Sant Erwan Helory - GrandTerrier

Sant Erwan Helory

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1 Fiche signalétique


s. Erwan Helory ou saint Yves
Vie / Buhez : saint Yves, prêtre du Trégor, juge et prédicateur itinérant, canonisé en 1347 par le pape Clément VI
Genre / Reizh : Masculin
Signification / Sinifiañs :
Variantes / Argemmoù : Boun (Bretagne) - Elouan (Bretagne) - Ervan (Cornouaille) - Erwan (Bretagne) - Erwanig (Bretagne) - Erwann (Bretagne) - Evan (Bretagne) - Ewan (Bretagne) - Iwan (Bretagne) - Iwen (Bretagne) - Von (Bretagne) - Vonig (Bretagne) - Wanig (Bretagne) - Yve (Celtique) - Yves (Bretagne) - Yvon (Bretagne) - Yvonig (Bretagne) - Yvonnick (Bretagne) - Féminin(s): Erwana (Bretagne) -

2 Almanach


le 19 mai 2019 ~ d'an 19 a viz Mae 2019
Saint(e) du jour ~ Sant(ez) an deiz s. Erwan Helory (saint Yves, prêtre du Trégor, juge et prédicateur itinérant, canonisé en 1347 par le pape Clément VI)
Proverbe breton ~ Krennlavar Kerc'heiz a lez pesk bihan. A zebr melc'hwedenn d'he c'hoan. § [trad.]




Almanach complet : [Calendrier:Vie des saints]

3 Sources

4 Iconographie

saint Yves
saint Yves

5 Monographies

Remarque : ne pas confondre St Yves Helory de Kermartin avec Yves Maheuc, évêque de Rennes, fêté le 20 septembre.

Site Wikipedia

Saint Yves
nationalité Française
date de naissance 1250
date de mort 1303
age au décès à 53
lieu de mort Trégor
date de canonisation 1347
canonisé par Clément VI
fête 19 mai
vénéré par l'Église catholique romaine
lieu de vénération Tréguier où a lieu un célèbre Pardon tout les ans le 19 mai
attributs On le représente généralement avec une bourse dans une main, pour signifier tout l'argent qu'il a donné aux pauvres dans sa vie, et un parchemin dans l'autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique. Il est également souvent figuré entre un homme riche et un homme pauvre.
saint_patron Il est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats.
Saint Yves Hélory de Kermartin, Yves de Tréguier ou simplement "saint Yves" dans la tradition catholique, est né vers 1250 et mort en 1303. En breton, il est appelé sant Erwan dans le Trégor, Iwan, Youenn ou Eozen dans d'autres régions. Prêtre et official[1] du diocèse de Tréguier, il a consacré sa vie à la justice et aux pauvres. L'Église catholique l'a reconnu saint et le fête le 19 mai.

Nous n’avons aucune Vie de saint Yves écrite par ses contemporains, mais seulement la procédure faite en 1330 pour parvenir à sa canonisation. Après sa canonisation, plusieurs récits de sa vie ont été écrits en français, en latin, en breton, en italien.

Biographie

Yves Hélory (ou Héloury) est né au milieu du XIIIe siècle dans une famille noble au manoir de Kermartin sur la paroisse de Minihy-Tréguier. Il suit des études de droit à l'université d'Orléans puis à Paris où il mène une vie de privation pour venir en aide aux pauvres.

Il revient ensuite travailler en Bretagne à Rennes dans un premier temps, où il devient conseiller juridique du diocèse. L'évêque de Tréguier remarque ses talents et en 1284 le nomme official, l'ordonne prêtre et lui confie successivement les paroisses de Trédrez et de Louannec, proches des terres de son enfance.

Il étonne ses paroissiens en célébrant la messe en breton, alors que ses prédécesseurs le faisaient en latin. Il prêche également la bonne parole en se déplaçant à travers la Bretagne comme prédicateur itinérant. Les gens l'apprécient pour sa façon de rendre la justice, il est réputé pour son sens de l'équité qui lui interdit de privilégier le riche sur le pauvre[2].

On lui prête également des miracles comme d'avoir sauvé des gens de la noyade. Après une vie d'ascèse et de partage, il ne mangeait que deux œufs par an le jour de Pâques et tenait table ouverte pour les pauvres en son manoir, Yves Hélory s'éteint le 19 mai 1303. Ses obsèques à la cathédrale de Tréguier sont l'objet d'un faste et d'une ferveur populaire extraordinaire ; pour tous, il devient le « mirouër[3] des ecclésiastiques, advocat et père des pauvres, vefves et orphelins ».

Vénération et iconographie

Moins de 50 ans après sa mort, en 1347, le pape Clément VI lui accorde la sainteté. Son culte, resté très vivace en Bretagne, s'est répandu dans toute l'Europe, jusqu'à Rome où une église lui est consacrée dans l'enceinte de l'Université de la Sapienza (Sant'Ivo dei Bretoni, Saint-Yves des Bretons), en Espagne, en Allemagne, et aux Pays-Bas.

Il est le saint patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats. Chaque 19 mai, à Tréguier (Côtes d'Armor), une délégation de ces professions accompagne le pardon à saint Yves qui est une des grandes fêtes religieuses bretonnes, au même titre que le pardon de Sainte-Anne-d'Auray.

On le représente généralement avec une bourse dans une main, pour signifier tout l'argent qu'il a donné aux pauvres dans sa vie, et un parchemin dans l'autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique. Il est également souvent figuré entre un homme riche et un homme pauvre.

Diocèse de Quimper

Saint Yves

Fêté le 19 mai
Prêtre, patron secondaire de la Bretagne.

Yves Hélori naquit le 17 octobre 1253 au manoir de Kermartin, à Minihy-Tréguier. Après des études à Paris, puis à Orléans, il exerça la charge d'official au diocèse de Rennes, jusqu'au jour où son évêque le rappela à Tréguier pour lui confier les mêmes fonctions, lui conférer les ordres sacrés et le nommer recteur de Trédrez, puis de Louannec. Juge intègre, avocat des pauvres, des veuves et des orphelins, providence de tous les nécessiteux, Yves Hélori fut aussi le modèle des pasteurs : prédicateur infatigable, il parcourut les campagnes, bouleversant les foules par le feu de sa parole et le rayonnement de sa vie. A sa mort, le 19 mai 1303, son tombeau ne tarda pas à devenir un véritable centre de pèlerinage. Son procès de canonisation, ouvert dès 1330, fut conclu en 1347 sous le pontificat du pape Clément VI. Il n'est guère de paroisse en Bretagne où le culte de saint Yves ne soit rappelé par une statue ou un vitrail.

Six églises paroissiales sont dédiées à saint Yves : Le Quizac à Brest, Huelgoat, Ploudaniel, Plougonven, Plounéour-Ménez et La Roche-Maurice. Subsistent les chapelles de Guipavas, Landudal, Lannilis, Plogoff, Plouarzel, Saint-Pol-de-Léon, Saint-Renan et Saint-Sauveur. Ont disparu celles d'Argol, du Folgoët, de Gouézec, Guissény, Plomodiern, Plouégat-Guerrand, Plouénan, Plougonvelin, Plougoulm, Plourin-Ploudalmézeau, Pont-Croix, Quimperlé, Sibiril.


Erwan Helori a oe ganet d'ar 17 a viz here 1253, e maner Kervarzin, e Minihi-Landreger. Goude beza greet e studi e Pariz hag en Orleans, e teuas da veza barner-Iliz evit eskopti Roazon, ha goudeze e Landreger. Roet e oe dezan an urziou sakr, hag e oe anvet person e Tredrez, ha goudeze e Louaneg. Kerkent ha ma oe maro, d'an 19 a viz mae 1303, ne zaleas ket e vez da voda eur bern pirhirined. Barnedigez e zantelez, loc'het e 1330, a oe peurechuet er bloavez 1347, pa oa pab Klement VI.

Site Pennker / Vie des Saints d'Albert Le Grand

LA VIE DE SAINT YVES

Prestre, Official de Tréguer et Recteur des Paroisses de Tre-Trez et Lohanech, au mesme Diocese, le 19. May.

L'heureux Saint Yves, Miroir des Ecclesiastiques, ornement de son siecle, Advocat et Pere des pauvres veuves & orphelins, Patron universel de la Bretagne Armorique, mais specialement de l'Evesché de Treguer, nasquit au Manoir de Ker-Martin, en la Paroisse de Menehi, Diocese de Treguer, distant de la ville de Land-Treguer d'un quart de lieuë. Son pere s'appelloit Helory de Ker-Martin, Sr. dudit lieu, & sa mere Azo du Kenquis, fille de la Maison de Kenquis, c'est-à-dire en François le Plessix, en la Paroisse de Pleu-meurit-jaudy, prés la Ville de la Roche-Derien. Il vint au monde le 17 Octobre l'an de salut 1253, seant en la Chaire Apostolique le Pape Innocent III, sous l'Empereur Conrad, & le 17. du regne de Jean I. du nom, surnommé Le Roux, Duc de Bretagne. Ses parents furent soigneux de l'élever, nommément sa Mere, Dame fort pieuse, laquelle avoit eu spéciale revelation de sa future Sainteté ; &, aussi tost qu'il eut passé ses premiers ans, le pourveurent d'un Precepteur, lequel, en la Maison paternelle, luy donna les premieres impressions de la pieté, & luy enseigna aussi les premiers Rudimens des sciences, à quoy l'enfant se portoit de grande affection. Il frequentoit les Eglises, écoutant attentivement le service Divin, pendant lequel, il disoit ses Heures de N. Dame lesquelles il recitoit tous les jours sans y manquer.

II. Ayant suffisamment etudié au Païs, son pere, le voyant desireux de continuer ses études, l'envoya à Paris, l'an de salut 1267, & de son âge le 14., il s'habitua en la Ruë au Fèvre & s'adonna à l'étude de la Logique & des Arts; esquelles sciences il profita si bien, qu'il fut passé Maistre és Arts. Alors il changea de logis & alla demeurer en la ruë du Clos-Bruneau, s'occupant à entendre le Texte des Decretales, la Theologie Scolastique & le Droit Canon. Ayant consommé son cours en ces sciences, il alla de Paris à Orleans, l'an de grace 1277, le 24. de son âge, où il etudia en Droit Civil, sous le fameux Jurisconsulte Maistre Pierre de la Chappelle, lequel depuis, pour ses merites, fut fait Cardinal de l'Eglise Romaine. Ayant achevé son cours en Droit Civil, il vint en Bretagne & s'arresta en la ville de Rennes, où il frequenta les écolles d'un docte & pieux Religieux de l'Ordre de S. François, sous lequel il ouït le quatrieme livre des Sentences & l'interpretation de la sainte Escriture, enflammant sa volonté en l'Amour de Dieu, à mesure que son beau jugement le luy faisoit connoitre, &, par la familiere frequentation qu'il avoit avec ce Pere Cordelier, qui estoit tenu en reputation de grande Sainteté, il conceut un saint mépris du monde et se resolut de le quitter tout à fait & de se ranger au service de Dieu et de l'Eglise ; ce que longtemps auparavant il avoit projetté.

III - Il print les Ordres de rang jusqu'à la Prestrise inclusivement, menant une vie si sainte & si édificative, que l'Archidiacre de Rennes, en estant informé, l'apella prés de soy & le fit son Official, Charge qu'il exerça avec reputation de grande integrité ; mais, voyant que le Peuple Rennois estoit fort litigieux, il quitta son Officiauté qui luy valoit cinquante livres de rente (grosse somme en ce temps-là), & s'en vint au Païs, au grand contentement de tous ceux qui le connoissoient. L'Archidiacre, le congédiant, luy donna un cheval pour le porter au Païs ; mais il le vendit dés Rennes & en donna l'argent aux pauvres, puis s'en vint à pied au Païs, où il ne fut gueres, que Messire Alain de Bruc, Evesque de Treguer, jugeant que Dieu le luy envoyoit pour le service de son Eglise, le fit Official de Treguer & Recteur de la Paroisse de Tré-Trez, lequel Benefice il posseda huit ans. Il se comporta en cét office de Juge Ecclesiastique avec si grande intégrité, qu'il ravissoit tout le monde en admiration de sa vertu, & remarqua-t'on que jamais il ne prononça Sentence, qu'on ne luy vist les larmes couler le long des jouës, faisant reflection sur soy-mesme & considerant qu'un jour il devoit luy-mesme estre jugé.

IV. Il taschoit à pacifier ceux qu'il voyoit en discorde, sur le point d'entrer en procés ; &, lors qu'il ne les pouvoit mettre d'accord, il assistoit ceux qui avoient le bon droit, specialement les pauvres qui n'avoient les moyens de poursuivre leur droit ; ausquels il fournissoit liberalement de l'argent pour leurs frais ; même poursuivoit les appellations des Sentences iniques & jugemens pervers donnez contr'eux ; comme il fit pour une pauvre veuve nommée Levenez, de laquelle il entreprit la defense contre un gros usurier, plaida sa cause & la gagna ; & fit de mesme pour un pauvre Gentil-homme, nommé Messire Richard le Roux, chicané par l'Abbé du Relec, ayant premierement fait jurer audit le Roux, qu'en sa conscience il croyoit avoir le bon droit. Et encore bien qu'il prist plus gayement en main la defense des miserables & pauvres gens, dénuez d'assistance & faveur, que des grands Seigneurs, & que mesme, en faveur de ceux-là, (quand ils avoient bon droit) il faisoit décheoir ceux-cy de leurs prétentions, neantmoins jamais on ne s'est plaint qu'il ait donné jugement inique, ny entrepris la defense d'aucune cause qui ne fut bonne & juste.

V. Il jugea, un jour, une cause de Mariage en faveur d'un jeune homme qui revendiquoit une fille pour femme, laquelle n'y vouloit consentir ; toutesfois, S. Yves, sur les preuves qu'il trouva contr'elle, la condamna ; elle en appela à Tours, où le Saint se rendit pour soûtenir sa Sentence. L'Official de Tours, ayant fait seoir S. Yves prés de soy, fit visiter le procés ; &, d'autant que par les enquestes il ne paroissoit rien du Mariage, l'Official de Tours demanda à S. Yves qui l'avoit meu de donner la Sentence comme il l'avoit donnée : "parce (dit-il) que la fille m'a confessé le Mariage." Alors, l'Official de Tours interrogea publiquement la fille, laquelle nia le fait ; & S. Yves, l'ayant, en presence de l'Official de Tours, interrogée, elle le confessa de rechef. L'Official de Tours la reprenant d'inconstance de ce qu'elle avoit nié que ce fust son mary, aussi le nié-je (dit-elle). S. Yves, reprenant la parole, l'interrogea de rechef en cette sorte : "Venez-ça, ma Fille ; m'avez-vous pas confessée que vous l'aviez pris en Mariage ?" "Ouy, (dit-elle) il est mon mary & je suis sa femme, &, tant qu'il vive, n'auray autre mary que luy." L'Official de Tours, voyant ce mystere, resta tout étonné ; &, averty de la grande Sainteté de S. Yves, luy ceda la Chaire pour confirmer sa Sentence.

VI.Ce qui luy arriva, une autre fois, en la mesme Ville de Tours n'est pas moins remarquable. Y estant allé pour une autre cause de Mariage, qui avoit esté poursuivie par devant luy, entre un Gentilhomme & une jeune Demoiselle, laquelle se portoit appellante de certaine Sentence donnée par S. Yves, Official de Treguer, par devant l'Official de Tours, le Saint y alla soûtenir sa Sentence. Il avoit de coûtume de loger chez une honneste & riche veuve, laquelle, dés qu'elle le vid, commença à pleurer & luy dire : "Ha ! Monsieur mon cher hôte, je suis ruïnée sans remede, par un mechant garnement qui a plaidé contre moy, & seray demain condamnée à luy payer douze cens écus d'or, à tort & sans cause." S. Yves la consola, l'exhortant d'avoir sa confiance en Dieu, lequel ne l'abandonneroit pas en son affliction, & la pria de luy faire entendre son affaire, luy promettant de l'assister en tout ce qu'il pourroit. "Monsieur, (dit-elle) il y a environ deux mois que deux hommes, accoustrez en Marchands, vinrent loger ceans, &, d'arrivée, me donnerent à garder une grande bougette de cuir fermée à clef, fort pesante, & me dirent que je ne la baillasse à l'un d'eux que l'autre ne fust present ; ce que je leur promis faire. A cinq ou six jours de là, comme j'estois à la porte de ceans ils passerent par la ruë, avec trois ou quatre autres Marchands, & me dirent : adieu mon hostesse, accomodez-nous bien à soupper, & devalerent la ruë.

VII. "Peu aprés, l'un d'eux s'en retourna à mon logis & me dist : Mon hostesse, baillez-moy un peu la bougette, car nous allons faire un payement avec ces marchands que vou svoyez là ; moy, qui ne pensois qu'à la bonne foy, luy baillai la bougette, laquelle il emporta & jamais depuis ne le vis ; l'autre Marchand s'en retourna ceans, le soir & me demanda si j'avois veu son compagnon ? Non (dis-je), je ne l'ay point veu depuis que je luy ay baillé la bougette. Comment (dit-il) la bougette ! la luy avez-vous baillée ? Ha ! me voilà ruïné & rendu pauvre pour jamais ; ce n'est pas ce que vous nous aviez promis, quand nous vous la baillasmes ; je m'en plaindray à la Justice ; &, de fait, (Monsieur) il m'a fait adjourner devant le Lieutenant du Baillif de Touraine, & a, par serment, affirmé qu'en sa bougette y avoit douze cens pieces d'or & quelques lettres & cedules de consequence quand elle me fut baillée, & est le procez en tel terme que, demain, je dois avoir Sentence." S. Yves, l'ayant paisiblement ecoutée, luy dit : "Mon hostesse, faites-moy venir vostre Advocat et que je parle à luy." L'Advocat venu raconta le tout au Saint, ainsi que la femme luy avoit dit ; ce qu'ayant entendu & conferé là dessus, S. Yves obtint de l'Advocat qu'il plaideroit cette cause pour son hostesse.

VIII.Le ledemain, saint Yves se trouva en l'Audiance avec son hostesse, & aprés que la cause eust esté par ordonnance du Juge apellée, saint Yves, pour la veuve defenderesse, requist de voir en face son adverse partie, lequel ayant comparu, & l'estat auquel estoit le procez recité (car plus ne restoit qu'à prononcer la sentence), S. Yves parla pour son hostesse, disant : "Monsieur le Juge, nous avons à vous montrer un nouveau fait qui est peremptoire à la decision du procez ; c'est que la defenderesse a fait telle diligence & si bonne poursuitte depuis le dernier apointement prins en la cause, que la bougette dont est question a esté trouvée, & l'exhibera quand par Justice il sera ordonné." L'Advocat du demandeur requist que, tout presentement, elle exhibast la bougette en jugement, autrement qu'il ne servoit à rien d'alleguer ce nouveau fait, pour empescher la prononciation de la Sentence : "Seigneur Juge (dit S. Yves) le fait positif du demandeur est, que luy & son compagnon, en baillant la bougette à la defenderesse, leur Hostesse, la chargeant de ne la bailler à l'un d'eux que l'autre ne fust present, &, pour ce, fasse le demandeur venir son compagnon, & bien volontiers la defenderesse exhibera la bougette, tous deux presents". Sur quoy le Juge apointa, & declara que l'Hostesse ne seroit point obligée de rendre la bougette que tous deux ne fussent presents. La Sentence ainsi donnée, le demandeur se trouva bien etonné, devint pasle & commença à trembler ; dequoy toute la compagnie resta fort etonnée ; ce que voyant le Juge, par soupçon, le fit saisir & serrer en prison, où il fut si-bien poursuivi contre luy, qu'ayant trouvé que c'estoit un pipeur, qui, pour tromper & voller cette pauvre veuve, luy avoit baillé une bougette pleine de vieux clous & ferrailles, qu'il fut, à trois jours de là, pendu & estranglé au gibet de Tours.

IX. Ainsi Saint Yves fut suscité de Dieu pour garantir cette pauvre veuve & faire punir ce volleur, comme jadis Daniel pour délivrer la chaste Suzanne & châtier ces impudiques vieillards. Si est-ce qu'il s'en trouva quelques uns qui médirent du Saint ; mais ceux qui avoient le palais de l'Ame plus sain & les yeux moins chassieux, en faisoient tout autre jugement. Par ces œuvres d'extréme charité, qu'il exerçoit à l'endroit des pauvres miserables, il s'acquist ce beau & glorieux titre de Pere & Advocat des pauvres veuves & orphelins. Son patrimoine se montoit bien à soixante livres de rente (qui en ce temps-là faisoit une bonne somme), lequel il distribuoit entierément aux pauvres. Quand il estoit Official de l'Archidiacre de Rennes, il entretenoit, à ses propres frais, deux ecolliers aux études, l'un nommé Derien, & l'autre Olivier ; &, à Pasques, la Pentecoste, la Toussaint, Noël & autres Festes solemnelles, il les faisoit disner à sa table, avec grand nombre d'autres pauvres. Dans sa maison Prebendale à Land-Treguer, & en ses Presbyteres de Tre-trez & Lohanech, quand il y estoit, il logeoit les pauvres ; &, dans son Manoir de Ker-Martin, il bastit un Hôpital ; en tous lesquels lieux il recueilloit les pauvres, non seulement ceux qui y venoient ou qu'il rencontroit dans son chemin ; mais méme il les alloit chercher & les emmenoit chez luy, leur donnoit l'eau à laver, les servoit à table & graissoit leurs souliers. Il donnoit à plains boisseaux son bled aux pauvres, tant du revenu de son patrimoine que de son Benefice ; il leur donnoit mesme jusques au pain disposé & apresté pour sa propre refection ; &, se trouvant, une fois, prié d'un pauvre sans le pouvoir soûlager, il mist son chapperon ou cuculle en gage pour du pain, qu'il print en une maison prochaine, lequel il bailla incontinent à ce pauvre.

X. Il nourrissoit beaucoup de pauvres enfans orphelins ; instruisoit les uns en sa maison, mettoit les autres en pension chez des Maistres uvriers pour apprendre mestier, lesquels il salarisoit de son propre argent. Il ne pouvoit endurer de voir les pauvres nuds ; un jour estant allé (selon sa coustume) visiter les pauvres à l'Hospital de Land-Treguer, voyant plusieurs pauvres fort mal vétus, il leur bailla la pluspart de ses habits, de sorte qu'il lui fallut s'envelopper dans un loudier, attendant qu'on luy en eust apporté d'autres. Une autre fois, il fit la méme chose ; &, comme un jours son cousturier luy fut venu vestir une robbe & capuchon gris, il apperceut en la court un pauvre à demy nud ; il ne le peut endurer ; mais, retenant ses vieux habits, luy donna cét accoustrement neuf. Allant une fois à l'Eglise, disant son Breviaire, un pauvre luy demanda l'aumône, n'ayant que luy donner, tira son capuchon & le luy donna. Il vistoit souvent les malades, nommément les pauvres & nécessiteux, les consoloit & assitoit, il leur administroit les Sacremens, les y disposant avec grand soin & charité. Il ensevelissoit de ses propres mains les corps des pauvres qui decédoient tant en l'Hôpital que chez luy & és maisons particulieres, les enveloppant en des suaires blancs siens, les portoit à la sepulture, aidé de quelques autres pieuses personnes.

XI. Dieu fit paroistre, par plusieurs miracles, combien luy estoit agreable la charité dont S. Yves assistoit ses membres. Nous avons dit cy-dessus, que, trouvant un jour un pauvre en son chemin, n'ayant que luy donner, il luy donna son chapperon, mais Dieu le luy remist sur la teste, avant qu'il fust arrivé en l'Eglise où il alloit. Une autre fois, ayant trouvé à sa porte Jesus-Christ, en forme d'un pauvre homme tou tpoury de lepre, il le fit monter en sa chambre, luy bailla à laver, le fit seoir à table & luy servit bien à disner, puis s'asseoit auprés deluy pour disner aussi ; mais, sur le milieu du disner, ce pauvre parut si resplendissant, que toute la chambre en fut éclairée, &, regardant fixément S. Yves, il luy dist : "Dieu soit avec vous !" & disparut, laissant le Saint comblé de joye & consolation Spirituelle. Pendant une grande cherté qui avint par tout le Païs, pour huit sols le pain, il substanta plus de deux cens pauvres, le pain se multipliant miraculeusement entre ses mains ; &, une autre fois, pour deux deniers de pain, il rassasia vingt-quatre pauvres. Quand les Religieux mendaians venoient vers luy, il les logeoit & traittoit avec grande charité & respect, & avoit fait dresser une chambre tout exprés pour les recevoir, garnie de tout ce qui y estoit besoin, où luy meme les traittoit ; souffloit & attisoit le feu pour les chauffer ; leur versoit l'eau sur leurs mains & les servoit à table en grande humilité. Un pauvre estant arrivé tard à Ker-Martin & n'osant fraper à la porte se coucha auprés & y passa la nuit : saint Yves, sortant de bon matin, le trouva là, le fit entrer, le revétit de ses propres habits, luy donna bien à disner & à souper, le fit coucher en un bon lict, alla se coucher au mesme lieu où il l'avoit trouvé et y passa la nuict.

XII. S'il estoit soigneux de nourrir corporellement les pauvres & les substanter du pain materiel, il l'estoit encore plus à nourrir leurs Ames du pain de vie, de la parole de Dieu. Il ne se contentoit pas de prescher ses Paroissiens, il preschoit les autres circonvoisins, faisant, par fois, trois ou quatre predications par jour. Il assistoit l'Evesque de Treguer en ses visites & le précedoit d'ordinaire pour disposer le peuple à cette action & à recevoir le saint Sacrement de Confirmation, & alloit, devant l'Evesque, de Paroisse en autre, à pied, avec un rare exemple & édification de ceux qui le voyoient. Il s'adonnoit avec telle ferveur & attention d'esprit à ce saint et Apostolique Office, que souvent il en oublioit le boire & le manger ; &, estant de retour au logis, le soir, aprés avoir presché tout le jour, ne se pouvoit presque tenir sur bout tant il estoit foible. On a remarqué qu'à un Vendredi saint, il prescha la Passion en sept diverses Eglises. Le monde couroit aprés luy de Paroisse en autre, pour entendre ses admirables Sermons, comme d'un Apostre. Il fut une fois à Kemper & fut prié de prescher en la Cathedrale : ce qu'il fit avec grande édification & satisfaction de l'Evesque de Cornoüaille & de toute la ville.

XIII. Il preschoit d'ordinaire en Breton, souvent en Latin, nommément aux actes capitulaires, & aucunes fois en François, s'accomodant à la capacité de ses Auditeurs. Quand il alloit par les champs, il s'arrestoit à Catechiser les villageois & leur apprendre leur créance, à dire leur Chapelet, examiner leur Conscience & autres pieux & devots exercices que tout bon Chrestien doit sçavoir. Ses Prédications n'estoient pas infructueuses, ny ses travaux vains, car il faisoit de grandes conversions. L'an 1294, il fut pourveu de la Recteurerie de Lohanech, Paroisse en laquelle il fit un grand fruit car par ses Prédications il convertit nombre de vicieux, spécialement des usuriers publics, entr'autres un certain nommé Thomas de Kerrimel, lequel, ayant été converty par ses predications, se fit Moyne en l'Abbaye de Begar, lors estroittement reformée. Il convertit aussi deux Clercs concubinaires & un grand paillard et violateur de filles, nommé Derien. Preschant une fois à Loc-Ronan, en Cornoüaille, le Sieur de Coat-Pont, Escuyer, sortit de l'Eglise comme il montoit en Chaire, sans se soucier d'entendre le Sermon ; S. Yves, le voyant, dit : "S'il y avoit icy trois ou quatre filles avec un trompette du Diable (il entendoit par là les sonneurs), il y seroit demeuré ; mais non pas pour ouyr la parole de Dieu : lequel je prie de le punir en cette vie & ne luy réserver la peine deue à cette offenses en l'autre" ; ce qui fut incontinent fait, car ledit Gentil-homme devint Paralytique, & ne fut guery de ce mal qu'aprés la mort de S. Yves qu'il obtint la santé à son Sepulchre.

XIV. Son Oraison estoit sans relâche, car c'estoit elle qui entretenoit & nourrissoit non seulement son Ame, mais aussi miraculeusement son corps. On l'a veu une fois cinq jours, une autre fois sept jours tous entiers, absorbé en une profonde contemplation, sans boire, manger, ny dormir. Entre les Oraisons Jaculatoires, il avoit toûjours en bouche : "Jesus Christus Filius Dei !" & "Seigneur créez en moy un cœur net & pur !". Il disoit, tous les jours, fort devotieusement son service & celebroit la Sainte Messe, &, avant que de se vétir des ornemens Sacerdotaux, il se mettoit à genoux devant ou à costé de l'Autel auquel il devoit dire la Messe, le visage couvert de son chapperon, les mains jointes, le cœur élevé en Dieu, se recolligeoit, &, aprés la Messe, en faisoit de mesme ; & une fois, en la grande Eglise de Treguer, pendant qu'il faisoit ses Actions de grâces aprés la Messe, une belle Colombe, environnée d'une grande clarté, s'estant reposée sur son chef, s'envola sur le grand Autel & y demeura quelque temps, puis disparut. Disant le Confiteor & le Canon de la Messe, il sentoit de grandes consolations spirituelles, &, à la prise de l'Hostie, il versoit de ses yeux un ruisseau de larmes. Une fois, lorsqu'il tenoit le Corps de Nostre Seigneur, il apparut un globe de feu à l'entour, lequel, ayant paru autour du Calice, disparut incontinent. Ayant entendu qu'un jeune homme vouloit entrer en procez contre sa mere, il les manda un matin & tascha à les mettre d'accord ; mais, voyant qu'ils n'en vouloient rien faire, il les pria de l'attendre un peu, ce qu'ils firent, &, ce pendant, il alla dire la Messe, en laquelle ayant prié pour eux, il fut exaucé ; car, quand il s'en retourna vers eux, il les trouva voir changé de volonté & les accorda sur le champ.

XV. Il estoit doüé d'une grande humilité ; il ne vouloit aucunement estre loüé ny estimé ; moins encore luy arriva-t-il jamais aucune parole qui pûst tourner à sa propre gloire ; &, encore bien qu'il fust si signalé en science & sainteté, il se maintenoit toûjours en une si profonde humilité, comme si c'eust esté le plus ignorant de la terre. De cette humilité procedoit le peu de cas qu'il faisoit de sa propre personne ; il alloit à pied, sans vouloir user de monture, mesme accompagnant l'Evesque de Treguer en ses visites ; pour vestement, il portoit sur sa chair nuë un aspre Cilice & par dessus une chemise de grosse toile d'étouppe, laquelle, le plus souvent, il moüilloit avant que de la vestir, pour plus s'incommoder. Il print l'habit du tiers Ordre de Saint François au Convent de Guengamp, s'accoustra d'une robbe de grosse bure grise & d'un capuchon de mesme estoffe, si vile & si commune, que l'aune ne coûtoit que deux sols six deniers ; &, pour toute chaussure, portoit des sandales comme les Freres Mineurs. Quand quelques Religieux se presentoient poour prescher aux lieux où il s'estoit disposé de prescher, leur cedoit la Chaire, disant n'estre digne de parler en leur presence ; sur quoy se sont rencontrées plusieurs saintes contestations entre luy & plusieurs bons Religieux, avec grande édification des assistans.

XVI. Dés qu'il estoit étudiant à Paris, il commença à s'abstenir de chair, donnant sa portion aux pauvres ; estant à Orleans, il commença aussi à s'abstenir de vin & jeûner tous les Vendredys, &, quelque temps aprés, il commença à ne manger que du pain de seigle, d'orge ou d'avoine, & souvent demeuroit un jour tou tentier, quelque fois cinq, quelque fois sept, sans rien manger du tout, ravy en contemplation, & neanmoins estoit aussi frais & dispos, que si tous les jours il eust fait grande chere. Dés l'an 1289, quinze ans avant sa mort, il changea entierement de vie, & redoubla ses austeritez, car, dans ce temps il jeûna trois jours la semaine au pain & à l'eau, les Mercredys, Vendredys & Samedys, les Quatre-Temps & Vigiles de N. Dame & des douze Apostres, les Avents & onze Caresmes, tous les jeûnes de l'Eglise & les dix jours qui sont depuis l'Ascension de Nostre Seigneur jusques à la Pentecoste ; les autres jours, il ne mangeoit qu'une fois le jour du pain de seigle, d'orge ou d'avoine, jamais de froment, & du potage de gros choux, raves ou féves, avec du sel ; rarement il y mettoit un peu de farine ou de beurre ; les jours de Noël, de Pasques, de Pentecoste & de Toussaints, il mangeoit deux fois le jour ; &, le jour de Pasques à son disné, il mangeoit des œufs ; de chair ny vin jamais, du poisson trés rarement ; il ne dormoit qu'un peu devant l'Aurore, pour se disposer à lire la Messe, passant le surplus de la nuit à prier, lire les Saintes Escritures, assister les malades moribonds, ou telle autre sainte action. Son lict ordinaire estoit un peu de paille épanduë sur une claye tissuë de grosses verges, ayant sous sa teste une Bible ou quelque grosse pierre ; souvent il couchoit sur quelque banc ou à platte terre, dans la Sacristie de L'Eglise Cathedrale de Land-Treguer, pour empescher les violences des Officiers du Duc, qui, à tous coups, vouloient de force enlever le Thresor & argenterie de l'Eglise de saint Tugduval. Dormant une fois, au bourg de Land-Elleaw, en Cornoüaille, avec un homme, nommé Maurice du Mont, en mesme chambre, celluy-cy fut éveillé d'une voix qui disoit que le Saint gisoit sur la pierre en laquelle saint Elleaw avoit fait penitence.

XVII. La querelle des Regales n'estant pas encore assoupie, les Agents & Officiers du Duc donnoient beaucoup de peine à l'Evesque de Treguer & à son Chapitre, saisissant leurs revenus à faute d'obeyr aux Edits du prince & aux Loix du Parlement, &, sous ce prétete, eussent bien voulu mettre la main sur le Thresor & argenterie de la Cathedrale, & de fait, s'efforcerent plusieurs fois de ce faire ; mais ils se voyoient saint Yves en teste qui leur rompoit toûjours leur dessein, non sans danger de sa vie, ne demendant pas mieux que de mourir pour une si juste cause ; il y en eut un si effronté que de vouloir entrer de force dans l'Eglise, mais S. Yves, l'en ayant empesché, fut par luy frapé & blessé à la main, ce qu'il porta avec patience ; toutes fois, pour arrester ces insolences, il fit plusieurs voyages vers le Duc, duquel il obtint que ces garnemens ne s'ingerassent plus d'attenter à telles choses, & leur fit commandement de ne plus inquieter l'Eglise de Treguer.

XVIII. Que diray-je de sa patience ? Certes, il la fit paroître en plusieurs occasions. Une fois, le Thresorier de Treguer & quelques autres Messieurs, desquels la veuë debile et chassieuse estoit offusquée par la vertu du Saint, l'apellerent publiquement gueux, coquin, pique-bœufs, quoy qu'il fust Noble et Gentil-homme de bon lieu ; mais le Saint, par sa patience, vainquit leur malice ; car luy ayans, par quatre diverses fois, chanté telles injures, jamais il ne leur répondit autre chose, sinon : " Dieu vous le pardonne." Luy ayant esté dérobbé une notable quantité de bled, jamais il ne s'en émeut, ny ne dist aucune parole de mécontentement, mais seulement : " que Dieu leur fist la grace de s'amender ; qu'ils en avoient affaire & luy aussi." Dormant une fois, dans la Sacristie de l'Eglise Cathedrale de Land-Treguer pour la garde des Vases sacrez, avec un autre, nommé Olivier, cettuy-cy sur la minuit, entendit un bruit & tintamarre effroyable comme d'un tonnerre, si violent, qu'il pensoit que tout l'édifice tomboit par terre ; s'estant réveillé en sursaut, il se leve & suit saint Yves (qui sortoit de la Sacristie dans l'Eglise) jusques dans le chœur, où le Saint, arrivé devant le maistre Autel, s'arreste quelque temps, puis passe outre jusqu'au lieu où on garde les Reliques de saint Tugduval ; là, le vint trouver l'heureux Prélat saint Tugduval, & parlérent long-temps ensemble ; saint Tugduval parlant d'une voix grave & majestueuse, & saint Yves humblement & d'une voix basse.

XIX. Il conserva inviolablement le fleuron de Chasteté (comme depuis a solemnellement témoigné son Confesseur Messire Auffray) & de plus, protesta que pendant le cours de sa vie, jamais il n'avoit commis aucun peché mortel ; mais, quant à la Chasteté, pas seulement un veniel. Il montra aussi, en plusieurs & diverses occurences, qu'il avoit l'esprit de Prophetie. Une femme s'estant venuë plaindre à luy de ce que son fils l'avoit abandonnée & s'estoit rendu Moyne : " M'amie (dit-il) ne vous plaignez point ; il vous reviendra, parce qu'il aime trop l'argent " ; ce qui arriva ainsi ; car l'autre, ne pouvant mettre frein à sa convoitise, quitta le froc & s'en alla. Son innocence estoit si grande, que les créatures irresonnables luy obéïssoient. Un jour, comme il disnoit en sa maison, entre un grand nombre de pauvres qu'il traitoit ce jour là, un oyseau d'une extréme beauté, entra dans la salle, laquelle il rendit toute éclatante de la lueur qui sortoit de luy, &, voltigeant doucement autour du col & de la teste de saint Yves, se vint poser sur la paulme de sa main, où ayant demeuré quelque temps, il s'en volla avec la Benediction. Allant, un jour, par le pays, il trouva le pont qu'il luy falloit passer tout noyé & couvert d'eau, ce que voyant il fit le signe de la sainte Croix dessus, & l'eau se divisa de part & d'autre, donnant passage libre au saint & à son serviteur, puis se referma comme devant.

XX. Sur le chemin de Land-Treguer à Land-Vuion, y a un pont, nommé Ar-Pont-Losket, lequel estant rompu, on voulut le refaire de bois ; le bois qui y estoit destiné fut coupé trop court de demy pied ; mais saint Yves, par sa prière, l'allongea & reduisit à longueur competente. Estant Recteur de Lohanech, il esteignit un grand incendie & embrasement de feu, qui s'estoit pris en une maison, levant la main & faisant le signe de la Croix vers le feu, lequel, (chose étrange) tout incontinent s'esteignit, sans plus y faire aucun dommage. En la Paroisse du Trevou, il y avoit un pauvre homme tellement agité du malin esprit, qu'on ne le pouvoit tenir, il fut amené à saint Yves, lequel, l'ayant fait coucher une nuit avec luy, le délivra entiérement.

XXI. Voyant que l'Eglise Cathedrale de Treguer estoit fort caduque, petite, bâtie à l'antique, mal percée, obscure & doublée de simples lambris, il se resolut, avec l'aide de Dieu, de la reparer ; plusieurs se moquoient de cette entreprise, mais luy, qui avoit sa confiance en Dieu seul, les laissoit dire. Il alla visiter le Duc, les Seigneurs de sa Cour, les Barons & Seigneurs du Pays, les exhortant à contribuer à une œuvre si pieuse, fit faire des questes & cueillettes parmy le Peuple, obtint quelques deniers communs de la Ville, persuada l'Evesque, son Chapitre, les Recteurs & Clergé du Diocese d'y contribuer du leur, avec tant d'efficace, qu'il n'y eut ny grand ny petit qui n'y contribuast tres-volontiers. On convoqua ouvriers de toutes parts, lesquels, (les materiaux déja rendus sur la place), reparerent, en peu de temps ce Temple, & Dieu fist connoistre, par un grand miracle, combien ce service luy avoit esté agreable ; car saint Yves ayant eu avis que, dans la forest de Rostrenen, y avoit de beaux arbres, alla trouver le Seigneur Pierre de Rostrenen pour luy en demander quelques uns, & obtint de luy permission d'en prendre autant qu'il luy en faudroit, à son choix.

XXII. S. Yves le remrcia & s'en alla à la forest, choisit grand nombre de beaux arbres, les fait abattre & marquer. Mais comme la Cour des Grands est, d'ordinaire, remplie de flatteurs, aucuns de ce metier qui avoient ouy saint Yves faire cette demande au Seigneur & l'eussent bien voulu faire dés lors éconduire, mais n'avoient osé en presence du Saint, le lendemain, dirent au Seigneur qu'il estoit bien simple de se laisser ainsi affronter par cét hypocrite ; que sou spretexte de bastir l'Eglise de Land-Treguer, amassoit un grand argent, & qu'abusant du pouvoir qu'il avoit eu, il avoit abattu deux fois plus d'arbres qu'il n'en falloit pour cét édifice, & des plus beaux qui fussent dans la forest. Ce Seigneur, croyant trop legerément aux faux rapports de ces garnemens, se mist en colere contre le Saint &, quand il s'en fust retourné le remercier, le tença rudement & luy dist mesme quelques injures & mots de travers.

XXIII. Saint Yves endura patiemment cette attaque & répondit seulement : que c'estoit pour le service d'un Seigneur, qui estoit riche & puissant pour le recompenser, & qui ne manquoit jamais à recompenser ceux qui se monstroient liberaux à luy bastir & orner des Temples ; au reste que la chose n'estoit pas comme on la lui faisoit entendre ; que, le lendemain matin, il luy feroit voir qu'il n'avoit pas pris d'un seul pied plus qu'il n'en falloit pour l'édifice, au dire des ouvriers qu'il avoit amenés. Le lendemain donc, la Messe ouye dans la Chapelle du Chasteau, saint Yves & le Seigneur de Rostrenen, son train & les ouvriers allerent à la Forest voir les arbres qu'on avoit abbatus & marquez ; ils trouverent (chose miraculeuse) que sur le tronc de chacun arbre qui avoit esté coupé le jour precedent cette nuict, estoit crû trois arbres, beaucoup plus beaux que ceux que l'on avoit coupez, de sorte que, si on en avoit coupé vingt, il s'en trouvoit soixante. Le Seigneur de Rostrenen, ayant veu ce miracle, se jetta aux pieds de saint Yves, &, luy ayant demandé pardon, luy permit d'en prendre tout autant qu'il auroit affaire. Un autre miracle non moindre arriva à l'endroit du maistre Charpentier, qui avoit entrepris la structure de la Cathedrale de Treguer ; il avoit coupé toutes ses poutres & autres pieces trop courtes de deux pieds ; cela le mit au desespoir & se vouloit pendre ; en cette destresse, il alla trouver saint Yves, &, en sa presence & d'une multitude de peuple, mesura son bois une & deux fois & le trouva tel qu'il avoit dit : saint Yves le consola, &, s'estant un peu abaissé, pria Dieu pour luy, puis luy dist : "Mon amy, prenez vostre ligne, mesurez encore une fois, vous vous estes peut-estre trompé" : il obeït au Saint & trouva toutes ses pieces plus longues de deux grands pieds qu'il ne falloit.

XXIV. Enfin, saint Yves tout cassé & usé, plus de travaux & austeritez que de vieillesse, tomba malade aprés Pasques ; &, connoissant que Dieu vouloit mettre fin à ses travaux & donner commencement à son repos, il se disposa à ce passage, quoy que toute sa vie n'eust esté qu'une continuelle préparation à la mort. Le Mercredy, quinziéme de May, Vigile de l'Ascension, il se sentit si foible & debile, qu'à peine se pouvoit-il tenir sur pieds ; il celebra la Messe en sa Chapelle de Ker-Martin, l'Abbé de Beauport le soustenant d'un costé, & Messire Alain, Archidiacre de Treguer, de l'autre. La Messe estant finie, il entendit de confession ceux qui se presenterent, puis se coucha sur sa claye ordinaire. Les nouvelles de sa maladie divulguées, plusieurs personnes de qualité le visiterent, tant Ecclesiastiques que Laïcs : entr'autres, s'y rendirent l'Official, (qui lui avoit succedé en cét Office) & un Recteur, nommé Jean, lesquels, le voyant si durement couché sur sa claye, en ses accoustremens ordinaires, le reprindrent de cette trop grande austerité, disant, qu'à tout le moins il devoit avoir davantage de paille sous soy ; mais il leur repondit doucement "qu'il estoit bien ainsi, & qu'il n'en meritoit pas d'avantage".

XXV.Le lendemain, Jeudy, seiziéme de May, jour de l'Ascension, il se confessa & se fit revétir de ses habits Sacerdotaux ; &, voyant sa Chappelle pleine de peuple, qui de toutes parts le venoit visiter, il leur fit une belle exhortation, laquelle leur tiroit les larmes des yeux ; &, voyant qu'un grand nombre de ses Paroissiens de Lohanech le venoit voir, il y envoya Jacques, son serviteur, pour les remercier de sa part & leur dire qu'il estoit en bon estat, graces à Dieu. Le Vendredy, dix-septiéme May, un Prestre, nommé Messire Derrien, luy ayant dit, entr'autres propos, qu'il devoit faire venir le Médecin, le Saint, levant les yeux & les bras vers un Crucifix qu'il avoit devant soy, lui dist qu'il n'avoit affaire d'autre Médecin que de celuy-là. Le Samedy, dix-huitiesme jour de May, il fut mis en Extréme-Onction, presens le Grand Vicaire & Official de Treguer, Messires Geffroy et Alain Prestres ; le Prestre qui l'oignoit s'appelloit Messire Hamon, auquel il répondoit & aidoit, ayant la veuë portée sur le Crucifix. Aprés, il s'affoiblit fort & perdit la parole ; &, ayant passé le reste de ce jour & toute la nuit suivante en veilles, prieres & contemplations, le lendemain, Dimanche aprés l'Ascension, dix-neufiéme de May, au Crepuscule, cette sainte Ame s'envola au Ciel, où elle joüit de celuy, à qui elle avoit fidellement servy en ce monde. Il deceda le cinquantiéme an de son âge, cinq mois moins, & de Nostre Seigneur l'an 1303, le dix-huitiéme du regne de Jean II du nom, Duc de Bretagne.

XXVI. Le jour mesme, le Corps fut porté, de la Chapelle de Ker-Martin où il estoit, dans la grande Eglise de Treguer, où il se rendit une innombrable multitude de peuple de toutes parts ; les uns baisoient ses pieds, autres, ne pouvans approcher de si prés, y faisoient toucher leurs Chapelets, Heures ou Medailles, lesquels ils retenoient puis aprés en grande reverence ; mais la pitié estoit de voir les pauvres veuves, orphelins, mendians & autres miserables, qui, allans à trouppes se jetter devant le Cercueil du defunt, déploroient la perte qu'ils faisoient de leur Pere nourrissier, Avocat & Consolateur. Il fut dépoüillé de ses pauvres haillons & revétu d'autres habits ; les siens furent serrez reveremment, hormis une partie qui fut ravie par le peuple. L'enterrement fut solemnellement celebré, & le Saint Corps mis en terre, où il ne fut gueres que Dieu ne l'honorast de grands miracles.

XXVII. -1- Un pauvre homme malade, estant tombé dans le grand puits de Land-Treguer, se recommanda à saint Yves & y demeura sans se noyer, ni aller sou sl'eau, jusques à ce qu'on l'alla retirer.
-2- Un pauvre homme de Nyort, condamné d'estre pendu & étranglé, se recommanda à saint Yves, promettant s'il le délivroit de ce danger, qu'il iroit visiter son Sepulchre : il fut bien pendu ; mais, quelque effort que fit le bourreau, il ne luy pût jamais faire aucun mal, moins encore l'etrangler.
-3- Un honneste personnage, nommé Messire Hervé de Kerguezenou, allant par pays, passant un pont nommé vulgairement Pont-Arz, tomba, avec son cheval, dans la rivière fort profonde & rapide, &, ne se pouvant aider, estoit en danger de se noyer ; mais ayant invoqué saint Yves, son cheval bondit hors l'eau & se mit en lieu de seureté ; sa valise de cuir, qui avoit coulé au fond, revint sur l'eau, sans que des papiers de conséquence qu'il y avoit fussent aucunement moüillez ny gastez.
-4- Un jour, Escuyer Jean de Pestivien & quinze autres personnes, déplacez du Manoir de Ros-Color pour aller en l'isle de Teven, une lieuë dans la mer, furent subitement accueillis d'une tourmente qui brisa leurs avirons, en sorte que le batteau, battu des vagues & entre-ouvert de toutes parts, alloit couler au fond ; en ce péril, ils réclament saint Yves, &, incontinenet, leur batteau fut jetté doucement au mesme lieu où ils s'estoient embarquez, duquel ils sortirent tous sains & saufs.

XXVIII. -5- Yves le Terrier & Jean le Tarz, de la Paroisse de Pleumeur-Gautier, avec nombre d'autres, estans en un batteau sur Mer, entre l'isle de Maudez & Lezar-Trew, ayans esté surpris d'une cruelle tempeste, furent battus de telle furie, que leur vaisseau coula à fonds & noya tous les autres, ces deux exceptez qui se voüerent à S. Yves.
-6- Messire Alain de Kerenrays, Escuyer, & sa femme, voyans leur valet & leur cheval emportés du courant impetueux d'une riviere jusques à pleine Mer, les recommanderent à Dieu & à saint Yves, &, tout à l'instant, ils entrerent dans le Havre de Loüaner, Diocese de Vennes, & se sauverent à terre.
-7- Dix hommes de la Paroisse de Plou-Pezr firent naufrage entre Bec-Milliaw & le Gueaudet, leur vaisseau ayant esté si furieusement battu de la tourmente qu'il coula à fonds ; en cette extrémité, ils eurent recours à Dieu & à saint Yves, lesquels ils invoquerent de bon cœur à leur aide & furent miraculeusement jettez à la coste, sains & gaillards.
-8- Messire Guillaume Tournemine, Seigneur de la Hunaudaye, Diocese de S. Brieuc, tombé, avec son cheval, dans une fondriere és greves de Hillion, en manifeste danger de sa vie, ayant invoqué saint Yves, son cheval bondit hors & se sauva & luy aussi.
-9- Un jeune garçon de la Paroisse de Tredarzec, prés Land-Treguer, en danger de se noyer, fut sauvé miraculeusement à l'invocation de saint Yves.
-10- Un batteau, où y avoit grand nombre de personnes, se brisa contre un rocher en pleine Mer, ce que voyans ces pauvres gens, tous d'une voix se recommanderent à saint Yves ; ils allerent premierement à fonds, puis revinrent sus & furent doucement jettez au rivage, sans autre mal.

XXIX. -11- Un certain, nommé Jean le Liévre, de la Paroisse de Tredarzec, estant allé en Mer, avec plusieurs autres, le batteau, battu des vents & des vagues, coula à fonds & noya tous les autres, luy seul excepté, qui s'estoit recommandé à S. Yves. Somme, il a delivré quatorze de peril de se noyer, soit en eau douce, soit sallée ; à son Sepulchre quatorze paralytiques ont receu guerison, six insensez, trois aveugles & neuf autres vexez de diverses maladies ; mais venons au plus grand des miracles, qui est la suscitation des morts.
-12- Un jeune enfant, âgé de quatorze ans, nommé Raymond le Roux, fils d'Alain le Roux, de la Paroisse de Boul-Briac, Diocese de Treguer, tombé sous la rouë d'un moulin, brisé & blessé en la teste & par tout le corps, fut enfin tiré mort, aprés avoir esté demie heure dans l'eau ; mais ayant esté voüé à saint Yves par Geoffroy Morvan, avec promesse d'offrir uen ceinture de cire au Sepulchre du Saint, il ressuscita, devant tous les assistans, sain & guery de ses blessures.
-13- En la Paroisse de Prat, Diocese de Treguer, une veuve nommée Azenor, avoit un fils, nommé Alain, lequel estant mort sur les quatres heures aprés midy, sa mere pria Dieu & le recommanda à saint Yves ; le matin, comme on le vouloit mettre dans ses chasses, il ressuscita & vécut douze ans depuis, sans autre incommodité, sinon qu'il avoit une de ses narrines close.

XXX. -14- Un jeune Enfant de la Ville de Land-Vvion, nommé Aymeric, âgé de dix ans, s'estant noyé en un bras de Mer, éloigné de deux lieuës de sa maison, rapporté chez ses parens, sa mere, toute éplorée, se jette à genoux, le voüe à saint Yves & tout à l'heure il ouvrit les yeux & appella sa mere, laquelle l'interrogeant où il avoit esté ? "Avec un Seigneur (dit-il) accoustré tout de blanc, lequel m'a tiré hors de l'eau où j'estois suffoqué."
-15- Un jeune Enfant, âgé de cinq ans, nommé Yves, fils de Rivallon, de la Paroisse de Plou-Guiell, prés Land-Treguer, estant mort le Jeudy Saint, environ la minuit, sa mere ayant prié saint Yves pour luy, il ressuscita le jour de Pasques, à l'heure de Vespres.
-16- Un petit Enfant, nommé Alain, fils d'Yves Cadiou, de la Paroisse de Ple-Bien, Diocese de Treguer, s'estant noyé en un fossé prés de la maison, ses pere, mere & oncles, l'ayant voüé à saint Yves, il ressuscita & vivoit encore du temps de l'Enqueste.
-17- Un autre Enfant, nommé Jean, fils de Pierre Men, âgé de quatre ans ou environ, tiré de dessous la rouë d'un moulin qui l'avoit tout fracassé, voüé à saint Yves, revécut le lendemain.
-18- Un autre petit Enfant, nommé Jean, âgé d'un an & demy, porté par sa mere, Jeanne du Vau, Paroissienne de Ple-Bien, Diocese de Treguer, sur le bord d'une fontaine, tomba dedans, se noya & fut tiré mort ; mais voüé au Saint par sa mere, ressuscita & vivoit lors qu'on faisoit les Enquestes des miracles pour Canonizer ledit Saint.

XXXI. -19- Un Enfant en la Ville de Land-Treguer, tué d'un coup de ruade d'un cheval, porté au Sepulchre de S. Yves, ressuscite.
-20- Un autre Garçon, nommé Guillaume, de la Paroisse de Garlan, prés Morlaix, âgé de six ans, tombé dans l'estang de Porz-meur, en fut tiré mort ; mais recommandé & voüé par sa mere à saint Yves, il ressuscita & vivoit encore du temps de l'Enqueste.
-21- Un Enfant de la Paroisse de Bolez, Diocese de Treguer, âgé de six ans, s'estant noyé dans la riviere de Guindi, voüé à saint Yves, ressuscita.
-22- Henry Olivier, noyé en l'estang de Pleulouan, en Cornoüaille, recommandé à saint Yves, ressuscita.
-23- Item, une jeune fille, nommée Tephan, de la Paroisse de Plouenan, Diocese de Leon, évidemment morte, saint Yves reclamé, ressuscita.
-24- Guerinette, fille de Riou Alan, au Diocese de Leon, estant morte à trois heures aprés midy, un Samedy, voüée à saint Yves, ressuscita le Dimanche, pendant la grande Messe.
-25- Une petite fille, âgée de trois ans, nommée Amice, ayant esté malade, trois mois durant, mourut, & voüée à saint Yves, trois heures aprés recouvra la vie.

XXXII. -26- Une femme de la ville de Guerrande, Diocese de Nantes, estant grosse, l'enfant mourut dans son ventre ; elle vint à land-Treguer en Pelerinage, visiter le Sepulchre de saint Yves, &, si-tost qu'elle se futr agenouillé prés du Tombeau, son ventre tout à coup enfla de telle façon, que sa ceinture & la bande de son cotillon se rompirent & le fruit revint en vie dans son ventre, fut né deux mois aprés, fut nommé Guillaume, & vivoit quand on fist les Enquestes, âgé de dix ans.

XXXIII. -27- Semblablement, une femme, nommée Suzane, de la Paroisse de Ploudaniel, Diocese de Leon, estant enceinte, son fruit estant mort depuis cinq jours, elle invoqua saint Yves, & tout incontinent, en moins d'un Ave Maria, elle enfanta un fils, qui fut Baptisé & vescut neuf jours, sans laict ny autre nourriture quelconque.
-28- Une autre femme de la Paroisse de Plou-Neiz, au Comté de Goëlo, Diocese de S. Brieuc, ayant enfanté un enfant mort, iceluy, voüé à saint Yves, ressuscita sur le champ & estoit en vie quand on fit les Enquestes. Ce ne seroit jamais fait, si je voulois, par le menu, raconter les autres miracles que Dieu fit par son moyen, avant sa Canonization.
-29- Une femme de Cornoüaille delivrée du peril de la mort pour la difficulté de son accouchement.
-30- Une autre receut mesme assistance en la Paroisse de Penguenan, Diocese de Treguer. Une autre de Plestin obtint laict pour nourrir son enfant. Un navire de Treguer en péril, voüé à saint Yves, garenty de la tourmente. Un jeune enfant, le feu s'estant pris à son berceau qui fut brûlé, fut conservé, ayant été, par sa nourrice absente, voüé au Glorieux saint Yves.

XXXIV. Le Duc Jean III du nom, voyant les grands miracles qui se faisoient, en sa Duché, par les merites de saint Yves, dressa un honorable Ambassade vers le Pape Clement V, suppliant sa Sainteté de commettre quelques uns pour informer de la Vie, Mœurs & Miracles de saint Yves ; pour, puis aprés, proceder à sa Canonization. Le Pape se rendit un peu difficile à cette Requeste ; mais il mourut peu aprés, & luy succeda Jean vingt-deuxiéme, auquel le Duc envoya en Amabssade Yves, Evesque de Treguer, & Monseigneur Guy de Bretagne, Comte de Penthévre son oncle, accompagnez de plusieurs autres Seigneurs Bretons. Tous les Evesques de Bretagne seconderent l'intention du Duc ; d'autre costé, Philippe de Valois, Roy de France, la Reyne Jeanne, sa femme, l'Université de Paris & grand nombre d'Archevesques, Princes, Seigneurs & Communautez firent telle instance au saint Pere de Canonizer ce Saint, que Sa Sainteté resolut d'y proceder.

XXXV. Cela ainsi arresté, fut decernée commission aux Evesques d'Angoulesme & de Limoges & à l'Abbé de St. Martin de Toarné, Diocese de Bayeux, de faire diligente perquisition de la Vie, Mœurs & Miracles de saint Yves ; pour à quoy obeïr, ils vinrent en Bretagne &, le vingt troisiéme jour de Juin, l'an 1330, commencerent, en la Ville de Land-Treguer, à executer leur commission, & jurerent 300 témoins (lesquels depuis ils ouïrent separément), que saint Yves avoit esté bon & fidelle Catholique, saint Homme, & que, pendant sa vie & parés sa mort, Dieu, par son intercession, avoit fait plusieurs grands miracles ; & de mesme jurerent plus de cinq cens autres. Aprés avoir conferé ensemble & avoir levé lesmains vers l'Eglise Cathedrale de Treguer parlans par l'organe de R. Peree Maurice, Abbé de Sainte Croix, Diocese de Treguer ; lequel, au nom & de la volonté du peuple là present, ayant fait le serment en son Ame & en l'Ame de tous & chacun desdits assistans, & ayant touché le livre des Evangiles, en porta exprés temoignage, & fut achevée cét enqueste, le 4 d'Aoust suivant, à laquelle furent presens Me Pierre du Closeau, natif d'Angoulesme, Barthelemy Prieur, natif de Berry, Prieur Seculier de l'Eglise de Grages, Diocese de Bourges, Guillaume, Chanoine du Mans & d'Authun, Jacques, Chanoine d'Angoulesme, Raoul, Archiprestre de Tiroza, en Limosin, Jacques, Recteur d'Asso, en Languedoc, Diocese de Tholose, & Jean d'Allemand, de Limoges, tous Notaires Apostoliques, & Messire Roger Polin, du Diocese de Bayeux, Notaire Imperial ; &, d'autant qu'ils n'entendoient la langue Bretonne, ils firent pour truchemens & interpretes Venerable Auffray, Abbé de Bon-Repos, de l'Ordre de Cisteaux, Diocese de Cornoüaille, Messire hervé de Pluzunet, Chanoine de Saint Brieuc & de Vennes, Olivier de la Cour, Clerc, & Messire Jecques, Recteur de Meskel, Diocese de Vennes, tous Notaires Apostoliques.

XXXVI. L'an suivant, 1331, le 4e jour de Juin, l'Evesque de Limoges presenta, en plein consistoire, l'Enqueste, & Sa Sainteté députa trois Cardinaux pour l'examiner, sçavoir est : Jean, Evesque Portunense, Suffragant du Pontife Romain, Jacques, Prestre, cardinal de Sainte Prisce, & Luc, Diacre de Sainte marie in via lata, lesquels, l'onziéme du mesme mois, ayans pris le serment desdits Commissaires sur la verité de leur susdite enqueste, l'examen fait, reduisirent toute la substance d'icelle en procez-verbal, selon lequel, ils firent leur rapport au saint Consistoire ; mais, sur ces entrefaites, mourut le Pape Jean XXII, auquel succeda Clément VI, lequel celebra fort solemnellement la Canonization de saint Yves, qu'il avoit procurée (n'estant encore que Cardinal) enves les Papes Clement V, Benoist XI & Jean XXII, auquel ayant succedé au Souverain Pontificat, un jour comme il alloit par pays, saint Yves lui apparut un baston en main, & l'exhorta de se haster à la Canonizer. Le Saint Pere le fit en grande solemnité, le 9, jour de May 1347. Voicy la teneur de l'Arrest de sa Canonization :

XXXVII. A l'honneur du Tout-Puissant, Dieu, Pere, Fils & S. Esprit, pour l'exaltation de la Foy & augmentation de l'Eglise catholique ; de l'authorité dudit Seigneur Dieu, Pere, Fils & Saint Esprit & des Bien-heureux Apostres Pierre & Paul & de la nostre, & du commun avis de nos Freres, Decretons & diffinissons que le Sr Yves Helouri, de bonne meoire, par cy-devant Prestre du Diocese de Treguer, doit estre écrit au Catalogue des Saints & doit estre de tous honoré comme Saint, &, de fait, l'écrivons au Catalogue des dits saints ; Statuons & Ordonnons que tous les ans, au 19 de May, qui est le jour de son decés, sa feste soit celebrée par l'Eglise Universelle devotement et solemnellement, & luy soit fait Office, comme d'un Confesseur non Pontife. Au surplus, de la mesme authorité, concédons à tous ceux qui, Penitens & Confessez, au jour de l'Elevation de son Corps, ou le jour qu'on celebrera la premiere Feste en son honneur, visiteront l'Eglise de Treguer, sept ans & sept quarantaines d'indulgences ; &, durant les Octaves desdites Elevation & solemnité premiere, chacun un an & une quarantaine ; & à ceux qui visiteront le Sepulchre dudit saint, chacun an, au jour de sa nativité, ou de sa Mort, ou de l'Elevation de son S. Corps un an & une quarantaine ; & à ceux qui le feront aux jours estans dedans l'Octave desdites festes cent jours de pardon & Indulgences des Penitences à eux enjointes.

Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert Le Grand (1636) - Vè édition de 1901 - Quimper