1848 - Une battue aux loups à Ergué-Gabéric - GrandTerrier

1848 - Une battue aux loups à Ergué-Gabéric

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Catégorie : Archives   + fonds Biens Nationaux
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§ E.D.F.

Sommaire

Autre article : « 1796-1798 - Des primes pour les chasseurs de loups »

[modifier] 1 Introduction

Le document ci-dessous [1] est conservé aux Archives Départementales du Finistère sous la cote 7 M 112. Il s'agit d'une lettre du maire [2] d'Ergué-Gabéric adressée au préfet en mars 1848, lui demandant son accord pour organiser une battue aux loups. Il signale dans cette lettre l'extermination de nombreuses bêtes à cornes par les prédateurs sur le territoire de la commune.

 

À ce jour, à défaut des courriers de réponse de l'administration, nous ne savons pas comment la battue fut organisée, ni où exactement. Les compte-rendus des conseils municipaux, plutôt rares et courts dans les années 1848-1850, n'en font pas mention. On a par contre de nombreux témoignages oraux rassemblés ci-après qui confirment l'existence des loups au 19e siècle sur la commune, notamment au Stangala et dans les environs.

[modifier] 2 Transcription de la lettre

Le maire [2] d'Ergué gaberic à Monsieur le Commissaire du gouvernement

Monsieur le Commissaire

J'ai l'honneur de vous informer que depuis quelques temps les loups font de grands ravages dans la commune d'Ergué Gaberic et que déjà nous avons perdu plusieurs bêtes à corne victimes de leur voracité ; pour mettre fin à cet (sic) situation malheureuse je viens, Monsieur le Commissaire, vous prier d'ordonner que pour dimanche prochain 26 mars il soit fait dans la commune de Ergué gabéric une battue qui sera conduite par telle personne qu'il vous plaira de désigner.

Je suis avec Respect Monsieur le Commissaire votre très humble et très obéissant Serviteur.

Le Maire d'ergue gabéric

Signé : Nedelec, maire.
 

[modifier] 3 Original de la lettre

[modifier] 4 Autres témoignages d'époque

Jean-Marie Déguignet, dans ses mémoires [3] en page 41, dénonce les faux chasseurs de loups qui venaient dans les années 1834-38 jusqu'au village de son village au Guélennec :

« en ce temps-là la mendicité prenait de multiples formes. Il y en avait qui parcouraient les campagnes avec des bidets cherchant de la vieille ferraille [...] d'autres encore voyageaient avec des peaux de loups remplies de paille. Ceux-ci ne demandaient pas l'aumône, ils réclamaient une rétribution pour avoir délivré le pays du loup, et pour avoir risqué leur vie en le capturant, ceux-ci repassaient plusieurs fois toujours avec la même peau. Avec n de ces derniers j'assistai un jour à une scène assez piquante : je vis la plupart des gamins du village suivre de ferme en ferme, où il entrait avec sa peau de loup pour réclamer sa rétribution ; je suivis la bande, et nous arrivâmes ainsi jusqu'à la dernière ferme, le Ty-glas, ainsi appelé parce que l'habitation était couverte d'ardoise, chose rare en ce temps. Arrivé là, l'homme à la peau de loup se trouva nez à nez avec le fermier le Poher, le fils aîné du sauvage perclus, lequel avait tout le caractère de son père, sauf qu'il avait la figure moins effrayante que le vieux. Quand l'homme dépos& son loup, le Poher lui dit : « Saper mâtin ! Tu es déjà venu ici avec cette peau, je la reconnais ; Kers da bourmen gant ar c'hhoben coz-se (Va te promener avec cette vieille peau, je ne te donnerai rien) ; Mes gigas din croben eur pilloyer ha me rai mern vad dit (Envoie-moi la peau d'un pilloyer-mendiant, et je servirai un bon dîner). »

À noter également que non loin de Quélennec, à Kerfres la parcelle 936 du vieux cadastre de 1834, nommée « parc ar bleis bihan », à savoir le petit champ du loup ou le champ du petit loup, conserve le souvenir local d'un canidé.

Jean Istin, dans son livret « Le moulin de Meil Poul » [4] raconte deux histoires de loups à la fin du 19e siècle :

« Au siècle dernier, à une époque où les loups rôdaient encore dans les campagnes, le meunier de Meil-Poul, ayant laissé son cheval libre une nuit dans un pré voisin, trouva au matin le cadavre d'un loup fracassé par les sabots du cheval. Les piétinements laissaient penser que le combat entre le loup et le cheval avait été rude, combat dans lequel le cheval était resté vainqueur.

On raconte aussi qu'à l'autre bout du Stangala, une fillette accompagnée de son petit frère ramena à la ferme paternelle, dans son tablier, des petit chiots qu'elle trouvés dans les bois. Mais une louve les avait suivis jusqu'à la ferme et elle dut relâcher ceux qui étaient en fait des petits loups.  »
 

Jean-François Douguet, dans le cahier d'Arkae consacré au Stangala [5] confirme la première anecdote :

« L'histoire s'est passée à la fin du siècle dernier. Elle fut racontée par Jean-Pierre Bescond, le meunier, qui l'a transmise à son fils Laurent et elle s'est perpétuée depuis dans la famille.

En ce temps là, le cheval du moulin passait généralement ses nuits dehors, dans la prairie voisine. Il arriva qu'une nuit, le cheval qui se trouvait à cent mètres environ du moulin, en amont de l'Odet, fut attaqué par un loup particulièrement agressif parce que sans doute affamé. Très intelligemment le cheval appuya son arrière-train contre un têtard de chêne et se mit à se cabrer en tournant sur lui-même pour pouvoir faire face à tout moment au loup, afin de calmer ses velléités agressives. Cette confrontation dura sans doute un bon moment... Soudain le loup eut soif et il s'en alla s'abreuver sur les bords de l'Odet tout proche. Profitant de ce répit le cheval se dirigea alors vers le loup en projetant sur lui ses lourds sabots et en lui écrasant la tête.

Il est juste de dire que cette scène n'eut pas de témoin. Mais elle put être facilement reconstituée grâce aux traces laissées sur les bords de l'Odet et près du têtard de chêne. On y retrouva le cadavre du loup et aussi du sang séché mélangé au poil de cheval. Les traces du demi cercle tracé par le piétinement du cheval étaient d'autre part encore très visibles à l'aube du lendemain.  ».

Anatole Le Braz, dans ses carnets de notes [6] tenus en 1892-98, évoque les environs de la chapelle St-Guénolé où l'on raconte toujours des histoires de loups :

« À Ergué-Gabéric, auprès de Saint-Guennolé, il y a une fondrière (eun toul-lap) qu’on appelle poull ar c’héméner. C'est là, disait-on, qu'on trouvait tous les enfants qui naissaient dans les fermes des environs.

Le quéméner qui a donné son nom à ce poull était un tailleur extraordinaire : il allait toujours seul, ne voulait pas d'apprenti. Pour revenir chez lui le soir, il passait toujours par ce poull. Il y avait de l'eau là, dans l'hiver, jusqu'à la ceinture. Chaque fois qu'il arrivait près de ce poull noir, il criait :

- Harz ar Bleiz ! Venez à mon secours, car le loup me dévore. Il y avait réellement des loups en ce pays, dans ce temps-là. Les gens accouraient pour lui porter aide. Lui alors se moquait d'eux :

- Vous auriez mieux fait de rester au lit. Mais à la fin, à force de se moquer des paysans, ceux-ci n'allaient plus. Or, un soir, il fut dévoré. On ne trouva que sa tête. Cette tête est encore là sous une grosse pierre debout, un menhir où est sculptée une croix. Cette pierre est toujours là ».

[modifier] 5 Annotations, commentaires

  1. Information et document communiqués par Pierrick Chuto, passionné d'histoire régionale, auteur de nombreux articles (Le Lien du CGF, La Gazette d'Histoire-Genealogie.com ... ) et de cinq livres sur le Pays de Quimper : § [ses publications] .. [Ref.↑]
  2. Pierre Nédélec de Kergoant fut maire d'Ergué-Gabéric de 1846 à 1855. [Ref.↑ 2,0 2,1]
  3. DÉGUIGNET (Jean-Marie), Histoire de ma vie. L'intégrale des Mémoires d'un paysan bas-breton, an Here, Le Relecq-Kerhuon, 2001, ISBN 2-86843-226-3. [Ref.↑]
  4. ISTIN (Jean), Le moulin de Meil Poul au Stangala - Le moulin oublié, auteur, Ergué-Gabéric, 1999 [Ref.↑]
  5. DOUGUET (Jean-François), Le Stangala, Arkae, France, 2003, ISBN 2-9520223-0-5 [Ref.↑]
  6. Cf Carnets d'Anatole Le Braz sur Jean-Marie Déguignet et Ergué-Gabéric. [Ref.↑]


Thème de l'article : Document d'archives sur le passé d'Ergué-Gabéric.

Date de création : Juin 2010    Dernière modification : 1.10.2012    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]