Nicolas Le Marié (1797-1870), maire et entrepreneur - GrandTerrier

Nicolas Le Marié (1797-1870), maire et entrepreneur

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Catégorie : Personnages
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Personnage Politique


Nicolas Le Marié
maire d'Ergué-Gabéric
Mandats 1832
Profession entrepreneur
Domicilié à Odet
Courant politique -
Faits marquants démission après 8 mois, partisan du transfert du Bourg
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Autres lectures : « 1821-1822 - Premières transactions foncières du marchand Nicolas Le Marié » ¤ « 1852 - Acquisitions à Odet et au moulin de Coat-Piriou par Nicolas Le Marié » ¤ « 1832 - Lettres de nomination et de démission du maire Nicolas Le Marié » ¤ « 1825-1860 - Relevés de production de la papeterie d'Odet » ¤ « RANNOU Betty - Le Bourg, chef-lieu à Lestonan » ¤ « 1859 - Construction du pont entre Odet et Briec » ¤ 

[modifier] 1 Biographie

Nicolas Le Marié est né le 16 floréal de l'an 5, à savoir le 05/05/1797 [1] place Maubert à Quimper. Il épouse le 19/07/1824 Marie le Pontois de Lorient (d'une famille originaire de Normandie). Il décède le 04/03/1870 à l'âge de 72 ans au Moulin d'Odet en Ergué-Gabéric.

Son grand père était marchand à Tussé en Nornandie. Son père François-Marie exerçait le métier de marchand "fayencier" place Maubert (tout en demeurant rue Kéréon) [2], et peut-être aussi celui de directeur d'une manufacture de tabac de Morlaix (date et source non attestées [3]).

Nicolas Le Marié habitait Odet, et il fut le fondateur de la manufacture à papiers d'Odet. Il tiendra pendant 40 ans les rênes de l'entreprise. En 1861 il fait une attaque cérébrale suite à une chute. Ne laissant pas d"héritiers pour prendre sa succession (ses fils sont décédés, et sa fille survivante est dans les ordres religieux), il doit passer la main à son neveu le docteur Bolloré.

Génealogie : La Généalogie Le Marié. La parenté avec les branches Bolloré est visible sur l’arbre généalogique : sa soeur Marie-Perrine va se marier avec un Jean-Guillaume Bolloré, et la fille de cette dernière, prénommée Marie-Perrine-Elisabeth, se mariera avec Jean-René Bollore le médecin.

 

Une rue de la commune d'Ergué-Gabéric lui est dédiée : comme par hasard il s'agit de la rue, à Pen-Carn-Lestonan au centre de la commune, où siègent le site de Bolloré Technologies et l'usine Bascap.

[modifier] 2 Mandat municipal

En 1832 Nicolas Le Marié est nommé maire d'Ergué-Gabéric par le préfet et par délibération du conseil municipal du 19 février 1832. Dans un premier temps, dans une lettre datée du 1er février, Le Marié refuse le poste de maire en ces termes : « Je suis extrêmement flatté de cette preuve de confiance ... mais une fabrique nouvelle que j'ai créée, et qui exige tous mes soins par l'extension que je lui donne en ce moment ne me laisse pas le temps nécessaire » [4]. Le préfet n’accepte pas cette démission, et Nicolas Le Marié doit assurer les fonctions de maire de février à octobre 1832, date à laquelle sa démission est enfin acceptée, et notée lors du conseil du 27 janvier 1833.

Mais ce n’est pas pour autant que Nicolas Le Marié est absent de la vie politique locale. Il reste plus de dix ans dans le conseil municipal et exerce son influence pour faire aboutir en 1840 le projet de transfert du Bourg à Pen-Carn Lestonan, à savoir à proximité de son usine. Mais l’adjoint Hervé Lozac’h organise l’opposition au projet qui est définitivement abandonné en 1842.

 

Le transfert de Bourg à Lestonan aurait apporté des facilités de transport entre Odet et Quimper. Les travaux de voirie entre l’ancien Bourg et Odet furent néanmoins acceptés par le conseil municipal en 1847 : « Considérant qu'il serait important que les travaux commençassent le plus tôt possible afin de pouvoir procurer immédiatement des moyens d'existence aux journaliers de la commune qui souffrent encore de la pénurie de travaux et de la cherté du blé ».

En 1848, Nicolas Le Marié refusa de figurer sur la liste de l'Union Conservatrice qui emporte la majorité à l'Assemblée constituante.

[modifier] 3 L'entrepreneur

En 1822 Nicolas a 24 ans et il se lance dans une aventure industrielle, la création de la manufacture de papiers à Odet. Certains biographes insistent sur le fait qu’il fut conseillé et aidé par ses beaux-frères Bolloré. Mais rien n’est moins sûr, car cette assertion repose sur une fausse plaque de commémoration de la pose de la première pierre. En effet la transcription de cette plaque aujourd’hui disparue a été publiée à deux reprises, l’une en 1922 dans le discours du centenaire de l’abbé André-Fouët, l’autre en 1930 dans le « Livre d’or des papeteries René Bolloré ». En comparant les deux versions on constate que la phrase initiale « Nicolas Le Marie, de Quimper a posé la première pierre » a fait l’objet d’une transformation surprenante !

Les papiers d’archives qui témoignent de l’existence du fondateur de la papeterie ne sont pas nombreux. C’est sans doute la raison pour laquelle la légende a toujours prédominé, et la désinformation le concernant est souvent utilisée pour accroitre le rôle de ses successeurs, les Bolloré.

Néanmoins, aux Archives Départementales du Finistère certains papiers attestent de son énergie, notamment une lettre de sa main du 20 janvier 1825 [5] dans laquelle il écrit à l’Administration préfectorale : « … divers renseignements concernant   mon établissement », « Ma fabrique étant toute nouvelle ... », « le nombre de mes ouvriers ... ». L’emploi répété du possessif  renforce l’idée d’un homme déterminé à assumer ses responsabilités et ses projets d’entreprise.

Dans les mêmes séries d’archives, 6M 1029 de l’an IX-à 1829 et 6M 1032 au-delà de 1856 [5], on trouve les statistiques de production réclamées par l’Administration Départementale. Ces chiffres étaient fournis par Nicolas Le Marié et ensuite transmises par le maire de l’époque. En 1856, ce dernier, Michel Feunteun, écrit  : « Comme Monsieur Le Marié est absent depuis plusieurs jours, il m'a été impossible jusqu'ici de vous faire parvenir les renseignements que vous me demandez, par votre lettre en date du 7 courant, sur la situation des travaux industriels de la fabrication de papier qui se trouve sur ma commune. Dès que Monsieur Le Marié sera de retour, je m'empresserai, Monsieur le Préfet, de vous expédier les renseignements que vous désirez. » [5]

La progression de la production de papiers peut être mesurée par le nombre d’ouvriers occupés : 31 en 1828, 95 en 1856, 102 en 1857, 107 en 1859, 110 en 1860. En 1928 la production est répartie ainsi : 90.000 kgs de drilles (*) pour produire 3456 rames de papier blanc et 4218 rames de papiers gris. En 1828 le salaire journalier était de 2 francs 25 pour les ouvriers et de 1 franc 25 pour les ouvrières. En 1860 il est en moyenne de 1 franc 80. [5]

 

En 1856, une note de la main de Nicolas Le Marié, de la même écriture que la lettre de 1825, accompagne le relevé de production : « Qu’entend-on par Causes des augmentations ou des réductions ? Si c’est des quantités produites, elles s’accroissent chaque année, et le personnel aussi. Si c’est la valeur des produits, ils se sont élevés par suite des hauts prix des matières premières et des demandes assez actives. Observation : par suite des travaux en cours d’exécution, cette fabrique tend à un plan de grand développement ». [5]

Dès 1822 Nicolas Le Marié va s’établir durablement à Odet, alors que les lieux ne comportaient aucune habitation, hormis les moulins de Meil-Mougeric et de Gougastel sur la commune de Briec. Côté Ergué-Gabéric sur le recensement de 1790 on ne décompte aucune maison habitée.

Or dans le recensement de 1836, sur le lieu-dit du Moulin d’Odet, on dénombre 45 habitants répartis sur quatre maisons principales. Nicolas Le Marié, qualifié de fabricant de papier, en fait partie avec son épouse, ses deux premières filles, un cousin Jean-Marie Le Pontois (qu'on appelait « Jean du Moulin »), et les domestiques. A noter que 32 habitants sont déclarés habiter précisément au « moulin à papetier », car logés sur place par Nicolas Le Marié. Les autres chefs de famille d’Odet (et de Keronguéo) sont tous papetiers ou papetières, à l’exception d’une cultivatrice et de deux domestiques.

En guise d’exemple de fin des pouvoirs uniques de Nicolas Le Marié sur la bonne marche de son entreprise, on peut prendre le dossier de demande de construction en 1859 du pont de pierres au-dessus de l'Odet menant à la commune de Briec (Archives Départementales du Finistère cote 3 0 595). La signature de ce document est triple : « Bolloré aîné, Lemarié et Feunteun maire ».

Celui qui signe « Bolloré aîné » n’est autre que le beau-frère de Le Marié : Jean-Guillaume Bolloré, directeur d'une fabrique de chapeau (25 ouvriers) à Quimper-Locmaria ; époux en 1819 de Marie Perrine Le Marié, la demi-sœur de Nicolas Le Marié. Il signe ainé, vraisemblablement par rapport à son frère René-Corentin, et participe dès lors aux affaires de Nicolas Le Marié.

En 1861 Nicolas Le Marié fait une chute accidentelle et en sort très diminué physiquement et intellectuellement. Son neveu Jean-René Bolloré, gendre de Jean-Guillaume et fils de René-Corentin, va prendre la suite de Le Marié à la direction la papeterie d’Odet qu’on pourra dès lors appeler « Papeterie Bolloré ». Car, autant les Bolloré s’étaient tenus à l’écart des activités papetières lors des premières décennies de la manufacture, autant à partir de la fin des années 1850 via la cogestion de Jean-Guillaume, et en 1861-62 via la pleine direction de Jean-René, ils vont conserver l'entreprise sur six générations.


Notes :

  1. 16/flor/An05 (5 mai 1797). Quimper. Lieu-dit : Place Maubert (Pays : Quimper ) : LE MARIE Nicolas, garçon, Enfant de François, âgé de 42 ans, et de GOSSELIN Perrine, âgée de 34 ans. Témoins : Jean François LE MARIE, 06 ans / Catherine Anne LE MARIE, 08 ans, Soeur du précédent / Jean Baptiste GILLIS, (signe) / Joseph SCOUARNEC. Notes - Enfant présenté par Le Père (signe), originaire de Tellières, Orne, La mère est originaire de Malestroit. Source: relevé CGF. [Ref.↑]
  2. Source Maurice Penverne: En 1793, François LE MARIÉ est dit marchand fayencier, domicilié place Maubert à Quimper, en 1796 il demeurait rue Kereon. [Ref.↑]
  3. Dans son discours lors des fêtes du centenaire (1822-1922) l’abbé ANDRÉ-FOUËT à la page 3, parlant de François LE MARIÉ, le père de Nicolas LE MARIÉ, écrivit ceci : « Venu de la Ferté-Macé à Morlaix, il y avait dirigé une manufacture de tabac. Le monopole définitif que la loi de 1816 venait de donner à l’État forçait le dernier de ses fils à diriger ailleurs son activité » (Le dernier de ses fils, c’est à dire Nicolas LE MARIÉ). Des recherches ont été effectuées en vain pour retrouver la trace à Morlaix de François Le Marié entre 1797 et 1816. [Ref.↑]
  4. Cf documents d'archives : « 1832 - Lettres de nomination et de démission du maire Nicolas Le Marié » ¤  [Ref.↑]
  5. Documents aux Archives de Quimper contenant des courriers et des relevès de production de la papeterie d'Odet entre 1825 et 1860 : Cotes 6M 1029 et 6M 1032 [Ref.↑ 5,0 5,1 5,2 5,3 5,4]


Thème de l'article : Biographie et histoire d'un mandat de maire

Date de création : septembre 2006    Dernière modification : 4.03.2017    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]