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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Sommaire


Modifications au jour le jour : [Journal des MàJs]
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Anciens billets : [Actualité, archives]

1 La Fiscalité de l'Ancien Régime

« Les finances s’appellent communement le nerf de la guerre et l’ornement de la paix. Autres tiennent que cela se doit plustost dire de la valeur et de la justice », Nicolas Rémond, 1622

À l'aube de la Révolution, la paroisse d'Ergué-Gabéric a signé par deux fois la Constitution sur le Clergé, et s'est engagée financièrement dans une rente annuelle de 40 livres et un emprunt de 1200 et de 1000 livres, le tout en contrepartie de l'exemption du paiement des impôts du Dixième et du Vingtième.

L'étude de ces documents a amené un enrichissement de notre lexique des termes anciens, car la fiscalité au cours des siècles est un sujet plutôt complexe :

Décimes, s.m.pl. : imposition sur les bénéfices ecclésiastique, levée au départ pour financer les croisades. Les décimes étaient fournies par les prêtres et fabriques de paroisse, pour être reversés dans les caisses du roi.

Denier (au), g.n.m., « au denier 20, 25 » : partie d'une somme, prélevée au profit de quelqu'un. Intérêt d'une somme principale. Placer au denier vingt : intérêt annuel d'un vingtième, à savoir à 5%.

Dîme, dixme, s.f.  : impôt sur les récoltes, de fraction variable, parfois le dixième, devant revenir au Clergé, prélevé pour l'entretien des prêtres.

Dixième, s.m. : impôt lancé par Desmaretz en 1710, à l'apogée de l'effort financier du royaume dans la guerre de Succession d'Espagne. Le Clergé rachète une exemption en 1711. Il fut remplacé en 1749 par le Vingtième du même principe.

Vingtième, s.m. : impôt établi par Machault d'Arnouville en 1749, à l'extinction du Dixième, à la paix d'Aix-la-Chapelle, dont les recettes doivent amortir la dette nationale créée par la guerre de Succession d'Autriche.

À la lecture de ce glossaire, pouvez-vous citer les différences entre la Dîme, les Décimes et le Dixième ?

En savoir plus : Billet du 02.12.2012


2 Inter-usines Cascadec 3, Odet 1

« Le coq comme symbole français remonte à la chute de l'Empire romain et tire son origine du jeu de mot entre gallus (coq) et Gallus (Gaulois) »

C'était le temps où la qualité de joueur de football était encore un argument d'embauche aux papeteries Bolloré. L'équipe locale des Paotred-Dispount était en majorité composée d'employés de l'usine d'Odet. Pour preuve, ce match inter-usines organisé pour la toute première fois en 1950 où ils affrontèrent l'usine sœur du groupe.

Les gars d'Odet, en déplacement à Cascadec en Scaër, essuyèrent une défaite de 3 à 1. La revanche eut sans doute lieu à Ergué-Gabéric l'année suivante.

Disposant de deux exemplaires de la photo, l'une un peu plus froissée, on publie l'une et l'autre. Et on a noté les noms et positions sur le terrain pour chacun de ces sympathiques joueurs et figurants « historiques ».

En savoir plus : « 1950 - Match inter-usines »

25 ans plus tôt le papier à cigarettes Bolloré n'était pas encore lié au sigle OCB, mais à la marque « Le Coq Français ». Le logo était décliné avec des jeux de couleurs vives : noir et crête rouge, bleu ou doré et crête blanche, et en arrière-plan un soleil levant et diffusant ses rayons.

Au recto du cahier, la « marque déposée » était constituée par un blason a priori fictif avec une épée et deux étoiles, surmontées d'un casque qui ressemble à un bonnet de fou du roi. Et la référence à l'entreprise de papeterie est « R. Bolloré Odet-Quimper France ».

En savoir plus : « Patrimoine local : la collection de cahiers de papier à cigarette à rouler Bolloré »

Question : Quel est le lien entre le coq, emblème de l'équipe de foot des Paotrd-Dispount, adopté en 1975, et celui du papier à rouler " Le Coq Français R.Bolloré " ? Vous trouverez cette information dans le livret du Centenaire, bourré d'anecdotes et de photos inédites, qui sera publié début 2013. Et n'oubliez pas : la grande fête du Centenaire des Paotred aura lieu le week-end de la Pentecôte, les 18 et 19 mai 2013. Billet du 23.11.2012


3 Manoir maçonnique de Pennarun

« Vinoc (Corentin), médecin très instruit exerçant avec désintéressement, ayant rendu des services pendant sa mairie », Préfet Miollis, 1809

Le manoir de Pennarun, proche du bourg d'Ergué-Gabéric, fut confisqué à un émigré noble d'obédience chouanne et vendu aux enchères au titre des Biens Nationaux. Le premier acquéreur en 1794, est l'imprimeur Jean-Louis Derrien de Quimper qui remporta la mise pour 42.000 livres. Le manoir est ensuite vendu aux époux Girbon qui le cèdent en novembre 1795 au citoyen Vinoc, conformément à un document retrouvé récemment.

Corentin Vinoc exerce comme « médecin de l'armée des côtes de Brest à l’hôpital militaire de Quimper », et est membre de la loge maçonnique « La Farfaite Union » de Quimper où il portera plus tard la charge et le titre de « Vénérable ». Il sera également nommé maire de Quimper de 1803 à 1808.

Il est certainement intéressé par la propriété de Pennarun, car il est aussi l'adjudicataire du moulin et de la métairie au titre des Domaines Nationaux. Est-ce un autre franc-maçon voisin qui lui a conseillé ces acquisitions en tant qu'expert avoué et acquéreur du presbytère et manoir de Mezanlez, à savoir Salomon Bréhier, futur maire d'Ergué-Gabéric ?

En tous cas, pour acheter le manoir, Vinoc débourse 260.000 livres en assignats. Certes cette monnaie fiduciaire a subi une forte inflation, encore faut-il en disposer ! Dans une biographie récente, Bruno Le Gall et Jean-Paul Péron concluent par « l'exigeante probité de Corentin Vinoc qui n'a pas profité de la Révolution pour s'enrichir ». À l'instar des affaires communales de Salomon Bréhier, on est tenté d'en douter.

Le document de vente de 1795, retrouvé aux Archives Départementales du Finistère, est classé avec neuf autres pièces relatives au manoir de Pennarun, datées de 1794 à 1829, qui viennent pour l'occasion enrichir les archives de Pennarun sur le site GrandTerrier.

En savoir plus : « 1795 - Vente du manoir de Pennanreun au citoyen Vinoc », « Le manoir de Pennarun‎‎ », « Archives de Pennarun‎‎ »

Appel à connaissance généalogique et héraldique : dans l'article sur le manoir de Pennarun on a retracé l'histoire de ses famille nobles, notamment les Rozerc'h. Actuellement, sur un linteau de la façade, on peut admirer leur blason, un "greslier accompagné de trois feuilles de houx", en mi-parti avec un autre blason représentant une main tenant des flèches. La famille noble Le Gac est doté d'un blason de ce type, mais nous n'avons pas connaissance d'une alliance avec les Rozerc'h. Qu'en pensez-vous ? Billet du 17.11.2012


4 Rescapés de la grande guerre

« On tue des gosses de vingt ans ... Fauchés comme des fleurs de printemps », Dans un trou à Verdun, Henri Eugène Lallier (1891-1976).

L’armistice, signé le 11 novembre 1918 à 5 h 15, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale (1914-1918), et nous invite aujourd'hui à célébrer la mémoire des morts et des survivants de ce conflit.

Simon Guéguen est l'un de ces rescapés ; il est né le 18 octobre 1884 à Guilli-Vras en Ergué-Gabéric, ses parents François Guéguen et Marie Anne Kérisit étant tous deux journaliers. En 1887-88 son père François est embauché à la papeterie d'Odet comme ouvrier, puis comme cocher attitré des Bolloré. Ayant souffert de la famine dans sa propre enfance, il veut que ses fils fassent un métier de la bouche, à savoir la boulangerie pour deux d'entre eux et la pâtisserie pour Simon.

Simon Guéguen part sur le front, sans doute dès 1914, soldat dans les rangs du 71e RI, régiment composé essentiellement de bretons dont le casernement était basé à St-Brieuc. Il participe sans doute aux premières campagnes de Charleroi et de la Marne. Il doit être au front en fin d'année 1914 et courant 1915 lors de la bataille meurtrière d'Artois, et échappe miraculeusement à la mort lors de l'attaque de Chantecler où son régiment essuie de lourdes pertes.

En février 1916 il est gravement blessé à la cuisse par éclats d'obus aux premières heures de la bataille de Verdun, à Avocourt, puis amputé. Décoré de la « Croix de guerre 1914-1918 », et « Médaillé Militaire » par décret du 18 mai 1934.

Il s'installe en région parisienne comme pâtissier, domicilié à Pantin en 1921, où il se marie en 1929 avec Mélanie Allard. En 1960, alors qu'il a atteint l'âge de 76 ans, Simon Guéguen est nommé Chevalier de la légion d'honneur, la réception étant assurée par le célèbre boxeur Eugène Criqui, rescapé de la grande guerre également. Il décède 5 mois après.

En savoir plus : « Simon Guéguen (1886-1961), pâtissier, soldat chevalier de la Légion d'Honneur » Billet du 10.11.2012


5 Une Place pour Louis Le Roux

« Kazimant toud d'ar virkiken int bed merked war o spered, lod all siaouaz o deus kolled o buhez. » (pratiquement tous les survivants ont été marqués dans leur tête, et beaucoup d'autres hélas y ont perdu la vie).

 Mémorial de Pleyben pour les morts en Afrique du Nord de 1952 à 1962
Mémorial de Pleyben pour les morts en Afrique du Nord de 1952 à 1962

En cette période de la Toussaint, quoi de plus normal que de penser aux défunts ? Ce devoir de mémoire vaut aussi pour les morts en période de conflit armé, notamment lors des évènements d'Afrique du Nord et de la guerre d'Algérie entre 1952 et 1962.

L'un d'entre eux, Louis Le Roux, Gabéricois natif de la ferme de Bohars, aura bientôt une place à son nom. On nous signale même que cette nouvelle place serait située au bourg, très proche de celle de Fanch Balès, victime de la guerre précédente en 1945. Tout un symbole !

En savoir plus : « Louis Le Roux (1939-1961), jeune appelé mort en Algérie »

Par ailleurs, courant octobre, en lisant le bulletin national de l'association des anciens combattants en Afrique du Nord (FNACA), on a appris que trois finistériens avaient été interviewés en breton par le journaliste Bernez Grall le 19 mars 2012 sur les ondes de France Bleu Breizh Izel, dans le cadre de la commémoration du 50e anniversaire du « cessez-le-feu » de la guerre d'Algérie.

Ces bretonnants étaient respectivement Emile Derrien de Lennon, 6 mois à la Maison-Carrée près d'Alger, puis à Colomb-Béchar ; Fanch Le Scoul de Coray, en Grande Kabylie et Alger ; et enfin René Le Reste d'Ergué-Gabéric, 27 mois à la base aérienne de Marrakech, de 1956 à 58, période encore troublée au Maroc.

L'encart en breton de René Le Reste, natif de Garsalec, résume bien l'interview et l'émotion de ces jeunes gens appelés à intervenir dans une guerre qu'on ne nommait pas encore ainsi à l'époque : « ... Setu toud ar baotred yaouank ... o deus graet war-reun anaoudegez gand an A.F.N., eur vro hag eur sevenadur dizeñvel tre ha surtoud gand eur mod bevañs ispisial : ar brezel ha ne lare ked e ano » (voilà donc tous ces jeunes gens qui font connaissance avec l'A.F.N., avec un pays et une culture très différente, et surtout avec une chose un peu spéciale : une guerre qui ne veut pas dire son nom).

En savoir plus : « LE RESTE René - Les évènements d'Afrique du Nord, e brezoneg » Billet du 03.11.2012


6 La billig rouge des Chauffeurs

« Neuze var urz ar mestr, an tan a zo c'houezet dindan ar billig. Fanch a zonjaz na deuet e heur ziveza. » (Alors sur l'ordre du chef, un feu fut allumé sous la billig. François pensa que son heure était arrivée).

L'histoire, racontée en 1908 dans les colonnes de « Feiz ha Breiz », se passe à Kergoant, village situé au nord-est de la commune d'Ergué-Gabéric, en plein affrontement entre Chouans et Républicains lors de la Grande Révolution :
Image:Right.gif Les chouans sont nommés sous les seuls termes « ar Chouanted ».
Image:Right.gif Les prêtres réfractaires sont désignés par les Révolutionnaires comme «  al labouz-du  » (les oiseaux noirs), «  ar sae zu  » (les sarraus noirs), « al loan du » (les laines noires).
Image:Right.gif Les révolutionnaires sont appelés en breton «  an dispac'herien », « ar Republikaned », « ar bleizi-ze » (ces loups-là), et également « an Dommerien » (les chauffeurs), qui n'étaient pas apparentés ici aux bandes de Chouans selon le journaliste-prêtre, auteur du récit.

Pourquoi les chauffeurs ? Parce que la technique de ces tortionnaires pour obtenir des aveux était de mettre leurs victimes sur les flammes d'un feu, du moins leurs pieds. Ici la couleur locale veut que le feu soit allumé dans la cheminée sous une « billig ruz » (plaque à crêpes "rouge").

Voir le texte complet en breton (et en cours de traduction) :

Jean-Marie Déguignet avait aussi signalé l'existence des chauffeurs dans ses mémoires : « Ce souvenir seul (de Robespierre) leur faisait peur, autant que les souvenirs des chouans et des chauffeurs (ann domerien) ».

Et le paysan bas-breton signale aussi la pratique de la billig comme instrument de torture : « Il y en avaient encore trois ou quatre richards dans la commune qui ... avaient eu les fesses rôties sur la poêle à crêpes, pour les forcer d'avouer où étaient leurs trésors ».

En savoir plus : « La vision de Déguignet sur les apports et méfaits de la Grande Révolution » Billet du 27.10.2012


7 Questions du bulletin automnal

« Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions », Confucius, homme d'État et philosophe chinois.

Dans ce 20e Kannadig de l’automne 2012, au format coloré inauguré par le numéro précédent, les questions ne manquent pas pour cette reprise des articles préparés au cours du trimestre :

  • Que sait-on des origines du symbole de l'hermine ducale et quelle est la signification de sa présence à Kerdévot ?
  • De qui se moquait Yan Goaper du « Progrès du Finistère » en 1908 ?
  • Où était situé le moulin de Crec’h Congar, en ruines avant la Révolution de 1789 ?
  • Quelles étaient les épreuves et questions du rallye bucolique et « cinquantenaire » dans le grand ouest gabéricois ?
  • Quels maire et conseiller ont sponsorisé la construction du lavoir de quartier de Stang-Venn ?
  • Quelle sorte d’hommage a été donnée au regretté homme-crabe ?
  • Qui était le créateur du slogan «  Si vous les aimez bien roulées, papier à cigarettes OCB » ?
  • Quelle mort ont connue deux jeunes marins pendant la guerre d’Indépendance américaine ?
  • Que disait-on de Kerdévot en 1870-71 dans le journal en langue bretonne « Feiz ha Breiz » ?
  • Quel fut le verdict du procès de Poux, chef de bande, en 1948 ?

Et rassurez-vous, les articles apportent quelques éléments de réponse.

Téléchargement et lecture du bulletin : « Kannadig n° 20 »

Billet du 20.10.2012

Nota: l'envoi à domicile des bulletins par voie postale se fera dans la quinzaine, si toutefois il continue à pleuvoir tous les jours comme actuellement ...


8 Cartel des gauches, front populaire

«  Les habitants d'Ergué-Gabéric ont bonne réputation, ils n'aiment pas à danser avec les ours, ils ne voudraient pas hurler avec les loups, encore moins braire avec les ânes », Le Progrès du Finistère, 1925.

Léon Blum à Odet, 1946
Léon Blum à Odet, 1946

Voici deux articles inédits parus dans le journal catholique de combat « Le Progrès du Finistère » et datés respectivement de 1925 et 1936.

Le premier relate la conférence politique de Jean Jadé, jeune député finistérien de 36 ans, le 26 avril 1925 au bourg d'Ergué-Gabéric, réunion à laquelle assistent l'industriel papetier René Bolloré et de nombreux paysans et ouvriers. Le thème principal abordé, à la veille des élections municipales, est la critique des positions du Cartel des gauches.

Mais ni les efforts du conférencier, ni l'engagement et la présence de René Bolloré, ni les formules choc mordantes du journaliste n'empêcheront la liste du radical Jean-Louis Le Roux et du « Loup ou Âne de Reunic » de l'emporter aux élections locales.

 Image:Right.gif En savoir plus : « Jean Jadé et René Bolloré contre le Cartel des gauches, Le Progrès du Finistère 1925 ».

Un an et demi après le décès de René Bolloré, on note cette annonce du 1er août 1936 dans laquelle le syndicat professionnel des ouvriers papetiers de la région de Quimper, affilié à la C.F.T.C., lance un appel à rejoindre ses rangs : « tous les ouvriers, ouvrières et employés de l'usine d'Odet sont invités à rejoindre ce syndicat ».

La technique de communication de la C.F.T.C. est basée à la fois sur un message de légitimité de la part du gouvernement du Front populaire et sur les recommandations des autorités supérieures religieuses : « Il ne saurait être question pour un catholique d'adhérer à la C.G.T. à cause de la doctrine qu'elle professe ... ; des principes tels que "lutte des classes", "expropriation capitaliste", "grève générale", "action directe", sont en opposition avec la morale chrétienne et même la morale tout court ».

Image:Right.gif En savoir plus : « L'appel de la C.F.T.C. aux ouvriers de la papeterie d'Odet, Le Progrès du Finistère 1936 ».

Quoi d'étonnant finalement que cette invitation de Léon Blum par l'un des fils de René Bolloré à venir se reposer à Odet, 10 ans après le Front populaire, en 1946 : « L'évènement fit grand bruit dans le pays et mit le comité d'entreprise de l'usine que je présidais à l'époque, dans l'embarras : "Le leader du Front Populaire était en résidence chez le patron" » (Gwenn-Aël Bolloré, Mémoires Parallèles, Editions Picollec).

Image:Right.gif En savoir plus : « Les amitiés littéraires de Gwenn-Aël Bolloré ». Billet du 13.10.2012


9 Un peintre interdit à Kerdévot

« Au moment où la guerre générale semblait inévitable, et qu'on rappelait sous les drapeaux les jeunes soldats des classes libérées », Le Quimpérois

Eugène Boudin, Kerdévot, 1855-57 - : - : - : - Billet du 06.10.2012
Eugène Boudin, Kerdévot, 1855-57 - : - : - : - Billet du 06.10.2012

Dans un entrefilet, publié en 1842 dans le nouveau journal « Le Quimpérois », on peut lire l'évocation d'un fait-divers qui s'est produit lors du pardon de Kerdévot, deux ans auparavant : un peintre faisant des croquis de costumes bretons fut obligé de quitter les lieux car l'assistance pensait « qu'il travaillait par ordre du gouvernement, et dans l'intérêt de la conscription ».

Pourquoi les paroissiens de septembre 1840 étaient-ils si méfiants via-à-vis des conscriptions nationales ? Adolphe Thiers, président du conseil de la monarchie de Juillet depuis mars 1840, avait mené une politique étrangère en Egypte contre les autres puissances européennes (Royaume-Uni, Autriche, Prusse et Russie). Devant la menace de ces derniers, il dut décréter fin juillet la mobilisation des soldats des classes 1836 à 1839.

En 1840 la population était très réticente à envoyer ses enfants sur le front. De plus la conscription était organisée au tirage au sort car seuls 30 à 35 % des conscrits célibataires ou veufs sans enfant effectuaient leur service militaire. Une mobilisation n'était pas la bienvenue, et en région les esprits étaient bien échauffés : « Les bretons, si patients ordinairement et d'un caractère si inoffensif, n'entendent aucune espèce de raillerie en matière de conscription, dit l'article.

Quant au peintre chassé de Kerdévot, on ne connait ni son nom, ni son œuvre. Par contre en 1855-57 le célèbre peintre Eugène Boudin viendra à Kerdévot pour y faire des croquis des « pardonneurs ». Un journaliste aurait pu écrire aussi à son propos : « Un artiste dessinait au pardon de Kerdévot les costumes bretons si nombreux et si variés dans cette assemblée considérable ».

Image:Right.gif Lire le reportage « Un peintre "persona non grata" à Kerdévot, Le Quimpérois 1842 », et la fiche iconographique « DELOUCHE Denise - Eugène Boudin au pardon de Kerdevot en 1855-57 ».

En ce qui concerne les valeurs pacifistes des « pardonneurs » insoumis de Kerdévot, le ton va changer du tout au tout en 1870-71. Des pardons et pèlerinages seront organisés en l'honneur des soldats partis ou revenus du front, et on y apposera même une plaque de marbre blanc, libellée ainsi en langue bretonne : « Merk a Anaoudegez vad da I.-V KERDEVOT Evit ar skoazel E deus teurvezet rei D'hor Soudardet, Mobilet, Ha Mobilizet. 1871. » (Marque de reconnaissance éternelle à N.-D de KERDEVOT pour l'assistance Qu'elle a daigné donner A nos soldats, engagés, Et mobilisés, 1871).

Image:Right.gif Découvrir les coupures et transcriptions en breton « Kemperiz e Kerzevot, Quimpérois à Kerdévot, Feiz ha breiz 1870‎ », « Pardonerien e Kerdevot, Pardon à Kerdévot, Feiz ha breiz 1871 », et en français « Pèlerinage à Notre-Dame de Kerdévot, l'Impartial du Finistère 1871 ».


10 Marins morts loin de leur pays

Il faudrait ajouter une plaque sur le monument aux morts et y inscrire les enfants du pays engagés dans la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis !

Présentée au Congrès américain le 4 juillet 1776, la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, rédigée par Thomas Jefferson, n'a pas été la fin de la guerre entre les américains insurgés et les anglais. A partir de 1776 les combats se sont intensifiés et deux ans après les français sont rentrés dans le conflit contre la Grande-Bretagne. Les frégates et vaisseaux de ligne de la marine royale française arborant le drapeau blanc vont affronter la flotte anglaise à de nombreuses reprises, au large des cotes de la Floride et des Antilles et au nord-est des États-Unis. Le traité de Paris de 1783, signé le 3 septembre, mettra un terme à la guerre d'indépendance américaine.

Grâce aux travaux de Carl Rault du Centre Généalogique du Finistère, sur la base des Archives du Ministère de la Guerre, on a retrouvé deux jeunes gabéricois qui ont quitté le pays, ont embarqué dans un vaisseau de ligne à voiles et sont décédés en 1780-81 aux Antilles.

Louis-Hervé Pennanec'h est né en 1753 à Kerdévot, devient orphelin de mère à 3 mois et de père à 9 ans, embarque comme matelot sur le vaisseau « Le Citoyen » pour ne plus dépendre de ses sœurs, participe à la bataille de la Martinique (222 français tués et 537 blessés), et décède à l'hôpital de Fort Royal en Martinique en 1781 à l'âge de 28 ans.

Alain Le Breton est né en 1755 à Mezanlez d'une famille de journaliers, embarque comme aide-canonnier sur le vaisseau « L'Actionnaire » pour échapper à la pauvreté, participe aux batailles d'Ouessant en 1778 (126 morts français et 413 blessés) et de la Martinique en 1780, et décéde à l'hôpital de St-Louis de l'île d'Haïti en 1780 à l'âge de 25 ans.

Pour en savoir plus, lire les deux nouveaux articles en espace [Personnalités‎] :

Billet du 29.09.2012

Nota : la revue Kannadig n° 20 d'octobre est en préparation. Comme le précédent numéro, il sera imprimé en couleur. Qu'on se le dise !


11 Rallye bucolique 31 ans après

Étape n° 4 : « Prenez votre charaban, et roulez jusqu'à un village qui, malgré la prononciation locale, n'a rien à voir avec le fruit rouge de Plougastel »

Billet du 21.09.2012
Billet du 21.09.2012

L'un d'entre nous vient d'avoir 50 ans, il habite depuis quelques années au GrandTerrier, tout près de la maison de son enfance. Ça méritait bien qu'on lui fasse passer un parcours initiatique pour vérifier qu'il connaît bien son pays, notamment la partie ouest de la commune.

Voici donc le rallye de découverte auquel il va se risquer, accompagné de ses amis, eux-mêmes répartis en 62 équipages voituriers, tous prêts à réussir les épreuves éliminatoires.

Les participants recevront une carte routière et cinq enveloppes contenant les consignes d'itinéraire et les 2 ou 3 épreuves de l'étape, lesquelles épreuves sont publiés sur GrandTerrier. Et les cases de réponses de l'article sont même prévues pour saisir les résultats des équipages, après la validation d'un juge de paix et d'un huissier.

Ce qui est rigolo : il y a 31 ans, certains d'entre nous testaient déjà le rallye de Treuz-ar-Erge-Vras, en 1981, à l'époque euphorique des premières journées du patrimoine. Une certaine 2CV était arrivée première ex-aequo.

Pour en savoir plus, lire les deux articles :

  publiés en espace [ Fonds Cartographique ‎].

Et savez vous que le GR 38 reliant Douarnenez à Redon traverse le partie nord-ouest de notre commune ? Vous trouverez son tracé et quelques photos du parcours entre Meil-Poul et l'Ecluse dans l'article « Chemin de Grande Randonnée n° 38‎ ».


12 L'hermine ducale de Kerdévot

« Kentoc'h mervel eget bezañ saotred, Malo mori quam foedari, Plutôt la mort que la souillure », devise de Bretagne en référence à son hermine

Les mémorialistes, historiens et passionnés d'archéologie du 19e et 20e siècle ne l'ont guère mentionnée dans leurs notices et inventaires. Seul Anatole Le Braz a remarqué le bas relief le 29 juin 1899 : « Venu ce soir à Kerdévot. Remarqué l’hermine ailée qui est sculptée au fronton de la Tour ». L'aile en question est la représentation de la bannière ducale ornée de mouchetures d'hermine que l'animal porte comme une écharpe. On a donc ici deux variantes de l'hermine :

Image:right.gif La « moucheture » classique sur la bannière ou jarretière.

L'écu « d'hermine plain », c'est-à-dire entièrement blanc et tacheté de mouchetures noires, fut adopté au début du règne de Jean III le Bon (1312-1341). Cette fourrure héraldique était constituée des peaux de l'animal cousues côte à côte et alternées en hauteur ; et les queues à l’extrémité toujours noire étaient posées en quinconce au centre de chaque peau et attachées par trois petites agrafes.

Image:right.gif L'animal dénommé « hermine passante » en héraldique.

Ses premières utilisations datent de la fin du 14e siècle, sur les pièces de monnaie bretonnes, et sur le collier de l'ordre de l'Hermine, ordre militaire et honorifique institué par le duc Jean IV.

Le duc Jean IV, entre 1380 et 1385, fit également construire le château de l'Hermine à Vannes pour renforcer l'enceinte de la ville et y créer la résidence des ducs de Bretagne jusqu'au milieu du XVe siècle. Les armoiries de la Vannes avec une représentation d'une « hermine passante cravatée d'hermine doublée d'or » sont attestées depuis le 15e siècle. Mais quelle est la signification de la présence de ce symbole à Kerdévot ?

En savoir plus : « L'hermine passante des ducs de Bretagne à la chapelle de Kerdévot » Billet du 15.09.2012

En ce week-end de valorisation du patrimoine, nous avons enrichi le fonds iconographique consacré à la chapelle de Kerdévot. Grâce à sa collection de photos et de croquis, l'article « La chapelle de Kerdévot » apporte une visite virtuelle des lieux, avec ses vues d'ensemble, son pardon, son retable, son calvaire ...


13 Bandenn-Laou en ar Sal-C'hlas

« Dans les fermes, dans la campagne longtemps terrorisée, cette affaire restera désormais connue sous le nom de Bend-en-Laou * ...  », Détective

Le 25 août on lisait dans Ouest-France la 4e et dernière chronique d'une série sur les grandes affaires judiciaires qui ont marqué Quimper et sa région. Il s'agit en l’occurrence de l'affaire de la Salle-Verte (ar Sal-C'hlas) en Ergué-Gabéric et du procès de la « Bande à Poux ».

On en profite pour publier le reportage complet du journal Détective qui a inspiré la chronique d'Ouest-France. Dans son n° 107 du 13 juillet 1948 le dos de couverture annonçait bien la couleur : « Voici, aux Assises de Quimper, la Bande à Poux (Bend-en-Laou *) qui terrorisa longtemps la campagne bretonne. ».

Qui étaient donc ces quatre accusés ? Henri Bourmaud, le meurtrier, fils d'un maçon vendéen, était marchand de frites et avait tendance à être violent quand il avait bu. Poux - personne n'a retenu son prénom tellement son nom suffisait pour évoquer sa personnalité - était buraliste dans le quartier de la gare de Quimper et chef de la bande. Frédéric Fillis, fils d'un marchand ambulant anglais, était un clown, acrobate et beau parleur. René Quinet était un ouvrier serrurier originaire de la région parisienne, engagé un temps dans la marine.

A la fin de la guerre, en 1945-46, ces malfrats terrorisaient la campagne quimpéroise en rançonnant ceux qu'ils qualifiaient de « profiteurs ». Avec le crime crapuleux de la ferme de la Salle Verte, le scénario est différent : Poux lui-même avoue avoir demandé à Mme Lasseau une forte somme après le meurtre de son fils aîné René, contre une promesse de mener une enquête avec des coupables fictifs du côté de Marseille, alors qu'il ne pouvait ignorer qu'une de ses fréquentations l'avait abattu d'une rafale de mitraillette.

Quel fut donc le verdict final pour ces cyniques voyous ?

Image:Right.gif En savoir plus : « La bande à Poux condamnée pour l'affaire de la Salle-Verte, Détective 1948 » Billet du 08.09.2012

(*) : « Bend-en-Laou » est la retranscription phonétique d'une expression locale et populaire qui devrait plutôt être orthographiée « Bandenn-Laou ». Le substantif « Laou » est un collectif (singulatif : « laouenn ») qui désigne bien le poux en français. Autres expressions : « fritañ laou », vivre dans la pauvreté ; « spazhañ laou », chercher la petite bête, couper les cheveux en quatre ; « laou(enn)-douar  », cloportes ; « laou-pafalek (enn-b.) », morpions, poux du pubis ; « pér-laou », poire-poux, fruit de l'aubépine. On disait aux enfants qui voulaient gouter aux baies sauvages : « Ma trebez pér-laou e ranko be(za) touzet dit da benn ».



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