Bénédiction de l'école libre d'Odet, Semaine Religieuse 1928 - GrandTerrier

Bénédiction de l'école libre d'Odet, Semaine Religieuse 1928

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Autres lectures : « Ecoles privées Saint-Joseph et Sainte-Marie de Lestonan » ¤ « Invectives du comité de Défense Laïque contre René Bolloré, Le Cri du Peuple 1927-1929 » ¤ 

[modifier] 1 Résumé des articles

Dans le bulletin hebdomadaire diocésain, l'article ci-dessous relate l'inauguration le 28 septembre 1928 de la nouvelle école privée de Sainte-Marie du quartier d'Odet-Lestonan. Certes le texte est empreint de religiosité et de bienveillance vis-à-vis du paternalisme ambiant : « on les dirait tous enfants d'une même famille, travaillant chez leur père », « la générosité de M. Bolloré » ...

Mais on y apprend tout de même un certain nombre de choses. Notamment qu'il pleuvait averse ce jour-là sur Lestonan. La population commente ainsi en breton : « An diaoul n'eo ket kontant » (le diable n'est pas content), « An dra-ze a reio vad d'an daour » (cette chose-là va faire du bien à la terre). Ensuite on remarque la présence le l'évêque, Mgr Duparc [1], qui est acclamé, ce qui a priori n'arrivait que rarement en pays glazik. À la fin de son allocution, il ira même jusqu'à « recommander aux parents de rester toujours fidèles à la langue et aux traditions de la Bretagne ».

Ensuite on remarque la présence des autres personnalités :

  • M. et Mme René Bolloré, et Mme Bolloré mère.
  • Le vénérable M. Thubé [2] et son épouse, beau père de René Bolloré.
  • Le Révérend Père de la Chevasnerie qui fait un petit discours.
  • et aussi parmi les écoliers, « un charmant petit garçon, délicieusement solennel avec son chapeau de glazik et son bragou-braz ». Qui était donc cet enfant que le journaliste a remarqué ?

En novembre de la même année, René Bolloré organise une Retraite à l'usine d'Odet pour ses ouvriers et ouvrières, avec sermons et cantiques pendant deux journées entières. Le compte-rendu reprend l'éloge des actions du patron pour l'âme de son personnel, et donne le chiffre énorme de 594 communiants, avec, ce qui n'était pas fréquent ailleurs, une forte moitié d'hommes parmi les adultes, à savoir les ouvriers salariés. À noter que les projections et les prédications avec support de « taolennoù » [3] n'étaient pas organisées à l'usine, mais à l'école Sainte-Marie de Lestonan.

[modifier] 2 Transcription de la bénédiction

(SR du 12.10.1928)

Ergué-Gabéric. - Bénédiction de l'école libre d'Odet - En ce temps de luttes de classes, l'étranger qui visite la papeterie est surpris par la bonne humeur et l'entrain des ouvriers : on les dirait tous enfants d'une même famille, travaillant chez leur père. Cela s'explique, sans doute, par la beauté du paysage, le confort des ateliers où sont observées toutes les règles de l'hygiène, la perfection des machines qui rendent le travail très facile, - mais surtout par la conduite des patrons, qui ont dû méditer longuement l'Encyclique de Léon XIII sur la condition des ouvriers et qui traitent leurs employés en amis et non en mercenaires.

Cependant, il manquait quelque chose au bonheur des habitants d'Odet ; ils n'avaient pas d'écoles libres. Grâce à la générosité de M. Bolloré, cette lacune est en partie comblée : Odet a enfin une école de filles.

C'est vraiment un « palais scolaire » : rien n'y manque, pas même le chauffage central.

La bénédiction a eu lieu le 29 septembre. Bien avant 10 heures, la population tout entière était massée dans la cour, admirant l'école merveilleusement décorée. Ce n'était partout que fleurs, banderoles et guirlandes, disposés avec un goût très sûr. C'eût été parfait si le soleil s'était mis de la partie. Mais il pleuvait à verse. Les braves gens faisaient contre mauvaise fortune bon cœur : « An diaoul n'eo ket kontant », disait l'un. - « An dra-ze a reio vad d'an daour », ajoutait l'autre. Savoir se contenter de ce que l'on a, c'est bien le secret du bonheur !

L'Evêque [1] paraît. Il est salué par les cris de : « Vive Monseigneur ! », ce qui est vraiment un record au pays des glaziks.

Et les cérémonies de la bénédiction se déroulent, un peu contrariées par la pluie.

A la suite de Monseigneur [1], les fidèles pénètrent dans les classes, où les enfants sont assis, bien sages et très émus. Permi eux on remarque un charmant petit garçon, délicieusement solennel avec son chapeau de glazik et son bragou-braz.

 

Monseigneur monte à la tribune. A ses côtés se trouvent, outre le clergé paroissial, MM. les vicaires généraux Cogneau et Joncour, M. Thubé, vicaire général et directeur de l'enseignement libre de Vannes, les RR. PP. de la Chevannerie et Aubry, MM. les chanoines Salomon, Le Goasguen et Grill.

Dans l'auditoire, nous remarquons le vénérable M. Thubé [2], l'intègre magistrat et le grand chrétien qui n'hésita pas à briser une brillante carrière plutôt que d'appliquer les lois scélérates, mme Thubé, et Mme Bolloré mère, maternellement occupées du petit monde devenu leur famille d'adoption, Mme la Supérieure générale et l'assistante des Filles du Saint-Esprit.

Le Père de la Chevannerie prend la parole. D'une voix forte et persuasive, en un style imagé, il montre la nécessité de l'éducation chrétienne. Il émeut profondément ses auditeurs en racontant la navrante histoire d'un pauvre petit soldat de 20 ans qui, condamné à mort, dut apprendre en moins d'une heure l'existence de Dieu et les principaux mystères de notre religion, et trouva dans l'Eucharistie le courage d'aller au supplice « en marchant au pas des camarades, pour ne point déshonorer le régiment ».

Monseigneur [1] lui succède. Il excelle à enthousiasmer les foules ; il sait aussi charmer les enfants. Après avoir dit son bonheur de se trouver à Odet, où les belles fêtes sont fréquentes, il félicite ses jeunes auditeurs d'être devenus « propriétaires », propriétaires de ce magnifique établissement où ils recevront l'éducation chrétienne et une solide instruction profane, où ils trouveront plus tard les sages conseils des maîtresses expérimentées, les populaires Sœurs Blanches. Puis il remercie toutes les personnes qui ont contribué à la construction de cette école, et spécialement M. et Mme Bolloré, qui se sont modestement cachés dans la foule. Enfin, il recommande aux parents de rester toujours fidèles à la langue et aux traditions de la Bretagne.

Et c'est plaisir de voir avec quelle émotion les plus jeunes écoutaient le représentant de Celui qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants ».

On chante le cantique : « Nous voulons Dieu ». La fête est terminée. Chacun s'en va heureux, avec l'espoir que pareille cérémonie se renouvellera bientôt.

[modifier] 3 Transcription de la retraite

(SR du 07.12.1928)

Retraites d'Odet, 18-25 Novembre. - Léon Harmel [4] disait qu'un patron chrétien comprendrait mal sa religion s'il ne s'intéressait à la fois au coros et à l'âme de ses ouvriers, s'il ne prenait à cœur en vrai père, tous les intérêts de sa grande famille. Nous savons comment le bon Père a réalisé ce programme au Val des Bois [4].

C'est aussi le programme que s'efforce de réaliser M. René Bolloré dans ses usines, spécialement à Odet, l'usine-mère. D"élégantes maisons ouvrières, des cités entières sorties de terre sur son initiative ou avec son concours proclament combien il s'intéresse à la santé de son personnel. A la Papeterie d'Odet, les salariés vieillissent contents de leur sort et les parents n'ont qu'une ambition : y caser leurs enfants le plus tôt possible. La belle et vaste chapelle, aux vitraux si expressifs, avec un service religieux assuré, la nouvelle et superbe école chrétienne déjà pleine d'enfants disent bien haut quel souci le patron d'Odet a des âmes.

Pour développer et fortifier encore la vie chrétienne dans sa grande famille ouvrière, M. Bolloré vient de lui faire donner une série de retraites, qu'on a pu appeler, à juste titre, la mission d'Odet.

Un vieil ami de l'usine, un ami bien sincère des missions bretonnes auxquelles il avait rêvé de consacrer les ressources de son grand coeur et de son beau talent, le P. de la Chevasnerie, en avait accepté l'organisation et la haute direction. Les PP. Le Jollec et Le Provost lui ont prêté leur concours. Les chiffres diront plus éloquemment que tout le reste le succès de l'entreprise. Pour la première série, on a compté 198 communions (106 hommes) ; pour la 2e série, 328 (144 hommes). En y ajoutant les 68 enfants qui ont communié le dimanche, on atteint le chiffre de 594 communions.

 

Mais, diront les esprits chagrins, n'est-on pas venu à la mission surtout pour plaire au patron ? Le prétendre, ce serait faire injure au patron comme aux ouvriers : au patron aussi jaloux d'assurer la liberté de conscience qu'heureux de faciliter les pratiques chrétiennes ; aux ouvriers aussi fiers de leur liberté que de leurs convictions religieuses. Le prétendre, ce serait surtout dénaturer les faits. Quelle avidité, en effet, chez cette foule d'hommes et de femmes pour écouter la parole de Dieu ! Non contente des quatre exercices de la journée, elle accourait encore nombreuse au sermon de 6 heures du soir, et plus dense que jamais à la réunion de 8 heures à l'école pour voir les projections ou écouter l'explication des tableaux. Quel saint zèle pour le chant des cantiques ! Quel enthousiasme pour renouveler les promesses du baptême ! Le sympathique directeur de l'usine, le dévoué M. Garin, traduisait donc bien les sentiments de tous en remerciant les missionnaires et le patron d'Odet et en les faisant acclamer par les ouvriers.

Les petits enfants n'ont pas été oubliés ; l'après-midi du dimanche 25 Novembre leur a été consacré. Malgré le mauvais temps, ils sont venus si nombreux que la chapelle était pleine à déborder.

Espérance de la France,
Ouvriers, soyons chrétiens.
Que notre âme
Soit de flamme
Pour l'auteur de tous les biens !

Tel est le refrain qui a retenti à Odet pendant la mission. Les lèvres le redisaient avec enthousiasme, car les cœurs déjà brûlants de l'amour divin ne demandaient qu'à s'enflammer davantage. Daigne Celui qui « voulut comme nous être ouvrier » faire par sa grâce que ce souhait se réalise pour le grand bien des ouvriers comme du patron d'Odet !

Un témoin.

[modifier] 4 Coupures

[modifier] 5 Annotations

  1. Adolphe Duparc (1857-1946) fut l'évêque de Quimper et Léon de 1908 à sa mort. Il eut le souci de la formation du clergé de son diocèse en rachetant en 1913 le petit séminaire de Pont-Croix. Il développa l'enseignement catholique par la création de 110 écoles primaires. Il fut aussi l'homme de plusieurs combats : contre la séparation de l’Église et de l’État et laïcisation des écoles, lutte contre l'alcoolisme, patriotisme français, pétainisme, défense de la langue bretonne, excommunication des séparatistes bretons du PNB, ... [Ref.↑ 1,0 1,1 1,2 1,3]
  2. Gaston Amédée Thubé, né le 25 février 1851 à Nantes. Magistrat, procureur de la République, démissionne lors du partage des biens de l'église et de l'état, pour devenir armateur. Sa fille Marie va épouser le Papetier René Bolloré. Son fils Gaston aura en 1912 la médaille d'or de skiper aux jeux olympiques de Stockolm, et sera ensuite associé à la direction de l'entreprise Bolloré. [Ref.↑ 2,0 2,1]
  3. La tradition finistèrienne des prédications religieuses en s'appuyant sur des tableaux de mission ou taolennoù (tableaux allégoriques peints) a été introduite par Dom Michel Le Nobletz et Julien Maunoir dès le 17e siècle. [Ref.↑]
  4. Léon Harmel, né dans les Ardennes en 1829 et mort en 1915, était un industriel français. Ayant hérité de son père la filature du Val-des-Bois près de Reims, Léon Harmel, fortement inspiré par une spiritualité évangélique et franciscaine, entreprend de faire de son usine une sorte de communauté chrétienne où les ouvriers dirigent eux-mêmes un ensemble d'œuvres sociales : mutuelle scolaire, enseignement ménager, cité ouvrière... [Ref.↑ 4,0 4,1]


Thème de l'article : Reportages, revues de presse

Date de création : avril 2010    Dernière modification : 8.12.2018    Avancement : Image:Bullgreen.gif [Fignolé]    Source : Semaine Religieuse du Diocèse de Quimper et du Léon, 12 octobre 1928