Youenn Briand, ancien conducteur de la machine à papier n° 7 - GrandTerrier

Youenn Briand, ancien conducteur de la machine à papier n° 7

Un article de GrandTerrier.

Jump to: navigation, search
Catégorie : Mémoires  
Site : GrandTerrier

Statut de l'article :
  Image:Bullorange.gif [développé]

Image:MémoiresK.jpg

Il est décédé en 1973 à l'âge de 73 ans, et pourtant du côté de Stang-Venn et de Lestonan tout le monde se rappelle de Youenn, de son côté pince-sans-rire, de son engagement social dans les rangs de la C.G.T. , sans oublier son professionnalisme chez Bolloré à Odet aux commandes de sa machine à papier, la n°7 sur laquelle il a produit des kilomètres de papiers à cigarettes de marque O.C.B. jusqu'en 1959.

Voici quelques éléments biographiques et des anecdotes rassemblées par ses proches [1] et ses amis [2].

Autres articles : « Les souvenirs des écoles privée et publique de Lestonan par Henriette Briand-Francès » ¤ « Louis Bréus, sécheur à la papeterie d'Odet » ¤ « Fanch Page, surveillant factionnaire à la papeterie d'Odet » ¤ « Hervé Gaonac'h, sécheur à la papeterie d'Odet » ¤ 

[modifier] 1 De Kerfeunteun à la papeterie d'Odet

Youenn Briand est né en 1900 à Kerfeunteun. Il se marie avec Chann Coatalem de Stang-Venn en Ergué-Gabéric (son frère s’établira à la ferme du Reunic). Peu de temps après leur mariage, ils feront construire leur maison à Stang-Venn, non loin de la papeterie, et auront quatre enfants.

On le voit ci-contre à 19 ans au mariage de son frère Alain qui épouse une fille Le Bras de Stang-venn (cf. groupe de noces : « 1919 - Les deux mariages des soeurs Le Bras ».

Son épouse Chann passera 47 ans de travail à la papeterie d'Odet, de 17 à 64 ans, employée pendant toutes ces années aux bobineuses.

Youenn est embauché comme ouvrier à l'usine d'Odet à l'âge de 25 ans environ. Il sera l'un des conducteurs [3] attitrés de faction de la machine 7 [4] mise en service en 1928 dans un bâtiment juste derrière le manoir, jusqu'à la fin de la fabrication du papier à cigarettes en 1959, et sa mise en retraite en 1963-64.

Il connait les évènements du Front Populaire, et est pendant longtemps le responsable local de la C.G.T. Mais, tout en étant syndicaliste, il doit se soumettre à l'obligation de mettre sa fille aînée à l'école privée de Lestonan que René Bolloré, le patron, a financé et fait construire en 1928.

 

Avec la section locale du syndicat à Odet, il organise tous les ans après les années 1936-37, au moment des vacances d'été, une sortie en car au bord de la mer. Chacun apporte son pique-nique et en route pour Loctudy ou le Cap-Coz avec les cars Morvan de Stang-Venn [5]. Et au retour, tout le monde bien égaillé chante à tue-tête des chansons entrainante

Doté d'un don pour la musique, il est l'un des clairons de la clique musicale des Paotred-Dispount sous la direction de Corentin Heydon. Il accompagne la clique des Paotred lors des sorties festives, y compris pour accompagner les processions du Jeudi-Saint ou de la Fête-Dieu. Et, à ses heures perdues, il joue également du cor de chasse, instrument qu'il a acquis et appris à sonner pendant sa période de préparation du service militaire à Brest. Quand Youenn souffle à domicile dans son cor accordé en mi bémol, on l'entend dans toute la vallée blanche !

Il s'intéresse également aux sports et au foot-ball en particulier. Préférant l'AEG aux Paotred Dispount vraisemblablement pour des raisons politiques, il sera vice-président de la nouvelle société sportive de l'AEG (Amicale d'Ergué-Gabéric) : « 1948-1956 - Fête de l'Eau, dissolution de l'USEG et création de l'AEG ».

[modifier] 2 Une pîle électrique

Un des sècheurs [2] [3] de la machine 7 en a les larmes aux yeux quand il se remémore les étonnantes facultés électriques de Youenn : «  Vers 7 heures et demi le matin, Youenn venait en bout de sécherie [6], se mettait la paume contre la bobine de papier pendant deux minutes, en bougeant sa main sur la feuille bien sèche. Tout ça pour emmagasiner du courant statique, puis s'en retournait près de la toile [7], à son poste de conducteur, en partie humide. Après 8 heures, un homme en costume (un cadre ou un ingénieur), se présentait à la machine. Si le monsieur ne tendait pas la main à Youenn, rien ne se passait, c'était perdu ... Mais par contre si la main se présentait, c'était l'étincelle assurée, ... Même le directeur de l'usine, M. Ferronnière, n'échappa pas au supplice de la décharge électrique. Une fois son méfait accompli, de son pas lent et tranquille et un petit sourire en coin, Youenn reprenait son travail comme si de rien n'était ... ».

Roger Douget, papetier à l'usine Bolloré de Cascadec, confirme : « Cette anecdote est assez courante chez les papetiers. Pour faire simple, toute matière à qui on arrache des charges électriques (électrons), par frottements par exemple, va être stimulée pour annuler ce déficit de charges. Lors d'un contact, on prend une décharge proportionnelle à la charge de rééquilibre transmise d'une matière à l'autre... donc il suffisait d’approcher la main en tendant un doigt en avant et de toucher la bobine de papier pour emmagasiner du courant statique, à condition d’avoir des chaussures bien isolées du sol. La première chose qu’on touchait ensuite permettait de se décharger, cela pouvait être la main de quelqu’un, ou une partie métallique de la machine ».

 

« Toute personne un peu facétieuse pouvait en faire pâtir un chef par exemple, qui ne l’a pas fait un jour et les jeunes ont tous subi ces chocs de la part des anciens. Le papier condensateur calandré qui était enroulé sans pope [8] dégageait de étincelles qui atteignaient plusieurs dizaines de centimètres, c’était très impressionnant, on mettait un fil de fer fixé à la calandre [9] pour décharger cette accumulation de courant statique ».

Il n'empêche qu'à Odet personne n'égalait Youenn Briand pour ses capacités de restitution électrique. Certains disent même qu'il a été à l'origine de l'innovation technologique des batteries batScap des futures voitures électriques du groupe Bolloré !!!

Sècherie  de la machine 7 en 1954, M.K. 2010
Sècherie [6] de la machine 7 en 1954, M.K. 2010 [2]

[modifier] 3 Annotations

  1. Henriette Francès, qui a eu 86 ans en cette fin d'année 2010, nous a rappelé entre autres le passé musicien de son père Youenn. [Ref.↑]
  2. Mann Kerouredan, qui a démarré sa carrière de papetier en 1954 à Odet, en tant que sécheur à la machine 7, garde un souvenir ému de son "supérieur" Youenn. [Ref.↑ 2,0 2,1 2,2]
  3. Hervé Gaonach : « Par machine il y avait par faction de 8 heures deux ouvriers et demi : le conducteur, le sécheur, et le mousse qui se partageait entre 2 machines côte à côte. A la fin il y avait plus de mousse, la machine tournait avec deux personnes. Le conducteur avait plus de responsabilités que le sécheur. Mais c’était le surveillant qui contrôlait pendant sa faction les 4 machines et qui décidait quand on arrêtait une machine ». [Ref.↑ 3,0 3,1]
  4. Louis Bréus, mousse puis sécheur, parle de la machine 7 en ces termes : « C’était la petite machine, la 7. En breton on l’appelait « mekanikou bihan ». On fabriquait du papier à cigarettes. J’étais avec Jean Quéau, le conducteur, et Jean Istin, le sécheur (...) Au départ sur la machine 7 ça tournait à 35 mètres de papier la minute. Après ça a tourné plus vite : 45, 50, 60, 70, 80 mètres par minute. Là on a du la consolider.  ». [Ref.↑]
  5. En octobre 1945 les époux Morvan cèdent leur affaire de car à André Bourbigot et Jean Tanneau, entreprise qu'ils tenaient eux-même de Mathieu Mévellec qui exploitait la ligne Odet-Quimper dès 1925. Cf. l'article de Laurent Quevilly : « La saga des transports Bourbigot, OF-LQ 1986 ». [Ref.↑]
  6. Sécherie, s.f. : partie d'une machine à papier dans laquelle s'effectue progressivement le séchage du papier. La sécherie est constituée par des cylindres entraînés, chauffés intérieurement par circulation de vapeur détendue, contre lesquels la bande de papier est maintenue pendant sa progression par des feutres sécheurs (Leygues 1979). [Ref.↑ 6,0 6,1]
  7. Toile, s.f. : elément essentiel de toute machine à papier, appelée également la table. Large toile métallique sans fin, en fils de bronze, tendue entre deux rouleaux ; pour empêcher son fléchissement, on la soutien en dessous à l'aide de petits rouleaux nombreux et rapprochés, tournant librement, appelés pontuseaux (Le Papier, René Escourrou, ed. 1948). [Ref.↑]
  8. Pope : dispositif placé à l’extrémité de la machine à papier, régulant l'enroulement du papier sur des mandrins d’acier appelés tambours. La plupart des machines utilisent une enrouleuse «Pope». Le tambour est appliqué contre le gros rouleau Pope et permet au papier de s’enrouler uniformément à une vitesse circonférentielle constante. Des dispositifs de mesure automatiques sont disposés à des endroits particuliers dans la machine à papier. Ils permettent de contrôler en continu les caractéristiques papier préalablement définies comme le grammage, l’humidité, la teneur en cendre, la blancheur et l’opacité. [Ref.↑]
  9. Les calandres sont les rouleaux sous très forte pression entre lesquels on fait passer le papier dans le but d'en lustrer les faces par frottement. Le degré de brillance obtenu est fonction du nombre de rouleaux, de leur nature, de la pression exercée, des caractéristiques du papier (composition, charges, humidité, etc...). Cette opération est destinée à améliorer l'aspect et l'imperméabilité du papier, ainsi que la brillance des encres. [Ref.↑]


Thème de l'article : Mémoires de nos anciens gabéricois.

Date de création : Décembre 2010    Dernière modification : 19.09.2015    Avancement : Image:Bullorange.gif [Développé]