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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 La chapelle aux lignes très pures

Billet du 04.08.2018 - Un article récent du journal Le Télégramme nous rappelle que 2018 est le jubilé de la chapelle Sainte-Anne de Ker-Anna, car il y a 50 ans cet édifice nouvellement construit était béni en plein mois d'août. C'est l'occasion de décrire ses caractéristiques intérieures et extérieures.


La chapelle de Ker-Anna est située entre le terrain de foot du patronage et la cité ouvrière de Ker-Anna, non loin de la papeterie Bolloré d'Odet. Le projet de construction en 1967 fut conduit par l'aumônier de l'usine, Jean-Marie Breton, qui trouvait qu'il fallait mettre un lieu de culte en remplacement de la chapelle de l'usine trop exiguë.

Le style architectural, avec son faîtage incliné d'ardoises et ses murs pignons triangulaires est un ouvrage type de la deuxième moitié du 20e siècle. Son orientation n'est pas sur un axe ouest-est comme de coutume, car l'entrée dans la nef se fait côté nord, et le mur pignon du chœur est au sud. Son architecte quimperlois, Pierre Brunerie, surnommé le « reconstructeur de Lorient » pour avoir activement rebâti la ville après les bombardements de la guerre 1939-45, a réalisé d'autres édifices religieux similaires, notamment Notre-Dame de la mer à Bénodet construite en 1968 juste après Ker-Anna.

Le gros oeuvre a été confié à l'entreprise Le Bris du pays fouesnantais et le chantier dirigé par M. Bellocq, « un conducteur de travaux très apprécié ». La structure est un mélange de béton,

  utilisé pour le soutien de la toiture et le fronton nord, et de pierres de granit pour les fondations de la crypte inférieure et les murs latéraux et du chœur.

À l'initiative de l'abbé Breton, les pierres de soubassement de la chapelle ont été récupérées sur les ruines d'une longère de Penfoënnec en Elliant. Par contre les pierres aux tons multiples formant le mur du chœur proviendraient des carrières de granit d'Edern.

Les vitraux se répartissent en petites ouvertures non figuratives dans les murs latéraux est-ouest, et sur le pignon nord en une très grande verrière incluant les motifs colorés d'un crucifix. Faute d'information attestée, on peut supposer qu'ils ont été réalisés par le talentueux maître verrier André Bouler, lié à la famille de l'architecte Brunerie et créateur des baies vitrées de Notre-Dame de la mer à Bénodet.

Le Christ du mur nord, placé en hauteur sur une longue croix de bois réalisée par le menuisier local Nicot, provient de la réserve paroissiale. Il est daté du 16e siècle et a été restauré en 1971 par le sculpteur Jean Coroller de Quimper pour être placé dans la chapelle.

Le terrain sur lequel est bâtie la chapelle et le parking a été rétrocédé par la famille Bolloré à l'association diocésaine, et les travaux, même si certains ont été effectués par des artisans locaux, furent coûteux pour les finances du recteur de l'époque, l'abbé Pennarun. La chapelle fut inaugurée en août 1968 quelques semaines après la mutation de l'abbé Breton à l'Ile-Tudy.

Les deux journaux locaux du 20.08.1968, Ouest-France et Télégramme, ont relaté la bénédiction épiscopale de la nouvelle chapelle Sainte-Anne : c'est le nouvel évêque Francis Barbu qui conduit la procession autour de la chapelle « aux lignes très pures » et y célèbre la messe de dimanche 18 août 1968, « en présence d'une assistance nombreuse et recueillie ». L'architecte Pierre Brunerie et l'entrepreneur Bellocq assistent à la cérémonie.

Jean-Marie Breton, « l'âme de cette construction » qui a été vicaire d'Odet pendant 8 ans et nommé en 1968 comme recteur de l'Ile-Tudy est aussi présent, ainsi que le recteur Pierre Pennarun qui quittera la paroisse quelques mois plus tard. Les bénévoles du quartier ont été nombreux, et les vitraux ont été « offerts par les anciens élèves de M. l'abbé Breton », connus lorsqu'il était professeur à St-Pol de 1943 à 1952.


* * *

Dans le billet de la semaine prochaine nous aborderons le coût financier de la construction, via un dossier de l'abbé Morvan versé aux Archives communales, et les débats que la chapelle de Ker-Anna a provoqués.

En savoir plus : « La chapelle de Ker-Anna », « La bénédiction de la chapelle de Ker-Anna, Ouest-France Télégramme 1968 », « Le premier jubilé de la chapelle de Ker-Anna, Le Télégramme 2018 »

2 Une paroisse abolitionniste en 1789

Billet du 28.07.2018 - La publication, la transcription et l'analyse de deux documents d'archivistes reconnus permettent de mieux comprendre les conditions d'adoption du cahier des doléances par le Tiers-Etat d'Ergué-Gabéric pour les Etats-Généraux de mai 1789.

Les documents en question sont respectivement l'étude de 416 pages « Cahiers de doléances des sénéchaussées de Quimper et de Concarneau pour les Etats-Généraux de 1789 » de Jean Savina et Daniel Bernard en 1927 d'une part, et l'article « Deux écrits de propagande en langue bretonne - janvier 1789 » de Daniel Bernard en 1911 d'autre part : « Da guenta, goulen a reomp ne yalo mui den, na divar ar meas na diouz quear, da labourat dre gontraign ... » (Premièrement, nous demandons qu'il n'aille plus personne, ni de la campagne ni de la ville, travailler, par contrainte ...).

Rappel : La vaste sénéchaussée de Quimper couvrait, avec ses 85 paroisses et trêves, près du tiers du département actuel du Finistère. Son sénéchal, Augustin-Bernard-François Le Goazre de Kervélégan (1748-1825), ardent défenseur de la cause du Tiers-Etat, faisait partie de la délégation du Tiers breton que le roi avait reçue le 14 mars à Versailles. Rentré à Quimper le 26 mars, il publia le lendemain une ordonnance de règlement pour sa sénéchaussée.

Les premiers cahiers de paroisses de la sénéchaussée de Quimper sont rédigés et authentifiés le dimanche 5 avril, jour des Rameaux, notamment à Plonéis. Ce jour-là, en l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric la convocation royale est lue publiquement, et lors du prône la convocation le dimanche suivant de l'assemblée paroissiale est annoncée publiquement pour la validation du texte des doléances et la désignation des députés. C'est « Messire René Lanmeur, ancien prêtre et chapelain de ladite paroisse » qui célèbre cette messe, en remplacement du recteur en titre, Alain Dumoulin, réfractaire aux idées de la Révolution.

Le dimanche 12, jour de Pâques, a lieu à Ergué-Gabéric cette réunion importante, avec un maximum de transparence et de publicité, alors que certaines autres paroisses se sont contentées d'un « son de cloche » en milieu de semaine. Les membres de l'assemblée, réunis dans la sacristie de l'église paroissiale, ont demandé la présence du procureur du présidial de Quimper, explicitement « appelé par les délibérants ». Et ils valident leur « cahier de charges, doléances, plaintes et remontrances » en adoptant le même texte qui avait été choisi par Plonéis le dimanche précédent.

Et ensuite ils nomment leurs deux députés pour les représenter à l'assemblée de la sénéchaussée. Seul le nom du premier député gabéricois est inscrit dans le présent document, à savoir Jean Le Signour de Keranroux, le second nom étant laissé à blanc. Dans le procès-verbal de la sénéchaussée de Quimper, Augustin Gillart de Congalic est mentionné comme deuxième député.

Les cahiers d'Ergué-Gabéric et de Plonéis notamment sont rigoureusement identiques, du même papier et de la même écriture. Le contenu des articles constitue une synthèse équilibrée des revendications d'une paroisse rurale, et a été certainement influencée par une circulaire rédigée en breton « Circulaire aux Bas-Bretons des environs de Quimper sur les demandes à soumettre dans l'intérêt du peuple » où seules les propositions n° 2 (gardes-cotes) et n° 10 (Représentation des recteurs) n'ont pas été intégrées dans leur cahier final :

 

1. Fidélité au roi (intro de la circulaire).

2. Contribution dette nationale (intro de la circulaire).

3. Tous ordres tous impôts selon moyens (prop. nos 4, 5 et 6 de la circulaire).

4. Rémunération de tout le clergé (prop. n° 9).

5. Entretien des chemins publics (prop. n° 1).

6. Abandon du franc-fief de défense armée (ext. de la prop. n° 3).

7. Justice royale et de proximité (reformulation de la prop. n° 7).

8. Abandon des coutumes et du domaine congéable (initiative locale).

9. Solidarité vis-à-vis des doléances du tiers-état (intro et conclusion de la circulaire).

L'originalité du cahier d'Ergué-Gabéric et de Plonéus tient essentiellement dans son article 8, et plus particulièrement en la demande de transformer le système de « fief anomal » ou domaine congéable en système censitif, ceci pour éviter les congéments abusifs que devaient subir les domaniers. A ce titre, la paroisse d'Ergué-Gabéric se range parmi les paroisses dites « abolitionnistes ».

A la suite de débats contradictoires, le texte retenu dans le cahier commun des sénéchaussées de Quimper et de Concarneau est l'article 11 du chapitre « Des abus » : « Que le droit de moute, les corvées en nature, droits de fours banaux et péages soient supprimées ; que la rente domaniale soit convertie en censive, et que le propriétaire ne puisse plus accorder de congément.

Néanmoins, avec la pression du lobby foncier, l'assemblée constituante par la loi du 6 aout 1791 maintiendra ce régime de domaine congéable avec, en cas de rupture, le remboursement de la valeur des édifices. Après une tentative de transformation en 1792, les propriétaires fonciers seront confirmés dans leurs droits en 1797. Le domaine congéable subsistera tout au long du 19e siècle avec une hostilité maintenue entre domaniers et fonciers, avant de disparaître définitivement en 1947 grâce à une loi à l'initiative du député communiste finistérien Alain Signor.


En savoir plus : « 1789 - Le cahier de doléances du Tiers-Etat d'Ergué-Gabéric », « SAVINA Jean & BERNARD Daniel - Cahiers de doléances des sénéchaussées de Quimper », « BERNARD Daniel - Propagande en langue bretonne en janvier 1789 »

3 Impôt en terre rançonnée en 1395

Billet du 21.07.2018 - Document inédit daté du 25 août 1395, conservé aux Archives Départementales de Nantes, pour l'établissement du nombre de feux pour chaque paroisse de Cornouaille relevant de l'impôt roturier du fouage, payable au duc de Bretagne Jean IV de Montfort.

Étonnamment ce document extra-ordinaire, transcrit partiellement par Hervé Torchet, n'a pas fait l'objet d'une analyse historique alors qu'il apporte des renseignements sur la politique fiscale du duché au lendemain de la guerre de Succession de Bretagne qui dura de 1341 à 1364.

Le document se présente sous la forme d'un rouleau (« C'est le roulle par lequel compte Bernardon de Castet de la recepte  ») d'environ un mètre de longueur, avec en son milieu une couture de séparation, liste toutes les paroisses cornouaillaises autour de Quimper, littoral et Chateaulin, et est adressé au receveur de la « Bretaigne bretonnante » pour les caisses du duc Jean IV (1339-1399).

Ce dernier, un Montfort de retour d'exil en Angleterre, a créé en 1365 un nouvel impôt du fouage sur sa population roturière, les contribuables constituant des « feux » (équivalent du foyer fiscal). Les nobles et prêtres sont exclus de cet impôt, seules les familles roturières solvables devaient payer annuellement un montant numéraire réclamé par le duc et fixé forfaitairement pour chaque feu, en l’occurrence 5 ou 10 sous cette année 1395.

On note dans le document quelques exonérations : certains feux sont dits « quittes », les « poissonniers » ou pêcheurs le sont systématiquement. Par ailleurs les terres attachées à Alain de Rohan, allié de Jean IV, et du seigneur Évêque de Quimper sont directement imposés par leurs seigneurs et le duc ne s'en mêle pas. À Quimper même, la ville close de l’évêque, le duc fait profil bas : « tant pour la cause de la guerre des fouages, que autrement, dont ledit receveur ne s’en charge que de 8 feux ».

La liste des 93 paroisses cornouaillaises est divisée en deux parties : les 38 premières sont les terres « non rançonnées » et doivent payer 10 sous annuels par feu, les 55 suivantes sont les terres « rançonnées » et le fouage est ramené à 5 sous par feu. Il est écrit « Si après commence la terre rançonnée » après la couture de séparation qui précède la ville de Pont-Croix.

Yves Coativy présente ainsi la situation des terres rançonnées : « D'un point de vue économique, les conséquences de la guerre de Successions sont plus difficiles à établir. Les deux partis ont rançonné leurs domaines respectifs : soit pour payer la guerre et les soldats, soit pour payer les rançons des chefs de guerre. »

 

Il y a lieu de penser qu'au moment d'établir les premiers fouages en Cornouaille, le duc et son receveur aient voulu ne pas trop pressurer les contribuables des domaines qui avaient été lourdement taxés pour supporter les défenses militaires des Montfort, avec cette règle d'un impôt réduit à 5 sous au lieu de 10.

Ergué-Gabéric est considérée comme une terre déjà « rançonnée », et sa part est indiquée comme suit : « La paroisse d’Ergué Gabeuric souloit être à 60 feux, et par enquête ramené à 43 feux, et audit évêque 3 feux. ». Aucun contribuable n'est rattaché au domaine de Rohan, et seulement trois sont à l’Evêque. L'enquête faite en 1395 a permis de diminuer le nombre des familles roturières imposées de 60 à 43, ce qui constitue presque le double d'une contribution moyenne ducale pour une paroisse.

Nous avons essayé de recalculer les montants dûs au titre du fouage par l'ensemble des 93 paroisses cornouaillaises, et de les comparer aux quittances fournies qui se monte à 983 livres. Nous arrivons à un peu plus de 800 livres, cela étant sans doute du à des exonérations non appliqués, ou à des erreurs de reports de chiffres. En tous cas cette première contribution est peu élevée, elle ne cessera d'augmenter. Sous le duc François II (1458-1488), chaque receveur était en charge d’une soixantaine de paroisses, ce qui correspondait à la perception de 8 à 15 000 livres.

Fouage cornouaillais de 1395, onglet récapitulatif :

Fichier excel : Media:ComptageFouage1395.xlsx

En savoir plus : « 1395 - Levée de fouage de Cornouaille en Bretaigne Bretonnante par le duc Jean IV »

4 De Quillihuec au Petit-Goâve haïtien

Billet du 14.07.2018 - Le 9 mars dernier décédait Jean Hénaff, missionnaire gabéricois à Wallis-et-Futuna et Nouméa. Cela nous pousse à présenter les biographies de tous ces personnages atypiques natifs d'Ergué-Gabéric partis en mission aux quatre coins du monde, soit aujourd'hui Laouig Poupon.

Dans le Progrès du Finistère du 8 août 1936, il est question de la première grand'messe célébrée dans l'église paroissiale d'Ergué-Vras par l'enfant du pays Guillaume Poupon, dit Laouig, appelé à partir en mission à Haïti.

Le journaliste se réjouit : « La paroisse d'Ergué-Gabéric a eu la joie de voir se renouveler pour elle, cette année, la fête intime et familiale qu'est une première grand'messe ». En fait l'été précédent, en août 1935, c'est Hervé Narvor, né en 1904 à Creac'h-Ergué, qui disait sa grand'messe avant de partir à Wallis-et-Futuna.

Laouig Poupon est issu d'une famille nombreuse très catholique du village de Quillihuec : « huit frères et quatre sœurs, dont deux religieuses de la Congrégation du Saint-Esprit ». Son père Hervé Poupon n'y a pas de ferme, il est simplement journalier agricole et exerce aussi le métier de rebouteux.

Jeune, Laouic joue au foot dans l'équipe de foot des Paotred-Dispount et se fait remarqué par le vicaire René Abguillerm d'Odet qui proposera à sa famille qu'il aille suivre ses études au petit séminaire de Pont-Croix. En 1936 le vicaire fait le déplacement pour la première grand'messe de son protégé : « M. Abguillerm, vicaire à Saint-Pol de Léon et ancien vicaire d'Ergué-Gabéric, fit ressortir dans son sermon le magnifique idéal du missionnaire ».

Laouis Poupon est formé d'abord au petit séminaire de Pont-Croix, puis à celui des Pères de St-Jacques au château de Lézarazien à Guiclan, près de Lampaul-Guimillau dans le nord-finistère, où l'on forme la majorité du clergé haïtien. En janvier 1933 Guillaume Poupon y a des fonctions d'infirmier et de fleuriste : « Au soin des chrysanthèmes et des bégonias, il joint celui des malades », ironise-t-on dans le bulletin de Pont-Croix.

Dans un courrier adressé au séminaire de Pont-Croix en fin d'année 1936, il raconte ses débuts dans sa nouvelle paroisse du Petit-Goâve près de Port-au-Prince : « Le lendemain de mon arrivée le 1er vendredi du mois de Novembre, mon curé et moi avons distribué deux grands ciboires bien pleins d'hosties » ; « La population du Petit Goâve est, on peut dire, entièrement noire ou de race noire » ; « La route se fait à cheval, par des chemins encore plus fantaisistes que nos chemins bretons ».

Dix ans plus tard, en 1946, un autre missionnaire d'Ergué-Gabéric ira rejoindre Laouig Poupon à Haïti par le biais du séminaire de St-Jacques : Pierre Le Men, né en 1921.

 

En 1953 Guillaume Poupon est en congé en Bretagne et le bulletin de Pont-Croix rend compte de ses dernières activités à Haïti. Ces dernières années il a fait le pari de recréer une paroisse dans un coin reculé dans la montagne sur le territoire communal du Petit Goâve, au secteur des Palmes : « Le résultat matériel de cinq années d'efforts : une église, 3 chapelles de secours (non terminées), un presbytère, une école de filles, l'ancien presbytère transformé en école de garçons, un dispensaire. »

Le souvenir de Laouic Poupon à Haïti est toujours vivace. Aux Palmes l'école a été baptisée « Institution Guillaume Poupon » car « fondée par le père Poupon, père de la communauté des pères de Saint-Jacques ». À Ergué-Gabéric, les anciens se souviennent aussi de ses visites lors de ses retours d'Haïti : « Un homme plutôt petit et rondouillard », « Une douzaine de frères et sœurs, dont son frère Charles qui travaillait à l'usine Bolloré. On lui faisait parvenir à Haïti des médicaments inutilisés. » (témoignages de René Le Reste et d'Henri Le Gars).

* * *
À ce jour, les missionnaires gabéricois identifiés sont :

1.Image:Space.jpgGuillaume Seac'h, grand'messe en 1891.
2.Image:Space.jpgHervé Narvor (1904-1962), grand'messe en 1935, Iles Wallis et Australie, mariste.
3.Image:Space.jpgGuillaume Poupon, né en 1911 à Quillihuec, à Haîti en 1936.
4.Image:Space.jpgVincent Le Berre, né en 1912, Zaïre, Père blanc.
5.Image:Space.jpgPierre Le Men, né en 1921, à Haïti en 1946.
6.Image:Space.jpgJean Hénaff (1924-2018), né à Garsalec, îles Wallis et Futuna, Nouméa, mariste.

En savoir plus : « Nomination du missionnaire Guillaume Poupon à Haïti, Progrès et Bull. Pont-Croix 1936-37 », « Guillaume Poupon (°1912), missionnaire à Haïti », « Les prêtres et missionnaires natifs d'Ergué-Gabéric »

5 Le circuit des panneaux-silhouettes

Billet du 07.07.2018 - Dans la série du patrimoine naturel, voici une belle concrétisation d'un projet d'interprétation et d'aménagement enclenché début octobre 2015 sur le site du canal d'Odet en contrebas de Stang-Luzigou, avec neuf étapes aménagées autour de panneaux-silhouettes explicatifs.

Ce circuit pédagogique a été préparé par le conseil départemental, propriétaire de la quasi-totalité du site, la commune d'Ergué-Gabéric et l'Office National des Forêts.

De part et d'autre du canal asséché de l'ancienne usine à papier d'Odet, le long d'un sentier de randonnée et du chemin de l'écluse, des panneaux sur des silhouettes évocatrices ont été aménagés pour donner des explications et visuels sur la vie autrefois dans ce coin de verdure.

Les titres et sous-titres bretons des 9 panneaux et thèmes sont les suivants, dans l'ordre des étapes de la carte du site ci-dessous, en empruntant d'abord par le sentier de randonnée :

1.Image:Space.jpgL'Odet, un site propice à l'installation d'une usine à papier, An oded, ul lec'h mat evit staliañ un uzin-baper.

2.Image:Space.jpgLe canal : un cours d'eau aménagé, Ar ganol : un dourredenn kempennet.

3.Image:Space.jpgAllons pêcher truites et saumons, Deomp da zluzheta ha da eogeta.

4.Image:Space.jpgUtiliser l'énergie du cours d'eau, Implijout energiezh an dourredenn.

5.Image:Space.jpgL'Odet a repris son cours naturel, An Oded en deus adkemeret e naoz naturel.

6.Image:Space.jpgDans les bois de Stang-Luzigou, sorcières et korrigans nous observent, E koadoù stank-lusigoù e sell ar sorserezed hag ar gorriganed ouzhimp.

  7.Image:Space.jpgStang-Luzigou, une richesse naturelle à préserver, Stank-lusigoù, ur binvidigezh naturel da wareziñ.

8.Image:Space.jpgLe chêne de la baignade, un lieu riche en souvenirs heureux, Dervenn ar c'houronk, ul lec'h leun a eñvorennoù eürus.

9.Image:Space.jpgFontaines et lavoirs, indispensables pour la vie quotidienne, Feunteunioù ha poulloù-kannañ, traoù ret evit ar vuhez pemdeziek.

En guise de compléments sur les textes et photos du circuit pédagogique on notera les points suivants :

✔ Etape n° 4, le moulin de Coat-Piriou :

  • Il est écrit « La configuration des lieux ne permettent pas de créer une chute d'eau suffisante, la roue du moulin était à l'horizontale. ».
  • En fait l'absence de chute n'indique pas un défaut de tirant d'eau et le moulin de Coat-Piriou disposait de deux roues, l'une horizontale et l'autre verticale.

✔ Etape n° 8 bis, un calvaire :

  • Il manque une étape explicative au niveau du très beau calvaire de 1815 à 5 mètres du chemin, dans les bois.
  • Ce 10e panneau aurait pu reprendre le thème de l'ancrage populaire de la religion au niveau local.

✔ Etape n° 9, les lavoirs :

  • Il est écrit « Pour laver le linge, elles se rendaient au lavoir ou descendaient au canal. »
  • Mais la photo des lavandières en coiffe n'est pas prise au canal, mais au bord de la rivière où elles rincent leur draps.
La carte du circuit sur le sentier de randonnée (en pointillé) le long du canal asséché (en marron) en démarrant à la passerelle de Stang-Luzigou (en rouge), la 5e étape étant l'ancienne barrage-écluse au-delà de la passerelle de Coat-Piriou (en rouge), et le retour par le grand chemin (en gris) longeant également le canal :

En savoir plus : « Le circuit pédagogique de Stang-Luzigou le long du canal d'Odet »

6 Bulletin pour l'été à Kerdévot

Billet du 30.06.2018 - Ces nouvelles chroniques « Du 15e siècle à Kerdévot aux 19e-20e à Balanoù » développent les 12 articles du trimestre qui s'achève.

Cela démarre par la chapelle de campagne, bâtie et meublée au 15e siècle : le chantier gothique, la statuaire - notamment la « maestà » italienne - et les sources bibliques apocryphes d’une scène du retable flamand.

Ensuite le paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet, permissionnaire en fin de guerre de Crimée, et l’écrivain Gustave Flaubert racontent leurs voyages organisés en terre sainte en 1850-56.

Autre témoignage, celui de l’abbé Perrot dans une correspondance de 1932 à René Bolloré pour le sanctuaire de Koat-Keo, la chapelle de Cascadec et le calvaire d’Odet.

Les échanges en 1925 entre l’Académie, la municipalité et l’opposition pour suppri-mer un poste d’institutrice au Bourg.

Une épidémie de dysenterie qui fait des morts à Ergué-Gabéric en 1769-1786 et les rapports des médecins sur leur thérapeutique.

Grève et lock-out à la mine d’antimoine de Kerdévot en 1927 et la réaction du journal L’Humanité. Une légion d’honneur pour le châtelain du Cleuyou en 1865.

Le déplacement des fourches patibulaires de Lestonan en 1511 autorisé par la duchesse Anne de Bretagne.

Et pour poursuivre, deux articles sur François-Louis de La Marche, dernier occupant noble de Lezergué à la Révolution : le premier sur son exil et sa mort à Jersey, le deuxième sur les séquestres du manoir, la mainlevée et son amnistie.

Et enfin les belles pierres pour bailles à laver avec une escale à Balanoù où a été signalé un socle en granit très bien conservé.

Ar henta gwell, Jean

PS. Si tout va bien, les annales 2018 seront livrées par l’imprimeur à la mi-août. Et rendez-vous ensuite pour le prochain Kannadig de la rentrée en octobre !

 
Lecture en ligne du bulletin trimestriel, avec fichier pdf pour l'impression en recto-verso : « Kannadig n° 42 Juillet 2018 »

7 Ancestrales machines à laver

Billet du 23.06.2018 - « Un bel exemple est celui des pierres à laver ... il en a été signalé une en granit(e), de ce style, à Ergué-Gabéric, dans la presse en 1973, avec des détails sur son utilisation encore au début du siècle », Pierre-Roland Giot, préhistorien, Société Archéologique du Finistère, 1994.

Ces pierres de moins d'un mètre de circonférence avaient aux 19e et début 20e, et peut-être bien avant, un usage particulier : servir de support et de récupération d'eau pour les bailles à laver le linge.

Les premières pierres à laver, différentes des maies de pressoir bien plus larges, ont été signalées dans les années 1970-90 dans les journaux locaux et magazines d'archéologie, et un mystère plane encore car le nombre de ces pierres trouvées sur le territoire gabéricois semble très important : à ce jour six ont été exhumées à Pennervan, Squividan, Bohars, Garsalec, Balanoù et Kerdilès.

Les principes de leur fonctionnement étaient les suivants :

Image:Right.gif sur la pierre circulaire rainuré on plaçait une ancienne barrique sans fond dans laquelle on mettait le linge.
Image:Right.gif sur un foyer à côté on faisait bouillir de l'eau dans des grandes chidournes.
Image:Right.gif on versait l'eau sur les couches de linge qu'on saupoudrait de cendre de bois (« ludu tan » en breton), gorgée de potasse.
Image:Right.gif avec un bâton on mélangeait énergiquement le linge.
Image:Right.gif l'eau sale s'écoulait lentement sur la pierre et les rigoles l'amenaient sur l'avancée en dessous de laquelle on mettait un seau.

Les premières eaux pouvaient resservir pour la tournée de lessive suivante, mais ce mélange de cendre servait ensuite d'engrais potassique appelé « ar cloag » et était très recherché par les maraîchers.

Sur Ergué-Gabéric les pierres les mieux conservées sont celles de Balanou et Pennervan, cette dernière ayant déjà repérée et documentée en 1973 par un journaliste du   Télégramme   et   en

 
La pierre à laver de Balanoù, © GT 2018.

1994-95 par l'archéologue P.R. Giot et le docteur A. Kervarec. Elles présentent quatre rigoles perpendiculaires sous la forme d'une croix, et mesurent 93 cm (Balanou) à 1 m (Pennervan) de circonférence, 1 m 10 au bout du déversoir, et 20 cm d'épaisseur.

Madame Billon de Balanoù se souvient : « Dans le temps on mettait les draps et les chemises dans une sorte de lessiveuse avec de la cendre et on faisait la grande lessive trois à quatre fois dans l'année. Le grand-père avait trois douzaines de chemises, et donc ça suffisait. La pierre était surélevée, et par l'écoulement on récupérait l'eau de lavage qui servait à faire plusieurs tournées. »

On trouvera dans l'article les photographies de ces pierres signalées, la dernière étant celle de Balanoù. Et, au cours de l'été qui vient, on organise une course aux trésors pour en trouver d'autres, cachées ou oubliées à proximité d'anciennes exploitations agricoles.

Image:Square.gif En savoir plus : « Pierres de granit pour les bailles à laver le linge dans nos campagnes »

8 Séquestre et amnistie du Grand-Juge

Billet du 16.06.2018 - « Le préfet, vû le certificat accordé le 2 floréal an 11 par le grand-juge ministre de la justice ... il est accordé aux héritiers de François-Louis de la Marche, mainlevée du séquestre existant sur les biens ci-devant désignés et apposé pour cause de son inscription sur la liste des émigrés »

Ce document inédit de 1792 concerne bien le séquestre ou confiscation des meubles et effets du château style Louis XIII, bâti en 1772-73 près de la métairie de Lezergué par François-Louis de La Marche (1720-1794), dit Lamarche père, tel que restitué ci-contre par l'aquarelliste Anne Cognard. En cette fin d'avril 1792 les de La Marche sont « émigrés et hors du royaume » : Lamarche père vient de partir sur l'île de Jersey et son fils cadet Joseph-Louis-René en Guadeloupe, le dernier des fils étant resté à Quimper et le fils aîné décédé en 1774.

Suite à la désertion des propriétaires de Lezergué, les autorités révolutionnaires procèdent à l'adjudication des tenues agricoles et aux convenants de Lezergué, et au séquestre de leurs biens personnels, Pour les Lamarche père et fils cadet qui habitaient aussi dans un hôtel quimpérois, l'inventaire de séquestre de Lezergué est complété par un séquestre dit « de la Quintin » où sont listés également des habits, du linge et quelques meubles laissés sur place.

L'inventaire de Lezergué est bien plus important, du fait des objets entreposés et du nombre de « chambres », désignées aussi sous le terme d'appartements. Hormis la cuisine, ces six grandes pièces de part et d'autre du grand escalier intérieur sont sous clefs, et le responsable de l'inventaire doit faire venir un serrurier pour les ouvrir.

Deux métayers sont ses interlocuteurs locaux : Guénnolé Kergourlay, valet domestique résidant au manoir et Jean Leguiader ménager demeurant à la métairie. Deux personnages officiels de la commune sont invités à rester présents pendant l'inventaire, le maire Jean Lenoach (ou Lozac'h ?) et l'officier municipal Jean Leday (alias Le Jour), mais ils « s'y sont refusés, de dire et de signer la cause de leur refus ». Sans doute voulaient-ils éviter de se prononcer contre les châtelains en fuite.

Et par ailleurs on peut noter que la fonction de maire pendant les premières années révolutionnaires n'était pas convoitée à Ergué-Gabéric, car les deux premiers, l'un pour 1791, le deuxième ici mentionné pour 1792, sont très discrets pour n'être mentionnés chacun que dans un seul document d'archives. Et le patronyme de celui de 1792 est incertain, car l'orthographe Le Noac'h ne correspondant à aucun actif de l'époque : seul Jean Lozac'h de Kervian (patronyme parfois transcrit en Lenoac'h) est l'un des signataires du cahier de doléances de 1789.

Ce qui frappe dans le relevé patrimonial, c'est la richesse des habitants qu'on ne trouve pas dans les documents habituels de successions de roturiers : des dizaines d'assiettes ou de plats de faïence, des assiettes, des gobelets ou théières de porcelaine, des couverts d'argent armoiriés ... Le niveau de vie est aussi dans les lits à tombeau avec ciel, rideaux et courtepointes (couverture doublée). Comme les cheminées sont légion, dans chaque appartement on trouve le nécessaire pour maintenir un feu : des chenets ou landiers, des soufflets, des pèles à feu, des tourne-broches.

 
Lezergué à la fin du 18e siècle, Anne Cognard 2017.

Au niveau des armes détenus par les occupants et laissées dans leurs chambres, on note plusieurs fusils à un ou deux canons et une épée à poignée d'argent. Ensuite le niveau culturel est élevé car on compte deux grandes bibliothèques dans les deux appartements à gauche de l'escalier, pour plus de 600 volumes au total. Est-ce un héritage des livres de Guy Autret, précédent occupant de Lezergué, avant la construction du château Louis XIII ?

Plus surprenant, des affaires religieuses sont rangées dans la première chambre à gauche : des calices, des patennes, des chasubles, des aubes, un banc d'église, des ornements d'autel, un livre d'église et des nappes d'autel.

Il est vraisemblable que tous ces effets resteront conservés à Lezergué pendant l'exil des maîtres des lieux. En 1803, le 13 floréal de l'an 11, les survivants peuvent se réjouir d'une amnistie du ministère de la justice : « exposent Joseph-Louis-René-Marie Delamarche ainé, et Joseph-Hiacinthe Delamarche cadet, qu'ils ont obtenû un certificat d'amnistie du grand juge ministre de la justice de deux floréal an onze pour François-Louis Lamarche leur père ». Ce dernier est décédé en exil à Jersey en octobre 1794.

Les raisons de l'amnistie, et donc de main-levée des séquestres les concernant, sont certainement des preuves de bonne volonté de leur part vis-à-vis des nouveaux pouvoirs politiques, et aussi le fait que le dernier fils Joseph-Hyacinthe, celui qui signe Lamarche Kerfors (et non Lezergué car ce titre échoit à son aîné), n'est pas parti en exil et est resté sur Quimper. On notera également que, parmi les papiers du défunt Lamarche père, des attestations de don patriotique lui avaient été délivrées pour la période 1789-90.

La décision d'amnistie donne aussi l'explication du défaut d'adjudication du manoir de Lezergué en tant que bien national. Les héritiers, la veuve du fils aîné et les deux autres fils cadets, se voient rétablir leurs droits de jouissance sur les convenants du domaine noble de Lezergué, jusqu'à leurs futures ventes pour endettement ou éclatements successoraux.

Image:Square.gif En savoir plus : « 1792-1803 - Séquestre, amnistie et main levée pour les de La Marche de Lezergué »

9 Exil sur une île anglo-normande

Billet du 09.06.2018 - On pensait que François-Louis de La Marche, dernier seigneur de Lezergué, émigré à la Révolution à l'age de 72 ans, s'était éteint sur l'île Grande-Terre de la Guadeloupe où il aurait pu rejoindre son fils Joseph-Louis. Il fallait en fait le chercher sur une autre île, celle de Jersey.

Deux nouvelles sources en attestent :

Image:Square.gifImage:Space.jpgles recherches en 1886 de Régis de L'Estourbeillon incluant un recen-sement de tous les actes d'état civil concernant les familles nobles, principalement bretonnes ou normandes, émigrées à Jersey pendant la Révolution et l'Empire

Image:Square.gifImage:Space.jpgun document inédit d'autre part, découvert par Grégory Floc'h et cité en 2015 dans un article du bulletin de la Société Archéologique du Finistère, pièce d'archives dont nous fournissons une transcription complète, bien utile pour comprendre l'histoire des seigneurs de Lezergué.

Les documents relevés dans les registres Jersiais nous apprennent au moins ceci :

Image:Right.gifImage:Space.jpgSon décès sur l'île et la date d'inhumation du 28 octobre 1794 via le registre de la paroisse Saint-Laurent de Jersey.

Image:Right.gifImage:Space.jpgSa carrière militaire, à savoir qu'il est lieutenant des maréchaux de France, et qu'il est toujours en début 1793 volontaire de la 1ère compagnie du 2ème bataillon composée de « Mrs les Émigrés français, résidant en l'isle de Jersey (cf. liste complète en annexe du livre).

Image:Right.gifImage:Space.jpgSes relations familiales émigrées sur Jersey, notamment la famille Rocher de Quengo de St-Malo : François-Louis est parrain en 1783 d'une petite Léontine, et une année avant il est témoin pour le mariage des parents, le père étant son neveu, c'est-à-dire le fils de sa sœur.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPour ce mariage on note l'intervention de son frère exilé à Londres, Jean-François de La Marche, ancien évêque de St-Pol-de-Léon, qui donne son autorisation ecclésiale pour se soustraire à l'obligation de publier les bans. Sa lettre, produite en annexe, explique la raison de cette dérogation par « le schisme qui agite l'Eglise Gallicane » et qu'il espère « le rétablissement de l'ordre et la réintégration des vrais pasteurs dans leurs églises ».

* * *

Le document inédit, conservé aux Archives départementales du Finistère est un « Inventaire des papiers et titres trouvé à la mort de mr de Lamarche père arrivé le 27 octobre 1794 en l'isle de Jersey paroisse de Saint-Laurent ». Le mémorialiste Régis de L'Estourbeillon produit le registre des décès en précisant que l'enterrement a lieu le 28 (cf livre cité ci-dessus).

 
Jersey en 1753, carte d'Herman van Loon.

Les papiers en possession du défunt, au nombre de 36, sont inventoriés dans ce document :

Image:Right.gifImage:Space.jpgSes premiers billets datés de Jersey démarrant en août-octobre 1791, les précédents étant émis de Bretagne, on peut donc supposer que l'exilé arrive sur l'île à cette date.

Image:Right.gifImage:Space.jpgLes emprunts et prêts sont effectués entre les parentés et les familles en alliance : sa tante Barbe Rose Martine, les Botherel du Plessis, les Borgne de la Tour, les Roche du Grégo, et aussi les Rocher du Quengo exilés à Jersey. Trois différents prêts sont assortis d'une condition de remboursement spéciale : « payable x mois après la rentrée en France ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgFrançois-Louis de La Marche (1720-1794) est désigné comme Lamarche père, mais on trouve aussi un autre François-Louis dans les papiers les plus anciens : il s'agit de son père né en 1691 et décédé en 1738, « chef de nom et d'armes chevalier de l'ordre militaire de Notre-Dame de Mont Carmel et de Saint-Lazare ».

Image:Right.gifImage:Space.jpgLes de La Marche sont dits seigneurs de Kerfors et de Kernaou, avant qu'ils n'achètent le château de Lezergué : dans l'inventaire est mentionné l'acte de vente du 31 septembre 1736 pour François-Louis de La Marche (1691-1738) par cession de Jacques du Bot, successeur de Guy Autret.

Image:Right.gifImage:Space.jpgPour les années 1789-90, sont conservées précieusement des quittances pour des dons patriotiques de 250 livres. Ces contributions ne ressemblent pas au profil type d'un noble exilé et anti-révolutionnaire !

* * *

La semaine prochaine nous publierons les rapports de séquestres de ces exilés à Jersey et en Guadeloupe, et la main-levée faisant suite à l'amnistie révolutionnaire dont ils bénéficieront, à titre posthume pour le père.

Image:Square.gif En savoir plus : « L'ESTOURBEILLON Régis (de) - Les familles françaises à Jersey pendant la Révolution », « 1794 - Inventaire des papiers de François-Louis de La Marche après son décès à Jersey »

10 Patibulaires de Lestonan et Lezergué

Billet du 02.06.2018 - Pièce inscrite dans le registre B19 des lettres scellées à la Chancellerie de Bretagne durant l'année 1510-11, lequel registre est conservé aux Archives de Loire-Atlantique et a fait l'objet d'un mémoire de maîtrise par Karine Debord à l'Université de Bretagne Occidentale en 1997.

En ces débuts du 16e siècle, cela fait déjà 12 ans que la chancellerie a été récréée par Anne de Bretagne juste après son mariage avec le roi de France Louis XII, aux fins de veiller aux libertés institutionnelles du duché.

Parmi les 1484 actes du registre de 1510-1511, on trouve celui-ci en folio 210, octroyant au seigneur de Lezergué et des Salles l'autorisation ducale de déplacer ses fourches patibulaires du village de Lestonan de quelques mètres plus près de son manoir de Lezergué.

Rappelons que ces fourches représentent les poteaux soutenant des poutres auxquelles sont suspendus les cadavres des délinquants condamnés à mort. Seul le seigneur Haut Justicier a le droit d'avoir ces justices patibulaires sur son domaine, puisqu'il a le droit de condamner un criminel à mort. Selon le titre et la qualité des fiefs qui ont droit d'en avoir, les fourches ont 2, à 3, à 4 ou à 6 poteaux piliers.

Les actes du registre sont rédigés d'une belle écriture gothique dite "batarde". Le folio 209 précise que le mandement a été rendu à Dinan, ville où la chancellerie s'est installée pour quelques mois, « 14e jour de novembre oudit an ». Mais cette datation est basée sur le calendrier "ancien style" démarrant le jour de Pâques (31 mars), on peut déduire que, dans notre calendrier "nouveau style", elle est plutôt du 13 février 1511.

Le bénéficiaire haut-justicier de Lezergué est Jehan de Coetaznere, seigneur de Lezergué et des Salles, décédé en 1537, et détenteur des armoiries aux 3 épées visibles sur les vitraux de l'église paroissiale d'Ergué-Gabéric. Il est marié à Amice de la Palue, et leur fille transmettra l'héritage de Lezergué à la famille Autret.

L'accord de la chancellerie de Bretagne s'appuie sur ce pré-supposé : « Suposant que ses predicesseurs seigneurs des Salles auront justice patibullaire en ung villaige de Lestonan en la parroesse d'Ergué Gabéric ». Les générations précédentes incluent certainement le père de Jehan, décédé en 1500 et prénommé Jehan également. Par contre, il n'est pas attesté que le droit de haute-justice était accordé aux premiers occupants nobles de Lezergué, à savoir les Cabellic.

Quant aux circonstances de la demande, à savoir que les fourches patibulaires sont "chues" (du verbe choir) : « elle estoit cheoiste apres que l'informacion en fut faicte fut ledit suppliant licencié », d'autres documents plus tardifs confirment qu'en 1497 Jehan de Coetanezre avait obtenu le droit de relever ses « patibulaires à deux pots » (piliers).

  Les 13 premières lignes du mandement des patibulaires de Jehan de Coetanezre :

1. Mandement adrecé au juges de Quempercorentin
2. et à touz autres justiciers à qui peult apartenir,
3. pour maistre Jehan de Coetanezre. Suposant
4. que ses predicesseurs seigneurs des Salles auront
5. justice patibullaire en ung villaige de
6. Lestonan en la parroesse d'Ergué Gabéric. Et qu'elle estoit
7. cheoiste apres que l'informacion en fut faicte,
8. fut ledit suppliant licencié de la faire lever au
9. lieu où elle estoit. Laquelle justice ilz
10. desireront muer en autre lieu en son fié
11. qui tient prochement du roy et duc en ce pays,
12. qui est plus pres de son manoir qu'il a
13. en ladite parroesse d'Ergué Gaberic.

* * *
En tous cas, le mandement de 1511 de la chancellerie déclare que le prince, à savoir la duchesse et son mari le roi de France, autorise le déplacement de l'ouvrage de Lestonan en un lieu inconnu situé plus proche du manoir de Lezergué : « ce n'y ait aucun prejudice au prince ne à aultruy licencier ledit suppliant de muer sadite justice patibullaire et la lever ailleurs pres de sondit manoir ou de justice ... ». Les deux poteaux de justice ont-ils été dressés sur la montagne de Coat-Chapel ?
Image:Square.gif En savoir plus : « 1511 - Mandement de la Chancellerie pour relever les patibulaires de Lezergué-Lestonan »

11 Voyage organisé à Jérusalem

Billet du 26.05.2018 - « Ce fut pour nous la plus belle journée que nous passâmes dans ce triste pays. J'ai vu bien des pays depuis, et, certes, si j'avais eu des moyens de voyager, je serais allé avec plaisir les revoir, mais jamais je n'aurais voulu revoir Jérusalem », Jean-Marie Déguignet, 1856

Alors que la guerre de Crimée s'est soldée par l'assaut de Sébastopol, le jeune soldat Jean-Marie Déguignet est rapatrié à Constantinople (Istanbul) en attendant un retour en France. Là, il fait connaissance avec un marchand arménien francophone qui lui propose, ainsi qu'à un camarade, un voyage express en terre sainte, tous frais payés. Une permission de 12 jours leur est accordée : « quatre pour aller et quatre pour revenir ». Les voici donc, tous les trois, qui embarquent sur un vapeur russe transportant à Jérusalem des « pèlerins de toutes les parties de la Russie ».

On a souvent écrit que Jean-Marie Déguignet a perdu la foi en faisant ce pèlerinage à Jérusalem en 1856. Mais ce n'est pas vraiment le cas, son récit de voyage ne fait que conforter son athéisme nourri par des lectures et observations préalables.

En regard des deux séries des cahiers de Jean-Marie Déguignet (JMD), la lecture des notes de voyages de Gustave Flaubert (GF), accompagné de son ami Maxime Du Camp, permet de mieux comprendre les propos authentiques de notre soldat breton :

✔ L'Arménie est le premier État officiellement chrétien au monde dès l'an 301, et ses habitants, marchands pour la plupart, se sont installés très tôt dans la ville de Jérusalem.

  • « notre Arménien qui savait à peu près toutes les langues qui se parlent à Jérusalem », « nous autres Arméniens, nous avons nos moines exploiteurs, là-bas, sur le mont Sion » (JMD) ;
  • « Sauf les environs du quartier arménien, qui sont très balayés, tout est fort sale », « L’Arménien me paraît ici quelque chose de bien puissant en Orient » (GF).

✔ Un doute subsiste sur le passage de Jean-Marie Déguignet par la ville de Beyrouth au nord en pays libanais.

  • Dans le récit publié en 1905 l'auteur écrit « Je me vois donc obligé d'omettre certains noms propres, de peur de me tromper de nom, de lieu » et une note de l'éditeur avance ceci : « Notre auteur, en effet, écrit constamment Beyrouth pour Jaffa ».
  • Dans la deuxième version JMD précise bien  : « Nous débarquâmes à Beyrouth, et un peu au-delà, à Jaffa (Tel-Aviv), nous trouvâmes une voiture » et au retour son vapeur part aussi de Beyrouth. En 1856, les liaisons régulières de bateaux vapeurs font escale dans chacun des deux ports.
  • Contrairement à Flaubert qui, débarqué à Beyrouth, fait un voyage de plusieurs semaines par la route jusqu'à Jérusalem, peut-être que JMD s'est rapproché de Jaffa sur un navire côtier.

✔ Pour ce qui concerne les lieux sacrés chrétiens, la petite taille jardin des oliviers est unanimement remarquée.

  • « Quelle désillusion ! Je vis un jardin avec des légumes et des fleurs, », « ce fameux Jardins des Oliviers, que j'aurais nommé plutôt un jardin potager » (JMD)
  • « Le jardin des Oliviers, petit enclos en murs blancs, au pied de la montagne de ce nom » (GF)

✔ Au Saint-Sépulcre, c'est le nombre de religions présentes qui surprend les deux voyageurs.

  • « vingt-et-un autels dans ce temple, où   vingt-et-un   prêtres
 
(Panorama de Jérusalem en 1850-60, Othon Von Ostheim)
chantent les louanges », « le grand autel, qui appartient au culte grec ou orthodoxe, une dizaine d'autres autels, tous affectés à des cultes différents. » (JMD)
  • « Ce qui frappe le plus ensuite, c’est la séparation de chaque église, les Grecs d’un côté, les Latins, les Coptes ; c’est distinct, retranché avec soin, on hait le voisin avant toute chose.  » (GF)

✔ Le mur du vieux temple des juifs est très brièvement cité, mais sans être qualifié "des lamentations" comme de nos jours.

  • « quelques vieux pans de murs du Mont Sion que les juifs vont embrasser en pleurant et se frappant la poitrine » (JMD)
  • « aller voir les Juifs pleurer devant les restes de ses murs », « Vieux Juif dans un coin, la tête couverte de son vêtement blanc, nu-pieds, et qui psalmodiait quelque chose dans un livre, le dos tourné vers le mur » (GF)

✔ La grande mosquée d'Omar est par contre un lieu de visite incontournable.

  • « cette fameuse mosquée d'Omar qui est, au dire des amateurs, le plus beau monument de Jérusalem, bâti, dit-on, sur l'emplacement du grand temple de Salomon », « le temple d'Omar, dans lequel les prêtres de Mahomet exploitent les vrais croyants de la même façon que les prêtres chrétiens » (JMD)
  • « La maison de Ponce Pilate est une grande caserne, c’est le sérail. De sa terrasse supérieure on voit en plein la mosquée d’Omar bâtie sur l’emplacement du Temple. » (GF)

✔ Enfin, l'importance de la présence turque dans toute la terre sainte rappelle l'existence de l'empire ottoman jusqu'en 1917.

  • « Il y avait bien des gendarmes turcs, zapotiés, établis par poste de distance en distance pour garder les routes », « une garde turque à la porte même de ce grand temple chrétien ... pour mettre ordre entre les prêtres des différents cultes chrétiens » (JMD)
  • « Les clefs sont aux Turcs, sans cela les chrétiens de toutes sectes s’y déchireraient. », « quelques beaux corps de garde turcs », « Notre janissaire turc chasse à grands coups de bâton les mendiants » (GF)
Image:Square.gif En savoir plus : « Le voyage touristique à Jérusalem du permissionnaire Jean-Marie Déguignet en 1856 »

12 Funérailles apocryphes de Kerdévot

Billet du 18.05.2018 - Enquête sur les origines de cette scène violente du retable flamand de Kerdévot où l'on voit trois soldats aux mains tranchées.

Le cortège funèbre de Kerdévot est formé de la Vierge allongée sur un brancard porté par les apôtres Pierre à la tête de la défunte et Paul devant, saint Jean ouvrant le chemin en tenant la palme resplendissante, et les autres apôtres en procession. Cette Translation (du latin "transitus") de la Vierge qui suit l'épisode de la Dormition et précède l'Assomption et le Couronnement, n'est pas très souvent représentée dans l'iconographie chrétienne classique.

Cette rareté est sans doute due au fait que les sources primitives de ce mystère marial sont présentes uniquement dans quelques textes apocryphes qui ont été condamnés très tôt par l'Église catholique.

Les écrits apocryphes chrétiens mettant en scène le mystère de la Vierge Marie, à savoir essentiellement le pseudo-Méliton de Sardes, le livre de Jean sur la dormition et l'homélie de saint Jean Damascene, datent des 6e et 7e siècles. Des poèmes en latin en ont été produits, « Transitus Beatae Mariae Virginis » ("La translation de la bienheureuse Vierge Marie"), et des copies et commentaires insérés en 1261-1266 dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. On connaît même une copie imprimée en 1530 d'un poème breton non daté « Tremenvan an Ytron Guerches Maria » ("Le trépas de madame la Vierge Marie").

Pour l'épisode représenté sur le retable de Kerdévot, à savoir la punition divine des mains coupées lors de la procession funèbre de la Vierge, les textes apocryphes parlent d'un offenseur juif nommé Jéphonias (et Ruben dans une variante plus tardive) et le présentent comme un « Prince des prêtres ».

Or, à Kerdévot, ce sont trois soldats qui sont punis de sacrilège, et non un seul prêtre. Les deux premiers soldats tenant une lance sont à terre avec chacun une main tranchée, et le troisième est debout avec ses deux mains collées au brancard. Comme  dans les

  écrits du 6-7e siècle, la « Légende dorée » de Voragine mentionne un prince des prêtres, mais par contre il existe une version nestorienne plus ancienne, issue de l'apocryphe du pseudo-Jean, qui nomme expressément un « soldat Jôphanâ » ("le Jéphonias de l'apocryphe grec").

Si l'on pousse un peu plus l'observation de la scène représentée à Kerdévot, on note que l'armure du soldat de droite est ornée de la tête à la taille d'une bandelette ressemblant à un attribut de haut prêtre juif : on a sans doute là le double personnage Jôphanâ-Jephonias, mi prêtre mi soldat, qui sera guéri de sa blessure par un saint Jean le regardant avec compassion.

Nous n'avons trouvé que quatre représentations artistiques de la scène
(Miracle de la Vierge, Zompini)
(Miracle de la Vierge, Zompini)
de la translation de la Vierge : dans deux peintures respectivement à Venise (de Gaetano Zompini) et à Troyes, sur les vitraux de la cathédrale de Chartres, et sur une icône orthodoxe. Ces œuvres présentent la légende initiale du méchant prêtre juif ; mais elles n'ont ni la richesse, ni l'originalité des funérailles de Kerdévot.
Image:Square.gif En savoir plus : « La scène des funérailles du retable flamand dans les sources apocryphes du christianisme »

13 Une fin de carrière remarquée

Billet du 12.05.2018 - « Le Guay (Prosper-François) demeurant au Cluyou, commune d'Ergué-Gabéric, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 14 Août 1865 en qualité de conseiller de Préfecture. Enregistré registre 47 fol. 61 n° 109604 », Grande Chancellerie.

Les sources utilisées sont d'une part la base Léonore de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur, et d'autre part le dossier du personnel de la Préfecture de Quimper contenant 37 pièces retraçant la carrière du conseiller Prosper Le Guay.

Le dossier des Archives départementales inclut tout d'abord une lettre de candidature plutôt laconique de Prosper Le Guay au poste de conseiller de préfecture en avril 1848 : « Mes amis et quelques uns des vôtres m'engagent aujourd'hui à faire cette démarche près de vous ». Avocat de formation, il exerce à cette date une double profession : agriculteur dans sa propriété du Cleuyou et juge au tribunal de commerce de Quimper.

Sa lettre d'offre de service est adressée au « citoyen com-missaire » qui est la nouvelle dénomination du poste de préfet depuis la révolution de février, et se termine par la tonitruante et belle formule de politesse « salut et fraternité ». Sa deuxième lettre d'octobre 1848 est plus classique car le précédent titre de préfet est déjà rétabli.

Dès janvier 1849 il est nommé Conseiller de préfecture et un décret de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, confirme immédiatement son entrée dans le Conseil de la préfecture de Quimper.

En 1852, le préfet Charles Richard, nouvellement arrivé à Quimper, établit une fiche de renseignement très détaillée sur son collaborateur, apportant des informations pratiques (état-civil, expériences professionnelles, familles maternelle, paternelle et conjugale, fortune), mais aussi sur ses qualités humaines :
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgM. Le Guay est un auxiliaire très utile pour un Préfet ; son zèle et son ordonnance ne se démentent jamais. Il est aimé d'estime de tout le monde. »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgM. Le Guay se renferme exclusivement dans l'exercice de ses fonctions de Conseiller de préfecture. Le temps qu'il lui reste, il l'emploie à l'exploitation de sa propriété située à 3 kilomètres de Quimper. »
Image:Right.gifImage:Space.jpg«Image:Space.jpgCaractère très bienveillant. Excellentes relations et très étendues. M. Le Guay s'adonne à l'agriculture avec succès. D'heureuses tentatives en culture ont contribué à augmenter sa fortune. Aime beaucoup l'horticulture. »

En février 1861 il est promu secrétaire général par le ministre de l'Intérieur sur proposition du préfet Richard. En août 1865, la Grande Chancellerie lui accorde le grade de chevalier de la Légion

 
d'honneur en qualité de conseiller de préfecture du Finistère. Dans son dossier des Archives nationales, on trouve une demande datée de 1938 envoyée par un historien quimpérois aux fins de connaître le dossier de nomination d'un préfet nommé Le Guay. On lui envoie celui du conseiller Prosper Le Guay, car l'autre dossier n'existe plus, car le titulaire a été radié. En effet Gilbert Le Guay, préfet de Quimper de 1879 à 1881, a été rayé des listes de la Légion d'honneur pour raison d'escroquerie (affaire de la Société centrale de Dynamite).

En janvier 1866 il est promu vice-président du conseil de préfecture par Napoléon, Empereur des Français, sur avis du préfet Richard, avec pour mission de remplacer ce dernier en cas d'absence : « C'est à M. Le Guay, toujours du Conseil de Préfecture, qu'est, depuis longtemps, confié le soin de présider les réunions en mon absence. M. Le Guay est un homme timide et qui n'a peut-être pas une habitude suffisante de la parole ; mais il a l'esprit droit et ne manque pas de l'intelligence des affaires. Ses collègues ont, d'ailleurs, pour lui beaucoup de déférence, et il jouit à Quimper de l'estime et de l'affection générales. ». Cette nomination sera confirmée en 1868.

En 1868 c'est l'heure pour Prosper Le Guay de faire une demande de pension de retraite à l'administration. La réponse est tout d'abord négative, ses années de services de 1849 à 1868 étant inférieures à 20 ans. Une enquête est diligentée pour retrouver ses tout premiers bulletins de salaires, et il présente aussi un certificat médical. Cela n'empêche pas « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français » de le nommer en août 1868 « conseiller de préfecture honoraire ».

Le préfet Richard, mis aussi en retraite en 1868 avec pension, reste à Quimper jusqu'à la date de son décès en 1888. Deux ans avant, en 1886, Prosper Le Guay décède à l'âge de 80 ans, en son manoir du Cleuyou, en ayant pu goûter quelques années de retraite près de ses plantations.
Image:Square.gif En savoir plus : « 1848-1868 - Légion d'honneur et carrière du conseiller en préfecture Prosper Le Guay »

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