »).

Un tas de détails est consigné dans ses cartes de détentions : son matricule 136.857 bien sûr, ses caractéristiques physiques, naissance et domiciliation au bourg d'Ergué-Gabéric, noms des parents, profession (« ingenieur » et la précision « Landwirtschaft » pour sa spécialité agricole), et son statut de détenu politique et non de prisonnier de guerre.

Jean Le Corre avant sa déportation :
 
Sa carte matricule de prisonnier

Le deuxième dossier gabéricois est constitué d'une liste d'étrangers, juifs et apatrides dans laquelle est inscrit Louis Laurent né à Kerdales en 1912. Il est déclaré avoir reçu le 10 février 1944 un titre de séjour (« Aufenthalt Anzeige ») de la part de la ville de Lauf an der Pegnitzle (Bavière). Nous n'en savons pas plus sur les circonstances de son séjour en Allemagne.

Le troisième dossier concerne Michel Tymen né en 1909 à Mesnaonic pour lequel est établie une fiche D.P. ou « Deplaced Person » (personne déplacée) remplie par les organisations des Nations Unies et des camps internationaux de régufiés. Il est noté ses professions de camionneur des Messageries et de cultivateur, et son rattachement au Camp William II. Il déclare aussi détenir 1944 les sommes de 55 Reichsmarks (marks du Reich, abréviation RM) et de 30 Francs français.

Au delà de ces 3 dossiers, il est fort à parier que d'autres informations seront collectées dans les années à venir.

On aimerait par exemple en savoir plus sur un autre natif d'Ergué-Gabéric, Pierre Goazec, cité dans une biographie britannique comme « deported to Auschwitz-Birkenau for having sheltered two Jewish children in Gabéric during WWII » (déporté à Auschwitz-Birkenau pour avoir hébergé deux enfants juifs à Ergué-Gabéric pendant la seconde guerre mondiale). Les prochaines numérisations d'Archives Arolsen vont probablement dévoiler ce pan d'histoire oubliée.

En savoir plus : « 1944-1947 - Les dossiers des Archives Arolsen pour les victimes gabéricoises du nazisme »

102 Ex-voto des soldats et mobiles bretons

Billet du 01.02.2020 - Le fondateur de la revue bretonne « Feiz-ha-Breiz », futur évêque d'Autun, Chalon et Mâcon, de passage à la chapelle de Kerdévot début mai 1871 : grand merci à Régine Azori de Kernaou pour nous en avoir indiqué le compte-rendu dans la biographie de son arrière-arrière-grand-oncle.

« Un évêque breton. Monseigneur Léopold de Léséleuc de Kerouara. Évêque d'Autun, Chalon et Mâcon (1814-1873), Imprimerie Cornouail-laise, Quimper, 1932 » : Le chanoine Alfred Le Roy est l'auteur de la biographie détaillée de cette personnalité Léopold-René de Léséleuc de Kerouara, vicaire général de Quimper de 1859 à 1872, puis évêque d'Autun. L'évêque né à Saint-Pol-de-Léon est aussi un défenseur de la langue bretonne et crée en 1865 la revue « Feiz ha breiz ».

Dans cette biographie, on le découvre en 1871 présidant un pardon à la chapelle de Kerdévot et faisant une homélie aux soldats de retour de la guerre contre les Prussiens. On notera que c'est une descendante des Léséleuc de Kerouara qui nous a indiqué ce passage, sa parenté étant issue du mariage en 1889 du neveu de Léopold, Augustin de Léséleuc, avec l'héritière des manoirs de Kervreyen et de Kernaou, lesquels, à proximité immédiate de Kerdévot, sont toujours possédés par leurs descendants.

Dans ce passage est rappelée la ferveur des pèlerins du 4 mai 1871 : « Dès le point du jour, les messes se succédèrent avec de nombreuses communions ; de tous les versants des collines, soldats revenus au foyer, pères et mères, joyeux et reconnaissants, convergent en groupes compacts vers la chapelle bénie. »

Et avant que la procession ne rentre dans la chapelle, « M. de Léséleuc monte sur le mur de l'enceinte extérieure, et de cette tribune en plein air, il parle la belle langue du pays ». Le biographe donne la traduction française d'une partie du discours publié en langue bretonne dans le journal « Feiz ha breiz ».

L'ecclésiastique s'adresse spécialement aux jeunes soldats revenus sains et saufs du front de la guerre contre les prussiens, et à leurs mères qui les ont mis sous la protection de Notre-Dame de Kerdévot. Il évoque aussi « cet ex-voto offert à Notre-Dame de Kerdévot », une plaque de marbre aux lettres dorées.

Le texte français de l'hommage proposé par l'auteur à partir de la version bretonne du journal est : « Hommage de reconnaissance à Notre-Dame de Kerdévot pour la protection qu'elle a accordée aux soldats, marins et mobilisés. 1871. ».

 
Mais en fait le texte de la plaque encore aujourd'hui visible sur place sur le pilier central dédié aux ex-votos est un peu plus laconique : « Recon-naissance à ND de Kerdévot qui a si bien protégé nos soldats et mobiles Bretons. 1871 », les mobiles étant l'abréviation de la Garde nationale mobi-le, dans laquelle servaient de nombreux bretons appelés sur les fronts de l'est contre les prussiens, notamment à Belfort et à Bessoncourt.

L'article de « Feiz ha breiz », signé des initiales L.B., est titré « Pardonerien bet e Kerdevot d'ar 4 a Vae 1871 » (Les pardonneurs présents à Kerdévot le 4 mai 1871).

Cela démarre par une ode à la nature : « Caret a rant, d'an deiziou kenta euz an nevez amzer, pa gomans an traou sevel a nevez, da vintin pa veler an heol o sevel adren ar meneziou ... » (J'adore, aux premiers jours du printemps, quand les choses commencent à se développer de nouveau, le matin quand on voit le soleil se lever derrière les montagnes).

Et ces états d'âmes inspirés du mois de Marie sont l'occasion de faire pénitence et gagner des indulgences dans une chapelle bénie lors d'une fête de pardon. Et notamment à Kerdévot où les pèlerins sont particulièrement très nombreux au printemps 1871.

Le pardon de Kerdévot du 4 mai 1871, célèbre le retour de guerre des soldats français, et le prêche en breton du vicaire général de Quimper, Léopold de Léséleuc, est à la gloire des mères des soldats de retour d'une guerre meurtrière qui s'est enfin achevée : « guell e guell e cavani gouscoude rei dezhan eun hano all a gavan guirroc'h c'hoas, dervez ar mamou » (n'est-il pas plus dans la vérité des événements tragiques, dont nous sommes délivrés, de l'appeler la journée des mères).

L'homélie de Léopold de Léséleuc est essentiellement constituée de fierté et de piété régionale : « ato or feiz coz a reno e Breiz, ato chapelou I. V. Rumengol, I. V. Folgoat, I. V. Kerdevot a velo enn niver braz a bardonerien o tout dezho » (toujours la vieille foi régnera en Bretagne, toujours les chapelles mariales de Rumengol, Le Folgoat et Kerdévot vous verront fidèles et en foule à leurs pardons !).


En savoir plus : « LE ROY Alfred - Monseigneur Léopold de Léséleuc de Kerouara », « Pardonerien e Kerdevot, Pardon à Kerdévot, Feiz ha breiz 1871 »

103 Page du roi Louis XV en 1739

Billet du 25.01.2020 - Dossier constitué des preuves de noblesse nécessaires pour l'obtention du titre de Page des Petites Écuries du roi à Versailles ; e manuscrit conservé sur le site Richelieu de la BnF et transcription des folios 63 et 64 par Armand Chateaugiron sur le site Internet Tudchentil.org.

Vue et perspective des Escuries de Versailles du côsté de la grande cour

François-Louis de La Marche, né à Kerfors en Ergué-Gabéric, a 19 ans quand il est admis au nombre des pages du roi Louis XV à Versailles. Plus exactement aux Petites Ecuries et sous les ordres du premier Ecuyer du Roi, le marquis Henri-Camille de Beringhen (1693-1770). Les taches essentielles des pages est de participer en livrée à toutes les cérémonies royales, de son lever à son coucher, lors des messes, déplacements et chasses.

Pour être admis page du roi il faut produire un extrait baptistaire légalisé du gentilhomme et les degrés de sa filiation, qui doivent remonter au moins jusqu'à son quatrième ayeul et jusqu'en l'an 1550, l'anoblissement devant être antérieur à cette date. Toutes les noblesses par charges et par fonctions sont acceptées aux Petites Ecuries, alors que seules les descendants d'une noblesse militaire peuvent entrer aux Grandes Ecuries.

Le juge d'armes Louis-Pierre d'Hozier (1685-1767) [1] doit dresser et certifier toutes les preuves de noblesse des postulants. Pour celles de François-Louis de La Marche, son travail est sans doute facilité car il est le petit fils du généalogiste Pierre d'Hozier, lequel était le correspondant épistolaire Guy Autret, historien et seigneur de Lezergué.

Le document établi pour F.-L. de La Marche commence par le blason, « De gueules à un chef d’argent », et cette mention « Casque de trois quarts ». Le fait d'être timbré d'un tel casque est  normalement  réservé  aux  comtes, titre  attribué  tardivement  à

 
François-Louis, mais la noblesse des de La Marche originaire du vicomté du Faou présente essentiellement des écuyers et des chevaliers.

Les 8 générations identifiées par le juge d'armes, avec mention des actes de baptêmes et de partages successoraux, sont les suivantes :


Les titres originaux de noblesse fournis s'étalent de 1720 à 1547, depuis l'acte de baptême du jeune gentilhomme jusqu'à un « acord fait le onze mai mil cinq cent quarante sept entre nobles gens Louise de la Marche, et Charles de la Marche, son frere ainé, seigneur de la Marche et de Bodriec ».

Après sa période versaillaise, François-Louis de La Marche fait une carrière militaire comme lieutenant des maréchaux de France. De retour à Ergué-Gabéric, entreprend la rénovation de son manoir de Lezergué qui est achevée vers 1771-1772.

À la Révolution il a les ennuis de tout noble qui se respecte et doit émigrer sur l'île de Jersey où il décède en 1794.

Son château de Lezergué ne sera néanmoins pas vendu comme bien national, car une levée de séquestre sera prononcée suite à amnistie en 1803.

En savoir plus : « 1739 - François-Louis de La Marche admis comme page de la Petite Écurie du roi »

104 Indemnités de retraite en 1905-1909

Billet du 18.01.2020 - Comment le Conseil Municipal d'Ergué-Gabéric doit se conformer aux obligations de la loi du 14 juillet 1905 portant sur l'assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables, et comment statistiquement et politiquement cette assistance est localement dispensée.

Analyse d'après le registre des Délibérations du Conseil Municipal du 16 novembre 1879 au 21 novembre 1909, conservé aux Archives Municipales d'Ergué-Gabéric.

La loi du 14 juillet 1905 sur l'assistance obligatoire des vieillards et infirmes est l'amorce du système français de solidarité sociale républicaine et met fin au caractère facultatif des entraides proposées par les bureaux de bienfaisances, hospices en donnant plus de pouvoirs aux instances communales.

Son article I précise les personnes concernées : « Tout Français privé de ressources, incapable de subvenir par son travail aux nécessités de l'existence et, soit âgé de plus de 70 ans, soit atteint d'une infirmité ou d'une maladie reconnue incurable, reçoit, aux conditions ci-après, l'assistance instituée par la présente loi. »

Et l'article 20 explique le principe d'allocation mensuelle : « L'assistance à domicile consiste dans le payement d'une allocation mensuelle. Le taux de cette allocation est arrêté, pour chaque commune, par le Conseil municipal, sous réserve de l'approbation du Conseil général et du ministre de l'Intérieur. Il ne peut être inférieur à 5 francs ni, à moins de circonstances exceptionnelles, supérieur à 20 francs. ».

Avant 1905 à Ergué-Gabéric un bureau de bienfaisance était en charge du programme d'assistance envers les enfants en difficultés et les vieillards indigents. Le compte administratif de 1904 fait état d'un montant annuel de dépenses de 1340 francs couvertes en partie par des subventions départementales.

En novembre 1905 un conseil municipal prend acte de la nouvelle loi : « le taux de l'allocation mensuelle à accorder aux vieillards, infirmes et incurables de la commune qui recevront l'assistance à domicile serait de 10 francs, évaluations détaillées des divers éléments de dépenses que nécessite l'entretien dans cette commune d'un assisté à domicile à 0 f 60 c dont 0 f 30 c pour pain et 0 f 30 pour viande et beurre ».

Si l'on tient compte de l'évaluation journalière en terme de besoins nutritionnels, « 0 f 30 c pour pain et 0 f 30 pour viande et beurre », ce qui fait 18 francs par mois, on peut considérer que l'état couvre désormais 55% par ses 10 francs d'indemnités. Rapporté en euros de 2015 cela ferait un équivalent théorique d'une quarantaine d'euros d'allocation.

Avec l'application de la loi de 1905 on dispose de statistiques nationales par département et l'on sait notamment que les départements industriels ("et possédant de grands centres urbains"), mais aussi les départements bretons et corses, présentent à cette époque un nombre important de vieillards indigents ou infirmes. Ainsi dans le Finistère 33% des vieillards de plus de 70 ans doivent être assistés.

Entre 1905 et 1909 le conseil municipal d'Ergué-Gabéric inclut dorénavant dans ses délibérations les éléments d'arbitrage des listes de vieillards et infirmes assistés, c'est-à-dire les noms, âges, domiciles des nouveaux assistés, au total 55 personnes. Cela commence en 1905 par 9 postulants (une personne à hospitaliser, 5 femmes et 4 hommes à maintenir à domicile), et ensuite 9 femmes et 11 hommes en 1907, 7 femmes et 4 hommes en 1908, 5 femmes et 8 hommes en 1909.

  On peut répartir les 55 personnes recensées en deux catégories : les «vieillards » de plus de 70 ans pour 80% et les « infirmes » dont l'âge est systématiquement de plus de 60 ans (sauf un âgé de 33 ans) pour 20% d'entre eux. Comme on ne sait pas leur dates de décès et de fin de droits, on peut estimer que l'allocation doit toucher en 1908-1909 un volant d'environ 40 assistés sur 55, ce qui fait un budget annuel de plus de 4000 francs.

Le taux de 10 francs d'allocation mensuelle fait l'objet d'un vote en mai 1907 : « M. le Maire donne connaissance au conseil du taux actuel de l'allocation mensuelle accordée aux vieillards assistés, considérant qu'il est trop élevé. Le conseil après en avoir délibéré fixe le taux pour 1908 à 6 f ». Mais cette décision ne sera pas validée par les instances départementales et le taux restera à 10 francs.

On voit donc qu'à Ergué-Gabéric la loi de 1905 est appliquée pour protéger les personnes indigentes âgées de plus de 60 ans, et moins pour les infirmes et malades incurables. Par contre deux autres natures d'assistance sont dispensées par décisions municipales : d'une part les jeunes conscrits soutiens de familles qui ont droit à une allocation journalière de 75 centimes (soit environ 22 francs par mois), et les réservistes indigents un peu plus âgés qui disposent de 6 à 10 francs par période d'instruction militaire de 13 à 28 jours. Et enfin la troisième catégorie des enfants assistés restent couverts par le bureau de bienfaisance dont il faut tous les ans voter un budget supplémentaire.

Un exemple de vieillard assisté attire notre attention : dans le registre pour la délibération de novembre 1908 Jean-Louis Conan de Kerdilès, né en 1838 à Elliant en Ergué-Gabéric, apparaît dans la liste des allocataires. Il vient tout juste d'avoir 70 ans et est déficient visuel sans doute suite à une cataracte ou un diabète.


Jean-Louis Conan, décède en 1916 et la photo ci-dessus a du être prise peu de temps avant, près du puits de la ferme à Kerdilès, où il pose presque totalement aveugle.

En savoir plus : « 1905-1909 - La loi du 14.07.1905 et l'aide communale aux indigents et assistés »

105 Bulletin Kannadig de janvier

Billet du 11.01.2020 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du dernier trimestre 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, 12 articles illustrés sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les penntys et manoirs sympathisants.

Une nouvelle année s’annonce, et la publication trimestrielle du bulletin avec les derniers articles publiés se poursuit avec celui-ci sur le thème Histoire, Généalogie, Mémoires et Patrimoine.

Pour commencer, un premier article qui concilie Histoire, Généalogie et Bretagne au travers de l’édition d’un « dessein et project » gabéricois du 17e siècle.

Ensuite deux évocations de la période médiévale via la dîme épiscopale et les aveux de succession à Kerfors, la 4e chronique portant sur la vente de Kernaou en bien national à la Révolution.

Les deux sujets suivants sont datés du XIXe siècle, plus exactement de l’année 1867, l’un adressé à Napoléon III suite à un attentat raté, l’autre pour la création de la 1ère école des filles.

Ensuite le XXe siècle avec deux histoires de classes : les premières classes mixtes de niveaux à l’école publique de Lestonan en 1933 et la photo de classe d’âge de l’année 1958 de celles et ceux nés en 1958.

Pour cette photo un appel à la Mémoire des anciens est lancé : qui se souvient de cette rencontre festive où chacun portait un joli chapeau et certaines une écharpe de miss ?

Et pour finir le Patrimoine est à l’honneur dans ce bulletin : les cloches historiques de Kerdévot qui sonnent encore aujourd’hui les jours de pardon, et les vitraux du XVIe siècle dans l’église paroissiale Saint-Guinal.


Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 48 Janvier 2020 »


ET, BIEN SUR, NOS MEILLEURS VOEUX QUI SOIENT POUR L’ANNEE 2020 : « Succensa Sacris Crepitet Bene Laurea Flammis, Omine Quo Felix Et Sacer Annus Erit !» (cf. source et traduction en 1ère de couverture).

 

106 Des vœux élégiaques pour 2020

Billet du 04.01.2020 - « Succensa sacris crepitet bene laurea flammis, omine quo felix et sacer annus erit ! », traduction française : "Que le pétillement favorable du laurier dans la flamme sacrée nous annonce une année heureuse et protégée des dieux !", extrait de l'Élégie II, V de Tibulle.

Ces vœux en latin car l'actualité de cette semaine porte sur un historien breton qui était aussi un grand latiniste capable de composer l'éloge de Julien Furic qu'il signe « Nobilis Guido Autret, eques torquatus, dominus de Missirien, et de Lesergue ».
Ces derniers jours, l'historien et paléographe Hervé Torchet a publié un ouvrage majeur de 481 pages, projet initié il y a presque 400 ans par Guy Autret : « Histoire Généa-logique de Bretagne - Guy Autret de Missirien (1599-1660) » aux éditions de La Pérenne.

Dès 1640 il avait publié un petit fascicule intitulé « Dessein et projet de l'histoire généalogique de Bretagne », décrivant sa méthode et annonçant son intention de produire un futur ouvrage imprimé très ambitieux dont il présente le sommaire détaillé. Pour alimenter cet ouvrage il avait la matière avec de nombreuses notes éparses et des échanges épistolaires sur les généalogie des grandes familles nobles bretonnes, mais il mourut brutalement en 1660 avant de pouvoir finaliser son projet.

Hervé Torchet a, en quelque sorte, pris la relève de ce projet, en retrouvant et transcrivant tous les manuscrits et notes anciennes et en reconstituant le contenu du sommaire annoncé.

Dans son introduction Hervé Torchet présente son "mentor" historien comme suit : « Guy Autret de Missirien est l'homme-clef de l'historiographie de l'Ancien Régime. Non pas seulement celui de la Bretagne, mais son influence s'est étendue sur toute la méthode historique du dernier siècle de la monarchie française. Sa marque s'est imprimée dans toute la production d'Histoire de cette période ultime. »

Fin 1641, Guy Autret écrit à son correspondant Pierre d'Hozier : « Ce jour de Nouel. Ayant fait reimprimer mes petis projets d'histoere, pour les distribuer à nos amys, jé voulu vous en envoier un couple ». Il s'agit là de l'édition de 15 pages datée de 1642, laquelle est conservée à la Bibliothèque Nationale de France, les premiers fascicules de 1640 ayant disparu.

L'édition suivante conservée également à la BnF, datée de 1655, est plus complète avec 22 pages et les éléments comparatifs suivants :
Image:Right.gif Les deux éditions ont le même format in-4 et sont imprimées à Rennes par Julien Herbert.
Image:Right.gif La couverture de 1655 inclut le blason de l'ordre de chevalerie de l'Hermine fondé en 1381 par le duc de Bretagne Jean IV.
Image:Right.gif Les deux fascicules sont découpés en 26 (en 1642) ou 24 Livres (1655), les Livres I à 10 étant consacrés aux généalogies des rois, comtes, ducs, princes et gouverneurs de Bretagne.

 

Image:Right.gif Dans l'édition de 1642 les Livres 11 à 26 sont catégorisés par origines géographiques et rangs de noblesse. En 1655 le Livre 11 est réservé à la noblesse Ecclésiastique et les suivants sont alphabétiques.
Image:Right.gif Dans l'avertissement de l'édition de 1655, Guy Autret explique qu'il a changé d'avis : « Par mes premiers projects imprimez l'an 1640, j'avois proposé d'escrire les Généalogies des plus grandes et principales maisons, selon l'ancien ordre des Barons et Banerets ; mais sçachant qu'ils ne conviennent pas encore de leurs rangs après tant de siècles, j'ay pris résolution de suivre l'ordre de l'alphabet pour éviter tout blame et jalousie. »

Hervé Torchet a repris ce dernier plan de Guy Autret dans la nouvelle « Histoire Généalogique de Bretagne », en rassemblant tous les manuscrits et travaux du 17e siècle, et en les illustrant des armoiries de toutes les familles nobles recensées, les blasons colorés étant conçus par Béatrice Chauvel.


En savoir plus : « TORCHET Hervé - Histoire Généalogique de Bretagne de Guy Autret », « AUTRET Guy - Dessein et project de l'histoire généalogique de Bretagne »


Image:Square.gif Nota : Hervé Torchet donnera une conférence sur son ouvrage le 8 février 2020, 16 h, à la salle Ti-Kreis de l'Athéna à Ergué-Gabéric.