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Les billets hebdos de l'actualité du GrandTerrier

Un article de GrandTerrier.

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Chaque semaine, un nouveau billet annonçant un ou plusieurs articles sur le site GrandTerrier.

Une compilation des billets est publiée en fin de trimestre sous la forme des chroniques du Bulletin Kannadig.

Anciens billets hebdos : [Actualité, archives]

Les anciennes affichettes : [Accroches à la une]

Modifications d'articles : [Journal des MàJs]


Sommaire

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1 Des films de rivière et de pêche

Billet du 04.04.2020 - Pour nous désennuyer dans notre confinement dû au corona-virus, voici quatre autres films mis en accès libre par la Cinémathèque de Bretagne : « L'Odet », « Le vire-cailloux », « Derniers voiliers » et « Requins sur nos plages », films réalisés par Gwenn-Aël Bolloré en 1954-58.

Les génériques de ces quatre films, produits et distribués par Evrard de Rouvre, sont introduits par un tableau peint représentant l'actrice René Cosima. Le premier, en N&B, est une descente de l'Odet depuis sa source, et les trois autres en couleurs se déroulent sur des bateaux et des plages.

Autant les derniers sont filmés en milieu maritime, autant le film « L'Odet » est essentiellement construit sur des séquences prises localement à Ergué-Gabéric, plus précisément sur le lieu-dit éponyme « Odet » qui abrite la papeterie et le manoir familial.

En voici le chrono selon le compteur précis défilant en bas d'écran sur la vidéo visualisable ci-après :

A. 39:50 à 40:42 : générique du film

B. 40:42 à 42:56 : nuages, calvaire, pluie sur chapelle et manoir d'Odet, source à Roudoualec, insectes et têtards, poissons

C. 42:56 à 46:57 : cours d'eau, chenille et escargot, amphibiens, putois, rivière dans les champs, fleurs, oiseaux, champignons, courant et rochers

D. 46:57 à 49:32 : l'écluse d'Odet, papeterie d'Odet, Stang-Odet, canard, grenouille, truites, jeunes pêcheurs, renard, vallée du Stangala

E. 49:32 à 51:12 : Quimper, méandres, voilier, estuaire, nuages, chapelle d'Odet

Une voie off plante le décor : « Nous sommes en Bretagne, à la pointe extrême de l'Europe. Les touristes ne connaissent pas la Bretagne. Ils n'en connaissent que les plages et les hôtels. Ils voient les ports, rapidement, les jours de beaux temps, et ils ignorent l'arrière pays. L'arrière pays sauvage, moussu, rocailleux, accidenté est habillé par une lumière humide qui vient de la mer. »

 

La remontée de la rivière depuis sa source à Roudouallec est égrainée par des scènes de vie naturelle dans l'eau qui fourmille à l'époque de poissons, et sur ses rives peuplées d'insectes et d'animaux, des scènes filmées sur les terres familiales des Bolloré. On y voit aussi l'écluse, le calvaire, le manoir et les anciens bâtiments de la papeterie.

L'image introductive de la pluie ruisselant du toit de la chapelle St-René d'Odet est reprise en conclusion, après les nuages en mouvement, le tout sur une musique de Marcel Landowski.

* * *

Grand merci à tous les confinés, nombreux et enthousiastes, qui ont identifié cette semaine plus de 230 noms sur les vidéos de fêtes d'Alain Quelven. C'est énorme, et ce qui est dingue c'est qu'il reste encore des têtes à découvrir.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Films de reportages aquatiques réalisés par Gwenn-Aël Bolloré »

2 Des films de fêtes pour mémoires

Billet du 28.03.2020 - Pour nous désennuyer dans notre confinement dû au corona-virus, la cinémathèque de Bretagne met à disposition du public de nombreux films super-8 du siècle dernier, et parmi ceux trois vidéos inédites d'Alain Quelven de kermesses, matchs de foot et sortie de classe en 1958-62.

Alain Quelven (1912-1984) est natif de Garsalec en Ergué-Gabéric, sa famille s'étant ensuite installée à Keranguéo. Pendant la guerre 1939-45 il est déporté en Allemagne et en Autriche d'où il s'évade quatre fois. Travaillant comme comptable à la papeterie Bolloré d'Odet avant et après guerre, il connaît bien les milieux sportifs et associatifs du quartier de Lestonan. Dès 1956, il se lance dans le cinéma amateur, fixant sur la pellicule la vie de sa commune.

Il y a un an nous avions publié une première vidéo Noir & Blanc des Paotred (équipe de foot) et de Stang-Venn (course cycliste). Les trois nouvelles sont respectivement deux kermesses au patronage de Keranna et au parc du manoir du Cleuyou, une sortie de la classe 1932 (nés en 1912) à Saint-Guénolé, et deux matchs de foot des Paotred à Pont-de-Buis et à domicile en 1962.

Le film des kermesses dure 15 minutes et est intéressant pour le nombre important de personnes filmées, de tous âges, et notamment les jeunes enfants qui, toujours vivants pour certains, peuvent témoigner aujourd'hui, soixante ans plus tard.

Voici comment le film est décrit dans le catalogue de la cinémathèque : « La foule endimanchée, quelques bigoudènes en coiffe et curés se pressent autour des différentes attractions. Loterie, jeu de casse-boites, différents stands, vendeuse de fraises (plan furtif), pêche à la ligne, tir à la corde, un électrophone est à gagner, tir au fusil, une jeune femme s'essaie au tir, prêtre, un curé joue du cor. Le réalisateur se plaît à filmer les visages souriants et heureux mais les plans, souvent furtifs, bougent sans cesse, plus quelques problème de vitesse de défilement de l'image. Rivière. Banderolle "Grande kermesse" dressée à l'entrée d'une allée d'arbres. Sur un route, une fanfare menée par un curé ouvre le défilé suivie par les chars décorés tirés par des tracteurs : les petits indiens, le jardinier soigne ses fleurs, les petits lutins, la reine, les petits chinois, le moulin à vent, le quartier Russe, le petit train enchanté, le petit cow boy, les indiens. Beaux plans des gens sur les chars et dans la foule qui sourient. Ambiance bon enfant et sourires. Les membres d'un cercle celtique se détendent sur la pelouse, buvette, foule des spectateurs, balançoire pour enfants, familles. »

Pour René Le Reste, enfant de Garsalec tout comme Alain Quelven, les souvenirs reviennent après visionnage de la vidéo : « J'ai reconnu beaucoup de visages, que ce soit à Keranna ou au Cleuyou où avait lieu la grande Kermesse ou l'on voit le défilé des chars. À Keranna je n'y étais pas car j'étais au service militaire, mais au Cleuyou j'ai fait une petite visite en fin de soirée seulement. Je pense que c'était en 1960, et non pas 1959. J'étais déjà à Gourmelen, j'avais travaillé le matin jusqu'à 14 h et il avait fallu que le petit garçon termine son dodo. Il vient de fêter ses 60 ans tout récemment. »

 

La deuxième vidéo, en couleurs aussi et de 9 minutes, montre la vivacité des « classes » de jeunes gens au siècle dernier sur notre commune, de par leurs réunions à périodes fixes, souvent tous les cinq ans avec une participation toujours suivie, ceci depuis l'âge de leur vingt ans.

La troisième, 15 minutes en N&B, présente des sportifs footballeurs gabéricois en action, en l’occurrence les « Paotred Dispount » (les gars sans peur), ce pour un premier match à l'extérieur contre Pont-de-Buis le 13 avril 1958, et pour un second à domicile sur le terrain de Keranna.

Pour chacune des vidéos, nous avons déjà sélectionné quelques clichés ou « arrêts sur images » afin de permettre d"identifier les têtes plus connues. Pendant les jours qui viennent, en profitant de cette période de confinement, on va compléter ensemble les articles avec les noms des participants. Et si un cliché doit être ajouté donnez-nous simplement le n° de chrono sur la vidéo, et on ferra le nécessaire.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Kermesses à Odet et au Cleuyou en 1958-59 », « Sortie de la classe 32 en 1962 pour leurs 50 ans », « Matchs de foot des Paotred à l'extérieur et à Keranna en 1958 »

3 Napoleon tercero, el assassino

Billet du 21.03.2020 - Dans le 10e de ses cahiers manuscrits, publiés comme « Mémoires d'un paysan bas-breton », Jean-Marie Déguignet (1834-1905) donne sa vision critique sur l'expédition militaire française au Mexique déclenchée par l'Empereur Napoléon III dans les années 1861-67.

Jean-Marie Déguignet, après sa période de « pacification militaire » en Algérie et Kabylie, se déclare volontaire pour la traversée d'Alger à Vera Cruz au Mexique où il débarque le 11 août 1865. Suite à plusieurs rébellions violente, une instabilité politique et une guerre civile, et la perte du Texas et états voisins, la guerre est déclenchée en 1861 par une coalition franco-anglo-espagnole, menée par la France qui souhaite y créer un empire.

S'en suivirent les combats de 1862-63 gagnés par les troupes françaises, les anglais et les espagnols s'étant entre-temps retirés, notamment les batailles de Puebla ou de Camerone. Déguignet arrive dans ce territoire central qui, en 1864, est déclaré comme un empire avec à sa tête Ferdinand Maximilien de Habsbourg-Lorraine, proclamé Maximilien Ier empereur du Mexique, et son épouse la princesse Charlotte de Belgique.

En 1865 la mission des troupes françaises est de tenter de conquérir le territoire nord du Mexique, là ou les troupes mexicaines commandées par le président Benito Juarez sont puissantes. Le bataillon de Déguignet est basé à Durango, et se déplace même jusqu'à Avilez dans la région de Florez.

Là, en discutant avec un érudit local, ami de Juarez, Déguignet constate l'échec français : « Nous restions maintenant en première ligne en face de l’ennemi, et le vrai cette fois. Ce n’était plus les bandes de chinacos, voleurs et incendiaires, que nous avions en face de nous, c’était l’armée républicaine qui descendait aussi derrière nous.  »

Il ne reste plus qu'à rebrousser chemin vers le port de Vera Cruz et reprendre le bateau « le Souverain » qui débarquera à Toulon le 3 mai 1867. Quelques semaines plus tard, au dépôt militaire d'Aix, il finira ses « quatorze ans de services et autant de campagnes ».

On notera cet avis éclairé sur la raison de la retraite française : « L’Empereur [Napoléon III] avait été seulement avisé par les États-Unis de retirer ses troupes du Mexique immédiatement . Ces Américains, qui venaient de combattre pendant quatre ans pour la liberté, ne souffriraient pas que le tyran imbécile de la France vienne imposer des chaînes à un peuple ami et à côté d’eux.  ».

Cette appréciation a été remarquée par un éditorialiste américain qui cite notre soldat bas-breton : « Déguignet, who arrived in Mexico in 1865, witnessed France's embarrassing withdrawal two years later under American pressure.  " The  Americans,  who  had

 

just spent four years fighting for freedom, would not stand for the imbecile tyrant of France coming to impose chains on a people who were both friend and next-door neighbor," he writes, noting with some glee: "So we were being run out, the way marauding herds are run out -- with whips and whistles." »

Jean-Marie Déguignet note effectivement avec un peu de jubilation ("glee" en anglais) : « Nous partions donc chassés comme on chasse les troupeaux maraudeurs, à coups de fouet et de sifflet »

Le bataillon de Déguignet sera le dernier à battre la retraite, essuyant les dernières balles des Mexicains : « nous marchâmes encore jusqu’à Carneron , là où eut lieu le plus terrible et le plus glorieux fait d’armes de toute cette campagne, et que j’ai rapporté. Là, un train vint nous prendre pour nous conduire à Vera Cruz .
En sortant de Cameron, nous vîmes encore dans le bois, le long de [la] ligne, des cavaliers rouges qui nous firent un dernier adieu en tirant quelques coups d’escopette derrière le train. Une heure après, la république mexicaine était délivrée de la présence "de los esclavos y bandidos de Napoleon tercero, el assassino".
 ».
Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « Déguignet raconte l'expédition et la retraite françaises du Mexique »

4 Conseil municipal de second empire

Billet du 14.03.2020 - Numérisation de toutes les délibérations du conseil municipal d'Ergué-Gabéric du 12 mars 1851 au 1er juin 1879, à partir du registre relié de 115 pages recto-version, c'est-à-dire 230 folios, conservé aux Archives municipales, pour permettre la transcription future de chaque folio.

Le registre en question couvre les années Napoléon III, dernier monarque en tant qu'empereur des français. Il reprend les délibérations et compte-rendus des séances du conseil municipal.

On y trouve notamment les votes des budgets communaux, la vérification annuelle des comptes, les résultats des élections, l'installation des équipes municipales élues, les nominations des maires par les préfets. Ces maires sont Pierre Nédélec (de Kergoant, cultivateur) de 1846 à 1855, Michel Feunteun (de Congallic, cultivateur) de 1855 à 1862, et Joseph Le Roux (de Lezouanac'h, cultivateur) de 1862 à 1881.

Les autres dossiers marquants de cette période 1851-1879 sont :
Image:right.gifImage:Space.jpgla maison d'école : ouverture en 1854 après quelques péripéties administratives, rémunérations et remplacements des instituteurs laïques, police d'assurance contre l'incendie.
Image:right.gifImage:Space.jpgles chemins vicinaux : rectification de certains tracés, rémunération des habitants réquisitionnés pour les réparations, ventes de terres vagues communales.
Image:right.gifImage:Space.jpgles édifices religieux : réparations de l'église, de la chapelle de Kerdévot et de l'enclos du cimetière.
Image:right.gifImage:Space.jpgle chemin de fer : refus du projet d'implantation d'une station au moulin du Jet.
Image:right.gifImage:Space.jpgl'octroi : réintroduction de la taxe sur les « boissons enivrantes (vin, cidre, poiré, hydromel, eau de vie, liqueurs) ».

Pendant les années du Second Empire, les maires et conseillers d'Ergué-Gabéric doivent prêter serment à Napoléon III en ces termes : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l'empereur ». Mais le respect local de l'autorité ne s'arrête pas là : trois lettres sont adressées au monarque, l'une en 1857 pour le féliciter à la naissance du Prince, la seconde en 1859 pour lui présenter « l'hommage de son respect, de son amour et de son dévouement inaltérable », et enfin en 1867 pour s'indigner contre la tentative d'assassinat de juin.

 

On notera aussi que la municipalité fait l'acquisition d'un drapeau pour acclamer l'empereur et l'impératrice à leur passage à Quimper le 12 août 1858 : « la commune doit une somme de 18 francs à M. Brossé, tapissier à Quimper, pour prix d'un drapeau qui lui a été fourni à l'occasion du voyage en Bretagne de leurs majestés impériales. »

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1851-1879 - Registre des délibérations du conseil municipal »

5 Foyers épidémiques de la variole

Billet du 07.03.2020 - En ces temps marqués par le « corona virus », il n'est inopportun de se rappeler que la propagation de la variole a fait de nombreuses victimes en France, et dans notre commune en particulier en 1881 et en 1888. Mais à cette époque il y avait un vaccin salutaire.

Sur la courbe ci-contre des chiffres de mortalité pour la commune d'Ergué-Gabéric, on remarque un pic très marqué de 113 décès au total pour l'année 1881, à savoir un chiffre doublé par rapport au chiffre moyen de 55 des années précédentes, mais en 1888 il est à peine supérieur à 60 morts.

En fait pour ces deux années d'épidémies de variole, comme l'ont rapporté les journaux finistériens, les foyers communaux de contagion ont été différents : en 1881 ce sont les régions de Quimper et de Pont-Aven qui ont été touchées les premières, en 1888 la variole s'est propagée sur Brest, Pont-l'Abbé, Douarnenez, Laz et Leuhan.

En 1881, la seule délibération du conseil municipal faisant état de l'épidémie date de début juillet, et il n'y est question que de « la répartition d'une somme de cent francs attribuée aux varioleux par M. le Préfet ». La présence de malades de la variole est bien confirmée par la prise en compte de ce secours.

Mais en réalité cette année-là on compte à Ergué-Gabéric plus d'une soixantaine de décès dus à la varioles. Le doublement de la mortalité annuelle est rigoureusement égal à celui de la commune de Kerfeunteun qui a aussi souffert du fléau.

Début avril 1888, le conseil municipal fait état d'une circulaire préfectoral sur la protection contre la variole  : « Les membres du conseil municipal s'occupent de la circulaire préfectorale qui donne des conseils et instructions concernant l'épidémie de variole. » Cette circulaire, publiée dans le journal « Le Finistère » du 21 mars, donne des instructions précises aux habitants, à la fois en français et en breton, et découpée en quatre parties : I° Isolement des malades ; II° Désinfection des linges ; III° Isolement des locaux ; IV° Vaccinations et revaccinations.

 

Dans le journal « Le Courrier du Finistère » on trouve aussi des encarts en langue bretonne où le terme « ar vreac'h » pour désigner la variole semble refléter une angoisse locale face à la pandémie.

Le même conseil gabéricois du 2 avril 1888 préconise que les vaccinations se fassent sur les trois quartiers principaux de la commune : « Tous les membres du conseil voudraient que comme par le passé le médecin veuille bien vacciner au bourg, à l'école de Lestonan et à Kerdévot ». Le terme « comme le passé » fait probablement référence à la campagne de vaccination qui a suivi l'épidémie surprise de 1881.

En cas années-là, la technique du vaccin antivariolique est nouvelle et innovante car la « vaccine » découverte par l'anglais Edward Jenner, n'a été introduite en France qu'à partir de 1820 et devait être fabriquée à partir de souches animales (veaux et génisses). Après ces propagations varioliques de la fin du 19e siècle il faudra attendre presque 100 ans pour que la variole ne soit complètement éradiquée, la dernière épidémie étant celle de Vannes en 1955.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « 1881,1888 - Épidémies de varioles en délibérations municipales et dans les journaux »

6 Retour de la croix de Kroas-Ver

Billet du 29.02.2020 - En juin 2019 la petite croix de Kroas-Ver a été délogée de son emplacement millénaire pour permettre les travaux de démolition et de reconstruction des habitations du bas de la rue de Kerdévot. Neuf mois plus tard, les riverains s'interrogent ...

La raison en est que l'agenda du retour de la croix sculptée par les services techniques municipaux reste une inconnue, et personne ne voudrait voir se reproduire l'oubli et la disparition récente de la statuaire médiévale de Notre-Dame-de-Folgoët. En mars 2020 les travaux de reconstruction de l’îlot Nédélec s'achevant (cf. photo ci-dessous), la croix de Kroas-Ver pourrait retrouver sa place devant l'ancien petit commerce, toujours debout, et qui porte son nom « Ti-ar-Groas-Ver »

Cette petite croix fruste est dressée sur le bord du trottoir coté ouest du n° 2 de la rue de Kerdévot. Faisant environ 40 cm de largeur et 1m10 de hauteur, les spécialistes lui attribuent une datation du Haut-Moyen-Age, entre l'an 500 et 1000 ap. J.-C.

La maison et la route, « Ti-ar-Groas-Ver » et « Hent-ar-Groas-Ver », ainsi qu'un champ voisin, ont des dénominations cadastrales qui reprennent celle de la croix et qu'on peut traduire par "Croix-Courte". Pendant plus de 30 ans la maison fut occupée par les commerces de Mme Le Corre et ensuite de Mme Le Berre, née Marie Keraval, que les anciens connaissaient bien : c'était la mercerie du bourg qui faisait aussi office d'épicerie avec ses bonbons très appréciés des écoliers.


 


Auparavant Ti-ar-Groas-Ver avait abrité un cordonnier, un bijoutier, et fut aussi la demeure de l'institutrice de l'école publique située de l'autre côté de la rue.

La croix devant la maison est pour ses habitants une protection divine contre les revenants. De par sa position près de la porte d'entrée, elle interdit l'accès à tout trépassé qui voudrait troubler la quiétude des vivants.

C'est au début du XXe siècle que l'institutrice, croyant bien faire, déplaça la croix qui gênait peut-être la circulation, et la mit près du puits en pierre qui se trouve côté pignon. Mais il fallut replacée très vite la croix à sa position initiale, car la maison était envahie par les forces du mal, et ses habitants ne pouvaient plus fermer l’œil de la nuit.

Image:square.gifImage:Space.jpgEn savoir plus : « La petite croix médiévale de Kroas-Ver »

7 Moulins blanc et roux de Kernaou

Billet du 23.02.2020 - Cette semaine, un voyage dans le temps du côté du moulin de Kernaou grâce aux archives privées de Mme Régine de Kerlivio-Azori et une balade estivale et agreste avec son frère Pol sur le site, entre le chemin de randonnée et le ruisseau de Kernaou-Mezanlez.

Le cadastre de 1834 donne la localisation du moulin et son orientation par rapport au cours d'eau de Kernaou à Mezanlez : le bief est alimenté bien en amont, et forme une pièce d'eau assez large en amont et une retenue juste avant la chute alimentant la roue. Plusieurs parcelles cadastrales sont libellées par rapport au moulin : 375. Goarem ar veil ; 376. Foennec ar veil ; 384. Etang ; 385. Moulin à eau.

La roue est indiquée par un symbole sur le côté est du « moulin à eau », l'eau rejoignant le ruisseau en aval. Le cours d'eau traverse ensuite le chemin de Carn Yven. Ce chemin, aménagé avec une passerelle en bois, est aujourd'hui un chemin de randonnée de plus de 5 km entre la chapelle de Kerdévot et Lestonan.


Jusqu'à la Révolution, le moulin de Kernaou, exploité par le meunier Guillaume Rospabé, est la propriété foncière de « l'émigré Lamarch père », en l’occurrence François-Louis de La Marche, seigneur de Lezergué, réfugié sur l'île de Jersey où il décède en 1794, alors que son fils aîné Joseph-Louis est exilé en Guadeloupe.

Les biens des de La Marche à Kernaou sont confisqués et, lors des ventes séparées, Jean-Marie Le Roux, négociant et avoué à Quimper, devient acquéreur du manoir, de la métairie de Ty-Plouz et du moulin. Contrairement aux adjudications du manoir et de la métairie, l'acquisition du moulin se fait sans enchères publiques.

Le montant payé de 1573 francs est fixé par un document d'estimation rédigé par les experts Le Blond et Le Bour selon une abaque spécifique : multiplication par 18 ou 22 des rentes annuelles agricoles (49 francs) et meunière (15 francs), et addition de la « souche » des 210 francs correspondants à la valeur de l'équipement du moulin (trémie, roue, meule ...).

  Après la vente de l'an 4 (1796), le bail du meunier Guillaume Rospabé est maintenu dans un premier temps. Mais dans le Sommier des comptes des émigrés, après le décompte des recettes de l'an 6 (1798), il y cette mention : « Meunier insolvable est entré à l'hospice » ; il décédera à Quimper en 1806.

Fin 1799, Jean-Marie Le Roux fera rédiger un nouveau « renable » ou inventaire détaillé des ustensiles du moulin, et signifiera à Guillaume Rospabé une sommation d'évacuation.

Le tout est valorisé pour 430 francs, une « souche » qui est doublée par rapport à l'état estimatif de 1796. La raison en est qu'en cette année 8 du calendrier révolutionnaire on compte deux roues et meules dénommées respectivement « Moulin blanc » et « Moulin roux ».

Jean Le Foll, dans son étude « Moulins et meuniers d'autrefois » publiée par l'association « Foën Izella », donne cette explication : le moulin blanc a en général des meules qui broient plus fin le froment et le blé noir ; le moulin roux est utilisé pour moudre l'avoine, le seigle et les aliments du bétail.

Les caractéristiques des deux roues de Kernaou sont attribuables à des roues verticales (perpendiculaires), les petits (double engrenage « rouet » et « lanterne » en dessous de l'axe de la meule) et grands tournants étant vraisemblablement derrière la formulation « La roue, avec ses ustensiles ». Les meules sont différentes suivant les céréales moulues : plus épaisse pour le moulin blanc, « dix pouces et quart deux cent cinq francs », et pour le moulin roux « trois pouces et cinquante quatre francs ».

En 1809 un des deux systèmes sera abandonné, sans doute le mécanisme roux, car un rapport d'activité mentionne le moulin de Kernaou avec une seule roue perpendiculaire et une production journalière de 4 quintaux.

En septembre 1805, un nouveau bail de 9 ans est rédigé au profit du meunier Guillaume Laënnec qui prend aussi la charge du moulin voisin de Mezanlez. Pour Kernaou la nouvelle redevance annuelle d'affermage est payée en nature : huit quintaux de seigle, pareille quantité bled noir et deux quintaux d'avoine.

Jusqu'en 1823 les baux sont reconduits, avec baisse de la rente annuelle à deux quintaux de seigle, quatre quintaux de bled noir et deux quintaux d'avoine, et moyennant les subrogations de meuniers en cours de bail. Les différents meuniers successifs de Kernaou sont : Guillaume Daniélou (1806), Pierre Rospabé (1813, fils de Guillaume décédé en 1806), Yves Perchec (1814), Guillaume Morel (1815), Yves Le Masson (1817), François Huiban (1818).

* * *

En savoir plus : « Ancien cadastre et photos des ruines du moulin de Kernaou », « 1796 - Estimation et adjudication du moulin de Kernaou », « 1799-1818 - Renables et baux du moulin de Kernaou »

8 La statue de Gwenhael à Carnoët

Billet du 15.02.2020 - Le tohu-bohu actuel à la Vallée des Saints où les fondateurs se rebellent pour éviter la marchandisation du site nous font prendre brusquement conscience qu'on a complètement oublié de relater la réalisation de la statue monumentale du saint protecteur de notre commune.

Grâce à une souscription populaire de 15.000 euros collectés auprès de 136 donateurs, une grande statue de saint Guinal/Guénaël a été dressée en 2019 sur le site de la Vallée des Saints de Carnoêt (Côtes d’Armor).

La statue a été réalisée fin 2018 par Cyril Pouliquen, l'éminent sculpteur de Plourin-lès-Morlaix. Sur le site de Carnoët il a déjà produit les saintes et saints Dalerc'ha, Donasian et Rogasian, Ernog, Pergat et Visant Férrier. La statue de Saint Gwennael est taillée dans un bloc de granit de jolis grains foncés, avec les plus d'une robe de bure jusqu'au sol et en contraste une figure et des mains vitrifiées.

Sa tête est recouverte d'un cagoule, avec une longue pointe à l'arrière. La figure lisse, constituée de multiples facettes et ornée d'un œil droit en tâche sombre, ressemble à un masque de divinité.

Cette représentation faciale symbolique est sans doute liée à la beauté légendaire du fils de Romélius et de Laetitia : « filius elegantis formae, vultus angelici, Guenailus nominatur » ("fils d'une beauté exceptionnelle, au visage d'ange, il reçoit le nom de Guénaël", Vita seconda sancti Guenaili).

Sur la ceinture de son habit de moine, sont gravées les inscriptions suivantes : « ST GWENNAEL » à l'arrière, « LOUISON » (assistant sculpteur ?) sur le côté sud, et « ALI LEO » (signature du sculpteur Pouliquen) sur le côté nord.

  Le moine présente en avant les paumes de ses mains ouvertes, dans un geste d'apaisement et d'absence de peur, un peu comme une « mudrā » dans la culture et religion bouddhique.

La statue est placée sur le bord ouest de la colline du site de Carnoët, le regard dans la direction du sud-ouest, probablement vers le pays de sa naissance et son enfance, à savoir Ergué-Gabéric près de Quimper.

En savoir plus : « Saint Gwenhaël (6e siècle) », « Guinal, 115e statue de La Vallée des Saints, Le Télégramme 2017 »

9 Archives des camps de déportation

Billet du 08.02.2020 - Les Archives Arolsen, centre de documentation localisé dans la ville de Bad Arolsen en Allemagne, dévoilent le sort de 3 déportés gabéricois. Une institution qui a pour but de publier les dossiers des administrations nazies en 1939-45 et des armées alliées de libération des camps.

Le programme de numérisation des Archives Arolsen est loin d'être terminé, mais de plus en plus de pièces sont désormais disponibles sur le site arolsen-archives.org, notam-ment depuis la publication en novembre 2019 de 800.000 documents rédigés en zone d'occupation américaine.

On y trouve notamment le dossier complet du résistant déporté Jean Le Corre, documents enregistrés au camp de Buchenwald et incluant ses cartes matricules et de détention (« Häftlings-Personal-Karte »).

Jean Le Corre a déjà raconté dans un livre son arrestation et sa déportation après un acte de résistance à Quimper, à savoir le cambriolage des papiers du S.T.O.. Les Archives Arolsen confirment les dates de détentions : le 31 juillet 1944 à Neugamme (« Eingewiesen am. 31.7.1944 durch: in K.L. : Neuengamme Polit. Franzose ») et le 22 mars 1945 à Buchenwald (« Überstellt am : 22.3.1945 an K.L. Buchenwald »).

Un tas de détails est consigné dans ses cartes de détentions : son matricule 136.857 bien sûr, ses caractéristiques physiques, naissance et domiciliation au bourg d'Ergué-Gabéric, noms des parents, profession (« ingenieur » et la précision « Landwirtschaft » pour sa spécialité agricole), et son statut de détenu politique et non de prisonnier de guerre.

Jean Le Corre avant sa déportation :
 
Sa carte matricule de prisonnier

Le deuxième dossier gabéricois est constitué d'une liste d'étrangers, juifs et apatrides dans laquelle est inscrit Louis Laurent né à Kerdales en 1912. Il est déclaré avoir reçu le 10 février 1944 un titre de séjour (« Aufenthalt Anzeige ») de la part de la ville de Lauf an der Pegnitzle (Bavière). Nous n'en savons pas plus sur les circonstances de son séjour en Allemagne.

Le troisième dossier concerne Michel Tymen né en 1909 à Mesnaonic pour lequel est établie une fiche D.P. ou « Deplaced Person » (personne déplacée) remplie par les organisations des Nations Unies et des camps internationaux de régufiés. Il est noté ses professions de camionneur des Messageries et de cultivateur, et son rattachement au Camp William II. Il déclare aussi détenir 1944 les sommes de 55 Reichsmarks (marks du Reich, abréviation RM) et de 30 Francs français.

Au delà de ces 3 dossiers, il est fort à parier que d'autres informations seront collectées dans les années à venir.

On aimerait par exemple en savoir plus sur un autre natif d'Ergué-Gabéric, Pierre Goazec, cité dans une biographie britannique comme « deported to Auschwitz-Birkenau for having sheltered two Jewish children in Gabéric during WWII » (déporté à Auschwitz-Birkenau pour avoir hébergé deux enfants juifs à Ergué-Gabéric pendant la seconde guerre mondiale). Les prochaines numérisations d'Archives Arolsen vont probablement dévoiler ce pan d'histoire oubliée.

En savoir plus : « 1944-1947 - Les dossiers des Archives Arolsen pour les victimes gabéricoises du nazisme »

10 Ex-voto des soldats et mobiles bretons

Billet du 01.02.2020 - Le fondateur de la revue bretonne « Feiz-ha-Breiz », futur évêque d'Autun, Chalon et Mâcon, de passage à la chapelle de Kerdévot début mai 1871 : grand merci à Régine Azori de Kernaou pour nous en avoir indiqué le compte-rendu dans la biographie de son arrière-arrière-grand-oncle.

« Un évêque breton. Monseigneur Léopold de Léséleuc de Kerouara. Évêque d'Autun, Chalon et Mâcon (1814-1873), Imprimerie Cornouail-laise, Quimper, 1932 » : Le chanoine Alfred Le Roy est l'auteur de la biographie détaillée de cette personnalité Léopold-René de Léséleuc de Kerouara, vicaire général de Quimper de 1859 à 1872, puis évêque d'Autun. L'évêque né à Saint-Pol-de-Léon est aussi un défenseur de la langue bretonne et crée en 1865 la revue « Feiz ha breiz ».

Dans cette biographie, on le découvre en 1871 présidant un pardon à la chapelle de Kerdévot et faisant une homélie aux soldats de retour de la guerre contre les Prussiens. On notera que c'est une descendante des Léséleuc de Kerouara qui nous a indiqué ce passage, sa parenté étant issue du mariage en 1889 du neveu de Léopold, Augustin de Léséleuc, avec l'héritière des manoirs de Kervreyen et de Kernaou, lesquels, à proximité immédiate de Kerdévot, sont toujours possédés par leurs descendants.

Dans ce passage est rappelée la ferveur des pèlerins du 4 mai 1871 : « Dès le point du jour, les messes se succédèrent avec de nombreuses communions ; de tous les versants des collines, soldats revenus au foyer, pères et mères, joyeux et reconnaissants, convergent en groupes compacts vers la chapelle bénie. »

Et avant que la procession ne rentre dans la chapelle, « M. de Léséleuc monte sur le mur de l'enceinte extérieure, et de cette tribune en plein air, il parle la belle langue du pays ». Le biographe donne la traduction française d'une partie du discours publié en langue bretonne dans le journal « Feiz ha breiz ».

L'ecclésiastique s'adresse spécialement aux jeunes soldats revenus sains et saufs du front de la guerre contre les prussiens, et à leurs mères qui les ont mis sous la protection de Notre-Dame de Kerdévot. Il évoque aussi « cet ex-voto offert à Notre-Dame de Kerdévot », une plaque de marbre aux lettres dorées.

Le texte français de l'hommage proposé par l'auteur à partir de la version bretonne du journal est : « Hommage de reconnaissance à Notre-Dame de Kerdévot pour la protection qu'elle a accordée aux soldats, marins et mobilisés. 1871. ».

 
Mais en fait le texte de la plaque encore aujourd'hui visible sur place sur le pilier central dédié aux ex-votos est un peu plus laconique : « Recon-naissance à ND de Kerdévot qui a si bien protégé nos soldats et mobiles Bretons. 1871 », les mobiles étant l'abréviation de la Garde nationale mobi-le, dans laquelle servaient de nombreux bretons appelés sur les fronts de l'est contre les prussiens, notamment à Belfort et à Bessoncourt.

L'article de « Feiz ha breiz », signé des initiales L.B., est titré « Pardonerien bet e Kerdevot d'ar 4 a Vae 1871 » (Les pardonneurs présents à Kerdévot le 4 mai 1871).

Cela démarre par une ode à la nature : « Caret a rant, d'an deiziou kenta euz an nevez amzer, pa gomans an traou sevel a nevez, da vintin pa veler an heol o sevel adren ar meneziou ... » (J'adore, aux premiers jours du printemps, quand les choses commencent à se développer de nouveau, le matin quand on voit le soleil se lever derrière les montagnes).

Et ces états d'âmes inspirés du mois de Marie sont l'occasion de faire pénitence et gagner des indulgences dans une chapelle bénie lors d'une fête de pardon. Et notamment à Kerdévot où les pèlerins sont particulièrement très nombreux au printemps 1871.

Le pardon de Kerdévot du 4 mai 1871, célèbre le retour de guerre des soldats français, et le prêche en breton du vicaire général de Quimper, Léopold de Léséleuc, est à la gloire des mères des soldats de retour d'une guerre meurtrière qui s'est enfin achevée : « guell e guell e cavani gouscoude rei dezhan eun hano all a gavan guirroc'h c'hoas, dervez ar mamou » (n'est-il pas plus dans la vérité des événements tragiques, dont nous sommes délivrés, de l'appeler la journée des mères).

L'homélie de Léopold de Léséleuc est essentiellement constituée de fierté et de piété régionale : « ato or feiz coz a reno e Breiz, ato chapelou I. V. Rumengol, I. V. Folgoat, I. V. Kerdevot a velo enn niver braz a bardonerien o tout dezho » (toujours la vieille foi régnera en Bretagne, toujours les chapelles mariales de Rumengol, Le Folgoat et Kerdévot vous verront fidèles et en foule à leurs pardons !).


En savoir plus : « LE ROY Alfred - Monseigneur Léopold de Léséleuc de Kerouara », « Pardonerien e Kerdevot, Pardon à Kerdévot, Feiz ha breiz 1871 »

11 Page du roi Louis XV en 1739

Billet du 25.01.2020 - Dossier constitué des preuves de noblesse nécessaires pour l'obtention du titre de Page des Petites Écuries du roi à Versailles ; e manuscrit conservé sur le site Richelieu de la BnF et transcription des folios 63 et 64 par Armand Chateaugiron sur le site Internet Tudchentil.org.

Vue et perspective des Escuries de Versailles du côsté de la grande cour

François-Louis de La Marche, né à Kerfors en Ergué-Gabéric, a 19 ans quand il est admis au nombre des pages du roi Louis XV à Versailles. Plus exactement aux Petites Ecuries et sous les ordres du premier Ecuyer du Roi, le marquis Henri-Camille de Beringhen (1693-1770). Les taches essentielles des pages est de participer en livrée à toutes les cérémonies royales, de son lever à son coucher, lors des messes, déplacements et chasses.

Pour être admis page du roi il faut produire un extrait baptistaire légalisé du gentilhomme et les degrés de sa filiation, qui doivent remonter au moins jusqu'à son quatrième ayeul et jusqu'en l'an 1550, l'anoblissement devant être antérieur à cette date. Toutes les noblesses par charges et par fonctions sont acceptées aux Petites Ecuries, alors que seules les descendants d'une noblesse militaire peuvent entrer aux Grandes Ecuries.

Le juge d'armes Louis-Pierre d'Hozier (1685-1767) [1] doit dresser et certifier toutes les preuves de noblesse des postulants. Pour celles de François-Louis de La Marche, son travail est sans doute facilité car il est le petit fils du généalogiste Pierre d'Hozier, lequel était le correspondant épistolaire Guy Autret, historien et seigneur de Lezergué.

Le document établi pour F.-L. de La Marche commence par le blason, « De gueules à un chef d’argent », et cette mention « Casque de trois quarts ». Le fait d'être timbré d'un tel casque est  normalement  réservé  aux  comtes, titre  attribué  tardivement  à

 
François-Louis, mais la noblesse des de La Marche originaire du vicomté du Faou présente essentiellement des écuyers et des chevaliers.

Les 8 générations identifiées par le juge d'armes, avec mention des actes de baptêmes et de partages successoraux, sont les suivantes :


Les titres originaux de noblesse fournis s'étalent de 1720 à 1547, depuis l'acte de baptême du jeune gentilhomme jusqu'à un « acord fait le onze mai mil cinq cent quarante sept entre nobles gens Louise de la Marche, et Charles de la Marche, son frere ainé, seigneur de la Marche et de Bodriec ».

Après sa période versaillaise, François-Louis de La Marche fait une carrière militaire comme lieutenant des maréchaux de France. De retour à Ergué-Gabéric, entreprend la rénovation de son manoir de Lezergué qui est achevée vers 1771-1772.

À la Révolution il a les ennuis de tout noble qui se respecte et doit émigrer sur l'île de Jersey où il décède en 1794.

Son château de Lezergué ne sera néanmoins pas vendu comme bien national, car une levée de séquestre sera prononcée suite à amnistie en 1803.

En savoir plus : « 1739 - François-Louis de La Marche admis comme page de la Petite Écurie du roi »

12 Indemnités de retraite en 1905-1909

Billet du 18.01.2020 - Comment le Conseil Municipal d'Ergué-Gabéric doit se conformer aux obligations de la loi du 14 juillet 1905 portant sur l'assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables, et comment statistiquement et politiquement cette assistance est localement dispensée.

Analyse d'après le registre des Délibérations du Conseil Municipal du 16 novembre 1879 au 21 novembre 1909, conservé aux Archives Municipales d'Ergué-Gabéric.

La loi du 14 juillet 1905 sur l'assistance obligatoire des vieillards et infirmes est l'amorce du système français de solidarité sociale républicaine et met fin au caractère facultatif des entraides proposées par les bureaux de bienfaisances, hospices en donnant plus de pouvoirs aux instances communales.

Son article I précise les personnes concernées : « Tout Français privé de ressources, incapable de subvenir par son travail aux nécessités de l'existence et, soit âgé de plus de 70 ans, soit atteint d'une infirmité ou d'une maladie reconnue incurable, reçoit, aux conditions ci-après, l'assistance instituée par la présente loi. »

Et l'article 20 explique le principe d'allocation mensuelle : « L'assistance à domicile consiste dans le payement d'une allocation mensuelle. Le taux de cette allocation est arrêté, pour chaque commune, par le Conseil municipal, sous réserve de l'approbation du Conseil général et du ministre de l'Intérieur. Il ne peut être inférieur à 5 francs ni, à moins de circonstances exceptionnelles, supérieur à 20 francs. ».

Avant 1905 à Ergué-Gabéric un bureau de bienfaisance était en charge du programme d'assistance envers les enfants en difficultés et les vieillards indigents. Le compte administratif de 1904 fait état d'un montant annuel de dépenses de 1340 francs couvertes en partie par des subventions départementales.

En novembre 1905 un conseil municipal prend acte de la nouvelle loi : « le taux de l'allocation mensuelle à accorder aux vieillards, infirmes et incurables de la commune qui recevront l'assistance à domicile serait de 10 francs, évaluations détaillées des divers éléments de dépenses que nécessite l'entretien dans cette commune d'un assisté à domicile à 0 f 60 c dont 0 f 30 c pour pain et 0 f 30 pour viande et beurre ».

Si l'on tient compte de l'évaluation journalière en terme de besoins nutritionnels, « 0 f 30 c pour pain et 0 f 30 pour viande et beurre », ce qui fait 18 francs par mois, on peut considérer que l'état couvre désormais 55% par ses 10 francs d'indemnités. Rapporté en euros de 2015 cela ferait un équivalent théorique d'une quarantaine d'euros d'allocation.

Avec l'application de la loi de 1905 on dispose de statistiques nationales par département et l'on sait notamment que les départements industriels ("et possédant de grands centres urbains"), mais aussi les départements bretons et corses, présentent à cette époque un nombre important de vieillards indigents ou infirmes. Ainsi dans le Finistère 33% des vieillards de plus de 70 ans doivent être assistés.

Entre 1905 et 1909 le conseil municipal d'Ergué-Gabéric inclut dorénavant dans ses délibérations les éléments d'arbitrage des listes de vieillards et infirmes assistés, c'est-à-dire les noms, âges, domiciles des nouveaux assistés, au total 55 personnes. Cela commence en 1905 par 9 postulants (une personne à hospitaliser, 5 femmes et 4 hommes à maintenir à domicile), et ensuite 9 femmes et 11 hommes en 1907, 7 femmes et 4 hommes en 1908, 5 femmes et 8 hommes en 1909.

  On peut répartir les 55 personnes recensées en deux catégories : les «vieillards » de plus de 70 ans pour 80% et les « infirmes » dont l'âge est systématiquement de plus de 60 ans (sauf un âgé de 33 ans) pour 20% d'entre eux. Comme on ne sait pas leur dates de décès et de fin de droits, on peut estimer que l'allocation doit toucher en 1908-1909 un volant d'environ 40 assistés sur 55, ce qui fait un budget annuel de plus de 4000 francs.

Le taux de 10 francs d'allocation mensuelle fait l'objet d'un vote en mai 1907 : « M. le Maire donne connaissance au conseil du taux actuel de l'allocation mensuelle accordée aux vieillards assistés, considérant qu'il est trop élevé. Le conseil après en avoir délibéré fixe le taux pour 1908 à 6 f ». Mais cette décision ne sera pas validée par les instances départementales et le taux restera à 10 francs.

On voit donc qu'à Ergué-Gabéric la loi de 1905 est appliquée pour protéger les personnes indigentes âgées de plus de 60 ans, et moins pour les infirmes et malades incurables. Par contre deux autres natures d'assistance sont dispensées par décisions municipales : d'une part les jeunes conscrits soutiens de familles qui ont droit à une allocation journalière de 75 centimes (soit environ 22 francs par mois), et les réservistes indigents un peu plus âgés qui disposent de 6 à 10 francs par période d'instruction militaire de 13 à 28 jours. Et enfin la troisième catégorie des enfants assistés restent couverts par le bureau de bienfaisance dont il faut tous les ans voter un budget supplémentaire.

Un exemple de vieillard assisté attire notre attention : dans le registre pour la délibération de novembre 1908 Jean-Louis Conan de Kerdilès, né en 1838 à Elliant en Ergué-Gabéric, apparaît dans la liste des allocataires. Il vient tout juste d'avoir 70 ans et est déficient visuel sans doute suite à une cataracte ou un diabète.


Jean-Louis Conan, décède en 1916 et la photo ci-dessus a du être prise peu de temps avant, près du puits de la ferme à Kerdilès, où il pose presque totalement aveugle.

En savoir plus : « 1905-1909 - La loi du 14.07.1905 et l'aide communale aux indigents et assistés »

13 Bulletin Kannadig de janvier

Billet du 11.01.2020 - Le présent bulletin rassemble les chroniques gabéricoises du dernier trimestre 2019 publiées chaque semaine sur le site Internet Grandterrier.net, 12 articles illustrés sur 32 pages au format papier A5, le tout agrafé et envoyé par la poste dans les penntys et manoirs sympathisants.

Une nouvelle année s’annonce, et la publication trimestrielle du bulletin avec les derniers articles publiés se poursuit avec celui-ci sur le thème Histoire, Généalogie, Mémoires et Patrimoine.

Pour commencer, un premier article qui concilie Histoire, Généalogie et Bretagne au travers de l’édition d’un « dessein et project » gabéricois du 17e siècle.

Ensuite deux évocations de la période médiévale via la dîme épiscopale et les aveux de succession à Kerfors, la 4e chronique portant sur la vente de Kernaou en bien national à la Révolution.

Les deux sujets suivants sont datés du XIXe siècle, plus exactement de l’année 1867, l’un adressé à Napoléon III suite à un attentat raté, l’autre pour la création de la 1ère école des filles.

Ensuite le XXe siècle avec deux histoires de classes : les premières classes mixtes de niveaux à l’école publique de Lestonan en 1933 et la photo de classe d’âge de l’année 1958 de celles et ceux nés en 1958.

Pour cette photo un appel à la Mémoire des anciens est lancé : qui se souvient de cette rencontre festive où chacun portait un joli chapeau et certaines une écharpe de miss ?

Et pour finir le Patrimoine est à l’honneur dans ce bulletin : les cloches historiques de Kerdévot qui sonnent encore aujourd’hui les jours de pardon, et les vitraux du XVIe siècle dans l’église paroissiale Saint-Guinal.


Lire le bulletin en ligne : « Kannadig n° 48 Janvier 2020 »


ET, BIEN SUR, NOS MEILLEURS VOEUX QUI SOIENT POUR L’ANNEE 2020 : « Succensa Sacris Crepitet Bene Laurea Flammis, Omine Quo Felix Et Sacer Annus Erit !» (cf. source et traduction en 1ère de couverture)).

 

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