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La création de la manufacture d'Odet et ses fondateurs

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Catégorie : Odet
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L'article ci-dessous retrace l'histoire de la papeterie d'Odet depuis sa création en 1822 jusqu'aux années 1950, la biographie de ses patrons entrepreneurs Le Marié et Bolloré, l'évocation des ouvriers et employés de la première heure et enfin l'évolution des techniques et des étapes de fabrication du papier.

Autres lectures : « Index chronologique de l'histoire des papeteries d'Odet-Cascadec » ¤ « La plaque inaugurale de la manufacture de papiers d'Odet en 1822 » ¤ « Le site de la papeterie d'Odet et son alimentation en eau » ¤ « Nicolas Le Marié (1797-1870), maire et entrepreneur » ¤ « Jean-René Bolloré (1818-1881), chirurgien et entrepreneur » ¤ « René Bolloré (1847-1904), entrepreneur » ¤ « René Bolloré (1885-1935), entrepreneur » ¤ « René Bolloré (1911-1999), résistant et entrepreneur » ¤ « Gwenn-Aël Bolloré (1925-2001), écrivain-poète et PDG » ¤ « BOLLORÉ René - Livre d'or des papeteries » ¤ « L'entreprise Bolloré, Réalités Noël 1949 » ¤ « Fermeture de l'usine d'Odet, OF-LQ 1983 » ¤ « André Péres, le dernier papetier, OF-LQ 1986 » ¤ « LE PORTAL Christine (ArMen) - Des papeteries à la haute technologie » ¤ 

[modifier] 1 Une entreprise papetière, 1822-1858

[modifier] 1.1 Inauguration en 1822

Ce croquis, sur la base d'une photo ancienne, représente la partie historique du site de la papeterie d'Odet, telle qu'elle fut aménagée en 1822. Le ruisseau qui se jette dans la rivière Odet forme une chute d'eau qui fait tourner cette grande roue à aubes que l'on voit représentée. Elle produit une force motrice transmise aux machines qui assurent la production de papiers de divers types.

Les conditions de création de la manufacture de papier d'Odet en 1822 sont évoquées par cette inscription sur sa plaque commémorative, transcrite précisément dans un encart en conclusion du discours de l'Abbé ANDRÉ-FOUET au Centenaire d'Odet paru en 1922 :

[modifier] 1.2 Nicolas Le Marié, le fondateur

Nicolas Le Marié est né le 5 mai 1797 [1] à Quimper. Il est le fils de François Le Marié, originaire de Tessé dans l’Orne où il était industriel (manufacturier) peut-être dans les tissus puisque cette région est spécialisée dans cette fabrication à cette époque.

Nicolas Le Marié, médaille du Centenaire 1922
Nicolas Le Marié, médaille du Centenaire 1922

François Le Marié s’installe à Quimper avant 1785 après son mariage avec Perrine Jeanne Marthe Gosselin. De cette union naîtront 7 enfants dont Marie Perrine qui épousera en deuxième noces Jean Guillaume Claude Bolloré, et le dernier enfant né en 1797 Nicolas. Ce dernier épouse à son tour en 1824 Marie le Pontois, originaire de Lorient. Un cousin de Marie le Pontois, Jean Marie le Pontois né à Lorient en 1800 et décédé à Quimper en 1881 est qualifié de manufacturier en 1860. Sa famille le surnomme « Jean du Moulin » ce qui suppose une présence assez longue à Odet où sa fonction exacte n’est pas définie. Ce surnom est parfois attribué aussi par erreur à un membre de la famille Bolloré.

Une description du personnage Nicolas Le Marié est faite par l'Abbé André-Fouet dans son discours du centenaire de la papeterie en 1922 (« 1922 - Discours de l'Abbé ANDRÉ-FOUET au Centenaire d'Odet ») : « Trois mots résument sa physionomie. C'était un chef d'intelligence, un chrétien austère, un homme bon. Intelligent d'abord, parfois avec des dons d'intuition vraiment prodigieux. Dans sa double hérédité normande et bretonne, il avait de qui tenir ... ».

 

De façon indéniable Nicolas Le Marié a joué un rôle déterminant dans la création de la manufacture. Nous n'avons aucune indication sur son niveau d'études. On peut penser qu'il était instruit pour, âgé de 20 ans, avoir mené à terme un projet de cette envergure. Ceci en supposant un minimum de 4 ans entre les acquisitions foncières, les constructions et la mise en service en 1822.

En 1832 il est nommé maire d'Ergué-Gabéric par le préfet. Il refuse le poste en ces termes : « Je suis extrêmement flatté de cette preuve de confiance ... mais une fabrique nouvelle que j'ai créée, et qui exige tous mes soins par l'extension que lui donne en ce moment ne me laisse pas le temps nécessaire ». Le préfet refuse cette démission, et Nicolas Le Marié sera maire de février à octobre 1832, date à laquelle sa démission est acceptée. En 1848, il refuse de figurer sur la liste de l'Union Conservatrice qui emporte la majorité à l'Assemblée Constituante.

[modifier] 1.3 Débuts de l'entreprise

L'initiative prise par Nicolas Le Marié ne manquait pas de hardiesse. Certains l'eussent taxée de témérité. Le lieu dans lequel, au printemps de l'année 1821, il décidait de créer cette «manufacture de papiers à cylindre», offrait comme seule ressource l'eau de la rivière d'Odet, qui coulait entre des coteaux granitiques, sans végétation, sans village, sans moyen de communication avec la ville de Quimper, sise à plus de 9 kilomètres. Il est rapporté que lorsqu’il prospecte les lieux, ceux-ci sont tellement désertiques qu’il ne trouve aucun endroit pour attacher son cheval. Pourtant les difficultés de l'entreprise ne l'arrêtèrent pas.

Tout était à créer, à commencer par la chute d'eau, productrice de force. Il fallut, pour cela détourner le cours de la rivière d'Odet, et faire converger vers le moulin tous les ruisseaux coulant dans sa direction , faire sauter des rochers, remuer des masses énormes de terre. De ce travail sortirent le premier canal et les premiers bâtiments.

La taille de l’ouvrage et la rapidité de construction sont très impressionnants, ils permettent d’imaginer la quantité de main d’œuvre, les matériaux, les outils et les machines de l’époque qui ont été nécessaires. Il est étonnant qu’aucun écrit ne le relate.

La vie de la commune a pourtant du en être révolutionnée. La force motrice captée et les premiers bâtiments construits, il a fallu former la main-d'œuvre, réunir les matières premières, créer les débouchés et perfectionner les procédés de fabrication. Le créateur des Papeteries d'Odet fit preuve, dans cette lourde entreprise, de qualités géniales. Il fut très vite considéré comme l'un des plus fins papetiers de France, l'émule, presque l'égal de ses amis, les Montgolfier.

La première pierre est posée le 19 Février 1822 . L’entreprise reste la propriété (points marrons) de Nicolas Le Marié au moins jusqu’en 1835 car sur le Cadastre Napoléonien il est mentionné comme seul propriétaire de l’ensemble des terrains et bâtiments. Jusqu'en 1861, Nicolas Le Marié garda la direction de l'entreprise qu'il avait créée.

On remarquera que les propriétés s’étendent jusqu’au village de Keranguéo où trois maisons appartiennent à Nicolas le Marié. Il y loge ses employés, journaliers et papetiers. De nombreux artisans y habitent aussi car le moulin à papier est une source permanente de travail. Sur le plan précédent on observera aussi que le ruisseau qui descend de Keranna vient ajouter son débit à celui du premier canal. Remarquez qu’il existe aussi un pont.

La papeterie d'Odet figure au nombre des "moulins à papier" qui virent le jour au cours du 19ème siècle sur les cours d'eau de France et en particulier en Bretagne. La matière première de récupération : chiffons, voiles et cordages de bateaux servait à la fabrication des papiers minces.

La plupart des moulins disparurent très rapidement avec l'évolution des procédés et des techniques. A l’ouverture, une trentaine d'ouvriers commencent à y fabriquer du papier à la cuve à partir de chiffons. Mais l'esprit d'entreprise de Nicolas Le Marié ne s'arrête pas à la création de cette « manufacture de papiers à cylindre ». Il va, au cours de ses quarante années de direction améliorer les techniques et les produits. En 1834, il investit dans ses premières machines à papier d'Annonay qui vont remplacer définitivement le travail à la cuve et le séchage à la perche.

Très vite, ce souci de modernité et d'efficacité hisse les usines d'Odet parmi les papeteries les plus renommées en France. En 1838, la production fait état de :

  • - 25 tonnes de papier de bureau et d'impression.
  • - 50 tonnes de papier à la jacquard .
  • - 55 tonnes de papier de tenture .

Ces productions sont expédiées dans les différentes villes de Bretagne et aux Etats-Unis. Les difficultés à se procurer du chiffon à bon marché entraînent une hausse du prix du papier. Mais, malgré tout, la demande reste importante et l'usine emploie en 1856 près d'une centaine d'ouvriers.

[modifier] 2 Quatre générations de Bolloré, 1859-1935

[modifier] 2.1 Jean-Guillaume Bolloré, l'héritier

Jean-Guillaume Bolloré est né en 1788 à Quimper et se marie en 1819 avec Marie Perrine Le Marié [2] et devient donc le beau-frère de Nicolas Le Marié. Il exerce à Quimper la profession de fabricant de chapeaux [3].

Les généalogies familiales sur Geneanet.org :

  • Généalogie Le MARIE
  • Généalogie BOLLORÉ
  • La parenté de Nicolas Le Marié avec les branches Bolloré est visible sur l’arbre généalogique : la sœur de Nicolas Le Marié, Marie-Perrine, va se marier avec un Jean-Guillaume Bolloré, et la fille de ces derniers prénommée aussi Marie-Perrine se marie avec Jean-René Bollore le médecin qui prendra la suite de Le Marié.
  • La liaison entre les deux branches Bolloré apparaît par la double présence du couple Jean René Marie Bolloré et Marie Perrine Elizabeth Bolloré : ils sont cousins germains.

En 1838, il signe l'inventaire après décès de son frère René-Corentin et de sa belle-sœur en tant que subrogé tuteur de son neveu Jean-René-Marie, élève en chirurgie. Il signe ce document « Bolloré aîné ».

Les interventions de Jean-Guillaume Bolloré en tant que conseiller dans la création de la papeterie ont été mentionnées dans le discours de l'abbé André Fouet en Nota de la plaque commémorative, (« La plaque inaugurale de la manufacture de papiers d'Odet en 1822 »), mais elles sont postérieures à 1838 et datées de la fin de la vie de Nicolas Le Marié.

Il intervient notamment dans les affaires en 1859, pour un document de demande de construction d'un pont entre Odet et Briec, qu'il co-signe avec Nicolas Le Marié et le maire de la commune :

[modifier] 2.2 Jean-René Bolloré, le modernisateur

Après quarante années d'un rude labeur, un affaiblissement cérébral brutal, occasionné par une chute, diminue sérieusement Nicolas Le Marié, le fondateur des papeteries d'Odet. Et, si au fond du petit vallon le travail continue, le progrès industriel partout s'accélère. Les méthodes de fabrication et de commercialisation de l'usine ne suivent plus et l'entreprise est menacée, malgré les efforts de son beau-frère Jean-Guillaume Bolloré.

Ce dernier se faisant âgé également, on fait appel à la nouvelle génération, à savoir un neveu de Jean-Guillaume et son gendre aussi, car Jean-René Bolloré né en 1818 à Douarnenez épousera sa cousine germaine.

Né à Douarnenez le 31 mai 1818, Jean-René Bolloré devient en 1838 chirurgien de 3e classe et embarque le 23 janvier 1839 sur la frégate l'Amazone. Son carnet de bord, précieux témoin d'une campagne qui le mènera au Brésil, puis en Chine, a été publié sous le titre « Voyages en Chine et autres lieux ». Ce chirurgien de la marine de quarante-trois ans, pourtant peu habitué aux aventures terrestres, n'hésite pas, à son retour d'une longue campagne en Chine, à se plonger dans cette nouvelle vie d'industriel et à affronter d'autres tempêtes.

Il arrive vraisemblablement à l'usine d'Odet en 1862 à la suite de la chute accidentelle de Nicolas Le Marié qui en était sorti très diminué physiquement et intellectuellement. Le père de son épouse, Jean-Guillaume-Claude Bolloré, assistait également son beau-frère Le Marié depuis quelques années. En 1865 l'ancien chirurgien paraphe des courriers officiels au nom de la papeterie avec une double signature : « Le Marié & R. Bolloré ». Un R car à Odet il se faisait appeler René, et non Jean-René.

Il investit dans du nouveau matériel, entreprend l'agrandissement de l'usine et surtout, par une gestion prudente, redonne confiance à ses ouvriers. La crise est conjurée, les papeteries d'Odet reprennent leur vitesse de croisière.

Jean-René Bolloré, chirurgien et entrepreneur.
Jean-René Bolloré, chirurgien et entrepreneur.

C'est avec Jean-René Bolloré que débute aux usines la fabrication du papier fin, ce qui fit dire à certains qu'il en avait rapporté le secret des mers de Chine. Gwenn-Aël Bolloré, dans sa préface aux Voyages en Chine de son aïeul, y met quelques réserves :

« Certains prétendent qu'il avait rapporté de Chine de nouveaux procédés de fabrication. Cela est fort possible, puisque ce furent les habitants du Céleste Empire qui inventèrent le papier au premier siècle de notre ère. Mais cela n'enlève rien à ses qualités de fin papetier, bien au contraire, cela montre simplement qu'il avait su observer et noter des techniques nouvelles alors que rien ne laissait prévoir qu'il serait un jour chef d'entreprise. Il a du transposer ces procédés dans un contexte bien différent. Cela n'est pas à la portée du premier venu ».

Comme son oncle Nicolas Le Marié, Jean-René Bolloré a su marier esprit d'entreprise et sens social. A une époque où les entreprises sont encore à l'échelle familiale, il démontre à ses ouvriers que patrons et salariés ont des intérêts inséparables et que le bonheur des uns est lié à la prospérité des autres. « Il faut travailler en harmonie en s’intéressant au succès de l’entreprise. Le travail caché du cerveau est plus pénible que le travail apparent des bras ».

Inévitablement sollicités par la classe politique, les Bolloré se sont succédés à la direction des papeteries sans jamais être tentés par la politique. Seul à faillir à cette règle, Jean-René Bolloré : élu conseiller général en 1873, il se porte candidat à la députation en 1876 et en 1877. Son échec le fait revenir, avec plus d'ardeur encore, à ses papeteries auxquelles il donne une nouvelle impulsion.

Mais, en 1881, il disparaît au terme d'une longue maladie, un déclin progressif qui va mettre de nouveau l'entreprise en danger. Le progrès s'accélère toujours et les papeterie d'Odet risquent à nouveau d'être distancées. Les difficultés qu'elles ont à affronter vingt ans plus tôt redeviennent d'actualité.

À la mort de Jean-René Bolloré, les papeteries ont déja atteint le stade industriel. On remarquera les nombreux bâtiments construits depuis 1835, ainsi que la cheminée indicatrice de la présence d'une chaudière pour la production de vapeur.
À la mort de Jean-René Bolloré, les papeteries ont déja atteint le stade industriel. On remarquera les nombreux bâtiments construits depuis 1835, ainsi que la cheminée indicatrice de la présence d'une chaudière pour la production de vapeur.

[modifier] 2.3 René-Guillaume Bolloré, le 2e fondateur

Après quelques années, l'aîné des trois fils, toujours un René (René Guillaume Marie né en 1847 à Indret-44) comme le veut la tradition chez les Bolloré, prend en main la direction des papeteries.

Considéré comme le "second fondateur d'Odet", il a grandi dans l'usine. L'abbé André Fouet, lui a façonné un cerveau capable de comprendre, d'apprendre, de douter, de critiquer, déjuger. S'il n'a pas la tête bien pleine, il a la tête bien faite, aurait dit Montaigne. S'il sait agir, il sait aussi consulter. S'il sait parler, il sait aussi se taire, comme chef le voilà à l'œuvre. "Toutes ces qualités humaines, il va les mettre au service de son entreprise qui en a alors bien besoin.

Du gros papier d'emballage, les papeteries sont passées successivement au papier tenture, au papier bulle, au papier coloré serpenté, au "copie de lettre". Aidé par ses frères, et plus particulièrement par Léon, René Bolloré met sur pied la fabrication des "minces" et du papier à cigarettes. Dès lors, la production est exclusivement orientée vers ce type de papier, dont la gamme va de l'ordinaire à l'extra-fin jusqu'au filigrane.

Ces transformations nécessitent de nouvelles machines, de nouveaux investissements au moment même où de nouvelles données sont à prendre en compte. Si, en 1822, l'isolement du petit vallon d'Odet n'engendre pas de problèmes spécifiques de transport, l'arrivée du chemin de fer à Quimper en 1863 alourdit paradoxalement les charges des papeteries, entraînant de continuels transferts entre Odet et la nouvelle gare.

L'augmentation de la production nécessite également de nouvelles énergies. A l'eau, René Bolloré ajoute la vapeur. Entreprenant, il investit pour l'avenir. En 1893, il loue le petit moulin de Cascadec à Scaër, sur les bords de l'Isole, et y installe une seconde unité de fabrication. Tout en ouvrant le marché, il développe dans l'entreprise de nouvelles méthodes de collaboration et met au point un système de comptabilité très performant.

Lui non plus n'oublie pas ses ouvriers. Témoin cette anecdote que rappelle son fils.

"Quand, il y a trente-cinq ans, l'usine fut mise en vente pour partage de famille, les ouvriers à l'époque rassemblèrent toutes leurs économies et vinrent les offrir à mon père en lui disant : Monsieur Bolloré, nous vous aimons, nous ne voulons pas d'autres patrons que vous. Tenez, prenez notre argent si vous en avez besoin pour rester propriétaire de l'usine."

 

Il y a puisé un tempérament d'industriel et d'homme d'affaires. « Une forte culture générale, dit encore l'abbé André Fouet, lui a façonné un cerveau capable de comprendre, d'apprendre, de douter, de critiquer, déjuger. S'il n'a pas la tête bien pleine, il a la tête bien faite, aurait dit Montaigne. S'il sait agir, il sait aussi consulter. S'il sait parler, il sait aussi se taire, comme chef le voilà à l'œuvre ».

Toutes ces qualités humaines, il va les mettre au service de son entreprise qui en a alors bien besoin. Du gros papier d'emballage, les papeteries sont passées successivement au papier tenture, au papier bulle, au papier coloré serpenté, au "copie de lettre". Aidé par ses frères, et plus particulièrement par Léon, René Bolloré met sur pied la fabrication des "minces" et du papier à cigarettes. Dès lors, la production est exclusivement orientée vers ce type de papier, dont la gamme va de l'ordinaire à l'extra-fin jusqu'au filigrane. Lors des fêtes du centenaire en 1922, son fils, encore un René, se souvient.

"Combien de fois n'ai-je pas entendu raconter par mon oncle Léon, ici présent, toutes les difficultés rencontrées ! Pendant deux ans, l'usine ne put produire une seule feuille de papier, tant était difficile la mise au point de cette nouvelle fabrication : ténacité et persévérance, n'excluant pas l'audace et la décision."

Ces transformations nécessitent de nouvelles machines, de nouveaux investissements au moment même où de nouvelles données sont à prendre en compte. Si, en 1822, l'isolement du petit vallon d'Odet n'engendre pas de problèmes spécifiques de transport, l'arrivée du chemin de fer à Quimper en 1863 alourdit paradoxalement les charges des papeteries, entraînant de continuels transferts entre Odet et la nouvelle gare.

[modifier] 2.4 René Bolloré, le patron providentiel

En 1904, René lègue à son fils un personnel admirablement formé et un matériel répondant pleinement aux besoins de l'époque. Le jeune René Bolloré n'a pas dix-neuf ans et n'a pas encore achevé ses études au collège Saint-François-Xavier de Vannes. Dans son ouvrage « Et j'ai songé ... Souvenirs d'un ami », le Père de La Chevasnerie dit de lui :

"Émancipé, notre jeune ami prit sa nouvelle situation tellement au sérieux qu'il voulut être le meilleur de ses ouvriers et de ses employés, le plus au courant de leur travail. Et ce fut un spectacle peu banal de voir ce patron de dix-huit ans, en salopette bleue, penché sur les machines, les étudiant, les essayant, les arrêtant pour leur arracher leurs secrets, les faisant repartir, seul, sous l'œil d'abord goguenard puis admiratif des mécanos."le défilage et le raffinage de la pâte à papier. Il y passe des nuits entières en compagnie de son beau-frère, M. Charruel de Guérande, ingénieur de l'usine.

Comme ses prédécesseurs, il va apporter sa pierre à l'édifice Bolloré. Il construit des bureaux, le laboratoire, puis le manoir en 1911, juste avant d'épouser la fille de l'armateur nantais Thubé. Ce mariage va ouvrir de nouveaux horizons aux papeteries et leur donner un nouvel essor : l'armateur a en effet d'importantes relations qu'il met au service de l'entreprise, lui offrant des débouchés en Angleterre et en Amérique.

La guerre survient. Malgré les difficultés d'approvisionnement, l'usine se développe. On y construit une centrale électrique à vapeur, le matériel est en quasi-totalité renouvelé et les bâtiments délabrés remplacés par de nouvelles constructions plus fonctionnelles. Une deuxième machine à papier est également installée.

C'est toujours pendant la guerre, en 1917, que René Bolloré se porte acquéreur du moulin de Cascadec que son père avait loué. Là, il construit l'usine hydroélectrique de la Boissière, alimentée par un canal de 1 500 m. Considérée comme la plus belle entreprise de papier à cigarettes de France, l'usine ultra-moderne de Cascadec a supplanté le modeste moulin à papier. De deux cents employés avant la Première Guerre mondiale, le personnel de l'entreprise passera à mille deux cents, en comptant les papeteries de Troyes fraîchement acquises, vers les années vingt, lorsque le papier à cigarettes sera expédié aux États-Unis.

Entrée en 1915 à quinze ans à Odet, Marianne Saliou (propos recueillis par Jean Guéguen et Jean Cognard en 1980) se souvient :

"De ce temps-là, c'était facile de rentrer à l'usine. On avait toujours besoin du monde. Le premier jour, je devais commencer mon travail à minuit et finir à midi. On travaillait douze heures par jour pendant la guerre. A l'usine, il n'y avait que des femmes, des vieux et des enfants. Douze heures à travailler, c'était long. A la fin, on ne pouvait plus manger. Le sommeil nous prenait...

"Après la guerre, les hommes sont revenus petit à petit. On ne savait plus où mettre à travailler les bonnes femmes. On nous a envoyées à décharger les chiffons et à faire toutes les corvées, les nettoyages dans l'usine, les carreaux, le ramassage des feuilles mortes, les jardins de Madame Bolloré. En 1922, on a retravaillé aux bobines parce que le travail des hommes n'était pas aussi soigné. On ne faisait plus que huit heures, et de jour."


Si les conditions de travail restent pénibles, René Bolloré continue l'œuvre de ses aïeuls pour améliorer les conditions de vie de son personnel. En 1918, il construit la cité ouvrière de Ker Anna à la sortie de Lestonan, institue des caisses de retraite, des allocations pour les malades et crée un patronage en 1926, les fameux Paotred dispount.

En 1930, cinq ans avant sa mort, il s'intéresse à l'éducation et bâtit deux écoles "libres", où tout est gratuit pour les enfants de ses ouvriers. Mieux valait d'ailleurs les y envoyer : on raconte qu'un des ouvriers ayant refusé d'y mettre ses enfants fut renvoyé. Pieux et pratiquant, René Bolloré construit aussi, en 1921, une chapelle au cœur même de l'usine d'Odet, tandis qu'à Cascadec il déplace la chapelle de Scrignac, en ruines, pour la remonter à l'entrée de l'usine. Soucieux de l'éducation religieuse de son petit monde, il lui offre le repos dominical avec messe obligatoire. Tous les matins, on dit la messe pour la prospérité des usines.

Cette foi à soulever les églises, il la met aussi au service des affaires, comme le souligne le Père de La Chevasnerie. « Où j'ai constaté la véritable puissance de ce caractère hors pair, c'est dans les rapports d'affaires qu'il entretenait avec les Américains. Ses contrats qui lui ont valu et à ses enfants sa magnifique fortune, étaient autant de batailles rangées qu'il livrait avec un brio digne des plus belles pages d'histoire. Je l'ai vu, entouré de dix industriels d'outre-mer, entraînés à toutes les combinaisons les plus subtiles, sachant mieux que personne la valeur d'un dollar, bien décidés à retirer de leurs marchés le maximum d'avantages, mais dont le roi était bien notre ami, qui rentrait en France, vainqueur du plus magnifique coup de bourse qu'un joueur pût rêver ».

Ce sens des affaires, il ne put le mettre qu'une trentaine d'années au service des usines. En 1935, il est emporté par la maladie, à quarante-neuf ans. C'est son beau-frère Gaston Thubé, fils de l'armateur nantais, qui va assurer la direction des usines avec René Bolloré, fils aîné du précédent, avant que Gwenn-Aël et Michel, les deux autres fils, ne viennent rejoindre leur frère. Médaille d'or de voile aux jeux Olympiques de Stockholm en 1912, Gaston Thubé va ainsi suivre jusqu'à la fin de sa vie l'évolution des usines Bolloré.

Juste avant la Seconde Guerre mondiale, il fait à Cascadec les premiers essais de fabrication de papier condensateur. Tandis qu'à la demande des Américains, gros clients de papier à cigarettes, les ingénieurs de Bolloré partent construire une usine en Caroline du Nord, Ecusta, qui sera terminée trois mois seulement avant la déclaration de guerre. Durant celle-ci, les Américains vont l'agrandir et faire ainsi perdre à Bolloré l'un des ses plus gros clients. Actionnaire à 50% d'Ecusta, qui fabrique toujours aujourd'hui du papier à cigarettes, Bolloré vend ses parts à la fin de la guerre et rachète la totalité de l'usine de Troyes. Celle-ci sera, dans les années 1950, l'un des fleurons de l'industrie troyenne.

Les papeteries sont alors entre les mains des trois fils de René Bolloré. C'est à cette époque qu'ils investissent dans une filiale Braustein qu'ils partagent avec Job, et qu'ils lancent une participation croisée avec les papeteries de Mauduit à Quimperlé. "Si vous les aimez bien roulées", les célèbres papiers à cigarettes OCB (Odet-Cascadec-Bolloré) connaissent leurs heures de gloire. Dans le monde une cigarette sur dix est bientôt roulée dans du papier Bolloré, ce qui représente 140 milliards de cigarettes par an. Mais la diversification s’installe peu a peu aux papeteries.

[modifier] 3 Le personnel de la papeterie

[modifier] 3.1 La main d’œuvre initiale

Selon la plaque inaugurative de 1822, le premier employé de Nicolas Le Marié est anglais et est mécanicien. Thomas Doidge est né en 1794 à Mevagissey en Cornouaille britannique. Il restera au moulin d'Odet avec son épouse Mary Williams au moins jusqu'en 1827. Les naissances de deux enfants sont déclarées en 1825 et 1827 dans les registres d'état-civil de la commune d'Ergué-Gabéric. Le mécanicien ne connaitra sans doute pas l'arrivée des machines d'Annonay en 1834. Par contre, dès 1822, il était en charge de la technique des piles et cylindre pour la préparation de la pâte à papier.

Jean-Marie Josset est né le 26/03/1788 à Guillac dans le Morbihan. Il sera Maître Maçon de la Régie de Vivres du Grand Quartier Général des Armées de Napoléon 1er. Il sera chargé de construire les premiers bâtiments de l'usine à papier. Par contre il ne s’établira pas à Odet, car dès 1823-25 il doit restaurer et reconstruire la partie nord de la nef et la partie sud de l'église paroissiale Saint-Pierre de la commune de Plérin-sur-Mer.

[modifier] 3.2 Les maisons ouvrières

Un examen des actes de naissances à la papeterie de 1828 à 1866, montre l’augmentation de la quantité d’employés donc aussi de la fabrication de papier de Odet. L’usine emploie de nombreux ouvriers et surtout des journaliers en cette période difficile. Ils habitent sur place, dans des bâtiments construits pour cet usage, ou à Keranguéo, mais aussi en moindre nombre et plus tard à : Kerho, Pennaneac’h, Kermorvan, Becarmenez et jusqu’à Quelennec.

Cette liste est constituée de personnes qui apparaissent dans les actes ou dans des documents divers. Elle est donc certainement incomplète : « ListeOuvriersUsine.xls ».

Les habitations des papetiers sont des petites maisons sur des terrains inutilisables pour d’autres fonctions du fait des pentes très importantes. La papeterie a construit ces habitations pour loger ses employés. Elles sont parfois groupées par trois ou plus (voir toutes les petites maisons bâties sur le même plan qui subsistent encore).

En 1846, la direction de l’usine demande à la commune de faire construire ou d’améliorer la route qui conduit à l’usine. Ce sont ainsi des journaliers en chômage du fait de la crise causée par le mildiou qui réalisent ce travail.

La cité de Keranna fut commencée dans le courant de l'année 1917, pendant la Grande Guerre. Elle a été terminée en 1919 et habitée la même année. Elles se composait de 19 logements, en forme de U : 6 dans chaque aile.

 
Les bâtiments qui servirent au logement des employés permanents qui venaient parfois de loin.
Les bâtiments qui servirent au logement des employés permanents qui venaient parfois de loin.

[modifier] 3.3 Les médaillés de 1922

Fête du centenaire de 1922 => Diaporama

Frame


[modifier] 4 Méthodes de fabrication

[modifier] 4.1 Pillaouers et moulins

Lorsque les "pillaouers" faisaient jadis la collecte des vieux chiffons qu'ils troquaient contre des assiettes et des objets en bois, ils n'auraient jamais imaginé que les moulins à papier qu'ils approvisionnaient ainsi pourraient disparaitre un jour pour laisser la place à trois usines qui suffiraient à elles seules pour faire de l'industrie du papier la plus importante du Finistère après celle des conserves.

Autrefois, les moulins à papier du Finistère, dont le plus anciennement connu aurait été celui du Jarjot, dans la région morlaisienne, ne fabriquaient que du papier à chandelle et du papier d'emballage. Un peu plus tard, des papetiers de Vire, en Normandie, avaient créé autour de Morlaix une véritable industrie du papier.

Ce fut ainsi que le Jarjot et le Quefflent, avant de se réunir pour former la rivière de Morlaix, faisaient tourner 45 moulins à papier (dont celui de Glaslan en Pleyber-Christ), sans parler des 10 ou 12 autres disséminés dans la région. Quelques-uns de ces moulins fabriquaient des produits de qualité destinés à l'impression, ainsi que du papier filigrané.

Chacun de ses moulins n'employaient guère qu'une dizaine d'ouvriers qui, nourris aux frais du papetier, gagnaient tout au plus dix sous par jour, tandis que la garçons-papetiers, chargés des besognes inférieures comme le lavage des chiffons et la préparation de la colle, ne recevaient que deux à sis sous ! Il est vrai que la rame de cinq grandes feuilles doubles se vendait de cinq à six sous !

Dans la seconde moitié du XVIIIe siécle, l'industrie du papier, péréclitant autour de Morlaix, s'était répandue dans le Léon et en Cornouaille. En 1811, dans le département du Finistère, 26 papeteries employant environ 300 ouvriers fabriquaient annuellement 36.000 rames de papier de qualités diverses. Mais avec l'implantation des manufactures Bolloré d'Odet dès 1822, puis celle de Cascadec sur l'Isole, et enfin celle de M. de Mauduit créée en 1840 à Combout-en-Quimperlé, les papetiers d'antan vont devoir tous fermer leurs portes.

[modifier] 4.2 La fabrication des "minces"

C'est avec Jean-René Bolloré, ancien mèdecin de la marine et grand voyageur, que débute aux usines d'Odet la fabrication du papier fin, ce qui faisait dire à certains qu'il en avait rapporté le secret des mers de Chine. Après sa mort en 1881, c'est son fils aîné René qui va poursuivre l'aventure du papier à cigarettes.

Dès les années 1890, aidé par ses frères, et plus particulièrement par Léon, René Bolloré met sur pied la fabrication des "minces". Dès lors, la production est exclusivement orientée vers ce type de papier, dont la gamme va de l'ordinaire à l'extra-fin jusqu'au filigrane.

Lors des fêtes du centenaire en 1922, son fils, encore un René, se souvient. "Combien de fois n'ai-je pas entendu raconter par mon oncle Léon, ici présent, toutes les difficultés rencontrées ! Pendant deux ans, l'usine ne put produire une seule feuille de papier, tant était difficile la mise au point de cette nouvelle fabrication : ténacité et persévérance, n'excluant pas l'audace et la décision."

[modifier] 4.3 Etapes de fabrications

Pour remplacer les collectes des "pillaouers", les usines Bolloré faisaient venir des balles en provenance des pays les plus divers d'Amérique et de Russie. Les chiffons étaient ensuite triés et classés par catégories. Ce classement avait pour but :

  1. d'éliminer tout ce qui n'est pas fibre végétale ;
  2. de classer les matières premières propres à la fabrication par nature et par qualité.

Une fois classés, les chiffons sont stérilisés à haute pression dans des boules de fonte appelées "lessiveurs". En principes, à la sortie des lessiveurs, seule reste de la cellulose pure : cette cellulose subit alors, dans des bacs de ciment à circulation unique appelés "piles", trois traitements différents : le défilage, le blanchiment, le raffinage. Ces trois traitements ont pour objectifs :

  1. de laver et de défibrer ;
  2. de blanchir ;
  3. de raffiner, ou plus simplement d'hydrater.

Ainsi traitées, les fibres végétales sont prêtes à former une feuille de papier.

Alors, étendue d'eau et ainsi liquéfiée, la pâté arrive sur une machine. Le papier se forme sous l'influence d'un branlement qui actionne la première partie de la machine, appelée "partie humide". Il n'y a plus alors qu'à retirer l'eau pour obtenir une feuille homogène. La dessication de la feuille s'obtient par quatre procédés successifs :

  1. par capillarité ;
  2. par succion ;
  3. par pression ;
  4. par passage sur des cylindres chauds.

Le papier ainsi formé est enroulé sur des mandrins, tranché en bobines et éventuellement façonné en carnets de papier à cigarettes.

[modifier] 4.4 Piles de défibrage

Le défibrage du tissu s'effectue suivant deux procédés qui se sont succédés dans le temps: le plus ancien est celui de la pile à maillets, inventée par les italiens au XIIIe siècle.

 

C'est une immense cuve en pierre dans laquelle vient frapper plusieurs maillets munis de clous. Une roue immense (six mètres de diamètre), au moulin de la Rouzique, fournit avec -le mouvement impulsé par l'eau, l'énergie nécessaire à la batterie de maillets qui défibrent le chiffon qui se transforme en pâte.

L'opération de défibrage à l'aide de la pile à maillets dure de 30 à 40 heures. Il était par conséquent difficile pour un moulin ne possédant que 4 à 5 piles, de produire beaucoup de pâte, donc beaucoup de papier.

La pile hollandaise inventée à la fin du XVIIe siècle permet de raffiner du chiffon en une dizaine d'heures environ.

C'est une grande cuve ovale dont la partie principale est un cylindre de fonte muni de lames transversales qui déchiquettent les tissus. La pâte obtenue, égouttée, lissée, blanchie est portée dans une pile à ouvrer. La concentration de la pâte est déterminée en fonction du grammage voulu, c'est à dire du poids du papier au centimètre carré.

[modifier] 4.5 Machines à cylindres

Voici les premières machines à cylindre installées à l'usine Bolloré de Cascadec.


[modifier] 5 Annotations

  1. 16/flor/An05 (5 mai 1797). Quimper. Lieu-dit : Place Maubert (Pays : Quimper ) : LE MARIE Nicolas, garçon, Enfant de François, âgé de 42 ans, et de GOSSELIN Perrine, âgée de 34 ans. Témoins : Jean François LE MARIE, 06 ans / Catherine Anne LE MARIE, 08 ans, Soeur du précédent / Jean Baptiste GILLIS, (signe) / Joseph SCOUARNEC. Notes - Enfant présenté par Le Père (signe), originaire de Tellières, Orne, La mère est originaire de Malestroit. Source: relevé CGF. [Ref.↑]
  2. 31/07/1819 Quimper (Pays : Quimper ) . Mariage BOLLORE Jean Guillaume, né le 30/06/1788 à Quimper Locmaria Fils de René et de DENIC Elisabeth Corentine veuf de LE GRAS Marie Laurence LE MARIE Marie Perrine, née le 18/12/1790 à Quimper Saint Julien Fille de François et de GOSSELIN Perrine Jeanne veuve de BROSSELIN Fortune Marie [Ref.↑]
  3. Sources généalogiques : http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr;p=jean+guillaume+claude;n=bollore [Ref.↑]


Thème de l'article : Monographie d'un lieu-dit de la commune d'Ergué-Gabéric

Date de création : mai 2006    Dernière modification : 20.04.2018    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]    Source : travaux d'Henri Chauveur