L’enseignement des jeunes algériens, JMD 1862 - GrandTerrier

L’enseignement des jeunes algériens, JMD 1862

Un article de GrandTerrier.

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(Mémoires, Déguignet, manuscrits, p. 861-863)

Mais, en revenant du phare, je trouvai un autre maître d'école assis sur l'herbe, celui-ci et ses élèves assis en rond autour de lui en tailleur breton. Ces élèves tenaient leurs cahiers sur les genoux sur lesquels ils écrivaient de droite à gauche sous la dictée du maître, en faisant craquer leurs plumes de roseaux. C'était l'école arabe, école de hameau sans doute, mais que j'estimais faite dans de meilleurs conditions que toutes nos écoles de français et autres. Car ce maître faisait son école partout, au soleil quand il faisait froid, à l'ombre quand il faisait trop chaud, au bord de la mer, dans le bois, sur le gazon et sur les rochers c'est-à-dire en liberté et en présence de la nature. Tandis que nos écoliers à nous sont renfermés, hiver comme été, dans des trous étroits, entourés de murailles où ils ne voient rien et n'apprennent rien que des mots et des phrases, aux moyens desquels ils deviennent bacheliers, imbéciles et inutiles, nuisibles à eux-mêmes et plus encore à la société. Ce n'est pas en renfermant les oiseaux en cage qu'on leur apprend à voler et à se pourvoir de nourriture. Et comme pour se moquer du public, on appelle chez nous écoles libres celles qui sont les mieux fermées et qui ont les plus hautes murailles. Décréter l'instruction obligatoire dans ces conditions, comme on veut le faire aujourd'hui, c'est décréter la misère obligatoire pour beaucoup de malheureux ou le charlatanisme et le mensonge obligatoires pour beaucoup d'autres.