1949-1950 - Demande de révision du procès de la tuerie de la Salleverte - GrandTerrier

1949-1950 - Demande de révision du procès de la tuerie de la Salleverte

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§ E.D.F.

Un autre éclairage sur ce meurtre de décembre 1946 qui a donné lieu en 1947 aux condamnations des membres de la Bande à Poux.

Dossier conservé aux Archives Nationales de Pierrefitte, en provenance du Fichier central de police judiciaire.

Autres lectures : « La bande à Poux condamnée pour l'affaire de la Salle-Verte, Détective 1948 » ¤ « Salleverte, ar Sal C'hlas‎ » ¤ « 1673 - Aveu de Le Coffec et Le Cozquer à la Salle Verte par acquet de Françoise de Kermorial » ¤ « Site archéologique médiéval de la Salle Verte et du Mélennec » ¤ « HOMILIUS Helmut - Cinq années de pénitence » ¤ « Sur les traces de d'Helmut Homilius, Télégramme 2006 » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Cette affaire a eu localement un immense écho de fin 1946 jusqu'au procès aux Assises en juillet 1948, car l'enquête a duré de longs mois et les meurtriers ont été recherchés dans un climat de peur et de psychose. Les journaux régionaux ont rendu compte de l'enquête, et le procès a été à la une de l'hendomadaire « Détective » sous le titre « Voici, aux Assises de Quimper, LA BANDE À POUX (BEND-EN-LAOU) [1] qui terrorisa longtemps la campagne bretonne », avec un jeu de mot scabreux sur le patronyme POUX (Laou désignant le poux en breton, "penn-laou" étant l'insulte suprême de "tête de poux").

Et voici qu'en 1949-50 le supposé chef de bande Gaston Poux fait une demande de révision de son procès où il a été condamné à 15 ans de travaux forcés, en rédigeant une déclaration de 28 pages dactylographiées. Ce dossier, conservé aux Archives Nationales, est accompagné de nouvelles auditions et de rapports circonstanciés rédigés par la Police judiciaire de Rennes. Ces documents donnent une vision différente des faits repris par les journaux lors du jugement des Assises de Quimper.

Le rapport de Gaston Poux pour sa « libération dont le couronnement sera la reconnaissance officielle de (s)on innocence et (s)a réhabilitation. » est frappant par le ton de sincérité et de violence contenue contre un commissaire qu'il considère comme « marron ». Les détails de son arrestation et l'instruction à charge contre lui et son acolyte présumé Henri Bourmaud sont dignes d'un scénario de roman policier.

Le contexte du meurtre est une expédition punitive un soir de 23 décembre 1946 avec tir de mitraillette « américaine » contre le fils aîné dans la cour de la ferme de la « Salle-Verte » tenue par son père René Jean Lasseau [2]. Cela se passe alors que la victime est en train de soigner et donner à manger à ses chevaux.

Un prisonnier de guerre allemand, Walter Buskis, qui aide le jeune Lasseau à l'écurie, assiste impuissant à la scène et évite la fusillade. À cette époque, de nombreux prisonniers de guerre étaient réquisitionnés dans les fermes gabéricoises. Nous ne savons pas à quelle date le prisonnier de la Salle-Verte a été libéré, mais certains, à l'intar d'Helmut Homilius à la ferme de Kerautret, sont restés à Ergué-Gabéric jusqu'aux années 1950.

Les agriculteurs devaient prouver leur patriotisme pendant l'occupation et pouvaient disposer l'aide d'un prisonnier, moyennant hébergement. La famille Lasseau est considérée comme « joui(ssant) à Ergué-Gabéric d'une considération parfaite ». Il n'en reste pas moins que la recherche du meurtrier et de ses complices est problématique, car la première enquête du commissaire Guy Kergoet, venu de Rennes, est vaine.

La deuxième enquête est menée tambour battant par le commissaire Georges Le Leyour affecté à Quimper grâce à une série de dénonciations et de faux témoignages. Le procès aux Assises aboutira à des peines sévères de travaux forcés à perpétuité pour le meurtrier présumé (Henri Bourmaud) et de 15 ans suivis de 20 ans d'interdiction de séjour dans le finistère pour le complice chef de bande.

 

Ce dernier considère qu'il s'agit d'un complot à connotation politique : « Je ne suis pas originaire du pays, je suis un étranger, dont "suspect". Ne me liant pas facilement, je suis jugé fier. ». Gaston Poux, natif du Jura, habite Paris avant-guerre, et est venu s'installer en Bretagne en 1939 en se mariant à une nommée Renée Lucas, débitant à Ergué-Armel. Il tiendra avec elle le café-tabac au 2 route de Rosporden, dans un quartier qui jouxte l'entrée de la commune d'Ergué-Gabéric.

Les accusations politiques sous-jacentes qui motivent le commissaire Le Leyour sont dues aux accointances de Gaston Poux avec le Parti Social Français qui certes prône la résistance, mais défend une ligne très conservatrice et anti-communiste. L'accusé conteste ce militantisme, se contentant d'avoir « collaboré, et cela de façon bénévole, à un hebdomadaire de vrais résistants ». Le commissaire est accusé d'avoir ameuté « la presse, en l'incitant même à se livrer à une campagne perfide, violente, qui à elle seule, a créé une psychose, une folie quasi-générale soigneusement entretenue, l'ambiance contre laquelle la Justice elle-même ne pouvait plus rien. »

Guy Kergoet est chargé en 1950 d'une troisième enquête à la suite de la demande de révision. Il reprend les éléments d'argumentation de Gaston Poux en concluant « la participation du groupe BOURMAUD-FILLIS-QUINET dans l'affaire dite "de la Salle-Verte" peut être mis en doute », ceci en mettant en exergue les incohérences du dossier d'accusation, et par là même les exactions du précédent commissaire chargé d'enquête.

Mais cela ne suffira pas pour réhabiliter les condamnés Poux et Bourmaud, car d'une part la preuve de leur innocence n'est pas formellement apportée, et seule la culpabilité établie d'un autre meurtrier pouvait, semble-t-il, constituer un élément nouveau nécessaire à la révision éventuelle du procès. Gaston Poux décédera en 1974 à Colmar dans le Haut-Rhin, à l'âge de 81 ans, soit 26 ans après sa condamnation.


[modifier] 2 Transcriptions

Les textes transcrits ci-dessous contiennent des paragraphes ( § ) non déployés. Vous pouvez les afficher en un seul clic : § Tout montrer/cacher

Lettre du Directeur Régional, février 1950

République Française. ministère de l'Intérieur. Direction générale de la Sûreté Nationale.

Service Régional de Police Judiciaire. Rennes le 16 février 1950.

Le Commissaire Divisionnaire, Chef du Service Régional de Police Judiciaire à Monsieur le Directeur des Services de Police Judiciaire. Paris.

Objet : Assassinat de LASSAU René à "La Salle Verte" en Ergué-Gabéric (Finistère) le 23 décembre 1946.

En vous transmettant copie du rapport et des procès-verbaux établis par le Commissaire KERGOET, de mon service, sur réquisition de M. le Procureur de la République à Quimper, au cours d'une enquête se rapportant au meurtre de LASSEAU René, commis le 23 décembre 1946 et pour lequel quatre individus ont été condamnés à des peines de travaux forcés ou de réclusion, j'ai l'honneur d'attirer votre attention sur les faits rapportés par les condamnés dans des déclarations entièrement manuscrites ou constituées par des copies dactylographiées.

Ces déclarations n'ont pas été transcrites sur procès-verbaux, mais jointes à la procédure destinée au Magistrat mandant, telles qu'elles ont été remises.

Elles contiennent des accusations violentes contre M. LE LEYOUR, Commissaire de Police à Quimper à l'époque des faits, et maintenant Commissaire de Police à St-Brieuc.

Ces condamnés, qui clament maintenant leur innocence, sont parfaitement décidés à la faire reconnaître par tous les moyens.

Les faits incriminés se sont passés avant mon arrivée à Rennes. Je ne suis, en conséquence, documenté sur cette importante affaire que par la relation qui m'en a été faite par les enquêteurs de mon service.

Ceux-ci, le Commissaire KERGOET et l'Inspecteur LE BARS, n'ont aucunement participé à l'établissement de la procédure qui a amené l'inculpation des quatre condamnés. Leur enquête, négative, était déjà terminée.

Il semble malheureusement possible que les condamnés ne soient pas tous coupables. Il paraît aussi probable qu'une nouvelle enquête établirait certaines erreurs regrettables commises dans la conduite de l'enquête.

C'est pourquoi j'ai estimé devoir attirer spécialement votre attention sur cette affaire, susceptible de rebondir dans un délai plus ou moins bref, avec un retentissement d'autant plus important que le meurtre de LASSEAU a sérieusement ému l'opinion publique dans la région de Quimper.

Le Commissaire divisionnaire, Chef du Service Régional de P.J., (signature)

Lettre du Directeur des Services

Direction des Services de Police Judiciaire. 1ère Section. 21 février 50.

Note pour Monsieur le Directeur des Services de Police Judiciaire.

Objet : Assassinat de LASSAU René, à "La Salle Verte" en Ergué-Gabéric (Finistère), le 23 décembre 1946.

L'affaire dont il s'agit, traitée à l'origine sans résultat par le Service Régional de Police Judiciaire de Rennes, a été ensuite reprise, sur dénonciation d'une dame PEDNOIR, par le Commissaire de Police LE LEYOUR de Quimper et a abouti à l'arrestation, puis à la condamnation de quatre individus nommés BOURMAUD, POUX, FILLIS et QUINET.

A l'heure actuelle, ces individus proclament leur innocence et invoquent

  • d'une part, les manœuvres indélicates et illégales du Commissaire LE LEYOUR,
  • d'autre part, une série de faux témoignages.

Des mémoires, rédigé par le détenu POUX, sont actuellement étudiés par le Parquet Général compétent.

Pour situer la position présente de l'Administration dans cette phase nouvelle de l'affaire et en ce qui concerne l'attitude des premiers enquêteurs, il convient de remarquer que les protestations et les accusations des condamnés visent la première enquête de police.

Or cette enquête a été suivie, tout d'abord, par une instruction pénale qui a duré neuf mois et, ensuite, par des débats en Cour d'Assises.

Il paraît pour le moins surprenant que, durant cette longue période, les inculpés n'aient pu produire tous les éléments qu'ils développent actuellement et tendant à les disculper. On connaît trop l'étendue des larges possibilités qu'offre la loi pour être convaincu que toute latitude leur a été laissée de présenter leur défense. Et il semble bien que des fautes professionnelles n'auraient pas manqué d'être sanctionnées si elles était apparues.

Il faut croire, en définitive, que la procédure apporte suffisamment d'éléments de culpabilité puisque des condamnations sévères sont intervenues. La seule étude du dossier joint ne peut fonder une opinion puisque ce dossier ne reflète que les affirmations des inculpés.

Qu'il y ait des invraisemblances dans les premières dépositions recueillies, c'est fort possible. Mais le dossier d'instruction ne les a-t-il pas mises au point ?

Pour répondre à cette question, il faudrait avoir consulté précisément ce dossier ou l'avoir sous les yeux comme élément de comparaison. Le Commissaire KERGOET, rapporteur de cette nouvelle enquête, ne tire de ses investigations qu'une conclusion mitigée où il déclare, notamment, "qu'il ne peut apporter jusqu'à maintenant la preuve formelle de la non-participation d'au moins l'un des inculpés aux crimes qu'il leur ont été reprochés".

En la circonstance, la sagesse administrative conseille de s'en tenir à la formule consacrée en droit que "le criminel tienne le civil en l'état".

La parole est à la Justice, saisie.

Il importe donc, à mon avis, d'attendre sa décision avant d'entreprendre une enquête administrative, en admettant qu'elle s'impose.

Le Commissaire Divisionnaire, Louis SPOTTI.

Réaction de la Direction Générale

Le Directeur Général. 1 mars 50.

M. Valandie

Je veux avant tout avoir une enquête sérieuse de la P.J. sur cette affaire ; il est inadmissible que le chef régional de en P.J. se contente d'une phrase : "il est malheureusement possible ...". Son rôle n'est pas "d'attirer notre attention" sur cette affaire, mais d'avoir une opinion (puisque Le Leyour est à St-Brieuc) et de prendre ses responsabilités, au lieu de transmettre l'affaire en l'état à l'échelon supérieur.

Donc : d'abord un rapport fouillé de la brigade régionale.

(signature Bertaut)


Refus officiel de révision

Parquet de Quimper. Quimper, le 8 mars 1950.

Le Procureur de la République à Quimper à Monsieur le Commissaire Divisionnaire, Directeur de la Police Judiciaire. Rennes,

J'ai l'honneur de vous faire connaître que, en l'absence de tout fait nouveau de nature à faire croire à l'innocence des condamnés, il n'est pas possible, en l'état, d'envisager une révision de l'affaire concernant les nommés BOURMAUD et autres, condamnés par la Cour d'Assises du Finistère.

Le Procureur de la République, (signature).


Ministère de l'Intérieur. République Française. Paris le 18 mars 1950. Note pour Monsieur le Directeur Général de la Sûreté Nationale.

Objet : Assassinat du nommé LASSEAU René, à "La Salle-Verte" en Ergué-Gabéric (Finistère), le 23 Décembre 1946.

Référence : Ma note du 27 février 1950 et votre note du 1er mars 1950.

Comme suite aux notes citées en référence, j'ai l'honneur de vous transmettre, sous ce pli, une lettre du Procureur de la République à Quimper, signalant qu'en l'absence de tout fait nouveau il n'envisage pas une révision de l'affaire concernant les nommés BOURMAUD et autres, condamnés par la Cour d'Assises du finistère, à la suite de l'assassinat, le 23 décembre 1946, du nommé LASSEAU.

Le Directeur des services de police judiciaire, (signature)

 

Rapport de Gaston Poux en 1949

Odieusement condamné, le 9 juillet 1948 à 15 ans de travaux forcés et à la peine accessoire de 20 ans d'interdiction de séjour par la Cour d'Assises du finistère, alors que je suis innocent, ma conscience et ma dignité d'homme se refusent à accepter cette iniquité. C'est le seul souci de faire reconnaître et proclamer mon innocence, hormis toute autre considération, qui m'a dicté de faire les déclarations ci-après. Elles permettront, j'en suis certain, de déceler et de faire établir la forfaiture, les calomnies et les faux-témoignages qui ont été monnaie courante dans les affaires MAZÉ et LASSEAU.

« Je déclare, ci-dessous, et cela de façon purement objective, ce que je sais, ce que j'ai entendu ou appris.

« Si j'ai, au cours de mes déclarations, exposé un seul fait contraire à la vérité, si j'ai tenté de diffamer ou de calomnier, il est indispensable que je sois poursuivi et cela avec d'autant plus de rigueur que les personnes, mises en cause par moi, auront occupé une situation plus haut placée.

« D'autre part, dans tout ce que je vais exposer, il ne s'agit que de faits, d'arguments me concernant seul, car ayant été absolument étranger aux affaires MAZÉ et LASSEAU, je ne puis prendre sur ce terrain, ni une position favorable, ni une position défavorable pour aucun des trois autres inculpés.

§ Suite - pages 2 à 5

§ Suite - pages 6 à 10

§ Suite - pages 11 à 15

§ Suite - pages 16 à 20

§ Suite - pages 21 à 25

§ Suite - pages 26 à 28


1ère enquête de Kergoet en 1947

Rennes, 13 janvier 1947. 13ème Brigade Régionale de Police Judiciaire.

Le Commissaire de Police Judiciaire Kergoet Guy, à Monsieur le Commissaire Principal, Chef de la 13ème Brigade Régionale de Police Judiciaire à Rennes.

Objet : Homicide volontaire de M. LASSEAU René, 23 ans, cultivateur à la "Salle verte" en Ergué-Gabéric (Finistère)

Réfer. : C.R. en date du 24 décembre 1946 de M. Hervé, Juge d'Instruction à Quimper.

P. J. : 44 Procès-verbaux. 1 Commission Rogatoire en retour.

J'ai l'honneur de vous retourner, en y annexant les 44 procès-verbaux qui en ont été la suite, la Commission Rogatoire en date du 24 décembre 1946, de M. Hervé, Juge d'Instruction au Tribunal de Quimper, relative à la procédure suivie contre X... inculpé d'homicide volontaire sur la personne de M. LASSEAU René, 23 ans, cultivateur à la ferme de la "Salle Verte" en Ergué-Gabéric dans la soirée du 23 décembre 1946.

La ferme de la "Salle Verte" est située sur le territoire de la commune d'Ergué-Gabéric (Finistère) à environ 1 km à l'ouest du bourg. Elle comprend quatre corps de bâtiments ; un chemin bien encaissé et bordé de haies d'aubépine d'environ 150 m. relie en droite ligne la ferme au chemin de grande communication n° 15, qui mène d'un côté à la ville de Quimper distante de 4 kms, de l'autre à l'agglomération de Coray à 17 kms. 500.

§ Suite - pages 2 à 6


Rapport de Kerveno, 2e enquête Le Leyour de 1947

Ministère de l'Intérieur. Direction générale de la Sûreté Nationale. Commissariat aux Renseignements Généraux. Quimper. n° 458.

République Française. Quimper, le 14 février 1947. Rapport.

L'Inspecteur de la Sûreté Nationale Kerveno Joseph à Monsieur le Commissaire de police Chef du Service des Renseignements Généraux. Quimper.

Objet : A/s de l'assassinat de Lassaut René, de la Salle-Verte en Ergué-Gabéric.

J'au l'honneur de vous rendre compte de ce qui suit :

Le 23 décembre 1946, à 20 heures, le nommé LASSAUT René, 23 ans, était assassiné à coups de mitraillettes dans la cour de la ferme tenue par ses parents, à la Salle Verte en Ergué-Gabéric. Un prisonnier de guerre allemand, employé à la ferme, témoin du drame, donnait de l'assassin le signalement suivant : taille 1 m 65, vêtu d'un trench-coat américain, coiffé d'un chapeau mou et chauffé de bottes de caoutchouc.

La maison LASSAUT avait déjà reçu, le 18 octobre 1946, la visite de bandits qui avaient tiré un coup de revolver dans la cour et glissé un papier sous la porte pour demander à M. LASSAUT de leur remettre, dans des conditions déterminées, la somme de cent mille francs.

À l'époque, M. LASSAUT avait porté plainte à la gendarmerie de Quimper, quatre jeunes gens du quartier de l'Eau Blanche, en Ergué-Armel, avaient été arrêtés ; trois d'entre eux avaient été incarcérés pour vol de pneus et le quatrième relaxé.

Les soupçons se portèrent donc aussitôt sur ce quatrième nommé RANNOU, qui n'eut pas de mal à se disculper en fournissant un alibi irréfutable.

Le mystère demeurait donc entier, et l'opinion publique s'en trouvait très émue, d'autant plus que d'autres attaques semblables s'étaient produites dans d'autres secteurs (région de Carhaix et du Huelgoat), et une véritable psychose de terreur s'emparait des populations des campagnes finistériennes.

Les divers services de Police (13e Brigade de Police Judiciaire, Sécurité Publique de Quimper, Gendarmerie) conjuguèrent leurs efforts, mais toutes les recherches demeurèrent vaines.

§ Suite - pages 2 à 6


3e enquête de Kergoet en 1950

Rennes 7 février 50. 13e Brigade Régionale de Police Judiciaire à Rennes. n° 1761.

Le Commissaire de Police Judiciaire Kergoet Guy à Monsieur le Commissaire divisionnaire Chef du Service Régional de Police Judiciaire. Rennes.

Objet : Assassinat de LASSEAU René à la "Salle-Verte" en Ergué-Gabéric (Finistère) le 23 décembre 1946.

Refer. : Note, en date du 10 Juin 1949 de M. le Procureur de la République à Quimper. Note et instructions de M. le Procureur de la République à Quimper en date du 10 novembre 1949.

En vous transmettant les procès-verbaux ci-joints, j'ai l'honneur de vous rendre compte des résultats de l'enquête que j'ai effectuée avec l'assistance de l'Inspecteur Principal Bourges, du Service, conformément aux prescriptions des notes citées en référence et à vos instructions verbales, sur l'assassinat du jeune Lasseau René à la "Salle-Verte" en Ergué-Gabéric (Finistère) le 23 décembre 1946.

Rappel des faits.

Le 23 décembre 1946 vers 19 h. 30, René LASSEAU, 23 ans, cultivateur chez ses parents à la ferme de la "Salle-Verte" en Ergué-Gabéric, accompagné d'un prisonnier allemand : Walter BUSKIS, se rendait à l'écurie pour soigner les chevaux. Le travail s'effectuait normalement et la tâche terminée Walter BUSKIS se disposait à sortir d'un appentis où il avait préparé la nourriture des chevaux, lorsqu'il vit arriver un inconnu qui, passant devant la maison d'habitation, se dirigea directement vers l'écurie que René LASSEAU se préparait à quitter. Arrivé à quelques mètres de ce dernier l'homme l'interpellait à deux reprises, puis déchargeait une rafale de mitraillette sur le jeune homme qui s'avançait à sa rencontre et qui s'écroula sans pousser un cri. Walter BUSKIS, craignant pour sa propre vie se coucha précipitamment à terre et le meurtrier l'ayant vraisemblablement entendu, déchargea une rafale dans sa direction. Puis, sans se presser, il revint sur ses pas, repassa devant la maison d'habitation sur la façade de laquelle il envoya une nouvelle rafale et disparut.

§ Suite - pages 2 à 5

§ Suite - pages 6 à 10

§ Suite - pages 11 à 15

§ Suite - pages 16 à 21


[modifier] 3 Originaux

[modifier] 4 Annotations

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  1. « Bend-en-Laou » est la retranscription phonétique d'une expression locale et populaire qui devrait plutôt être orthographiée « Bandenn-Laou », la bande du Poux. Le substantif « Laou » est un collectif (singulatif : « laouenn ») qui désigne bien le poux en français. L'adjectif « Laouek » est l'équivalent de "pouilleux" et l'expression « penn-laou » est l'insulte suprême "tête de poux" . Autres expressions : « fritañ laou », vivre dans la pauvreté ; « spazhañ laou », chercher la petite bête, couper les cheveux en 4 ; « laou(enn)-douar  », cloportes ; « laou-pafalek (enn-b.) », morpions, poux du pubis ; « pér-laou », poire-poux, fruit de l'aubépine. [Ref.↑]
  2. La victime René Lasseau agé de 23 ans, est né en 1923, fils de René-Jean né le 31/08/1898 à Ergué-Gabéric et de Marie Catherine Floch, née le 02/11/1901 à Ergué-Gabéric également. [Ref.↑]
  3. Le groupe X désigne le premier groupe inculpé pour l'attaque du 18 octobre 1946 à la Salle-Verte, à savoir AUTRET, DAOUDAL, Etienne RANNOU et LE BRAS, mais aussi un autre groupe éventuel car les premiers ont bénéficié d'un non-lieu. [Ref.↑ 3,0 3,1]
  4. Le Parti national breton (en breton : Strollad Broadel Breizh, abrégé en PNB) était un parti politique nationaliste breton qui a existé de 1931 à 1944. Pendant la guerre de 1939-45, le P.N.B est pro-allemand et développe une propagande « collaborationniste ». [Ref.↑]
  5. Le Parti social français (PSF) est un parti politique français de droite conservatrice à tendance nationaliste fondé le 7 juillet 1936 à la suite de la dissolution des Croix-de-Feu, et disparu fin 1941. Son slogan : « Ni fascisme, ni communisme ! La France heureuse, forte et libre par le Parti Social Français ». Le parti ne soutient pas le Régime de Vichy en raison de son caractère antisémite et défaitiste et joue un rôle dans une certaine forme de résistance : l'aide aux prisonniers évadés et aux juifs persécutés. [Ref.↑]
  6. Gaston Henri Emile Poux est né le 24 avril 1893 dans le 13e arrondissement de Paris, son père Henri Léopold Célestin étant employé à la Caisse des Dépôts. Il se marie le 22 mai 1906 à Dôle (Jura) avec Emélie Mativet, puis le 18 février 1939 à Ergué-Armel avec Renée Françoise Marie Lucas (le divorce est prononcé le 17 juillet 1951). Il décède le 1er janvier 1974 à Colmar (Haut-Rhin). Acte de naissance : Image:NaissancePoux1893.jpg. Registre militaire : Image:MatriculeMilitairePoux.jpg [Ref.↑]


Thème de l'article : Document d'archives sur le passé d'Ergué-Gabéric.

Date de création : Mars 2019    Dernière modification : 17.03.2019    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]