Santig Du, Yann Divoutoù - GrandTerrier

Santig Du, Yann Divoutoù

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1 Fiche signalétique


s. Yann Divoutoù, Santig Du
Vie / Buhez : né au 13e siècle à Saint-Vougay, franciscain au service des pauvres à Quimper, mort de la peste
Genre / Reizh : Masculin
Signification / Sinifiañs : origine Hébraïque, Forme bretonne de Jean, Yohanân, Dieu a fait grâce,
et Santig du "le petit saint noir"
Variantes / Argemmoù : Ean (Ile de Man) - Eoin (Celtique) - Iain (Ecosse) - Ian (Celtique) -

2 Almanach


le 15 décembre 2019 ~ d'an 15 a viz Kerzu 2019
Saint(e) du jour ~ Sant(ez) an deiz s. Yann Divoutoù, Santig Du (né au 13e siècle à Saint-Vougay, franciscain au service des pauvres à Quimper, mort de la peste)
Proverbe breton ~ Krennlavar Etre dimezenn hag eured. Daeroù hir a vez skuilhet.§ [Trad]




Almanach complet : [Calendrier:Vie des saints]

3 Sources

4 Iconographie

saint Jean Discalceat, dit Santig Du
saint Jean Discalceat, dit Santig Du

5 Monographies

Site Bretagne.net :

Santig Du

prénom masculin, fête le 15 décembre

Origine du prénom

Santig du (le petit saint noir) est le surnom d'un saint très populaire à Quimper qui serait mort de la peste noire.

Diocèse de Quimper :

Santig Du

"petit saint" du peuple

Né au XIIIe siècle, Jean Discalcéat est plus connu sous le nom de Santig Du (le petit saint noir). Particulièrement honoré dans notre diocèse, c'est la voix du peuple qui a élevé cet humble Franciscain au rang de saint. "Vox populi..."

Située au cœur du Léon, la commune de Saint-Vougay peut s'enorgueillir d'avoir vu naître sur ses terres un personnage hors du commun (vers 1280). Il s'appelait Jean et venait d'une modeste famille de paysans.

Devenu très tôt orphelin, Yannig est pris à son service par un cousin exerçant la profession de maçon. Le jeune homme est cependant tenaillé par le désir de servir l'Église et son prochain. Il part alors suivre des études à Rennes, ville où il est ordonné prêtre. Nommé tout d'abord recteur d'une commune avoisinant Rennes, Saint-Grégoire (de 1303 à 1316), sa soif d'absolu le pousse à entrer dans l'ordre franciscain, au couvent des Cordeliers de Quimper.

C'est dans cette cité que le Frère Mineur aux pieds nus (discalcéat signifie déchaussé) pratique assidûment le jeûne et l'aumône, ne craint pas de rendre visite aux lépreux tout en cherchant sans cesse à soigner les corps tout autant que les âmes.

Jean voue sa vie aux autres. Il lutte contre la pauvreté que ne manque pas d'aggraver la guerre de succession de Bretagne. Un autre fléau ne tarde pourtant pas à faire son apparition : la peste noire. Cette grande peste qui dévastera l'Europe et que "le petit saint noir" contracte à son tour auprès des malades qu'il n'hésite pas à assister. Celui dont la réputation de sainteté s'est très vite répandue meurt en 1349.

Une honorable piété populaire

Aussi bien de son vivant qu'après sa mort, des miracles lui ont été attribués. De la chapelle de son couvent, ses reliques ont plus tard été transférées à la cathédrale Saint-Corentin. Miraculeusement préservées durant la période révolutionnaire, ces reliques et une statue à son effigie (du XVIIe siècle) continuent d'attirer nombre de personnes qui viennent implorer l'intercession du saint pour des maux de tête, des objets perdus ou toute autre raison.

"Aux pieds de Santig Du, la tradition veut que l'on dépose du pain que des indigents viennent ensuite récupérer", commente Henri, un accueillant de la cathédrale.

Ainsi, Jean Discalcéat contribue aujourd'hui encore à nourrir les pauvres dont il s'est occupé toute sa vie.

Et si la cause en béatification du "petit saint noir" n'a jamais pu aboutir, son culte n'en demeure pas moins reconnu par l'Ordinaire du lieu.

"Jean Discalcéat est un saint populaire. Il ne figure pas au sanctoral de l'ordre franciscain", commente le frère Bernard Forthomme, historien et professeur de théologie au Centre Sèvres. Mais comme le rappelait Jean-Paul II dans son Directoire sur la piété populaire (en 2001), cette piété est loin d'être incompatible avec l'enseignement de l'Église. "Elle exprime au contraire une résistance à un certain rationalisme, enracine les hommes dans une tradition locale qui les préserve souvent d'une déculturation de la foi. Elle demeure un signe vivant du fond religieux que tout homme possède, quelque part en lui."

Hervé Bodin

Site fr.wikipedia :

Jean Discalceat

Jean Discalceat, en breton Yann Divoutou né à Saint-Vougay ( Léon, en Finistère) vers 1279 et mort à Quimper (Finistère) en 1349, également connu sous le nom de Santig Du (petit saint noir), est un franciscain breton, considéré comme saint par la tradition populaire. Discalceat n'est pas son nom, mais un qualificatif dérivé du mot latin Discalceatus qui veut dire "déchaussé" car il marchait pieds-nus. En breton on l'appelle Yann Divoutou c’est-à-dire Jean sans sabots.

Il naît d'une famille pauvre dans l'évêché du Léon. Baptisé Jean, il est toute sa vie appelé Yannig (« petit Jean » en breton). Resté orphelin, il entra en apprentissage chez un oncle ou un cousin, maçon et charpentier. Il se montre adroit et pieux, car, après sa journée, il aime élever des croix aux carrefours. Il construit aussi des ponts, des arches sur les rivières.

Il prie, il médite et, pour répondre à l'appel de Dieu, il part étudier à Rennes où il est ordonné prêtre en 1303. Il est nommé recteur de Saint-Grégoire près de Rennes. Il y reste treize ans, vivant délibérément dans la pauvreté, marchant pieds nus comme les moines mendiants. Il se singularise en distribuant tous ses revenus aux pauvres. Trouvant sa paroisse rennaise trop confortable, il demande à être nommé à l'un des cinq couvents de Cordeliers de Bretagne, à Quimper. En 1316, il reçoit de son évêque Alain de Chateaugiron l'autorisation de rejoindre l'ordre des franciscains et vient à Quimper où il restera 33 ans . Il se fait remarquer par son ascétisme, jeunant très souvent. Comme St François, il porte un habit de grosse et vile toile grise. Il a l'habitude d'aller pieds nus, d'où son surnom de « Discalceat » du mot latin Discalcéatus c’est-à-dire déchaussé,ou , en breton "Divoutou" c’est-à-dire "sans chaussures"

Il se donne totalement aux pauvres de Quimper. Il vient notamment en aide à la population lors du siège de la ville de Quimper par l'armée de Charles de Blois en 1344 et 1345. En 1346, il organise l'aumône pour les victimes de la famine en Cornouaille. En 1349, la peste s'installe à Quimper. Il organise les secours aux malades qu'il soigne sans répit, et ensevelit les morts. Il contracte lui même la peste et en meurt le 15 décembre 1349. Enterré aux Cordeliers, sa tombe devient un lieu de pèlerigage.

Très populaire en Bretagne, « Santig Du » est le patron des pauvres. Dans la cathédrale Saint-Corentin de Quimper, près de sa relique, une tablette reçoit encore du pain déposé là par des anonymes , récupéré par des personnes dans le besoin. Cette pratique originale remonte au XVe siècle.

Si sa cause n'a jamais été introduite à Rome, il a été canonisé par la voix du peuple - Vox populi, vox Dei - comme il était de coutume à l'époque.

Il est fêté le 15 décembre (Calendrier des saints bretons).

Un vitrail récent lui a été consacré à la Cathédrale de Quimper.

Site br.wikipedia :

Yann Diarc'hen

Sant Yann Diarc'hen pe sant Yann Divoutoù pe ar Santig Du a zo ur manac'h frañsezad bet ganet e 1279 e Sant-Nouga (Bro-Leon - Penn-ar-Bed) ha marvet e Kemper e 1349. Evit gwir n'eo bet morse lakaet da sant gant an Iliz katolik (pa den n'eus goulennet an dra), met chomet eo koun e vrud e soñjoù ar Gemperiz.

Buhez

Dre ma oa paour e dud ha dre ma oa chomet emzivad yaouank, e teskas ar vicher mañsoner ha kalvez e ti un eontr pe ur c'henderv dezhañ. Goude e labour e plije dezhañ sevel kroazioù er c'hroashentoù ha pontigoù war ar gwazhioù ivez. Evit mont da veleg e ya d'ober e studi da gloerdi Roazhon hag eo beleget e 1303. Anvet eo da berson Sant-Gregor e Norzh Roazhon. Eno e vev gant nebeut a dra pa glask reiñ kazi e holl beadra d'ar beorien. Goude 13 vloaz e kav dezhañ eo re zous e vuhez e Sant-Gregor hag e c'houlenn bezañ kaset d'unan eus kouentoù nevez ar Frañsezidi. Chom a raio e kouent ar Gordennerien (lesanv ar Frañsezidi) e Kemper e-pad 33 bloaz. Yuniñ a ra alies ha ne gred ket implij botoù, ken e vez lesanvet an divotoù pe an diarc'hen pe an discalceatus e latin.

E servij ar beorien e vez ha reiñ a ra sikour d'an dud pa vez sezizet Kemper gant lu Charlez Bleaz e 1344 ha 1345. Pa zeu an naonegezh vras e 1346 e ra war-dro dastum an aluzenoù e Kerne a-bezh. E diwezh ar bloaz 1349 e varv gant ar vosenn dre m'en doa klasket pareañ an dud ha graet war-dro sebeliañ ar re varv.

Beziet eo bet e kouent ar Gordennerien hag ul lec'h evit pirc'hirinañ e oa a-raok m'eo bet serret ar gouent da vare an Dispac'h gall. Lesanvet eo bet ar Santig Du hag eo chomet bev e azeulerezh. E-barzh iliz-veur Kemper, tost ouzh ur releg dezhañ e vez lakaet bara war ur blankenn gant tud zo da vezañ roet d'an dud paour. Un delwenn hag ur werenn-livet (hemañ nevez) a zo ivez. Roet eo bet anv "Santig Du" d'ur straed e Kemper.

Kavet e vez meneg eus e ouel e deiziadurioù brezhon zo (15 a viz Kerzu).

Levrlennadur

  • Visant Fave, Santig Du, embannet gant parrrez Sant-Nouga, 1991.

Site Pennker / Albert Le Grand :

LA VIE DU B. H. JEAN, SURNOMMÉ DISCALCEAT

Prestre, Recteur, et depuis Religieux de l'Ordre de Saint François, le 16 de Decembre.

Le Bien-Heureux Jean, surnommé Discalcéat, ou Deschaux, à cause qu'il alloit toûjours nuds pieds, nasquit de parens de mediocre fortune, gens de bien & craignans Dieu, qui faisoient leur residence dans l'Evesché de Leon, en Basse Bretagne. On dit que sa mere estant enceinte de luy, desira manger d'une certaine espece d'oyseau qui ne se trouve pas en ces quartiers, & alloit ce desir tellement augmentant, qu'elle couroit risque de perdre son fruit ; mais Dieu la preserva extraordinairement ; car un jour, comme elle estoit en sa chambre, avec quelques siennes voisines, un oyseau tel qu'elle desiroit entra dans la chambre & se laissa prendre aisément, dont elle satisfit son appetit. Elle accoucha de ce benit enfant, environ l'an de grace 1280 sous le Pontidicat de Nicolas III, l'Empire de Rodolphe I & le regne de Jean I du nom, Duc de Bretagne, fils de la Duchesse Alix & de Pierre de Brenne, ou de Dreux, dit Mauclerc, son mary. Il fut nommé sur les sacrez Fonds, Jean, &, par humilité, voulut toute sa vie, estre nommé Iannic, qui est un diminutif breton de Jean, comme qui diroit Petit-Jean

II. Ayant passé ses années d'enfance, il s'accosta d'un sien cousin fort bon artizan, travaillant de ses mains, pour éviter oysiveté & gagner son pain à la sueur de son front ; il se plaisoit extrêmément à faire des Croix, à les élever és carrefours & croix-chemins, & à bastir des ponts & arcades sur les ruisseaux & torrents, pour la commodité du public ; & travailla si-bien en la compagnie de ce sien cousin, qu'il gagna de grands deniers & se mit à son aise ; mais Dieu, qui en vouloit estre servy & le faire instrument du salut de plusieurs, l'inspira d'abandonner le siecle pour embrasser l'estat de Clericature, & se dedier au service de l'Eglise, ce qu'il se resolut à faire ; mais le diable, voulant mettre obstacle à sa conversion, suscita son cousin contre luy, qui se moquoit de son dessein & taschoit, de tout son pouvoir, à en empescher l'accomplissement ; mais Dieu le punit grievement : car il perdit tous ses biens, devint ladre, &, qui pis est, mourut excommunié, &, comme tel, fut ensevely en terre prophane. Jean donc, meprisant les menaces & moqueries de son cousin, quitta son Pays & s'en alla à Rennes, où il étudia (comme il est croyable), puis receut les Ordres sacrez jusqu'à la Prestrise inclusivement, vivant en une grande austerité, simplicité & sainteté. Il jeûnoit trois fois la semaine au pain & à l'eau, estoit simplement & pauvrement vétu (honnestement toutefois), visitoit & assistoit les malades & y faisoit beaucoup d'autres oeuvres de piété.

III . Yves, 52e Evesque de Rennes, ayant découvert ce Tresor caché sous la poussiere d'une grande humilité, ne put endurer que la lumiere demeurast davantage cachée sous le muids, mais la voulut élever sur le chandelier pour éclairer toute l'Eglise ; il le fit venir en son manoir, & le nomma Recteur d'une Paroisse de son Diocese, que le bon personnage fit difficulté d'accepter, mais l'Evesque le luy commanda par obedience ; il en prit donc possession l'an 1303 & en peut de temps, il fit un grand bruit par son bon exemple, ses predications & l'assistance paternelle qu'il rendoit à son peuple. Il regit cette Paroisse 13 ans, sous trois Evesques de Rennes, ledit Yves, Gilles & Alain de Chasteau-giron, le I de ce nom, lesquels il assistoit en leurs visites, allant devant eux à pied, pour disposer les peuples, par ses predications & l'administration du Sacrement de Penitence, à recevoir la Confirmation, ne voulant aller à cheval ny en litiere, mais toûjours à pied, & nuds pieds, & donnoit aux pauvres le revenu de sa Paroisse.

IV. Ayant gouverné son peuple jusqu'à l'an 1316 Dieu l'inspira d'embrasser la Regles du Seraphique Pere S. François. Il en demanda congé à son Evesque (qui pleura amerement de la perte qu'il faisoit d'un tel Ecclesiastique) & luy remit entre mains son benefice. Au moins voulut-il donner la Cure à son frere, mais le bon Prestre le supplia de n'en rien faire, à cause de quelques deffauts qu'il reconnoissoit en luy & qu'il manifesta secretement, le suppliant de n'abandonner ses brebis à un tel homme. L'Evesque le creut, &, l'ayant tendrement embrassé, luy donna son congé & sa benediction. Il receut donc l'habit, & ensemble, comme un autre Helizée, l'esprit du Pere Seraphique. Il cherissoit particulierement la sainte pauvreté ; à l'imitation de son P. saint François, il portoit un habit, manteau, capuce, brayes & une tunique interieure, le tout d'une grosse & ville étoffe grise, & jamais ne portoit deux habits de mesme sorte ; car il les rapieçoit de vieux sacs, pro benedictione Regulæ ad litteram promerendâ (porte le manuscrit de sa vie) ; &, estant un jour interrogé pourquoy il portoit un habit plus vil & plus rapetassé que les autres ? parce (dit-il), que je suis le plus imparfait de tous.

V. S'il cherissoit la pauvreté volontaire, aussi cherissoit-il les pauvres, desquels il estoit le vray Pere & nourissier. Quand il alloit à l'Eglise ou quelque part, ils s'amassoient prés de luy pour recevoir l'aumône, ou quelque consolation spirituelle : quand il n'avoit plus rien à leur donner, il leur donnoit son propre manteau, mesme parfois son capuchon. Il y eut une cruelle famine par tout le Comté de Cornoüaille en l'an 1346 pendant laquelle, le saint Homme alloit de maison en autre pour exhorter les riches à gagner le Ciel par leurs aumônes, l'occasion s'en presentant si belle. Il n'estoit jamais oysif, mais toûjours occupé à quelque saint exercice, ou au travail ; il se levoit la nuit avant les autres, & alloit à l'Eglise longtemps avant le signe de Matines, & y perseveroit en Oraison le plus souvent jusqu'au point du jour ; la Messe dite, il se mettoit au Confessional, ou il alloit visiter les malades par la ville ; aprés son disné, il retournoit à l'Oraison ; &, Complies dites, il passoit une bonne partie de la nuit en l'Eglise en Oraison ; il recitoit, deux fois par jour, l'Office Canonial au Choeur avec la communauté, & puis en son particulier, ou avec quelque bon religieux, toûjours la teste découverte, & avec une telle attention & reverence, que s'il eust visiblement parlé à Dieu & à ses Saints ; de sorte que, si quelqu'un luy vouloit parler, pendant qu'il disoit son Service, il luy falloit attendre jusqu'à l'avoir achevé. Outre l'Office Canonial, il disoit celui de la Croix, du Saint-Esprit, les Pseaumes, Graduels & Penitentiaux, l'Office des Deffunts, plusieurs Litanies & nombre d'Hymnes & Cantiques de Nostre Dame. Par ses prieres, il preserva une femme, sienne penitente, d'avortement inévitable, & obtint à la mesme femme la grâce d'accomplir un conseil qu'il luy avoit donné en Confession, à quoy elle avoit auparavant grande repugnance. Une dame de l'Evesché de Rennes, estant malade & desesperée des médecins, le voulut voir ; il y vint & ayant dit trois fois l'Evangile In principio, etc., sur la malade, elle se leva soudainement saine & luy servit à disner.

VI. Le diable, crévant de rage de se voir si glorieusement surmonté par Frere Jean, luy livra de furieux assauts, non-seulement par les tentations interieures dont il le vexoit, mais même par voye de fait, l'excedant en sa personne. Un jour de Pasques, se trouvant fort extenué de jeusnes et autres macérations dont il s'estoit affligé le Caresme, l'ennemy lui apparut & tascha à luy faire desesperer de son salut, ravalant les merites de ses Penitences & actions vertueuses ; mais, voyant que le bon Pere luy resistoit courageusement, il le battit furieusement, mesme en presence de son gardien & de plusieurs Religieux, ausquels il montroit du doigt l'ennemy visible (toutesfois à luy seul) ; mais il se deffendoit vigoureusement, ayant toûjours en la bouche ces Verset du Psautier : Erue à frameâ, Deus, animam meam et de manu canis (&, pour depiter le diable, il repetoit plusieurs fois ce mot canis) unicam meam ; & cét autre : Nolite tangere Christos meos, et in Prophetis meis nolite malignari ; et encore cét autre : Discedite à me omnes qui operamini iniquitatem, quoniàm exaudivit Dominus vocem fletûs mei ; &, Erubescant et conturbentur vehementer omnes inimici mei.

VII. Pour se garentir des assauts de ses ennemis, du diable & du monde, il gourmandoit sa chair, son ennemy domestique, l'assüjettissant à l'esprit par des austeritez estranges ; il passa seize ans entiers sans boire du vin (execpté à la Messe), ny manger chaire, si ce n'estoit en actuelle maladie, & par ordonnance de medecin, commandement de ses Superieurs, ou importunité de ses amis, & n'eut jamais usé de l'un ny de l'autre, s'il n'eut craint de donner mauvais exemple à son prochain & sembler estre singulier, ou superstitieux ; il mangeoit fort rarement du poisson, se contentant de gros pain d'orge, d'avoine, ou de feves, lesquels il laissoit à dessein moësir & corrompre, pour estre plus insipides ; il versoit dans l'eau qu'il beuvoit quelque liqueur aigre & amere, pour se ressouvenir du fiel & vinaigre que son Sauveur avait beu pour luy en l'arbre de la Croix ; il ne mangeoit qu'une fois le jour, s'il n'estoit malade au lit ; il jeusnoit presque toute l'année, qu'il avoit distribuée en huit Caresmes, la pluspart desquels il jeusnoit au pain et à l'eau ; le premier commençoit le lendemain de l'Epiphanie & continuoit 40 jours, qu'il ne mangeoit que du pain, parfois trempé en un bouillon de potage, le plus souvent tout sec, & ne beuvoit que de l'eau ; le second estoit le grand Caresme de l'Eglise, qu'il jeunoit tout entier au pain et à l'eau ; le troisième (qu'il appeloit le Caresme de Moyse) commençoit aprés Pasques & duroit 40 jours, souvent au pain & à l'eau ; parfois, trois fois la semaine, il prenoit un potage, mais les onze jours devant la Pentecoste, il les jeusnoit au pain & à l'eau ; le quatriéme Caresme, en l'honneur des Apostres S. Pierre & S. Paul, commençoit 40 jours devant leur Feste, parfois à pain & eau ; de mesme austerité, il jeusnoit le sixiéme, en l'honneur des Anges, qui duroit jusqu'à la Saint-Michel ; puis, commençoit le septiéme, qui duroit jusqu'à la Toussaints, & en leur honneur, la pluspart à pain & eau. Le huitiéme & dernier, qui est de commandement aux Freres, il le jeûnoit au pain & à l'eau, commençant le jour des Deffunts & continuant jusqu'à Noël. Il estoit bien aise quand il se blessoit les pieds, allant par les villages ou à la queste, se réjoüissant d'endurer quelque chose pour l'amour de Dieu. Une fois, il s'esoit mis un cloud dans le pied, qu'il ne voulut tirer, que son pied ne fut enflé & prest de pourir, que son Gardien luy commanda de se le laisser tirer, ce qu'il fit, endurant patiemment la douleur. Il ne vouloit purger & nettoyer ses habits de la vermine qui s'y engendroit, & ne se trouvoit jamais avec les autres Freres à la secotte (qu'ils appellent) ; voire si quelque bestion domestique, gris ou noir, se promenoit sur son habit, il le remettoit en sa manche ou en son capuchon. Il avoit trois sortes de Cilices dont il se servoit ; l'un estoit tissu de grosses étouppes, ou reparon, rude et picquant ; l'autre estoit tissu de crein de cheval, & le troisiéme estoit composé de la peau d'un porc, dont il avoit my-tondu le poil, afin que ces pointes picquassent vivement & penetrassent sa peau.

VIII. Dieu luy avoit donné un singulier don des larmes, qu'il versoit abondamment lors qu'il prioit & quand il entendoit les Confessions, excitant à son exemple ses Penitens à contrition. Sur le point de la guerre civile qui s'éleva en Bretagne entre le comte de Montfort & Charles de Blois, en laquelle les Roys de France et d'Angleterre furent embarassez, chacun pour deffendre son allié, un jour, estant au Refectoir, il se prit à pleurer si fort, qu'il ne put manger, & ne cessa de pleurer tout le jour, prévoyant (comme on pensoit) les malheurs que causeroit cette guerre. Dieu lui revela que la ville de Kemper-Corentin devoit estre prise & pillée, & ensuite de cette prise, il devoit y avoir une grande famine ; il en avertit hautement & publiquement les Kemperrois, les avisant de se convertir à Dieu & faire penitence ; mais ils ne tenoient compte de ses avis salutaires, se fians en leurs forces. La chose arriva comme le bon Pere leur avoit dit ; car, aprés Pasques, sur le commencement de l'an 1344 le Roy d'Angleterre ayant défié le Roy de France, pour infraction de tréves (disoit-il), la guerre se ralluma en Bretagne ; &, pour premier exploit, Charles de Blois, se portant duc de Bretagne, mena toute son armée devant Kemper-Corentin, qu'il assiegea estroitement, & battit si furieusement d'engins & machines, qu'on fit bresche en six endroits de la muraille ; enfin, la ville fur prises d'assaut, & plus de quatorze cens personnes tuées, tant d'hommes, que femmes & enfans.

IX. L'an 1349 la ville de Kemper-Corentin & le Pays circonvoisin fut affligé d'une peste si contagieuse, qu'on ne voyoit enterrer que corps ; Dieu revela cette calamité à son serviteur, avant qu'elle arrivast ; de sorte que, le jour des Octaves de Saint-François de l'année precedente, estant à Vespres dans le Choeur avec ses Confreres, il se prit à pleurer tendrement ; &, interrogé ce qu'il avoit à pleurer, il répondit que la ville recevroit, en peu de temps, une grande calamité ; ce qui fut vray ; car, l'esté suivant, la maladie s'y mit & emporta un grand peuple. Le Bienheureux Pere Jean alloit par la ville assistant les malades, les communiant, & leur administrant les autres Sacremens necessaires ; &, pendant qu'il s'occupoit à ce charitable exercice, Dieu, le voulant appeler à soy, permit qu'il fut lui-mesme frappé du mal, dont il deceda, & alla joüir de la vie éternelle, ayant vescu en l'Ordre 46 ans, & Recteur de Paroisse 13 ans, âgé d'environ 69 ans. Son Corps fut inhumé dans le Convent de son Ordre en ladite ville, en la Chapelle qui est à costé de la porte du Choeur, sous le Jubé, du costé de l'Evangile ; &, depuis, a esté levé d'une vieille châsse en laquelle il estoit, & mis en une plus honorable, conservée sous un petit Dôme en forme de Chapelle, faite de treillis et grilles en fer. D'où encore on a transferé ces reliques en la Chapelle qui fait l'aisle droite du Choeur, & posées sur l'Autel en un petit Tabernacle, couvert d'un voile de riche étoffe ; &, devant ledit Tabernacle, est le portrait du Saint, en un tableau bien travaillé, qui a esté donné par deffunte Dame Blanche de Loheac, Dame de Missirien. Il est en grande veneration en ladite ville, & plusieurs personnes, détenuës de grandes infirmitez, en ont esté delivrées par ses merites. Il y a un mot dans le manuscrit de sa vie, qui contient tous les éloges qu'on luy pourroit donner : De puritate Reguloe non est inventus transgredi unum Iota ; ce qui me fait souvenir du dire d'un grand Pape : Qu'on luy nommast un Frere Mineur qui n'auroit transgressé sa Regle, & qu'il ne voudroit pas d'autres miracles pour le Canonizer.

Vies des saints de la Bretagne Armorique par Albert Le Grand (1636) - Vè édition de 1901 - Quimper

note : il est aussi appellé sant Yann an divoutou ou Jean Deschaux.