La bande à Poux condamnée pour l'affaire de la Salle-Verte, Détective 1948 - GrandTerrier

La bande à Poux condamnée pour l'affaire de la Salle-Verte, Détective 1948

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Catégorie : Gazettes
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§ E.D.F.

Où il est question d'un crime crapuleux en pleine campagne gabéricoise et des exactions après-guerre d'une bande de faux résistants.

Autres lectures : « Salleverte, ar Sal C'hlas‎ » ¤ « 1673 - Aveu de Le Coffec et Le Cozquer à la Salle Verte par acquet de Françoise de Kermorial » ¤ « Site archéologique médiéval de la Salle Verte et du Mélennec » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Le dos de couverture du n° 107 du 13 juillet 1948 du journal Détective [1] annonce la couleur : « Voici, aux Assises de Quimper, LA BANDE À POUX (BEND-EN-LAOU [2]) qui terrorisa longtemps la campagne bretonne. ».

Les 4 accusés : Bourmaud, Fillis, Poux (en béret), et Quinet
Les 4 accusés : Bourmaud, Fillis, Poux (en béret), et Quinet

Le reportage commence par un effet de mise en scène journalistique, à savoir la rencontre du bagnard Seznec à proximité de palais de justice de Quimper, juste avant le procès du buraliste au patronyme Poux et de ses acolytes. Et des affiches contestant violemment la qualité de résistants que s'octroyaient les membres du gang : « La vraie Résistance réclame une vraie Justice. Mort à la bande à Poux ».

A la fin de la guerre, en 1945-46, ces malfrats terrorisaient la campagne quimpéroise en rançonnant ceux qu'ils qualifiaient de « profiteurs » et de « collaborateurs » pendant la période d'occupation. Avec le crime crapuleux de la Salle Verte en Ergué-Gabéric, l'affaire qui les fit arrêtés et condamnés, le scénario est différent : Poux lui-même avoue avoir demandé à Mme Lasseau une forte somme après le meurtre de son fils aîné René âgé de 23 ans, contre une promesse de mener une enquête avec des coupables fictifs du côté de Marseille, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'une de ses fréquentations l'avait abattu d'une rafale de mitraillette.

 

Qui étaient donc ces quatre accusés ? Henri Bourmaud, le meurtrier, fils d'un maçon vendéen, était marchand de frites et avait tendance à être violent quand il avait bu. Poux - personne n'a retenu son prénom tellement son nom suffisait pour évoquer sa personnalité - était buraliste dans le quartier de la gare de Quimper et chef de la bande. Frédéric Fillis, fils d'un marchand ambulant anglais, était un clown, acrobate et beau parleur. René Quinet était un ouvrier serrurier originaire de la région parisienne qui s'était engagé un temps dans la marine.

La conclusion de l'article est relativement vague sur le verdict prononcé en conclusion du procès : « Dans ces conditions, alors que cette ténébreuse affaire ne pouvait être complètement éclaircie, il est apparu que la justice avait, malgré les obscurités et les contradictions du dossier, frappé juste. Il n'a pas été établi, pour le repos des consciences, que tout avait été mis définitivement en lumière. Mais les jurés du Finistère en savaient assez pour ne pas supporter un verdict d'erreur ». À noter que dans une série des affaires criminelles quimpéroises d'aôut 2012, le journal Ouest-France traduit les propos du journaliste de Détective par cette inexactitude : « Les jurés, au vu des incohérences du dossier, n'ont pu prononcer leur verdict ».

En fait, comme cela est relatée dans la une du « Télégramme de Brest et de l'Ouest » des 10 et 11 juillet 1948, la peine fut sévère pour au moins deux des quatre accusés : « Bourmaud (auteur du crime) : travaux forcés à perpétuité, Poux (Chef de bande) : 15 ans de bagne, Fillis : 10 ans et Quinet : 5 ans de réclusion ».

[modifier] 2 Transcription de l'article

Devant les Assises de Quimper, la bande à Poux s'est posée en victime d'une machination policière.

Quimper (de nos envoyés spéciaux)

Il y a d'étranges coïncidences. Quelques heures avant que s'ouvrent les débats de la retentissante affaire de la Salle Verte, un homme se promenait, solitaire, dans des rues de Quimper.

Comme un touriste, il semblait découvrir sur le marbre du monument aux morts devant lequel il s'était découvert, les noms héroïques qui, ici comme ailleurs, dans toute la Bretagne, jalonnent la côte déchiquetée de la Cornouaille.

C'était Seznec, l'ancien bagnard qui vient de demander la révision de son procès. Un homme le reconnut. Il lui demanda s'il venait assister au procès de l'affaire de la Salle Verte et, par la même occasion, revoir cette salle d'assises où, voilà vingt-quatre ans, il fut condamné au bagne à vie. Seznec répondit :

- Ah non. je la connais trop.

Et l'ancien forçat repartit d'un pas tranquille, dédaignant les passants et la foule, laquelle n'avait qu'un pensée en tête : la bande à Poux va répondre de ses forfaits.

Oui ! en ce jour, toute la ville discutait à perdre haleine sur cette ténébreuse histoire de rançonnements de fermiers à l'issue de laquelle, un soir de décembre 1946, un inoffensif garçon de vingt-trois ans fut abattu par une rafale de mitraillette.

Il n'était, pour s'en rendre compte, qu'à écouter les propos enfiévrés échangés dans les groupes entourant le Palais de Justice, qu'à lire ces affiches collées sur les murs par des mains anonymes et vengeresses : « La vraie Résistance réclame une vraie Justice. Mort à la bande à Poux ».

Et l'on s'écrasait, comme il était facile de le prévoir, dans cette enceinte de justice, drapée comme une salle de théâtre de teintures rouges, des tentures qui n'avaient pas été accrochées là pour un effet d'esthétique, mais pour améliorer l'acoustique.

Se détachant sur ces draperies, comme les mannequins d'un jeu de massacre, voici les quatre accusés de leurs gendarmes : Poux, le fameux Poux, Frédéric Fillis, le beau Frédy, Henri Bourmaud, dit Riton, et René Quinet.

Des accusés, il faut le dire, d'une espèce peu banale en cours d'assises. Tous sachant se défendre avec verve, avec une parfaite connaissance du dossier, exploitant à leur avantage les lacunes de l'accusation avec une telle opportunité qu'ils ne laissaient à leurs défenseurs que de rares occasions d'intervenir.

 

Seul, Quinet ne semble pas très à l'aise, et sa voix semble mal accordée à celle de ses coinculpés. Il a, sous ses cheveux légèrement grisonnants d'homme de trente-six ans, un visage livide.

(cliquer sur les titres pour déployer/refermer les parties ci-dessous)

~ 1. § Des aveux accablants


~ 2. § Clown et marchand de frites


~ 3. § Poux, le chef


En vérité, tout au long de ces débats, où rarement on vit des accusés se défendre avec un tel cynisme, mais aussi avec une telle habileté, on ne put que regretter les défaillances de l'enquête initiale. Encore que les faits restent accablants, il faut déplorer que l'enquête n'ait pas été menée dès le début, avec plus de vigueur. C'est un fait regrettable que Poux, arrêté une première fois le 4 février 1947 au début de l'après-midi, ait été relâché et soit rentré chez lui où il eut tout le temps de faire disparaître ce qui pouvait être gênant. Il ne fut arrêté à nouveau que le soir, vers 22 h 25. Il resta entre les mains de la police jusqu'au 6 février et, après avoir été entendu par le juge Hervé, il fut incarcéré à la maison d'arrêt à 1 h 30 du matin. C'est un fait, aussi, - et fâcheux - que la confrontation générale n'ait eu lieu que le 17 octobre 1947. Or, il est notoire que, dans cette maison d'arrêt de Mesgloaguen, les détenus ont pu, aisément, se concerter et préparer leurs dénégations à retardement et leur défense, (et échanger des) billets clandestins, interpellations par la fenêtre des cellules (l'un des inculpés étant employé à la cuisine de la prison pouvait facilement communiquer avec ses amis et complices).

Dans ces conditions, alors que cette ténébreuse affaire ne pouvait être complètement éclaircie, il est apparu que la justice avait, malgré les obscurités et les contradictions du dossier, frappé juste. Il n'a pas été établi, pour le repos des consciences, que tout avait été mis définitivement en lumière. Mais les jurés du Finistère en savaient assez pour ne pas supporter un verdict d'erreur.

Maintenant que la justice populaire a passé, l'affaire de la Salle Verte va-t-elle s'effacer des mémoires ? Certes non ! On en parlera longtemps, aux veillées bretonnes. Dans les fermes, dans la campagne longtemps terrorisée, cette affaire restera désormais connue sous le nom de Bend-en-Laou [2], c'est-à-dire La Bande à Poux ...

Jean NEVERS

(Reportage photo Paul BUISSON, Détective)

[modifier] 3 Coupures de presses

[modifier] 4 Annotations

  1. A l’origine du journal Détective en 1928, il y avait une bande de copains : les frères Gallimard devenus éditeurs, l’écrivain Joseph Kessel, le journaliste judiciaire Marcel Montarron. Dans leur première équipe, figure même Georges Simenon, qui peu de temps après deviendra un célèbre romancier. Dès ses débuts, la ligne éditoriale est claire: faire du vrai fait divers, être au plus proche de l'actualité criminelle. À ceux qui l’accusent déjà de voyeurisme, Jospeh Kessel réplique alors, cinglant : « Le crime existe, c’est une réalité, et, pour s’en défendre, l’information vaut mieux que le silence ». [Ref.↑]
  2. « Bend-en-Laou » est la retranscription phonétique d'une expression locale et populaire qui devrait plutôt être orthographiée « Bandenn-Laou ». Le substantif « Laou » est un collectif (singulatif : « laouenn ») qui désigne bien le poux en français. Autres expressions : « fritañ laou », vivre dans la pauvreté ; « spazhañ laou », chercher la petite bête, couper les cheveux en 4 ; « laou(enn)-douar  », cloportes ; « laou-pafalek (enn-b.) », morpions, poux du pubis ; « pér-laou », poire-poux, fruit de l'aubépine. On disait aux enfants qui voulaient gouter aux baies sauvages : « Ma trebez pér-laou e ranko be(za) touzet dit da benn ». [Ref.↑ 2,0 2,1]


Thème de l'article : Coupures de presse relatant l'histoire et la mémoire d'Ergué-Gabéric

Date de création : septembre 2012    Dernière modification : 29.06.2014    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]    Source : Détecttive 1948