Yann-Reun Even, dindan an douar er vengleuz e Kerzevot - GrandTerrier

Yann-Reun Even, dindan an douar er vengleuz e Kerzevot

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Catégorie : Mémoires+ Bzh
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Yann-Reun Ewen, survivant de la première équipe des mineurs de Kerdévot, a été interviewé en 1975 - né en 1884 [1] il avait plus de 90 ans - par son petit neveu Yann-Kel Kernalegenn.

L'interview fut publiée dans le n° 34 d'avril 1975 de la revue « Evid ar Brezhoneg ».

La particularité de cette revue lancée et dirigée par Alan Stivell était de présenter des transcriptions d'entretiens en breton avec pour chaque ligne une traduction littérale en français qui d'une part mettait en valeur le parler breton, et d'autre part permettait aux non-bretonnants d'apprendre la langue locale.

La photo ci-contre a été publiée en 1968 dans le livre « Quimper-Corentin en Cornouaille, récits et anecdotes » d'Alain Le Grand.

Yann-Reun
Yann-Reun

Autres articles : « La mine d'antimoine à Kerdévot/Niverrot en Ergué-Gabéric » ¤ « 1927 - Lockout suite aux revendications salariales aux mines d'antimoine de Kerdévot » ¤ « Lockout et revendications des ouvriers de la mine d'antimoine, journaux loc. Humanité 1927 » ¤ « 1915 - Groupe des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot » ¤ « 1927 - Dépôt d'explosifs à la mine d'antimoine de Kerdévot » ¤ « CHAURIS Louis - Les conflits d'intérêt à la petite mine d'antimoine de Kerdévot » ¤ « MAURIN Guillaume - Mission d'expertise en 2001 sur la concession des mines de Kerdévot » ¤ « LE GRAND Alain - Quimper-Corentin en Cornouaille » ¤ « Revendication des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot, L'Ouest-Eclair 1913 » ¤ « Accident suite à éboulement à la mine de Kerdévot, Ouest-Eclair Citoyen 1927 » ¤ « Rdv du ps 6 - Mine d'antimoine, OF-LQ 1986‎ » ¤ « Antimoine à Kerdévot, OF-LQ 1987 » ¤ 

[modifier] 1 Présentation

Penaos e vez tennet stibiom e-kichen Kemper a-raog 14

Diviz gant Yann EVEN eus Kerfeunteun


STIBIOM : doare metal gwenn strinkenneg, doues-mad ha hedeuz. Kar eo e berzhioù da re ar fostor.

E 1911 eo ez eo bet diskoachet, dre zegouezh, an danvez-mañ, ar stibiom (antimoine), e Kerzevod, en Erge-vras, e-kichen Kemper. Un deiz ma oa tud ar gêr o tennañ mein ar parkeier, ez eus bet kavet unan a oa ponneroc'h eged ar re all, ha den ne ouie perag. E-pad ur mare, e voe implijet ar maen-se gant paotred ar vro evid c'hoari da biw e oa an hini kreñvañ da zibradañ anezhañ. Un deiz avad, e voe torret a-dammoù, tammoù liw glas, lintrus. Perc'henn an douaroù a c'houlennas gant ur migon dezhañ, barreg war ar vaenoniezh, petra a oa anezhañ ; stibiom e oa. Ha setu ma krogas ar pigelloù hag ar palioù da dennañ douar ha da gleuzañ er vengleuz. Tregont micherour ha goude ouzhpenn hanter-kant a zeuas da labourad e-barzh. An holl ne oant ket eus ar vro ; Spagnoliz a oa zoken, med kalz anezho a oa eus kichen Kemper, evel Yann Even eus Kerfeunteun. Harz-labour zo bet ur wech e-touesk ar vengleuzerion a laboure evid ur gompagnunezh eus Paris. E 1916, ez echuas ar c'havr a gase an douar d'al laez da voned en-dro. E 1921, e krogas al labour adarre, beteg 1928. Abaoe ne vez ket mui tenant netra eus mengleuz Kerzevot.

 
Comment on extrayait l'antimoine à près de Quimper avant 1914

Conversation avec Yann EVEN de Kerfeunteun


ANTIMOINE (Stibium) : corps à l'expect métallique, argenté, cristallin, très dense et fusible. Il a des propriétés analogues à celles du phosphore.

C'est en 1911 que l'on découvrit, par hasard, ce corps appelé antimoine à Kerzevod, en Ergué-Gabéric, près de Quimper. Un jour que les gens du village extrayait des pierres dans les champs, on en trouva une plus lourde que les autres sans que personne ne sût pourquoi. Cette pierre fut utilisée pendant un certain temps afin de savoir qui aurait la force de la soulever. Mais un jour, elle fut brisée ; les morceaux en étaient bleus et brillants. Le propriétaire des terres interrogea l'un de ses amis, expert en pétrologie, sur ce qu'il en était : il s'agissait d'antimoine. Les piques et les pelles se mirent donc à extraire de la terre et à creuser dans la carrière. Il vint trente ouvriers, puis plus de cinquante, travailler à la mine. Ils n'étaient pas tous du pays. Il y eut même des Espagnols, mais beaucoup venaient des environs de Quimper, tel Yann Even de Kerfeunteun. Une fois, les mineurs firent grève ; ils travaillaient pour une société parisienne (Société Nouvelle des Mines de la Lurette). La grue qui remontait la terre cessa de travailler en 1916. Elle recommença en 1921, jusqu'en 1928.

[modifier] 2 Interview

Setu amañ ar pezh a gont deomp Yann Even.

Voici maintenant ce que nous raconte Yann Even :

Image:Right.gif E.A.B. - C'hwi zo unan eus ar re a zo

Vous êtes un de ceux qui ont

bet o tennañ stibiom e Kerzevod

ont été extraire de l'antimoine à Kerdévot,

n'oc'h ket ?
n'est-ce pas ?

Image:Right.gif Y.E. - A, ya paotr. Ni oa e-barzh an

Oui mon gars. Nous étions dans la

douar, pemp metrad ha daou-ugent

terre, quarante-cinq mètres

dindan an douar er vengleuz.

sous la terre, dans la carrière.

Image:Right.gif E.A.B. - Pevare e oac'h o labourad

A quelle époque) (y) travaillez-vous ?

aze ?

Image:Right.gif Y.E. - A-raog ar brezel pewarzeg e oa,

(C'était) avant (la) guerre (de) quatorze

ha ne oan ket tregont vloaz c'hoazh,

et (je n'avais) pas (encore) trente ans,

ha bremañ on deg ha pewar-ugent.

et maintenant (j'en ai) quatre-vingt dix.

Aet on kozh paotr. E-pad daou vloaz

Je suis maintenant un) vieil homme. Pendant 2 ans

'm eus larouret aze.

(j'y) ai travaillé.

Image:Right.gif E.A.B. - Eus pelec'h e oa an dud

D'où étaient les gens (qui)

laboure ganeoc'h ?

travaillaient avec vous ?

Image:Right.gif Y.E. - Me zeue eus Kerwern, med an

Je venais de Kerwern, mais

holl ne zeuent ket eus an Erge-vras.

tous ne venaient pas d'Ergué-(Gabéric).

Bez e oa estrañjourion ive, eus Sant-

(Il y avait) (aussi) des étrangers, de Saint-

Maloù, eus ar Frañs ha Spagnoled a oa

Malo, de France, et (il y avait) (même) (des) Espagnols

memes. Unan eus an toulloù er

Un des trous dans la

vengleuz zo bet anvet Toull ar

mine (a) été appelé Le trou des

Spagnoled.

Espagnols.

Image:Right.gif E.A.B. - Hag al labour, penaos e oa ?

Et le travail, comment était-il ?

Image:Right.gif Y.E. - Penaos e oa an devezh ? Ni a

Comment (se passait) la journée ? Nous

laboure e-pad seizh-eizh eur, med noz-

travaillions pendant sept-huit heures, mais nuit

deiz e laboure an dud, ha teir

jour, (les gens) travaillaient, et (il y avait) trois

bandennad e oa. Me groge diouzh an

groupes. Je commençais le

noz ha beteg ar mintin, (je) e labouren er

soir et jusqu'au matin, (je) travaillais dans

vengleuz. E-giz-se e oa tu din ober

la carrière. Ainsi, (je pouvais)

war-dro ma zi-feurm e-pad en deiz.

(m'occuper de) ma ferme pendant la journée.

Tennañ douar a veze graet graet ganeomp

(Nous extrayions de la) terre

hag e-barzh e oa ar stibiom. An douar-

et (à l'intérieur) (se trouvait) l'antimoine. Cette terre

se a zeue d'al laez gant ar c'havr.

(-là) (était remontée à la surface) par la grue.

Image:Right.gif E.A.B. Ha peseurt liw e oa ar

Et quelle était (la) couleur du

stibiom ?

l'antimoine.

Image:Right.gif Y.E. - Liw glas e oa, tost du. Ha

(elle) était bleue, presque noire. Et

goude, ne 'm eus ket soénj re vad da

(ensuite), (je ne me souviens pas) très bien.

belec'h e vez kazet. Aet on disoñj,

où (elle) était expédiée. (Je suis devenu) oublieux,

paotr. Da vro Maien gant an tren, me

(mon) gars. (Dans la) Mayenne, par le train

'gav din.

(je crois).

Image:Right.gif E.A.B. - Penaos e oa an traoù e-barzh

Comment (était-ce) dans

vengleuz ? Don e oa ?

la mine ? (C'était) profond ?
 

Image:Right.gif Y.E. Ur siminal a oa da ziskenn d'an

(Il y avait) une cheminée pour descendre en

traoñ hag aze ne oa ket sklaer, me

bas et là, (ce n'était pas) clair, je

'lavar dit, paotr. Med ul letern a veze

(te le) dis, (mon) gars. Mais (chacun) (était muni d')

gant pen hini, a yae en-dro gant

une lanterne (qui fonctionnait au)

karbur. Ya' vad. Don e oa, daou pe dri

carbure. Oui. (C'était) profond, deux ou trois

kilometr dindan an douar, tre beteg

Kilomètres sous la terre, jusqu'à

Kêryann, ma ouzoc'h pelec'h ema.

Kêryann, si (vous) savez où (ça se trouve).

Image:Right.gif E.A.B. - Ne oa ket dañjerus ?

(ça) n'était pas dangereux ?

Image:Right.gif Y.E. - Ne oa ket, nann. N'eus ket bet

(ça) n'était pas, non. (Personne) n'a (jamais) été tué.

lazhet den morse. Ni 'laboure evel

Nous travaillions comme (des)

gozed ha dour o tiverañ e peb lec'h.

taupes [2] et l'eau (coulait) partout.

Med ne oa ket paeet fall.

Mais (ce) n'était pas (mal) payé.

Image:Right.gif E.A.B. - Pegement a veze roet deoc'h

Combien (vous donnait-on)

d'ar mare-se ?

à cette époque ?

Image:Right.gif Y.E. - Ne 'm eus ket soñj, paotr.

(il ne m'en souvient pas), (mon) gars.

Kollet 'm eus ma eñvor.

(J'ai) perdu (la) mémoire.

Image:Right.gif E vab - War-dro ugent real evid an

Son fils - Vingt reaux (= cinq francs [3] [4]), la

devezh.

journée.

Image:Right.gif Y.E. - Marteze, ya. Med paeet mad

Peut-être, oui. Mais (nous étions) (assez bien) payés

a-walc'h e oamp hag ur tamm bara a

et (on nous donnait aussi) un morceau (de) pain.

veze roet deomp ive. Med kig-sall ne

Mais (il n'y avait pas de) lard.

oa ket, nann.

Image:Right.gif E.A.B. - Ha goude, patra 'p eus graet ?

Et ensuite, qu'avez-(vous) fait ?

Image:Right.gif Y.E. - Me eo aet d'ar brezel goude-se.

Je suis allé à la guerre, ensuite.

D'ar mare-se, e oa aet ar baotred kuit

A cette époque, (les hommes) étaient partis

ha ne chome ken nemed ar merc'hed

et il ne restait que les femmes

da labourad er gêr.

pour travailler à la maison.

Image:Right.gif E verc'h - Ale ! Kemerit 'ta ! Kemerit

Sa femme - Holà ! Prenez donc ! Prenez

un tamm bara kig-sall hag ur banne

un morceau (de) pain (et du) lard, et une goutte (de)

kafe. Ur banne gwinn ruz 'po a-raog ?

café. Vous aurez d'abord une goutte (de) vin rouge ?

Image:Right.gif E.A.B. - Nann, trugarez deoc'h

Non, merci

(amzer debriñ merenn-vihan oa deuet).

(c'était l'heure de la collation).

Image:Right.gif E.A.B. - Hag abaoe, an traoù zo

Et depuis, les choses (ont)

cheñchet kalz ?

(beaucoup) changé ?

Image:Right.gif Y.E. - Ya 'vad ! Cheñchamant zo, sur !

Oui, (il y a) certaitement (du) changement !

Al labour n'eo ket mui ken start hag

Le travail n'est plus si pénible qu'

a-raog. Mekanikoù zo bremañ e peb

auparavant. (Il y a) maintenant (des) machines

lec'h ha traktourion e-lec'h kezeg.

partout et (des) tracteurs au lieu (des) chevaux.

Image:Right.gif E.A.B. - Hag an dud, cheñchet int ive ?

Et les gens, (ils ont) changé aussi ?

Image:Right.gif Y.E. - An dud ? A, ya, kalz. N'int ket

Les gens ? Oh, oui, beaucoup. Il ne sont (plus)

sirius ken. Gwechall e oa gwelloc'h an

sérieux. Autrefois, étaient mieux les

dud eged bremañ. Bremañ int aet

gens que maintenant. Maintenant, ils sont devenus

elektrig. Ar rod a dro re vuan.

électriques. La roue tourne trop vite.

Dastumet ha renket gant Yann-Kel Kernalegenn, niz bihan da Yann Even ha Herve ar Beg. Un dro all e vo komzet eus an traoù all evel-se (zink, staen, uraniom, europiom, h.a.) a vez kavet e Breizh.

Une autre fois, on parlera d'autres choses de ce genre (zing, étain, uranium, europim, etc.) que l'on trouve en Bretagne.

[modifier] 3 Annotations

  1. Yann-Reun Even est né le 4 décembre 1884 à Kerdohal en Ergué-Gabéric, de père Jean Marie Even, et mère Marie Taboré. Il épouse le 17 novembre 1908 Marie-Renée Le Guillou. Il s'installe avec sa famille à Kerroué en Kerfeunteun. Il décède le 8 octobre 1975 à Quimper. [Ref.↑]
  2. Dans l'ouvrage d'Alain Le Grand sur « Quimper-Corentin en Cornouaille, Jean-René Even est également cité : « C'était un travail de taupe ... L'eau suintait dans les galeris, mais nous étions relativement bien payés ... Nous nous éclairions à l'aide de lampes de carbure ; je faisais partie de l'équipe qui commençait le soir et terminait le matin. Ainsi je pouvais encore m'occuper de ma petite ferme de Penavern ». [Ref.↑]
  3. Un article du journal indique qu'en 1913 le salaire journalier à la mine d'antimoine était entre 3,25 et 4 francs : « Revendication des ouvriers de la mine d'antimoine de Kerdévot, L'Ouest-Eclair 1913 ». [Ref.↑]
  4. Louis Chauris dans son étude et enquête aux Archives de Quimper « La petite mine d'antimoine de Kerdévot près de Quimper, au début du XXe siècle, un exemple de conflits d’intérêt » écrit quant à lui : « les ouvriers de l'extérieur ("au jour") gagnaient 3,25 à 3,50F ; ceux de l'intérieur ("au fond"), de 4 à 4,25F ». [Ref.↑]


Thème de l'article : Mémoires de nos anciens gabéricois.

Date de création : septembre 2011    Dernière modification : 23.06.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]    Source : Evid ar brezhoneg n° 34 (1975)