Yvon Huitric et les 80 ans de l'école St-Joseph de Lestonan - GrandTerrier

Yvon Huitric et les 80 ans de l'école St-Joseph de Lestonan

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Catégorie : Mémoires+ Reportages
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Témoignage rédigé le 21 avril 2010 par l'un des premiers élèves de l'école St-Joseph de Lestonan et témoin privilégié car son père était agriculteur à Menez-Groaz sur les terres sur lesquelles furent construites les écoles privées des filles (Ste-Marie) et des garçons en 1928-29.

Cette contribution a été lue par son neveu Gwenaël Huitric le samedi 5 juin 2010 lors de l'inauguration d'un nouveau bâtiment et la fête des 80 ans de l'école.

Un article sur l'histoire de l'école, les témoignages des anciens et les photos de classe : « Ecoles privées Saint-Joseph et Sainte-Marie de Lestonan »

Et une video : « Présentation de la fête du 5 juin 2010 à l'école privée du Lestonan »

Les écoles vues de Menez-Groaz
Les écoles vues de Menez-Groaz

[modifier] 1 Témoignage

Yvon Huitric

né le 25.8.1920, à quelques mètres d'ici [1]
qui peut prétendre sans concurrence à être le dernier à avoir gardé les vaches dans le champ ici-même [1].

« À six ans, je me rappelle voir arriver Mr René Bolloré chez mes parents. C'était en avril 1926. Il venait aviser ses locataires qu'il avait l'intention de construire une école dans ce champ dont il était propriétaire ... Il proposait de lui offrir un autre terrain de Lestonan en dédommagement, mais mon père refusa.

Les travaux commencèrent très vite, l'entrepreneur n'étant autre que Jean-Pierre Quéré, commerçant-artisan au carrefour plus bas.

Le premier coup de pioche dans le talus qui bordait la route vers Pennanec'h fut donné par mon oncle "Louch Huitric", le père, entre autres, de l'abbé René Huitric.

Je crois que tous les artisans et ouvriers-maçons de la région furent embauchés et pour aller plus vite, on fit appel à une dizaine au moins d'ouvriers du bâtiment du côté de la pointe du raz qui mangeaient et dormaient chez Quéré.

On aimait bien les entendre bavarder sur les échafaudages à cause de leur accent breton, très différent du notre ...

Il n'y avait pas de grue, sur le chantier et chaque matin tous les ouvriers se mettaient debout les uns derrière les autres sur une longue échelle pour se passer les moellons en les soulevant par dessus leur tête ...

Les charrettes de certaines fermes voisines amenaient sans cesse ces granits de la carrière Istin de Quélennec. Le sable, ou plutôt la terre jaune, provenait du champ en face et l'eau était fourni uniquement par notre puits qui existe toujours chez Laurent.

Le responsable chargé de monter l'eau du puits et de le transporter dans deux seaux sur le chantier était le père "Lanic Conan" de Boden ... La construction des deux écoles ne réussira jamais à mettre à sec ce puits creusé par mon père et ma mère, quinze ans auparavant. En récompense, à la fin des travaux, Mr Quéré leur fit généreusement l'achat d'un seau neuf ... »

 

L'école des filles ouvrit le 1er octobre 1928, et celle des garçons le 1er octobre 1929, confiée aux "Frères" comme on disait à l'époque ... Ceux-ci n'avaient pas le droit de porter la tenue de leur confrérie, en raison de la loi de séparation de l'église et de l'état.

Dès le 1er jour, à neuf ans, je fis mon entrée dans la 1ère classe, dirigée par Mr Salaün qui était un neveu du patron de Kermorvan, en breton "Lan Keroinven". J'ai ici la photographie de cette classe de 23 élèves [2] que j'ai reconnus à peu près tous. Hélas ils ne seraient plus de ce monde ...

Parmi eux, deux se présentaient aux "bourses". Yves Léonus dont le père n'avait qu'une main et était concierge à l'usine et Hervé Péron dont le père cordonnier à Stang-Ven n'avait qu'une seule jambe ... Seuls les pupilles de la nation des écoles privées pouvaient se présenter ...

De même, on ne pouvait pas être présenté au fameux "certificat d'études" avant 12 ans ; pendant trois ans j'ai donc chauffé les bancs de la même division ...

Je ne sais pas exactement quand fut ouverte la cantine de midi. Je me souviens des camarades venant de loin et qui trimballaient dans leur musette, parmi les livres, leur pitance de midi.

Tous les samedis soir, nettoyage de la classe, en changeant de place à toutes les tables. Ce n'était pas un luxe, car tous avaient des sabots, certains avec de la paille dedans, et beaucoup crottés de la boue des chemins creux ou des champs labourés.

Malgré tout ça, la discipline était rigoureuse. On n'avait pas idée des délinquants dont les journaux nous abreuvent maintenant.

Tous étaient là pour travailler à apprendre et je crois que la plus grande majorité en a gardé un bon souvenir, sinon nous ne serions pas là aujourd'hui ... »

Quimper, le 21 avril 2010.

[modifier] 2 Articles connexes

« Keranna » ¤  « La chapelle de Ker-Anna » ¤  « GUÉGUEN Jean - Odet, de 1900 à nos jours » ¤  « L'histoire de la cité de Keranna par Henri Le Gars » ¤ « La généalogie de la cité de Keranna par Henri Le Gars » ¤ « Une cité d'ingénieurs et ouvriers du 20e siècle à Keranna-Odet » ¤ « Ecoles privées Saint-Joseph et Sainte-Marie de Lestonan » ¤  « Chronique de Ménez-Groaz par Laurent Huitric en 1998 » ¤ « ROZEC Jean-Louis - Trec'h ar garantez » ¤  « Présentation de la fête du 5 juin 2010 à l'école privée du Lestonan » ¤ 

[modifier] 3 Annotations

  1. Le ici est bien entendu l'école voisine de sa maison natale de Menez-Groaz [Ref.↑ 1,0 1,1]
  2. Voir les photos de classe de 1930 : « 1930 - Ecole St-Joseph à Lestonan ». [Ref.↑]